CHAPITRE VII
DU POUVOIR HIÉRARCHIQUE CONSIDÉRÉ DANS CEUX QUI EN SONT REVÊTUS; DE SA PUISSANCE ET DE SON ACTE; DE LORDRE, DE LA COMMUNION HIÉRARCHIQUE, DU TITRE ET DE l'eXERCICE ACTUEL DE LA JURIDICTION.
Le pouvoir confié à la hiérarchie comprend trois éléments : le magisteriuin, le ministerium et Yimperiam, qui forment son objet dans toute son étendue.
Mais, si nous considérons ce pouvoir dans les sujets qui l'exercent et en sont faits les dépositaires, il nous apparaît sous un nouvel aspect.
Il est composé de puissances et d'actes qui se correspondent, qui s'appellent et se supposent mutuellement.
C'est là ce que, dans le langage de la théologie, on appelle généralement l'ordre et la juridiction.
Nous entreprenons ici de décrire ces puissances et ces actes, en emplovant parfois, pour plus de précision et de commodité, et sans exclure les termes reçus, d'autres expressions consacrées par l'antiquité et autorisées par l'usage des Conciles et des Pères.
Le premier fondement, la puissance nue du pouvoir hiérarchique est l'ordre. ,
L'ordre, dégagé de tout ce qui n'est pas lui, est le fond inamissible de la puissance hiérarchique à tous ses degrés. Il contient comme en germe et peut recevoir, comme son épanouissement normal et légitime, toutes les actualités et activités diverses qui répondent à sa vertu déterminée on chaque degré.
Nous disons que cette vertu est déterminée par les degrés hiérarchiques.
L'ordre est, en effet, divers selon chacun de ces degrés : l'ordre de l'évêque est la puissance nue de tout ce qu'est et de tout ce que
IV BXBRARGHIE <)<)
peut l'épiscopat; l'ordre du prêtre contient toute la prêtrise dans sa vertu : l'ordre du diacre, tout le diaconat i i ).
Ainsi l'ordre es! essentiellement distinct en chaque degré : l'ordre du prêtre ne contient pas l'acte de l'évêque, et l'ordre du diacre ne contient pas l'acte du prêtre.
M. lis. comme dans la hiérarchie lesdegrés supérieurs contiennent éminemment les inférieurs, l'ordre du prêtre contient toutes les puistances qui constituent les ministres, et l'ordre de l'évêque contient dans sa très simple plénitude la somme de tous les ordres inférieurs {2).
Par ce principe, et bien que les ordres demeurent distincts, les inférieurs s'élèvent pour subsister avec une plus grande dignité dans l'unité très simple et absolument indivisible des ordres supérieurs'Si. C'est, en effet, une loi générale des essences que les formes supérieures contiennent les inférieures en leur communiquant leur propre noblesse, et que les formes inférieures subsistent avec une dignité plus haute dans les supérieures.
La hiérarchie est soumise à cette loi magnifique des œuvres divines.
Aussi, lorsque l'évêque ou le prêtre remplissent quelque fonction du simple ministère, ils s'en acquittent avec toute la grandeur que leur sacerdoce donne à leur action; et le chef divin des pontifes, Jésus-Christ lui-même, n'a pas dédaigné d'exercer les actions des ministres intérieurs, les relevant toutes par la sublimité de son pontificat. 11 a paru au milieu de la svnagogue, y faisant l'olïice de lecteur (4); il a fait l'olïice de l'exorciste (5) et du catéchiste ((ii ; il tété au milieu de ses disciples comme celui qui sert (7), et, prêtre dans la plénitude du sacerdoce qu'il a reçu de son Père (8), il a voulu sanctifier en sa personne les fonctions des ministres. En les exerçant,
(1) Ordines sunt sicut gradus in diversis rébus constituti, sicut est gradus inter hominem et angelum. (Sum. theol. Suppl. q. xxxv, a. 5, ad a.i
(■a) In episcopo omnes ordines sunt, quia primus sacerdos, id est princeps sacerdotum. iS. Hil.)
(3) In primitive Ecclesia aliqui ordinabantur in presbyteros, qui prius inferiores ordines non susceperant; et tamen poterant omnia qua? inferiores ordines possunt, quia inferior potestas comprehenditur in superiori virtute, sicut sensus in intellectu, et ducatus in regno. (Sum theol. Suppl. q. xxxv, a. 5.)
(4) Luc. îVj 16-20.
Haltk. iv, a4; vin, 16, etc.; Marc. 1, 34, etc., etc. (6) Ibid.. v, vi, vu, etc.
<7) Ego autem in medio vestrum sum sicut qui ministrat. (Luc xxn, 37.)
P~s. cix, 4; Hebr. v.
IOO L EGLISE
il les relevait par la dignité de son sacerdoce souverain et descendait à elles sans l'abaisser ni le dégrader.
Par suite de ces principes qui embrassent toute la hiérarchie et conviennent par là même à la puissance nue de l'ordre qui en fait le premier fond, lorsque le ministre est promu d'un ordre inférieur à un ordre plus élevé, ce qu'il possède déjà entre et se fond dans ce qu'il reçoit et participe, par une augmentation de dignité, à la noblesse et à l'excellence du degré nouveau auquel on le fait monter.
Mais, si l'ordre demeure ainsi distinct en son essence selon les divers degrés de la hiérarchie, il demeure par cette essence même absolument indivisible en chacun d'eux.
Par là. la puissance de l'ordre en chaque degré ne peut être ni diminuée ni augmentée : elle demeure immuable.
L'évêquc. le prêtre, le ministre sont aujourd'hui, quant à la puissance d'ordre, ce qu'ils ont été de toute antiquité.
D'un autre côté, comme cette puissance ne peut non plus se partager, elle demeure encore, selon chaque degré, égale à elle-même dans tous les sujets qui la reçoivent: et ainsi les évêques sont tous égaux dans l'ordre de l'épiscopat, les prêtres sont égaux dans l'ordre de la prêtrise, les diacres dans l'ordre du diaconat.
Nous nous bornerons à ce court exposé; car il n'entre pas dans notre dessein d'examiner ici quelles sont, parmi les opérations des ministres hiérarchiques, celles qui reçoivent de l'ordre nu une validité radicale, alors même que le sujet, réduit à cette simple puissance et dépouillé de toute actualité légitime de son ministère, opère en dehors des conditions légitimes. Les théologiens ont traité amplement ces questions.
1 II
Le premier épanouissement de la puissance radicale de l'ordre, la première actualité qui se surajoute à elle, est la communion hiérarchique (i) du ministre en son degré respectif.
( i ) Nous employons le terme de communion dans le sens que lui donne son rapport à la hiérarchie, sens distinct et admis constamment par les Conciles et les Pères. Selon ce sens, la privation de la communion est la déposition; le clerc dépose perd, dit-on, la communion de son ordre pour descendre à la communion d'un ordre inférieur. Dans un autre sens, le terme de communion exprime le rapport du fidèle à la vie du corps mystique de Jésus-Christ, et la privation de la communion devient alors l'excommunication.
LA HIERARCHIE loi
Ce ter usité communément dès La |>lu> haute antiquité, signifie
fa légitimité de l'Ordre reçu et l'introduction de celui qui en est revêtu dans la hiérarchie légitime, et pai suite dans le service de l'Eglise universelle.
Par la communion de ton Ordre, ou communion hiérarchique, le ilcr, . évéque, prêtre ou ministre, est reçu comme tel par L'Eglise universelle. Il est évêque, prêtre, ministre de l'Eglise catholique; il peut en tout Lieu être employé par elle : partout il peut remplir, ave< son consentement, les Fonctions proportionnées à l'Ordre qui lui a été conféré, et accomplir licitement et légitimement les actes mêmes que l'Ordre nu peut seulement rendre valides dans leur tond.
La communion est, comme l'Ordre, distinguée selon les divers - : autre est la communion de l'évèque, autre est la communion du prêtre, autre celle du diacre.
L'évèque déposé peut être réduit, pour employer le stvle des anciens Conciles, à La communion de prêtre, à la communion de ministre ou à la communion laïque, selon qu'en le réduisant à la puissance nue de l'épiscopat par la soustraction de la communion de l'ordre de L'évèque, on lui laisse l'actualité de quelqu'un des degrés inférieurs, ou qu'on le dépouille de toute actualité hiérarchique. c'est-à-dire de tout rang dans la hiérarchie légitime.
Vu>si bien Le terme de communion laïque, qui regarde les simples fidèles, a sa signification déterminée dans celte échelle sacrée: il exprime quant à ceux-ci leur état actuel de membres de l'Eglise; et relativement aux puissances radicales, effets nus du Baptême et de la Confirmation, cette communion Laïque répondu ce qu'est l'actualité ou la communion des degrés hiérarchiques supérieurs relativement à la simple puissance de l'Ordre.
Ainsi, par la communion de leur < )rdre. les prêtres et les ministres sont les prêtres et les ministres de l'Eglise catholique: ils seront partout reçus en leur rang, et pourront, selon les cas, être employés par l'Eglise et exercer leurs fonctions
Mais la communion de l'évèque, en le taisant évéque de l'Eglise catholique, a cela de propre qu'elle l'associe au Collège épiscopal et lui donne, comme à un membre de ce Collège et dans la solidarité du corps tout entier de- évèques, une participation à la sollicitude et au gouvernement de l'Eglise universelle, dans l'union à son chef Jésus-Christ et dans la dépendance absolue de ce chef et du Vicaire qui le représente.
| III
La communion hiérarchique n'épuise pas toute la fécondité renfermée dans la puissance de l'Ordre.
Elle fait entrer le clerc, selon son degré, dans la hiérarchie de l'Eglise universelle. Mais, comme nous l'avons déjà. reconnu plus haut (i), la vie, les mystères et les richesses de l'Eglise universelle sont, par une communication intime et mystique, appropriés à chaque Eglise particulière.
Comme le sacrifice même de Jésus-Christ, trésor de l'Eglise universelle, est avec tous ses fruits la richesse de l'Eglise particulière, ainsi le sacerdoce de l'Eglise universelle lui appartient également et devient par là son propre sacerdoce.
Par la suite de ces principes, l'évèque, le prêtre, le ministre, jouissant de la communion de leurs Ordres dans l'Eglise universelle, pourront encore être appropriés et attachés, chacun en leur degré, à une Eglise particulière, et devenir l'évèque, le prêtre, le ministre de cette Eglise. Cette appropriation du clerc à une Eglise particulière est ce que nous appellerons son libre (2).
Le titre, dernière actualité des puissances de l'ordre, est donc proprement l'attribution de l'évèque, du prêtre ou du ministre, à une Eglise déterminée, à laquelle ils apportent les bienfaits du pouvoir hiérarchique dont ils sont les dépositaires. Les prêtres et les diacres deviennent, par leur titre, les prêtres et les ministres de cette Eglise.
Le titre de l'évèque a cela de propre qu'il renferme et qu'il exprime la qualité qui lui appartient d'être le chef unique de l'Eglise particulière, dont les prêtres forment le Collège. Ainsi la communion et le titre de l'évèque expriment tout ce qu'il est dans l'ordre nouveau; par sa communion, membre du Collège hiérarchique de l'Eglise universelle sous le chef Jésus-Christ, et, par son titre, chef et hiérarque d'un troupeau déterminé.
Le titre, avons-nous dit, est la dernière actualité qui jaillisse des puissances de l'Ordre pour constituer les personnes hiérarchiques. Ces personnes prennent leur place par la communion dans l'Eglise
(1) Voir plus haut, 1. I", c. iv.
(2) Les canonistes parlent quelquefois du titre de patrimoine et, depuis quelque temps, du litre d'obéissance. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que ce qu'ils appellent titre patrimonial et titre d'obéissance regarde les clercs vagues et est la négation du d'ire véritable tel que nous le définissons ici, le seul qu'ait connu l'antiquité.
LA HIÉRARCHIE io'J
universelle, el parle litre dans l'Eglise particulière! i); «-t comme la ■uite îles hiérarchies s'arrête à l'Eglise particulière, il n'y a plus rien .m delà.
La communion et le titre suffisent à établir tout l'édifice des hiérarchie. La communion regarde L'Eglise universelle el en constitue l'économie; le titre regarde l'Eglise particulière et constitue l'économie de celle-ci. La communion dit le lien qui attache chaque sujet à l'Eglise universelle, et le titre dit le lien qui l'attache à l'Eglise particulière.
La communion, toutefois, est antérieure au titre comme l'Eglise universelle précède les Eglises particulières ; aussi la communion peut se passer du dire et subsister sans lui parce qu'elle ne dépend pas de lui. L'évéque, le prêtre, le ministre peuvent absolument n'appartenir à aucune Eglise particulière, sans cesser d'appartenir en leur degré à l'Eglise universelle et d'être reçus par elle en ce degré et comme membres légitimes de son sacerdoce ou de son ministère.
Le titre, au contraire, suppose la communion et repose sur elle. Il n'est que l'appropriation à un troupeau particulier du pouvoir hiérarchique déjà constitué dans les rapports que la communion établit au regard de l'Eglise universelle. L'évéque, le prêtre, le diacre ne peuvent être les ministres d'une Eglise particulière, si déjà ils ne sont des ministres légitimes de l'Eglise catholique, reconnus et reçus par elle. Ainsi le titre dans l'Eglise particulière ne subsiste que par la communion qui regarde l'Eglise universelle, comme l'Eglise particulière elle-même ne subsiste que par celle-ci.
Mais, si la communion et le titre ne sont que l'actualité des puis-
(i) Le titre a été compris quelquefois sous le nom de communion, parce qu'en effet le titre et la communion sont substantiellement une même chose, c'est-à-dire l'actualité de l'Ordre, suivant que cette actualité regarde l'Eglise catholique en général ou qu'elle est attachée singulièrement à l'Eglise particulière. Le titre n'est qu'une communion appropriée à un troupeau particulier.
Mais, afin d'éviter toute équivoque, on désignait plus précisément la communion qui regarde le clerc dans l'Eglise universelle sous le nom de communion pirégrine, lorsqu'il fallait l'opposer à la communion qui regarde l'Eglise particulière, c'est-à-dire au titre même.
Le nom de pêrégrine donné à la communion s'explique de lui-même : il appartient à ceux qui sont étrangers à l'Eglise particulière sans cesser d'appartenir à l'Eglise catholique.
Au Concile de Riez, Armentarius, déposé de son siège, sans l'être absolument de l'épiscopat, est réduit à la communion pêrégrine : peregrina, ut aiunt, communione foveatur. (Labbe, t. III, col. 1087.)
sances renfermées dans l'Ordre nu, distincts en tant que cette actualité regarde généralement l'Esdise universelle ou déterminément
oc o
une Eglise particulière, ce que nous avons dit de l'Ordre, de sa distinction par degré, de son indivisibilité et de son immutabilité essentielle en chaque degré, se devra dire, par une conséquence manifeste, de la communion et du titre.
La communion et le titre, comme l'Ordre, demeurent distincts en chaque degré : chaque degré demeure, dans son actualité vivante, entier et indivisible, et, par conséquent, égal à lui-même en tous ceux qui le possèdent. Ainsi, dans l'Eglise universelle, les évèques sont tous également évèques ; ils sont tous également évèques dans leurs Eglises particulières (i); et. dans celles-ci, les prêtres qui en composent le Collège, les diacres qui forment le ministère, sont tous également prêtres ou ministres.
Rien non plus ne peut en être détaché ni détruit ; rien ne peut y être ajouté. Le temps et le droit positif n'y peuvent porter aucune atteinte. Les évèques d'aujourd'hui sont autant évèques que les apôtres et les évèques des temps apostoliques < 2) : les prêtres et les diacres n'ont rien perdu de ce qui leur appartient et les constitue.
L'avenir le plus lointain ne pourra non plus donner en ceci un démenti au passé, et les siècles passeront impuissants à modifier les immuables essences de chacun des degrés de la hiérarcbie.
|IV
Mais comment accorder cette égalité des ministres et cette immutabilité des ministères hiérarchiques avec les nécessités variables et multiples d'un grand gouvernement tel que celui de l'Eglise universelle, avec les exigences d'administrations qui touchent aux intérêts les plus délicats et les plus mobiles tels qu'on les rencontre dans les Eglises particulières '!
En fait, n'est-il pas manifeste que, parmi les évèques, tel peut
(1) Omnium par electio ordogeneralis. (S. Léo Episi. LXXXIV.) Ubicumque
fuerit episcopus, sive Romœ, sive Euicubii. sive Constantinopoli, sive Rhegii, sive Alexandrie, sive Tanis, ejusdem meriti, ejusdem est et sacerdotii. (S. Hier. Epist. CXLVI, ad Evang, n. I.)
[2) Apud nos apostolorum locum episcopi tenent. (S. Hier. Epist. ad Ma.-ccll.) Omnt'S apostolorum successores sunt. (Ibid., Epist. ad Evang.) Totum ad nos ex apostolorum forma et potestate deductum est, (unde) episcopi apostoli nominantur. (S. Pacian. Epist. I.)
LA HIERARCHIE l->.,
plus ci tel peul moins El parmi les Fonctions des Collèges particuliers, quelle innombrable variété d'attributions selon tes temps et les lieux1} Comment explique] tanl de diversités qui apparaissent dans tes lieux et tant de changements racontés par l'histoire? C'est ici ipii se déclare toute la magnificence de l'œuvre divine
dans l'Eglise. *
Il est de son essence et de sa dignité que le dessin des hiérarchies demeure au-dessus de tontes les révolutions humaines, el elles oc peuvent subir aucun changement. Hais, sans ébranler l'immuable G institution de ces hiérarchies, qui participe, dit saint Cyprién, à la stabilité tirs mystères divins, le gouvernement de l'Eglise aura, pour régler et distribuer son action, toute la liberté, immense dans son ampleur et, pour ainsi dire, sans I i m ï tes, que réclameront les nécessites des temps et des ||eii\ et les besoins des multitudes humaines sur lesquels il s'exercera d'âge en âge.
Il est en effet dans les ressources et les puissances de ce gouvernement un élément toujours el comme indéfiniment variable, et qui lui permet, pour l'avantage du monde et des peuples particuliers, d'étendre pour ainsi dire sans homes ou de restreindre à sUn gré l'activité de chacune des personnes hiérarchiques et les manifestations des puissances dont elles sont dépositaires.
Cet élément variable est l'exercice du pouvoir hiérarchique, que nous appellerons V exercice de lu juridiction.
< >r. en premier lieu, cet exercice de la juridiction peut être communiqué par délégation. Par là, une personne d'un degré moindre usera des pouvoirs de celle d'un degré supérieur.
Lu simple prêtre pourra paraître revêtu dans Le gouvernement de tout ou partie de la puissance épiscopale, exercer une autorité supérieure à celle de son titre de prêtre d'une Eglise particulière.
Le chef de l'Eglise universelle pourra communiquer des rayons de sa plénitude par des délégations permanentes et élever des évéques parmi leurs frères, les faisant plus grands que leurs frères en tanl qu'ils participent de son principat, sans toucher à l'égalité essentielle des évèques en tant qu'ils sont évéques.
Il pourra également, par des délégations et des commissions spéciales, partout et pour toutes sortes d'affaires, se donner des mandataires et des représentants revêtus d'un pouvoir plus ou moins
('tendu.
D'un autre côté. L'exercice du pouvoir hiérarchique pourra en tout ou en partie être lié par le supérieur. Ainsi le Souverain Pou-
106 l'église
tife, par des réserves et des exceptions, pourra restreindre le champ de l'autorité épiscopale.
L'exercice même de toute l'action hiérarchique, en tant qu'elle est exprimée par ce que nous avons appelé plus haut la communion et le titre, peut être lié par l'interdit plus ou moins complètement. L'interdit, qui n'est pas toujours une peine et qui peut être un simple effet de la prudence du supérieur, peut atteindre le titre sans toucher à la communion, lier le clerc en tant qu'il appartient à une hiérarchie particulière et à l'égard de cette hiérarchie sans toucher à son action en tant que membre de la hiérarchie de l'Eglise catholique.
Ainsi l'évêque dit in partibus ou titulaire, évêque d'une Eglise actuellement au pouvoir des infidèles, est privé par le Souverain Pontife de tout exercice du pouvoir attaché à son siège vis-à-vis de son Eglise qui est son titre, sans être privé de ce titre même; et il continue toutefois à jouir de l'exercice de toute la prérogative épiscopale dans l'Eglise catholique.
D'autres fois, l'exercice de l'actualité hiérarchique est lié dans l'une et l'autre hiérarchie, sans que ni le titre ni la communion soient atteints dans leur fond et retirés au sujet. L'évêque, le prêtre, le ministre, interdits par suite d'un jugement ou même à cause d'une incapacité encourue sans faute de leur part (1), ne sont point retranchés de l'Ordre des évêques, de l'Ordre des prêtres ou de celui des ministres ; ils ne sont point dépouillés non plus de leur titre ; mais l'exercice de tous les pouvoirs renfermés dans la communion de leur Ordre et dans leur titre est lié en eux.
Ainsi toutes ces restrictions plus ou moins étendues ne sont que des liens qui privent les membres du corps hiérarchique de leurs mouvements, sans les atteindre dans leur vie ou leur constitution, sans les retrancher du corps ou les détruire eux-mêmes.
Bien plutôt, comme on ne saurait lier que des actualités réellement existantes, ces restrictions, en liant en tout ou en partie l'exercice des pouvoirs des personnes hiérarchiques, renferment une affirmation solennelle de l'indivisible et immuable persistance de ces pouvoirs dans leur essence et leur fond.
Ce que nous disons ici est vrai de l'Eglise particulière comme de l'Eglise universelle. L'antique presbytère a vu tantôt étendre, tantôt
(i) Telle est l'incapacité qui résulte d'une maladie affectant gravement l'état mental du sujet.
lier ou restreindre ses attributions h celles de ses membres. Parmi ceux-ci, 1rs mi> mit perdu, les autres ont conservé exclusivement l'exercice de Ponctions communes à tous à L'origine; quelques-uns mit vu même leur action s'étendre par des communications du pouiroir épiscopal. De là cette innombrable variété de dignités et d'offices, cette variété plus grande encore dans les attributions de ces dignités el de ces ofliees: de là ces diversités locales dans le service des Eglises, ces changements successifs qui en ont modifié l'aspect. Chaque siècle a vu s'opérer ces révolutions pacifiques.
Les extensions du pouvoir des personnes hiérarchiques, effet des délégations du supérieur, aussi bien que les restrictions de ce même pouvoir, effet de sa puissance, qui l'a lié en tout ou en partie, se sont fréquemment attachées par manière permanente aux titres mêmes et aux offices, se transmettant avec eux, atteignant ainsi dans toutes ses profondeurs le corps hiérarchique, en pénétrant, pour ainsi dire, toute l'économie, et se confondant presque avec lui aux yeux de l'observateur inattentif.
A côté de ces modifications de l'exercice du pouvoir à tous les degrés, inscrites dans le droit ou naissant et soutenues parla coutume, les supérieurs ont en outre toujours usé de la faculté d'étendre par des délégations personnelles et transitoires ou de restreindre par des actes exprès et temporaires l'action des personnes ecclésiastique».
On le voit, la liberté avec laquelle se peuvent mouvoir les institutions, diversifiant les attributions des personnes sans ébranler l'immutabilité essentielle des hiérarchies, cette liberté est immense.
Disons encore que le champ où cette liberté se développe, c'està-dire les objets qu'elle embrasse, n'est pas moins vaste.
L'exercice de la juridiction, c'est-à-dire tout ce qui peut se déléguer mi se restreindre, comprend, en effet, en premier lieu l'exercice de tous les pouvoirs du magistère; il comprend en second lieu l'exercice des pouvoirs du ministerium, pour quelques-uns de ces pouvoirs en tant que les actes qu'ils posent sont valides, pour tous en tant qu'ils sont légitimes : distinction établie par la théologie. Enfin il comprend, comme son champ le plus vaste et comme l'objet spécial des délégations et des restrictions, tout ce qui appartient à Yimperiàm ou au pouvoir de gouvernement.
Cet élément mobile et si considérable de la vie de l'Eglise catholique à tous les degrés de la hiérarchie lui a permis à travers tous les âges, semblable à une armée qui combat, de se mouvoir sur le
108 l'église
champ de ses laites, toujours Taisant face aux attaques, toujours richement et abondamment munie des armes opportunes, et pourvoyant, sans jamais défaillir, à toutes les nécessités de la défense.
L'Ordre, la communion et le titre ne forment pas trois hiérarchies indépendantes et juxtaposées. L'acte et la puissance se correspondent, s'appellent mutuellement et s'unissent dans la vie du corps hiérarchique. Il n'v a qu'une seule hiérarchie de l'Eglise, commencée par la puissance nue de l'Ordre, achevée en son acte propre par la communion hiérarchique dans l'Eglise universelle, et appropriée par le titre à l'Eglise particulière.
Aussi l'ordination qui fait entrer dans la hiérarchie confère-t-elle dans la plénitude de ses effets YOrdre, la communion et le titre. L'ordination, même illégitime, confère toujours l'Ordre et ses puissances nues. L'ordination légitime confère toujours la communion, parce qu'elle place celui qui la reçoit dans la hiérarchie de l'Eglise universelle. Le titre peut, il est vrai, n'être pas conféré à l'heure de l'ordination légitime, et celle-ci peut ne donner actuellement que la seule communion hiérarchique dans l'Eglise universelle. Mais, en ce cas, si le titre est reçu par le sujet dans la suite, ou même si le titre, après avoir été perdu, est recouvré par lui, il ne laisse pas, à quelque époque qu'il soit conféré, de reposer sur la communion et sur l'Ordre et de remonter par là jusqu'à l'ordination, comme un fruit tardif, mais déjà contenu en germe dans les rameaux et la racine.
Il peut même être conféré avant l'ordination et en vue de celle-ci. Dans ce cas. il attend sa perfection et sa solidité de l'ordination subséquente, dont il dépend par avance. Il demeure précaire jusque-là. et s'anéantira de lui-même si l'ordination fait défaut.
Ainsi l'évèque élu peut recevoir l'institution, c'est-à-dire la collation de son titre, avant sa consécration épiscopale : le prêtre, le ministre, peuvent de même recevoir l'institution du titre avant la collation de l'Ordre et en vue de celle-ci. Ils seront plus tard ordonnés pour ce titre déjà reçu d'avance: et. si l'ordination fait défaut, le titre deviendra caduc. Le droit positif a déterminé les délais qu'il tolère et le terme que le titre ne peut dépasser sans périr ou recevoir de l'ordination sa force et son fondement essentiel.
Le titre reçu d'avance n'est donc point encore stable, et il attend
LÀ llll KAIU.IIII I09
véritablement de l'ordination future 9a confirmation e1 m solidité.
\1 us est il même jusqu'à l'ordination un titre véritable el parfait,
bu doit-on jusque là classer les pouvoirs qui l'accompagnent parai
les simples délégations ou communication ee donl noue avons
parlé pins Ii, nit .'
On pourrait avec quelque apparence soutenir ce dernier sentiment : le titulaire ne sérail plus, jusqu'à l'ordination, qu'un administrateur d'une nature spéciale, auquel l'Eglise confie ses intérêts en vue du droit que I institution lui donne â l'ordination même et des droits que l'ordination lui conférera dans tonte leur solidité.
Mais il faut, nous le croyons, chercher plus haut la raison de ces choses
Les opérations divines sont pleines de ces anticipations mysté rieuses : l'œuvre de la Rédemption répanda la lois ses bienfaits sur tous les âges qui la suivent et sur tous ceux qui la précédent. Elle itendue par avance sur l'humanité de L'Ancien Testament, et le sacrifice, qui n'était point encore consommé, ouvrait déjà sur les élus, pour les purifier et les sanctifier, Le trésor des grâces <pii en sont les ellets | i ). Maître des siècles, le Christ ne s'incline pas sous leur jouir et n'obéit pas à leur lente succession, mais il les embrasse tous dans la plénitude de sa puissance et de son éternité. Il était hier, comme il est aujourd'hui et dans les siècles des siècles i •> , : il opère dans tout le cours des âges le salut des hommes et répand les bienfaits de son sacerdoce avant même que ce sacerdoce apparaisse dans le temps et se déclare à l'autel de la croix. Ce sacerdoce est éternel et possède tous les temps (3 .
Communiqué à la hiérarchie, il garde l'empreinte de son origine, et. pu- une analogie mystérieuse, il n'est pas tellement soumis aux lois du temps qu'il ne puisse par avance autoriser, en un certain . les ('dus du sacerdoce; et, de même que le Christ, prédestiné à sa mission sacerdotale, eu exerçait déjà par avance les salutaires prérogatives, de même les ministres, destinés et appelés par Y institution canonique à prendre place dans les rangs de sa hiérarchie, exercent déjà dans une certaine mesure les pouvoirs attachés à leur titre.
Le titre, dans ce cas. est comme un rayonnement anticipé de
(i) Ap. xm, 8.
(a) Jésus Christus liori et hodic, ipse et in sa>cula. (Hebr. xui, 8.)
(3) Ps. mx, J; Hebr. v, 6; Vil, m-28.
l'ordination en vue de laquelle il est conféré, dont il dépend par avance, dont le défaut le rend caduc, et qui lui sert par avance de cause et de raison d'être. C'est ainsi que l'aurore précède l'apparition du soleil, dont elle dépend.
Comme nous l'avons exposé, la communion hiérarchique et le titre sont donc, chacun en leur mode, l'actualité et l'épanouissement de l'ordination légitime, et dépendent de celle-ci.
L'ordination illégitime, au contraire, telle qu'elle subsiste chez les schismatiques, ne confère que l'Ordre nu. Mais cette puissance nue attend et appelle son acte ; et, si quelque jour la communion hiérarchique vient s'ajouter à elle par l'introduction du sujet dans la hiérarchie légitime, elle recevra son couronnement naturel.
Peut-être ces notions doivent-elles servir à entendre l'expression, si commune chez les anciens, d'ordinations illégitimes annulées, alors que le titre ou même la communion hiérarchique étaient seuls retirés ou refusés au sujet. L'ordination était vraiment annulée, non pas dans la totalité de ses effets, mais dans ceux de ses effets qui peuvent être détruits; non pas en tant que l'ordination est la collation de l'Ordre nu, mais en tant qu'elle est en même temps la collation de la communion hiérarchique ou du degré légitime dans l'Église universelle et la collation du titre dans l'Eglise particulière.
Les dons de "Dieu sont sans repentance (i). La mission de son Fils est pour l'éternité (2). Son sacerdoce est confirmé par serment, dit saint Paul, et attaché par là à l'immutabilité des choses divines (3).
A son tour, la hiérarchie n'est pas instituée pour un temps ; elle ne subit d'autres défaillances que celles des éléments humains et mortels qu'elle s'associe, et d'autres vicissitudes que celles que lui imposent les nécessités de son pèlerinage ici-bas.
A cause de cette stabilité essentielle qui lui appartient, le fond du pouvoir hiérarchique, c'est-à-dire la puissance même de l'Ordre, ne peut jamais être détruit. L'Ordre est un caractère absolument indélébile qui persiste dans le clerc privé du titre et de la commu-
(1) Rom. xi, 29.
(a) Hebr. vu.
(3) Volens Deus ostendere immobilitatem consilii sui, inlerposuit jusju-
randum. (Ibid., vi, 17.)
t \ uni: \i:« un: , { ,
"'""■ dégradé, retranché de la hiérarchie, et jusque dans les rigueurs
nelles do la damnation i
I i communion hiérarchique n'est point, comme l'Ordre, absolu-
,,,rn| inamissilile. Le clerc peut mériter de la perdre, et par un
Pste îuge»»ent de l'Eglise il peut être retranché de sa hiérarchie,
me nous l'avons déjà indiqué, ce jugement peut enlever la
Dommunion des degrés supérieurs en laissant intacte celle des degré*
toférieurs. L'évéquc peut être réduil à la communion du prêtre ou
lu ministre, le prêtre à celle des Ordres inféifeurs. et tous les clercs
a la communion laïque. Mais toutefois la communion hiérarchique,
qui n est point inamissible, est donnée et reçue à perpétuité par sa
nature même, et ce n'est que par la rigueur d'un Jugement et contre
son institution, troublée par l'indignité et la faute du sujet, qu'elle
peut être perdue.
Enfin, le titre lui-même est toujours conféré sans limite de temps, encre qu il puisse être relire, comme la communion hiérarchique! par la sentence du juge, et que même, absolument, le sujet puisse en être dégagé par l'autorité supérieure, comme on le voit dans les* lis de démission ou de résignation; dans ces cas, en effet, le clerc, qui ne se peut ôter à lui-même son titre ni rompre le lien qui l'unit a ion Eglise, ne perd ce titre que par l'intervention de l'autoritédu
i supérieur, qui seul peut briser ce lien.
Telle est donc la stabilité de notre hiérarchie. Elle admet comme trois degrés : le caractère de l'Ordre esl absolument inamissible ; la commun. nu hiérarchique dans l'Eglise universelle persiste tant que le sujet n'en est point déclaré indigne ; te titre dans l'Eglise partikdiereesl lui-même constitué sans tenue „i limite de durée, et il
i persévère tant que la sentence du juge ou la disposition du supérieur ne le lait pas cesser.
Ajoutons à ces trois éléments immuables et doués, chacun dans une juste proportion, de la perpétuité qui leur convient, l'élément mobile de l'exercice de la juridiction, et nous aurons dans ces quatre tenues : 1 (Jrdre, la communion hiérarchique, le titre, {'exercice de la juridiction, toutes les puissances et les activités du corps hiérar-
(i) Potestas sacerdotii Christi comparatur ad characterem tordinisi, sicut id • "l. Plenum e< Perfectum ad aliquam sui participationem. Sacerdotium âutem Chr.sti est aUernum, secundum illud (Ps. cix, 4.) : Tu es sacerdos in « er«a.n secundum ord.nem Melchisedech. Et inde est quod omnis sanctificatio quœ m P^r sacerdol,um eJ"s, est perpétua, re consecrata manente. (Sam. theol. ui" P-, q. Lxm, a. 5.)
chique. C'est aussi tout ce que l'on renferme plus ordinairement aujourd'hui sous les deux, termes de l'Ordre et de la juridiction, distinguant en celle-ci divers degrés ou espèces, selon qu'elle est habituelle, actuelle, ordinaire, déléguée, restreinte. Le lecteur studieux saura établir l'exacte correspondance de ces divers termes et les appliquer aux différentes activités de la hiérarchie telles que nous les avons décrites.