CHAPITRE PREMIER IDÉE GÉNÉRALE DE L'ÉGLISE
Institution de l'Église. — Déûnition. — Fondée par Jésus-Christ (paraboles, sacrements, apostolat), elle est déjà là à la Pente^* côte. — L'Église, étrangère aux intérêts de ce monde, est soumise aux puissances, mais « en Dieu », etc. — Jésus-Christ son seul Chef. — Elle a sa constitution propre parce qu'elle a sa mission spéciale; ses devoirs fondent ses droits.
L'Eglise, telle que nous l'envisageons, l'Eglise concrète, l'Eg-lise du Credo , est T, ((assemblage des personnes qui font profession de reconnaître Jésus-Christ, qui invoquent son Nom ou sur qui son Nom est invoqué )). C'est l'économie nouvelle dans laquelle tous les peuples sont appelés, à la différence de l'ancienne économie qui ne s'étendait qu'à un seul peuple.
, On a demandé si Jésus-Christ a réellement voulu établir une Société religieuse telle que l'Eglise. Une sorte de radicalisme supranaturaliste aiguise et brandit çà.et là cette vieille arme du rationalisme. Mais, vraiment, un pareil doute ne peut s'élever (^ue pour celte science aventureuse qui cherche sa gloire et sa vie dans le paradoxe, ou pour ces esprits systématiques qui
font tout céder à une idée préconçue. Comment se persuader qu'il n'y ait qu'erreur dans une croyance qui a dominé la Chrétienté sans interruption, ni contestation, depuis son origine ? Et comment lire le Nouveau Testament sans y voir ce que tout le monde y avait vu jusqu'à présent? Jésus-Christ annonce à diverses reprises la chute prochaine du Mosaïsme, en même temps que l'établissement d'une nouvelle institution religieuse destinée à couvrir la terre, et désignée sous le nom de « Royaume de Dieu » ou « des Cieux » ainsi que sous celui d' « Eglise )). C'est le fond de plusieurs de ses paraboles. Il dit à Céphas : « Sur cette •pierre je « bâtirai » mon Eglise et les portes etc.. et je te « donnerai •>^ les clefs du Royaume, etc. » (Matt. XVI, 18, 19.) Le royaume dont il proclame l'avènement est là depuis Jean- Baptiste, et il s'ouvre à tous ceux qui croient. Le baptême et la Cène en sont les signes extérieurs. A la mort de Jésus-Christ, les disciples forment déjà une association distincte, et à certains, égards organisée; le collège apostolique lui sert de centre et de lien. Les trois mille personnes converties le jour de la Pentecôte sont ailes <( ajoutées à^r Eglise » (Act. II, 47). En réfléchissant aux idées des Juifs concernant le règne du Messie, au langage de Jésus-Christ sur le même sujet, au caractère et au but des sacrements, à l'apparition de la communauté chrétienne immédiatement après l'Ascension, on ne peut méconnaître l'inlervenliori de l'Auleur du Christianisme dans rétablissement de l'Eglise, selon là foi constante de la Chrétienté. La nature de l'institution est contestable, l'institution elle-même ne l'est pas. Fondée par Jésus-Christ, constituée par les apôtres, spirituelle dans ses bases comme dans ses fins, venue du Ciel et tendant au Ciel, l'Eglise reste étrangère aux intérêts terrestres, aux questions civiles et politiques (Matt. XXII, 21 : Rendez à César e/c; Luc XII, 14 '.Arbitrage refusé). Elle est dans ce inonde sans être de ce monde (Jean XVIII, 36). Soumise aux puissances établies (Rom. XIII; 1 Piér. II, 13-17), en tout ce qui ne blessé point la foi et là conscience (Act. IV^ 19; V, 29 :
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NOTION SCRIPTURAIRE 25
Il faut obéir à Dieu 2^hitàt qu'aux hommes). Elle a ses lois et ses institutions particulières (Act. VI, 2 : diacres ; XÏV, %^\anpiens;V^ : assemblée délibérante), parce qu'elle a son but propre, sa mission spéciale. Elle no connaît qu'un seul Chef, Jésus-Christ (Eph. I, 22; IV, 4. IS'. etc.); mais elle obéit en son nom aux conducteurs qu'il lui a donnés, (1 Cor. XII, 28 ;
Héb. XIII, i7).
Il existe «une Eglise »(Matt. XVI, 18; I Cor. X, 32 ; Eph. V, 23) et « des églises >> (I Thés. Il, 14 ; I Cor. XI, 16 ; XIV, 33 ; Rom. XVI, 4; Act. XVI, 1-10). Au point de vue. du Nouveau Testament, les églises locales, celles d'une contrée {églises d'Asie), d'une fvovince {églises de Galatie)i d'iine \'û\e {Jérusale7n, Co^ riîî.thé, Rome), ne sont que les parties constitutives de l'Eglise générale; De même que les fidèles sont les membres des églises lôcales.oÈi ils vivent, les églises locales sontles membres de l'Eglise générale, qui est l'Eglise proprement dite. Ce qui unit en un même corps celte multitude de congrégations, toujours croissantes, répandues dans les diverses parties du monde et souvent inconnues les unes aux autres, c'est qu'elles s'appuient toutes sur Christ; c'est qu'elles n'ont qu'un seul Dieu, un seul Seigneur, un seul Esprit, une seule foi, un seul baptême (Eph. IV, 5); c'est qu'elles sont sous l'obligation commune de s'éclairer, de s'aider, de s'édifier mutuellement; c'est qu'elles ont la même règle divine et la même espérance céleste : liens internes cl externes, qui forment cette mystérieuse unité, objet de la prière que le Chef suprême de l'Eglise adressait à son Père, dans le moment oh il se donnait pour elle (Jean XVII, 11-21). Celte communion de la Chrélienté enlière dans la foi et la charité serait son élat normal, car c'est l'idéal du Nouveau Testament. '
L'Eglise doit veiller à la pureté de la doctrine et du culte, à l'adoiinistration des sacrements, à la prédication de la vérité, à la propagation de l'Evangile, au progrès de l'ordre religieux et moral, en s'appuyânt avec une pleine assurance sur la proteç-
tion de son divin Chef (Matt. XXVIII, 19 ; Eph. I, 22; IV, 4S). Sa double mission est de développer la vie chrétienne dans son sein et de la répandre au dehors. Quoique nul de ses membres" ne reste étrang-er à ces saintes obligations (Matt. V, 46), elles sont cependant imposées tout particulièrement aux pasteurs (Act. XX, 28; Eph» IV, 11 ; 1 Pier. V, !)• Les devoirs de l'Eglise fondent ses droits; car elle ne peut atteindre son but qu'a,utant qu'elle est maîtresse de son enseignement, de son culte, de sa discipline, et qu'elle ne se lie pas à d'autres intérêts que les siens. Ce qu'on nomme son autonomie résulte de ses attributions et de ses fins. Dans le cours des âges, elle n'a pas toujours su garder la position qui lui est faite par sa nature et sa destination elles-mêmes. Méconnaissant souvent le véritable esprit de l'Evangile et sa mission réelle dans le monde, on l'a vue, selon les temps, aller fort au delà des limites qu'elle aurait dû. se prescrire, ou rester fort en deçà ; outrepasser ses droits ou négliger ses devoirs; se placer sous le joug des puissances, vis-à-vis desquelles elle doit rester libre dans sa soumission (I Pier. ir, 1â-16), ou vouloir s'en faire un instrument, et se servir du glaive temporel qui lui est interdit (II Cor. X, 4) et qui ne peut que la blesser lorsqu'elle y touche. ■
Double caractère constitutif de l'Église : «institution divine » et «libre association ;>.— Le premier, seul contesté au sein du Pro-
' testantisme. — Ces deux données ne peuvent se fondre Tune dans l'autre.
Il existe dans l'Eglise la même dualité que dans la révélation; biblique et dans l'ordre du salut; il y a le côté divin et le .côté humain, au sens propre de ces termes, ou, pour employer les expressions dont jiB me servirai fréquemment^ il y a 1 '« institution providentielle » et la « libre association >).
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