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DE CE POUVOIR : MAGISTERIUM, MINISTERIUM, IMPERIUM

Avant d'aller plus loin et de faire de chacune des hiérarchies dont nous avons indiqué à grands traits l'existence dans le mystère unique du Christ et de l'Église l'ohjet d'une contemplation particulière et d'une étude plus approfondie, il faut nous arrêter encore à considérer quel est l'ohjet propre et essentiel du pouvoir qui constitue ces hiérarchies, ou, si l'on veut, quelle est l'action vitale répandue en elles«et qui les anime.

Nous verrons que par son essence le pouvoir qui est dans l'Eglise est un pouvoir doctrinal, un pouvoir sanctifiant et un pouvoir de gouvernement.

En second lieu, nous devrons considérer ce pouvoir dans les sujets qui en sont faits les dépositaires; nous reconnaîtrons en eux des puissances et des actes qui se correspondent harmonieusement; et, comme les œuvres de Dieu sont sans repentance (i), nous traiterons de la stabilité de ces puissances superposées, qui constituent pour chacun des degrés hiérarchiques ce que l'on nomme aujourd'hui l'ordre et la juridiction dans ses diverses extensions.

Ces importants préliminaires méritent toute notre attention ; nous v recueillerons de grands et mystérieux enseignements.

La hiérarchie est dépositaire d'un pouvoir reçu de Dieu et qui se distribue en elle pour être exercé par ses membres divers.

C'est là son essence et la première notion que l'on doive s'en former. Ce pouvoir, étant le principe actif qui met en jeu tous ses organes, se répand ainsi du centre dans toutes les parties, comme par autant de canaux, pour y porter le mouvement et la vie.

Or quelle est, quant à son objet, la nature de ce pouvoir que

(i) Rom. xi. 29.

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Dieu a placé dans l'Église, ou, si l'on veut, quelles sont les activités incessantes qui constituent ce pouvoir et la vie de ce grand corps à tous les degrés ?

Élevons nos pensées jusqu'à la source même, et entrons encore une fois dans la contemplation du mystère de Jésus-Christ, sortant du sein de son Père et portant en lui-même toute la vie de son Église.

Dieu est le chef du Christ (i), c'est-à-dire que le Christ est de Dieu (2) et reçoit de Dieu (3). Or, que reçoit-il, et qu'apercevonsnous d'abord dans cette procession et dans ce don qui lui est fait? Verbe éternel de son Père, il est sa parole et sa vérité. Etre de lui, c'est recevoir de lui ; être de lui sa parole, c'est recevoir de lui sa pax-ole.

En cette parole, il reçoit toute parole qui vient de Dieu, parce que toutes les vérités particulières sont contenues dans la vérité unique, qui est lui-même. Et c'est pour cela qu'il' dit à son Père en parlant de son Église : « Les paroles que vous m'avez données, je les leur ai données » (4), comme de plusieurs paroles; et encore : « Ils ont reçu votre parole » (5), comme d'une seule. C'est là le premier aspect du don qu'il fait à son Église. Mais il faut aller plus avant.

Dieu est le chef du Christ, c'est-à-dire que le Christ reçoit de Dieu. Parole de Dieu, peut-il n'être qu'une expression sans réalité de celui qui le produit du fond de sa substance? Il est cette substance même, Dieu de Dieu (6), tout être, toute vie, toute sainteté, toute divinité. Le Christ reçoit de Dieu et donne à son Église. Il lui donne en lui-même l'être, la vie, la participation de Dieu. « Comme le Père a la vie en lui, il a donné au Fils d'avoir la vie en lui » (7) ; et le Christ dit à son tour : « Je suis venu pour qu'ils aient la vie (8), et je leur donne la vie éternelle » (9). « Il leur donne d'être

(1) / Cor. xi, 3.

(2) Joan. vin, 42-

(3) Ibid , xvi, i5.

(4) lbid., xtii, 8.

(5) Ibid., 6.

(6) Symb. Me.

(7) Sicutenim Pater habet vitam in semetipso, sic dédit et Filio habere vitam in semetipso. (Joan. v, 26.)

(8) Veni ut vitam habeant. (Ibid.. x, 10.)

(9) Et ego vitam œlernam do eis. (Ibid., 28.)

la il i i':it vkchii: 8l

bits fils de Dieu 1 i, d'être faits participants de la nature divin*

Enfin il est un troisième aspect de ces rapporta de Dieu el de son Chrisl

Dieu esl le chef du Christ, c'est-à-dire que Dieu possède bob Christ (3), parce que Bon < '.lu-Ut procède de lui '1 61 que le Chrisl appartient a Dieu 1 5).

Il lui appartient par le droit sans inégalité que donne à son Père son éternelle naissance, et il lui appartient aussi par sa naissance dans le temps en son humanité, qui esl l'œuvre » 1 1 - Dieu. El ainsi cette possession est à la fois L'autorité sans inégalité qui convient an principe dans les mystères divins, autorité qui esl La propriété même du Père 't la prérogative de communiquer au Fils dans L'unité de naissance el «le majesté celte puissance même el celte majesté; et nous \ voyons aussi L'empire souverain qu'il a sur la nouvelle créat- I nie. (|iii est son ouvrage, c'est-à-dire son droit à l'obéissance humble et absolue du nouvel homme, <jui reçoit tout de lui en Jésus-Christ et qui lui est entièrement soumis (6 .

Ainsi, indivisiblement et dans l'unité inviolable d'une seule mission, Dieu, chef du Christ, son Fils, est pour le Christ la source de la vérité, la source de la substance et de la vie. et il le possède en lui taisant part de tous ses biens.

Or, ce Christ, qui sort du Père, vient à l'Eglise, et il lui apporte tout ce qu'il a reçu et tout ce qu'il est sous ce triple aspect.

Ce qui parait d'abord, c'est qu'il lui apporte la parole (7). Il vient enseigner (8). Il apporte à l'Eglise le témoignage divin (9), il (t raconte » (10) les choses de Dieu, il vient « rendre témoigi la vérité > 11 .

(1) Joan. I, 12.

(2) Divinae consortes naturae. (// Petr i, 4-)

(3) Dominas possedit me. (Prov. vin, 22.)

(4) Joan. vin, 42.

(5) Vos autem Christi, Christus aatem Dei. [I Cor m, a3.i

(6) / Cor. xv, 27-28.

(7) Eco quie audivi ab eo, haec loquor. [Joan. vm, 26.)

(8) Erat enim docens eos sicat potestatem habens. (JUaUh. vu, 2p.)

(9) Quod scimas loquimur, et quod vidiraus lestamur. (Joan. in, 11.)

(10) Uniçenitus Filins, qai est in sinu Patris. ipse enarravit. {Ibid., 1, 18.)

(11) Earo in hoc natus sum, et ad hoc veni in mundum, ut testimminm parhibeam veritati. (Ibid., xvill, 37.)

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Dans la suite du mystère, il associera l'Eglise elle-même à son ministère d'enseignement et le lui communiquera dans le Collège épiscopal. « Les paroles que vous m'avez données, dit-il, ô mon Père, je les leur ai données » (i); ils les transmettront : car, dit-il encore : « je prie pour ceux qui croiront, par leur parole, en moi » (2) ; et c'est à ce même Collège qu'il dit aussi : « Allez, instruisez toutes les nations. 0 (3)

Ainsi se montre d'abord, dans l'Eglise dont Jésus-Christ est le chef, le magistère ou pouvoir doctrinal.

Ce pouvoir appartient à Jésus-Christ, qui l'a reçu de son Père, et il le communique aux évoques et à la hiérarchie.

Mais, de même que « Jésus-Christ n'enseigne que ce qu'il a entendu de son Père » (4), de même, à leur tour, l'Eglise et le Collège des évèques n'enseignent que ce qu'ils ont entendu de Jésus- Christ (5).

Par là, l'infaillibilité du témoignage divin, privilège du magistère de l'Eglise, sera en elle à perpétuité : car Jésus-Christ ne cessera de parler au milieu d'elle (6), et l'épiscopat ne cessera de recevoir le témoignage de Jésus-Christ et de lui être indivisiblement uni dans l'enseignement de la même parole divine.

Mais comment pouvons-nous dire que Jésus-Christ parlera dans l'Eglise'? Il est rentré dans le secret du sein paternel, et sa voix ne retentit plus aux oreilles des hommes. Il y a pourvu, nous le verrons en son lieu, par l'institution d'un Vicaire qui est son organe permanent, le gardien et le prédicateur infaillible de sa parole, et « autour duquel » (7) tous les évêques s'assemblent, s'unissant à lui et recevant de lui de former avec lui et par lui un seul et unique magistère de l'Eglise universelle.

Les évêques sortiront ensuite de ce Collège pour aller à leurs Eglises particulières porter la parole qu'ils ont reçue ; et ainsi le magistère du Christ, toujours manifesté en son Vicaire, se communiquera par degrés jusqu'aux dernières hiérarchies.

(1) Joan. xvh, 8.

(2} Ibid., 20.

(3) Matth. xxviii, 19.

(4) Sicut docuit me Pater, haec loquor. (Joan. vm, 28.)

(5) Docentes eos servare omnia quœcumque mandavi vobis. (Ma«/i.xxvni,Î20.)

(6) Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus. {Ibid., 20.)

(7) Saint Ignace appelle les apôtres : oi 7repi nétpov. Epist. ad Smyrn. n. 3. Cette expression signifie chez les Grecs la cour du souverain et la dépendance de son entourage.

§ III

Mais, comme nous l'avons dit plus haut, Jésus-Christ n'est pas seulement docteur. Portant en lui-même tous les trésors de la divinité qu'il tient de son Père, il l'ait à tous ceux qui ont reçu le premier don de sa parole et qui croient en lui le don d'être laits enfants de Dieu t i) et de participer à la nature divine (a).

Ainsi l'œuvre de la sanctification suit la prédication de la vérité; et l'Eglise, qui d'abord croit en lui, c'est-à-dire qui reçoit la parole, en retour de sa foi entre clans cette communication divine de la vie nouvelle qui est la vie éternelle et de l'être nouveau qui est une participation mystérieuse de l'être divin.

Et non seulement Jésus-Christ opère en son Eglise cette œuvre ineffable, mais il l'associe encore elle-même à cette opération même, et il lui donne d'opérer avec lui le salut de ses membres.

Ce pouvoir, distinct du magistères est appelé le ministeriiun (3).

C'est ici principalement qu'apparaît le caractère sacerdotal de la mission de Jésus-Christ en lui-même et dans l'ordre des hiérarques qu'il associe à cette mission.

Pour le bien entendre, considérons que l'humanité tout entière est dans le péché et la mort, et qu'elle ne peut être élevée à la sainteté sans qu'intervienne l'expiation, c'est-à-dire l'oblation du sacrifice \.\). C'est sur la croix et dans sa mort que Jésus-Christ a porté toute son Eglise en lui-même, la justifiant tout ensemble et se l'incorporant pour la faire vivre de sa vie (5). Il a dit de son immolation : u Pro eis sanctifico meipsum, Je me sanctifie pour eux » (6); c'està-dire que lui-même, en cette qualité de chef delà nouvelle humanité qu'il a prise et au nom de l'Eglise tout entière qui est en lui, obtient à cette Eglise la grâce et la sanctification par le mérite du sacrifice.

Jésus-Christ, qui a paru comme docteur sur la terre, y apparait donc dans la suite du -mystère comme sanctificateur.

Et comme il a confié à l'Eglise le dépôt de la doctrine, il va lui confier aussi le dépôt du pouvoir sanctificateur dans les sacrements qu'il institue en elle, et qui sont les signes et les canaux par lesquels

(i ) Joan. 1, 12.

(a) // Petr. i, 4.

(3) Beaucoup de théologiens modernes l'appellent le sacerdotium.

(4) Sine sanguinis effusione non fit remissio. (Hebr. ix, 22.1

(5) Et ego, si exaltatus fueroa terra, omnia traham ad meipsum. (Joan. xn, 3a.)

(6) Ibid., xvn, 19.

son unique sacrifice se communique et répand sa vertu clans l'humanité.

Arrêtons-nous à considérer l'économie de cet ordre de merveilles.

Le centre de tous les sacrements, c'est le sacrifice de Jésus-Christ perpétué dans la Sainte Eucharistie (i): l'Eucharistie est le sacrement par excellence, et elle en porte par excellence le nom dans la langue du peuple chrétien (2); tout se rapporte à elle.

Si l'Eglise a le haptême qui la purifie et l'incorpore à Jésus-Christ immolé, le baptême lui donne de vivre de l'Eucharistie (3).

Se nourrir de l'Eucharistie est l'acte propre et l'exercice des droits du baptême. Le baptême crée un état permanent et est comme une communion habituelle. Le baptisé, dit saint Augustin, est déjà devenu par le baptême participant de ce qui est offert, une même chose avec la victime et cela même qui est offert (!\), comme étant offert avec la victime, comme étant avec la victime une même chair et un même sang.

Aussi les fruits du baptême et do a communion eucharistique leur sont mutuellement communs, comme il convient à une habitude et à son acte. La résurrection, effet du baptême (5), est. à sa manière.

(1) Omnia alia sacramenta ordinari videntur ad Eucharistiam sicut ad finem. (Sum. theol., III» P., q, lxv, a. 3.)

(2) Id quod est commune omnibus sacramentis, attribuitur antonomastice huic (sacramento Eucharistise) propter ejus excellentiam. (Ibid., a. 4> ad 3.) Si autem quœrat quis cur, cum mysterium absolute dicimus, corporis et sanguinis Domini nostri mysterium intelligamus, quandoquidem mysteria quoque appellantur et rêvera sunt baptismus, confirmatio, ordo, pœnitentia et matrimonium juxta christianam le°:em initum, unctio cum oratione super infirmos, huic respondemus quod licet et haec rêvera sint mysteria, hoc tamen quia cœteris prœstantius est, mysterium mysteriorum sancti Patres illud appellarunt, ideoque cum mysterium absolute audimus, hoc mysterium mysteriorum intelligimus. (S. Joan. Mar.ro, patriarch. Antioch., In expos, ministerii oblationis S. Jacobi apost , c. XXXI.)

(3) Sacramentum baptismi ordinatur ad Eucharistiae receptionem. (.Sam. theol., IIP P., q. lxv, a. 3.)

(4) S. Aug. Epist. I cont. Pelag. Nulli est aliquatenus ambigendum tune unumquemque fldelium corporis sanguinisque Domini participem fieri, quando in baptismate membrum corporis Christi effîcitur: nec alienari ab illius panis calicisque consortio, eliamsi antequam panem illum comedat et calicem bibat, de hoc sseculo in unitate corporis Christi constitutus abscedat. (.V. Beda, in illud, calix benedictionis. (I Cor. x, 16.)

(5) Consepulti enim sumus cum illo per baptismum in mortem, ut, quomodo Chrïstus surrexit a mortuis per gloriam Patris, ita et nos in novitate vitœ ambulemus : si enim complantati î'acti sumus similitudini mortis ejus, simul et resurrectionis erimus. (Rom. yi, 4-5)

l'effet de la participation à l'Eucharistie (i). Le baptême regarde cette participation, il s'\ rapporte. Le chrétien n'est lavé dans le sang de Jésus-Christ que pour être en lui H vivre de lui (a ; et ce qui esl -«on droit ;ic<|uis au baptême el là rertu même dû baptême s'accomplit ci l'exerce par la Sainte Eucharistie; et déjà dans le baptême, par le rapport qu'il prend à cet le chair immolée, il acquiert comme une habitude et un état permanent d'union à Jésus-Christ (3).

Voilà donc dan- l'Eglise la nouvelle créature naissant dans le baptême pour vivre de L'Eucharistie. Mais nous ne séparons pas ici du baptême le sacrement distinct de la confirmation, qui achève, l'œuvre du baptême et concourt, en manière de perfection et de consommation, à l'œuvre unique de la formation du nouvel homme (4 \-

D'autres sacrements viendront ensuite le fortifier dans ses combats, guérir ses blessures, relever ses défaillances, rétablir dans leur intégrité la \ie surnaturelle, c'est-à-dire les habitudes du nouvel homme créées en lui par le baptême et la perfection du baptême.

Voilà le magnifique trésor dont l'Eglise entre en possession.

Mais ce n'est point assez: et, comme nous l'avons annoncé, L'Eglise non seulement reçoit ce trésor en chacun de ses membres, mais elle en est faite à leur égard la dispensatrice (5) ; non seulement elle reçoit, mais elle donne : non seulement il lui appartient de posséder, mais il lui appartient de transmettre.

Si donc l'Eucharistie est à elle pour qu'elle la reçoive, il faut aussi (pie l'Eucharistie soit à elle pour qu'elle la donne avec tous les biens qui découlent du sacrifice divin.

Non seulement elle est riche du don de Dieu, mais par ses mains Dieu et le Christ enrichissent les pauvres, c'est-à-dire tous les enfants des hommes (6).

(i) Qui manducat meam carnem et bibit me uni sanguinem, habet vitam aeternam, et ego resuscitabo eum in novissimo die. (Joan. vi, 55.)

(a) Qui manducat meam carnem et bibit meum sançuinem, m me manel. [IbiJ.. vi, 37.) Qui manducat me, et ipse vivet propter me. [Ibid., 58.)

(3) Ex hoc ipso quod pueri baptizantur, ordinantur ad Eucharistiam et

recipiunt rem ipsius Res hujus sacramenti est imitas mystici corporis, sine

qua non potest esse salus. (Sum theol., IIIa P., q. lxxiii, a. 3.)

(4) Confïrmationis sacramentum est quasi ultima consummatio sacramenti

baptismi Ita se habet confirmatio ad baptismum, sicut augmentum ad gene-

rationem. (Ibid., q. lxxii, a. 6.)

(5) Sic nos existimet homo ut dispensatores mysteriorum Dei. (TCor. iv, 1.

(6) Dispersit, dédit pauperibus. {Ps. cxi, 9; // Cor., ix, g.) — Posuit Deus ordinem in Ecclesia, ut quidam aliis sacramenfa traderent, suo modo Deo in hoc assimilati, quasi Deo coopérantes. (Sum. theol. Suppl. q. xxxiv, a. 1.)

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Aussi, tandis que par le baptême elle est faite participante de la victime et est appelée à se nourrir de l'Eucharistie, par un autre sacrement, qui est celui de l'Ordre, elle ofïre la victime, célèbre le sacrifice et dispense la nourriture céleste (i).

Ainsi le sacrifice, ou l'Eucharistie qui le perpétue, est bien vraiment le centre de toute l'économie sacramentelle. Le Baptême et l'Ordre s'y rapportent l'un et l'autre: par le Baptême, l'Eglise reçoit le don divin qui y est contenu, comme le bien qu'elle doit posséder ; et, par l'Ordre, ce même bien sera à jamais transmis et communiqué par ses mains.

Les autres sacrements appartiennent à leur manière à cette économie générale ; toute leur vertu vient du sacrifice de Jésus-Christ, dont ils sont comme des fruits, des écoulements et des applications diverses.

Aussi, comme ces dépendances du sacrifice suivent les lois du mystère principal, le Baptême dispose à les recevoir et l'Ordre autorise à les donner (2) ; car il convient que les relations qui regardent l'objet principal, c'est-à-dire la Sainte Eucharistie, où est le sacrifice même de Jésus-Christ, soient conservées inviolables dans tout ce qui regarde les dérivations mvstérieuses qui en découlent.

La Pénitence remet tous les péchés commis après le Baptême , elle le fait revivre, ranime la vie du nouvel homme et répare toutes les habitudes de la vie divine en lui.

L'Extrême-Onction achève l'œuvre de la Pénitence et apporte au chrétien mourant des secours pour ses derniers combats.

Le Mariage sanctifie la famille.

Au delà des sacrements et de leur nombre déterminé, le pouvoir donné à l'Eglise dans le ministerium va jusqu'à créer à côté d'eux, par sa propre institution, et comme autant de dépendances de leur institution divine, diverses purifications, bénédictions et consécrations, qui toutes appartiennent en somme à la grande œuvre de la sanctification des hommes.

Tous ces biens, c'est-à-dire les sacrements et les sacramentaux, comme parle la théologie, forment l'unique et immense trésor de

(1) Ordinis sacramentum ad sacramentum Eucliaristiae ordinatur, quod est sacramentum sacramentorum. (Samm. Iheol., q. xxxvn, a. 2.)

(2) Per sacramentum baptismi, homo accipit potestatem recipiendi alia Ecclesia? sacramenta ; unde baptismus dicitur esse janua omnium sacramentorum Per sacramentum autem ordinis, deputantur homines ad sacramenta

aliis tradenda. (Ibid., IIIa P. q. lxiii, a. 6.)

LA HIÉRARCHIE Hj

l'Eglise. Dans la vertu du Baptême, ses lils s participent, et dans la puissance de l'Ordre ses ministres en sont les dispensateurs.

Tel est donc, dans sa plénitude, le magnifique pouvoir donné à l'Eglise pour qu'elle vive et fasse vivre en elle les enfants de Dieu de la vie de Dieu ; et déjà nous en apercevons toute la distribution hiérarchique.

Jésus-Christ, souverain pontife, donne aux évêquea la plénitude de ce pouvoir sanctifiant.

Il appartient à l'évêque de baptiser, il appartient à l'évêque de célébrer la Sainte Eucharistie. Il lui appartient de faire naître par le Baptême et de parfaire par la Confirmation la nouvelle créature : il lui appartient d'offrir le Sacrifice eucharistique et d'en nourrir son peuple. Il remet le péché dans la Pénitence (i). Et si, dans le sacrement de Mariage, les époux se communiquent eux-mêmes la grâce, ils ne le font que dans la vertu du Baptême qu'ils ont reçu de lui.

Jésus-Christ opère ainsi par l'évêque toute sanctification dans l'Eglise.

A son tour l'épiscopat associe l'ordre inférieur des prêtres à son opération sanctifiante.

Ceux-ci, avec une efficace égale, parce que l'opération même de Jésus-Christ coule indivisiblement à travers tous les canaux de la hiérarchie, mais avec une dignité moindre, baptisent, célèbrent la Sainte Eucharistie, remettent les péchés (2). Us reçoivent de Jésus- Christ par l'épiscopat le pouvoir de faire toutes ces œuvres mystiques : ils les font en y gardant leur rang de simples prêtres, participants du sacerdoce dont la plénitude est dans l'épiscopat et qui découle en eux de l'épiscopat (3) : car, par l'institution de Jésus- Christ, l'épiscopat n'a pas été renfermé dans la prêtrise, mais la prêtrise a été instituée et renfermée dans l'épiscopat. Ils font donc "ces actions comme associés à l'épiscopat, recevant de l'épiscopat,

(1) Episcopum oportet judicare, interpretari, consecrare, ordinare, offerre, baptizare et confirmare. (Pont. Rom.) — Episcopus ordinalione sua et baptizare valet, simul et sacrum un^uentum conficere, et quœ ad ministerium et perfectionem et illuminationem pertinent perficere..., omnia denique per gratiam Christi praestare. Omnia enim ecclesiastica ab ipso veluti luminis fonte perficiuntur. (Simeon Thess. de sacr. ord. c. 1.)

(a) Sacerdotem oportet offerre, benedicere, praeesse, prœdicare et baptizare. (Pont. Rom.)

(3) Dandi quidem baptismi jus habet summus sacerdos, qui est episcopus, delrnc presbyteri..., non tamen sine episcopi auctorilate. ITert. de Bapt. c. xvn.)

inférieurs à l'épiscopat, tandis que l'évèque accomplit tous ces mêmes actes, qui lui sont communs avec les prêtres, dans la vertu d'un titre plus élevé que celui des prêtres, dans la vertu de son sacerdoce principal, en sa qualité même d'évêque, de chef et de prince des prêtres, qui sont ses aides, et de source de la prêtrise.

Aussi, si-^clans les actions mêmes qui lui sont communes avec eux, l'évèque garde la prérogative de son rang et sa dignité de chef, il n'appartient qu'à lui de faire des prêtres et des ministres, parce qu'il est seul le chef et la source du pouvoir qui repose en ceux-ci et que ceux-ci ne font cpie recevoir sans pouvoir le donner à leur tour.

D'ailleurs, tout se ramène à l'évèque, non seulement comme à l'origine, mais comme au consommateur et à celui qui donne la perfection : et, jusque dans l'œuvre de la régénération du nouvel homme, après le Baptême, que peut donner le prêtre, il lui est réservé d'achever et de consommer l'ouvrage de la nouvelle création par le sceau de la Confirmation (il

§ iV

Par la parole, la nouvelle humanité est appelée à la vie ; par les sacrements, elle la reçoit; et ainsi, par le magisterium et le ministerium. le nouvel homme est formé et animé. La communication divine est achevée en lui; Jésus-Christ, le Fila de Dieu, qui est le Verbe de Dieu et la substance de Dieu, s'est donné tout entier à la nouvelle créa turc, et elle lui est associée dans les profondeurs de son être.

Mais à qui va-t-elle appartenir désormais ? Ouelle autorité étendra sur elle son sceptre'.' A qui s'adressera son obéissance dans cette vie nouvelle dont elle est toute remplie et dont l'expansion va remplir le monde ?

Yesl-il pas manifeste qu'elle appartient à celui qui lui donne l'être et que Jésus Christ esl Son roi ?

Lui-même il appartient à son Père, parce qu'il naît de lui sans inégalité dans l'éternité, et [tarée qu'il naît de lui en son humanité dans le temps. Comme nous l'avons dit plus haut, celui qui est égal

(i) Nous parlons ici de l'administration ordinaire des sacrements. Dans sa miséricorde, l>ieu a permis que les minisires ordinaires puissent être supplies par des ministres dits extraordinaires qui les représentent par la volonté divine. Ainsi toule créature humaine peut donner le baptême, et les prêtres, avec l'approbation de l'Eglise ou un privilège apostolique, peuvent confirmer.

LA HIKRARCHI] 89

.m Père '•! '|iu appartienl su Père dans l'égalité de la majesté ••! de

iveraineté divines lui appartienl encan dans l'infériorité et

dans l'obéissance totale el absolue de l'humanité qu'il a revêtue. Fils

de Dieu, I»' Chrisl appartient 1 Dieu., qui est 1 het : clu-l de

se, il faut que l'Eglise, qui esl son ouvrage, lui sppartienne.

Demande-moi, lui 'lit son Père, el je te donnerai les nations pour («m h< i 1 II .1 i.iit cette demande sur la croix, h les nations

lui ont été données à l'heure même de s m sacrifice. Il s'en empare peu .1 peu lorsqu'elles entendent sa parole et reçoivent la nouvelle vie . «'t. parce qu'elles sont à lui, il exerce sui elles > 1 autorité.

liais, de même qu'il associe l'Eglise dans le corps de l'épiseopal et dans li hiérarchie sacerdotale à la prédication de la parole el i Is sanctification <!<• l'homme en lui donnant part au magisterium el an minuter iam, de même Faul il que, dans la suite du mystère, il loi ilonne pari aussi .1 son empire. Mère de ses enfants qui naissent de lui et par elle elle doil partager, dans une maternelle sollicitude, les travaux >lc v,,n gouvernement. El ainsi les évêques, romme associés en tout à Jésus-Christ, cronvernenl avec lui et au-dessous de lui l'Eglise universelle.

Mais, comme non-, l'avons dit pins haut en parlant de leur magistère, leurchei Jésus-Cbrisl s'est rendu visible à leur tète par un Vicaire qui le représente pleinement. Ce ^ icaire ne d'exercer en son nom la pleine et suprême autorité du chef. Jésus Chrisl lui .1 dit : l'.ii- mes agneaux, pais mes brebis » (a); el par lui le Collège des évêques voil toujours son unique chef, sait toujours ou esl la source de l'autorité el où se montre perpétuellement ce chef divin Jésus Christ, rendu perpétuellement visible en son rie.

S h tire, dans la plénitude du pouvoir de celui dont il tient Is place ici-bas. est avec lui un seul et universel monarque de la nouvelle cité sainte, exerçanl en elle une puissance indépendante, souveraine et absolue par son essence même el par la prérogative de la souveraineté de Jésus-Christ.

L'Eglise est une société parfaite: rien ne doit manquera la plénitude de -a \ ie. L'autorité qui est en elle doil donc b itisfaire à tout, s les nécessités soi 1 îles du nouveau peuple ;

111 Postula a me, et dabo tibi çentes ha*reditatem tuam. 1 /' 11, 13) L'erreur contraire est exprimée dans la 19* proposition du s

Elle v suffît pleinement, et aucun pouvoir terrestre n'est appelé à venir au dedans de l'Eglise suppléer aux absences ou aux défaillances du pouvoir qui lui est propre (i).

Ce pouvoir comprend donc en premier lieu la puissance législative. Il appartient à l'autorité de Jésus-Christ, exercée par son Yicaire, de prescrire pour toute l'Eglise, par forme de loi permanente, tout ce que cette autorité juge utile au bien des peuples.

Les évéques sont associés à cette unique autorité et font avec le A icaire de Jésus-Christ des canons, c'est-à-dire des lois, qui obligent l'univers.

Quant aux formes de cette législation, elle peut, comme toute législation souveraine, être exprimée par les déclarations solennelles du législateur ou être établie dans la coutume par sa volonté tacite.

En second lieu, l'autorité de Jésus-Christ et de l'Eglise comprend le pouvoir judiciaire. Le Pape, dans sa souveraineté absolument indépendante, et les évèques, dans leur rang inférieur d'associés et de coopérateurs, rendent des sentences qui obligent les âmes.

Enfin, le pouvoir exécutif lui est aussi donné, et tous doivent se soumettre à ses ordres et subir la sanction de ses jugements (2).

Nous n'avons pas besoin d'insister pour montrer que ce pouvoir de Yimperhim, a la fois législatif, judiciaire et exécutif, descend de l'Eglise universelle à l'Eglise particulière par l'évèque qui la préside, et repose en celle-ci, s'appropriant et se réduisant aux proportions d'un peuple déterminé.

L'évèque, en effet, apporte à son Eglise particulière toute l'opération de Jésus-Christ : il lui donne sa parole par son magistère ; il l'anime par les sacrements ; il est le père de sa vie. Par une suite nécessaire, son Eglise lui appartient comme l'Eglise universelle appartient à Jésus-Christ ; ou, pour mieux dire, c'est par lui que cette Eglise particulière entre dans l'Eglise universelle et appartient à Jésus-Christ.

Cet empire donné à l'Eglise par Jésus-Christ, avons-nous dit, est

« Ecclesia non est vera perfectaque societas plane libéra, nec pollet suis propriis et constantibus juribus sibi a divino suo fundatore collatis ; sed civilis potestatis est definire quae sint Ecclesiae jura ac limites, intra quos eadem jura exercere queat. »

(1) Civilis auctoritas potest se immiscere rébus quae ad religionem, mores et regimen spirituale pertinent. (Syll. prop. 44 > i'em prop. 26, lu.)

(2) Ecclesia vis iaferendœ potestatem non habet. {Syll. prop. 24.)

LA HIKRARCHIE ()I

entièrement indépendant de toul ce qui es! cnjdehors d'elle : aucune principauté terrestre n'a le droit de lui imposer des lois ou de Lui dicter des ordres ; aucune principauté terrestre n'a le droit d'entraver l'action de sa souveraineté ( i ).

C'est donc par une usurpation manifeste et hérétique que les empereurs de Byzance, les rois d'Angleterre, les princes allemands et les républiques protestantes prétendent s'ingérer dans le gouvernement ecclésiastique, l'aire ou imposer des lois, instituer ou déposer des pasteurs, régler le culte divin et donner des ordres à l'épouse de Jésus-Christ.

C'est par une usurpation non moins manifeste que des princes catholiques ont prétendu soumettre à leur tribunal les décisions de Jésus-Christ parlant par son Vicaire, et des évèques enseignant et jugeant avec lui (a).

Les princes ne peuvent rien en ces matières que par une libre et souveraine concession de l'Eglise elle-même.

Nous l'avons dit, l'Etat et la famille représentent l'ancien Adam : ce sont les débris de l'ancienne humanité conservés sur la terre jusqu'à la fin du monde pour attendre et recevoir le bienfait de la régénération. Qui- oserait prétendre que cet Adam, courbé dans la mort et sans cesse défaillant, a quelque droit sur Jésus-Christ et étend sur lui son sceptre brisé ? Peut-on soutenir que la cité qui procède d'Adam préside à la cité qui procède de Jésus-Christ '?

Mais ce n'est point assez d'établir l'indépendance de la société ecclésiastique et de l'autorité qui est en elle vis-à-vis des puissances qui ne sont pas elle-même. Celles-ci doivent à l'Eglise plus que de ne point l'opprimer.

On a prétendu, il est vrai, que les deux puissances devaient vivre ici-bas isolées et sans rapport entre elles, s'ignorant mutuellement. Cette séparation était, disait-on, l'ordre suprême et idéal, et l'Eglise

(i) Damnamus ac reprobamus illorum sententias, qui hanc supremi capitis cum pastoribus et gregibus communicationem licite impediri posse dicunt, aut eamdem reddunt sœculari potestati obnoxiam, ita ut contendant, quœ ab Apostolica Sede vel ejus auctoritate ad regimen Ecclesia* constituuntur, vim ac valorem non habere, nisi potestatis sœcularis placito confirmentur. (Co>x. Vat. Const. I de Eccl. c. m.)

(a) Prétentions de divers Etats aux derniers siècles: beneplacilum regium {articles organiques français, art. i, 3, etc.). — Ecclesiastica potestas suam auctoritatem exercere non débet absque civilis gubernii venia et assensu. (Syll. prop. 20; item prop. 28, 29, 4>> 44, 49» âo, 5i, 54«)

ne pouvait rien réclamer de l'Etat au delà de la liberté qu il lui laisse quand il l'ail profession de ne pas la connaître (i).

Mais il n'en est pas ainsi, et cette grande erreur sociale méconnaît tout l'ordre des œuvres de Dieu et les rapports de ses divers ouvrages.

Jésus-Christ, en effet, n'a pas seulement reçu de son Père l'empire sur la nouvelle créature qu'il l'ait renaître en lui et qui est son ouvrage et sa fécondité, mais tout l'univers créé lui est donné et lui appartient (2), et l'Eglise, qui lui est associée en tout, reçoit avec lui un pouvoir qui va bien au delà des limites de la famille des enfants de Dieu dont elle est la mère (3).

Aussi bien, l'autorité d'un père de famille ne s étend pas seulement sur ses enfants qui sont sa postérité, mais embrasse avec eux les serviteurs dont ses fils reçoivent l'assistance et qu'il nourrit de l'abondance de ses richesses. Or, les ouvrages de Dieu qui ne sont pas l'Eglise sont les serviteurs de l'Eglise, et l'empire de l'Eglise s'étend jusqu à eux selon leur nature et leur aptitude spéciale.

Il ne sullit donc pas de proclamer l'Eglise indépendante de l'Etat : mais il faut reconnaître que, dans sa prérogative souveraine, elle appelle à son aide, et qu'elle en a le droit. l'Etat lui-même et la société civile qui n est pas elle et qui ne se confond point avec elle ( '; ).

.Nous l'avons dit plus haut, l'ancien Adam, dans l'Etat et dans la famille qui procède de lui, doit servir le nouveau. L'homme naît dans la famille et est gardé par l'Etat. Mais il naît pour être régénéré dans l'Eglise. L'Etat et la famille apportent sans cesse à l'Eglise les éléments infirmes dont elle fait sa propre substance, les créatures humaines qu'elle s'incorpore et dont elle fait les enfants de Dieu.

Par suite de cet ordre de relations. l'Etat et la famille doivent

(i) Ecclesia a Statu, Statusque ab Ecclesia sejungendus est. (SyU:, prop. 55.) — C'est à cette même erreur que se rapportent les propositions 77, 78, 79, et 80 du Sytlabus.

(2) Ps. n, 8; / Cor xv, 26-38; Philip, u, 9-11.

(3) Omnia enim vestra sunt, sive mundus, sive vita, sive mors, sive praesentia. sive rotera; omnia enim vestra sunt. (/ Cor. m, a3.)

(4) Uterque in potestate Ecclesiae, spiritualis scilicet gladius et materialis; sed is qnidem pro Ecclesia. ï 1 le- vero ab Ecclesia exercendus : ille sacerdotis,

is manu reeum et militum, sed ad nutum et patientiam sacerdotis Subesse

Romano Pontifici omnem humanam creaturam declaramus, dicimus et definimus. (Bull. Vnam Sanetam.) — L'erreur contraire est formulée dans plusieurs

propositions du Syllabus : « Ecclesia non habet potestatem ullam tempo-

ralem dircctam vel indirectam. » (Prop. a'i ; ilem prop. *>3, 25, 26, 3o, 3i, 3s.)

I x IHKKAKi Mil

der l'Eglise, assistei l'Eglise dans son pèlerinage ici-bas i

Etrangère sur la terre, elle honore se» serviteurs qui l'habitent, dire les princes et les peuples, en recevant d'eux une 1 1« >^ | » t taliié qu'il convient de rendre magnifique.

Le prophète Isaïe avait chante ce service rendu par L'humanité à l'Eglii ' ilèverai mon signe, et j'adresserai mes appels ans

peuples: et ils t'apporteront, ô Jérusalem, tes fils dans leurs bras et tes filles sur leurs épaules. Les rois seront tes nourriciers, el les reines tes nourrices. IL t'adoreront prosternés devanl toi, el îla baiseront la poussière de tes pieds

Les princes et les peuples chrétiens ont toujours •'•coûté avec un respect plein de fidélité et d'amour la \"i\ de l'épouse de I Christ, et iU ont compris toute la grandeur d'une soumission uni les ennoblit et oui élève jusqu'aux lins de l'éternité leur existence - if et laborieuse. Ils < > 1 1 1 compris que cette soumission était pour eux, même dans le temps, le principal gage de la paix et do bonheur, el son rejet une source de maux. Les leçons de l'expérience oc leur ont pas fait défaut : l'histoire est remplie des bienlaits qu'ils ont reçus de leur docilité envers l'Eglise, etdes calamités qui les ont accablés lorsqu'ils ont cru devenir plus libres en secouant le joug de Dieu et de >-<>ii Christ.

Ajoutons encore un mot.

Cette subordination qui résulta du plan divin et de la place qu'v occupent l'Eglise et l'Etat n'est point une confusion.

L'Eglise n'est point L'Etat, et l'Etat n'esl point l'Eglise; et encore que leChrist en elle ail droit au service de toutes les créatures et

que toutes lui doivent l'obéissance dans la proporti t selon la

nature de ce service, chacune des œuvres de Dieu garde en son rang la plénitude de 9a vie el de sa libelle dans l'ordre OÙ elles se doivent

i. L'Eglise i pour arme principale le glaive-de la parole et commande à la lui : Les unies de sa milice ne sont point charnelles, niais puissantes en Dieu pour renverser toute hauteur qui s'élève ("litre la science «le Dieu, et réduire toute intelligence dans

(ii Debes iacuoefanfer advertere resiam potestatem tibi non ad solum mundi regimeo, sed maxime a<l Ecclesia- praesidium esse collatam. iS. Léo. Bpitt. CLVI, ad Leonem Imper.)

(2) Ecce levabo ad Rentes manum meam, et ad populos exaltabo signom îiiciiin. El afférent filios (uos in ulnis, et lili.is tuas soper liumeros portabunl. Et oniiii re>jes nntritii tui, et reginee nutrices tua'. Vultu in terram demisso adorabunt te. et ])ulverem pedum tiiorum linçent. |/.s. xlix, 2a-a3.)

la captivité » bienheureuse « et l'obéissance du Christ, promptes à venger toute désobéissance » (i).

L'ancien Adam, c'est-à-dire l'Etat, la famille, l'individu, met au service de l'Eglise et à sa défense les forces sociales et les forces individuelles, et le glaive tenu par le bras de chair s'ennoblit en servant la justice et la vérité dans l'Eglise.

Les restes du vieil Adam peuvent se soustraire à ces services, qui sont leur fin la plus haute dans le plan divin, et se révolter contre l'autorité divine déclarée par l'Eglise.

L'individu qui refuse d'écouter la voix de cette reine est frappé de Dieu pour son châtiment ou sa correction ; il est retranché par Dieu même des espérances de la vie éternelle (2). Un Ananie tombe foudroyé à la voix de saint Pierre (3) ; d'autres sont livrés à Satan par le pouvoir apostolique (4) ou providentiellement atteints dans leurs corps ou leurs biens, et la miséricorde apparaît encore dans l'exemple de la peine ou dans la conversion des rebelles.

Lorsque, à son tour, l'Etat refuse sa foi et son obéissance, il se soustrait à l'ordre providentiel, et par là même il tombe sous le coup des sanctions qui accompagnent cet ordre et qui en punissent la perturbation. Il n'est point de notre dessein de montrer ici dans l'histoire l'accomplissement de cette loi nécessaire et de faire monter du fond des sociétés en révolte contre l'Eglise, et tour à tour livrées à l'esprit de sédition qui les déchire, ou asservies sous un joug brutal, allant sans cesse de la licence à la tyrannie, le témoignage de leurs douleurs ou de leur agonie.

Nous avons esquissé à grands traits les trois éléments qui constituent le pouvoir ecclésiastique, à savoir : le pouvoir d'enseigner ou magistère, le pouvoir sanctificateur ou ministerium, et l'autorité du gouvernement ou imper ium.

(1) Arma militiae nostrœ non carnalia sunt, sed polentia Deo ad destructionem munitionum, consilia destruentes, et omnem altitudinem extollcntem se adversus scientiam Dei, et in captivitatem redigenles omnem intellectum in obsequium Christi, et in promptu habentes ulcisci omnem inobedientiam, (// Cor. x, 4-6).

(2) Malth. xvm, 17; Marc, xvi, iG.

(3) Ad. v.

(4) / Cor. v, 5; / Tim. 1, 20.

trois éléments ne son I pas trois pouvoirs distincts dans leur origine e1 indépendants dans leur essence les uns des autres.

Gomme nous l'axons dit en commençant, par une seule mission de son Père, Jésus-Christ est docteur, sanctificateur et roi. Cette unique mission rsl communiquée, sans se diviser, à l'Eglise dans le ( ollège épiscopal, et va tonner, par chacun des évoques, les hiérarchies particulières.

Il n'v a donepas un ordre de docteurs, un ordre de sanctificateurs et un ordre de princes spirituels séparément constitués, et dont le hasard, une disposition arbitraire, ou tout au plus une simple convenance a réuni les Fonctions par une sorte de cumul sur la tète des mêmes hommes; mais il y a entre ces trois éléments une connexion logique et un lien essentiel.

Pour le bien entendre, rappelons-nous le principe fondamental de toute la hiérarchie, à savoir que l'autorité appartient à celui qui donne l'être. Dans l'ancien ordre, Dieu est le maître des choses, parce qu'il lésa créées; dans le nouveau, Dieu possède son Christ, parce que le Christ vient de lui; le Christ possède son Eglise, parce qu'elle procède de lui; l'épiscopat n'est associé au Christ dans l'autorité que parce qu'il lui appartient, avec le Christ, de la faire naître a la vie; et jusque dans la hiérarchie de l'Eglise particulière, l'évéque est le prince de son peuple, parce qu'il est, en son degré, le père de la vie des lidèles.

Ainsi Vimperium, c'est-à-dire cette souveraineté magnifique que nous avons décrite en dernier lieu, cette couronne rovale que le Père a posée sur le front de son Christ et que Jésus-Christ dépose sur le front de son Edise, a sa raison et son droit dans la fécondité de 1 opération vivifiante par laquelle Jésus-Christ et l'Eglise se donnent des sujelN en donnant à Dieu des fils d'adoption.

Or, cette opération vivifiante, qui logiquement précède l'empire, c'est-à-dire l'autorité du gouvernement, qui, logiquement, non seulement donne lieu à l'empire en lui créant des sujets, mais qui lui donne^encore son titre et sa véritable origine, se compose des deux éléments du magistère et du ministerium.

Le magistère commence, le ministerium achève la production de la nouvelle créature.

Par lui-même et par ses hiérarques, le Christ, qui doit sanctifier l'homme, l'appelle d'abord par la prédication de la doctrine (i). Il

(n MattU xxviii, iq; liom. x, i3-iâ.

96 l'église

évoque la nouvelle créature, non plus des abîmes du néant, mais des ténèbres de l'infidélité, et il « l'invite à l'admirable lumière » de sa parole (i). Et lorsque le vieil homme a répondu à cet appel et reçu cette parole, le même Christ, en ces mêmes hiérarques, lui donne la vie nouvelle par l'opération sacramentelle et le fait vivre de sa substance. Aussitôt, celui qui lui était étranger selon l'ordre de cette vie nouvelle lui appartient désormais dans cet ordre : il le possède et il étend sur lui son sceptre.

Il y a donc entre ces trois pouvoirs du magistère, du ministeriwn et de l' imper in m. un lien logique qui ne permet pas de les séparer.

Le magistère apparaît d'abord : le ministeriwn le suit, et l'empire ou l'autorité du gouvernement est la conséquence de l'un et de l'autre (2). Ainsi, avant même que les peuples appartiennent à l'Eglise dans l'ordre du gouvernement et soient de sa juridiction, elle a déjà vis-à-vis d'eux la mission et l'autorité du magistère (3); elle les doit tous évangéliser, elle en a le droit : ils forment tous son auditoire. Ils entreront ensuite dans le bercail ('1 1 et y vivront par les opérations vivifiantes du ministeriam (5), et ils passeront ainsi sous sa domination, devenant désormais le tendre objet de sa sollicitude.

Et cela est vrai à tous les degrés de la hiérarchie.

L'évêque d'une Eglise particulière, avant d'être le pasteur des fidèles, est d'abord le docteur des infidèles; et ceux qui ne sont pas encore soumis à sa houlette pastorale, n'étant pas encore entrés au bercail parla régénération sacramentelle, lui appartiennent déjà parle titre de son magistère comme à leur docteur et à celui qui doit les instruire. Et ainsi, à côté des fidèles, il a au commencement, comme le divin Maître, d'autres brebis qui ne sont point encore entrées au bercail. Il les va chercher par la prédication: après qu'elles auront entendu sa voix, il leur en ouvrira les portes par la régénérai ion et il en formera son unique troupeau (G).

(i) / Pelr. 11, y.

(2) Ordo prœcipnas : jnssil (Dominus) apostolis ut pritman docerent omnes sentes, deinde fidei intingereni sacramento, et posl fidem at bapiisma qiuv essenl observanda jtrœcipcrenl. (S. Hiek. ni Mallh. c. 28.)

(3) Matth. xxviii, 18-20.

(4) Joan. s, 16.

(5) lbid., 10.

i alias oves habeo, qiiœ non sunt ex hoc ovili; et illas oporlci me adducçre, et rocem meaxn audient, e( fiet ununi ovileetunus pastor. {Ibi*i . 16.)

LA mi:nAit< un <r

Disons-le donc, pour résumer toul ce traité : L'essence du pouvoir confiée la hiérarchie, l'opération vitale qui s'exerce el se transmet m elle esl un pouvoir unique el indivisible, renfermé dans l'unique cl indivisible mission de Jésus Chris! et transmis par lui suis <li\ i-ion.

Ce pouvoir contient en lui même trois éléments : le magistère ou pouvoir d'enseigner, le ministère <>m action sacramentelle, et Vimperium ou autorité du gouvernement.

trois éléments sont intimemenl liés, et il \ ;i entre eux un ordre logique : !»• magistère apparaît le premier, le ministère vient ensuite, l'autorité du gouvernement résulte des deux précédents.

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