CHAPITRE III
DES RAPPORTS DE l'ÉGLISE AVEC LA SOCIETE ANGELIQUE ET LA SOCIÉTÉ HUMAINE ISSUE d'aDAM
S'il est de la sagesse de Dieu d'imprimer le sceau de l'unité à toutes ses œuvres et de leur donner à chacune, en même temps que l'être, l'ordre de leurs diverses parties, la même loi s'impose à l'ensemble de tous ses desseins : ils sont coordonnés les uns aux autres dans un dessein suprême et unique qui les embrasse tous.
Dans l'espace il n'y a qu'un seul univers, et dans le temps il n'y a qu'une seule suite et un seul progrès des choses.
Aussi, la création primordiale des anges et des corps, la création de l'homme et du monde organique, l'Incarnation et l'Eglise, ne sont pas trois ouvrages séparés dans la pensée de Dieu et indépendants dans leur existence, mais ces ouvrages sont liés et subordonnés entre eux.
Tout a été prévu de Dieu dans le Christ et dans le dessein final de l'Incarnation; tout aboutit là. La création angélique, la création humaine, servent au développement de ce plan final de l'Eglise. Peu à peu, toutes les œuvres de Dieu viennent s'incliner et se soumettre au Christ; et luimême, rassemblant en lui l'hommage de tout ce que Dieu a tiré des trésors de sa sagesse et de sa bonté, soumet dans sa personne tout à Dieu (i). Ce sera dans le Christ et dans l'Eglise la consommation éternelle des choses.
|i) Deinde finis; cum tradiderit regnum Deo et Patri, cum evacuaverit omnem principalum et potestatem et virtutem. Oportet autem illum regnare,
dorure ponat omnes inimicos sub pedibus ejus Omnia enim subjecit sub
pedibus ejus Cum aulem subjecta fuerint ï 11 i omnia, tune et ipse Filius
subjectus erit ei qui subjecit sibi omnia. ut sit Deus omnia in omnibus. (/ Cor. xv, a4-a8.)
INTRODUCTION "3l
Il nous faul donc contempler quels sont les rapports de l'Eglise envers la hiérarchie angélique et envers l'humanité sortit' d'Adam, ou, si l'on veut, considérer quelle
alliance et quelle dépendance rattachent l'ange et Adam au Christ.
Nous a\ons déjà vu, comme en passant, que la loi du progrès rattache entre eux les divers ouvrages de Dieu : que la création de l'homme est un progrès de l'œuvre divine après celle de l'ange; que l'I nearnat ion la couronne et la consomme, et que le péché est intervenu deux fois, comme un cri de détresse de la créature, auquel Dieu a répondu par ces progrès.
Mais il v a entre ces ouvrages de Dieu des relations étroites et persistantes qu'il faut connaître.
1 II
Et d'abord, quelles sont les relations de l'Eçlise avec la société angélique?
L'Eglise reçoit de l'ange, et l'ange reçoit de l'Eglise de grands avantages.
Les anges n'ont pas été le sujet de l'Incarnation : nusquam enim angelos apprehendit (i), « et ce n'est point à eux que sera soumis le monde futur » dont le Christ est le chef (2 1.
Ils sont, vis-à-vis de l'Incarnation, constitués dans un service permanent : omnes sunt administratorii spiritus, in ministerium m'issi propter eos (jui hCBreditatém captent salutis i \\ i. Saint Paul nous dit qu'ils sont tous cela, et qu'ils ne sont que cela, ramenant, comme à leur fin principale et suprême, les natures angéliques au service des enfants des hommes devenus les enfants de Dieu et les héritiers de son
(i) Hebr. il, iG.
(a) Non enim angelis subjecit Deus orbem terra1 fulurum, de quo loquimur. bid.. 5.) (3) Hebr. i, 14.
3a l'église
royaume : si Jî/ii, et hœredes (i), c'est-à-dire au service de l'Eglise (2).
Ce service a commencé pour eux en la personne de son chef Jésus-Christ. L'Evangile nous les montre l'assistant au désert dans les nécessités volontaires de sa vie temporelle et les faiblesses de son corps (3); au jardin des Olives, dans les angoisses de son agonie et les tristesses de son âme (4); et il dit lui-même à ses apôtres qu'il verront les anges monter et descendre sur le Fils de l'homme (5). Ils ont annoncé sa venue (6) et ils ont prêché sa Résurrection (7).
L'Eglise, à son tour, a reçu leur assistance; elle les a entendus déclarer la Résurrection et confirmer ses espérances au jour de l'Ascension (8). Depuis, ils ne cessent de combattre pour elle. Et comme cette Eglise, « corps et plénitude du Christ (9) », est une hiérarchie et embrasse par une suite non interrompue tous les membres qui la composent, ainsi le ministère des anges, qui regarde l'Eglise universelle, se distribue encore aux Eglises particulières et descend à chacun des fidèles; et il y a les anges des Eglises (10) et les anges gardiens de chaque fidèle.
D'un autre côté, la hiérarchie des anges dans l'ordre de la gloire, auquel ils furent tous appelés à l'origine et qui est leur fin et la consommation du dessein de leur création, reçoit de l'Eglise un double profit.
Premièrement, elle est sans cesse réparée par les élus, qui, croissant à des degrés divers en mérites, vont remplir
(1) Ftom. vm, 17.
(2) Incarnatio, et proinde Ecclesia, est tjuoddam générale principium ad quod omnia eorum (angelorum) officia ordinantur. (Sam. theol. Ia P., q. lvii, a. 5, ad I.)
(3) Matth. IV, Il ; Marc. I, i3.
(4) Luc. xxii, 43.
(5) Joan. i, Tu .
(6) Luc. a, 8-i4.
(7) Matth. xxvni, 2-7; Joan. xx, i2-i3.
(8) Act. 1, 10-11 .
(9) Eph. 1, 23.
(10) Apoc. 11-m. •
la rides laissés par le péché des anges rebelles; et l'Eglise efface ainsi peu .1 peu dans le ciel les traces «lu mal.
Mai-- ce n'esl point assez que cette biérarchie de l.i gloire, qui est le terme final des desseins de Dieu, retrouve ainsi sou intégrité : elle reçoit encore dans l'Eglise un honneur el un progrès inestimables par le mystère de l'Incarnation. Jésus, le Fils de Dieu, en esl le chef, et il l'élève toul entière à une dignité incomparable par te rejaillissement de la gloire de l'union hypostatique. Marie, la Mère de Dieu, y porte un titre et «les grandeurs dont le mystère dépend uniquement de l'Incarnation. A tous les degrés, des gloires nouvelles jaillissent du martyre et de la pénitence. La biérarchie angélique réparée par les élus prend part à cet accroissement de dig-nité qui lui vient du Christ et du mystère de l'Eglise, dans lequel elle entre à son tour pour ne faire plus avec les hommes rachetés qu'un seul peuple des enfants de Dieu (i).
Aussi, dès L'origine, selon une opinion très autorisée, cette consommation de la hiérarchie angélique dans l'Eglise par le mystère de l'Incarnation et par l'Eglise elle-même qui en est la suite a été montrée à l'ange comme sa fin dernière dans les desseins de Dieu : et telle a été l'épreuve de sa fidélité.
Le service que ces esprits doivent au Christ et à l'humanité rachetée en lui leur a été proposé ; « ils ont, vu » (a) ce « premier-né » (3) introduit par son Père dans le monde de
(i) Ipse totius caput civitatis Jérusalem, omnibus connumeratis fidelibus ab
initio usque in finem, adjunctis etiam legionibus et exerchibus angelorum", ut
fiât illa una civitas sub uno rege. iS. Aug. Enarr. in ps xxxvi.) — Non erunt
i-ietates hominum et ançelorum, sed una. (ld., de civ. Dei. 1. XII, c. i.)
(2i Magnum pietatis sacramentum quod ap[ aruit ançelis. 1/ Tim. ni, 16.)
(3) Cum iterum introducit primogenitum in orbcm terra-, dicit : Et adorent eum omnes angeli Dei. (Hebr. i, 6.) — La parole introducit appelle nos méditations. Cette introduction du Christ dans le monde a été tout l'ordre des ouvrages précédents et de leurs vicissitudes prévues et permises par Dieu : la création de l'ange, le péché de l'ange, la création de l'homme, le péché de l'homme.
34 l'église
ses ouvrages, et ils ont entendu cet ordre de la Majesté divine : Adorent eum omnes angeli Dei (i).
Les anges orgueilleux qui n'ont pas voulu cette soumission ont été brisés dans leur révolte, et ils serviront encore malgré eux à la gloire de l'Eglise par les épreuves des saints. Mais les anges fidèles ont reçu de cette révélation des clartés que ne pouvaient leur donner les autres ouvrages de Dieu, où la miséricorde, qui est le chef-d'œuvre et la clé de tout le reste, n'apparaissait pas encore. « Ils ont connu alors, dit saint Paul, l'abîme insondable des richesses du Christ, la dispensation et l'économie du mystère caché depuis l'origine des siècles en Dieu, qui a créé toutes choses » dans ce dessein; « et par l'Eglise a été révélée aux Principautés et aux Puissances célestes la sagesse de Dieu, multiple dans la variété de ses œuvres, selon la détermination des siècles, que Dieu a faite dans le Christ Jésus Notre-Seigneur. » (2)
Et de fait, comme nous l'avons dit plus haut, c'est dans le mystère de l'Eglise que Dieu a manifesté tout à la fois, par la miséricorde et par l'Incarnation, et ce qu'il y a de suprême en ses attributs, et ce qu'il y a de suprême en ses ouvrages, et qu'il a dévoilé tous les trésors cachés dès l'origine en son sein.
Telles sont, autant que nous pouvons l'entrevoir, les relations du monde angélique et de l'Eglise. Ces relations appartiennent à l'éternité, et, commencées dès les épreuves de ce monde, elles se consomment dans la gloire.
§ III
Ici-bas l'Eglise rencontre l'humanité d'Adam. Quelle est dans le temps présent cette humanité? Et dans quel état nous apparaît-elle?
(1) llebr. 1, 6.
(2) Evangelizare investigabiles divitias Christi, et illuminare omnes quse sit dispensatio sacramenti absconditi a sirculis in Deo, qui omnia creavit; ai
Nous l'avons vue créée à l'origine dans un état de sainteté surnaturelle el d'immortalité; elle devait sortir d'Adam en gardant son unité sous ce père universel qui ne devait point mourir; et dans cette unité se seraient formés, comme
autant de rameaux, les peuples et les familles, sous les patriarches lils d'Adam.
Cette humanité est déchue de cet état par le péché d'Adam : elle n'est plus revêtue de sainteté et de y race.
Courbée dans le péché et la mort, elle est pourtant con- Bervée pour un temps. La parole «croissez et multipliez » ( i ) n'est point révoquée; et, en vertu de cette parole, les multitudes humaines données à Adam avant sa chute naîtront de lui dans le cours des âges, non plus toutefois saintes et justes de la justice surnaturelle et douées d'immortalité, mais, comme lui, souillées et destinées à la mort.
Dieu, toutefois, dans cette mort même a caché le remède : il a promis un Rédempteur qui élèvera en sa personne le châtiment de la mort à la dignité et au mérite de la réparation, et qui, prenant tous les hommes morts en Adam, les fera naître de nouveau en lui par la résurrection, tellement que, tous ayant péché et étant morts par la suite du péché en Adam, tous sont justifiés et ressuscites par l'effet de la justification en Jésus-Christ (2).
L'humanité est donc conservée dans ce dessein; elle ne vit plus pour un temps que pour le Christ et l'Eglise, en qui elle renaît pour l'éternité. Ainsi la vieille humanité n'a plus qu'une existence caduque et temporaire en elle-même; elle sera peu à peu transformée d'Adam dans le Christ, et, de son ancien ordre, transférée dans l'Eglise.
innolescat principalibus el potestatibus in cœlestibus per Ecclesiam multifbrmis sapientia Dei, secundum prscfinitionem sœculorurri' quam fecit in Christo Jesu Domino nostro. {Eph. m, 8-1 1.) (l) Gen. 1, 28.
Quoniam quidem per hominem mors,*et por hominem resurrectio mortuorum; ot sient in Adam omnes moriuntiir, ita et in Christo omnes vivificabuntur. [1 Cor. xv, m-22; Rom. v, 12-31.)
36 l'église
C'est bien vraiment cette même humanité d'Adam constituée avant sa chute dans la parole « croissez et multipliez », et créée pour ainsi dire par avance alors que tout dans cette nature était juste et pur. Dieu n'eût pas dit cette parole à Adam pécheur : il ne lui convient pas de créer l'homme en cet état; et si la parole qui le fait naître n'a point été révoquée malgré le péché, le péché l'infecte contre le premier dessein que cette parole portait en ellemême. Dieu qui n'a pas créé Adam pécheur lui a conservé la vie dans son péché pour l'amener au salut; et ce même Dieu qui a appelé les générations humaines à l'existence avant ce péché qui les atteint toutes, les a laissées croître et se multiplier en ce misérable état dans le même dessein de miséricorde et pour les amener à la grâce de Jésus-Christ.
Or, quelle est la constitution de l'humanité ainsi conservée sur la terre?
La mort a frappé le chef universel Adam et dissous le faisceau. Les rameaux des peuples, qui en somme représentent les grandes familles issues d'un ancêtre commun, selon la signification même du nom de nation, c'est-à-dire multitude de même race, ont subi les mêmes atteintes, et n'ont point à leur tète l'ancêtre séculaire dont ils sont sortis. Dans les premiers temps, il est vrai, la longévité des patriarches maintenait pour quelques siècles sous leur monarchie les multitudes qui formaient leur postérité. Mais peu à peu la vie humaine s'est abrégée; les familles particulières, trop faibles pour se soutenir dans l'isolement à la mort de l'ancêtre commun, parce qu'elles comprenaient désormais un trop petit nombre de membres, sentirent la nécessité de rester unies; et comme tous les enfants, continuant en commun la personne du père en sa postérité, recueillaient son héritage, l'héritage de la souveraineté leur appartint à tous; tombé du trône patriarcal, le sceptre appartint à la nation; et au-dessus de la famille se forma le lien de l'Etat, qui prit peu à peu toute sa force et sa stabilité, à mesure que les conditions de vie du genre humain
Revinrent ce qu'elles sont devenues depuis l«- déluge e1 ce qu'elles seronl désormais jusqu'à la fin.
I )<-s lors, l'humanité, telle qu'elle procède d'Adam, se
montre à nous dans l'Etat, dans la famille et dans l'individu.
L'Etat, e'est l'unité supérieure de la hiérarchie humaine, non plus dans son intégrité et embrassant en un seul i'aisjbeau tous les hommes, mais fractionnée en autant de débris qu'il v a de peuples, en autant de souverainetés qu'il y a «le princes, et exposée sans cesse à de nouveaux fractionnements et à Ai- nouvelles destructions, parles violences des guerres ou les révolutions intérieures. Les empires, qui sont ers débris de l'unité humaine, naissent et meurent, et les nations se confondent pouri'ormer de nouvelles agrégations ; et avant à la forme même du gouvernement, encore qu'à l'origine une imitation du pouvoir paternel se soit maintenue par la bénédiction des aînés et les dynasties sacrées, comme au fond la souveraineté radicale réside dans la multitude depuis que l'autorité patriarcale est descendue dans la tombe, rien n'est plus inconstant, variable et multiple.
Au-dessous de l'Etat apparaît la famille, constituée par le lien sacré du mariage et l'autorité paternelle, mais destinée désormais à se dissoudre un jour, parce que la mort rompra ce lien et renversera cette autorité.
Enfin, nous rencontrons l'individu lui-même, qui naît de la famille et dans l'Etat, mais a une vie courte et fragile et que la mort viendra briser.
Ainsi, à tous les degrés, l'humanité issue d'Adam présente les ravages de la mort. La mort a fractionné la souveraineté et la hiérarchie supérieure qui est l'Etat, elle atteint la famille et elle frappe l'individu.
Mais, avons-nous dit, cette humanité, dans ces conditions misérables et précaires, n'a plus sa raison d'être que dans l'Eglise, et elle n'est conservée que pour l'Eglise. L'Etat protège la famille; la famille abrite le berceau de l'homme, et l'homme ne naît que pour être régénéré dans
38 l'église
l'Eglise. Quidenim nasciprofu.it, nisi redimi prqfuisset? (i)
Ainsi l'humanité se trouve constituée vis-à-vis de l'Eglise dans des conditions de dépendance et de reconnaissance. L'individu est sauvé par elle; la famille doit la servir et la seconder dans l'éducation de l'homme et dans la communauté du foyer domestique; l'Etat doit la servir en conservant par la justice l'ordre des familles et des individus, et en secondant, dans sa mesure, le règne de la vérité et de la sainteté, la liberté de l'action de Jésus-Christ, la liberté d'expansion et la vie de son corps mystique, qui est cette Eglise même (2).
Cette dépendance est désormais le plus glorieux privilège de l'humanité et son unique consolation dans son grand désastre. Elle n'existe plus depuis le péché que dans le dessein de la régénération. Adam, dans l'humanité, apporte à Jésus-Christ la matière de son corps mystique : l'Eglise recueille cette matière et peu à peu la transfigure et se l'assimile; et, lorsque cette œuvre sera achevée, tout l'ordre de l'ancien homme cessera; il sera tout entier absorbé dans le nouveau (3) : l'Etat et la famille n'auront plus lieu ; nous ne connaîtrons plus personne selon la chair (4), c'est-à-dire selon la première naissance, et la mort à la fin sera détruite (5) avec l'ancienne humanité où elle dominait.
En attendant et dès ici-bas, l'Eglise, qui reçoit le service de l'ancienne humanité, la consacre et la sanctifie dans ce dessein et fait couler sur cet ordre de choses lui-même qui doit disparaître un jour les bénédictions qui viennent du Christ.
Elle sanctifie par là l'autorité de l'Etat; elle sacre les rois
in ( )ff. Sabb sancti.
(21 Justitiam. sine qua nulla societas diu consistere potest, erga omnes incon-
cusse administrais Christianam religionem ac fidem catholicam contra
omnes ad versantes pro viribus défendes. {Pont. Rom., in coronat. régis.)
(3) Si qua ergo in Christo nova creatura, vetera transierunt; ecce farta sunt omnia nova. (// Cor. v, 17.)
(4) Itaque nos ex hoc neminem novimus secundum carnern. (7 Cor. v, 16.)
(5) Novissima autem inimica destruetur mors. (Ibid., xv, 26.)
et dirige vers les lins éternelles l'autorité qu'ils exercenl dans !<■ temps. Elle répand ainsi comme un rayon des splendeurs de Jésus-Chrisl sur le vieil Adam, sur la société qui vient de lui el suc le pouvoir souverain qui le représente.
La famille à s. m tour reçoit aussi su consécration, et le mariage qui la constitue esl élevé à la dignité de sacrement dans le < Ihrist et l'Eglise. Par là tout le gouvernement de la famille, constitué dans le temps selon cette parole : In cœ/is neque nubent, neque nubentur \ . regarde l'éternité; et, par suite, l'homme qui naît de la famille ainsi sanctifiée, bien qu'il apporte en naissant l'étal de péché, esl appelé s;iiut par l'apôtre saint Paul (2), parce que la sainteté de la famille le destine et le prépare à la rédemption.
Telles sont donc les relations qui lient à l'Eglise l'humanité d'Adam, c'est-à-dire l'Etat, la famille et l'individu. Elles se ramènent à ces deux points principaux : l'Eglise sanctifie la famille et l'Etat; lEtat et la famille rendent à l'Eglise les services qui leur sont propres et qui sont leur fin suprême dans les desseins de Dieu.
Ces deux ordres coexistent ici-bas sans se confondre : l'Eglise n'est pas l'Etat; le prince n'est pas le prêtre; et la subordination que la théologie nous montre dans la place qu'occupent dans le plan divin l'une et l'autre société, n'est point une confusion. L'une et l'autre souveraineté viennent de Dieu, l'une en Adam, l'autre en Jésus-Christ.
§IV
Ainsi nous avons considéré et les liens qui unissent le monde angélique à l'Eglise, et ceux qui lui rattachent l'humanité d'Adam, et tout ce qui dépend et procède de lui.
Mais il y a entre ces deux ordres de rapports cette grande différence que les premiers vont en se développant sans
(1) Matth XXII, 3o.
(2) / Cor. vu, l4-
40 l'église
cesse pour resplendir enfin dans l'éternité, et que les seconds sont destinés à finir avec le temps.
Le vieil homme sera peu à peu absorbé et détruit en tous, a afin, dit saint Paul, que ce qui est mortel soit absorbé par la vie » (i). Le Christ en son corps mystique dévore, pour ainsi dire, cette mortalité : deglutiens mortem (2); il prend ces éléments infirmes, il s'en nourrit, pour ainsi dire, se les assimile, et en forme ses membres dans une vie nouvelle et immortelle qu'il leur communique.
Mais, soit que nous considérions l'ange, soit que nous considérions l'homme, l'Eglise nous apparaît comme la consommation finale à laquelle tout doit tendre et aboutir. Et ainsi se confirme ce que nous avons dit au commencement de ce discours, qu'étant avec le Christ une même chose, son corps et sa plénitude, elle est avec le Christ le commencement et la fin. Ya/pha et Yomèga, la vue primordiale et dernière de Dieu en toutes ses œuvres, et l'unité qui les rassemble et les rend toutes infiniment dignes de ses coinplaisances éternelles.
(1) Ut absorbeatur quod mortale est a vita. {II Cor. v, 4-)
(2) / Petr. m, 22.