DE L ORDRE DES PRETRES DANS L EGLISE PARTICULIERE
L'évèque pourra-t-il subvenir seul aux. besoins spirituels d'uu peuple nombreux? Il est manifeste qu'il ne le pourra.
Faudra-t-il donc multiplier les évèques dans ia même Eglise ? Le sacrement de l'unité ne le permet pas. L'Eglise ne peut être scindée et appartenir à plusieurs; l'époux de l'unique épouse est unique: le corps n'a qu'Un clief, et les membres n'empruntent pas la vie à des sources diverses (i). Il ne s'élèvera pas dans L'assemblée des fidèles de voix discordantes : « Je suis de Céphas ou je suis d Apollo » (2); et toute la tradition témoigne de son horreur pour le schisme et de la fermeté de nos pères à maintenir l'unité de la chaire épiscopale. Le mystère de la hiérarchie y est trop engagé : « Lu seul Dieu, un seul Christ, un seul êvêcrue » (3), s'écriait le peuple romain, auquel on voulait donner deux pontifes.
Ainsi l'évèque demeurera seul, et toutefois il ne pourra dans sa solitude suffire aux nécessités de la multitude. D'où lui viendra le secours? Où sera le remède .'
Le mystère de la hiérarchie porte en lui ce rem -de et apporte à l'évèque ce secours nécessaire.
Dieu disait de l'antique Adam : « Il n'est pas bon que l'homme demeure seul ; faisons-lui une aide semblable à lui-même » i^l\ ; ; et
(1 Monet ipse (Christu») in Evangelio suo cl docel diceos : El erit unus gre« pi uniis paslor. [Joan. x, ;6.) Et esse posse uno ia loco aliquis existiraal aût multos pastores aut plures grèges-? (S. Gypr. de unit. Eccl. a. 8.)
Deus anus esl, et Christus adiis, \Ej>h. iv, 5.) Et u ia Ecclesia, et cathedra una super pclram Domini voce fundata. Alind altare constitui aut sacerdolium novuin fîeri praeter un uni altare et unum sacerdotium nonpolest. (Id. Epist. XL. ad pleb. n. 5.)
(a) I Cor. ni, 4.
(3) Voir Eus. loc. cit., p. '\!\, 11. 1.
(4) Gen. 11, 18.
i l GL1SE P un rci I il RE
cette .iul. du père de l'ancienne humanité fui son épouse ei la mère postérité.
Dans la nouvelle humanité, l'Eglise qui est l'épouse de l'évéque aide el rece^ oir de lui !<• !«• mè re de ses
fils spirituels. Il l'associe aux opérations de son sacerdo autorité paternelle en sa partie la plus excellente el dans ses membres principaux, les prêtres du second ordre, Eh mx. comme en ^a portion la plus no) le, l'Eglise deviendra son aide semblable à lui-n adjutorium simile sibi. En eux il se formera une couronne «le i rateurs et établira ce Collège vénérable ([ue nous appelons le mresbylt re i .
Vinsi l'évéque qui porte en lui le type de Jésus-Christ et le tvpe du Père de Jésus-Christ se donne une vivante image de lui-n Comme l'épiscopat e>t le rejaillissement de . I « • •> 1 1 — < . 1 1 1- i >- 1 . reproduisant l'image el les opérations de son Chef, ainsi le presbytère el étend l'action de l'évéque. Comme Jésus Christ est la \i\e image n I ère ••! fait les œuvres de son Père, ainsi le presbytère est l'image de l'évéque el fait ses a mus: encore une lois, c'est bien là un coopérateur semblable, adjuloriutn simile sibi.
Mais, dans ce mystère, le terme de semblable ne dit pas assez: il n'\ a pas seulement, en ellef. entre l'évéque et les prêtres une pure similitude, qni peut être tout extérieure et de pur accident, mais il v a entre eux communication substantielle du même sacerdoce. Le presbytère porte le caractère de ressemblance, pane qu'il p< dans la substance un même sacerdoce avec l'évéque et qu'il fst avec lui une nu' me chose clans cette unité du sacerdoce, comme l'épi- Icopat est une même chose axec Jésus-Christ, et comme Jésus-Christ. dit de lui-même : « Mon Père et moi. nous sommes une mên e
se. » ai
Dans cette unité, tout semble naturellement commun entre
|l) Et [nos habemos in Ecclesia seiatum i osirnm, cœlum presbvterornm. S. Uien. in h. 1. II, c. m, 3.)
Sic antein et curam Ecclesia? Dei cnm caria singularum nrbium conferer.s, invenias, ({«ostlam Ecclesiae senatores, dignos qui Dei moderentur civitaU-m. (Obig. eont. Cels.)
Ea morum integritate polleant, ut merilo Ecclesia1 senatus dici posait. [Cotte. Trip. soss. x.mv, de reform. c. XII.)
(si Epo et Pater nntim sumus. (J<-
l'évêque et les prêtres. Le prêtre, comme l'évèque, annonce la parole de Dieu, offre le sacrifice, administre les sacrements; il a autorité sur le peuple fidèle : c'est bien le même sacerdoce, et l'objet n'en est pas différent (i).
Mais le sacerdoce du prêtre, par là même qu'il n'est pas un autre sacerdoce que celui de l'évêque, est un sacerdoce communiqué qui vient de l'épiscopat, a été institué et repose dans l'épiscopat, et qui place le prêtre dans une dépendance essentielle et nécessaire de l'évêque.
Le prêtre fera donc les œuvres de l'évêque, mais il les fera comme assistant, coopérateur et organe de l'évêque 12); ses mains ont été ointes comme celles de l'évêque, mais la tête de l'évêque seul a reçu d'abord l'onction, et cette onction, qui de ce cbef consacré descend jusqu'aux mains et rend les mains du prêtre semblables à celles de l'évêque )3 , les initiant aux mêmes œuvres saintes, fait du prêtre comme son propre membre et une extension de lui-même.
Recevant de lui toute sa puissance, le prêtre l'assiste s'il est présent, il le supplée s'il est absent; et, encore que l'efficacité du pouvoir d'ordre rende valides certains actes du prêtre accomplis en debors de cette dépendance, ils ne peuvent être légitimes et profiter au peuple lidèle si l'autorité de L'évêque ne les accompagne et ne les soutient.
Les prêtres pourront donc prêcher, mais au nom de l'évêque qui les envoie; ils pourront baptiser, mais leur baptême donne des fils à l'évêque, et il faut les lui présenter pour que, leur imprimant le sceau du Saint-Esprit, il leur donne la perfection et la consommation du nouvel homme.
A l'autel même, les prêtres concélèbrent avec l'évêque comme ses assistants appelés par lui à coopérer au même mystère; et quand ils célèbrent seuls, selon le langage de l'antiquité, « ils le suppléent
(1) Secundus, irnnio pêne unus est gradus. {Comment, in 1 Tim. c. m, iater ppp. S. Hier.)
Ideo autein et presbyleri sacerdotes vocantur quia sacrum dant, sicul et episcopi. (S. ïs\o.-Etym. 1. VII, c. xn, a. ai.)
(■2) Vt cum pontitices summos revendis populis prœfecisses, ad eonim societalis et operis adjumentum, sequentis ordinis viros et secunda- dignitatis eligeres. (Ponl. Rom. in ordin. presb.)
(3) Ungatur et consecretur capul luiun coelesti benediclione in ordine pontifi-
cali Unganlur manus istu? de oleo sanctificato, et ebrismate sanctificationis.
(Pont. Rom. in consecr. episc.)
Consecrarect sanctificare digneris, Domine, manus istas per istam unctionem e! nostram benediclionem. (Ibid. in ordin. presb.)
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i-ii cette action i [.es Pères n'ont pas coutume de considérer la prêtrise séparément de l'épiscopal el comme une institution indépendante a . et le fondement de cette dépendance essentielle est l'ordre même des i ommunications biérarchiques qui de l'évéque vont au prêtre, ordre sacré qui ne peut être ni interverti, ni supprimé, ni suspendu.
Aussi ce que nous avons 'lii plus haut des subordinations hiérarchiques qui se confondent toujours et essentiellement avec 1rs dépendances d'origine a ici son lieu.
En Dieu même, l'ordre des processions établit sans inégalité l'ordre et la dépendance des personnes, el dans toute la suite la même loi se vériGe, avec cette différence toutefois que la condition des essem i mprime en elles à toute dépendance le caractère
de l'inégalité comme une marque propre et inévitable de leur faiblesse L'évéque dépend de Jésus-Christ, mais il n'est point son égal; les prêtres dépendent de l'évéque, mais ne sont point ses égaux; et, si l'on veut savoir d'où vient cette inégalité dans les hiérarchies créées, à la différence de la hiérarchie des personnes divines, sans entrer dans un long discours, nous dirons ([n'en Dieu les deux termes de la relation qui l'ait la dépendance, à savoir relui qui donne et celui qui reçoit, s'appartiennent mutuellement par l'absolue nécessité de l'essence divine où tout est éternel et qui ne souffre rien d'imparfait; tandis que, parmi les hommes, les dons dépendent originairement d'un décret arbitraire et d'un choix continrent ; celui qui donne possède d'abordï et demeure le maître de sa libéralité, d'autant plus élevé au-dessus de celui qui reçoit et le dominant avec d'autant plus de force et dedroit qu'il se l'est obligé par un bienfait plus grand et qu'il se l'est comme soumis en l'enrichissant davantage de ses propres bien-.
Selon cette doctrine, comme l'évéque n'a rien dans son épiscopat qu'il ne l'ait reçu de Jésus-Christ, il dépend entièrement de ce Chef divin et de son ^ icaire. Et, rumine le piètre n'a rien qu'il ne 1 ait reçu de l'épiscopat, il dépend entièrement de l'évéque
(i)(Prpsb\ ter'u non pressente quolibet anlistite , veloralionis vel aetiont
supplendœ sibi pra'sumanl esse licentiam. (S. Gix. Epist. IX adepisc. Lucin. n. 6.)
la) In confectione divini corporis cl sanguinis eonsortes cuni episcopis sunt
Coopcratores oneris nostri esse procul dubio noscuntur. (Conc. Aqoisgrak. II an. 8.'<fi, c. n, can. 5 ap. Labbf, t. VII, col. 171 i.i
(3) Sciant se, si lamen conseator presbyteri, dignitate nobis esse subjeclos. (S. Coa. I. Epist. XXI, adtptse. Gall. n. a.)
aO l'église
Après cela, nous ne nous étonnerons plus de voir les prêtres assimilés en toutes leurs fonctions aux évêques.
Si la prêtrise n'était pas comme un écoulement de l'épiscopat, et le sacerdoce même de l'épiscopat élendu et communiqué, elle comporterait des fonctions et des obligations différentes. Saint Paul parle des deux ordres dans les mêmes termes, « comprenant les prêtres dans ce qu'il dit de l'évèque » | i |. « Entre l'évèque et le prêtre, dit saint Jean Chrvsostome, n'apparaît presque aucune différence : aux prêtres comme aux évêques es! donnée la charge d'enseigner et le soin de l'Eglise: ce que l'apôtre Paul a dit des évêques convient aussi aux prêtres. » | a) La distinction des deux ordres ne se trouve pas dans la nature de leurs fonctions; il la faut chercher ailleurs, et le saint docteur nous la découvre : « Aux évêques appartient d'ordonner les prêtres, et c'est par ce seul pouvoir qu'ils leur sont supérieurs; ils ne paraissent avoir que cela au-dessus d'eux. )) (3) Saint Isidore tient le même langage (4), et saint Jérôme dit en moins de paroles : « Que peut l'évèque, que ne puisse le prêtre, hormis la seule ordination '.' » (5)
C'est assez établir tout à la fois et la nature de la prêtrise et son entière dépendance.
Comme le prêtre a reçu tout ce qu'il est dans l'ordination, il a tout reçu de l'évèque et dépend de lui en tout. Ses fonctions lui seront communes avec l'évèque, mais en chacune d'elles il dépendra de lui, parce qu'il n'en est aucune que la prêtrise ne tienne de l'épiscopat.
Ainsi les paroles des docteurs que nous citions tout à l'heure et
(i) (Paulus apostolus) ad Timotheum de ordinatione epîseopi et diacoui ■scribens (7 Tim. m), de presbyleris omnino tacuit, quia eos in episeoporum nomine comprehendit : sccundus enim primo conjunctus gradus est. [S. Isid. de eccl. offic. 1. II, c. vu, n. 3.)
(2) Non multum spatii est inter presbyteros et episcopos : nain etiam preshyteri docendi munus acceperunt et Ecclesiae prœsunt, ac qusB ille de episcopis dixit, etiam presbyteris competunt. (Hom. n in"/ Ton, c. ni.)
(3) Sola nainqne ordinatione superiores stint, et bine tantum videntur presbyteris prœstare. (IbiJ.)
l4> (Ppesbyteri) prœsunt Ecclesiœ Christi, et in eonfectione corporis et sang-ninis consortes cuin episcopis sunt, similiter et in doctrina populorum et in officio prœdicandi. Ac sola propter auctoritatem summo sacerdoti clericorum ordinatio et consecratio servata est. (S. Isid. loe. cit. n. 2.)
15) Quid enim facit excepta ordinatione episcopus qnod presbyter non facial? (S. Hier. Epist. CXLVI, ad Evang. n. 1.)