‹ De l'Église et de sa divine constitutionChapitre 94 sur 114 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

L'Etat ou la cité vien I de Dieu; car, s'il en était autrement, n< m> ne lui devrions ni respect ni obéissance. Mais, m la cité esl l'œuwe de Dieu, quand Dieu l'a-t-il constituée? Quelle est. par suite, la nature de celte œuvre <le Dieu? Et quelle place occupe-t-elle dans ses desseins et au milieu de ses ouvrages?

Nous le disons tout d'abord, la cite repose sur l'autorité. Or, qu'est-ce que l'autorité ? L'autorité est une puissance; mais quelle puissance? Etres faibles et désarmés, BOUS rencontrons au-dessus de nous, autour de nous, au-dessous de nous, des puissances diverses; à laquelle devons-nous le nom d'autorité? Parmi elles, au dernier rang, nous trouvons la force. La force est une puissance, car elle vient de Dieu. Elle a son domaine légitime dans le monde de la matière; elle \ règne et j fait l'ordre: la plus grande force y contient et v attire la force moindre, et ainsi s'établit et se maintient l'harmonie des mondes et de la nature inférieure.

Mais si la force franchit les limites de ee domaine, si elle entreprend sur le monde, des êtres intelligents et lui impose sa loi, elle devient là violence; l'ordre esl détruit, et la justice, qui est l'ordre des êtres raisonnables, meurt écrasée sous son poids.

Ce n'est point à elle que convient le nom vénérable d'autorité. Au-dessus de la force, nous trouvons le droit purement humain.

(i) Voir Introduction, c. II, j 3.

L'homme peut céder à son semblable par un contrat une part de son initiative et de son activité; il peut se lier par un pacte, se donner des mandataires, recevoir une responsabilité plus étendue par la confiance des autres hommes. Il y a là un droit, mais mobile et changeant comme l'être fragile qui le crée; il ne saurait suffire à l'humanité, et une des grandes erreurs de la philosophie du dernier siècle est d'avoir prétendu que la force du contrat humain suffisait à expliquer et à soutenir l'édifice social de la cité, comme si le sable mouvant de l'institution humaine pouvait donner à ses fondements la stabilité et permettre d'élever pour les générations un abri assuré.

Qu'est-ce donc enfin que l'autorité ? Le nom l'indique, l'autorité convient à celui qui est auteur. C'est la puissance vénérable qui appartient à un être sur d'autres êtres auxquels il a donné la vie. Ainsi le père, au milieu de ses enfants, est bien revêtu d'autorité. Mais Dieu seul possède l'autorité suprême d'où émanent toutes les. autres. Aucun être ne peut se glorifier d'une paternité semblable à la sienne ; nemo tain pater. Il donne à toute créature l'existence et tous les biens. Toute autorité est donc un reflet de la sienne, et toute paternité qui est nommée au ciel et sur la terre vient de lui : ex qao omnis paternitûs in cœlis et in terra nominatur (i).

Si donc il v a une autorité qui constitue la cité, si les sociétés humaines réclament comme un besoin impérieux cette majesté qui les couvre et les protège, c'est de Dieu qu'elle descend sur les princes et les magistrats: per me reges régnant, et leguin eonditores jnsta décernant (a). Il faut donc qu'à l'origine Dieu ait créé l'autorité de la cité, et, par là, créé la cité elle-même; il a été l'auteur de la cité ; il lui a communiqué quelque chose de cette puissance vénérable de l'autorité et il l'a déposée en elle-même.

Remontons d'âge en âge, allons jusqu'aux premiers jours du monde, et nous verrons qu'il en a été ainsi, Dieu, au commencement, avant décrété de créer le genre humain, n'en voulut point faire une multitude informe et, pour y constituer l'autorité, la dépendance et la hiérarchie, il créa tous les hommes en un seul, par cette parole qu'il prononça sur lui. après lui avoir donné une aide et une compagne, Crescile et nudtinlicamini (3).

(1) Eph. m, i5.

(2) Prov. vin, i5.

(3) Gen. i, 28.

4PPENDK b i acn

Mous disons ([tic, parcelle institution même, I >!<•> i établissait toul l'ordre social, el que < et ordre social, à travers le cours de venu jusqu'à nous dans la cité*, qui m csi aujourd hui !<■ représentant el le dépositaire, modifié, mais non détruit, par les vicissi tudes qu'a subies l'humanité tombant de l'étal de justice surnaturelle dans le péché, de l'immortalité dans la mort, passant de la longévité des premiers temps à la brièveté <!<■ la \i<- présente, et enfin, dans l'ordre de ses relations avec la fin surnaturelle, passant, depuis vi chute, de la promesse à la gi

Pour bien entendre cette doctrine, nous considérons cet ordre social dans ses divers états successifs, dessiné par avance en Adam avant sa chute, pui» se développant dans l'état patriarcal et arrivant jusqu'à non» dans l'institution des Etats.

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