XXVI PREFACE
aucun contrepoids suffisant ; toutes les imaginations particulières peuvent se donner libre carrière; il n'y a plus, en réalité, ni principes fixes, ni traditions vraiment respectées. A cet égard, le désastre de la Révocation dure encore, et la funeste déchirure entre notre passé et notre présent est si peu réparée, que nous l'agrandissons san?^
• cesse de nos propres mains. Etrange' aberration^ qui nous rend les complices de nos plus implacables ennemis! Certes, rien n'est plus légitime que de repousser, s'ils semblent surannés, les idées, les. méthodes, les procédés d'autrefois. Mais encore faudrait-il en avoir à nous offrir' de meilleurs, de mieux adaptés à notre Eglise. Or, je
. cherché en vain et ne réussis guère avoir, abstraction faite de beaucoup dé paroles, auxquelles j'attache une importance médiocre, que ce que nous avons perdu. A ce titre, donc, je veux dire pour donner line éducation ecclésiastique, j'ai cette confiance que l'ouvrage de M. Jalaguier
* rendra de vrais services.
En parlant ainsi, je- tiens à l'ajouter, je songe aussi , aux membres laïques de notre Eglise. En effet, si ce traité a été composé d'abord sous forme de cours, pour des étudiants en théologie, il n'est pas plus exclusivement théologique, que la Bible elle-même, dont il a été tiré. D'ailleurs, dans notre Eglise, beaucoup de laïques ne redoutent. pas les questions théologiques ou ecclésiastiques; même il fut un temps, où ils s'y intéressaient assez pour écrire d'importants ouvrages sur ces matières. J'ai cité le tj-aité de l'Eghse de du Plessis-Mornay. Il me serait facile de mentionner d'autres noms et d'autres travaux. C/est un des bienfaits du régime presbytérien synodal, de combattre le sacerdotalisme, même sur ce terrain. Et puis, dès lors que les laïques occupent, à juste titre (car ce sont eux, surtout, qui sont l'Eglise), une grande place dans nos conseils ecclésiastiques, ne doivent-ils pas se tenir en
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garde contre rillusion de croire qu'on s'improvise homme d'Eglise ? qu'on peut se passer de l'éducation ecclésias tique, dont je viens de parler? Leur éducation ne doit-elle pas être, au contraire, d'autant plus documentée, si l'on peut ainsi dire, que leur place est plus grande dans nos corps dirigeants? et, pour tout dire, serait-il excessif d'espérer de les voir, le jour où ils seraient, en général, encore plus au courant des enseignements de la Bible et de ceux de notre histoire, qu'ils ne le sont déjà, moins accessibles à certaines influences, à certaines théories, de droite oU de gauche, et plus fermes encore dans le maintien de ce qui est bibliqùement et historiquement vrai ?
Enfin — car il faut décidément se borner — l'ouvrage de M. Jalaguier ne me paraît pas devoir être, à un autre point de vue encore, d'une moindre utilité. On entend parler d'un mouvement dans le clergé catholique. On le dit considérable, et en étendue, et en profondeur. , On affirme qu'il soutfle par là je ne sais quel vent de réforme. Certes, j'en loue Dieu, car je crois moins à la réformation de FEglise romaine par les protestants, que par les catholiques eux-mêmes, par les prêtres, enfin mis en contact direct avec le pur et simple Evangile de Jésus-Christ.
Or, il suffit d'avoir été en relations avec des catholiques pieux, les seuls qui comptent, pour savoir combien, s'ils veulent quitter leur Eglise et se ranger à la nôtre, ils se trouvent, d'entrée, en plein désarroi.
Quel contraste, en effet, entre les formes et les formules rigides, ankylosées, dirais-je, du catholicisme romain, et ce qu'on pourrait appeler, non sans exagération, heureusement, notre désossement ecclésiastique! Quelle distance entre : l'Eglise est presque tout, et : l'Eglise n'est presque rien! Quelle chute, de la « robe sans couture », que l'Eglise romaine se glorifie de représenter, à notre désagrégation et, comme on le répète souvent, à notre anarchie!
X'XVIII PBEFACE
Ne me dites pas que, dans l'Eglise romaine, il y a plus dé prétention à l'unité que d'unité réelle, et chez nous, pi lis d'unité réelle, qiie lès- apparences ne le laisseraient supposer ; né me dites pas davaiitage, que le vrai fondement, c'est Christ et non pas l'Eglise, et que, ce qui importé, ' ce ne sont pas des formes et des formules, mais la vérité elle-même, mais la commumon directe, personnelle, intime avec Christ. Tout cela, je le sais et me garderais, comme du feu, de paraître le contester si peu que ce soit..... Seulement, voici ce que je dirai : ces amis, qui voudraient quitter une prison aux murs épais, aux fenêtres grillées et obstruées de forts barreaux, pour avoir plus d'air, plus de lumière, plus de sainte indépendance, ne seraient pourtant pas fâchés de trouver un abri. Ils apprécient l'air, la lumière, la , glorieuse liberté des enfants de Dieu, mais ils voudraient en jouir autre part qu'à une sorte de belle étoile. Or/ aux yeux de beaucoup, qui poussent au noir, je le veux bien, nous n'avons guère autre chose que cela, en fait d'établissement ecclésiastique.
Qu'ils prennent donc, ces amjs de la vérité évangéliquel'ouvrage de M. Jalaguier, et ils verront que, si nous voulons être fidèles à nous-mêmes, nous avons plus et mieux à leur offrir. Nous pourrons leur dire : Venez visiter la maison que nous avons essayé de construire, suivant les indications mêmes de la Parole révélée. Nous .né vous la donnons pas comme achevée, comme non perfectible, comme parfaite. Venez nous aider à faire mieux. Tra^ vaillez avec nous. Ni vous, ni nous n'avons atteint l'idéal Aidez-nous à nous en rapprocher. Et puissiez- vous, en retour de nôtre hospitalité, nous infuser quelque peu de sang ecclésiastique nouveau. Vous contribuerez ainsi à combler certaines lacunes, que n'expliquent que trop lés grands déchirements dont notre histoire est rem-