‹ De l'église [microform] ;Chapitre 19 sur 38 · CHAPITRE II ATTRIBUTS DE L'ÉGLISE (et spécialement de son UNITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE II ATTRIBUTS DE L'ÉGLISE (et spécialement de son UNITÉ

Attributs divers. — A cet égard., et surtout au point de vue de « Tunité », FEglise visible est bien peu adéquate à l'Eglise invisible. — Deux questions : 1° < d'utilité » : le fractionnement est-il un bien ou un mal? 2» de k principe » : le fractionnement est-il, comme on le soutient, l'état régulier d'après l'Ecriture?

L'Eglise est une, sainte, apostolique, catholique (ou universelle) et perpétuelle.

Cela est évident pour l'Eglise intérieure ou mystique. Elle est une; CBx renfermant toutes les âmes justifiées et^'égénérées, elle s'avance dans le même esprit, sous le même Chef et par la

(1) Le lecteur remarquera sans doute dans la suite de cet ouvrage plusieurs répétitions ; il sera peut-être aussi choqué du manque de proportion dans les développements, certains chapitres' paraissant devoir être plus complets, les autres plus abrégés. Il voudra bien excuser ces défauts eu se rappelant que l'œuvre du Professeur Jalaguier n'était pas destinée à la publicité. — Il s'agit simplement ici d'une suite de « leçons sur VEglise » données au jour le jour, souvent remaniées au gré des circonstances, et que nous avons divisées et coordonnées de notre mieux, cherchant, avant tout, à les rendre aussi claires que possible. — Nous espérons donc qup le lecteur, s'attachant plus au fond qu'à la forme, ne se montrera pas trop sévère. — Qu'il veuille bien se rappeler sans cesse que le Professeur Jalaguier préféra manquer de lien et d'unité que de manquer à la Parole de Dieu (EdiU)

NOTION SCRIPTURAIRE ' "* 89

même route, vers la Jérusalem d'En Haut dont elle fait déjà partie (Héb. XII, 22). Ce n'est pas que tous ses membres aient les mêmes lumières et les mêmes pratiques, mais tous vivent de la même vie, parce qu'ils ont tous au fond la même foi, ayant tous revéiu le Seigneur Jésus et reçu dans leur cœur la vérité qtii est selon la piété (Tite I, 1). Le Royaume de Dieu est au dedans d'eux (Luc XVII, 21 ; Rom. XIV, 17); leur communion avec Dieu, en Jésus-Christ, forme le lien invisible qui les met en communion les uns avec les autres (I Jean I, 3) et avec les habitants du Ciel (Eph. I, 10 ; Phil. III, 20).

Elle esi sainte; car elle ne se compose que des hommes qui ont renoncé à eux-mêmes pour aller à Christ, et qui s'efforcent de le glorifier par leurs dispositions et par leurs œuvres (Eph.

Elle est apostolique, soit au sens historique, soit au sens dog-malique ; car elle a été fondée par les apôtres, et elle s'attache à suivre fidèlement leur parole (Eph. II, 20).

Elle est catholique, dans la double acception du mot, c'està-dire tout à la fois universelle et vraie; car elle embrasse toutes les communions, elle se nourrit de la vérité qui est la vie. Elle est en Christ, et Christ est en elle. Or, « là où est Christ, dit Théophore, là est l'Eglise catholique ».

Elle est perpétuelle ; car même dans les temps de l'incrédulité et de la corruption la plus profonde. Dieu se réserve ce que saint Paul nomme « le résidu selon V élection de grâce » (Rom. XI, 5). Elle ne finira sur la terre que lorsqu'elle sera parfaite dans le Ciel.

Ces caractères constitutifs doivent se refléter à quelque degré dans l'Eglise visible, enveloppe de l'Eglise invisible et sa représentation ici-bas. Mais, dans son état actueljTEglise, — si l'an peut donner ce nom à une masse si divisée et si troublée, — offre à peine une vague empreinte, une ombre effacée des attributs de sa céleste origine. Elle a bien la perpétuité, selon la promesse; elle s'est conservée à travers les oppositions et les périls, elle se

maintient et s'étend encore sous nos yeux. Elle est apostolique et catholique, en tant qu'elle continue l'œuvre des apôtres et qu'elle tend à devenir universelle. Elle possède là vérité, au sein ihême de ses aberrations, en tant qu'elle garde la Parole de Dieu et fait profession d'y croire et de s'y soumettre. Elle peut être appelée sainte, malgré ses souillures, en tant qu'elle est consacrée à; Dieu et. qu'elle renferme son peuple, (IPier. II, 9). On peut dire qu'elle est une, en ce sens que lès membres du corps de Christ, répandus dans ses diverses sections, forment comme le lien qui les rapproche et les unit les uns aux' autres; ;ét que, d'ailleurs, considérée elle-même dans son ensemble, elle constitue un tout, là Chrétienté, par opposition aux religions étrangères.

Mais, cela reconnu, et avec quelque complaisance qu'on, lé relève, comment ne pas. gémir de l'état anormal de la société chrétienne ! Que la vérité et la sainteté y sont rares^ faibles, précaires! Qu'elle est loin de répondre à l'idée qu'en donne le Nouveau Testament et aux titres glorieux dont il la rèyêt î Qu'il s'en faut qu'elle reproduise, autant qu'elle pourrait et devrait le faire, suivant sa destination, lès traits de l'Eglise invisible ! Sans doute, on ne saurait espérer qu'elle lui soit jamais adé-r quate ; mais il est possible, ^etcoriséquemmènt obligatoire pour elle, d^en niontrer au moins lès caractères essentiels ; autrement, elle n'en serait plus ni la réalisation ni la représentation. . \ ; , L'un des points sur lesquels rhistôire de l'Eglise s'éloigne le plus peut-être des idées et des normes scripturaires, est celui dé l'uNiTÉ. L'Eglise s'est brisée en églises, non seulement diverses mais hostiles; les membres de ce vaste corps se sont séparés, en prétendant s'uîiir par là plus étroitement au Chef, comme si Christ était divisé (I Cor. I, 13). Ces ruptures ont eu, des causes très différentes. On le voit par lès noms qui leur sont restés et qui les caractérisent pour là plupart. Elles ont eu fréquemment leur source dans des divergences de vues sur la constitution ècclé-; siastique, ou sur des questions dogmatiques d'une importance

NOTION SCRIPTURAIRE 91

secondaire. Mais elles ont eu quelquefois des raisons plus graves. Il s?est produit des opinions et dés pratiques tellement attentatoires au principe fondamental de la foi et de la vie chrétienne, qu'elles reiidaient l'union impossible; Nous essaierons d'indiquer plus loin quels sont, souscejappôrt, les droits. et les devoirs du chrétien; ainsi que les limites qui les circonscrivent. :^

On s'accordait autrefois à considérer ces divisions comraiBuii désordre et un mal, alors même qu'on les jugeait inévitables d'après la nature des choses, et irrémédiables aussi longtemps que cet état se maintenait. De. toutes paris on les déplorait et on en gémissait. Mais de nos jours, iln'est pas rare d'en entendre faire l'apologie. On prétend, non seulement les justifier en tarit qu'elles ont été nécessaires, et obligatoires, mais les légitiniereii elles-mêmes et en principe. On: représente le morcellement comme l'état normal de là Chrétienté. On soutient qu'il est dans la nature du Gliristianisriie dese diviser à la surface, et dans sa destinée de se briser en association^ diverses. ;0n cherche à démontrer que l'union des disciples :en un seul corps est une utopie, dont il est plus qu'illusoire de poursuivre la réalisation, car c'est aller contre l'ordre et le plan divins. On affirme rque la multiplicité des sectes, loin d'être un mal, est plutôt un bien; qu'elle porte dans le royaume de Jésus-Christ la grande loi de la nature et de la Providence, qui place partout la variété à côté de l'unité; qu'elle exerce le support, pousse à sonder plus profondément les Ecritures, excite une sainte'émulation, anime le zèle et l'activité-, manifesté. les diverses faces de la doctrine et de la vie évangélique, dont chacune arrive ainsi à un plus complet développement. Posiant en axiome que l'unité intérieure est la seule vérilàblej et par suite la seule exigée, on dit qu'elle. existe,, au miheu des divisions, partout où l'on reste attaché au 'fondement qui est Christ; qu'elle tend de jour en jour à se produire d'une manière plus générale et plus intimé ; que les différentes dénominations, par lé fait même de' leur nombre, apprennent de' plus en plus à se respecter ^ à s'àppréder, à s'estimer récipro-

quement; qu'elles s'allient dans les grandes entreprises religieuses de notre époque; qu'il peut y avoir autant de charité entre elles, avec plus de vérité et de fidélité, que si elles ne formaient extérieurement qu'une seule organisation. Union de fond, diversité de formes, c'est la vie.

Ces doctrines, comme toutes celles qui s'accréditent dans l'opinion, descendent incessamment de la théorie à l'application, du domaine des idées dans celui des faits. On pouvait s'y attendre, car les principes finissent toujours par se traduire en actes. Les ruptures se multiplient. Chaque commotion ecclésiastique, chaque revirement théologique en amène de nouvelles ; et il n'y a rien là que de naturel avec la notion qu'on se fait de l'Eglise, ainsi que du droit et du devoir de la séparation.

On peut distinguer ici deux questions ; une question de principe : le fractionnement est-il l'état régulier, celui qu'annonce et réclame le Nouveau Testament? Une question d'utilité ou d'expédience : ce fractionnement présente-t-il plus d'avantagés que ne ferait l'union? J'ai touché par bien des côtés à la première question, qui est la véritable, et j'y reviendrai. Arrêtonsnous un instant à la seconde.

Question d'utilité. — «Situation faite au Protestantisme par les luttes et les divisions : 1° vis-à-vis du Catholicisme ; 3° vis-à-vis du monde ; 3° vis-à-vis de lui-même.— La désunion et le morcellement, ont pour lui plus d'inconvénients que d'avantages.

Sans doute, sous la grande loi providentielle qui tire le bien du mal, la diversité des sectes contribue à des fins utiles : elle a souvent servi à réveiller l'Eglise, à ranimer le zèle, à retremper la foi, à restaurer la vérité, à inspirer l'activité et la vie ; elle est aujourd'hui nécessaire peut-être pour briser des constitutions et des formes vieillies, oti l'esprit chrétien se trouve comme captif, et qui entraveraient le nouvel essor qu'il doit prendre

NOTION SCRTPTURAIBE 93

dans le nouvel ordre social qu'annonce le mouvement des idées et des choses. Mais aussi, et il faut bien qu'on en convienne, cette immense et profonde rupture donne lieu à des discussions passionnées; elle porte généralement à exagérer les points sur lesquels on se partage, au détriment de la vérité qui est selon la piété; elle transforme la religion en théologie, le christianisme théorique, objet des débats, se superposant au christianisme pratique; elle éloigne de plus en plus les uns des autres les disciples du Prince de la paix; elle nourrit entre eux des préventions, des antipathies, des luttes infiniment nuisibles à Texercicede la charité, comme à un large et calme développement spirituel ; elle arrête une foule d'âmes dans leurs voies; elle scandalise les faibles, afflige les humbles, attriste. les débonnaires, réjouit les incrédules, expose l'Evangile aux attaques et aux railleries du monde, amoindrit, en les dispersant, les ressources et les forces du Protestantisme et crée un des plus grands obstacles à la propagation de la foi et de la vie chrétienne. On se sépare, on se combat, on se neutralise mutuellement, lorsqu'on devrait s'unir contre l'ennemi commun, l'incrédulité; et des efforts qu'on fait pour s'affaiblir et se discréditer les uns les autres, résulte à la longue l'affaiblissement et le discrédit universel de la religion elle-même. Rien, certes, n'est plus propre à déconsidérer l'Evangile de la grâce que le zélotisme de ses défenseurs. La lutte des théologiens a fait depuis trois quarts de siècle, et fait encore plus de ravages que la critique des philosophes. C'est surtout des institutions fondées dans l'intérêt de la foi, c'est de nos universités, c'est de notre corps pastoral lui-même que dérive le flot montant du scepticisme et du négativisme.

Qu'on excuse le déchirement de l'Eglise par la nécessité des choses, qu'on le légitime'par l'obligation de repousser l'erreur et la superstition mises à la place de la vérité et de la piété, je le comprends. Mais aller jusqu'à le justifier en soi, jusqu'à le transformer en loi du Royaume de Dieu, c'est se laisser tromper par ce qui est sur ce qui devrait être.

Prenez, sous leur forme absolue, soit le puritanisme dogmatique, soit l'indépendantisme individualiste, et pressez-les' pour leur fa.ire rendre ce qu'ils contiennent, vous les verrez aboutir à un morcellement indéfini, l'un par son principe de la profession de foi, l'autre par son principe de la sincérité des convictions. N'autorisant à entrer ou à rester dans une Eglise qu'autant qu'on est pleinement d'accord avec elle; au double point de vue de la doctrine et de la discipline, tout peut devenir motif légitime et obligatoire dé rupture. Le puritanisme dogmatique l'a largement et fréquemment montré, et l'indépendantisme individualiste, qui n'est que d'hier, et que n'a pas encore jugé l'expérience (1), le laisse assez voir. Je n'en voudrais pour preuve que ce qu'un esprit aussi élevé et aussi sage que Vinet est arrivé à y faire du rapport de l'Eglise avec l'Etat. Les deux directions iraient, en fait, au terme que le Darbysme pose en principe; ce ne serait pas la négation de l'Eglise, c'en serait la ruine ; ce serait cette situation appelée par Vinet « ob. tout le « monde étant dissident, personne ne le serait, plus ».

Mais par la loi des réactions, qui jette alternativement d'un extrême dans l'extrême contraire, un parti nombreux pousse à l'universalisme ou au latitudinarismé ecclésiastique, proclame un tolérantisme illimité, ouvre les temples comme les académies à toutes les opinions qui se disent chrétiennes, et, plaçant en première ligne la libre investigation, au nom de la conscience et de la science, convertit l'Eglise, d'une société de croyants ou de professants, en une société de C/^erc/^e«<r5.

Dans un tel état de choses, je ne saurais prétendre à des déterminations précises et complètes sur un sujet si bouleversé, et qui porte, d'ailleurs, au centre de ce dualisme interne que nous avons constaté à tant d'égards dans la donnée biblique ellemême.

(1) L'expérience ne s'est que trop prononcée depuis que ceci a été écrit.

(EdiQ

NOTION SCRIPTÙBAIÏIE 9S

Il existe ensemble le devoir de l'union et le droit de séparatiôri, l'oeuvre de la condescendance et celle de la fidélité qu'il est si difficile de faire marcher main à main. (J'essaierai ailleurs d'y marquer quelques règ-les générales). Ici je voudrais seulement maintenir contre les tendances du jour un des éléments ou dés attributs scripturaires de TEglise, celui d'unité. Il y a là, à mon sens, un principe à justifier et un écart à. signaler ou à prévenir.

- Si le morcellement du monde chrétien est une nécessité dans les circonstances présentes, il n'en est pas moins un désordre, et par là même un mal et un grand mal. En nous attachant d'abord à la question d'utilité, une enquête de commodo et ificommodo sera- t-elle favorable à l'opinion qui célèbre les heureux effets de i a diversité des doctrines et de la multiplicité des sectes ? Jléxàminèrai rapidement la position que le fractionnement du P.rolestantisme lui fait vis-à-vis du Catholicisme, vis-à-vis du monde f et yis-h-yis de lui-même, je veux dire relativement à l'œuvre de régénération et d'évangélisation qu'il a à accomplir :

i° Vis-à-vis du Catholicisme. ■ — Il s'est opéré dans le Catholicisme une restauration analogue à celle qu'il éprouva à la fin du xvi° siècle sous le souffle de l'esprit protestant, et par laquelle il maintint ou reconquit un tiers des contrées qui lui échappaient. Le cadavre s'est transformé en un corps vivant! Partout il a passé de l'inertie à l'action et de la défensive à l'offensive. C'est plus, à vrai dire, qu'une restauration ; c'est une évolution réelle et profonde. Jamais le principe d'unité et d'autorité, qui fait son prestige et sa force, n'avait eu l'universalité qu'il à aujourd'hui;. jamais il n'avait été accepté et ne s'était déployé avec un tel accord. ' -

Qu'oppose à cela le Protestantisme? Quand il se formerait en association générale pour la défense de ses intérêts et de ses droits, si ce 'n'est pour le maintien de ses doctrines, il n'aurait jamais, comme pouvoir ecclésiastique, l'unité d'intention et de

direction, ni conséquemraent la promptitude, la persistance, l'énergie d'action du Catholicisme qui, par ses ordres religieux, par son clergé inférieur et supérieur, par son chef, en qui se concentre la pensée et la volonté générale, se trouve en rapport constant avec tous les rangs de la société, et fait agir où il veut, comme il veut et quand il veut, « cette épée dont la pointe est partout et la poignée à Rome ». Le Catholicisme a l'œil et la main en tous lieux à la fois. Il exerce sur lui-même et au dehors une incessante vigilance, dans un dessein et dans un but parfaitement marqués; les renseignements et les mots d'ordre montent et descendent sans interruption l'échelle de sa hiérarchie. En même temps qu'il se tient en contact avec les conditions les plus humbles, il traite de pair à pair avec les puissances de ce monde, qu'il caresse ou menace lorsqu'elles lui sont hostiles, qu'il dirige selon ses vues propres lorsqu'elles lui sont soumises ou favorables. Merveilleuse organisation, force immense, reposant, depuis des siècles, sur une base toute conventionnelle, qui s'est toujours relevée de ses ruines apparentes et qui survivra probablement à la crise qu'elle traverse en ce moment. L'esprit gouvernemental de l'ancienne Rome s'est conservé dans la Rome nouvelle, et il s'y est encore perfectionné.

Rien de cela dans le Protestantisme, qui ne forme pas même un corps. Et que sera-ce, si à cette infériorité de constitution viennent se joindre des divisions et des luttes intestines, qui retournent ses forces contre lui-même en l'ouvrant par mille côtés aux attaques du dehors? Pour juger des dangers qui peuvent naître de là, que l'on considère ceux qui en sortirent au xvi° et au xvii® siècles. C'est en appeler, il est vrai, à un ordre d'idées et de choses, à un état social et religieux tout autre que celui oti nous sommes, mais les enseignements qu'il donne s'étendent à tous les temps. La rupture des luthériens et des réformés en Allemagne, avec les rivalités et les oppositions réciproques qu'elle rendit si vives ; celle des épiscopaux et des presbytériens en Angleterre; celle des gomarisles et des armi-

NOTION SCRIPTURAIRG 97

niéns en Hollande, etc., etc., dispersèrent des ressources matérielles, scientifiques, morales, que la concentration aurait décuplées ; bien plus , elles poussèrent fréquemment à sacrifier l'intérêt commun à des intérêts de parti. Ainsi, la haine de l'Electeur de Saxe contre le Calvinisme, dont ses théologiens lui faisaient un monstre, contribua pour beaucoup à le jeter dans le camp impérial ; et cette défection, qui brisa l'union protestante, entraîna des pertes immenses en Bohême, en Hongrie, en Autriche et ailleurs (1).

Du reste, c'est bien à regret que j'évoque le souvenir de ces luttes sanglantes^ où l'on mit au service de l'Evangile des armes que l'Evangile répudie. S'il nous faut l'esprit protestant, c'està-dire cette pensée commune, cette entente générale qui nou élève au-dessus de nos divergences, pour nous attacher tous ensemble à la défense de notre principe fondamental soit formel (autorité des Ecritures), soit matériel (justification par la foi); il nous faut davantage encore, il nous iaxii l^esp?nt chrélieti, l'esprit que respire et inspire le Nouveau Testament ou, si l'on veut, le Sermon de la montagne. L'esprit protestant seul, se développant et s'organisant en parti vis-à-vis du parti catholique toujours organisé, ramènerait le pire des maux, les.guerres religieuses, cette perversion satanique de ce qu'il y a de plus saint, cette énorme aberration, dont nous avons besoin que le Seigneur nous garde, car le mystère d'iniquité se reforme ])ar la fusion de la question religieuse dans la question politique. Et puis, cet anticatholicisme qu'on tente de raviver çà et là, et que le mauvais cœur mettrait aisément à la place de l'évangélisme, ne nous serait encore que d'un faible secours, quelle qu'en fût l'universalité et l'énergie. Le Protestantisme, comme association, n'égalera jamais le Catholicisme, Ce qui a -fait la force du Protestantisme à l'origine, c'est qu'il apparaissait comme la restauration de la vérité et de la vie évangélique : il n'a

" (1) V. Ranke : Hist. de la Papauté, T. IV; p. 108.

Page 1