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l'église
même du Père et de son Fils dans le Saint-Esprit en tant qu'elle emporte nombre et pluralité en Dieu,
>"os hiérarchies sont formées" sur le type de cette société du Père et du Fils ; elles en sont l'image et la reproduisent par une vive et fidèle ressemblance.
Il v a en elles un chef qui est le principe : Jésus-Christ ou son Vicaire dans l'Eglise universelle, l'évêque dans l'Eglise particulière: il y a une communication mystique de Jésus-Christ aux évèques, de l'évêque à son presbytère; il y a circumincession de Jésus-Christ et de l'Eglise catholique dont le Collège épiscopal est la partie principale, de l'évêque et de son Eglise exprimée et contenue dans le Collège sacerdotal.
Aussi les opérations des hiérarchies imitent à leur tour les opéra tions divines, et nous y voyons se développer par une fidèle correspondance les trois modes d'action que nous venons de considérer en Dieu et son Christ.
Mais, avant de suivre ces belles et profondes analogies, qui font du gouvernement ecclésiastique une. fidèle imitation du gouvernement divin, il faut reconnaître d'abord l'unique différence qu'apporte dans ces choses la faiblesse essentielle de l'élément créé.
La communication qui est en Dieu lui est naturelle, et elle emporte avec elle l'égalité entre le principe et la personne qui procède du principe. Par la vertu de la même nature divine, le Père est Père, et le Fils est Fils (i), et le Père n'a rien de plus que le Fils, parce que son titre n'exprime rien qui soit au-dessus de la nature divine commune au Père et au Fils.
Mais ici-bas la communication est l'effet d'un don supérieur de lai puissance divine, c'est un privilège surajouté; et, de même que dans l'ancien ordre de choses le père parmi les hommes est supérieur au fils et le fils n'est point l'égal de son père, de même, danj l'ordre nouveau, celui qui donne est supérieur à celui qui reçoit, et celui qui reçoit n'est point égal à celui qui donne.
Ainsi le Christ, Fils de Dieu, est égal à son Père, mais cette égalité est la propriété et comme le privilège de leur éternelle
(i) Eadem essentia quœ in Pâtre est paternitas, in Filio est filiatio. \Sum. theol. Ia P., q. xlii, a. 6, ad 3.)
société; ce privilège esl unique et absolument incommunicable, et in»- hiérarchies, parmi tanl de splendeurs qui descendent sur flics de cette société en laquelle esl leur exemplaire el leur consommalion. n'\ peuvent prétendre. Il faut qu'elles gardent en cela la marque H le caractère de la créature et qu'elles montrent par ce côté qu'elles n'ont rien par elles-mêmes, que toute leur existence et leur grandeur est empruntée el reçue de la seule miséricorde de Dieu, et qu'en les élevant et se communiquant à elles, il les enrichit par un don gratuit île sa pure bonté.
Ainsi, <l;uis la société divine, le Christ qui recuit du Père est l'égal du l'ère: mais, dans l'Eglise, L'épiscopat qui reçoit du Christ ou de son Vicaire n'est point l'égal du Christ ou du Vicaire du Christ, et le Collège sacerdotal est moins encore l'égal de l'évêque dans l'Eglise particulière.
Mais dette inégalité nécessaire et qui est la suite de l'imperfection de l'élément créé ne détruit pas le mystère des communications hiérarchiques, l'ordre n'en est pas moins suivi, et les divines analogies n'y sont pas moins exprimées.
ViiiM. dans l'Eglise universelle, à la ressemblance de l'opération divine, en premier lieu le chef souvent parait seul : c'est le Pape, \ icaire île Jésus-Christ, qui décide et qui règle tout par lui-même; et ainsi l'action principale est clairement déclarée. Mais l'épiscopat. dans son obéissance même, coopère indivisiblement à son chef avec cette sorte d'autorité qui lui vient de lui. Ce n'est pas que le chef ait besoin d'attendre ce concours, comme si son action était imparfaite par elle-même: mais ce concours ne peut défaillir, et il n'est autre que l'influx de vie et d'action qui, du chef, pénètre tout le corps.
En second lieu, le Collège épiscopal, quand il plaît à Dieu et au Chef de l'Eglise, pour des raisons qui sont le secret de la Providence divine, apparaît uni à son Chef. C'est le Concile, dans lequel la hiérarchie de l'Eglise universelle, c'est-à-dire d'une part Jésus- Christ par son Vicaire, et de l'autre l'épiscopat, s'assemblent, imitent le conseil des personnes divines tel qu'il se déclare en
quelques-unes des œuvres de Dieu ; mais ici encore les relations des personnes hiérarchiques ne sont point renversées, l'action est toujours tout entière l'action .du Vicaire de Jésus-Christ, qui est le Chef, et elle est communiquée, sans se diviser, au Collège des éyêques, qui sont les membres. Ce Collège demeure en l'ordre où il a été établi; il n'usurpe pas la fonction principale, et il n'apparaît pas non plus comme apportant par moitié son concours à l'œuvre qui se fait.
Certains gallicans l'ont, il est vrai, prétendu : ils se demandaient quelle action demeurait aux évèques, si l'autorité du Pape était toujours par elle-même souveraine et suffisante. Ne conviendrait-il pas au moins que le Pape ne pût rien au Concile sans les évêques, comme les évèques n'y pourraient rien sans le Pape ; et ainsi il y aurait comme le concours de deux éléments partiels dans l'œuvre commune et totale. Car encore, disaient- ils, pourquoi réunir le Collège épiscopal, si le Pape seul peut tout ce qu'il peut avec ce Collège ?
Mais ces docteurs se faisaient une idée rabaissée de la hiérarchie et des relations des personnes hiérarchiques ; ils n'entendaient pas le mvstère du Chef et de l'Eglise, de Jésus-Christ et de l'épiscopat, et le mvstère de la communication qui est entre eux. Ils cherchaient le tvpe et la raison de la société ecclésiastique dans les associations humaines, où tout est purement collectif et où les forces partielles composent la puissance totale. Il faut effacer toutes ces notions, indignes de notre société qui a son type clans la société même du Père et de son Fils Jésus-Christ. Comme le Père donne au Fils d'opérer avec lui, et comme l'opération demeure tout entière l'opération du Père encore qu'il la communique à son Fils, ainsi le Vicaire de Jésus-Christ, Chef de l'Eglise et de l'épiscopat, donne à l'épiscopat d'agir avec lui et par lui, bien que l'action demeure entière et indivisible et soit toujours sa propre action au titre principal. La vraie grandeur de l'épiscopat n'est donc pas d'entrer en partage avec son chef et de diviser l'autorité qui est indivisible, mais elle consiste à recevoir de lui et à exercer avec lui cette même et unique autorité.
Nous le savons : il y a du mvstère en ceci, et les raisonnements pris des analogies humaines n'y peuvent atteindre; les gouvernements humains et la police des Etats n'offrent rien de semblable: mais il faut s'élever plus haut et rechercher dans l'auguste Trinité la raison et le tvpe de toute la vie de l'Eglise.
LA HIÉRARCHIE ll3
Le Père, en donnant au Fils toul ce qu'il est, n'esl point diminué. La puissance qu'il donne au Fils n'esl poinl affaiblie en lui -même; et toutefois le Fils la possède h l'exerce pleinemenl el très réellement.
De même, au Concile, les évéquea agissent véritablement et efficacement, et toutefois l'action de leur chef n'est pas diminuée ai limitée par leur action.
Sa puissance, au contraire, se déclare surtout par là, et elle se montre si grande à leur endroit qu'elle surabonde, pour ainsi dire, et se répand ■•ur eux, agissant en eux et par eux.
La puissance de Jésus-Christ donnée à, l'Eglise, sans cesser d'appartenir à lui-même principalement et tout entière, se manifestera ainsi au dernier jugement : car il fera asseoir ses apôtres et ses élus sur douze sièges pour juger Israël, le monde et les anges nicincs i i .
Trouvera-t-on ici le lieu à ces médiocres raisonnements? Jésus- Un isl, à qui son Père a donné tout jugement et qui donne le jugement à son Eglise 3), scra-t-il dépouillé de son autorité en la lui Communiquant ? Ou bien verra-t-il cette autorité partagée tellement qu'il ne pourra plus rien qu'avec l'autorité particulière des élus '? Ou bien les élus ne jugeront-ils pas véritablement, selon la promesse qui leur est faite, parce que leur jugement n'ajoutera rien à celui de Jésus-Christ, suffisant par lui-même ?
Ne voyons-nous pas au contraire que l'Eglise, associée à Jésus- Christ sans ombre ni vicissitude dans ce grand jour, aura avec lui et par lui une même puissance comme aussi une même volonté, dans une même vue de la vérité et de la justice '?
Ainsi en est-il dés ici-bas, à travers les obscurités et les discussions même qui s'élèvent parmi les hommes assemblés.
Au Concile, l'Eglise s'unit à son Chef, et elle n'a avec ce Chef qu'une puissance, qu'un jugement, comme elle n'a avec lui qu'une même vue de la vérité el de la justice; elle suit son Chef et agit avec lui, et ce mystère de leur union et de leur consentement dans l'amour et la lumière, toujours nécessairement immuable et garanti par l'institution divine, bien qu'il soit parfois violé pour un temps dans ces grandes assemblées par la poussière qui s'élève de l'humanité el par les nuages de discussions, se dégage à la fin et resplendit d'un éclat qui porte en lui-même le témoignage de Dieu.
(11 MaUh. xix, 28; / Cor. vi, 2, 3.
(2) Joan. v, 22, 27.
Du reste, comme toute la vie de l'Eglise est marquée du même type divin, les exemples et les analogies de ces coopérations efficaces à une action qui ne peut se diviser se rencontrent partout.
Quand, à l'autel, selon l'ancienne discipline, l'évèque offre le Sacrifice, assisté de la couronne de son presbytère et que tous ses prêtres concélèbrent avec lui, l'évèque, qui est le prêtre principal, consacre efficacement : la parole qu'il prononce suffit au mystère ; et toutefois tous les prêtres consacrent très véritablement avec lui, et les paroles qu'ils prononcent ont tout leur effet sans porter aucun détriment à la plénitude de l'action de l'évèque leur chef.
Au Concile, il y a semblablement entre le Vicaire de Jésus-Christ et les évèques comme une concélébration mystique dans la déclaration de la vérité et la définition divinement infaillible du dogme ; car aussi bien le même Jésus qui est donné aux hommes dans la divine Eucharistie, étant la parole et la vérité de Dieu, leur est aussi donné par l'enseignement de la foi.
Tel est le mystère du Concile, où apparaissent, assemblés et opérant dans leur union, le Chef de l'épiscopat et le Collège des évèques.
Enfin, en troisième lieu, l'épiscopat, toujours uni à son Chef et portant en lui-même la vertu de ce Chef et la puissance qui vient de lui, parait quelquefois seul au dehors ; et toutefois il n'est pas seul, car ce Chef est avec lui et le soutient in visiblement.
Cela a lieu premièrement dans le Collège lui-même.
Par la circumincession hiérarchique, le Chef du Collège vit et agif toujours en lui, alors même qu'il n'est pas visiblement présent.
Ce principe donne lieu à une règle ecclésiastique célèbre : c'est qu'eu l'absence du Chef le Collège continue d'agir dans l'impulsion déjà reçue de lui. Il supplée ainsi cette absence extérieure, parce qu'il porte en lui sa vertu toujours intérieurement présente : et il en couvre le défaut, agissant en cette vertu, limitant toutefois son action au dehors de telle sorte qu'il ne dépasse pas les bornes, et la réglant sur les directions déjà reçues, sur les présomptions tirées des actes déjà posés et sur les nécessités du gouvernement.
Cela ne va pas à égaler le Collège à son Chef et à le lui substituer, même pour un temps, dans la rigueur des termes. Le Collège ne succède pas à proprement parler à son Chef, et il ne prend pas sa place en son absence, mais il garde toujours le rang inférieur qui
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lui convient, et, même en agissant pour lui. il ne fait dans la réalité Bu'exercer au dehors el dans des conditions spéciales la puissance qui lui vient du Chef, qui ne lui appartient jamais au titre principal, Il <|ui porte toujours dans le Collège le caractère de communication ri de dépendance.
Cette dévolution, qui se fait au < lollège par le défaut du Chef, n'a toutefois pas lieu dans l'Eglise universelle, parce que le \ icaire de Jésus Christ ne saurait manquer un seul jour à son gouvernement, el que, pendant la vacance même du Saint-Siège, ainsi que nous le verrons en sou lieu, l'Eglise romaine eu soutien! la prérogative; d'où il suit que le corps des évêques voit toujours où est l'autorité principale et n'a jamais à la suppléer.
A peine en pourrait-on trouver quelque cause dans les temps de Ichisme et lorsqu'il faut terminer ces crises douloureuses. Les Conciles ont alors à discerner le Chef de l'Eglise d'entre les usurpateurs : saint Bernard en appelait pour cela au témoignage du Collège épiscopal, et on a même vu le Concile de Constance, solennellement convoqué par le pape Grégoire \ll. continuer, après son abdication et celle de Jean WIll, à siéger et prendre les mesures qui devaient finir le grand schisme par une élection canonique incontestable.
Mais l'application de cette règle a son lieu ordinaire dans les parlies du Collège épiscopal et dans les circonscriptions partielles de l'Eglise. Là. celui qui. par une communication de l'autorité de saint Pierre, tient la place du Chef, c'est-à-dire le patriarche ou le métropolitain, peut faire défaut, et le Collège tout entier peut paraître assemblé sans lui. La voie de dévolution est alors ouverte, et les évêques, par ordre de séance, sont appelés à présider l'assemblée de leurs frères.
Mais ce n'est pas seulement lorsqu'ils sont réunis en Concile que les évêques peuvent agir dans la vertu de leur Chef invisiblement présent à leur action. Cela se vérifie aussi de chacun des membres de l'épiscopat, et on voit ainsi les évêques dispersés agir dans la sainte communion qui les unit à lui. « De même, dit saint Ignace, qu • Jésus-Christ est l'expression de son Père, ainsi les évêques dispersés chacun en son lieu sont tous l'expression de Jésus- Christ'. » \ i ) Car l'épiscopat est un dans tous les membres du
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Collège, et tout entier dans chacun des évoques ; et il ne se dégrade pas lorsqu'on le considère dans un évêque particulier.
Et cela ne doit pas s'entendre seulement du pouvoir que les évêques exercent sur le troupeau qui leur est attribué par leur titre ; car autrement ce mystère de l'épiscopat, paraissant seul au dehors et portant en lui la vertu de son Chef dont il n'est jamais séparé, ne regarderait pas assez clairement l'Eglise universelle.
Mais les évêques, en vertu de cette union p£ofonde et mystérieuse qui est leur ordre même et l'essence de l'épiscopat, agissent aussi, lorsqu'il convient qu'ils le fassent, au delà même de ces limites étroites el comme associés au gouvernement et au mouvement de l'Eglise universelle? L'est ainsiqu'au commencement agissaient les apôtres : bien îohgTemps après eux, les hommes apostoliques et les premiers évêques établissaient des Eglises ou même venaient, en vertu de cette communion universelle de l'épiscopat, au secours des peuples dans leurs pressantes nécessités, comme on vit saint Eusèbe de Samosate parcourir l'Orient et ordonner des pasteurs aux Eglises opprimées dans la persécution arienne.
Il est clair d'ailleurs, d'après les principes mêmes que nous avons exposés, que ce pouvoir plus étendu et qui ne se révèle guère que dans les circonstances extraordinaires est, au fond, émané et entièrement dépendant du Chef des évêques.
Nous n'hésitons pas à affirmer qu'en cela les apôtres eux-mêmes. soumis à saint Pierre, n'avaient sur l'Eglise, pour l'étendre et la gouverner, aucune autorité qui ne lui fût subordonnée comme à leur chef et à celui qui tenait à leur égard la place de Jésus-Christ.
Les évêques, leurs successeurs, agirent comme eux et dans la même infériorité et dépendance de leur Chef, dépendance rendue plus éclatante encore parce que leur vocation était moins illustre et qu'ils n'avaient plus les dons extraordinaires faits aux apôtres.
Plus tard, les Souverains Pontifes se sont réservé très sagement l'œuvre des missions et la fondation des Eglises ; et de la sorte les occasions où les évêques paraissent ainsi agir seuls pour le service de l'Eglise universelle et avec une sorte d'autorité sur elle ne se rencontrent plus d'ordinaire.
Il nous reste à retrouver, dans le gouvernement de l'Eglise particulière, la triple analogie que nous venons de contempler entre le
moment divin el celui de 1 ' l'^rl i ■-■ ■ universelle. Nous le ferons irièvemenl .
L'évéque, chef de l'Eglise particulière, a dans ~<"ii presbytère la couronne el les coopérateurs de s<»n sacerdoce. Et, de même qu'à l'autel tantôt il offre seul l'auguste Sacrifice, tantôt il est entouré Icn prêtres concélébrant avec lui, et tantôt les prêtres y paraissent seuls et offrent en son absence, mais que toujours il est vrai que u la seule inébranlable cl légitime Eucharistie est celle qui se célèbre en sa communion et par sou autorité » (i), de même, dans toute action ecclésiastique, toute puissance et toute autorité rayonnent de son pontifical sur ses prêtres, par lesquels et dans lesquels il ne ■ d'agir.
Et d'abord, souvent il parait seul et son autorité suffît.
En second lieu, et lorsqu'il convient, il assemble son presbytère et l'associe à ses actes.
En troisième lieu, par l'effet de la circumincession hiérarchique, le presbytère couvre et supplée son défaut, ou agit en son absence, par sa vertu, toujours intérieurement présente. Cela se fait en deux manières: à savoir par le Collège d'abord, lorsque le presbytère supplée l'évéque absent ou défunt et administre son siège ; et aussi par les prêtres dispersés dans les lieux où l'évéque les envoie, et surtout dans les moindres Eglises, qui n'ont point l'honneur d'un siège épiscopal. et où ils agissent sans cesse dans l'absence de l'évéque dont ces Eglises dépendent, au sièpe duquel elles appartiennent comme à l'Eglise principale, et dont elles forme"nt le diocèse.
(i) 'Exet'vr) fitëixla eù^aptoria rflelailoa, rj C71Ô tbv licio%Gico\ o-jt*. r\ u à-/ a-Jro; liti'of.tyr,- (S. Iu.\". Epist. ad Suivra, n. 8.)