CHAPITRE VIII
l>K l.A FORME DES OPERATIONS HIÉRARCHIQUES; ELLES IMITENT LES FORMES ET LES MANIFESTATIONS DE L'OPERATION DIVINE
Tout esl divin dan- nos hiérarchies. La vie divine était dans le soin du Père, et elle nous est apparue i l. Noua l'avons vue se manifester par le magistère de la doctrine, par le ministère qui ■notifie, par l'autorité qui régit. Nous l'avons vue produire dans tous les canaux de la hiérarchie les puissances qui lui sont propres, ■Ordre et la juridiction.
Ainsi tout est prêt : ces canaux, dans lesquels circule la vie, surabondent et sont prêts à la répandre, et elle se va déclarer par les admirables opérations que nous étudierons dans l'une et l'autre hiérarchie, dans l'Eglise universelle et dans l'Eglise particulière.
Mais, de même que nos hiérarchies imitent la société divine, de Blême aussi louis opérations imitent l'opération divine: il faut éclaircir cette vérité, qui demande toute notre attention.
Dion opère par son Verbe, qui est son Christ. Il lui communique toute opération qui vient de lui. Il lui montre, dit l'Evangile, les œuvres <pi'il fait, et le Fils les fait semblablement (a); et le Saint- Esprit, qui est le nœud de l'éternelle union du Père et du Fils, leur en toute- leurs œuvres par colle- qualité même qui est la propriété de sa personne. Ce n'est pas entre eux une coopération fenalogue à celle que nous vovons parmi les hommes, où l'action peut se diviser entre plusieurs, où chacun des associés apporte et m* I n commun sa part, et où l'action totale résulte du concours de chacune des forces partielles, parfaite par ce concours, imparfaite si l'un des associes vient à faire défaut.
Les personnes divines opèrent en la manière <l<>nt elles sont; et
|a'} Joan. V, 20.
n8 l'église
comme leur puissance, qui est leur essence même, est indivisible, leur opération ne se peut partager.
L'opération est d'abord tout entière du Père, qui la communique sans partage au Fils; et elle est aussi tout entière du Saint-Esprit. Le Père en est le premier principe au regard du Fils, qui la reçoit de lui. Mais, comme le Fils ne peut opérer qu'autant qu'il le reçoit du l'ère, le Père non plus ne peut opérer sans communiquer au Fils la totalité de l'opération, si bien qu'on ne peut ni séparer les personnes ni intervertir l'ordre qui est entre elles, ni faire que l'action se divise entre elles et leur appartienne par parties distinctes. C'est pourquoi le Concile de Latran a défini que le monde, œuvre de Dieu, a été créé par les personnes divines comme par un seul principe ( i ). L'opération est une entre elles comme l'essence.
C'est cette unité nécessaire qui fait le fond de ce que l'on appelle la circumincession des personnes divines.
Procédant l'une de l'autre, elles sont présentes l'une à l'autre, non par simple collection et à la manière dont on assemble plusieurs unités créées, mais en tant que celle qui procède no peu! subsister séparée de son principe, ou être absente de celui dont elle dépend par son origine, comme aussi le principe ne peut cesser de la porter en lui, comme la produisant de iui-mème éternellement et lui communiquant tout ce qu'elle est et tout ce qu'elle fait; car l'opération suit les lois de l'essence et l'ordre des relations des personnes.
Les opérations divines demeurent donc toujours invariablement semblables à elles-mêmes, en tant qu'appartenant sans Inégalité ni division aux trois personnes divines; et toutefois, par une économie dont les raisons nous sont impénétrables, elles nous sont déclarées en trois manières diverses dans les Ecritures.
En premier lieu, le Père est souvent nommé seul comme auteur de l'action. « Au commencement, est-il dit. Dieu créa. » (2) Mais nous savons que dans le Père, comme en leur principe, demeurent le Fils et le Saint-Esprit, et que dans l'opération du Père est renfermée l'opération du Fils et du Saint-Esprit ; car « le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait » (3), afin qu'il le fasse semblablement, faisant tout par lui et par son Saint-Esprit. Le
(1) Pater generans, Filius nascens, et Spiritus sanctus procedens, eonsubstantiales et cotequales, coouiiiipotentes, coœterni, unum universorum principium, (Gonc. Lat. IV, c. Firmiter.) .
(2) Gen. 1, 1.
(3) Joan. v, 20.
nombre qui est en Dieu ue peul être détruit, mais i< i l'unité du principe csl proprement mon) rée.
En second lieu, le Père el le Fila noua apparaissent comme agis .suit dans la pluralité avec la troisième personne qui esl le Saint- Esprit : ii Faisons l'homme » (i); un peu plus bai : « Voilà l'homme devenu comme l'un de nous » (a) : el a la tour de Babel :
\ 'iip/. confondons leur langage.
si comme le Concile <l<- In divinité 'i que le Père tient avec son Fils dans le Saint Esprit : l'opération n'en est pas moins partie toul entière du Père, mais le nombre et la société divine sont ici spécialement manifestés.
Enfin, en troisième lieu, le Fils apparat! seul. Il se montre ainsi dans l'Evangile : Cependant, dit-il, je ne suis pas seul, mais bien moi el l<' Père qui m'a envoyé 5 : et encore : « Celui qui m'a envoyé est avec moi et ne me laisse pas seul n (6) : el encore : « Je m' suis pas seul, parce que le l'ère est avec moi o | 7 . el c'est pourquoi .. celui qui me voit voit le Père, parce que je suis dans le Père, el le l'en' est en moi. 0 (8) « Les paroles que je dis, je ne les dis pas de moi même, mais il nie les a données g : les ouvres que je fais, je ne les fais pas de moi-même, mais le Père demeurant en moi fait lui-même les œuvres. » (10)
I. Père, 1 "est-à dire le principe, garde sa propriété. La société du 1 du Fils dans le Saint-Esprit n'est point interrompue, mais le mystère du Fils recevant du Père et portant en lui l'image du Père el toute ^<>n action est plus particulièrement déclaré.
Ainsi ces trois manières diverses d'exprimer l'action divine sont propres a signifier, tantôt la vertu principale du l'ère, tantôt la pleine communication qui en est faite au Fils, tantôt la société
(3i Ibid., xi, 7. — Dans l'Evangile de saint Jean, Notre-Seigneur ditsemblablemenl : « Celui qui m'aime cardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui. et nous ferons en lui notre demeure. »
(4) Discours de l'évêque de Bitonto à la session d'ouverture du Concile de Trente
Joan. VIII, 16.
Ibid.. ay.
(7) Ibid., xvi, 3a.
(8) Ibid., xiv, 9.
(9) Ibid.. 10; XVII, 8.
(10) Ibid., xiv, 10.