‹ De l'Église et de sa divine constitutionChapitre 19 sur 114 · DE LA PREMIERE ET DIVINE HIERARCHIE : DIEU EST LE CHEF DU CIIIUS · texte numérisé non relu

DE LA PREMIERE ET DIVINE HIERARCHIE : DIEU EST LE CHEF DU CIIIUS

Dieu iliitis son unité n'est pas seul: il a son Conseil (i), qui est ioa "\ erbe el ^<>u Fils unique.

Il communique à ce Fils, qui est dans son sein, sa divinité et tous les attributs. Il Lui donne sa sagesse el sa puissance; il lui fait parta- 11 trône, el l'assoi ie a sa majesté.

i bien là une société indissoluble, éternelle et sacrée en Dieu. La Père ne cesse de communiquer au Fils, et le Fils ne cesse de h du Père. 11 y a bien deux personnes et deux titres: le principe, qui ne dépend en rien de celui qu'il engendre; celui qui est engendré, et qui dépend entièrement de son principe, recevant tout de lui avec une plénitude et. une perfection totale et si absolue qu'il lui est égal en toutes choses (2).

Il v a nombre, et. pour que ce nombre soit parfait, une troisième pir-.. m ne jaillit au sein de cette société incompréhensible et ineffable du Père et du Fils pour en être le fruit et la con- Bonuner.

Le Père et le Fils se rendent l'un à l'autre un amour éternel ; et dans cet amour est l'origine de cette troisième personne, qui appartient à tous les deux, procède de tous les deux, est le témoin et le sceau sacré de leur alliance éternelle. C'est bien là dans l'éternité la société du Père et du Fils scellée par le Saint-Esprit, où toutes les relations sont inviolables et ne peuvent être interverties.

I les relations ne sont pas troublées quand Dieu se manifeste au dehors par ses œuvres, et elles demeurent immuables en se révélant dans le temps.

Dieu opère selon les lois de sa vie intime: et, dans toute opération de Dieu, les personnes divines opèrent en leur rang et selon la loi immuable de leur origine éternelle.

Selon cet ordre, le Père a en son Fils son confident éternel et son

(1) h. ix, 6.

(21 Omnia qaœcamqae fuAet Pater, mea sunt. {Joan. xvi, i5.)

/J6 l'église

coopérateur : comme le Fils est associé au Père dans le mystère de la vie divine (i), il n'est point de secret que le Père ne lui révèle (2), ni d'oeuvre qu'il fasse sans lui (3).

Il a été le conseiller du Père dans la création des anges et des hommes ; il était avec lui se jouant dans le dessein de l'univers (4), et « toutes les œuvres » du Père « ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui » (5) et sans l'Esprit qui est l'Esprit du Père et du Fils.

Mais, comme nous l'avons annoncé plus haut, il n'a pas suffi à Dieu que le mystère de la société divine qui est en lui se déclarât ainsi par les opérations des personnes divines dans ses premiers ouvrages : à la fin, sortant du sanctuaire de l'éternité qu'elle habite, cette société est descendue elle-même dans le temps, et elle est venue jusqu'à la créature.

« Le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous » (6), c'està-dire que Dieu le Père, étendant jusque dans l'homme sa génération divine, a uni ce Verbe qui naît de lui à la nature humaine, et ce Verbe incarné est l'homme Jésus-Christ (7).

Ainsi l'humanité de Jésus-Christ unie au Verbe est vraiment, en vertu de cette union, associée à tous les droits et au titre du Fils de Dieu (8). Elle entre,* par le droit même de la génération éternelle de celui qui l'a revêtue, dans le secret et dans les communications de la puissance, de la majesté et du trône.

Ne semble-t-il pas qu'ainsi toute gloire et tout honneur est donné à l'œuvre divine, et que l'union hypostatique suffit pleinement à la consommer? Le plan de Dieun'a-t-il pas en cette union son couronnement? Et le dessein divin n'a-t-il pas dès lors atteint son terme ? Et peut-il encore y manquer quelque chose?

Ce dessein et ce plan vont donc, ce semble, s'arrêter là, et il n'y aura plus rien au delà.

(1) Sicut Pater habet vitam in semetipso, sic dédit et Filio haberc vitam in semetipso. (Joan- v, 26.)

(a) Pater omnia demonstrat ci. (Ibid., 20.)

(3) Quœcumque enim ille fecerit, haec et Filins simililer facit. (Ibid., 19.)

(4) Ego sapientia habito in consilio.... Cum eo eram cuncta componens.. ludens coram eo omni tempore, ludensin orbe terrarum. (Prov. vm, 12, 3o, 3i.)

(5) Joan. 1, 3.

(6) Ibid.. 14.

(7) 1 Tint, n, 5.

(8) Cui enim dixit aliquando angelorum : Filius meus es tu, ego bodie genui te? et rursum: Ego ero illi in Patrem, et ipse erit mihi in Filium ? (Hebr. 1, 5.)

Aussi bien cette humanité que Jésus-Christ a revêtue esl de son coté toute innocence et sainteté. Dieu lui a préparé une origine tirs pure dans le sein de la Vierge Marie; et, encore <|u'il ait pris la nature humaine après la faute d'Adam, naissant d'une \ ierge par l'opération du Saint-Esprit, il n'en a pas contracté les souillures i . Si donc le Christ reçoit en cette humanité pour lui seul le titre et les prérogatives «lu Fils de Dieu, comme il ne doit rien à la mort, il peut l'introduire aussitôt dans la gloire de son Père.

Encore une luis, tout se va donc terminer là, et le dessein de Dieu ■ tlt"'- lors atteint son terme final et sa consommation dernière.

M lis il n'en est pas encore ainsi : et, par là même que l'humanité du Christ <-st prise de \n nuire et nous appartient, il annonce une autre suiti ■ nid ou\ r,i

La grande merveille et le secret caché dès l'origine, c'est que le mystère de la filiation divine donnée à la créature doit être aussi le mystère de la miséricorde, qui doit réparer les ruines du péché, ndre et embrasser tous les pécheurs.

Jésus— Christ, le Fils de Dieu, n'a pas ce titre auguste pour lui seul ; mais. Fils unique par naissance, il a la puissance de donner, et il donne en elTet à tous ceux qui le reçoivent le pouvoir d'être faits enfants de Dieu > - en lui par une adoption (3) d'un ordre et

(1) Terra caniis humanae, quai in primo fuerat praevaricatore maledicta, in hoc solo beala? Virerinis partu erermen edidit benediclum et a vitio suae stirpis alienum. uS. Lbo, Serai, xxiv, n. 3.) — Futurum hominum Salvatorem talis ortus decebat, qui et in se haberet humanae substantiae naturam, et humana?

carnis inquinamenta nesciret. [ld.,Serm. xxn, n. 2.1 — Electa sibi matre

qiiïr salva integritate virginea, corporeae esset ministra substantiae, ut

humain seminis cessante contagio, novo homini et puritas inesset et veritas. (Id., Serm. xxiv, n. 3.)

(2) Quotquot autem receperunt eum, dédit eis potestatem filios Dei fieri. {Joan. 1. ia.l

(3) L'adoption parmi les hommes n'est qu'une fiction légale, et le fils adoplif n'a tire à aucun degré son origine de celui qui l'adopte ; il n'en est pas le vrai fils. Mais l'adoption divine, fondée sur la seconde naissance et sur notre union avec le Fils unique, Jésus-Christ, est une réalité mystérieuse : Dédit nobis Pater ut filii Dei nominemur et simas. il Joan. in, i.| — Plus habet adoptatio divina quam humana, quia Deus hominem quem adoptât idoneum facit per

gratise munus ad ha?reditatem cœlestem percipiendam dum communicatur

«imilitudo naturalis filiationis, secundum illud [Rom. vin, 29) : Quoi prœscivit

conformes fieri imaginis Filii sut , homo autem non facit idoneum eum quem

adoptât, sed potius eum jam idoneum eligit adoplando. {Sum. theol. III» P., q. xxiii, a. 1.)

d'une efficacité supérieurs qui consiste à les rendre tous solidaires et participants de lui-même.

C'est ici (jne se découvrent de nouveaux mystères et qu'interviennent le sacrifice et la mort.

La mort n'a rien à prétendre sur Jésus-Christ innocent (n, et toutefois c'est par sa mort qu'il veut entrer dans sa gloire (2). C'est qu'il ne prétend point y entrer seul : il porte en lui des multitudes (3). Il ne lui convient pas de faire valoir le droit qui lui appartient dans sa sainteté personnelle : et, comme ces multitudes ont jadis contracté le péché, il se va sanctifier pour elles (4) par un baptême dont il les lave en lui-même. C'est ce baptême de son sang dont le désir le presse, et qu'il veut accomplir (5). S'il ne traverse la mort, il demeurera seul : grain de froment, il faut qu'il meure pour se multiplier (6). Aussi, dès sa naissance même, il s'y est dévoué par avance. a En entrant dans le monde, dit l'Apôtre, il en a prononcé le vœu (7) et les anges l'ont adoré dans ce mystère qui leur fut révélé. » (8) Il y viendra à l'heure marquée; ou plutôt il ne cesse d'accomplir d'heure en heure depuis sa naissance jusqu'à sa consommation sur la croix l'action de son sacrifice. Enfin, tout est consommé (9) par sa mort. Comme il n'avait pas de dette à acquitter pour lui-même, parce que seul il ne doit rien à la mort, étant seul sans péché (10),

(1) Stipendia enim peccati mors. (Rom. vi, 33.)

(2) Oportuit pati Christum, et ita intrare in gloriam suam. (Lac. xxiv, 96.)

(3) Decebat enim eum qui multos filios in gloriam adduxerat, auctorem

salutis eorum per passionem consummare. (Hebr. 11, 10.)

(4) Et pro eis ego sanctifico meipsum. (Joan. xvii, 19.)

(5) Baptismo autem habeo baptizari ; et quomodo coarctor usquedum perficiatur ? (Luc. xn, 5o.)

16) Nisi granum frumenti cadens in terram mortuum fuerit, ipsum solum manet : si autem mortuum fuerit, multum fructum affert. (Joan. xn, a4-a5.)

(7) Ingrediens mundum dicit : Hostiam et oblationem noluisti, corpus autem

apta>ti mihi Ecce venio : in capile libri scriptum est de me, ut fariam,

Deus, voluntatom tuam. (Hebr. x, 5, 7; Ps. xxxix, 8.)

(8) Et cum iterum introducit primogenitum in orbem terra-, dicit : Et adorent eum omnes angeli Dci. (Hebr. 1, 6.)

(gl Joan. XIX, 38.

(îoj Omnipotens Dominus cum ssevissimo hoste non in sua majestate, sed in nostra con^reditur humilitate, objiciens ei eamdem formam eamdemque naturam mortalitatis quidem nostrae participem, sed peccati tolius experlem. Alienum quippe •''!' bac nativitate est quod de omnibus legitur : « Xemo mundus a sordr, oec infans cujus est unius. diei vita super terram. » (Job. xiv, 4» sec. LXX.) Nibil ergo in istam singularem nativitatem de carnis concupiscentia transiu peccati lege manavit. (S. Léo. Serm. xxi, n. 1.) — La Très Sainte

I \ HIKItAIW.HIi: î<)

seul l.i dette île tous i i. La mort étonnée ne le peul retenu : inirr morluoi liber (a); il en sort par si résurrection, qui es! une ■ouvelle naissance. 11 renaît du tombeau, el son Père, dil l'A] I m. mi cette nouvelle naissance, lui «lit à cette heure de la résui rection: Tu es mon Fils, j<' t'ai engendré aujourd'hui : Fi/tus méat es /", <•</" hodie genui U

('.rite vie qu'il prend i la résurrection est pour tous l<'s hommes: tous les nommes rachetés en lui recevront <!•' lui !<■ bienfait de cette seconde naissance et ressusciteront par lui dans la sainteté de cette * i<'.

t h le mystère caché dans le baptême des fidèles, et qui se déclarera dans leur gloire future ( \ i.

Ainsi Jésus-Chris! ■ deux naissances dans le temps (5 : par la première* naissanl de la N ierge, il prend notre nature; et par la seconde, naissant du tombeau et de la mort à une vie nouvelle, il nous donne et nous communique les richesses de cette vie, nous lait renaître tous en lui et devient notre chef.

Par la première il est tout innocence et sainteté: par la seconde il est source de pureté et sanctificateur, et le chef de la nouvelle humanité.

Toutefois, le mvstère de ces deux naissances est étroitement lié : Christ n'entre pas dans sa gloire en vertu de la sainteté de sa

Vierge est Basai sans péché, mais par rédemption : elle a été rachetée dans son immaculée conception.

(ii l't gratia Dei, pro omnibus gustaret mortem. (Hebr. n, g.)

(a) Pt, lxxxvii, 6.

(3) C'est ce qu'enseigne saint Paul dans son discours aux Juifs d'Antioche de l'isidie: « Kt nos voliis anmintiamus eam, quœ ad pair - repromissio

facta est: Ouoniam hanc Deus adimplevit tiliis nostris, rauseiUauJetum, sicut et in psalmo secundo scriplum est: Filius meus es tu, esro hodie g-enui te. ■ Ici. xm, 3a-33.(

Qnicumque baptizati sumus in Christo Jesu, io morte ipsius baptizati «umus : consepulti enim sumus cum illo per baptismum in mortem, ut quomodo Christus surrexit a mortuis per çloriam l'atri.s, ita et nos in novitate vita? ambulemus. Si enim complantati facti sumus similitudini mortis ejus, simul et resurrectionis erimus. \Rom. vi, 3-5.) — Qnisqnis hominum in quacumque mundi parte credentium regeoerator in Christo, interci-o oriçcinalis tramite vetustatis, transit in novum hominem renasondo; nec jam in propagin^ habelur carnalis patris, sed in srermine Salvatoris, qui ideo filius hominis est factus, ut nos filii Dei esse possimus. iS. Léo. Srrm. x.wi, n.

jui natus olim e Virgine, nunc e sepulcro nasceris. {hhmn. \fat. temp. Paseh.)

5o l'église

première naissance, mais par la vertu de la seconde (1). Il n'a pris la nature humaine en Marie que pour la racheter sur la croix et la ressusciter du tombeau. Il est venu pour cela ; propterea veni in horam hanc (2), et voilà pourquoi il a fallu que sa mère fût de notre race; car, encore que sa naissance d'une vierge l'ait revêtu d'une humanité exempte de souillure, s'il devait nous demeurer étranger, pourquoi prendre cette chair et ce sang parmi les descendants d'Adam, plutôt que de les tirer purs et saints du néant par un acte créateur de la puissance divine?

Bien plus, par là même qu'il prenait la nature d'Adam et cette humanité déchue en lui, il annonçait le dessein de la sauver. Cette humanité dans sa masse portait la malédiction du péché ; il ne pouvait l'aimer et la choisir que dans la vue de la réparer; et il n'était pas digne de lui de puiser à cette source la nature humaine qu'il revêtait, s'il n'avait ce dessein.

C'est donc encore pour cela que, dès sa première naissance, il a en vue la seconde et prononce le vœu de son sacrifice (3). Il en commence dès lors l'accomplissement, et il ne sera pas une seule heure de sa vie ici-bas sans en faire l'action. Et ainsi, bien que nous lui appartenions en vertu de sa mort et de sa résurrection, nous sommes déjà en lui dès l'origine, parce que son sacrifice où est sa mort et le mystère de notre rédemption est déjà commencé. C'est pour cela que saint Léon peut dire véritablement de la naissance de Jésus-Christ de la Vierge Marie, que nous commençons avec lui : natalis capitis nalalis est corporis (4), encore que notre naissance en lui soit proprement attachée à sa résurrection.

Tel est donc l'ordre du mystère : voilà que, par cette divine économie, Jésus-Christ introduit dans cette société du Père et du Fils, non pas seulement l'humanité qu'il porte en sa personne, mais, en elle et par elle, l'humanité sociale et universelle de ses élus (5).

(1) Per proprium sanguinem introivit semel in sancta. (Hebr. ix, la.) — Opor« tnit pati Christum, .et ita intrarc in gloriam suam. (Lac. xxiv, 36.) (a) Joan. xn, 27.

(3) Hebr. x, 5, 9.

(4) Dum Salvatoris nostri adoramus ortum, invenimur nos nostrum celebrare principium. Generatio enim Christi origo est populi christiani, et natalis capitis natalis est corporis. (S. Léo. Serm. xxvi, n. a.)

(5) 'O àpxiepeùc (XpioTÔ;) (èuTi) 6Ùpa toû Ilarpo;, Si' t,; daépyovzcti

'Aêpaàp. -/.ai 'Iaaax xai 'Iaxà>6 xai oî npoyr^ai xai oi à7tôt7To).0[ xacî rj 'ExxXôffioc. (S. Ign. Epist. adPhilad. n. 9.)

Toute l'Eglise est en lui, et il la porte tout entière dans le sein de ion Pèi e i ,

Détonnais le Père, regardant le Fils dans le secret de cette société mi le Fila est rentré, voit en lui toute l'Eglise qui lui est unie.

Aussi étend il jusqu'à * - 1 1 « * . avec ce regard paternel, l'amour éternel don! il aime son Fils unique, l'embrassant dans ce môme amour, parce qu'il l'embrasse d'une même vue et qu'elle est faite Une seule chose avec ce Fils, selon ce que dit Notre-Seigneur en saint Jean : Il Vous m'avez aimé d'un amour éternel et avant l'établissement du monde...-.; que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eus . cai je suis moi-même en eux »

I e Père vous aime », dit-il encore; et c'est l'amour dont il a dit : Que le monde connaisse que vous les avez aimés comme vous m'avei aimé ; c'est-à-dire que cet amour éternel qui est en Dieu et dont le Père aime le Fils était renfermé jusque-là dans le sein de Dieu : mais, lorsque ce sein se fut ouvert dans la mission et l'incarnation du Fils et que le Fils en fut sorti pour se répandre dans l'humanité et s'incorporer son Eglise, il fallut bien que cet amour sortit aussi de ce sein de Dieu pour suivre le Fils jusque dans l'humanité et s'étendre à l'Eglise.

Vu->i Lien le Fils à son tour, répandu (3) pour ainsi dire en cette Eglise, rend en elle à son Père le cri de l'amour filial; et ainsi, dans cette société du Père et du Fils qui embrasse l'Eglise, le Saint- Esprit, qui procède de l'un et de l'autre, s'étend jusqu'à l'Eglise. Le Père aime son Fils dans l'Eglise, et le Fils dans l'Eglise aime le Père et rend à son Père le cri de l'amour filial. Jésus-Christ dit de son Père : « Le Père vous aime : Pater amat vos » (4); et l'Apôtre dit de lEglise : « Parce que vous êtes fils. Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie » sans cesse : « Abba, Père » : Quoniam autem estis filii, misit Deus Spiritam Filii sui in corda vestra. clamantem : Abba, Pater (à). Et ainsi la mission du Saint-

(i) Pater, quos dedisti mihi, volo ut ubi sum ego, et illi sint mecum. (Joan. xvn, a^.l

(s) Dilexisti me ante constitutionem mundi ; dilectio qua dilexisti me

in ipsis sit, et ego in ipsis. {Ibid . 24, 36.)

(3) Le nom du Christ est comme une huile répandue sur tous les chrétiens : oleum effusam nomen laum {Cant. 1, 3), et le mystère du Christ est en eux.

|4) Joan. xvi, 27.

(5) Gai iv, 6. — C'est aussi ce qu'exprime Notre-Seigneur lorsqu'il dit du don du Saint-Esprit qu'il descend de Dieu et remonte à Dieu par des élancements qui rejaillissent jusqu'à la vie éternelle. {Joan. iv, 14.)

Esprit suit la mission du Fils de Dieu dans l'humanité, comme sa procession éternelle suit la naissance de ce Fils dans l'éternité.

Partout où est le Fils, là est l'Esprit du Fils. Esprit du Fils, il est l'Esprit d'adoption dans ceux que le Fils s'est unis (i ) ; et comme le Fils est venu jusqu'à l'humanité dans l'Eglise, il faut hien que le Saint-Esprit atteigne cette humanité et pénètre l'Eglise. Et c'est encore l'ordre des relations divines et comme une suite des nécessités de la hiérarchie qui est en Dieu.

Voilà donc vraiment la première effusion de l'ordre hiérarchique divin : « Dieu est le chef du Christ » (2) ; et nous entrevovons déjà comme une seconde effusion dans le même ordre « le Christ chef de l'Eglise » (3).

Mais, avant d'aller plus loin, il faut arrêter nos pensées sur le caractère singulier de cette mission du \erhe dans l'humanité, à savoir le titre et l'onction sacerdotale.

Dieu le Père, engendrant son Fils hors de l'éternité dans cette autre naissance qu'il lui donne en le faisant naître de la bienheureuse "\ ierge Marie, et principalement en le faisant renaître de la mort par sa résurrection, ne « le fait » pas seulement être « Seigneur » et Fils de Dieu, mais « Christ » (4) et Pontife, c'est-à-dire qu'il l'envoie en l'état de sacrificateur. Cette qualité sera tellement liée à tout l'ordre de l'Incarnation, qu'elle n'en pourra être séparée, c'est-à-dire que Dieu voulant glorifier en son Christ la nature humaine qu'il avait créée au commencement, et cette nature humaine étant déchue, il faudra la purilier d'abord par un sacrifice qui expie le péché. La mort interviendra, parce qu'elle est l'accomplissement de l'ordre de la justice et la peine décrétée contre le péché (5). La victime sera l'homme lui-même: elle ne nous sera point étrangère; et comme, dans la perfection de son sacerdoce, notre prêtre n'a pas besoin de chercher hors de lui ce qu'il doit ofirir, cette victime lui appartiendra aussi et sera sa propre chair (6).

Ainsi, dans l'ordre de ses fonctions, il doit s'en revêtir pour l'im-

(1) Accepistis Spiritum adoptionis fdiorum, in quo clamamus : Abba (Pater). {Rom. vin, 10.)

(a) Caput vero Christi, Deus. (/ Cor. xi, 3.)

(3) Christus caput est Ecclesise. [Eph. v, a3.)

(/J) Certissime sciât ergo omnis domus Israël, quia et Dominum eum et Chrislum fecit Deus hune Jesum, quem vos crucifixistis. (Act. 11, 36.)

(5) Rom. vi, a3.

(6) liebr. iv-x.

IV Mil HAIIi 1111 53

rnoler ensuite, et, après l'avoir immolée, 1 > glorifier dans les splendeuri divines. Bien |>lu». avons-nous dit, il ne lui convient même pu de revêtir cette nature déchue autrement que dbuts le di

tration et eu la considéraal dm avance dans oe dessein.

Aussi, .l.-s sa naissance, il a revêtu les marques dm sacrifice et le caractère de victime; son immolation est déjà commencée, et il va msommer sur la croix.

tassîtot h multitude ilt a élus lui est donnée et lui appai tient Cette multitude tout entière meurt avec lui, descend avec lui au tombeau, renail avec lui dans sa résurrection, et est portée avec lui • les splendeui - de la gloire a .

fécondité mystique est-elle attachée à son immolation et à l'acte de son sacerdoce (3).

-•ut l.i I es qui, sur la croix, lui donnent son

se el la multitude de ses enfants.

C'est Itien \\i\ nouvel Adam, et la figureeu est accomplie (4). Mais il n .i une insigne différence : l'ancien Adam avait reçu sa bénédiction croisses et multiplie/ » dans l'ordre de la paternité, et humaines devaient sortir de lui selon les lois de cet ordre; tandis que le nouvel Adam, Jésus-Christ, reçoit les nations pour héritage et les élus pour postérité immortelle dans l'ordre du sacerdoce et du sacrifice; et la propagation de la nouvelle vie, qui fera naître en lui les fila de Dieu, s'accomplira en la vertu du mi les lois hii'i iK'liifjues par lesquelles se communiquent et se distribuera l'opération sacerdotale. Et comme il v a un ordre de paternité procédant d'Adam, ainsi il v a un ordre sacerdotal, mite de la mission et du sacerdoce que le Père a donné à son Fils Jésus-Christ, et que celui-ci transmet à son tour, selon cette : « Je vous envoie, comme mon Père m'a envoyé: a Sicut misii me Pater, et ego mitto vos ».

|i) P D, X; / xliii, io et seq.

DU vivifie* vit nos in Christo , et conreMiseitavit. et consedere fecit in

ccelestibus in Christo Jesu. {Bph. n, 5-6.) — Habeant licet singuli quique vocatorum ordinem suum, et omnes Ecclesia* filii temporum sint successione dis-

tinrti, tiniversa tamen summa fidelium , cum Christo in passione crucifixi,

in resorrectione resuscitati, in ascensione ad dexteram Patris collocati. (S. Lao. \\vi, n. 2.i onsmnmatuSj faetus est omnibus obtemperantibus sibi causa talutis ■tenue, appellatus a D..o pontifex. [Hebr. v, 9-10.) Ad;e, qui e>t forma futtiri. \Rom. v, i^.) m. xx, ai.

54 l'église

Quelles merveilles dans cet ordre! L'ancienne humanité d'Adam, selon l'ordre de la paternité, va toujours en dispersant plus au loin ses rameaux et en s'éloignant davantage de l'unité de son origine. Par un ordre contraire, la nouvelle humanité ne sort pas tant de Jésus-Christ qu'elle n'entre en lui, qu'elle ne s'unit à lui pour vivre de lui, qu'elle ne fait un avec lui. La vie nouvelle qui est le fruit et la fécondité de son opération sacerdotale est sa propre vie, à laquelle, il appelle les hommes, et la nouvelle naissance qu'il leur donne les en iait participants et les incorpore à lui-même, pour les faire en lui les fils de son propre Père (i ). Ainsi l'unité, loin de se diviser et de se perdre dans les multitudes, embrasse les multitudes et les ramène à elle-même. Et comme Jésus-Christ, qui sort du Père, entre en lui et demeure en lui, ainsi l'Eglise, qui procède de Jésus- Christ, entre en Jésus-Christ et demeure en Jésus-Christ. C'est toujours la parole divine « qu'ils soient un, comme nous sommes un; comme vous, mon Père, êtes en moi, et moi en vous, qu'ainsi ils soient un a leur tour. » (2)

A oilà donc, autant que nous pouvons en bégayer quelque chose, cette première hiérarchie de Dieu et du Christ : Dieu est le chef du Christ.

Dans tout le développement du mvstère sacerdotal du Christ, le Père garde ce titre de chef et demeure le principe.

Premièrement, en effet, il est le chef du Christ dans l'origine même de son sacerdoce, et il lui en confère le titre et l'onction : il le fait prêtre pour l'éternité (3).

En second lieu, dans l'acte même du sacrifice, il demeure le chef et le principe. Si le Fils offre la victime, il le fait par l'autorité du Père et dans l'union d'une même volonté du Père et du Fils, communiquée du Père au Fils. Le Fils se livre à la mort : tradidit semetipsum (4); mais, dans la même action et avant le Fils, non dans l'ordre du temps, mais dans l'ordre du mystère, et comme chef et principe, le Père a livré son Fils : pro nobis omnibus tradidit illam (5). Le Fils a bien sans doute une autre volonté, soumise et obéissant jusqu'à la mort (6), en laquelle il est victime; mais l'autorité sacer-

(1) Participes enim Christi effecti sumus. (Hebr. m, i4-) (a) Joan. xvii, 21-22.

(3) Ps cix. 4.

(4) Eph. v, 2.

(5) Rom vin, 32.

(6) Philip. 11, 8.

LA HIÉRARCHI] 5S

dotale lui vienl <ln Père, dont il est sorti dans l'éternité par son ori nnc el dans le temps par s,i mission.

Enfin, en troisième lieu, Dieu esl le chel du Christ dans sa glorification, qui <st le fruit el la fin <in sacrifice. C'esl Lui qui donne à Jésus-Chris) sa gloire, el Jésus-Christ donne cette gloire à son Eglise : ego claritatem quam dedisti mihi detli eis (i). Il le fait asseoir sur son trône, et Jésus-Christ v associe à son tour son Eglise (2). Il lui remet te jugement (3). et Jésus-Christ appelle l'Eglise à juger

I avec lui

C'est toujours le même ordre, et les suites que nous allons -voir

I dans l'Eglise nous \ ramèneront sans cesse.

1 1) Joon xvn, aa.

|3i Qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo : sicut et ego vici, et ■edi cum Pâtre meo in Ihrono ejus. (-4p. m, ai.) — Et ego dispono vobis, sicut disposait mihi Pater meus regnum. {Luc. xxn, ao,.)

(3| l'ater omue judicium dédit Filio. (Joan. v, a2.)

14) Sedebitis et vos super sedes duodecim, judicantes duodecim tribus Israël. [Matth xix, a8.)

Page 1