CHAPITRE V
DE LINTK.r.IUTK. F. T ['.MIE INDIVISIBLE DE LEGLISE § I
Noua venons d'exposer le mystère des hiérarchies dans leur notion la plus générale.
L'Eglise de Jésus-Christ nous est apparue dans la magnificence des dons qui lui sont faits. Par son chef Jésus- Christ elle appartient à la société éternelle de Dieu et de son Christ, et par ses memhres les évéques, elle forme au-dessous d'elle les hiérarchies particulières dont ces évéques sont les chefs.
Centre d'unité dans ce monde nouveau, elle est elle-même un mystère d'unité ( i i, qui appelle encore nos méditations.
L'Eglise est tellement une que la pluralité des Eglises et des fidèles qui est en elle ne saurait altérer le mystère de son unité 12).
L'ancien Adam, en se multipliant selon la division des familles. voyait se former au-dessous de son autorité paternelle et suprême autant de sociétés distinctes.
La cité qui le représente, c'est-à-dire l'Etat ou la nation, n'est elle-même que la réunion ou la somme des familles et des individus.
Mais l'Eglise, qui procède de Jésus-Christ, comme Jésus-Christ procède de son Père. l'Eglise, appelant à elle tous les hommes et les assumant à son unité, comme Jésus-Christ lui-même l'appelle et l'assume en lui, l'Eglise ne fait de tous les hommes qu'un seul tout avec ce Jésus-Christ dont elle est le corps et la plénitude, afin que Jésus-Christ à son tour les porte en lui dans l'unité éternelle de Dieu et de son Fils. C'est donc Jésus-Christ qui, dans 1 Eglise, est le principe et le lien de l'unité: indivisible, il est donné tout entier
II) Individux unitatis arcanam. (S. Petr. Dam. lit). Dom. vob. c. vi.i
(a) Licet multiplex videatur Ecclesia...., una tamen et simplex est. (Id. ibid.,
c. v.) Si per corporalcm situm partibus videatur dividi, unitatis tamen intimae
sacramentum nullatenus a sua valet inteçritate corrumpi. [Ibid., c. vi.i — Eccle-
siasticie unitatis attendatur sacramentum; ubi nec unitas excludit multitu-
dinem, nec multitudo violât unitatem. {Ibid., c. xm.| Ecclesia multiplex in
unitate, et una creditur in multitudine. tlbid., c. xiv.i
à l'Eglise tout entière, et l'Eglise le donne tout entier à chacune de ses parties (i ). Et ainsi Jésus-Christ est tout entier dans chacune des parties de l'Eglise, et l'Eglise est tout entière dans son tout et tout entière dans chacune de ses parties (2). Et c'est là le mystère de son inte'grité indivisible, que saint Pierre Damien exprimait par cette sentence : Est tota in toto, et tota in qualibet parte.
Aussi l'Eglise particulière est-elle en substance tout ce qu'est l'Eglise universelle, c'est-à-dire Jésus-Christ communiqué aux hommes. Elle possède ce don tout entier : le sacrifice, le sacerdoce, la régénération, richesses de l'Eglise universelle, sont sans partage sa propre richesse ; et ainsi le mystère de l'Eglise universelle, c'est-à-dire le don de Dieu (3) par excellence, Jésus-Christ donné aux hommes, se trouve comme réduit et approprié et comme multiplié sans division dans chacune des Eglises particulières. La victime du monde est offerte à chaque autel, sans cesser d'être unique; elle est universelle, et elle appartient à chaque assemblée des fidèles, à chaque fidèle, comme un bien qui ne se partage pas. Et ainsi, comme nous l'avons dit plus haut, le nom d'Eglise se communique avec la chose même qu'il signifie ; il n'y a qu'une Eglise, et il y a des multitudes d'Eglises; et ce nom, comme le mystère qu'il exprime, appartient à chacune d'elles, sans cesser d'être le nom unique et incommunicable de l'unique épouse de Jésus-Christ.
Ne considérons donc point cette grande et unique Eglise comme n'étant que la somme et le résultat des Eglises particulières.
Dans la vue de Dieu elle les précède, et les Eglises particulières ne subsistent que par l'Eglise universelle. Elles ne sont en substance que l'appropriation faite dans la suite à un peuple particulier du don divin qui d'abord a été donné à la nouvelle humanité tout entière en l'Eglise universelle (4).
(1) E:; ecttIv 'Iv",<70-j; Xp'.ar'o?, ovj ajiEivo'V oùôév èutiv. IÏxvtï; o\jv
ort)VTpé)£ETe a>ç èttI eva 'Iy;<7oCv Xp'.dTÔv. — MsTaêâXEaÔE Et; viav £Û{1T]V, o eot'.v 'Iffoû; XpiaTÔ;. 'AXiffâr,TE iv aù-<I>. (S. Ign. Epist. ad Magn. n. 7, 10.) — In ea (Ecclesia) disposita est communicatio Christi. (S. Iren.)
(2) Ecclesia una est quœ in multitudinem latius incremento fecunditatis extenditur. (S. Cypr. de unit. Eccl. n. 5.) Tunica (Christi, seu Ecclesia), tolam
simul et solidamftrmitatem inseparabiliter obtinebat Quia Christi populus non potest
scindi, unica ejus per toluin textilis et colin-ens divisa a possidentibus non est. Individua, copulata, connexa, ostendit populi nostri, qui Christian indaimus , concordiam cohxrentem. Sacramento vestis et signo declaravit Ecclesiœ unitatem. (Ibid., n. 7.).
(3) Joan. iv, 10.
(4) Unusquisque fidelium (et unaquœque particularis Ecclesia) quasi quœdani