‹ De l'Église et de sa divine constitutionChapitre 85 sur 114 · I. I ' I [SB P MtTK (I.II.KI I-j · texte numérisé non relu

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princes paraissent h la léte du peuple. I>u reste, tout ce peuple prend part à l'action : il élève sa grande vois dani la sainte liturgie; il s.ui pourquoi il esl là . il comprend le sens de ces assemblée». Quand il rentre dans ses foyers, il j fait pénétra la vie mèn l'Eglise; dans le ours de ses journées laborieuses, il entend 1" mouvement de cette vie. Les cloches qui retentissent l'avertissent des heures de La prière canonique; il sait qu'elle se fait poui lui: il écoute, pour ainsi dire, et il -••ni les pulsations vitales <lu corps dniit il est le membre, de l'Eglise à laquelle il appartient.

Au fond des campagnes, les chevaliers et les laboureurs ■'assemblent aussi auabui de l'autel et sous la bénédiction dot. ilf. Les devoirs du seigneur et les libertés de s<-s vassau consacrés par la religion. L'église se dresse auprès du château, .-<• par ses hautes tours et couvrant à son toui de sa protection, plus puissante que tes forces de la terre, les chaumières qui I t-ii \ ironnent.

Juaquau tond des vallées se dressent d'humbles et gra< ieui oratoires, dépendance de quelque abbaye, eu les pâtres s'assemblent sous la bénédiction d'un moine.

A tous les degrés de L'échelle sociale c'esl une même vie religieuse ; les rois ont leur bréviaire et se mêlent la nuit au choeur do clercs, et les corporations ouvrières ne connaisse»! peint de lien plus fort ni plus dons que les saintes solennités des prières ecclésiastiques.

\ ette époque, toutefois, certains changements g'opéraîenl insensiblement dans la discipline des Eglises particulières.

Le lecteur non- pardonnera <le nous arrêter à les exposeï avec quelque étendue, à cause des suites plus considérables que ces niomeineiit- du droit oui eues dans ! avants-.

El d'abord, le partage et la distinction des attributions et des fonctions entre les clins du même < irdre devenaient chaque jour plus marqués. L'unité du presbytère perdait quelque chose de son antique splendeur.

Les titres des villes tendaient à relâcher Les liens antiques de cette unité, et, si L'usage des stations en conservait le souvenir, ils n'en devenaient pas moins des paroisses extérieurement assimilées, dans L'indépendance de leur vie. aux autre- Eglises du

L'Eglise cathédrale recueillait toujours plus exclusivement dans son sein tous les droits de l'antique presbytère, et ces droit- & centraient dans ses clercs principaux, à l'exclusion du reste de son

clergé, comme aussi le nom de chanoines, autrefois commun à tous, se réservait à quelques-uns (i).

A Rome cependant, le type primitif et sacré de l'unité de l'Eglise particulière se montrait à tous les yeux dans la constitution même de son sénat formé des clercs cardinaux de chacun des anciens titres; et la prééminence de l'Eglise cathédrale de Latran, au sein de ce collège, n'était indiquée que par la représentation plus auguste qu'elle y avait par les sept évèques cardinaux, ses prêtres hebdomadiers.

Ce n'est pas qu'à un certain moment de cette discipline, qui se formait chaque jour avec des fluctuations diverses et qui n'avait pas encore son état arrêté, le droit de premier suffrage dans l'élection du Souverain Pontife, donné à ces sept évêques cardinaux (2), n'eût paru, au sein de l'Eglise romaine elle-même, donner l'avantage à l'Eglise cathédrale et établir sa prérogative.

Mais on voyait dans le même temps, en d'autres Eglises, les prêtres titulaires associés aux principaux chanoines de l'Eglise cathédrale rappeler sous d'humbles proportions, par leur présence dans son sénat, les saintes coutumes de l'Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les autres.

Citons l'exemple de l'Eglise de Besançon, visitée par saint Léon IX, patrie du pape Calixte II, et en relation étroite avec les Pontifes romains réformateurs de cette grande époque (3). Dans cette Eglise, aux clianoines de la double cathédrale s'unissaient les chefs des collèges ecclésiastiques et monastiques de la cité et les curés des paroisses urbaines. Ils représentaient évidemment, au sein du sénat de l'Eglise, les prêtres cardinaux. Ces coutumes se maintinrent jusqu'aux temps modernes, et, comme le sens s'en était perdu, on donnait à ces anciens cardinaux la qualité de chanoines-nés de la cathédrale, pour expliquer leur séance dans son sénat (4).

C'était, si nous pouvons pousser plus loin cette comparaison,

(1) C'est à cette époque que le nom de chanoines, autrefois commun à tous les clercs, commence à devenir un titre d'honneur dans le clergé.

(2) Nicol. II, Decr. de elect. Rom. Pont., an. 1059. Voir plus haut, p. 64. note.

(3) L'église de Besançon avait deux cathédrales unies en un seul corps pour 1. gouvernement du diocèse et l'élection de l'évêque.

(4) Les abbés des monastères de la ville et le chef d'une collégiale étaient chanoines-nés; les titres de curés étaient unis au Chapitre, et, après avoir appartenu à ce titre à des chanoines, ils demeurèrent sous le patronage du Chapitre. (Cf. Dunod, Ilisl. de l'Eglise de Besançon, t. II, p. 127, i35 et suiv.)

dans cette Eglise comme dans l'Eglise romaine, la présence dans le pénal ecclésiastique, réduit à ses membres principaux, de deux éléments: d'une part, les principaux clercs de l'église cathédrale, et, d'une autre part, les chefs des titres de la rille; a Rome, les M'pi cardinaux évoques, premiers prêtres de la cathédrale, puis le> cardinaux prêtres el diacres, chefs des titres urbains;Ti Besançon, 1rs chanoines <>u premiers clercs des deux cathédrales unies, puis les six ou sept titulaires dos églises de la cité. I)m> le fond, les éléments qui composent le sénat ecclésiastique demeurenl les mêmes, mais entre eux la proportion est renversée. Dans I Eglise romaine, les représentants des titres de La ville forment L'immense majorité du collège; dans celle de Besançon, que nous avons présentée comme exemple, cette majorité appartient aux membres du Chapitre de la cathédrale et les titulaires ne paraissent qu'en très petit nombre.

Il est probable que, dans d'autres Eglises, on retrouverait également. .1 l'origine du droil moderne des Chapitres, des traces d'un état de choses analogue et des restes de la représentation des titres urbains. Et l'on comprend aisément comment peu à peu la partie numériquement la plus considérable avant absorbé la partie moindre, à Rome le presbytère parait s'être concentré exclusivement (l.in> les titulaires des Eglises urbaines, tandis que dans les autres Lieux il est représenté par les principaux clercs de l'Eglise cathédrale.

Nous faisons en passant cette remarque, qui nous semble expliquer comment, en partant d'un point de départ commun, la discipline qui réserva peu à peu toute l'autorité du presbytère à ses membres principaux affecta insensiblement une forme différente dans l'Eglise romaine et dans les autres Eglises.

Le lecteur apercevra sans peine que cette différence, produite par le mouvement insensible des institutions, est purement accidentelle et ne touebe pas au fond des eboses.

Mais non seulement les collèges ecclésiastiques se concentrent dans leurs membres principaux et leur réservent toute l'action; au sein même de ces collèges ainsi réduits, le partage des fonctions devient toujours plus étroit et plus exclusif.

C'est à cette époque que les divers offices, les uns regardant le service du peuple fidèle et la charge d'âmes, les autres l'administration générale du diocèse par des délégations épiscopales, tels que l'arohidiaconat, d'autres enfin la discipline intérieure du collège

ISO L ÉGLISE

canonial ou les services liturgiques, prirent toute leur consistance. C'est l'époque où se déterminent en chaque Eglise et prennent l'orme d'offices perpétuels les charges de prévôts, de chambriers, de chantres, d'infirmiers, d'éeolàtres. etc.

Le plus souvent, la coutume a déterminé les attributions et tracé les démarcations. Elle a donné la stabilité et, comme on dit aujourd'hui, l'inamovibilité à ce qui n'était très souvent à l'origine qu'une simple commission du supérieur.

C'est ici surtout que nous rencontrons l'influence des mœurs féodales.

Il suilit en effet d'avoir manié les textes de cette époque pour avoir vu, d'une part, quel grand rôle la coutume jouait dans le fonctionnement de toutes les institutions, et, d'une autre part, avec quelle promptitude et quelle facilité elle se formait.

Pour n'en rappeler qu'un exemple, nous serions portés peut-être à nous étonner de voir le suffrage de tous les Ordres du clergé se réduire en quelques années, sans soulever de réclamation, au suffrage d'un petit nombre de ses membres.

Mais, à la même époque, nous vovons dans l'ordre politique le droit de suffrage des grandes assemblées germaniques réservé --ans contestation, et par la pente insensible de la coutume, d'abord aux princes, puis, parmi ceux-ci, aux sept électeurs. Nous trouverions facilement dans la France féodale des faits analogues.

Il v avait sans doute quelque chose de singulièrement libéral et pacifique dans ce courant des mœurs et des institutions et dans ce droit qui se formait sans l'intervention expresse du souverain, par le seul ascendant des pratiques admises dans le corps social et par le concours de tous.

Mais il v avait aussi, il faut bien le reconnaître, dans cette puissance de la coutume, s'exerçant au sein même de la société spirituelle, un danger pour l'unité et l'intégrité de la discipline ecclésiastique. Nous ne le constaterons que trop dans les siècles qui suivirent.

1 IV

Au xiiic siècle, la société chrétienne semble à son apogée, et, dans l'admirable épanouissement d'une civilisation inspirée par le souffle puissant de l'idée chrétienne, l'Europe tout entière est prête à couvrir le monde de l'immense expansion des forces bienfaisantes qu'elle porte en son sein.

i i Gl LSI PAHTK i lll RE I '7

I - l i tisadea onl été un premier effort. L'apostolat des Ordres

n\ àpparail à la même heure. Partout s'ouvrent des \<>ies nouvelles que la lumière et la rie vont parcourir pooi le aalut du genre Iiuhi.hu .

Mais, entre ces espérances et leur accomplissement, l'Eglise m rencontrer de nouvelles et douloureuses épreuves.

\m siècle s'achève au moment où la grande idée de la poHnque tl 1 1 «■ t i. -n 1 1< • reçoit un premier échec dans la révolte de Philippe le Bel.

La vois du \ icaire de Jésus ' Inisi s'affaiblil bientôt pat un long exil et nn schisme douloureux.

Déplus en plus la politique des princes s'affranchit des directions maternelles de l'Eglise. En môme temps, par une suite nécessaire, commence pour l'Europe une longue période de guerres cruelles. La voix de l'Eglise, qui s'eflbree d'apaiser ces sanglants tumultes et de tourner les armes des chrétiens contre la barbarie musulmane de nouveau envahissante, o'esl plus écoutée, et I Europe chrétienne paraît s'acheminer à de sombres destinées.

M, ii- le contre-coup de cette crise de la chrétienté se lit sentir à l'intérieur même du corps ecclésiastique par l'affaiblissement de l'autorité pontificale et par les calamités causées par les guerres.

II tant bien le reconnaître aussi, une révolution considérable et

rapide s'était faite au sein des Eglises particulières sous la double action des mœurs Féodales et de la coutume. Nous voulons parler de la discipline bénéficiaire.

- sîêcîès précédents, les biens des Eglises et des monastères avaient formé des masses communes administrées par les

evèipies el les abbés.

Mais, a cette époque el des |(> cours du \n siècle, une coutume envahissante, en fixant les distributions un prébendes, est parvenue à partager entre tous les clercs le patrimoine de l'EgKse jusque-là

indivis. El COmnM la société féodale a lait de nombreux emprunts à la société ecclésiastique, celle-ci, à son tour, entraînée par le cou rant des mœurs et des institutions du temps, emprunte à la société féodale la ferme et l'idée du bénéfice.

Connue le chevalier reçoit dans le partage de la terre féodale la juste rémunération du service militaire, ainsi le clerc trouve dans le partage de la terre ecclésiastique la rémunération de la milice spi rituelle. Comme le fief représente le droit du cbevalier de vivre du bien de son seigneur ainsi la terre du bénéfice ecclésiastique repré-

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sente le droit du clerc de s'asseoir à la table ou mense de l'Eglise. A Dieu ne plaise que nous condamnions ce que l'Eglise n'a pas condamné, et que nous confondions les abus de ce régime avec le régime lui-même! Ces abus ont été l'objet des larmes et des travaux réparateurs des saints. Mais ceux-ci ont toujours enseigné que la vie commune était préférable à cette propriété particulière des biens ecclésiastiques, et l'Eglise, alors même qu'elle accepte l'état commun des bénéficiers, n'a cessé de recommander la vie commune et apostolique des clercs comme un état meilleur.

Le régime bénéficiaire n'est donc point de l'essence de la vie de l'Eglise, c'est une institution purement accidentelle dans le cours de son histoire; relativement récente, œuvre d'un siècle, elle peut être abolie par les siècles suivants : c'est, de plus, une institution moins parfaite, et il est permis de demander à Dieu comme une révolution souverainement désirable un retour à la discipline primitive et plus sainte des âges apostoliques, à ce régime qui contenait tous les clercs dans la vie commune et qui remettait à l'évêque toute la paternelle sollicitude de la famille ecclésiastique dans une dépendance filiale de tous ses membres. « La manière de posséder les biens de l'Eglise en communauté, dit Thomassin, est la nature primitive et originaire de tous les bénéfices: les bénélices 'divisés, comme ils le sont présentement, ne sont provenus que des partages qu'en ont faits premièrement les clercs et ensuite les moines propriétaires. » (i)

L'organisation des bénéfices se compléta rapidement, et elle eut pour premier effet de détruire les derniers restes des communautés ecclésiastiques de chanoines. Le clergé des grandes Eglises se dispersa; la discipline claustrale, avec ses réfectoires et ses dortoirs communs, ne laissa plus de traces que dans les édifices qui en attestaient l'ancienne régularité.

L'Ordre canonique fut le premier atteint. Les Chapitres, jusque-là réguliers, se sécularisèrent, et les chanoines séculiers, vivant jusque-là en communauté, se partagèrent les biens de leurs Eglises et se firent une vie indépendante.

Mais l'Ordre monastique subit à son tour la même révolution. Los biens attribués à quelque service particulier, tel que l'hospitalité ou l'infirmerie, devinrent les bénéfices monastiques de l'hôtelier et de l'infirmier; les prieurés eurent généralement le même sort: puis,

(t) Thomassin. Dise, eeclés., f» Ier, I. III. c. xxi, n. ],

i i OLISB PARTICUI I

avec le temps, il se lit dans les abbayes des places >^ moines, imitation des préb 'ndes de chanoines.

l>rs monastères de femmes, subissant ces décadences de la vie commune, sans cesser de faire profession de la règle de sainl Benoit, prirent hautement le nom de Chapitres de chanoinesse*.

\insi la vigueur de la sainteté religieuse, de la vie commune m fortement établie dans les siècles précédents, » 1 * ■ la pauvreté* •■ lique, de la vie apostolique, au lieu de monter par un progrès soutenu et par des aspirations généreuses, sembla fléchir dans tous les vieux corps ecclésiastiques.

En même temps que le titre et la fonction ecclésiastique devenaient un bénéfice, celte fonction même se réduisait par la coutume i limites étroites.

Dans 1rs siècles précédents, les prêtres exerçaient tous le *arertout entier, les diacres s'acquittaient (uns du ministère. Mais, à l'époque du partage étroit où nous sommes parvenus, on distingue entre les clercs avant ou n'ayant pas charge d'àmes. La charge d'âmes n'est plus dans chaque collège sacerdotal que l'emploi d'un petit nombre de personnes. T,e reste des clercs se renferme dans le chant de l'office et n'a plus guère de relations avec le peuple, n'exerçant à son endroit aucun ministère qui le rapproche de lui.

L'Ordre du diaconat et les Ordres inférieurs, confondus dans la masse des clercs sans charge d'àmes, sont réduits aux seules fonctions de la liturgie, où ils sont facilement suppléés et paraissent comme sans emploi actuel ni utilité sérieuse, et, pour retrouver les preuves effacées de l'importance de cette institution sacrée, il faut les rechercher dans une histoire oubliée et remonter dans les siècles pas*

M, us l'autorité épiscopale elle-même rencontrait dans ce nouvel ordre de choses, et dans ces partages étroits des attributions, des entraves qui l'amoindrissaient.

Autrefois, le presbytère formait une seule unité morale, les diacres et les ministres lui prêtaient leur assistance, et l'évéque donnait aux uns et aux autres l'impulsion, distribuait à chacun sa part d'activité et maintenait l'unité de l'action sacerdotale.

Mais la coutume et les bénéfices ont morcelé dans son exercice toute la juridiction ecclésiastique; l'unité du irouvernement en chaque Eglise en est profondément atteinte.

Autrefois, l'action du presbvtère étroitement uni à l'évéque, et

lVgLISE — TOME II 5

i'3o l'église

recevant de lui toutes ses directions, se confondait avec l'action même de l'évèque.

Aujourd'hui, les Chapitres ont transformé par l'usage en un droit distinct et comme indépendant toute la part que la confiance des évèques leur avait donnée dans le gouvernement. /Vu lieu d'être simplement les aides et les coopérateurs de l'épiscopat, n'agissant que dans la vertu qui leur est transmise par l'évèque, les Chapitres s'isolent dans la part de puissance qui leur est attribuée. Les juridictions se divisent et s'opposent : la juridiction de l'évèque rencontre celle du Chapitre, et, au lieu de se confondre comme autrefois dans un seul grand courant parlant de la chaire épiscopale pour atteindre tout le peuple, elles se divisent et se servent l'une à l'autre de limites.

Mais, avec ce partage et l'établissement de ces limites, commencent les éternelles contestations des évèques et de leurs Chapitres au sujet de ces limites elles-mêmes, et, tandis que le presbvtère antique s'est toujours confondu paisiblement, dans son action à la tète du peuple chrétien, avec l'évèque dont il entourait la chaire, les pages du droit moderne seront remplies par ces tristes débats.

Mais ce n'est pas tout, et, au sein des Chapitres eux-mêmes, la coutume et l'institution bénéficiaire ont fait d'autres partages. Les divers officiers de l'Eglise ont transformé en une juridiction acquise les commissions et les mandats dont l'autorité épiscopale les honorait autrefois.

A cet égard, l'histoire des archidiacres peut fournir d'éclatants témoignages | i .

Mais les archidiacres ne sont pas seuls a se partager les lambeaux du pouvoir dont ils étaient les ministres. Il est peu de dignitaires ecclésiastiques qui n'en détiennent une partie.

Du reste, dans ce morcellement général de la juridiction ecclésiastique, la coutume, essentiellement locale, jette partout ses diversités. Il n'y a d'uniforme dans ce mouvement que le sens dans lequel il s'accomplit. Les disparates et les prétentions les plus étranges se produisent en divers lieux, tandis qu'en d'autres demeurent debout des restes imposants de l'ancienne unité du gouvernement ecclésiastique.

Il semble parfois, dans ce mouvement des choses humaines, que les principaux dignitaires de l'Eglise, en s'appropriant des parts

(l) Voir Essai lustor. sur les 'archidiacres.

l i '..i [SB l'Mt'I Kl l.ll RI l'3l

le In juridiction, accomplissent dans ^>u sein une révolu . nililalilr ii celle qui, dans l'ordre politique, s'était accomplie albrfque les grands officiers dé la couronna s'étaient appropriés lès débris «le l'autorité ravale.

I.t's rois, dans l'ordre politique, ressaisirent peu 8 peu celte auloet la confièrent désormais à des ministres commissionr toujours révocables.

Les mœurs féodales; à la suite de là création des bénéfices ecclé* ■••tiques, n'ont elles pas eu quelque eflet analogue su sera de la société spii itueile '

Aussi bien les évéques; ne trouvant plus dans les principaux offile leurs Eglises des ministres dé leur autorité, mais des ordinaires qui m l'étaient part&géoï durent se donner des aides nouveaux, ri. par la création dos vicaires généraux et des ofBciaux, mandataires toujaurs révocables-, ils ramenèrent à leur vrai centre la direction supérieure dés affaires ecclésiastiques et ressaisirent ou maintinrent leur autorité épiscopaiè et souveraine.

Mais. >i l'autorité épiscopaiè se trouva atteinte et amoindrie dans le morcellement des juridictions qui accompagna l'institution bénéficiaire, l'action du corps ecclésiastique tout entier sur les peuples fut elle-même ltien davantage encore affaiblie.

Le premier effet de cette révolution sur les peuples fut de les détacher du clergé hiérarchique et titulaire, qui. dans son ensemble, lui devenait de plus en plus étranger.

L'ancienne unité de vie religieuse, qui fondait en un seul tout en chaque Eglise le sacerdoce et le peuplé; fut diminuée et comme interrompue. Le* fidèles, par une tendance toujours plus marquée, s'isolèrent en quelque sorte de cette grande vie île la famille spirituelle, autrefois si florissante.

Le'c lërgé titulaire ayant charge d'âmes se faisait souvent suppléer par île- vicaires ou des délégués, et il se formait ainsi en ebaque se; à coté du clergé titulaire, un clergé vague recevant de l'évéque ou «lu curé bénéficier, par voie de commission, une juridiction abaissée*.

Bientôt, l'ordination et l'institution furent fréquemment séparées l'une de l'autre. On obtenait le bénéfice, puis on recevait l'Ordre requis; <>n bien, avant reçu l'Ordre sans aucun litre, on acquérait plus tard le bénéfice. Bientôt, s'introduisirent dans la langue ecclésiastique des termes nouveaux comme les choses qu'ils exprimaient. Les bénéfices se résignaient, se permutaient, se cumulaient.

l32 l'église

C'eût été autrefois une chose étrange que l'abandon fait par un clerc du service de son Eglise ; c'était une chose odieuse que le passage d'un clerc d'une Eglise à une autre ; mais surtout c'eût été un monstre impossible que l'inscription d'un clerc au canon de deux Eglises éloignées.

Pour que toutes ces choses se pussent faire couramment, pour qu'un clerc pût indifféremment passer d'un canonicat de Lincoln "à un canonicat de Tolède; pour qu'il pût, même avec dispense légitime, occuper en même temps ces deux canonicats, il fallait qu'un profond changement se fût opéré dans les mœurs des Eglises ; il fallait, ce qui n'était que trop vrai, que les clercs fussent devenus à peu près étrangers à leur peuple, et que le peuple en chaque Eglise ne s'intéressât plus guère à son clergé titulaire.

Mais l'état ecclésiastique, rendu indépendant des intérêts spirituels de chaque peuple particulier, ne devenait-il pas une vaste carrière ouverte partout par la possibilité de toutes ces mutations successives ? C'était même une carrière temporelle, par la différence des bénéfices. Il y eut des riches et des pauvres parmi les bénéficiers, et, perdant de vue l'ancienne stabilité des clercs qui, recevant les nécessités de la vie d'un fonds unique, vivaient autrefois dans un état à peu près uniforme, on en vint à admettre facilement le passage d'un bénéfice peu lucratif à un bénéfice plus avantageux ; les clercs quittaient une Eglise pour passer à une autre; et les avantages temporels dans la possession des biens ecclésiastiques étaient proposés comme un but, secondaire sans doute, et une récompense légitime aux succès scientifiques des docteurs et aux divers travaux des clercs dans les cours ecclésiastiques ou le service des prélats (i).

En même temps, l'éclat des bénéfices considérables le itait l'ambition des familles, et l'on voyait les maisons illustres, qui jusque-là confondaient leurs fils avec les fils des pauvres dans le service de Dieu, leur réserver peu à peu exclusivement les riches canonicats et les places de moines des puissantes abbayes.

Ainsi commençait, sans l'appui d'aucun texte et fondée unique-

(i) L'exil des Souverains Pontifes à Avignon et le grand schisme qui le suivit, en obligeant les Papes, privés, au moins en grande partie, des revenus de l'Eglise romaine, à créer de nouvelles ressources à leurs officiers, les contraignirent de recourir aux bénéfices des autres Eglises. C'est à cette époque que les cardinaux commencèrent à posséder des évêchés dans les diverses parties de la chrétienté.

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ratai suj la coutume, toujours souveraine en matière il»-' béni l'institution des chapitres el des abbayes nobles.

Mais si les richesses de l'Eglise sont entre ses mains un immense bienfait pour le monde tant qu'elle les administre pai elle-même et comme son trésoi commun, ne sont-elles pas une cause d'affaiblissement pour l'action sacerdotale dès qu'elles deviennent les richesses individuelles du prêtre ? Si le sacerdoce est une carrière pour celui qui l'embrasse, son autorité, toute spirituelle, est diminuée.

Le progrès de l'institution des bénéfices ne parait-il pas dans une certaine mesure lui infliger cet abaissement .'

La paternité ne saurait être une carrière, et on n'y connaît pas d'avancement

Si le prêtre, dans son ministère, pendant qu'il cherche le salut îles hommes, poursuit en même temps une carrière humaine, quelque honorable que soit cette carrière, il n'est plus au même le père des âmes, mais il devient dans un ordre élevé un administrateur justement rétribué. Les peuples le pourront bien encore estimer et respecter, mais ils ne verront plus en lui exclusivement l'homme de Dieu, qui leur appartient et auquel ils appartiennent par un pacte inviolable et par les relations surnaturelles, substantielles et profondes de toute la vie nouvelle et du mystère divin et social de l'homme régénéré.

Les conséquences de ce nouvel état de choses ne tardent pas à se déclarer au dehors par des symptômes significatifs.

Ainsi, comme les liens vénérables qui, dans chaque Eglise, unissaient le peuple à son sacerdoce, se détendent, et que, dans ce relâchement de l'ancienne unité de l'Eglise particulière et cette diminution de son activité intime, les fidèles se désintéressent toujours plus de ce qui touche à sa vie publique, nous voyons disparaître dans un court espace de temps toute parlicipalion du peuple aux élections ecclésiastiques ; nous voyons cesser entièrement la pénitence publique, qui devient impraticable et sans objet alors que l'esprit de communauté s'est éteint au sein de chaque Eglise et que le peuple s'est en quelque sorte désagrégé.

Mais, parmi tous les effets de cette révolution, celui qui sans doute fut le plus directement sensible aux multitudes, et dont l'espiit du mal abusa davantage dans les soulèvements hérétiques qu'il produisit à cette époque, ce fut l'atteinte portée à l'antique administration du patrimoine ecclésiastique.

Autrefois, nous l'avons dit, le bien de l'Eglise était le bien de

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tout;- la corporation chrétienne. L'évèque. comme un père de famille, en distribuait les revenus. C'était, clans toute la force du terme, le patrimoine du Christ et des pauvres (i) ; les clercs en étaient nourris sous ce titre glorieux ; les basiliques et les bâtiments de l'Eglise en étaient construits ou réparés, parce qu'ils sont proprement les maisons du Christ et des pauvres.

Mais, par l'organisation des bénéfices, la propriété ecclésiastique s'est rapprochée dans la forme de la propriété féodale; et. comme les bénéfices laïques forment l'apanage de la milice séculière, les bénéfices ecclésiastiques sont, aux yeux de tous, les biens du clergé, et perdent, dans l'appréciation du vulgaire, leur caractère antique de patrimoine commun de tous.

Nous le savons, le fond des choses n'est pas changé, et les bénéficier* sont sévèrement avertis, par les canons de l'Eglise et la sentence des théologiens, de l'obligation où ils sont de consacrer aux pauvres tout leur superflu. Ils ne sont, leur dit-on sans cesse, que les administrateurs du bien des pauvres, et le patrimoine de ceux-ci n'a pas changé de caractère ni de maître pouravoirété réparti entre un grand nombre de fermiers (•*).

Mais, il faut bien en convenir, le légitime emploi de ces biens au service des pauvres, au lieu de la garantie publique que lui donnait sa constitution en une seule masse, n'a plus d'autre garant que la conscience individuelle; et quand le clerc fait l'aumône, il parait aux yeux des peuples individuellement charitable et bienfaisant. Mais ceux-ci ont eux-mêmes perdu de vue l'antique domaine qui leur appartient.

On pourra donc exciter désormais les jalousies des multitudes à l'endroit des richesses ecclésiastiques. Et, quand les princes séculiers s'en empareront par la violence, l'usurpation paraîtra moins odieuse, et ne touchera pas au même point les populations déshabituées désormais de les regarder comme leur propre patrimoine,

Aussi, h cette époque où l'Eglise semble compromise aux yeux du monde par les attaches qui la lient, dans les divers degrés de sa hiérarchie, au domaine terrestre et féodal, l'Esprit divin qui suscite

(i) fie/fui. Aquisgr. can. 2; Conc. Anv rn. can.o: Conc. Tolet. VI, can. 10. etc.

(2) Conc. Trid. scss. x.xiv, de reform. c. xiv. Ne quis admittatur ad po«sessionem beneficii aut distributionum, cum frucluum distributione in usus piofi non converlenda.

i EGLISE P vilTK.l i.ii m l35

unis < h «lits mendiants leur inspiré La pauvrei&comme Le, remède aux maux de ces temps.

t Dominique ut sarinl François, ces illustres pauvre liques, sont montrés à Innocent III soutenant L'édifice .ébranlé xLe l'Eglise .de La Iran ; et, par ces rnagoifiques. créations, Dieu m au monde qu'il n'abandonne pas -<>n Eglise «'t qu'il la défend des pénis mêmes qui naissent de ses triomphes et de l'éclat temporel que lui a ^.ilu la grandeur de ses bienfaits.

Il est loups, en clV't. de coBsidéeer et d'admirer La magnifique efflore ! s œuvre-, nouvelles que Dieu fiait naître en s i i

pour entretenir et développer s > ts t > îs ses aspe:ts la vie religieuse des [toupies.

A maure qu'au sein des Eglises particulières l'activité de cette ralentit, l'Ksprit de Dieu la ranime et porte remède les laogueuis.

l)an> L'ordre de La prière, le peuple prend uue part amoindrie à inde vie liturgique. Les chœurs des églises se ferment pour lui. et les antiques collèges de ses clercs, devenus des chapitres de chaooinea qu'il ne conn lit plus guère que comme de puissants seigneurs féodaux, s'isolent de plus en plus dans l'enceinte, toujours plus opaque <pii les sépare de la multitude.

Dans les paroisses et Les m lindres églises, L'office liturgique, il Ùt vrai, se maintiendra jusqu'au seuil des temps modernes ; car les curés et leurs clercs ou familiers des Eglises doivent la prière publique quotidienne à leurs peuples. Mais la récitation privée du bréviaire, après la divulgation des livres imprimés, va bientôt se substituer à ce gean l devoir en en conservant les précieux restes ; et cette liturgie p ipulaire des moindres Eglises, ces psalmodies puliliques s'élevant à toute heure dans le monde entier des lieux les plus Duatiques et Les plus obscurs, ne laisseront plus d'autre monument que L'avis solennel de l'évèque aux curés dans le discours que le pontilical lui met- sur les lèvres à l'ouverture du synode i .

Mais, à cette heure où la prière publique s'alfaiblit, le rosaire, d'un bout à l'autre du inonde, devient comme un psautier populaire, et. à la suite des confréries du rosaire, d'autres pieuses asso-

(i) Omni noete ad nocturna*. bons surdité. ôfSciom restrom horis certis

decantate Quisqne presbvter elcricum habeat, v?l scholarcm, qui cum eo

psahnos canter, epislolam et lectionem légat. (Pemrj Rom. Ordo *d sjno4<M\.)

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ciations, fleurs innombrables et odorantes, couvriront la terre des églises et pénétreront dans toutes les paroisses.

On verra même des associations de pénitence suppléer aux saintes rigueurs de la pénitence publique des Eglises.

Si, par la création des bénéfices et la répartition de son patrimoine entre les clercs, l'Eglise a vu s'obscurcir dans le collège de ses ministres son caractère de trésorière des pauvres; si elle n'est plus, aux yeux des peuples, la grande et unique association charitable des fidèles entre eux, l'Esprit de charité suscite dans les confréries du Saint-Esprit et de Saint-Lazare les premières associations de bienfaisance, qui bientôt, sous des titres divers, se multiplieront avec une sainte émulation.

Si les écoles des Eglises, comme des flambeaux qui pâlissent, ont perdu de leur éclat ; si les traditions gardées dans leur sein tendent à s'effacer, depuis que le presbytère s'est transformé et qu'il peut être composé d'étrangers appelés de toutes parts, les grandes Universités surgissent en Europe et donnent à l'enseignement de la théologie et de toutes les sciences une splendeur qu'il n'avait pas encore eue.

Enfin, si le ministère ordinaire a perdu de sa vigueur et de son efficacité sur les peuples; si les liens qui unissaient l'antique presbytère et le peuple, en se relâchant dans chaque Eglise, ont affaibli son influence ; si les pasteurs eux-mêmes sont devenus des béhéficiers trop souvent suppléés par le ministère abaissé de vicaires commissionnés; si la charge d'âmes, remise en des mains moins puissantes, a perdu de sa vertu bienfaisante pour la guérison des âmes, l'Esprit créateur suscite les grands Ordres apostoliques. Les Frères Prêcheurs et les Frères Mineurs viennent au secours des Eglises affaiblies. Une prédication et un ministère détaché de toutes les limites des juridictions locales et dépendant uniquement du Souverain Pontife, se répandent dans le monde entier.

L'Eglise romaine, à laquelle ces grands corps se rattachent, vient ainsi au secours de toutes les autres; et l'apostolat, qui apparut au commencement pour faire naitre les Eglises et qui les a précédées dans l'ordre du temps, apparaît de nouveau sur la terre pour les secourir et les vivifier.

Bientôt, à des maux plus grands s'opposeront, dans cet ordre de choses, de nouvelles créations; et, lorsque les décadences d'une part et les révoltes de l'autre, à la suite du grand schisme et à l'apparition du protestantisme, qui, préparé par les hérésies de Jean Huss

L'ÉGLISE l'Ain ci. uni \'\~

ct do rViclef, n.i détacher une partie do l'Europe de L'unité^ catholique, appellent de nouveaux sec «de Dieu, l'illustre Compagnie de

ipparail , suscitée par son Esprit.

Sur un type nouveau déjà montré au monde par l'Ordre des Théatins, naîtront 1<^ Congrégations de clercs réguliers, et une nouvelle forme de l'apostolal sera donnée au monde,

Ainsi l'Esprit de Dieu, qui anime tout le coqis de l'Kglise, s'y manifeste pai des oeuvres nouvelles el relève par des remèdes puissants les parties languissantes. L'apostolat parcourt le inonde et fait circuler dans le corps entier de l'Eglise dos forces nouvelles. II relève les aines et il rajeunit la \ie des Eglises.

Vins! tout un ensemble de créations nouvelles apparaissent à la fois dans l'Eglise et répondent à des besoins jusque-là inconnus et aux exigences d'une situation qui ne s'était pas encore produite.

Tandis (pieu chaque diocèse l'autorité épiscopale se relève par l'institution nouvelle des officiauxet des vicaires généraux, dans le inonde entier les confréries pieuses, les associations charitables, le renouvellement de la doctrine par les Universités, et, au-dessus de toutes ces créations, celle des. grands Ordres religieux, paraissent à la même heure dans l'histoire de l'Eglise. Remèdes puissants et efficaces des langueurs et dos décadences, ils descendent des trésors do Dieu à l'heure des besoins, et ils ne se font point attendre.

Nous le savons, des esprits chagrins se sont élevés contre toutes CCS salutaires institutions.

Les jansénistes ont blâmé les confréries pieuses. Mais les Ordres religieux surtout ont été attaqués dès l'origine par Guillaume de Saint-Amour et ses sectateurs (i |, et plus tard par ces mêmes jansénistes l 'a). Justifiés par leurs bienfaits», par l'attachement des peuples, plus glorieusement encore par les outrages des hérétiques et des impies, ils ont trouvé, jusque dans les rangs des catholiques, des adversaires qui leur reprochent comme un envahissement le ministère qu'ils exercent et la mission qu'ils tiennent du Souverain Pontife. Guillaume de Saint-Amour soutenait déjà qu'il j avait abus dans tout secours spirituel administré aux âmes par d'autres que le*

i 1 1 Principalement dans le fameux ouvrage De periealU novissimorum temporum : a Sanclordm expulsionem de mundo tvranni antiquitus per violentiam pro-

« urare conati sunt Nunc hoc id<m perversi liomines astutis consiliis

attentant quantum ad religiosos. » (S. Thom. Opusc. XLX, cent, impagn. Dei cnltum et relig., proœm.)

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