‹ De l'Église et de sa divine constitutionChapitre 95 sur 114 · DE L'ORDRE PRIMITIF CONSTITUÉ EN ADAM · texte numérisé non relu

DE L'ORDRE PRIMITIF CONSTITUÉ EN ADAM

L'autorité, dans son fond, n'appartient qu'à Dieu, à qui seul il appartient de donner l'être. Il crée tous les êtres finis par un commandement de sa puissance ; il les conserve par ce même empire, et il en est le maître sans partage ni restriction. Les créatures, tenant de lui tout ce qu'elles sont, en dépendent absolument; elles n'existent que parce qu'il les a fait exister, et ne conservent l'être que par un acte de ce maître souverain qui les soutient sur l'abîme du néant. Cette dépendance de l'être fini dans son être même est toute la raison de l'empire que Dieu a sur lui.

Mais quand Dieu, bénissant Adam et prononçant cette parole : drescite et multiplicamini, en fit le ministre de la création des autres hommes et l'associa par une loi permanente à l'acte par lequel il leur donne l'être, il fallut bien que, par une conséquence harmonieuse, il l'associât à la souveraineté qu'il a sur eux comme auteur de leur être. Et ainsi il constituait l'autorité d'Adam.

Dans ce premier dessein, celte autorité est universelle : car tous les hommes naîtront d'Adam, et vis-à-vis de tous les hommes il apparaîtra revêtu du caractère de cette paternité souveraine qui lui vient de Dieu et qui le fait à leur égard le représentant de Dieu luimême. Dans cette universalité, tout sera ordonné. Au-dessous de cette paternité universelle, il y aura des ancêtres particuliers. Les grands rameaux iront en se divisant sans cesse, et l'arbre tout entier sera la cité humaine, une hiérarchie de pouvoirs subordonnés et portant toujours et à tous les degrés le même reflet divin qui appartient à la paternité.

En second lieu, l'autorité d'Adam et celle des pères au-dessous de lui n'était pas arrêtée à l'ordre de la nature, mais s'étendait à l'ordre surnaturel; et, dans le premier dessein de Dieu, toute la société humaine devait être élevée de la nature à la grâce, non par un acte distinct, mais par l'ordre même de sa propagation.

De même qu'Adam avait été créé dans l'état de justice surnaturelle, sa postérité devait naître de lui dans cet état. Aussi la parole crescile et multpUcamini devait avoir toute cette efficace; elle n'en

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frustrée ijue par le péché i , Les ruisseaui ■ onl pu dans la suite contenir plu* de vertu que n'en < I • n 1 1 1 ci i L la tour ce; mais, si la source eût gardé son intégrité, les i iii-^^«-.«ii\. n'eussent rien perdu de la leur, \in-i le> l< »!>> augustes de la paternité, dans leui sainteté originelle, donnaient non seulement l'être de la nature, mais l'être

Witni et les pères des ramilles particulières aud< de lui avaient ce double ministère, et. par suite, leui autorisa* embrassait et l'ordre de la nature et l'ordre de la sanclincati toute la société humaine, constituée par cette autorité, avait le double caractère d'une • la fois naturelle et surnaturelle.

Nous ne taisons point ici de vaine hypothèse, nous ne faisons qu'entendre ilans toute sa force la parole crescite et mulliplicumini dite à l'Adam juste et saint de l'Eden. Ht comme, après sa chuté, il ne peut plus transmettre que la nature souillée par le péché, de même, par le privilège de sou premier état, il devait transmettre la nature douée de sainteté. Dieu, qui ne peut plus rendre à la nature l'étal de grâce après le péché sans la réparation, ne pouvait justement priver la nature de la grâce avant la chute; et nous appelons ici justice de Dieu cette convenance de sa sagesse par laquelle il se doit ù lui-même de conserver en chacune de ses créatures les dons qu'il leur a faits avec toutes leurs conséquences et leur développement légitimes, tant qu'elles ne mettent pas elles-mêmes obstacle à ses -ses. r

Ce n'est pas que nous prétendions confondre ici les deux ordres et faire de la grâce comme le complément nécessaire de la nature. Parla nature. Dieu donne l'être fini à lui-même; parla grâce, il sa donne lui-même à l'être fini. La nature est bonne en elle-même.; elle a Dieu pour auteur et pour lin. La grâce est un état supérieur où Dieu se communique, -es proprés puissances l'être créé

et l'appelle à >a propre béatitude, inaccessible à toute nature créée ou possible. (Je don île la grâce n'est pas dû à la nature, parce qu'il

(i) Le péché d'Adam est celui d'un être élevé à la grâce, qui, dans cet état, offense Dieu et mérite de la perdre. L'essence de ce «péché et son deirré dans le mal est tout autre que celui d'un être désobéissant à Dieu dans l'état de pure nature. (Test ce péché d'Adam qui est transmis à sa postérité et qui la fait naître non dans l'ctat de nature pure, mais dans l'état de nature déchue de la grâce. >'e faut-il pas conclure qu'en charme homme la nature aurait été élevée à la grâce par le fait même de sa naissance, si ce péché n'y eût mis obstacle, puisque ce péché avec lequel il nait garde en lui sa propriété de déchéance de l'ordre surnaturel?

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n'est pas le complément de l'ordre naturel. Si donc Dieu l'eût voulu, il eût renfermé l'humanité dans l'état de pure nature. Mais il lui a plu de l'appeler à la grâce et à la gloire dès l'origine. Et comme il ne doit pas l'être au néant, et que toutefois il est de sa justice de conserver l'être à la créature, de même il ne devait pas la grâce à l'humanité, mais il était de sa justice de la lui conserver tant que le péché n'y mettait point obstacle; et c'est dans ce sens, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que Dieu devait à sa justice, avant le péché d'Adam, de conserver à l'humanité le don de la grâce dans la postérité d'Adam.

Il est encore un autre aspect de la même doctrine. La nature même des choses et les convenances de la grâce demandaient qu'il en fût ainsi. La grâce, qui n'est point la nature, se conforme aux dispositions de la nature. C'est une liqueur précieuse qui prend toute la forme du vass où elle est versée, quelque vil que ce vase soit par lui-même. La grâce ne devait pas être communiquée à l'homme comme elle est communiquée à l'ange, il convenait que l'homme, substance corporelle, la reçût par des moyens sensibles, et, comme la nature humaine était constituée à l'état social par un ordre de transmission, que la grâce aussi y subit les mêmes lois et descendit d'une source commune et par un ministère social et hiérarchique.

L'homme croit par la nourriture et se multiplie par les lois de la paternité. Il avait peut-être, avant sa chute, dans le fruit de l'arbre de vie un sacrement et un aliment surnaturels, et, par la paternité, il transmettait à la fois la vie de la nature et la vie de la grâce, ministre de l'une et de l'autre. Il ne pouvait pas plus transmettre la nature sans la grâce, qu'il n'a pu, après le péché, transmettre la nature sans le péché.

Ainsi l'ordre de la sanctification ne pouvait s'arrêter à Adam, parce que la nature ne s'arrêtait pas à lui, et que cette nature ne pouvait être dépouillée de la grâce dans l'ordre de sa transmission institué de Dieu, puisque cette transmission ne lui faisait mériter aucune peine.

Si donc Adam transmettait la grâce avec la nature, de même qu'il participait à l'empire que Dieu a dans l'ordre naturel, il participait aussi à son empire et à son autorité dans l'ordre surnaturel, c'est-à-dire à cette puissance que Dieu exerce pour conserver d'ordre surnaturel et qui est une suite de l'opération par laquelle il l'a produit à l'origine.

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Toutefois, comme il n'v a pas deux hommes en Adam, ni deux humanités qui procèdent de lui, mais un seul homme et une seule humanité de la nature élevée a la grâce, il s'ensuit que L'empire d'Adam était un, et que ><>ii autorité unique embrassait à la lois les choses de la nature et celles de 1 1 gi ice. Ainsi la cité primitive, telle qu'elle était renfermée dans le premiei dessein de Dieu. -lait tout ensemble la cité de la nature >t la - it<; d la grâce.

En troisième lieu, cette cité primitive était immortelle par l'autorité immortelle de son chef et de la hiérarchie qui procédait de lui. Adam ne devait pas mourir. Ses fils, princes des grandes" familles humaines, et, au-dessous d'eux, les ancêtres des peuples et les pères milles particulières devaient participera la même immortalité. Nous envisageons, il est vrai, cet étal tel qu'il nous apparaît dans le pur dessein de Dieu el -ans nous occuper des*dégraxlations partielles que le péché, par l'infirmité de la liberté créée, pouvait % apporter: à set égard, Dieu, qui nous a laissé entrevoir la beauté et la majesté de son plan, ne nous a rien fait connaître. Cette connaissant taine ne nous était sans doute point utile, et le champ reste ouvert aux conjectures et aux hypothèses des doctes.

Tel était donc l'étal de la cité primitive : universelle, surnaturelle, immortelle. Quant à la forme de cette cité, elle ressort de son fond même, et elle était établie, ainsi (pie nous l'avons suffisamment fait ntir, dans l'ordre qui la faisait naître d'un seul et se développer dans des multitudes. Et encore que ce développement n'ait point eu son effet avant le péché, la Sainte Ecriture nous montre suffisamment cet ordre établi avant la chute.

Dieu ne voulut pas que l'homme fût seul, car il le créait société. 11 lui édifia, selon une expression singulière, une compagne tirée de sa proprechair. Il les bénit et il leur dît: Multiplie: et remplisse: la lerte i Par ces paroles, Adam recevait d'être le père de toutes les générations humaines, et il les portail en lui par cette paternité universelle. Eve, qui lui était donnée pour aide et pour comn les contenait aussi comme le sein qui les devait recevoir. Et ainsi toute la société humaine était, par la vertu de cette bénédiction primitive, constituée el renfermée dans ce premier mari

Dans Le développement qui devait suivre, et qui n'eut pais effet dans ce premier état, le même type devait être partout porté et reproduit. C'était bien là une constitution divine. Comme tout ordre

\ i Gen. i, 28.

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qui vient de Dieu, celui de l'humanité tenait au fond des choses et n'était point apporté, après coup. Il n'était pas besoin que les multitudes humaines attendissent et reçussent du temps une police et des princes. Mais elles trouvaient, en apparaissant à la vie, l'autorité la plus digne de ce nom dans l'ancêtre par lequel Dieu les y appelait. Dans cet état de choses, le pouvoir venait d'en haut et non d'en bas. Le père le recevait, avec la majesté de ce nom, de Dieu même dont il était le ministre, et le consentement ou la, délégation des sujets n'v pouvait rien ajouter, comme leur choix n'y entrait pour rien. Ainsi l'autorité était purement de droit divin, et apparaissait manifestement revêtue de ce caractère.

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