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CHAPITRE PREMIER

LE CHEF DE l'ÉGLISE, JESUS-CHRIST, s'e.ST DONNE UN VICAIRE : ESSENCE DE CETTE INSTITUTION

Nous n'avons pas à nous étendre beaucoup sur les prérogatives de Jésus-Christ, Chef de l'Eglise universelle, parce qu'elles sont manifestes.

Principe de sa vie, il n'est rien en elle qu'il n'v opère et qui ne dépende de lui. Son autorité doctrinale est sans autres limites que celles qu'il a posées lui-même à la révélation des mvstères, respec-. tant la faiblesse de l'élément humain et réservant à la vision de la gloire ce que l'état présent ne pouvait supporter.

Sa puissance sacerdotale et sanctifiante est sans bornes comme le mérite de son sacrifice, et il n'est aucun sacrement ni aucune action sacerdotale qui ne dépendent absolument de son pontificat.

Enfin son autorité es) celle du Fils de Dieu et du Fils de l'homme à qui Dieu a remis tout jugement. Sans parler ici du pouvoir qu'il a sur tous les peuples, sur toutes les créatures et sur les éléments <>u\ mêmes pour les faire servir à ses fins, nou- voyons assez que l'autorité particulière qu'il a dans l'Eglise, comme son chef el son époux, par le droit de la Rédemption et par la suite de la nouvelle naissance qu'il lui a donnée, est un pouvoir souverain qui lui wenl d'en haut, et non d'en bas ; qu'il'a cette puissance de lui-même, et non du consentement et de la délégation des sujets, et que, par conséquent, cette puissance tire d'elle-même la légitimité de toutes les lois et de tous le> déci el s qu'elle pose.

Mais ce que nous avons principalement à étudier, c'est l'institution

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que ce hiérarque souverain et universel a jugé à propos de choisie et qu'il a créée pour exercer à perpétuité son gouvernement dans ce bel empire qu'il s'est donné au prix de son sang.

Il n'était pas dans les desseins de Dieu qu'il demeurât visible au milieu des hommes jusqu'à la fin des siècles. Il devait l'entrer au lourde son Ascension dans cette gloire du Père que des veux mortels ne peuvent contempler. Assis à sa droite, il ne cessera pas, il est vrai, d'animer invisiblement tout le corps de son Eglise par les communications de sa grâce et l'assistance de son Esprit, et il lui laisse ainsi sa présence invisible dans ses sacrements et la perpétuité de son sacrifice.

Mais cela ne sullit pas. et il faut encore la gouverner, lui parler sans cesse et paraître à sa tète par quelque marque indubitable, pour l'assurer à jamais de sa conduite.

Jésus-Christ, demeurant donc son ferme et inébranlable soutien et lui promettant son assistance jusqu'à la fin des siècles, dressa au milieu d'elle le signe manifeste et ellicace de sa présence.

Par là, invisible dans le sein du Père, il présidera visiblement à tous les mouvements de ce grand corps et le soumettra visiblement à son action.

Jésus-Christ a accompli cette merveille par l'institution d'un Vicaire, son organe et son représentant, par qui le gouvernement de l'Eglise universelle est à jamais exercé en son propre nom et dans sa propre vertu.

Il a pris ce Vicaire dans le corps de l'épiscopat. C'est un évèque, qui, en cette qualité, n'est pas plus que les autres évèques : car les évêques sont égaux, l'épiscopat ne souffre pas d'infériorité dans aucun de ses membres, et « l'évêque de Rome n'est pas plus évèque que l'évêque d'une ville obscure » (i).

Mais, Vicaire de Jésus-Christ, cet évèque exerce un pouvoir qui n'est pas contenu dans les puissances essentielles de l'épiscopat, mais qui est au-dessus de l'épiscopat par sa nature et son titre; car ce pouvoir est le pouvoir même de Jésus-Christ, chef, principe et souverain de l'épiscopat.

Il est, en effet, de l'essence du Vicaire qu'il ne fasse qu'une seule

(i) Ubicumque fueril episcopns, sive Romse, sive Eugubii ,ejusdem merili,

ejusdem est et sacerdotii. (S. Hier. Epist. CXLVI, adEvang. n. i.) — Hoc eraut utique et cœteri apostoli quod fuit Petrus, pari consortio praediti et honoris et potestatis. (S. Cypr. de unit. Ec:L, n. 4-) — Petrus et Joannes pares in honora ac dignitate. (S. Cyr. Alex.)

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personne hiérarchique avec celui qu'il représente, qu'il en exerce toute l'autorité sans La diviser e( sans former au-dessous de lui un degré distinct.

Le Vicaire de Jésus-Christ, dans le gouvernement de l'Eglise, a dans cette Eglise, par von institution, une même autorité avec Jésus-Christ, on plutôt toute l'unique autorité de Jésus -Christ, sans qu'elle soi! partagée ou donnée avec mesure.

Cela est tellement dans la propriété du terme de vicaire, que. même en un degré inférieur, nous vovons tous les jours l'évêque d'une Eglise particulière se donner un vicaire qui le représente avec la plénitude de son autorité ordinaire.

Ce vicaire de l'évêque es< pris parmi les prêtres, mais exerce un pouvoir qui n'est pas contenu dans les puissances de la prêtrise, puisque ce pouvoir est l'autorité même que l'évêque a sur les prêtres en sa qualité de chef des prêtres. Par là ce vicaire ne fait avec son évêque qu'une seule personne hiérarchique, et il ne forme point un degré distinct dans la juridiction et dans la hiérarchie de l'Eglise particulière.

Mais, si tel est le sens propre du nom de vicaire, et si l'idée qu'on doit s'en faire est que le vicaire représente parfaitement celui qui le choisit pour tenir sa place, quelle ne sera pas la dignité singulière du \ icaire de Jésus-Chi i-t !

Disons en un mot qu'il a toute l'autorité de Jésus-Christ sur l'Eglise et l'épiscopat, sans qu'elle soit divisée ni diminuée, c'està-dire qu'il est avec Jésus-Christ et par lui, dans toute la force du terme, le Chef de l'Eglise universelle et le Chef des évèques. u 11 est, dit le Concile de Florence, le vrai ^ icaire du Christ », et, par conséquent, « le Chef de toute l'Eglise » (i).

Ce n'est point un Chef intermédiaire et secondaire, placé entre Jésus-Christ et l'épiscopat. L'épiscopat serait abaissé s'il v avait quelque degré hiérarchique outre Jésus-Christ et lui-même. C'est encore moins un évêque tirant de la délégation ou de l'institution de tout le Collège épiscopal sa prérogative et son rang, et exerçant seul, pour le bien public, le pouvoir souverain radicalement commun à tous ses frères; mais c'est avec Jésus-Christ, au-dessus de l'épiscopat, un même chef de l'épiscopat; un même chef, un même docteur, un même pontife, un même législateur de l'Eglise universelle.

(i| Definimus Romanum Pontificem esse verum Christi vicarium

totiusque Ecclesia; eaput. (Coxc. Flou. ap. L.vbde, t. XIII, col. 5i5.)

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ou plutôt c'est Jésus-Christ, ce Chef unique, rendu visible, parlant et agissant dans l'Eglise par l'organe qu'il s'est donné ; car il se déclare par son ficaire, il parle par lui, il agit et gouverne par lui.

Ce n'est pas toutefois qu'il paraisse dans ce Vicaire pour faire par lui de nouvelles révélations ou instituer un nouvel ordre de choses et de nouveaux sacrements; car ce n'est point de cela qu'il s'agit. Mais il le fait son représentant pour enseigner sa doctrine et en maintenir la fidèle tradition (i) et pour exercer sans interruption le gouvernement conformément à l'ordre établi par lui-même.

Ainsi entendue dans toute sa force, l'institution de ce Vicaire est l'institution principale de laquelle va découler toute la formation de l'Eglise, puisqu'elle en doit dépendre à perpétuité. C'est le premier fondement de l'édifice.

Aussi Notre-Seigneur annonce dès le commencement de sa vie publique ce grand dessein. Il appelle Simon et lui dit : « Tu seras nommé Pierre : Tu vocaberis Cephas. » (a) L'effet suit cette première parole; et. après avoir reçu la confession de sa foi, qui sera la foi principale, il instituera ce qu'il a promis : « Tu es Pierre, je te le dis actuellement, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » (3)

Arrêtons-nous à considérer le mystère de ces paroles.

Jésus-Christ, en déclarant dans l'Evangile ses volontés et en y inscrivant les lettres patentes de son Vicaire, lui donne tout ensemble un nom et une prérogative qui ne conviennent qu'au Seigneur lui-même. « La pierre est le Christ. » (4) Il est lui-même « la pierre de l'angle » (5), l'unique fondement; et le nom de Pierre qu'il communique à son ^ icaire est incommunicable à quiconque occupe un degré de la hiérarchie inférieur à sa propre principauté. Laissons saint Léon le déclarer : « Il se l'unit, dit-il, à lui-même d'une unité indivisible, et veut qu'il soit nommé ce qu'il est luimême : Hune in consortium individuœ unitatis assumptum, id quod ipse

(i) Neque enim Pétri successoribus Spiritus sanctus promissus est, ut eo revêtante novam doctrinam patefacerent, sed ut eo assistente traditam per apostolos revelationemseufidei depositum sancte custodirentet fideliter exponerent. (Co>c. Vat. Const. Pastor celernus.)

(2) Joan. 1, 42-

(3) Matth. xvi, 18.

(4) / Cor. x, 4.

(5) Js. XXVIII, 16; / Pelr. il, 6.

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