‹ De l'Église et de sa divine constitutionChapitre 90 sur 114 · IX · texte numérisé non relu

IX

Ce que nous venons de dire au sujet des Ordres monastiques et des Ordres apostoliques nous amène à appeler l'attention du lecteur

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sur une distinction qu'il importe grandement d'établir entre les divers Ordres de personnes ecclésiastiques.

Les canonistes onl coutume de distinguer entre le clergé séculiei el le clergé régulier. Cette distinction pratique et connue de tous repose principalemenl sur la différence d'état et d<- genre de vie des personnes.

Mais il en esl une autre qui tien! j>Iu^ profondément a la constitution même de l'Eglise el qui repose sur les relations des personnes avec sa hiérarchie, à savoir la distinction entre le clergé attaché pu litre aux Eglises particulières el le clergé sans titre destiné au service universel de l'Eglise.

Dans la première classe prennenl place, avec les bénéficiera séi uliers, les moines et les Chanoines réguliers; la deuxième classe con-> tient, avec les Ordres religieux proprement dits, les diverses Congrégations <le prêtres séculiers qui, dans ces derniers temps, ont été suscitées par l'Esprit de Dieu et destinées à l'apostolat, et les clercs vagues qui servent l'Eglise sans être liés par titre à aucun lieu.

< >u s'est peut-être insensiblement trop habitué à confondre ces deux ordres de distinction; on s'est, disons-nous, trop habitué à considérer le clergé séculier comme seul chargé originairement et par nature du ministère titulaire des Eglises et à regarder l'apostolat comme l'unique ministère réservé à l'état religieux, tellement que les religieux ne semblent plus pouvoir être les clercs titulaires d'aucune Eglise sans une exception ou nue dérogation à l'ordre naturel des choses, comme aussi les clercs séculiers ne pourraient qu'exceptionnellement s'assimiler aux religieux dans l'apostolat. Mais, nous l'avons suffisamment montré, il convient que la profession religieuse, appartenant par son essence même à l'Eglise tout entière et n'étant que la perfection du christianisme, pénètre dans toutes les parties du corps de la chrétienté; par les deux Ordres canonique et monastique, cette excellente profession, dès les temps apostoliques, sans aucune dérogation aux principes de la hiérarchie, intimement associée à la vie des Eglises particulières.

D'un autre coté, rien non plus ne s'oppose à la vocation apostolique dans l'état du clergé séculier ; ainsi l'expression de clergé séculier n'est point synonvme de clergé titulaire ou ordinaire des Eglises, puisque des religieux peuvent avoir cette dernière qualité; et l'expression de clergé régulier n'est point équivalente à celle de clergé apostolique ou auxiliaire, puisque des clercs séculiers peuvent n'être attachés à aucune Eglise particulière par le lien du

titre, et, dans cette situation, servir l'Eglise et exercer L'apostolat. Il y aurait, à notre avis, péril à confondre ces deux ordres de distinction : il y aurait péril à confondre la notion de clergé séculier avec celle de clergé titulaire, la notion de clergé régulier avec celle de clergé apostolique, tellement que le ministère ordinaire des Eglises emporterait la sécularité, et que les forces de la vie religieuse seraient exclusivement réservées au ministère apostolique et auxiliaire. L'histoire des temps apostoliques et des plus beaux %os chrétiens, le témoignage de tous les siècles qui ont précédé l'apparition des Ordres religieux apostoliques et pendant lesquels le ministère des religieux, moines et chanoines, était exclusivement réserve'; aux Eglises dont ils étaient les titulaires, protesteraient contre cette confusion ( i i.

Mais, si elle venait à prévaloir absolument dans les esprits et dans les faits, il en résulterait pour le clergé titulaire et le corps des pasteurs comparé au clergé apostolique et auxiliaire une somme d'infériorité relative. Car la plus grande somme de vertu et de sainteté se trouvera toujours, par la force des choses, du côté de la profession publique des conseils évangéliquess Les peuples feraient eux-mêmes trop facilement ce discernement, et, abandonnant partout où ils en auraient le choix le ministère des pasteurs pour s'attacher aux Instituts apostoliques, ils laisseraient de plus en plus s'affaiblir le lien sacré qui les attache à leurs Eglises.

La vie des Eglises particulières et des paroisses qui sont ces Eglises ou les membres de ces Eglises, la vie de la hiérarchie divinement instituée, irait s'àffaiblissant toujours davantage; le ministère apostolique des religieux d'institution ecclésiastique, au lieu de la soutenir, contribuerait à l'affaiblir; en servant les intérêts particuliers des âmes, il préjudicierait aux intérêts publics du corps tout entier; il y aurait comme une déplorable opposition entre ces deux ordres d'intérêts; et, contrairement même à la divine constitution de l'Eglise, tandis que l'œuvre des missions doit ou préparer la voie aux Eglises, ou les soutenir et les renouveler; tandis qu'il est dans l'ordre que les missions précèdent les Eglises pour les fonder, et qu'elles viennent ensuite exlraordinairement les assister dans leurs besoins spirituels, on verrait, au contraire, dans l'affaiblissement de celles-ci, un état permanent de missions plus ou moins llorissantes

(i) Nous rappelons à ce propos l'enseignement du pape Urbain II au Concile de Njmes cit • plus hau!.

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1er îi leur activité. Toute la vie religieuse quitterai! peu à peu çlises pour se concoirtrei dans un nouvel ordre de choses, et le ministère apostolique, mobile el passager par nature et l'auxiliaire de la hiérarchie, sérail partout.au moins quarrl à l'efficacité prépondérante de ses directions, substitue a l'action continue et aux pouvoirs ordinaires des pasteurs qui forment le corps même de cette hiérarchie.

Les Ordres apostoliques, oes grandes créations de l'Esprit-Saint an sein de l'état religieux., n'ont point apparu dans le mondi leur préparation providentielle, el ils se sont reliés aux institutions des dents par une transition insensible.

Les saints fondateurs eux-mêmes, choisis de Dieu par une vocation spéciale pour leur donner naissance, n'ont, le plus souvent, connu les desseins dont ils étaient les instruments qu'après L< tu aceomplissement. L'Esprit de Dieu, qui les conduisait dan- le développemenl de ces admirables ouvrages, afin qu'il lût bien constant <pie lui seul en était l'auteur, et pour que toute la gloire lui en revint, ne leur révélait que peu à peu ce qu'il était nécessaire quais connussent du plan de l'édifice; et ce divin architecte ne communiquait son secret à ses ouvriers prédestinés que dans la suite et la mesure que l 'avancement de la construction exigeait.

Ainsi la divine Providence, d'une part, préparait peu à peu le lorrain où devaient,, s'élever à la gloire de Dieu ces monuments magnifiques, et, d'autre part, elle suscitait en temps opportun les hommes qui devaient entreprendre et diriger les travaux.

Du reste, il en fut ainsi de toutes les phases diverses que parcourut l'état religieux et des développements successifs qu'il reçut des si'

Déjà, au sein de l'Ordre monastique, l'avènement des Congrégations entre abbayes qui apparut avec l'ordre de Citeaux avait été préparé par les filiations nombreuses des prieurés dépendant de Clunv et des autres grands monastères. Ce fut l'importance croissante de ces prieurés et l'autonomie relative que cette importance et la distance des lieux commençaient à leur donner qui ouvrirent la voie à la confédération des ahhaves dans un Institut commun. Cette féconde innovation dont l'Ordre de Citeaux offrait le premier type fut aussitôt imitée, et l'Ordre canonique eut sa grande Congi tion de IVétnontré.

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Un siècle plus tard, quand saint Dominique parut, au moment où les Ordres religieux proprement dits allaient naître par lui et par son frère saint François, ce grand homme ne parut pas concevoir d'abord d'autre dessein que l'établissement d'une Congrégation de Cbanoines réguliers. Le premier diplôme pontifical donné à son Ordre ne laisse pas entrevoir autre chose, et saint Dominique donna même le titre d'abbé à l'un de ses premiers disciples (i).

Mais les nécessités de l'apostolat emportèrent l'Institut naissant dans des voies nouvelles.

Il y eut un maître général, des prieurs provinciaux, et les religieux appartinrent tous à un corps unique dont le maître général était le véritable chef.

Ce n'est pas que cette nouveauté se déclarât tout d'abord en son entier. Le passage fut insensible entre le lien du titre qui attache le moine ou le Chanoine régulier à son église et le lien de la simple filiation religieuse qui attache le Frère prêcbeur à son couvent. On prenait d'abord facilement l'un pour l'autre, et l'on vit les Frères prêcheurs de Besançon se considérer comme un des Chapitres collégiaux de la cité, et vouloir, à ce titre, prendre part à l'élection de l'archevêque avec les collégiales et les abbayes, membres de celte illustre Eglise.

Mais un grand pas était fait dans le sens des institutions nouvelles. Le maître général n'est plus, comme l'abbé de Citeaux, le prélat d'un collège ou d'une Eglise particulière, président d'une confédération d'abbayes qui ont chacune leur autonomie et leur gouvernement parfait, chef lui-même de l'une de ces abbayes, mais il est exclusivement et purement le cbef de l'Ordre tout entier.

Les prieurs provinciaux, à leur tour, ne sont les prélats d'aucun monastère particulier; et ainsi l'Ordre est gouverné par une hiérarchie d'administrateurs qui ont un caractère tout nouveau et qui ne peuvent plus être considérés comme des chefs d'Eglises.

Les provinces elles-mêmes ont été précédées et préparées par les eircarix des Prémontrés destinées à faciliter les visites des abbés, mais elles sont dans les nouveaux Ordres un élément permanent et essentiel du gouvernement.

Ce que nous disons des Frères prêcheurs s'applique également aux Frères mineurs et aux autres Ordres religieux.

Peu à peu on vit, dans les nouvelles Sociétés, toutes les charges

(i) Bulla IIoxor. III, 22 déc. 1216.

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l'abord sans terme devenir temporaires; les religieux euxmêmes, étant \ :s .1 L'apostolat, s'ils trouvent encore dans le I i«-n

de lili.iticin des couvents une sorte de stabilité et un abri déterminé, vont sur l'ordre des supérieurs i hen hei au loin et hors des limites uvents les objets de leur Laborieux ministère.

ivec les clercs réguliers qui parurent au \\i siècle, les liens de la stabilité locale s'affaiblissent plus encore, et la filiation, ainsi qu'on le voit dans la ( ompagnie de Jésus, passe de la maison à la province ou même à l'Ordre entier, en même temps que le pouvoir suprême est toujours plus étroitement central»

Ainsi, de plus en plus, l'apostolat dans l'état religieux s'él de la vie sédentaire des Instituts monastiques, et ces grands corps nouvellement suscités de Dieu se montrent à nus yeux dans tonte la libellé de leurs mouvements et dans la pleine expansion de la forme spéciale que son Esprit leur imprime pour le scr\i l'Eglise iverselle.

Nous verrons ailleurs comment le Souverain Pontife, en les sous- Irayant à L'autorité des évéquesdes lieux et en leur communiquant lui-même la juridiction spirituelle, ne lit qu'entrer dans le dessein providentiel de ces grandes créations et consacrer la forme essentielle qui leur convient.

Attachés à l'Eglise universelle, ces corps ne peuvent dépendre que de son chef. Il serait absurde que les Supérieurs généraux des Frères prêcheurs, des Frères mineurs ou de la Compagnie de Jé-us dussent chercher à une autre source la souveraineté qu'ils exercent dans le monde entier sur les provinces et les sujets de leurs Instituts.

Terminons celle étude par une dernière observation.

Il faut bien le reconnaître, les différences profondes que nous avons signalées entre les Ordres religieux el les < Irdres monastique et canonique <>nt été parfois, dans les temps modernes, obscurcies par les constitutions nouvelles et les réformes de ces dern

Pour lutter avec plus de succès contre les envahissements de la commende, les Ordres monastiques, en plus d'une contrée, rendirent le pouvoir des abbés temporaire. Du même coup il fallut enlever l'élection des abbés aux abbayes elles-mêmes pour la transporter au < h apitre général.

La forme du gouvernement monastique en fut profondément allérée; la stabilité même du religieux fut atteinte et le lien qui l'attache à son ministère s'affaiblit, en même temps que le lien de

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la paternité spirituelle qui unit l'abbé à ses moines se relâchait aussi parles vicissitudes d'un gouvernement dont le personnel pouvait successivement appartenir à tous les monastères de la Congrégation.

La famille monastique perdait ainsi son antique stabilité, et se rapprochait des conditions de vie des Ordres religieux proprement dits.

En France, une organisation de ce genre soumit tous les monastères des Congrégations de Saint-Maur et de Saint-Vannes au gouvernement de prieurs temporaires nommés par les Chapitres généraux et tenant lieu des abbés dont la dignité semblait définitivement usurpée par les commendataires.

Les Chanoines réguliers subirent des conditions analogues dans leurs Congrégations modernes (i).

Sous cette phvsionomie nouvelle, on put perdre de vue les différences essentielles qui séparent l'Ordre monastique et l'Ordre canonique des Ordres religieux proprement dits (2).

Mais la nature des choses réclame contre cette confusion. 11 sera toujours vrai que, conformément au sixième canon de Chalcédoine, les clercs des monastères. de moines doivent appartenir par leur ordination aux Eglises de ces monastères. Il sera toujours vrai que les Chanoines réguliers, clercs par l'essence de leur profession, ne

(1) Dans ces diverses Conurbations modernes, le lien de la filiation qui rattache le religieux à son monastère fut supprimé ou transféré à la Société tout entière.

(2) Les intéressés eux-mêmes ne se défendirent pas toujours de cette confusion. C'est ainsi que de pieux auteurs chanoines réguliers voient dans saint Augustin le fondateur d'un Ordre religieux dont une colonie fat envoyée à Saint-Jean de Latran pour y fonder la Congrégation de ce nom. Ils n'aperçoivei.t pas l'anachronisme d'un pareil établissement. Saint Augustin soumettait ses clercs à la profession religieuse et cénobitique, mais ils demeuraient liés à leur Eglise d'Hippone par le titre de leur ordination; ils appartenaient à cette Eglise, et non pas à une Congrégation qui pût disposer d'eux à la manière des Ordres religieux et les envoyer au loin.

L'idée d'un pareil ordre de choses n'est pas de ce siècle, et la vie de saint Augustin nous en donne une preuve éclatante. Saint Pinien prit auprès du peuple d'Hippone l'engagement de ne recevoir la prêtrise qu'au service de cette Eglise et au sein du clergé qui formait la communauté de saint Augustin. Mais cet engagement eût été sans objet si, au lendemain de l'ordination, le chef de cette communauté eût pu envoyer au loin le nouveau prêtre. Nous savons, il est vrai, que les Eglises d'Afrique appelaient à l'envi les clercs de saint Augustin à occuper leurs sièges épiscopaux, et qu'ils y portaient les enseignements et la discipline de leur maître, mais c'est là tout autre chose.

l i QLI8B P ut [ICULIÈR] l S 5

>c peuvent concevoir dans la pleine notion de leur Institut sans leur inscription au canon d'une Eglise, c'est-à-dire sans le I i«- 1 1 hiérarchique qu'exprime proprement le nom da. chanoine, Il sera toujours vrai que l'ordination «les religieux fratrei ou clercs réguliei contraire; ne les lie à aucune Eglise et ne les fail titulaires d'aucune Eglise; Il sera toujours vrai que la filiation religieuse qui subsista dans ces Ordres et qui attache le religieux à une maison ou à une province déterminée fcienl uniquement aux règles de gouverne menl de l'Institut et non aux lois de la hiérarchie, comme aussi elle dépend • Lins son origine de la profession qui l'ail le religieux <'t non de L'ordination qui l'ait le clerc et le ministre sacré;

Nous pourrions nous borner à ces papides considérations sur L'état religieux el les formes diverses qu'il a revêtues dans le cours des m sn vice public do l'Eglise et des àiues.

Mais, à coté (\v< ministères spirituels dont les divers Instituts religieux se sont laborieusement et si utilement acquittés, il esl un autre ordre de services qu'ils ont rendus et que nous ne devons point passer entièrement sous silence.

Nous voulons parler des œuvres de miséricorde que l'Eglise a accomplies par eux pour le soulagement de l'humanité.

Rien n'a plus été recommandé dans l'Evauyile que l'exercice de la charité envers le prochain, et tous les chrétiens en ont reçu le commandement divin de la bouche du Seigneur'.

Mais, au-dessus des œuvres de la bienfaisance individuelle, nous l'avons déjà dit. apparut dès les premiers temps le grand ministère de la charité de- Eglises

Tous las fidèles, associés par le lien même de la communion ecclésiastique, conspiraient à former cette union de toutes les forces bienfaisantes du peuple chrétien.

Les Eglises étaient «le puissantes Sociétés charitables, les seules même (pie l'on connût alors: car, dans l'admirable énergie de la vie qui les animait, elles suffisaient largement à toutes les aspirations généreuses des âmes el satisfaisaient à tous leurs pieux désirs d'association pour le bien.

Par là, la charité devenait dans le monde un ministère public, et elle revêtait au sein de chaque Eglise un caractère hiérarchique.

Le sacerdoce en avait la direction ; les clercs, comme chefs et

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magistrats spirituels de la sainte cité, étaient préposés aux œuvres de la bienfaisance publique. A leur tête on voyait les évèqucs, établis, par leur dignité même, pères des pauvres (i). Les diacres leur avaient été donnés dès le commencement par les apôtres pour ministres principaux dans cet ordre de sollicitudes (2), et la hiérarchie sacerdotale et lévitique paraissait ainsi tout entière revêtue du magnifique caractère de dispensatrice des aumônes du peuple chrétien. Celles-ci, en passant par ses mains, prenaient un caractère sacré; elles étaient placées, pour ainsi dire, sur l'autel, et elles se* répandaient de l'autel sur les infortunes humaines.

Mais cette noble prérogative du clergé n'avait rien d'exclusif, et il appelait à lui le concours de toutes les âmes saintes.

Aux clercs, et sous leur direction, s'adjoignaient d'abord, dans ce grand ministère, les vierges et les veuves consacrées à Dieu et inscrites au Canon des Eglisesàla suite du clergé, ces veuves qui devaient . dit l'Apôtre (3), avoir lavé les pieds des serviteurs de Dieu pour mériter l'honneur delà consécration ecclésiastique, puis, en un rang inférieur et sans aucun titre sacré, des ascètes et de pieux laïques qui se dévouaient au service des pauvres et des malades sous la même autorité.

L'exercice public de la charité était tellement uni à tout l'ordre des Eglises et s'attachait si inséparablement à la hiérarchie, que la demeure de l'évèque était, dit saint Isidore, par une sorte de droit inhérent à sa charge, «l'asile commun et le domicile des pauvres » (4), et que les maisons ecclésiastiques semblaient aussi bien destinées à ceux-ci qu'à l'habitation des clercs.

(1) Omnes fidèles ex iis bonis quœ habetis, aut ex labore ministrate sanctis (id est pauperibus, prœcipue damnatis ad metalla propter Christum aut in carcere inclusis) perepiseopum vestrum. (Consl. aposi. 1. V, c. 1, ap. Labbe, t. Ier, col. 337.) — Quod colligitur, apud prœpositum deponitur, et inde opitulatur viduis et pupillis et his qui propter morbum aut aliam causam egent. (S. Justin. Apolog. II.)

(2) Act. vi, 1-6.

(3) / Tim. v, 9, 10.

(4) Oporlebit eum (episcopum) sollicita dispensatione curam pauperum gerere, esurientes pascere, vestire nudos, suscipere peregrinos, captivos redimere, viduas ac pupillos tueri, pervigilem in cunctis exhibere curam, providentiam et distributionem discretam. In quo etiam hospitalitas ita erit prsecipua, ut omnes cum benignitate et caritate suscipiat. Si enim omnes fidèles illud evangelicum audire desiderant : Hospes fui, et suscepistis me (Matlh. xxv, 35); quanto magis episcopus, eu/as diversorium canctorum débet esse receptaculum? (S. Isir. de eccl. offic. 1. II, c. v. n. 18, 19.)

L'ÉGLISE l'AKTH.i LIBRE

( ela Huns explique comment, avec le temps, une partie des évéehés et des au 1res bâtiments ecclésiastiques fui distinctement attribuée à ce servici On vitainsi, demeurant comme une dépendance des maisons épiscopales, s'élevei de restes hospices auprès des basiliques cathédrales. Puis, les divers quartiers des villes i au -si leurs maisons charitables établies dans les titres ou les 1 • s dirigées et desservies par le clergé de ces circonscriptions,,

L'Eglise romaine offrait le type et le modèle de cette utile oisation. Elle y préposail ses sept diacres régionnaires, ancêtres des cardinaux diacres, et t|ui, revêtus d'une si é\ latante dignité, étaient tout ensemble associés par le successeur de saint Pierre au gouvernement de l'Eglise universelle et appelés paT lui au Bervice des pauvres. On connaît les tendres sollicitudes des Souverains Pontifes, d'un saint Grégoire le Grand et de tant d'autres pour ce ministère'; ils le regardaient, et ils n'ont cessé de le regarder comme une partie considérable de la charge épiscopale. Après avoir institué les régions des diacres, ils en ont peu à peu centralisé l< lutour des

basiliques, des diaconies, et ils ont multiplié au sein de la \ ille Eternelle les établissements charitables.

Les autres Eglises suivaient ces nobles exemples. On y voyait s'élever de vastes édifices destinés à abriter toutes ]<>< misères

humaines et appelés, selon leurs destination- spécial s, omia,

zenodochia, orphanotrophia | i |. La charité des évêques j recevait les infirmes. \ exerçait l'hospitalité, y nourrissait les orphelins. Ces établissements étaient quelquefois d'une magnificence et d'une ampleur qui les faisaient comparer à des cités (a).

Bientôt, avec le développement des institutions paroissiales dans les campagnes, des maisons hospitalières de moindre importance se répandirent sur tout le territoire de la chrétienté, demeurant comme autant de dépendances inséparables des titres ecclésiastiques et des paroisses elles-mêmes.

Pour peu que l'on considère avec attention ce premier état des oeuvres publiques de la charité chrétienne, le lien qui unissait ce ministère à la hiérarchie des Eglises et l'emploi qu'y trouvait le dévouement des femmes consacrées à Dieu et des pieux laïques, on

1 1 | Voir entre autres la charte de fondation de l'hospice des enfants attenant à la cathédrale de Milan, et des bâtiments destinés au logement des clercs qui le desservaient: • Ountenusad officium ecclesiœ noctu sine impedimento aliquo possint esse parati. » (Muratori, t. III, col. 087.1

(a) S. Greg. Naz, oralio xuii, in laudem S. Basilii, n. 03.

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se rendra facilement compte des conditions qui régirent tout le service hospitalier pendant les premiers siècles de l'Eglise et jusqu'à l'apparition des Ordres religieux.

Et d'abord, il est facile d'entendre comment les clercs qui, peu à peu. furent spécialement attachés aux hospices, appartenant à l'Ordre canonique, y formèrent généralement des Congrégations ou des collèges de chanoines réguliers hospitaliers. Les vierges consacrées à Dieu dans ces maisons y devinrent à leur tour des chanoinesses hospitalières; enfin, en un degré inférieur, les éléments laïques de ce service donnèrent naissance aux Sociétés de Frères et de Sœurs, serviteur- et servantes laïques des pauvres, le plus souvent liés à cet emploi par les engagements de la profession religieuse.

Aussi, tandis que les plus anciens hospices des cités et les plus considérables possédaient ordinairement des collèges de chanoines et de chanoinesses qui v célébraient avec dignité le service divin, en même temps qu'ils y prenaient soin des pauvres et des malades, les moindres établissements, particulièrement dans les bourgs et dans les campagnes, étaient à peu près exclusivement desservis par des Frères et des Sœurs appartenant à cet ordre de personnes à la fois laïques et religieuses de profession, et qui remontait lui-même à la plus haute antiquité.

L'institution hospitalière des Eglises, ainsi conçue dans ses origines, connut, avec le temps, les mêmes phases et reçut les mêmes développements que les grands Instituts canonique et monastique tels que nous les avons décrits plus haut. L'analogie est aussi frappante que naturelle.

Comme les grandes abbaves eurent leurs prieurés, les maisons hospitalières illustres et considérables eurent, elles aussi, au xu° et au xm" siècle, des fdiations dans des maisons moins importantes ci soumises à leur dépendance. Elles députaient dans ces maisons des chanoines et des chanoinesses, des Frères et des Sœurs, qui ne cessaient d'appartenir à la même Société religieuse.

Bientôt ces libations se multiplièrent, et ces commencements d'organisation centrale donnèrent lieu à de vastes corporations; et ainsi furent préparés et enfin donnés au monde chrétien les grands Ordres hospitaliers à l'heure où naissaient les grands Ordres religieux.

Ces Ordres hospitaliers se rattachèrent naturellement presque tous aux institutions plus anciennes des chanoines et de- Frères hospitaliers: et comme, à cette époque, les services charitables répondant à des besoins spéciaux se distinguaient entre eux par leur objet, on

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\ il ces Sociétés nouvelles s'appliquer, «Lms Le vaste champ de I rite, à quelque destination déterminée, » i«*i n i i ^ le tervice militaire, pour la protection des pèlerin», la garde des lainla Lieux, ou la

défense des frontières cbrétie i», jusqu'au seia de certaines m.ila-

dies contagieuses, de 1.» lèpre H de l'infection connue sotu le nom de Feu Saint-Antoine.

Unsi nu hospice lut If berceau, If centre et, pas suite, le chef

d'Ordre il grandes Sociétés, ri la simple filiation hospitalière,

en prenant ces immenses développements, donna naissance puissantes corporations qui couvrirent l'Europe de leurs commanderies 'i i el la partagèrent en régions appelées langues ou nations.

L'Ordre hospitaliei des chanoines et des chanoinesses du Saint- Espril sorti! des filiations de l'hospice du Sainl Esprit de Home; ]'( )nlir drv chanoines de Saint-Antoine, d'un hospice <ln Viennois.

L'Ordre militaire el hospitalier uV Saint-Jean <1<' Jérusalem, devenu si célèbre, le premier et le plus illustra des. Ordres chevaleresques, procéda d'un humble hospiceétahli par les Croisés à Jérusalem.

Il en fut de même de l'Ordre teutonique et de L'Ordre de Saint- Lazare. El si l'Ordre du Temple et les autres Ordres de chevaliers qui se rattachèrent à l'Institut cistercien par un lien do filiation et de dépendance semblenl avoir une autre origine et prirent dès le commencement leur forme spéciale et exclusivement militaire, ils préparèrent la voie aux grandes familles des Tiers-Ordres, qui d'abord apparurent avec te caractère de pieuses milices, et qui à leur toui s'adonnèrent dans une large proportion aux œuvres de mi.M'ii coude.

Cependant le spectacle nouveau des grands Ordres religieux qui remplissaient le monde de L'éclat de leurs services affaiblissait peu à peu au sein des Instituts charitahles le souvenir et la notion de l'antique filiation hospitalière pour Lui substituer L'organisation absolument centralisée «le ses grandes corporations.

On vit naître alors SOUS une forme anal' | Ile des Ordres

mendiants et formés à leur école l'Ordre de la Merci, précédé dans celle voie par celui des Ti -mitait es pour le rachat dés captifs.

Puis, à -nu tour. L'institution des Clercs réguliers eut aussi ses Congrégations charitables dans les Clercs ministres des infirmes, les Sbmasques et Les Clercs des écoles pies.

(i) Le terme de commandent fut emprunte par 1 ;s Ordres militaires à l'Institut hospitalier; il signifiait d'abord le chef ou l'administrât ,ur d'un hospice.

Ibb L EGLISE

Xous arrivons ainsi aux temps modernes, et nous touchons à cette admirable expansion d'Instituts innombrables d'hommes et de femmes, formés en autant de corps indépendants dans leur existence de la hiérarchie locale des Eglises, et embrassant, dans le vaste réseau de leurs bonnes œuvres, le monde entier.

Par eux, l'éducation chrétienne [et le soulagement de toutes les infortunes revêt le caractère et la forme de ces organisations centrales dont les Ordres religieux nous ont montré le premier type pour le service de l'Eglise universelle.

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