EPISCOPAT 'J2I
.1 drs faiblesses de tous les membres souffrants du corps dont il est le chef, ci Quels sonl les malades dont il ne ressente l'infirmité par une tendre compassion ? Quels sonl les scandales <|ui a allument son ■èle? n i i ) Il suffit seul à affermir tous ses frères; et si l'avenir ii's. . . i l'Eglise des épreuves qui la réduisent aux difficultés des premiers siècles, si les périls des derniers temps doivent aller jusqu'à cet excès, cette même \<>i\ de saint Pierre se fera encore entendre dans cette extrémité, et, quand elle appellera Les évoques aux derbiers combats, elle déliera, s'il le faut, d'entre les puissances de 1 épiscopat celles qui devront être déliées pour le salut des peuples.
11 résulte de tout cet exposé que l'épiscopat a hérité dans toute sa plénitude de la juridiction ordinaire et transmissible donnée aux apôtres dans l'Eglise universelle, juridiction essentiellement et pleinement dépendante du Vicaire de Jésus-Christ) et que, dans la rigueur et toute l'étendue des termes, les évoques sont les successeurs des apôtres.
Nous ne prétendons pas nier, toutefois, que les apôtres n'aient reçu de Jésus-Christ des dons spéciaux et qui ne sont point compris dans le trésor de l'épiscopat ( 2 1. Les théologiens modernes distinguent en eux l'apostolat proprement dit de l'épiscopat qu'ils devaient transmettre (3).
Nous admettons volontiers celte distinction; mais, à notre axis, le privilège des apôtres et le don incommunicable qui leur était t'ait ne comprenaient pas la mission ordinaire de prêcher l'Evangile et d'établir les Eglises, puisqu'ils communiquèrent cette mission aux premiers évêques, leurs disciples, mais Lien les prérogatives admirables dont ils lurent bonorés par l'opération divine et qui étaient nécessaires ru eux à la fondation de l'Eglise.
\A d'abord, les apôtres étaient continués en grâce; ils avaient le
(1) 7/ Cor. xi, 29.
(a) Dogma cattiolicum est apostolos, tametsi exlraordinarih proeditos polestale
aua data personis cum ipsis personis interiit, fuisse Petro subjectos , et subesse
plenitudini potestatis Romani Pontificis omnes episc«pos, qui extraordinaria
poteslale aposlolorwn destiiuuntur. (F'ics VI, Brev. saper Afanctof. c. m, sect. 1.1
(3| St'AJt. de summ. l'ont, sect. 1-iv. — Bellarm. de Rom. Pont. J. I, c. IX, xi, xn ; 1. IV, c. xxm, xxv. — Zaccaiua, Antifebr. dissert. 111, c. 11. — Gerdil, t. XIII, p. i36, etc.
don des miracles, l'inspiration et l'infaillibilité personnelle par une assistance spéciale du Saint-Esprit.
Ces dons illustres leur étaient d'un grand secours pour rétablissement de la religion; mais ils n'ont pas le caractère d'une institution hiérarchique.
L'autorité conférée à l'Eglise par son divin Epoux n'emporte pas, en effet, dans ses ministres la sainteté personnelle, le don des miracles, ni l'inspiration, mais elle s'étend jusque sur ces dons euxmêmes.
C'est à l'Eglise qu'il appartient de déclarer avec autorité l'inspiration des auteurs sacrés et de fixer le canon des Ecritures ; c'est à elle qu'il appartient d'assigner le caractère miraculeux aux faits extraordinaires et de discerner les œuvres de la puissance divine d'avec les prestiges et les illusions; c'est à elle seule qu'il appartient de reconnaître et d'affirmer la sainteté des serviteurs de Dieu et de canoniser les saints.
C'est là le pouvoir ordinaire et vraiment hiérarchique dont elle est dépositaire, et ce pouvoir s'étend, nous osons le dire, jusque sur les écrits et les miracles des apôtres eux-mêmes.
Du reste, à ces marques extraordinaires de la sainteté et de l'assistance divine, les apôtres joignaient encore la charge de promulguer de la part de Dieu les vérités révélées par Jésus-Christ et le Saint-Esprit, et celles-là mêmes dont Jésus-Christ avait dit : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne les pouvez porter maintenant ; quand l'Esprit Paraclet que je vous enverrai sera venu, il vous enseignera toute vérité, car il prendra du mien et vous l'annoncera. » ( i )
C'est là assurément un privilège singulier et magnifique, qu'ils possédaient seuls, car ils étaient seuls les premiers témoins de la parole de Dieu et comme la source d'où le fleuve de la tradition devait sortir pour couler dans tous les siècles.
De là l'immense autorité morale dont ils étaient revêtus dans l'ordre surnaturel et vis-à-vis de l'Eglise naissante. Cette autorité murale s'étendait sur leurs disciples qu'ils avaient élevés à L'épiscopal et rendus en cela leurs égaux dans l'ordre hiérarchique. Ils demeu-
11 1 Adhuc multa habeo vobis dicere, sed non potestis portare modo; cum autem venerit illc Spiritus veritatis, docebit vos omnem veritatem; non enim loquetur a semetipso, sed quircumque audiet loqnctur. el quœ ventura sunt annuntiabit vobis. Ille me clarificabit, quia de mco accipiet et annuntiabit vobis. [Joan. xvi, i2-i4-)
l'épiscopat
raient leurs direcleurs par une sorte de paternité auguste et par l'assistance du Saint-Esprit que toute l'Eglise révérait en eux, <i les
disciples ne pouvaient refuser d'obéir aux oracles de leur bouche di\ incluent inspirée.
Tel esl bien, à notre a\is, l'apostolat en tant qu'il est distinct de l'épiscopat dans la personne «les apôtres, c'est à-dire l'ensemble des privilèges cl des dons incommunicables qu'ils avaient reçus et qu'ils ne devaient pas transmettre à leurs successeurs, les évéques.
Ma'^. n<ais le répétons, lions ne comprenons pas dans ces dons la mission même d'annoncer l'Evangile et de; fonder des Eglises; car iU devaient transmettre celte mission. Ils l'ont communiquée de leur vivant à leurs disciples qui devaient être leurs successeurs, et elle repose, à notre avis, désormais dans ce trésor de l'épiscopat qui se conservera dans son intégrité jusqu'à la fin des temps.
C'est en vertu de cette mission, c'est en qualité de premiers évéques, dans toute la plénitude de ce titre et dans toute la soumission qu'il emporte vis-à-vis du Vicaire de Jésus-Christ, que les apôtres ont exercé leur ministère sans autres limites de territoire «pie celles qu'ils s'étaient imposées eux-mêmes lorsque saint Pierre leur distribua le monde, et dont parle l'apôtre saint Paul lorsqu'il déclare qu'il n'y a plus de place pour son apostolat dans les lieux où le Christ a été annoncé (i).
Ainsi les dons reçus par les apôtres dans leur mission se décomposent en deux éléments; d'une part, la puissance qu'ils devaient transmettre à leurs disciples, devenus leurs frères dans l'épiscopat : d'une autre part, les privilèges personnels qui devaient linir avec leurs vies.
Certains théologiens modernes ont peut-être donné trop d'extension à ces derniers privilèges. Ils ont fait de l'apostolat un pouvoir souverain s'exerçant avec une sorte d'indépendance sur l'Eglise universelle, aussi étendu, sous certains rapports, que celui du Vicaire il.- Jésus-Christ, et. comme lui, divinement institué avec ces caractères de plénitude et de souveraineté (3). Les apôtres, d'après œ
1 1 1 Rom. xv, a3.
(a) Summu potestas ecclesiastica non solam data est l'etro, sed eliam aliis apo-
siolis Secl Petro data est ut ordinario pastori, cui perpetuo succederetur ; aliis
vero lanquam delegatis, quibus non succederetur. Fuit enim in illis Ecclesne
primordiis necessarium ut primis prœdicatoribus et ecclesiarum fundatoribus
Himma potestas el libertas concederetur. (Bellark. </e summ. Pont. 1. I, c. ix, a. 'i'i-i — Céleri apostoli pra-ter Petrum (jurisdiclionem) non acceperunt ordi-
sentiment, envoyés par le Fils de Dieu, comme saint Pierre, n'étaient point soumis à ce dernier par l'origine et l'essence même de leur mission, mais seulement par une disposition positive du Sauveur cl pour le bien de l'unité. Aussi Suarez se demande si ceux d'entre eux qui survécurent à saint Pierre devaient l'obéissance à ses successeurs, désormais simples chefs de la hiérarchie ecclésiastique et dépouillés de l'auréole des privilèges personnels qui leur demeuraient à eux-mêmes (i). 11 résout la question par l'affirmative (2); mais, à ses veux, elle est soulevée par la nature même de l'apostolat tel qu'il le conçoit.
Il était, dans ce système, on le voit aisément, de la dernière importance de distinguer une puissance si étendue de l'épiscopat luimême. Il fallait résister à l'abus que, sur ce fondement, les adversaires du Saint-Siège et les perturbateurs de la hiérarchie allaient faire du titre de successeurs des apôtres, constamment donné aux évèques par la tradition,
Marc-Antoine deDominis, partant, comme d'un point concédé, de la souveraineté universelle des apôtres, donnait à l'épiscopat l'autorité principale dans l'Eglise, et à chaque évèque un pouvoir universel et souverain, erreur monstrueuse qui fut condamnée par la Sorbonne (3).
Les grandes discussions qui eurent lieu, à l'époque du Concile de Trente, sur l'origine du pouvoir épiscopal, engagèrent encore à séparer davantage la cause des apôtres de celle des évèques. Pour établir la dépendance d'origine qui rattache toute la puissance de ceux-ci au Vicaire de Jésus-Christ, on distingua leur mission de celle des apôtres, et on accorda, trop facilement à notre avis, que celle-ci, émanée directement de Jésus-Christ, .ne procédait aucunement de saint Pierre. Nous pensons, au contraire, que toute lapais
nariam et ad successores transferendam, sed quasi delegatam privilegiospeciali ub peculiarem necessitatem quae tune dabatur (propa^andi fidem, fundandiqu<- Ecclesiam per universuin inunduin. (Scar. de samm. Pont. sect. 1, n. 4.)
11) Agitari poterat an apostoli cpji Petro supervixerant fuerint vere subdili episcopo Romano, Pétri successore. (Su.vn. ibid., n. 28.)
(2) Videtur tamen ex dictis sequi inferiores extitisse jurisdictione, atquc adeo jurisdictioni Ponlificis Romani subjectos, quamvis aliis prœrogativis et excellentiis fuerint supérieures. {Id. ibid.)
(8) Prop. i5a : « Episcopi dicuntur successores apostolorum, quia in eorum officio quod erat omnium apostolorum commune succedunt omnes omnibus in solidum. » — 16" : « In potestate universali succedunt episcopi non modo universi, sed etiam singuli. » (Antos. de Do.mims, Rep. eccl. I. III, c. 1.)
l. KPISCOPA i
ijm'Ii.- dépendait actuellement de saint Pierre, qu'elle en découlait habituellement et dans son exercice, parla même qu'elle avait -i -Mini'1 en Jésus-Christ, le \ icaire, à ii"> veux, oc te devant l>.is distinguer de celui qu il représente pleinement en toul ee qui concerne l'économie <•! la distribution de la puissance i . Do l.i distinction établie entre l'origine de ces demi missions ne i rou \ ail pas de fondement solide dans L'eianph des apôtres; car il (allait bien, i cette puissance particulière de l'apostolat, leur accorda
.iii-M I épiscopat, et convenir qu'ils ne l'avaient pas reçu de Notrentiir moins immédiatement que l'apostolat lui -même.
M. u- si cette puissance apostolique était déclarée souveraine par son étendue, et d'origine divine comme la hiérarchie elle-même, distincte toutefois de celle-ci, instituée collatéralement el destinée a m point te confondre avec elle, sa nature demeurait plus obscure, el les mêmes théologiens ont varié dans la notion qu'ils en oui donn
Le i .uni Bellarmin en fait une simple délégation, indépendante de Unit pouvoir d'ordre, conférée aua apôtres avant leur épiscopat,
• i semblable par ssence aux pouvoirs délégués des légats du
Saint-Siège el des vicaires apostoliques
D'autres, au contraire, en font un pouvoir vraiment ordinaire, qui ne devait point s'éteindre absolument dans l'Eglise, et qui s'est perpétué réellement en se concentrant dans le Souverain Pontife, seul distinctement successeur d'un apôtre, et, en cette qualité, seul héritier du Collège apostolique toul entier.
systèmes offrent, à notre avis, plusieurs graves inconvénients.
D'après le premier, la hiérarchie tout entière, l'épiscopat avec ses Mous les \>\n< sublimes, eussent été, dans l'Eglise naissante, soumis a la souveraineté d'envoyés laïques placés en dehors de toute ration pontificale ou sacerdotale: car ce serait en tant que simples disciples et avant toute institution de leur sacerdoce (3 que les apôtres, bien que revêtus d'ailleurs postérieurement du carac-
iii Magnum et mirabile huic viro consortium potentir tua tribuit divin.t diçnatio. îv, n. a.) — Indeficiens obtinet cum seterao sacerdote. consortium de petra <Jltristo etiam ipse petra fœtus, (Id., Serm. v, n. -i.)
•. postoli habuerunt summam atque amplissimam potestatem ut apostoli ■ea legati, Petrus autem ut pastor ordinarius. iBellakm. ■'<• samm. Pont., 1. I, C. XI. Cf. c. îx et passim.)
(3) Id, ibid., c. xs.ni et passim.
tère épiscopâl, auraient reçu, pour l'exercer ensuite avec un si grand empire, le magistère de la doctrine et l'autorité du gouvernement spirituel, et qu'ils auraient fondé les Eglises.
Quant au second système, il multiplie sans utilité les entités dans la hiérarchie, contrairement à l'axiome de la philosophie, en supposant dans. les Souverains Pontifes une puissance qui n'a point d'application utile. En effet, tous leurs actes dans le gouvernement de l'Eglise tirent leur force de leur titre de Vicaires de Jésus-Christ : ils n'ont pas besoin d'une autre qualité, et il ne convient pas d'ajouter quelque élément étranger à la souveraineté même de Jésus-Christ qu'ils exercent, comme s'il manquait quelque chose à sa force; car cette souveraineté suffit à expliquer toute l'étendue de leur puissance sans limites.
D'ailleurs, pour établir en fait l'existence de cette autre autorité distincte qu'on veut attribuer aux Papes, il faudrait, ce que l'on ne fera jamais, trouver dans l'histoire une circonstance, fut-elle unique, où les Papes, exerçant la juridiction souveraine sur l'Eglise universelle, eussent agi distinctement, non simplement comme chefs de cette Eglise et Vicaires de Jésus-Christ, mais comme héritiers du Collège apostolique.
Aux inconvénients de ces systèmes, si l'on veut aller au fond des choses, s'ajoutent d'autres difficultés qui ne sont pas moindres.
Et d'abord, il faudrait trouver dans l'Evangile cette puissance des apôtres distincte de l'épiscopat, instituée par Xotre-Seigneur en leurs personnes. Tous les textes qui regardent leur mission s'appliquent à l'épiscopat et regardent en eux les évèques, leurs successeurs. C'est aux évèques, en leurs personnes, que Jésus-Christ a dit : k Vllez, instruisez toutes les nations, voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles » (i); c'est aux évèques qu'il a dit en eux, après qu'il eut donné premièrement le pouvoir de lier elde délier à saint Pierre : « Tout ce que vous lierez sera lié, et tout ce que vous délierez sera délié dans les cieux. » (2) Et ainsi les évèques sont en eux subordonnés à saint Pierre dans ce ministère: car la suite ne renverse pas le commencement, dit Bossuet, et la parole dite d'abord à saint Pierre les a rangés sous sa conduite (3). Enfin, c'esl des évèques qu'il est dit en leurs personnes à saint Pierre:
(1) Matth. xxviii, 19.
(s) ii,;,i., 18.
1 3 > Dise, sur l'unité de l'Eglise.
i. EPISCOPAT -r.\~
■ tes frères i), el ils son! tous [>la<é> en eux sous l'autorité principale de son magistère el confirmés par lui dans la foi.
La tradition entend 1rs choses de la même manière. Les Pères, bien qu'ils célèbrent à l'envi les admirables privilèges des apôtres, ae distinguent pas en matière de juridiction proprement dite, une puissance apostolique el une puissance épiscopale; et le cardinal Gerdil en convient, toul en prétendant retrouver la chose elle-même dans les monuments de l'histoire
Pour nous, nous pensons que la véritable distinction entre le privilège apostolique strictement entendu et la puissance épiscopale des apôtres doit reposer sur un autre fondement.
\ notre avis, le privilège apostolique condprend les dons personnels que nous avons mentionnés plus haut, avec toutes leurs suites et l'immense autorité que ces dons apportaient avec eux aux veux de l'Eglise naissante, et nous ramenons à l'épiscopat tout ce qui est proprement de la juridiction.
Au reste, nous n'entendons pas, par cette doctrine, rendre les évoques souverains dans l'Eglise universelle parce qu'ils sont les •uccesseurs des apôtres, mais bien au contraire ramener toute l'autorité des apôtres à sa juste subordination vis-à-vis de leur cbel saint Pierre, parce qu'ils sont les ancêtres des évêques.
Ils ne sont même que cela, dit saint Grégoire le Grand : « Paul. André, Jean, que sont-ils, sinon ce que sont les évêques chefs de chacune des Eglises particulières? » i 3) Par conséquent ils n'ont aucun pouvoir que dans la pleine et entière dépendance du Vicaire de Jésus-! ihrist.
Et d'abord, ils lui sont soumis dans leur mission même el par l'origine de leur puissance.
La mission même n'est pas un acte une fois posé et qui ne se perpétue que dans ses effets, mais c'est une relation permanente, une
{l) Lue. XXII, 3s.
(a) Gehdil, Opère, t. XIII, p. i36.
(3) « Paulus, Andréas, Joannes, quid aliud qnam singularium sunt plebium -eapita? » En ce passage où il traite de l'apostolat, saint Grégoire semble étendre cette assimilation de l'apostolat et de l'épiscopat à saint Pierre luimême considéré comme apùtre, premier apôtre, premier membre de l'Eglise universelle, et non comme vicaire du chef, un seul chef avec lui, un seul fondement de l'édifice avec lui, par là seul supérieur à tous les apôtres, ainsi qu'il le considère -ailleurs. (S. Grec, 1. V, Epist. XVIII; 1. VII, Epist. XL.)
228 l'église
communication sans repentance de la puissance qui coule d'une source divine et intarissable.
La création des êtres inférieurs elle-même se perpétue par l'acte conservateur de Dieu, et la créature dépend à chacrae moment de la puissance divine qui ne cesse, en la conservant, de lui communiquer tout l'être qu'elle en a reçu d'abord.
Il en est de même de ces communications d'un ordre supérieur par lesquelles Jésus-Cbrist donne à ses apôtres et aux évoques la puissance qu'il a reçue de son Père. Demeurant lui-même inviolablement uni à ce Père dont il reçoit éternellement toute sa substance et sa divinité, il perpétue par un acte permanent ce qu il a communiqué au commencement, et ses hiérarques ne cessent de recevoir de lui dans toute la suite ce qu'il leur a donné une première l'ois i .
Ce même Jésus-Cbrist, ayant donc au commencement envové et institué les apôtres, ne cesse de leur communiquer toute la substance de leur mission. Mais comme désormais, depuis sa glorieuse Ascension, il sera rendu présent ici-bas dans la personne de son A icaire. c'est en ce ^ icaire qu'est désormais placée et rendue visible la source d'où découlera habituellement et indivisiblement sur les apôtres la mission et toute l'autorité qu'ils ont reçue originairement de la bouche du Fils de Dieu.
Ils ne sont point abaissés par là, non plus que les évèques leurs successeurs ne le seront après eux : car c'est tout un de recevoir ce qu'ils ont de Jésus-Cbrist parlant sur la terre en sa propre humanité, ou parlant par l'organe du Vicaire qu'il a institué pour le représenter.
Ainsi se vérifie dans la hiérarchie cette loi magnifique de la société divine où tout l'ordre est établi sur la procession des personnes et sur les relations d'origine. Semblablement, dans l'œuvre de Jésus- Christ ici-bas, toute dépendance repose et est fondée sur la mission
(i) Potestas superior et inferior dupliciter possunt se habere : aut ita quod inferior potestas ex toto oriatur a superiori, et tune tota virtus inferioris fun-
datur supra virtutem superioris : et sic se habet potestas Dei ad omneni
potestatem creatam ; sic etiam se habet potestas Papœ ad omnem spirilualem potestatem in Ecclesia : quia ab ipso Papa gradus dignitatnm diversi in Ecclesia et disponuntur et ordinanlur. (S. Thom. in. lib. 2 sent., dist. XLIV, q. ri, a. 3.)
Ab ipso (Romano Pontifice) manat Ln omnes inferiores per universam Ecclesiam omnis auctoritas prout singulis eam competit participare, sicut in coelo ab ipso fonte totius boni Christo Jesu fiait omnis gloria sanctorum. (S. Bon av., pusc. Quare FF. Minores prœdicant.)