I. EGLISE P Vit I [CU1 1ERE
cables à son pré, revêtir de son autorité des délégués el des visiteurs donl li commissi si personnelle el transitoire, comme aussi
il peut attacher ou laisser attacher par la coutume, en manière d'institution permanente, une communication des pouvoirs épiscopaux à mi titre ou à un office ecclésiastique; el c'esl ainsi •] n.- 1rs archidiacres, investis de la confiance «1rs évoques, virenl avec le temps la qualité de vicaire épiscopal s'attacher à leur titre et se transmettre avec lui.
Les ressources que la diversité en quelque sorte infinie des mandat» el des réserves met à la disposition du Souverain Pontife et des évêques leur on! permis «le tirer de la liés simple unité des ordres hiérarchiques, sans porter atteinte à cette unité, l'innombrable variété d'emplois el de fonctions que le cours des àge> a vus naître, grandir et parfois B'éteindre cl disparaître avec les causes qui les avaient rendus utiles nu nécessaires.
Nous n'insisterons pas davantage sur ces aperçus généraux: mais, avant de commencer cette rapide histoire de l'Eglise particulière, nous devons encore faire une dernière observation.
Les changements d'aspect que nous présentent les institutions et le- révolutions que nous aurons à raconter ne se peuvent arrêter a des date» si précises, ni se renfermer en des époques si déterminées que beaucoup de laits particuliers ne fassent exception aux aperçus d'ensemble que non» proposerons au lecteur. Ces aperçus ne -ont absolument exact- que dans leur généralité; car il est dans la nature des choses que de tel- mouvements dans le droit et ses applications pratiques commencent par quelques manifestations exceptionnelles en certains lieux, avant de s'étendre à toute la chrétienté, comme aussi les états antérieurs de la discipline laissent ça et là des monuments el des témoins que les coutumes locales maintiennent, et qui dépo>ent des antiques conditions de vie du corps ecclésiastique.
Dans les temps primitifs, l'Eglise particulière offre le spectacle d'une plus grande simplicité.
Il est dans la nature des choses que les relations des personnes et le- nécessités du gouvernement se multiplient et se compliquent avec le cours des âges et le développement des institution-.
Mais quel beau spectacle nous présente une Eglise des premiers
io6 l'église
siècles, dans les liens de la sainte hiérarchie qui en resserrent toutes les parties et de la charité qui l'anime !
A sa tête apparaissent l'évèque et les prêtres; au-dessous, le peuple des fidèles; au delà, les divers ordres des catéchumènes. L'Eglise se forme peu à peu à la manière des astres. Les catéchumènes, se rapprochant toujours davantage, par le progrès de leur conversion, du noyau du peuple fidèle, s'illuminent et s'échauffent aux clartés de ce foyer et finissent par s'v absorber en le rendant lui-même plus vaste et plus intense.
Toute la vie surnaturelle ravonne et s'agite par un mouvement fécond au sein de l'Eglise sous l'action du sacerdoce qui est en elle. Tous ses membres sont unis avec ce sacerdoce et entre eux par la communication de cette vie. Ils s'abreuvent à la même source des ondes rafraîchissantes de la vérité, et leur évèque est leur seul prédicateur. Ils reçoivent de lui, de sa main ou par le ministère de ses prêtres, le baptême et l'aliment de la vie. Ils s'inclinent sous son gouvernement pastoral, et reçoivent de lui les directions, les conseils et les corrections.
Le dimanche nous fait voir toute cette Eglise assemblée autour d'un même autel. Les prêtres de son presbytère environnent cet autel, et lemvstère de la hiérarchie sacerdotale se déclare par l'action principale de l'évèque et l'assistance du sénat sacerdotal qui célèbre avec lui.
Les diacres vont de l'autel au peuple, et la multitude fidèle remplit de ses rangs pressés les espaces de la basilique (i).
C'est le spectacle dont saint Jean célèbre le type sacré dans son Apocalypse : un trône pontifical (2), vingt-quatre vieillards assis à l'entour (3), un autel dressé au milieu (4). la voix des martyrs retentissant sous cet autel (5), sept flambeaux ardents, qui sont les sept esprits ou les diacres prêts à descendre partout où ils sont envo-vés (6); enfin, sous les yeux de ce pontife et de ce sénat, la
(i) Voir Const. apost., 1. II, c. lvii.
(2) Ecce sedes posita erat in cœlo, et supra sedem sedens. (Apoc. iv, 2.)
(3) Et in circuitu sedis sedifia viginti quatuor, et super thronos viginti quatuor seniores sedentes. (Ibid., 3.)
(4) Et vidi, et ecce in medio throni et quatuor animalium, et in medio seniorum, agnum stautem tanquam occisum. [Ibid., v, 6.)
(5) Vidi subtus altare animas interfectorum propter verbum Dei et propter . testimonium quod habebant. (Ibid., vi, 9.)
(6) Septem lampades ardentes ante thronum Dei, qui sunt septem spiritus Dei, missi in omnem lerram. (Ibid., iv, 5; v, 6.)
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multitude cl le peuple des «'-lu-, (liant. ml son cantique sur des harpes d'oi
Les Eglises de la terre, décrites dans cette magnifique peinture de I Eglise du ciel, formenl dès les temps apostoliques des communautés parfaites et donl le lien sacré a boute sa force. Il v a là comîniinautr île biens spirituels : ta prédication de la parole de Dieu, rements, fbnl le trésor de cette communauté (a) ; communauté même de biens temporels : les offrandes son! mises en commun; les fonds mêmes, au commencement, étaient vendus, et le prix en ((.lit déposé dix [lieds du presbytère ■'>>: enfin, unité de ^ouvernenient dans la chaire de l'éVêque el l'autorité des prêtres unis à la sienne.
()n voil alors se développer au sein de I Eglise toutes les conséquences de la vie de communauté et tous les aspects de cette vie. Toutes li-. forces et toutes les activités religieuses des âmes concourent à la soutenir et à entretenir sa vigueur.
Kl d'abord c'est la grande et unique association de prière dans la sainte liturgie.
Les fidèles ne connaissent pas d'autre dévotion publique que celle des sainte- s\naxes, de la liturgie, des saintes psalmodies et des veille- -.h i
An-si l.i prière de l'Eglise ne se distingue pas de la religion populaire, et saint Cvprien nous apprend comment tous les fidèles conspiraient, aux heures sacrées de titrée, de -exte et de none, à former cette puissante acclamation qui. monte de l'Eglise vers le ciel 'i
Le peuple était convoqué aux \ cilles et aux psalmodie- (5), il y
(i) Et in conspeetu sedis tan ;uam mare vitreum simite cxvstallo. [Ibid., iv, 6.) — Kt ftudivi vocem de ccelo, tanquam vocem aquaram multarum, et tanquam vooem tonitrui magni, et vocem quam audivi, sicut rithani donim citharizantium in citharis suis. (Ibid., xiv, 3.1 — Et vidi tanquam mare vitreum mi-lum igné, et eo» qui vicerunt bestiam et imaçinem ejns, et numerum nominis ejus, stantes super mare vitreum, habentes citbaras Dei, et cantantes canticum Agni Moysi servi Dei et caiairum Açni. (Ibid., xv, 2, 3.)
(a) Erant autem persévérantes in doctrina apostolorum et commtinicatione fractionis panis et orationibus. [Aet. 11, &,. ('A'. Ibid., '(('>•'
(3) Omnes etiam qui credebant erant pariter, et babebant omnia communia. Possessiones et substantias vendebant, et dividebant illa omnibus, prout cuique opus erat. {Ibid., 44, 4"'-1
(4) S. Cvi'u. De oral. Dont, n. 34, 33, 3(3.
onvenite in ecclesiam sinçulis diebus mane et vespere ad canendum
psalmos et precationes in templo Domini faciendas Potissimum autem die
sabbati el die dominico, qui est dies resurrectionis, studiosius templum Domini
était assidu. Il y entendait lire les Saintes Ecritures, les Actes des martyrs, les expositions des docteurs (i) ; ou bien, empressé autour de la chaire de son évêque, il recevait par son magistère tout l'ensei gnement de la religion (2).
L'Eglise était aussi la grande et unique association charitable. Son trésor, sans cesse renouvelé par les ofïrandes des fidèles, s'épuisait sans cesse par les grandes œuvres qu'elle entreprenait.
Les fidèles savaient qu'une grâce particulière accompagnait leur aumône quand elle passait par le trésor de l'Eglise et la main de lévèque; qu'elle devenait comme un sacrifice mystiquement uni à l'oblation eucharistique, et qu'elle prenait un caractère sacré en étant apportée à l'autel ou versée dans le trésor de l'autel (3).
L'évêque avait seul la responsabilité de la sainte administration de ces richesses (4).
Sur ce fonds toujours mobile et toujours inépuisable, l'Eglise nourrissait les pauvres, et, à leur tête, les ministres mêmes de l'autel, qui, dans une pauvreté volontaire, vivaient de l'autel; elle soutenait les vierges sacrées et les veuves; elle recueillait les orphelins, exer-
adite, ut Deum laudibus celebretis, qui fecit omnia per Christura. (Consi. apost. I. II, c. lix.) — Non satis est dies ad deprecandum ; surgendum est et nocte et média nocte. (S. Aug. Enarr. in ps. cxvm.) — De nocte siquidem consurgit
apud nos populus ad domum precationis, et confitentes Deo, tandem a prc-
catione surgentes, ad psalmodiam transeunt. Et nunc quidem in duas partes
divisi, altérais succinentes psallunt Ceterum horum gratia si nos fugitis,
fugietis .Egyptios.'Palacstinos, Arabes, Phcenices, Syros, et eos qui ad Euphratem habitant, ac omnes uno verbo apud quos vigilia? precesque et communes psalmodia; in pretio sunt. (S. Bas. Epist. CCVII, ad cler. IS'eocœsar., n. 3, etc. Cf. Thomassin, Disc, ecclés., t. Ier.)
(1) In medio autem lector ex loco edilo légat libros Moysis, et Jesu Nave, Judicum et Regum, item Paralipomena, et Esdram de reditu populi, prœterea Job, et Salomonem. (Const. apost. 1. II, c. lviiI. — Liceat etiam legi passiones martyrum, cum anniversarii dies eorum celebrantur. (Cosc. Carth. III, can. 47, ap. Labue, t. II, col. 1 177.)
(2) Hortentur populum presbyteri, non omnes simul §ed singulatim, et postremus omnium episcopus, qui similis est gubernatori navis. (Const. apost. 1. II, c. LVII.)
(3) Oportet igitur ut et vos, fratres, sacrificia vestra, id est oblatioues, episcopo utpote pontifici, aut per ros ipsi, aut per diaconos offeratis. (Ibid.j
c. XXVII.)
(4) Omnium rerum ecclesiasticarum episcopus curam gerat, et eas administret tanquam Deo intuente, (Can. apost. n. 37, ap. Labbe, t. I*r, col. 34.) — In ejus (episcopi) sit facultate omnia adminislrare. (Can. apost. n. 4o, ibid., etc. Cf. Thomassin, p. m, 1. II.)
L EGLISE PARTICULIERE lui)
çait l'hospitalité cl pourvoyait avec une sainte profusion à augmenter la splendeur du culte divin i .
Que s'il en était ainsi des les temps des persécutions, cette vie charitable des Eglises prit une bien plus grande expansion lorsque la paix et la liberté leur furent données. C'est alors que s'élevèrent partout de magnifiques basiliques, des hospices « comparables à des villes » (a), des monastères pour les ascètes el les vierges.
L'Eglise eut alors des biens-fonds, « non qu'elle n'eût préféré, dit saint Jean Chrysostome, aux embarras terrestres que causent ces biens, les simples aumônes quotidiennes des peuples » (3), mais par Une sage précaution et pour garantir l'avenir contre les ralentissements de la charité et les nécessités des temps.
Ces aumônes quotidiennes, toutefois, étaient encore si abondantes que saint Ambroise déclare à son peuple qu'elles suffiraient largement à tous les besoins et à toutes les exigences de la charité dans
(i) 0 episcope, pauperum curam habe, tanquam Dei dispensator, distribuendo cuique in tempore qùu: commoda sunt, viduis, pupillis, derelictis ac destilutis et calamitosis. (Consl. apost. 1. III, c. m.) — Episcopus habeat rerum eccle^iaî potestatem, ut eas in omnes egentes dispenset cum multa cautione et Dei timoré ; ipse autem eorum quœ opus est, sit particeps ad usus necessarios, et fratrum qui apud eum hospitio excipiuntur, ut ipsi nullo modo priventur, secundum divinum Apostolum, qui dicit : Habentes autem alimenta et quibus tegamur, iis contenti erimus. (Co>c. Ant. can. 20, ap. Labbe, t. II, col. 074. 1
(a) Paululum extra civitatem pedem effer, ac novam eivitatem conspice, illud
pietatis promptuarium, illud commune locupletum icrarium Quid cum hoc
opère comparem Thebas septem portas habentes, et .Egvptias illas, et muros Babvlonicos, et Caricum Mausoli sepnlcrum, et Pyramides, el Colossi œs immensum, et delubra mira magnitudine atquc eleganti arte confecta.tS. Greg. Naz. Orat. xun, ri land. S. Basil., n. 63.)
(3) Nanc vero agros, domos, locationes tedium, véhicula, muliones, jnuîos et multa alia hujusmodi possidet Ecclesia propter vos et vestram crudelitatem. Oporteret enim pênes vos esse hune Ecclesia? thesaurum, et proventum ejus ex vestro animi studio pendere ; nunc autem duo absurda hinc nascuntur : nam et vos sine fructu manetis, et sacerdotes Dei sibi non competentia tractant. Annon poterant apostolorum tempore domus et agri manere? Cur ergo illa
vendebant, et pretium distribuebant? Quia illud melius erat Xunc autem
omnia sus deque versa sunt. Xunc cum et vos et nos iisdem simus negotiis intenti, quis Deum placabit ? Ideo os non audemus aperire, <[uia Ecclesia nihi
ilaribus hominibus diftert Nunc episcopi curatores, ceconomos et
caupones hujusmodi sollicitudine superant Hœc non frustra deploro, sed
ut qua-dain emendatio et mutatio sequatur iS. Chrts. Ifom. lx.x.xv (al. xxxvn)
in Slatth, n. 3, l\.) — Alloquebatur (sanctus Augustinus) plebem Dei malle se ex collationibus magis plebis Dei vivere, quam illarum possessionum curam vel gubernationem pati ; et paratum se esse illis cedere, ut eo modo omnes
IIO L EGLISE
la grande Eglise de Milan, alors même que les fonds qui lui appartiennent seraient violemment usurpés par le fisc (i).
Ces aumônes étaient d'abord les dîmes; après avoir mis en commun le prix de tous leurs biens et avoir ainsi montré au monde la vie parfaite de communauté, les fidèles, dans la suite, gardèrent quelque chose de cette communauté primitive pour une part de ces biens et mirent en commun dans le trésor de l'Eglise le dixième de leurs revenus (2).
Aux dîmes, il faut en second lieu joindre les prémices (3).
En troisième lieu, les jeûnes publics ouvraient de nouvelles sources aux aumônes des peuples, car ils devaient à la charité tout ce qu'ils retranchaient au plaisir (4).
En outre de ces aumônes réglées par les lois ou les mœurs chrétiennes, combien d'autres spontanément offertes par la générosité des fidèles !
Et comme toutes ces largesses confluaient en un même trésor ; comme l'Eglise en était l'unique dispensatrice commune; comme les peuples savaient qu'en passant par ses mains, leurs charités revêtaient un caractère sacré et devenaient un sacrifice agréable à Dieu, nous ne pouvons nous faire une idée exacte des immenses ressources dont l'Eglise disposait à toute heure.
Mais si nous ajoutons à ce revenu des offrandes celui des biensfonds offerts par don ou testament aux évêques ou acquis des
Dei servi et ministri viverent, quo in Veteri Testamento leguntur altari deservientes de eodem comparticipari. Sed nunquam id laici suscipere voluerunt. (Possid. \~ita S. Aug. c. xxiii.)
(1) Si agros (Ecclesiœ) desiderat imperator, potestatem habet vindican-
dorum Potest pauperibus collatio populi redundare. (S. Ambr. Serm. cont.
Auxent. 11. 33, Putr. lut. t. XVI, col. 1017.)
(2) Dabis omnem decimam pupillo et viduae, pauperi et proselyto. (Const. apost. 1. VII, c. xxx. 1 — Omnis vero décima ofleratur ad alendos reliquos clerfcos et virgines ac viduas et pauperes. {Ibid., 1. VIII, c. xxx.)
(3) Dabis sacerdotibus omnes primitias torcularis et area?, vindemiae et messis, boum atque ovium..... Dabis etiam sacerdotibus omnes primitias panum recentium, vini ex dolio. olei, mellis, pomorum sive baccarum, uva" aut aliorum fructuum. [Ibid., 1. VII, c. xxx.) — Omnes primitia* offerantur episcopo et presbyteris ac diaconis ad eos alendos. (Ibid., 1. VIII, c. xxx.t
('il Jejunium nostrum misericordiis pauperum suppleamus. Impendamus virtuti quod subtrahimus voluptati. Fiat refectio pauperis abstinentia jejunantis. (S. Léo, Serm. xm, de jej. dec. mens. 11, n. 1.) — Ut quod vestris usibus religiosa parcitate subtrahitis, in alimoniam pauperum et in cibos debilium transferatis. (Ibid., Serm. lxxxix, de jej. sept. mens, iv, n. 5.)
i l 6LI8E PABTIC1 LIBRE I i I
l'Eglise, nous aurons |»l n> de peine encore à évaluer la puissance bienfaisante des Eglises chrétiennes | i ,
Il fallut, au sein des principales d'entre elles, créer des économes idoiinistra leurs spéciaux ( a i.
Les bienfaits îles Eglises n'eurent plus de bornes. Celle d'AIexàn drie équipai) des Hottes et envoyai! «les convois de blé aux Eglises lointaines éprouvées par la famine (3). D'autres Eglises réparaient les murs des cités, el de leur supei llu les embellissaient par « !<>-, fontaines et Mes constructions utiles 'i .
Du reste, chose admirable, rien n'était ] >l t ■ -> populaire <pic les grandes richesses îles Eglises. C'étaient bien 1rs richesses de Ions; elles v,. dépensaient pour tous, et personne ne pouvait en être jaloux. Saint Augustin lions apprend que le peuple murmurait lorsque l'évèque refusait de les accroître, et qu'il fallait résister parfois désirs trop empressés 5 .
I! est intéressant de suivre encore la vie de communauté au sein de l'Eglise particulière sons un autre aspect.
Les communautés religieuses ont en elles, dans le pouvoir paternel qui les régit, un tribunal qui réprime les désordres et corrige les
ii) Quando EcoLosiœ facaltatam videris ma^nitudinem, cogita etiam inscrip-
torum pauperum grèges, segrotantium multitudinem Ipsa antem raecesse
babel impendere viduarum coetibus, eboris virginum, hospitum adventibus, peregre proficiscentîum afflictionîbus, eorum qui sont in vinculis cal ami taiilms, eorum qui suât manci ac mutili aecessitatibos, et aliis hujusmodi causis. nos. in / Car. Iiom.' xxi, n. 7.)
.'Eglise d'Alexandrie avait un économe général assisté par des économes
inférieurs. (Le QtnsN, t. II, p. \\-.) Il est très souvent parlé des économes des
d'Orient dans les textes anciens et dans les Conciles. (Voir Conc.
C.hai.i . sess. XV, «an . HlSPAL, can. 3j Conc. Toi.hr. III, can. n-
T01.1 1 . IV, can. '(8, ete.|
(3) S. Grec. M. I. VI, epist. XXXVII; I. VII, tpùl. XXIX, LXXIX: I. Xi. \L1X.
(4) Necesse est ut fralernitas restra, dnm licet, civitatem suam vel alia loca fortins miiniri provideat. atqne immincat ut abundanter in eis condita prorurentur. quatenus hostis non inveniat qnod laedat, sed confessus abscedat. (S. Greg. M. 1. VII, epist. V.) — .Kdificavit hic beatissimns fontem in civitate mirœ magnitudinis, duplicibos mûris et altis mœnibus. [Vite S. Peui
Clirysoi, lJ<iti\ lat. t. LU, col. 17. 1
(ai Teslamentura fecit presfeyler et soeius noster (Januarius), ndbiscum
manens, de ecclesia vivens. communem vitam protitens Eccleeiam scripsit
luiTedem. Nolo munera îsla (Juid sum facturus eis qoi dicunt : Ecce
quare nemo donat ecclesiu? Hipponeasi aliqnid ; ecce quare non eani faeiunt
qui nioriuntur lueredem; quia episcepoG Auirustinus de bonitate sua donat
totum, non suscipif? (g. Ave. Serm. i.cclv. de uiia cl mer. eleric. 1, n. 3, 4.)
mœurs. Ce tribunal correspond à ce qu'on a coutume d'appeler le Chapitre des coulpes : le coupable s'accuse lui-même en présence de ses frères, a lin que le corps tout entier soit associé par la charité à la satisfaction accomplie pour la faute et à la guérison d'un de ses membres.
L'Eglise avait son grand Chapitre des coulpes dans la pénitence publique.
Cette grande institution, impraticable et inexplicable en dehors d'une société chrétienne fortement liée par la charité et tous les actes de la vie religieuse, faisait concourir toute l'Eglise à la guérison de ses membres malades. « Si un membre souffre, disait saint Paul, tous souffrent avec lui » (i); et les écrits des Pères, lorsqu'ils traitent de cette matière, sont remplis d'expressions analogues.
Ainsi une Eglise des premiers siècles était une association de prières, une association charitable, une communauté fervente avant son tribunal et ses exercices de miséricorde.
On conçoit dès lors que. par une sorte de nécessité fondée dans la nature des choses, les paternelles condescendances de l'autorité sacerdotale, appelant la confiance du peuple fidèle et prenant un appui dans cette confiance même, l'aient initié volontiers à tous les intérêts vitaux de son Eglise et invité à manifester ses sentiments et ses vœux.
De là le caractère populaire des ordinations et des élections ecclésiastiques. Les évêques, toujours maîtres en dernier ressort du choix des ministres de l'autel, seuls responsables devant Dieu de ce choix et de l'imposition de leurs mains, consultaient le peuple et le pressaient même d'exprimer son sentiment.
Le pontifical romain conserve les vestiges de cet usage dans une . formule célèbre: « Parlez, dit un ancien rituel; nous ne pouvons vous entendre si vous vous taisez. »
Saint Cvprièn expose à son peuple, dans ses lettres, les motifs spéciaux de ses choix 121. Parfois même le peuple prenait l'initia-
(i) / Cor. XII, 26.
| 1 lecis.se me autem sciatis lectorem Saturum et hypodiaconum Optatum eonfessorem, quos jam pridem communi consiiio clero proximos feceramus. (S. Cyph. Epist. XXIV (al. xxix), «•' eler.) — Admonitos nos et instructos sciatis dignatioue divina ut Xumidicus presbvter adscribatur presbyterorum C.arthaginensium numéro, et nobiscum sedeat in clero, luce clarissima confessionis illustris, et virtutis ac fidei honore sublimis. [Ibid., episl. XXXV 1 al xl), ad cler. el pleb.) — Hune igitur (Aurelium), fratres dilectissimi, a me et a collège
l'ÉOI ISB PARTICULIER] I l3
i s. . .1 c'esl .uii-i que celui d'Hippone réclamait l'ordination de saint Pinien i ,
Mais les élections épiscopales étaient surtout l'objet d'ardentes manifestations •
Toutes ces choses <|ui nous étonnent aujourd'hui avaient leur raison d'être dans la four de l'espril de .communauté <|ui unissait tou-> les fidèles de l'Eglise et les remplissait d'ardeur pour les intérêts d'un corps dont ils se sentaient les membres, et qui étaient les plus chers intérêts de chacun d'eux.
Du reste, le lien qui unissait dans chaque Eglise le peuple à son clergé était encore rendu [dus étroit par l'origine de celui-ci.
Formés dans les ordres inférieurs à l'école de l'Eglise et dans la maison de l'évêque, exerçant leurs premiers ministères sous lesyeux des fidele> .v. 1rs clercs s'élevaient successivement, soutenus par leurs suffrages, aui ordres supérieurs.
Ils étaient presque toujours tirés du sein même de l'Eglise <[u'ils servaient, et. s'ils venaient du dehors, ils trouvaient une sorte de naturalisation au sein de cette Eglise dans les désirs du peuple qui le* v appelaient ou dans les suffrages qui les y accueillaient.
qui présentes aderant, ordinatum sciatis. Quod vos scioet libenter ampleeti et oplare taies in Ecclesia nostra <[uam plurimos ordinari. (Ibid., episl. XXXVTI1 (al. xxxvm|. ad eosd.)
(i) Ego autem post primos eorum clamores, cum eis dixissem de illo invita non ordinando qua jam promissione detinerer, atque adjecissera, quod si mea fide vtolala illnin baberent presbyterum, me episcopum non baberent, ad nostra subsellia relicta turba rediernm. Tum illi aliqnantalam inopinata mea responsione cunctati atque turbati, relut ttamma vento paululum pressa, deinde fiœperuot multo ardentius excitari, existimantes fieri posse ut vel mibi extorqueretur illud non servare promissum, vel me tenente promissi iideni, ab alio episcopo ordinaretur. (S. Ans. Epùt. CXXVI, n. i.)
(r?) Tarn multi, ut episcopatum suscipiaut, tenentur inviti, perducuntur, includuntur, custodiuntur, patiuntor tanta quee notant. (S. Auo. Bpist, CLXXII1 ■ al. i loi. n. 2.)
Sergius papa duodecim annorum natus traditus fuit cantorum scbolse, deindc factus a Leone III acolythus ; deinde a Stephano subdiaconus: deinde a Pasehale presbyter tituli S. Sylvestri; deinde a Gregorio archipresbyter. (Labbe. t. VII, col. 179a.) — Seseque a puero pia mens cœlestibus edens
instituit servire Deo Primis lector servivit in annis; inde gradum cepit,
cui munus voce fideli adjurare malos jure sacerdotis venerandà insignia
nanctus. iS. Paulin. Poema xv. de S. Fel. v. io/j-ni.) — Qoicamque se
Bcclesise rovit obsequiis a sua infantia , lectorum débet ministerio sociari.
(S. Siuic. Epùt. I, n. i3.| — Les textes sur cette matière abondent, et les écoles anciennes des Eglises, rassemblant les jeunes clercs, mériteraient une étude spéciale.
il 4 l'église
Ainsi, en chaque Eglise, le peuple et le clergé n'étaient jamais étrangers l'un à l'autre, et le lien du titre de l'ordination qui attachait le clerc à son Eglise avait toute son énergie ; il imprimait avi ministère sacerdotal et lévitique un caractère tout local, tellement que le ministre n'apparaissait point au peuple comme un clerc de l'Eglise catholique accidentellement présent dans un lieu, mais comme le clerc de son Eglise, indivisiblement attaché par le plein elfet de l'ordination et à l'Eglise catholique et à cette Eglise ellemême.
Ce n'est pas qu'au fond ces deux qualités, c'est-à-dire la communion de l'Ordre qui fait le ministre de l'Eglise catholique et le titre qui attache ce ministre au service d'une Eglise particulière, ne pussent être absolument séparées ou qu'on ignorât les véritables relations que ces deux qualités gardent entre elles.
Mais les translations étaient sévèrement Interdites par les Canons ( i ) et plus encore par les mœurs publiques de l'Eglise naissante. Et, quant à ce qu'on a appelé plus tard la résignatèm du bénéfice, c'està-dire l'acte par lequel un clerc, sur son désir, est détaché du service de son Eglise et perd son titre sans en recevoir un nouveau, elle était à peu près inconnue; comme aussi la déposition avait alors pour effet ordinaire et constant de ne jamais priver du titre ou de l'emploi sacerdotal sans que le sujet ne fût en même temps déposé du sacerdoce lui-même.
Les rares exemples que l'on connaît de ce qui, plus tard, a été la simple déposition du bénéfice, c'est-à-dire la perte du titre séparée de la déposition de l'Ordre, avant pour effet de détruire le lien du titre et de réduire le clerc à l'état de clerc vague en lui laissant sa qualité et la communion de son Ordre dans la hiérarchie de l'Eglise catholique, apparaissent comme des faits anormaux: et les Conciles qui les ordonnent se trouvent parfois obligés d'en préciser avec soin toutes les conséquences, comme on le fait pour une mesure sans précédents connus ou bien établis, ainsi qu'on le voit dans l'affaire d Armentarius, évèque déposé de son siège sans l'être de l'épi scopal a
Cet état des mœurs et des institutions, où la cléricaturc revêtait un caractère tellement local que le clerc, constamment et dans l'usage commun, ne pouvait cesser d'être le clerc d'un lieu déterminé sans perdre la cléricature elle-même, faisait pour ainsi dire de chaque
I i \ Gokc. Nie. I,can. 16. — Coxc. Sardic. can. 18. — Conc.Chalc. can. 20, etc. (2) Cf. Conc. Reg. ap. Labbe, t. III, col. 1287. Voir plus haut, 1. Ier, ch. vu, £ 3.
tLISB P LRTH (JLIERE i l>
un municipc sacre dont [e chefel les magistrats lui apparie uaienl singulièrement et par un lien indissoluble el perpétuel en fait comme La sacerdoce lui-même, lusai < aal un fait digne de remarque que les ennemis de l'Eglise catholique, dans cet temps reculés, n'attaquent jamais le clergé distinctement e( en l'opposant an peuple chrétien à la manière d'une grande corporation répandue dans le inonde et ayant son esprit particulier et tes intérêts séparés, tant il .si \i,ii qu'en chaque Eglise, entre le peuple el son clergé, existaient ces liens étroits qui n'en faisaient qu'un seul tout, une seule unité morale, vivant de la même vie et ayant lea mêmes intérêts administréa par quelques uns pour l'utilité de tous : on plu dit les Eglises, r.unillt'- de la nouvelle humanité, reposaient, par une constitution toujours i > l'abri de la paternité sacerdotale, et lea lient
• qui en resserraient tous les membre* étaient invioiableinenl maintenus a*ec un soin jaloux,
< >u peut suivre dans eea développements cet état de l'Eglise partieulière et da ses mœurs publique-,, tandis que lea institutions et les relations qui sont en elle gardent dans leur ensemble la même muiplicilé, jusqu'à l'époque des invasions.
f II
V l'époque des invasions et aux siècles qui les suivent jusqu'au delà de l'an inille appartient la complète victoire de la foi chrétienne.
Sous le pouls de l'invasion et des terreurs qui l'accompagnent, les derniers rentes du paganisme philosophique et lettré s'effacent et disparaissent. L'ancienne société court chercher un abri à l'ombre de l'épiscopat. La cité se confond avec L'Eglise, et. par suite, l'élément laïque se personnifie dans les magistrats et les honoraù du municipe au sein de l'Eglise elle-même, en même temps que I é\ èipie. par suite de- nécessités sociales, devient le premier magistral de la cité. On voit naître dans cette compénétration des deux éléments de l'Eglise et de la cite une première tonne tutélaire e1 essentiellement bienfaisante du pouvoir temporel de L'Eglise. Les évêques -ont partout les pères des peuples, et ceux-ci mettent sous leur garde leurs biens et leur libelle.
L'Eglise romaine, au-dessus de toute- l**s autres, leur donne L'exemple de ces sollicitudes charitables |), et le pouvoir temporel
(i) I ism, ftisc ecclts. I. I, c. xxvii, n. .'-8; c. xxix. n. 1-7.
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des Papes commence avec saint Léon arrêtant Attila et Genséric, et se développe peu à peu à mesure que les nécessités des peuples le réclament davantage. Saint Grégoire le Grand remplit sa correspondance des sollicitudes que lui causent les périls du temps et des ordres qu'il donne pour la sûreté de Rome et des autres villes de l'Italie (i). Pépin et Charlemagne ne font que consacrer, à la fin, des droits fondés sur des bienfaits.
A cette époque répond aussi dans notre Occident la complète évangélisation des campagnes et l'établissement en tous lieux des paroisses rurales.
Les oratoires primitifs et les lieux de station des prêtres et des ministres qui les parcouraient font place à des titres stables, en même temps que ces mêmes campagnes se couvrent de populations croissantes et fixées au sol.
Mais nous ne pouvons séparer cette organisation eeclésiastique des campagnes de la grande œuvre de cette époque.
Cette grande œuvre fut, avec la conversion des barbares, la formation des nations civilisées modernes. Et ici trois objets principaux sollicitent notre attention.
Et d'abord il fallut soutenir le premier cboc de l'invasion et préserver de la destruction les trésors de culture intellectuelle et industrielle qui faisaient le patrimoine de l'ancienne société.
L'Eglise couvrit de son manteau cette société éperdue, et, étendant la main, elle arrêta le flot des violences barbares prêtes à tout anéantir.
Cette première partie de la tàcbe à accomplir fut principalement l'œuvre de l'épiscopat.
A l'exemple du Souverain Pontife, de saint Léon arrêtant les Huns et les Vandales, et sauvant la population de Rome en lui ouvrant l'asile inviolable des basiliques, les évêques entreprirent courageusement la défense des intérêts sociaux.
Il fallut ensuite éclairer de la foi chrétienne cette société barbare, et d'abord courber sous le joug de la foi et des mœurs chrétiennes les rois et les chefs des peuples.
Les évêques y travaillèrent sans doute avec empressement ; mais
(i) S. Greg. M. 1. IV, epist. XXXI; 1. V, epist. XXXIV; 1. VII, epist. II, XX; 1. XII, epist. XXIV, etc. — Tantis terrse curis inservio, quantis me. in vita laica nequaquam descrvisse reminiscor. [IbuL, I. I, epist. V.) — Contra hostium insidias sollicitum vigilare, contra ducum fallacias atque malitias suspectùm semper existere, cujus laboris, cujus doloris sit. (Ibid., 1. VIII, epist. LV.)
il convenait qu'une autorité supérieure à la leur et plus respectée souverains barbares prit la direction do cet apostolat; c'était une œuvre d'une portée générale, <-t à laquelle un pouvoir placé par sa nature au-dessus de toutes les dépendances et de toutes les limites particulières pouvait seul présider dans son ensemble. Il fallait, en effet, donner une direction chrétienne à l'activité de ces princes convertis: il fallait taire converger à cette même tin leurs tendances diverses: il fallait créer pour eux la politique chrétienne et civilisatrice, et, les élevant au-dessus des grossières ambitions de la barbarie, leur ouvrir des horizons nouveaux et les faire entrer dans la voie d'une action sociale supérieure et constamment suivie.
Au lendemain de l'invasion, les Souverains Pontifes, par leurs lettres et leurs envoyé», commencèrent à imprimer ces mouvements féconds, à ordonner ces éléments confus et à diriger insensiblement et avec un ascendant toujours croissant l'activité des princes barbares.
En France, le pape Anastase II affermit l'œuvre de saint Rémi par ses lettres au roi Clovis (i), et ses successeurs continuent à exercer comme une tutelle spirituelle sur les rois des Francs.
Saint Grégoire le Grand agit de même envers les nations des Goths ( -i i et des Lombards i 3), et ne cesse d'en diriger les chefs politiques dans les voies chrétiennes, en même temps qu'il envoie des apôtres aux Vnglo-Saxons | 'i i et qu'il étend par eux dans les contrées du Nord l'action bienfaisante de l'Eglise.
Les Souverains Pontifes continuent pendant toute cette période cet utile et souverain patronage. Ils soutiennent et encouragent l'action desévèques; ils la font respecter par ces princes violents et inconstants; ils reçoivent leurs envoyés, ils les honorent de leurs lettres et de leurs faveurs, et ils les excitent à l'envi à recevoir, avec la religion du Christ, la culture et la civilisation romaine, et a étendre l'une et l'autre par leur autorité au dedans et par leurs armes au dehors, tournant à ce but utile les instincts guerriers et les passions violentes de ces rudes clients.
Lutin, en troisième lieu, il fallait que l'action de l'Eglise pénétrât jusque dans ses derniers éléments la société barbare. Il fallait la rendre chrétienne, et, du même coup, l'attacher au sol, lui inspirer
(i) Anast. II, Epist. ad Clodov, ap. Labbe, t. IV, col. 128a.
(2) S. Gr\EG. M. I. VII, epist. CLXI.
(3) Ibid., 1. III, epist. IV, XXXIII; 1. VII, epist. LXXVI, etc.
-/.. 1. IV, epist. LVII; 1. V, epist. LU, LUI, LIV, LVII, LVIII, LIX; . VII, epist. CXLVII; 1. IX, epist. XL1X, L, LI, LU, etc.
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le goût des arts pacifiques, remplacer le pillage et une vie errante par le manoir et la propriété agricole, source unique des richesses bienfaisantes à l'humanité.
Celle troisième partie de la tâche à accomplir fut principalement l'œuvre de l'Ordre monastique.
Les monastères celtiques de saint Colomban et les monastères formés sous la règle de saint Benoit, destinée à réunir peu à peu sous une même discipline et dans un même esprit tout l'Ordre monastique, entreprirent à l'envi avec de rapides et d'admirables succès cet immense travail apostolique et social.
Le cadre trop éti'oit de cette étude ne nous permet pas d'entrer dans le détail des faits (i). Partout, à travers l'Europe, on voit de grands monastères se fonderai! centre des campagnes désertes, attirer dans leur sein les fils des barbares, et, à l'entour de leur enceinte, des populations auxquelles ils partagent la terre, qui la cultivent et forment bientôt des bourgs florissants.
Des colonies s'échappent du cloître pour porter les mêmes bienfaits dans de moindres établissements qui se fondent dans toute la contrée. Les monastères donnent k ces peuples toutes les ressources de la vie spirituelle. Ils leur ouvrent des écoles, des paroisses, et, dans les régions entièrement barbares, où la cité romaine ne se retrouve plus avec son antique-épiscopat, ils donnent aux barbares des évèchés et des cathédrales.
En quelques générations, ces peuples grossiers reçoivent des écoles monastiques, un clergé national et de leur sang, des évèques comme saint W ilfrid, des savants comme saint Bède; et le problème du clergé indigène, qui doit partout succéder à l'apostolat des missions, est résolu dans ces âges reculés sans effort par l'Ordre monastique'. Dans l'ordre purement social, les bienfaits des monastères ne sont pas moins éclatants.
Ces grands établissements possèdent et développent toutes les ressources industrielles du temps. Ils font revivre les arts qui sont l'ornement de la vie humaine; mais principalement ils enseignent à ces guerriers le grand art de l'agriculture. Une utile émulation s'établit entre les princes barbares et les moines; les vilhi rovales et les demeures rustiques des leudes puissants sont les émules des monastère», et deviennent comme ceux-ci des centres considérables de populations vivant du sol et fixées au sol.
(i) Voir Mo.NTALE.MBE» 1. l fait.
! m L181 PARTICULIERE l H)
Ain-i. .1 celle époque, l'action <lc l'Eglise s'exera principalement m évéques dans les villes anciennes Bl par les moines dans les campagnes el au milieu des populations nouvelles, l ;i 1 1< 1 1 - qu'audessus des" uns el des autres le Saint-Siège donne l'impulsion générale, impri les premières direct b d' • politique chrétienne
des princes, ol commence i former de ces élé nta généreux.
nais rudes el grossiers, la grande imite* politique et sociale de la chrétienté.
\ cette époque, les évéques el leur clergé d'une part, les ab] leurs moines de l'autre, formenl bien dans seâr plein développement ce que l'on a appelé 1 < Irdre canonique et 1 < todre monastique.
Dans les \illrs. le clergé a généralemenl adopté la rie de communauté, ci cette époque esl celle de son développement universel.
Dans les campagnes, les paroisses, comme boxis linons dit plus haut, se s, mi partout établ i(
Mais comme, dans la plupart des lieux, les travaux des moines ont adiré les populations et tonné les centres habités, les monaspar eux-mêmes ou par leurs prieurés on eesBes, donnent, dans la plus grande partie de la chrétienté, des pasteurs el des clerc* paroi-
Cependant une lente évolution se poursuit au sein même de l'Eglise particulière et dans le jeu intime de ses principaux organes.
L'exercice «.les (onctions communes aux clercs du même Ordre s'est partagé entre eux a\ec une précision toujours plus grande, et le mouvement lent et constant des choses humaines a peu à peu concentré dans quelques inemhres du corps sacerdotal certaines attributions déterminées.
\ telle époque, l'archidiacre s'est réservé toutes les attributions du diaconat en tant que le ministère de cet Ordre regarde l'évè<pi»\ et, devenu déjà l'unique diacre ou ministre de l'évèque, il tend à franchir toujours plus les limites du diaconat lui-même en devenant son vicaire parmi les prêtres ou plutôt au-dessus des prêtres, et le dépositaire de son autorité.
Les archiprètrcs, les primiciers, les prévôts, se distinguent de leurs frères par l'importance toujours plus marquée de leurs fonctions et les mandats épiscopaux qui s'attachent à elles.
D'un autre côté, les titres des villes se dessinent avec plus de netteté dans l'unité du presbytère urbain et tendent à devenir des paroisses complètement constituées et assimilées en l'ait, dans l'indépendance de leur vie. aux églises diocésaines.
La concélébration et les stations maintiennent toutefois encore l'ancienne unité de la cité ecclésiastique, mais le premier et le plus important de ces deux rites célèbres va bientôt s'affaiblir et disparaître.
Du reste, pendant que les ministères ecclésiastiques se concentrent en certains membres de chaque Ordre du clergé, la part d'actionlaissée au peuple s'est déjà concentrée elle-même dans les magistrats et les honorati, pour passer insensiblement entre les mains des grands propriétaires romains et barbares et préparer l'ascendant des princes et des seigneurs féodaux.
Cependant la vie intime des Eglises n'a rien perdu de sa féconde activité, et les grandes calamités publiques, qui ont fait des Eglises la première et la plus forte des institutions sociales, ont donné à son action une force nouvelle.
Peut-être ne retrouve-t-on plus les mêmes empressements des manifestations populaires dans les assemblées ecclésiastiques, mais un ordre constant y règne. L'autorité de l'épiscopat y préside toujours plus respectée, et les peuples, par le progrès de la foi et des mœurs chrétiennes, rendent leur obéissance de plus en plus filiale et respectueuse.
L'Eglise, d'ailleurs, est à cette époque l'unique protectrice des multitudes; tous les intérêts, mais surtout ceux des petits et des faibles, sont gardés sous sa tutelle, et ses immenses bienfaits accroissent encore et affermissent son autorité.
Du reste, par la force des choses et les nécessités sociales, l'Eglise, devenue ainsi la tutrice des peuples et la conservatrice des arts nécessaires, a dû peu à peu transporter la principale source de ses richesses dans la propriété territoriale qu'elle fait défricher et cultiver par des colons accourus de toutes parts sous sa protection et qui en augmentent sans cesse la valeur.
A cet égard, les Eglises des cités imitent les établissements monastiques et deviennent elles-mêmes de puissants propriétaires territoriaux.
Par ce côté, les établissements ecclésiastiques, c'est-à-dire les Eglises épiscopales et les monastères, entrent peu à peu dans la hiérarchie politique nouvelle des grands seigneurs terriens, et vont bientôt prendre avec ceux-ci leur rang dans l'édifice féodal en préparation.
La vie commune, c'est-à-dire l'unité du patrimoine ecclésiastique, se maintient toutefois en chaque Eglise. Les biens forment une
i i GLTBB PARTK I LU l:i I ■> l
unique administrée souverainemenl pai l'évéque ou par l'abbé i
s il s'en déta< he accidentellement quelque partie confiée à titre de précaire ou de bénéfice, dans la primitive acception de ce mot, à quelque laïque <>n même à quelque ec< lésiastique, ce n'est que par manière d'administration a : et l'idée d'un partage général des biens de l'Eglise entre les clercs ou des bieris du monastère entre les moines n'est pas de cette époque el ne s'esl pas en< ore produite dans les esprits ni dans les faits.
N. 1 1 — — ï lr- envahisseurs barbares des biens ecclésiastiques oe
s'attaquenl ils guère qu'aux évéchés <-\ aui abbayes. Il» en usurpent
les litressous l'habit guerrier et n'en cherchent point d'autres, parce
que lr- évéques et les abbés sont encore les seuls administrateurs el
lU titulaires et représentants du domaine ecclésiastique,
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iprès l'an mille, l'Eglise, qui a traversé dans la pureté de sa discipline el la ferveur des premiers chrétiens l'antique société romaine, qui. dans l'époque suivante, a accueilli la société barbare et s'en est faite l'éducatrice par ses bienfaits, se trouve en contact avec la société féodale.
iii Cunctorum palrimoniorum pranliorumque rcditus adaravit, eorumque
peosiooibuG in auro argentoque (collatîs omnibus ordinibus ecclesiasti palatinis, monasteriis, ecclesiis, cœmeteriis, diaconiis, xenodochiis urbanis vel siilnirbaiiisi quot solidi singulis rpiatcr in anno distribuerentur, pascha scilicet, natali Apustolorum, natali S. Andréa?, natalitioque suo, pcr polyptycbum quo hacleons erogatur, indixit. (Joah. Diac. Vit. S. Oreg. M., 1. II, n. 24.) — De dicJmis, ut unusqoisque suam decimam donet, atque per jussionem episcopi dispenseatur, [Capital. Car. M. 1. V, n. ia3.) Placuit ut omnes ecclesia- cum dotibus et omnibus rébus suis in episcopi proprii potestate consistant, atque ad ordi"ationem vel dispositionem suam semper pertineant. [IbiJ., 1. VU,
Mhrasculas vero res, aut ecclesise minus utiles, peregrinis vel clericis, salvo jure ecclesia-, in usum preeslari permittimus. — vin. cari. 7
ap. Lvbbk, t. IV, col. i384.| — Si episcopus humanitatis intuitu, vineolas vel terrulas clericis vel monachis prœstilerit excolendas, vel pro tempore tenendas, etiamsi longa transisse annorum spatia comprobentur, nullum ecclesia pra-judicium patiatur, nec sseculari lege prœscriptio qase eccIesÛB aliquid impediat, opponalur. (Conc. AuRSL. F, can. a3, iïnd., col. i/|o8.) — De his qnse per precatoriam impetrantur ab ecclesia, ne diuturnitale temporis ab aliquibus in jus proprium usurpentur. et ecclesia? defraudentur. (Conc. Hhem. an. t',a3, can. 1, ibid., t- V, col. il
C'est alors qu'apparaît dans tout son éclat la grande notion de la chrétienté.
L'Eglise dirige par ses sommets cet immense corps social composé des nations et des royaumes de l'Europe.
Mais en même temps toutes les parties du corps féodal rencontrent la hiérarchie ecclésiastique. Celle-ci, par la propriété terrienne. pénètre clans ce corps en même temps que l'ordre des relations créées par la féodalité la pénètre à son tour.
Il y a, dans cette compénétration du spirituel et du temporel, de l'une et de l'antre société, des avantages qui ne se peuvent contester. La religion élevé et sanctifie de pins en plus toutes les institutions politiques de l'Etat, de la province et de la cité. Elle se mêle au contrat féodal, elle met un frein aux excès de la force; elle fait prédominer partout l'idée morale du droit, et, au-dessus même du droit, les idées de miséricorde et d'humanité.
Elle sacre les rois et leur rappelle qu'ils sont les protecteurs des faibles; elle intervient dans tous les serments; elle arme les chevaliers. Partout le pouvoir terrestre reçoit d'elle une règle qui en modère les excès, en même temps qu'un éclat supérieur et divin, qui. plus que la force et les armes matérielles, lui assure le respect .
Mais cet état de choses a aussi ses dangers, et, si la hiérarchie des pouvoirs temporels s'ennoblit au contact de l'Eglise, l'Eglise, dans ce contact même, peut trouver des abaissements, et elle peut, si les liens qui 1 unissent à tout l'établissement féodal deviennent trop étroits, participer jusqu'à un certain point à la caducité même de cet établissement, qui, comme toutes les choses humaines, doit connaître à son jour les décadences et les ruines.
Au \i siècle, au début de cette période glorieuse qui fut le vrai moyen âge, la forme des Eglises n'a point subi d'altération: et, dans te grand renouvellement des mœurs et de la vie chrétienne auquel l'Eglise romaine, renouvelée elle-même par saint Léon IX et saint Grégoire VII, donna l'impulsion, elles nous paraissent, comme à leurs premiers jours, fortement constituées dans l'union des fidèles à leur clergé et dans la puissance d'une vie religieuse active qui en resserre tous les liens.
Les assemblées ecclésiastiques offrent alors le plus magnifique spectacle de cette vie des Eglises particulières.
Les immenses cathédrales, au jour des solennités, ne peuvent contenir les multitudes. L'évêcpie préside; tout le clergé est là; les