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DE L'INSTITUTION DES ÉVÈQIES

Apres avoir exposé la constatation de l'Eglise universelle et montré quelles sont en elle la souveraineté du chef et la dépendance des membres, il nou> reste à expliquer la doctrine concernant la transmission de l'épiscopat .

Nous ne rencontrons ici aucune difficulté, et ce que nous avons dit jusqu'ici suffit à nous faire connaître avec une sorte d'évidence que l'épiscopat n'a pas d'autre source que Jésus Christ et le Vicaire de Jésus-Christ, dans l'indivisible unité du même principat.

En effet, comme notre hiérarchie imite la société divine de Dieu et de <on Fils, le Christ Jésus, elle ne saurait, non plu* que ce type auguste, admettre en elle-même d'autre ordre des personnes que celui de la procession, c'est-à-dire de la mission donnée et reçue.

Si donc l'épiscopat est dépendant de saint Pierre, cette dépendance suflit à montrer qu'il procède de saint Pierre et que les évèques reçoivent de lui leur mission.

Cette doctrine paraîtra plus claire encore si nous faisons réflexion que la dépendance dans l'épiscopat n'e^t que h mission même, en tant qu'elle est reçue continuellement et habituellement par les évêques.

La mission, nous l'avons déjà dit. n'est pas un acte une fois posé et qui n'a plus d'existence que dans ses effets, mais elle constitue une relation permanente hors de laquelle les pouvoirs conférés par elle ne subsistent plus. C'est une source qui ne peut cesser de couler sans que la terre ne se dessèche, un soleil qui ne peut retirer ses rayons sans que les ténèbres n'envahissent l'espace.

il du reste L'application d'une Loi générale désœuvrés de Dieu : car les créatures ne persistent dans l'être qu'elles ont reçu de lui que par l'acte conservateur qui est la création même continuée. Ou plutôt, c'est ici une imitation des lois augustes de la vie qui est en Dieu lui-même : en lui. la naissance du Fils est éternelle et le

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constitue dans une dépendance d'origine qui n'a ni commencement ni fin, et qui ne peut être ni suspendue ni détruite.

De même, et par une fidèle ressemblance de ce type imprimé dans la hiérarchie, les pouvoirs des pasteurs, reçus par eux au commencement dans la mission légitime, ne peuvent subsister hors de cette mission continuellement et habituellement opérant en eux.

Leur origine fait donc bien toute leur dépendance, et leurs pou voirs sont par là sans cesse tellement rattachés à celui qui les leur a conférés, qu'il peut seul et toujours les retenir, les suspendre, en modérer l'action ou les détruire, comme étant le principe toujours agissant en eux ; et par là la dépendance et la relation d'origine sont bien certainement et dans le fond une seule et unique chose.

Ainsi, dépendre de saint Pierre, c'est bien clairement pour l'épiscopat tenir de lui l'origine de la mission ; et par la nature même de l'épiscopat qui est cette dépendance, il faut que les évèques soient envoyés et institués par lui et par lui seul.

Ce n'est donc point par une disposition arbitraire, mais par la nécessité même de l'ordre divin de l'Eglise que le seul saint Pierre peut faire un évêque, et qu'il n'y a point d'épiscopat légitime ou possible en dehors de cette unique origine.

C'est là ce qu'un auteur grec cité sous le nom de saint Grégoire de \ysse déclare par ces belles paroles : « C'est à Pierre qu'il appartient de se donner des collègues dans l'apostolat et de les élever à cette haute dignité, et nous savons que cela n'appartient à aucun autre, hormis le seul Jésus-Christ : car ce pouvoir excède toute dignité et toute souveraineté; et, parmi tous les mortels, Pierre seul l'a obtenu, parce que seul il a été constitué par Jésus-Cfirist chef et prince nu lieu de lui-même, et que seul il tient la place du Christ à l'égard du reste des hommes. » (i)

Les textes analogues font comme la trame de la tradition, et cet auteur n'est ici que l'écho de tous les Pères.

Ecoutons ces anciens docteurs :

Innocent I" : « Du siège apostolique découlent l'épiscopat et toute

(i) Qualis Petrus, qui coapostolorum electionem instituit, et ad parem sibi functionem evehit, quod nulli alteri nisi soli Christo competere scimus : hoc enim omni honore et dignitale eminentius est : et soli Petro ex omni mortalium numéro ha-c félicitas obtigit, quippe qui loco Christi aliorum dux et princeps a Christo constituais erat, ejusdemque locum erga alios tenebat. (Maxim. Planud. Encom. in SS. Pelr. et Paul., P. G. t. CXLVII, col. 1071.)

I I PISCOPAT U'3<)

son autorité, d (i) « Pierre esl l'auteur du nom et de la dignité des évoques. » (2)

Saint Léon : fl Tout ce que Jésus-Christ a donné aux autres évêques, il If leur a donné par Pierre (3) ; de lui, commedu chef, ses dons se répandent sur tout le corps. 0 1

Tertullien : « Le Seigneur a donné les clés », c'est-à-dire la juridiction, <( à Pierre, et par lui à l'Eglise. » (5)

Saint Optât de Milève: « Saint Pierre a reçu seul les clés pour les communiquer aux autres pasteurs. » (6)

Saint Grégoire de Nysse : « Jésus-Christ a donné par Pierre aux évoques les clés du royaume céleste. » ( 7 )

D'autres encore : « Le Seigneur a donnera charge de paître ses brebis à vous premièrement », successeur de Pierre, « et ensuite par vous à toutes les Eglises répandues clans l'univers (8). Ce siège transmet ses droits à toute l'Eglise. » (9)

Nous pourrions multiplier ces citations.

C'est par l'elTet de cette doctrine universellement reçue que les évèques, recevant de Pierre leur institution et toute leur juridiction, étaient dits, dans cette unité qu'ils avaient avec lui, « occuper la

(1) Scientes quitt npostoli<\r scdi <lelxalur, a quo ipse episcopatus et tota

auctoritas nominis hujus emersit. (Epist. ad cône. Carth.)

'noties tidei ratio ventilatur, arbitroromnes fratres et coepiscopos nostros noDiiisi ad Petrum, id est, sui nominis et honoris auctorem, referre debere. (Epist. ad conc. Milev.)

(3) Si quid cum eo commune ceteris voluit esse principibus, nunquam nisi per ipsum dédit quidquid aliis non neçavit. (Serm. IV, in nat. suo, n. a.)

(4) Hujus muneris sacramentum ita Dominus ad omnium apostolorum officium pertinere voluit, ut in beatissimo Petro, apostolorum omnium summo, principaliter collocarit, et ab ipso, quasi quodam capite, dona sua velit in corpus omne manare. (Episl. X, ad episc. prov. Vienn.. n. t.)

Si adhnc clausum putas cœlum, mémento claves ejus hic Dominum Petro et pereum Ecclesia? reliquisse. [Ad», Gnost., c. xi

(6) Bono unitatis, beatus Petrus et praeferri apostolis omnibus meruit, et

claves regni cœlorum, communicandas ceteris, solus accepit. (De schism. Donatist., I. VII, n. 3.)

(7) Per Petrum episcopis (Christus) dédit claves cœlestium bonorum. Adv. œyre ferentes castigat.

(5) Tradidit prius vobis mandatum (pascendi) ostendens, et per vos deinde omnibus per universum mundum sanctis ecclesiis condonavit. iSteph. L\ri>s. Epist. ad Bonif. PP. ap. Labbe, t. IV, col. 169a.)

(91 llllasedes) universali Ecclesise jura sua transmittit. (Joan. Ravenn. inter epist. S. Greg. M. 1. III, epist. LVIl.i

aijjo l'église

place de Pierre » ( i), « succéder à Pierre » (2), » être les vicaires de Pierre » (3), parce que, dit un Concile de Reims, « leur puissance n'est, que l'autorité divinement conférée aux évèques par le bienheureux Pierre. » (4)

Et nous pouvons remarquer en passant que, si le pouvoir d'insti- Utuer les évèques appartient à saint Pierre, c'est à lui qu'appartient aussi nécessairement le pouvoir de les juger et de les déposer. Ces deux pouvoirs se répondent : c'est manifestement à celui qui donne la mission qu'il appartient de retirer ou plutôt de retenir ce don; ôter est ici proprement retenir ou cesser de donner; et, comme la mission constitue une communication permanente de puissance et de vie qui va du chef aux membres, il sullitque le chef cesse de répandre ce don de vie sur les membres pour que ceux-ci soient frappés d'impuissance et de mort ; et, dans le fond, il appartient tellement au Vicaire de Jésus-Christ, source de l'épiscopat, de déposer unévèque, qu'il ne fait en cela que se retirer de l'un de ses frères pour le laisser inerte et sans vie dans la hiérarchie.

Ces notions sont tellement évidentes par la relation qu'elles ont avec les fondements de l'ordre hiérarchique, qu'on ne peut les nier ou les obscurcir sans détruire ces fondements, ou, en les ébranlant, rendre incertaine toute l'économie divine de l'Eglise.

Aussi l'histoire de tous les siècles, dans un langage différent selon les temps, mais toujours assez clair pour qui s'applique à l'entendre, s'accorde avec la théologie pour proclamer ces notions et les mettre • dans tout leur jour.

Des auteurs catholiques ont, à notre avis, trop facilement accordé que la discipline des premiers siècles de l'Eglise dans l'institution des évèques n'était pas aussi favorable au pouvoir du Sou-

(1) Basilius, locum Pétri abtinens, ejusque pariter auetoritatem libertatemque participais Valent.em redar^nit. (S. Epiik. Bâton. S.Basil.)

(a) (Ambrosius) tanquam Pétri apostoli successor. ipse erit os uni versorum cireumstantium sacerdotum. (Gardent. Prix. Truet. in die $u& mi

|3) Dominus beato Petro, «o/us uieem indiçni gerirnus, ait : Ouodcumque liir."veris, etc. (Conc. Paris. VI, app. Labbe, t. VII, col. ifiôi.) llecolite. Paier, quia heati Pétri vicarius estis. tPiTii. Pi.es. Ejiist. CXLVJI1.)

(4) Aucloritate episcopis per beatum IVlnun principem apostolorum divinitus collata. (Coxc. Ruem. ap. Labre, t. IX, col. IN1.1

Mous croyons devoir renvoyer le lecteur à l;i préface du traité de la 'irmliUrm de l'Eglise sur l'institution îles éeéijues de MM. de l.amt unais. On retrouver,! BES lestes dans \in imporlant passade que nous extrayons de cet ouvrage trop peu lu et que nous donnons en ai pendice à ce volume. iVoir appendice P.)

n Pontife '| •|,ll<' des temps moderne», comme n eetle s

re appartenait entièrement à la législation humaine «m pro- |iii'mrn! escléstasl upie.

M. us les principes immuables de (a aiéraochie sotrt ici easn et il est nécessaire de montrer qu'ils <>ni toujours êfé clairement enseignés et maintenus par une tradition publique et universelle, et qu'ils ont fait le fond de la discipline de leva tes Sge»i également unaiiiini's h les proclama .

§ II

Pape seul institue lès evéques. Ce droit lui appartient se roulement, exclusivement e\ nécessairement, par la constitution même dé l'Eglise el la nal ure Je l'a hiérarchie.

Il l'exerce aujourd'hui dans la plupart dès cas directement et

immédiatement par Cas bulles ou les I ri très d'institution qu'il donne aux évoques.

Cette forme, sans doute, n'a pas toujours été suivie, mais la source du pouvoir épucopal n'a jias été déplacée par son adoption, et la substance dès choses n'a pu changer.

Quelle lui donc la forme de l'institution épiscopale dès les premiers siècles, et par quels canaux manifestes et authentiques la puissance ecclésiastique descendait-elle de la source divine placée en saint Pierre à tontes les parties de l'Eglise catholique!'

\u commencement. Le Souverain Pontife, ainsi que nous l'avons mi dans ce traité, <■ imprimant la forme de Pierre o à toutes les parties de l'Eglise universelle, et la distribuant en grandes régions et en provinces par l'institution de ses représentants, les patriarches elles métropolitains, en même temps qui! leur conférait la. prérogative d être connue d'autres lin-mème dans leurs circonscriptions, il leur donnait le pouvoir d'instituer en son nom leurs frères dans répiscopat. Selon cel ordre, les patriarches instituent les métropolitains. lc> métropolitains instituent leurs suffra^anK au Pape seul il appartient d'inslitner les patriarches i .

Rien de pins simple au premier coup d'o il que - Ile di-lrihution de la mission hiérarchique.

Le Pape seul est immédiatement institue'' Je Dieu, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Cette institution est invisible et immédiate(a).

o*c. Nie, ean. 0, ap. Labbb, t. II, col. \n. (2) Voir plus haut.'ch. it| 5 4, snl> fine.

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L'autorité descend à lui du trône même de Dieu, et elle est transmise ensuite jusqu'aux extrémités du corps de l'Eglise par les canaux visibles qu'il a institués dans la plénitude de sa souveraineté.

Mais, dans la pratique, il faut distinguer dans cette transmission visible plusieurs modes différents appliqués suivant les circonstances.

Le mode le plus naturel, celui qui paraît d'abord, est l'ordination.

« Les métropolitains, dit un canoniste grec, ont le droit d'ordonner les évêques, et ils sont eux-mêmes ordonnés par les patriarches auxquels sont soumis leurs sièges. » (1)

Ainsi que nous l'avons vu, l'ordination, lorsqu'elle est légitime et produit tous ses effets, ne confère pas le seul caractère nu de l'ordre sacré, mais elle y ajoute, comme ses effets naturels et les actes derniers de cette puissance inamissible, la communion de l'ordre dans l'Eglise universelle et même le titre d'une Eglise particulière.

La collation de la communion et celle du titre peuvent toutefois être séparées de l'ordination et forment proprement la matière de l'institution. Mais seules elles donnent à l'ordination sa légitimité et son utilité. C'est donc dans la communion et le titre que la mission consiste principalement. C'est là ce qu'il importe de recevoir par une transmission authentique du Vicaire de Jésus-Cbrist.

Et ici nous croyons devoir faire en passant une remarque.

L'ordination des évêques a ceci de particulier que le ministre qui la confère n'est point d'un ordre supérieur à celui qui la reçoit.

L'évêque ordonne les prêtres parce que l'épiscopat est la source de la prêtrise. Jésus-Christ, dont le pontificat suprême est la source unique de l'épiscopat, étant rentré dans les splendeurs de son éternité, veut être suppléé dans l'ordination de l'évêque par l'épiscopat lui-même, en tant que cette ordination confère l'ordre épiscopal; et l'évêque reçoit le caractère de cet ordre, d'évèques en cela ses égaux. Il y a là, dans la divine liturgie, comme une application mystérieuse du principe que nous avons exposé dans notre premier livre, en vertu duquel les membres suppléent au cbef absent par sa puissance et dans sa vertu, qui leur est communiquée.

Mais Jésus-Christ qui, pour ainsi dire, est absent ici-bas quant à l'ordre, n'est point absent quant à la juridiction. Il est présent

(1) Lege sanciverunt ordinationis quidem episcoporum jus habere metropolitas, hos vero a patriarchis ordinari quibus eorum thronus seu sedes subest. Bari.aam, de Papœ primatu, c. 6, P. G. t. CLI, col. 1266.)

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