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CHAPITRE III DOCTRINE PROTESTANTE

Pour la Réformation, la « conformité avec l'écriture » (qui implique la pureté de la doctrine et du culte, la fidèle prédication de la Parole et rèxaéte administration des sacrements) est « la marque unique )) de la vraie Eglise. — lié Protestantisme posant avant tout la Bible, la vérité de la doctrine constitue pour lui la pureté de l'Eglise; — Au point de vue protestant, la question de la « vraie Eglise » doit donc se résoudre par la comparaison des diverses Eglises entre elles et avec l'Ecriture ; c'est-à-dire par la <( Symbolique »<

Après notre examen des prétentions de l'Eglise romaine, la question reste tout entière : A quelles, marques reconnaître l'Eglise véritable ou une véritable Eglise?

Les Réformateurs donnèrent pour marque unique la pureté de la doctrine et du. culte ou la fidèle prédication de la Parole et l'exacte administration des sacrements; en d'autres termes, la « conformité avec l'Ecriture » (1).

On a critiqué cette vue comme méconnaissant l'élément constitutif de l'Eglise et s'arrêtant trop à sa forme. C'est oublier que les Réformateurs ne se proposaient pas là de définir l'essence de l'Eglise, mais d'en déterminer le caractère externe. Ce sont des marques, ce noto ».

On lui a reproché encore d'être trop dogmatique. Ce qui fait

(1) Calvin : Inst., Liv. IV, ch. I, 1 10-12.

membre de l'Eglise, a-l-on dit, ce n'est pas. l'admission de tel ou tel: symbole, la participation à tel ou tel rite, mais l'union intérieure avec Jésus-Christ, mais là vie de la foi et de la charité. ^— Sans doute, et les Réformateurs le disent et le répètent continuellement; ce n'est donc pas la question. Il s'agit ici de l'Eglise visible et non de l'Eglise invisible; il s'agit de l'institution au moyen de laquelle doivent se former l'union avec Christ et la vie de la foi. Or, l'union avec Christ, la vie de la foi supposent 2me doctrine. Ainsi, le.point de vue de la Réformation reste ou revient toujours.

Ce point de vue fait dominer la Bible sur l'Eglise comme sur chaque fidèle ; et c'estlà le caractère fondamental, le principe constitutif du Protestantisme ; c'est par là surtout qu'il se sépare du Catholicisme ; toutes les autres différences viennent de celle-là. D'un côté, la Bible (toute la Bible, rien que la Bible) et rejet de toute doctrine ou pratique qui ne se légitime point par la Bible ; de l'autre côté, l'Eglise, source première de la vérité et de la grâce, donnant la Bible elle-même, l'interprétant par son enseignement, la complétant par sa tradition. Le Catholicisme pose d'abord l'Eglise, et arrive à la Bible par T Eglise; le protestantisme pose avant tout la Bible, et arrive à VEglise -par la Bible, parce que, pour lui, la Bible seule est le dépôt de la Parole divine et la règle souveraine de la foi (1). Il est évident

(1) Les Rétormateurs, il importe de le rappeler, ne s'en formèrent pas moins une idée très élevée de l'Eglise. « 11 faut tenir ce point résolu, dit « Calvin, que par la clémence de Dieu, moyennant le mérite de Jésus- « Christ, par la sanctification de son Esprit, la rémission des péchés nous « a été faite etno'is est faite journellement, entant que nous sommes unis « au corps de l'Eglise. Et de fait, c'est pour cela que le Seigneur a donné « les clefs à sou Eglise, afin qu'elle eût la dispensation de cette grâce pour « nous en faire participants... Il faut ici observer trois choses : la «première est que, quelque sainteté qui soit aux fidèles, néanmoins « pendant qu'ils habitent en ce corps mortel, ils ne peuvent subsister « devant Dieu, sinon en ayant rémission de leurs péchés. La deuxième, « que ce bénéfice est donné à l'Eglise comme en garde, tellement que a nous ne pouvons obtenir pardon de nos fautes devant Dieu qu'en

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que la vérité dé la doclrine, ou la conformilé avec l'Evangile, constitue en effet la pureté de rEglisé, puisqu'au fond la doctrine et l'Eglise ne 'font qu'un. Une société religieuses, avec ses institutions de discipline et de culte, n'est, en dernière analyse, que Toxpréssion extérieure d'une doctrine religieuse. Une société qui aurait abandonné ou complètement perverti la doctrine chrétienne ne serait plus, en fait, une église chrétienne» lOrs même qu'elle en retiendrait le nom. Aussi, avons-nous vu .que toutes les autres marques auxquelles en appellent les cathodiques supposent ou ramènent, celle-là ; parce qu'on ne peut, quoi qu'on fasse, se soustraire à la nature des choses. Il on est de même des directions actuelles qui, réduisant tout à la vie, attaquent également la maxime delà Réfo/mation relative à la vraie Eglise; car la vie évangélique est la vie de la foi, et la foi, redisous-le, implique la connaissance de son objet, par conséquent une doctrine. Pour s'appliquer cette parole de saint Paul : Christ est ma vie, }[ faut avoir le Christ de saint Paul. — La question qui nous occupe doit donc se résoudre par la Symbolique, où l'on compare les diverses communions chrétiennes les unes avec les autres et avec FEcriture

« persévérant dans la communion d'icelle. Le troisième est que ce bien « nous est distribué et communiqué par les ministres, tant en la prédire cation de l'Evangile qu'aux sacrements; et même, la puissance des clefs « est principalement comprise en cela. » {Inst. Liv. IV, ch. I^ §§21 fin et 22). ^^ ,.:.'. '

Les Réformateurs, ep plaçant la seule marque de l'Eglise dans la « conformité avec l'Ecriture », n'allèrent pas jusqu'à exiger une entière pureté de doclrine, de culte, ni de mœurs. Ils" firent, à tous ces égards, des concessions fort larges dans l'intérêt de la paix et de l'union (voir hist. Liv. IV, cil. II, § 1). Le principe de l'Eglise, comme institution-extérieure-'divine, tenait plus de place et exerçait plus d'empire chez eux qu'il ne l'a fait bien souvent depuis, qu'il ne le fait maintenant.

Esquisse d'une Symbolique (i). — Se tenir scrupuleusement au point de vue et dans l'esprit de l'Evangile. — Pour juger entre le Catholicisme et le Protestantisme, on pourrait partir de la base théologique .(l'Eglise et la Bible) ou du point de vue interne (justification) . -^ Montrer en quoi le Catholicisme s'écarte du dogme , de la morale, du culte évangéliques (en particulier sous sa forme esthétique). — Procéder de même vis-à-vis du Protestantisme. — Rechercher s'il est fidèle ou infidèle à ses deux grands principes constitutifs (autorité de l'Ecriture et justification par la foi). — Etudier et classer les diverses branches de la Réformation d'après leurs symboles^ leurs systèmes, leurs tendances. — Rechercher le principe supérieur autour duquel peut et doit se faire l'unité

- protestante, -r- Œuvre difficile, mais obligatoire.

Dans les études compfarées sur les différentes églises, on n'a malheureusement fait jusqu'ici que de la. polémique. Aussi, parmi la multitude de livres qu'a produits la controverse, et dont plusieurs sont pleins de savoir et de talent, a-t-on à désirer encore un ouvrage exact, indépendant, impartial, complet. Il y a là un iniportant travail à exécuter. Mais il faudrait s'y garder soigneusement de ces vues étroites et passionnées, de ces jugements injustes, de ces expressions amères, de ces imputations exagérées et souvent calomnieuses, qui semblent être le caractère et ic châtiment des discussions Ihéologiques ; il faudrait suivre avec une scrupuleuse fidélité, dans cet examen comparatif des doctrines et des églises, le beau précepte de ■ saint Paul : àX-Aiôsùovxeç sv àyàTrr, (Epli. IV, 1.5); il faudrait se placer, non au point de vue particulier de sa propre communion, mais au point dé vue libre et élevé du J^ouveau Testament. Or, c'est précisément l'inverse qui a lieu presque toujours. Chacun,

(1) Quel apaisement dans la Chrétienté, quels progrès dans l'avancement • du règne de Dieu, si toutes les églises, tous les hommes de science et de foi se pénétraient de l'esprit qui a dicté les considérations suivantes ! (Edit.)

posant son symbole ou son système comme l'expression de la saine doctrine, ne s'occupe que d'en faire ressortir la face évangélique et d'en masquer les défectuosités et les lacunes, tandis qu'il ne relève dans les autres symboles ou dans les autres systèmes que les points attaquables, grossissant le mal et niant le bien, ou l'amoindrissant autant qu'il peut; de telle sorte que tout soit vérité et pureté d'une part, erreur et corruption de l'autre. Evidemment cette méthode ne saurait aboutir qu'à des luttes à la fois stériles et irritantes, où la vérité et la charité sont sacrifiées à l'esprit de parti, et dont l'effet nécessaire est d'éterniser les divisions. Le christianisme théorique n'y gagne rien, et le christianisme pratique y perd beaucoup. Il importe souverainement que des procédés plus larges, et par cela même plus équitables, président enfin à ces jugements réciproques.

Ainsi pour le Catholicisme, avec lequel nous avons, principalement à faire, tout en montrant en quoi il s'écarte, dans ses principes ou dans ses rites, du dogme, de la mor«/e, du culte évangélique (c'est-à-dire de la pure idée chrétienne), on ne doit pas méconnaître ce qu'il existe nécessairement de vrai, de bon, de saint dans une Eglise qui produit des œuvres si admirables, qui à nourri les Xavier, les Fénelon, les Vincent de Paul, etc. ; qui inspire tant d'abnégation et de dévouement, et dont les aberrations elles-mêmes portent quelquefois une empreinte étonnante de foi et d'humilité autant que de ferveur et de soumission. On ne saurait être juste et impartial qu'en se défaisant avant tout de ces préventions extrêmes, liées d'une lutte de trois siècles, de l'opposition des formes et des tendances et de l'habitude de ne se considérer mutuellement qu'à distance et par les côtés les moins favorables. Les deux communions diffèrent tellement au dehors, la, direction qu'elles impriment, les moyens qu'elles emploient, leurs principes généraux, leur enseignement, leur culte sont à tant d'égards si divers ou même si con- : traires, qu'elles semblent presque ne pas pouvoir se comprendre l'une l'autre. C'est un fait qui nous frappe fréquemment dans

les jugements des catholiques lés plus éclairés et les plus sincères au sujet du Protestantisme, dont ils pervertissent si étrangement le caractère et le principe fondamental de même que les doctrines particulières. Mais ils nous accusent, à leur tour, d'une injustice ou d'une erreur semblable, et il est fort à craindre qu'ils n'aient aussi raison de leur côté, au moins à quelques égards. Le premier devoir serait donc de se débarrasser des préjugés d'éducation, de percer ces nuages et ces enveloppes pour arriver en quelque sorte au cœur du Catholicisme et saisir de là sa vraie conception de l'Evangile. On trouverait qu'il y a là comme deux religions, résultant, l'une des opinions et des pratiques traditionnelles, l'autre des points fondamentaux du Christianisme, que cette Eglise a toujours maintenus ; éléments hétérogènes qui, dans leurs combinaisons diverses, produisent - des doctrines ou des tendances très distinctes, suivant que le premier ou le second domine; de là vient que si le Catholicisme jette dans de grands écarts et dans de tristes superstitions, il peut aussi développer à un haut degré la vie et les vertus chrétiennes. Plusieurs de ses livres d'édification et de piété respirent l'esprit évangélique le plus élevé et le plus pur; peut-être même ont-ils, à certains égards, à côté de leurs erreurs confessionnelles, quelque chose de plus complet que les nôtres dans l'exposition du caractère chrétien comme dans les moyens de le former. J'ai spécialement en vue son principe d'abnégation et ses règles d'ascétique. Il y a là certainement bien des excès et des défauts ; mais il y a aussi la culture d'une disposition profondément chrétienne. Le renoncement est le premier pas dans la voie évangélique. Sans détachement, pas de dévouement. Quoi qu'il en soit du reste de cet aperçu, revenons au travail que nous indiquions, simplement pour donner une idée de ce que nous pensons qu'il devrait être. — Dans cette étude critique, dans cet examen comparatif du Protestantisme et du Catholicisme, on pourrait, pour avoir un principe général autour duquel tout vînt se systématiser ou, du moins, se coordonner, partir

soit de la base théologique : l'Eglise d'un côté, et de l'autre la Bible, (point de vue extérieur d'où l'on atteint toutes les questions, dogmatiques, morales, di-sciplinaires), soit de \b, Jusli/îca' don, (point de vue interne, doctrine centrale sur laquelle s'est opérée la séparation). C'est de là que les Réformateurs battirent en brèche l'édifice entier des croyances et des pratiques romaines. De ces deux positions, on peut embrasser les deux systèmes et les Juger dans leur antagonisme. Mais nous devons nous borner ici à quelques indications.

Sur le premier chef, le dogme, il y aurait d'abord h démêler les doctrines traditionnelles des doctrines bibliques ; ensuite, à établir dans quelle proportion elles s'unissent dans le système commun ; et à montrer, enfin, jusqu'à quel point les premières peuvent défigurer ou dénaturer les secondes. Ainsi, pour le fait fondamental du Christianisme, la rédemption par le sang de Christ, le Catholicisme l'a toujours fermement rete,nu et hautement proclamé ; il a fait de la croix son étendard et son symbole. Mais, en même temps, il porte de graves atteintes à ce dogme si capital : i° en confondant la justification avec la sanctification, ce qui le conduit, dans la théorie et plus encore dans la pratique, à mettre l'œuvre de l'homme à côté, si ce n'est au-dessus de l'œuvre de Dieu, et à altérer ainsi profondément le grand principe du salut par la foi ou par grâce ^ qui fait l'essence de l'Evangile; 2° en plaçant auprès de Jésus-Christ des médiateurs et des intercesseurs secondaires, vers lesquels il dirige les regards et la confiance des peuples, exposant les âmes à négliger le seul Nom, dans le Ciel et sur la terre, par lequel il nous faille être sauvés et à se détourner de l'unique source des miséricordes.

Un autre trait, qui touche de très près à celui-là, c'est le caractère sacerdotal du christianisme romain. L^Eglise où le clergé y est l'intermédiaire entre le peuple et Dieu, de même que les sacrements y sont le canal de la grâce, tandis que l'Evangile, ayant déchiré le voile qui fermait le Sanctuaire à tout autre que le Grand prêtre, ouvre devant tous un libre accès

au Trône des miséricordes, et établit des communications directes et immédiates entre les croyants et leur Sauveur, les faisant tous « sacrificateurs et rois ».

Dans l'exposé général des altérations que le système romain fait subir au dogme évangélique, il conviendrait d'insister sur ces, points, qui intéressent si profondément la doctrine de la grâce et de la vie, et auxquels il serait facile, je le crois, de rattacher tous les autres. Mais, encore une fois, il importerait de s'y garder de ces exagérations communes, oii l'on semble oublier que le Catholicisme pose en principe le mérite du Christ et le salut par son nom seul. 11 est de fait, et personne ne peut le contester ni l'ignorer, qu'il établit la rédemption pour fondement et pour centre du Christianisme; il y appuie la morale comme la doctrine, 41 en tire la sanctification aussi bien que le pardon, il y rattache les pratiques les plus solennelles de son culte. « L'huma- « nité pourra se régénérer, dit M. Maret(l), dans le sang du « nouvel Adam. L'homme comprendra qu'il est pardonné parce « qu'il est aimé : aimé, il aimera à son tour ; l'image divine se « rétablira au fond de son âme. Par Jésus-Christ, l'homme ren- « Irera dans la possession de la vérité et de la charité, il pourra « de nouveau s'unir à Dieu. Uni à Dieu, il jouira de la lumière « et de la liberté véritable, etc. » Voilà bien l'idée protestante, l'idée chrétienne, et l'on pourrait la trouver plus formelle encore dans d'autres auteurs catholiques. « Je déclare en présence de « Celui aux regards de qui rien n'est caché, dit Sylvestre de « Sacy dans son testament^ que j'ai toujours vécu dans la foi « de l'Eglise catholique, et que si ma conduite n'a pas toujours « été, ainsi que j'en fais l'humble aveu, conforme aux règles « saintes que cette foi m'imposait, ces fautes n'ont jamais été « chez moi le résultat d'aucun doute sur la vérité de la religion « chrétienne et sur la divinité de son origine. J'espère ferme- « ment qu'elles me seront pardonnées par la miséricorde du Père

(i) Essai sur le Panthéisme»

« céleste, en vertu du sacrifice de Jésus-Christ, mon Sauveur, « ne mettant ma confiance en aucun mérite qui me soit propre « et personnel, et reconnaissant du fond du cœur que je ne feuis « par moi-même que faiblesse, misère et indigence (1). » Voilà bien une profession de foi protestante (2).

Il faut toujours se souvenir, dans la controverse comme ailleurs, que l'Eglise romaine retient, et retient fortement, tous les points fondamentaux du Christianisme. Seulement elle y . ajoute, et les altère en y ajoutant. Le point réel de la discussion entre elle et nous est dans ces additions qu'elle fait à l'Ecriture et dans la funeste influence qu'elles exercent sur la foi et la vie chrétienne. Sans doute, elle tonibe aisément dans la doctrine du salut par les œuvres, ou même par les observances cérémonielles, et va jusqu'à compromettre complètement les grands principes de la justification et de la régénération. Mais c'est recueil de son dogme, plutôt que son dogme même ; comme chez nous recueil du Calvinisme rigide est l'antinomisme et celui de l'Arminianisme prononcé, le pélagianisme. Cela tient à la difficulté de concilier les deux grands éléments bibliques : la grâce et l'obligation morale, la justification par la foi et l'absolue nécessité de la sanctification, l'Evangile et la loi, la vie éternelle, don et récompense tout ensemble. Ce qu'il y a à faire visà-vis du Symbole catholique comme de tout autre, c'est d'analyser les divers éléments dont il se compose, d'en apprécier la valeur, de montrer comment ils s'allient et se combinent, de caractériser la tendance ou la direction religieuse qui en sort, et de déterminer en quoi, pris dans son ensemble, il est conforme ou contraire aux Ecritures. Mais, pour être juste et réellement utile il faut d'abord être exact, répétons-le. Ne présenter qu'une face des choses, exagérer ici l'erreur et le rrial, là la vérité et le bien, avoir un parti pris avant tout examen et ne

(1) Voyez son é/ogre prononcé par M. de Broglie à là Chambre des Pairs.

(2) Nous avons eu d'autres exemples semblables, comme on eut au xvii'' siècle celui des premiers et grands Jansénistes.

chercher qu'à rester vainqueur, est indigne de la sainte cause deJ'Evangile.

Dans les points mêmes oti Te Catholicisme s'écarte le plus, de l'Evangile, où il semble jeter dans des voies diamétralement opposées à celle de la vérité et de la grâce, le principe, l'élé-' ment chrétien reste toujours au fond ; il peut être saisi, et il l'est fréquemment par les âmes bien disposées. Or, c'est ce que méconnaissent la plupart de nos coritroversistes. Sur la doctrine de la justification, par exemple, nous soutenons d'ordinaire qu'il enseigne le salut par les œuvres et même par lès œuvres extérieures, qu'il anéantit la croix de Christ, qu'il met absolument le mérite de l'homme à la place dii don de Dieu, etci, etc. Et, à ne prendre que certains traits de son enseignement, certains de ses livres, certaines de ses pratiques et de ses croyances, ce jugement paraît pleinement légitime. 11 ne l'est pas cependant. Aussi, ses théologiens les plus distingués nous accusent-ils de dénaturer la vraie doctrine pour, la combattre plus aisément. — Sur l'invocation et l'intercession des Saints, lisez les explications des docteurs, arrêtez-vous aux décisions formelles de Trente, qui seules font autorité, vous verrez cette doctrine se dépouiller de ces caractères dé semi-polythéisme sous lesquels elle nous apparaît, et se réduire à un fonds d'idées que vous rejetterez moins pour ses erreurs que pour ses périls. Il faut toujours distinguer le dogme proprement dit, le dogme consacré ou sanctionné, de ses interprétations théologiques et de ses applications pratiques. Il faut aussi le prendre tel que le pose l'Eglise, et non ,tel que nous le concevons ; autrement, l'on nous accusera avec raison de nous attaquer à notre idée propre plus qu'à la sienne. Il en serait alors de notre critique comme de celle des catholiques, quand ils répètent, depuis trois siècles, et de la meilleure foi du monde ce semble, que le Protestantisme annule la moralité au profit de la religiosité.

Sur le deuxième chef, la morale, on aurait à juger la direction que le Catholicisme imprime aux âmes par celte soumission

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implicite qu'il exige pour la voix de l'Eglise, et conséqueraraent pour la parole du prêtre (1), — la tendance des observances cérémonielles et pénales qu'il prescrit, — l'effet de sa distinction des péchés en « véniels » et « mortels », des commandements en (( préceptes » et « conseils », et de la route du salut en « voie commune » et « voie de perfection », — ainsi que les résultats naturels de certaines de ses croyances et de ses pratiques, telles que le Purgatoire, la confession, l'absolution.

Sur le troisième chef, le culte, il serait aisé de prouver que le Catholicisme s'est éloigné de la simplicité, de la pureté, de la spiritualité évangéliques par la multitude de ses rites, par l'adoration de la Vierge, des saints, de la croix, des images, des reliques, par les pratiques qu'il impose et par le prix qu'il y attache ; en reconnaissant toutefois qu'il a su conserver, mieux que nous peut-être, ce caractère essentiel au service divin, cette puissance secrète et ineffable qui tient à la prière, aux chants sacrés, aux solennités religieuses, et qui atteint jusqu'aux profondeurs de l'âme, au lieu de ne frapper que la seule intelligence. A cet égard, et probablement à d'autres encore, l'opposition nous a jetés dans l'extrême, et noire culte a fini par n'être guère qu'un enseignement. On aurait aussi, dans cet article, à juger la doctrine que les sacrements confèrent la grâce par euxmêmes^ (opère ôperaio), et que leur efficacité dépend non seulement de la disposition de celui qui y participe, mais de l'intention de celui qui les administre.

Ce serait là un ouvrage d'une exécution difficile sans doute, mais plein d'intérêt et d'utilité. On trouverait sous l'idée catholique générale bien des doctrines et des tendances particulières, qu'ir serait bon dé signaler. Ainsi, le catholicisme de l'Italie et de l'Espagne diffère à beaucoup d'égards, pour le fond comme pour la forme, pour les croyances comme pour les rites, de celui de la France et de l'Allemagne. A part ces différences

(1) Disposition portée à son dernier degré dans les Ordres monastiques : (outil de saint Benoît, — bâton et cadavre de saint Ignace).

de peuple à peuple, il en est d'autres qui tiennent à des causes intérieures et plus profondes ; ainsi le Molinisme et le Jansénisme, le formalisme et le mysticisme, la tendance biblique et la tendance traditionnelle ou populaire ont toujours lutté plus ou moins au sein de cette Eglise, de même que ses divers Ordres mônastiqiies, qui ont tous leur caractère et leur esprit propre, leur conception et leur réalisation particulière du christianisme romain et qui se nommèrent, non sans raison, dans le principe, des religioiis. Il y à lieu d'admirer l'habileté avec laquelle le Catholicisme a su allier le su[>port de tant de divergences avec le maintien de son unité.

Une des formes du Catholicisme qu'il importe le plus d'étudier aujourd'hui, c'est sa forme esthétique, si hautement célébrée depuis Chateaubriand. Là, tout se matérialise en quelque manière dans le Christianisme, dogme, morale, culte. En tout, ce qu'on cherche de préférence c'est ce qui frappe l'imagination plus que ce qui réveille la conscience et épure le cœur; ce sont les émotions que réclame une sorte de sensualisme religieux plus que les effets de la grâce qui régénère; il semble que l'Evangile nous soit donné pour faire de nous des poètes, .des artistes, bien plus que des chrétiens. Delà, une disposition singulière à faire ressortir dans la doctrine elle-même des rapports, des contrastes, des harmonies, plutôt qiie la vérité; de là surtout, le réveil de toutes les. tendances superstitieuses du Moyen Age, la restauration de ce'que nous nonimons « le catholicisme traditionnel ». Si vous prenez « VExposition du dogme catholique », par de Génoude (i), vous y trouverez, d'un bout à l'autre, un tout. autre caractère que celui que fait attendre naturellement un pareil titre, et que présente le livre de Bossuet que ce titre rappelle (2). Partout, chez le rédacteur de la Gazette de

(1) Paris, 1840.

(2) C'est que Bossuet avait devant lui le protestantisme sévère du XVII» siècle et que M. de Génoude s'adresse à une école éprise d'une vague religiosité.

France^ des assertions, des hypothèses, des suppositions, des idées hasardées, des vues et des phrases à effet, partout des traits, etc., à Ja place d'une exposition réelle, d'une discussion sérieuse et solide ; partout le romantisme, qui substitue Pombre de la vérité et de la piété à la vérité et à la piété elles-mêmes.

Ainsi, ce qu'on exalte comme les signes de la foi en Italie, ce sont les croix, les statues, les temples, etc. ; c'est lace qui. fait la grandeur de Rome et montre à l'œil l'empire du. Christianisme sur les peuples. Pas le moindre mot de la conversion, ni de la vie chrétienne proprement dite. .

Ainsi, ce qu'on admire, c'est, par exemple, qu'une dame, arrivée en équipage, monte à genoux la Scala santa {escdXiQV prétendu du prétoire). V

Ainsi, on divinise les Saints. On représente saint Pierre comme l'auteur de l'établissement et de l'accroissement de l'Eglise. « Qui aurait dit aux rois de Rome sur l'Aventin, à la républi- « que au Capitole et aux empereurs sur le Palatin, qu'un jour

un batelier sans armes, sans éloquence, soumettrait Rome, « qui avait vaincu Brennus, etc., etc., parce qu'il demandait à « être crucifié la tête en bas!... Piierre est donc le vainqueur des « vainqueurs de la terre... » (1).

Mais c'est surtout la Vierge qui est l'objet de celte conception du Christianisme, ou de cette poésie A\\.q religieuse. Oï)cé\hhvQ la Vierge « sortant d'une 'corbeille de roses, portant une auréole « d'or et d'argent autour de sa tête, ayant à ses pieds l'univers « et le serpent (2). » ^- Elle a la science de son Fils, la science de Dieu même. — Le salut du monde a dépendu d'elle. — Le Fils et la Mère offrent à Dieu un même holocauste pour les pécheurs. — Associée à l'amour fécond du Père, à la mort vivifiante du Fils, elle nous a enfantés dans le sang de Jésus- Christ. — Elle partage la gloire divine, car elle est la fille, la

(1) Avant-propos, p. xxii.

(2) Eglise de « V Annunciata », à Gênes.

DE LA VRAIE ÉGLîSÈ . , 277

mère, l'épouse de Dieu (1). — Elle est le complément de la Trinité. — Comme au nom de son Fils, tout fléchit à son nom sur la terre, dans les cieux, aux enfers. — Les mérites du Fils obtiennent tout du P(?re^ les mérites de la Mère obtiennent tout du Fils. — Marie, épouse du Saint-Esprit, élève tous les hommes dans son assomptron. — Par elle, le Saint-Esprit produit la vie, la grâce et la gloire.. — On cite avec éloge ces vers inscrits audessous delà Madone de Savone :

In mare irato, in subitâ procelià Invoco te, nostra benigna Stella (2).

Est-il possible de pousser plus loin la divinisation de la créature?

Cet ouvrage a été approuvé à Rome. Il y a là évidemment de terribles aberrations, des altérations profondes du pur Christianisme (3). .

Cette forme expose à de redoutables attaques, car, que l'incrédule exerce aussi son imagination sur les mystères chrétiens, que deviendront-ils ? qu'on revienne, d'un autre côté, du point de vue esthétique au point de vue rationnel, au point de vue vraiment religieux et moral, et les arguments se transformeront en objections.

Du reste, le Catholicisme est entré dans cette voie par TefFet même de son habileté à exploiter en sa faveur les tendances vives de chaque siècle ; et la tendance esthétique ou romantique a dominé depuis bien des années la littérature.

11 va sans dire qu'il faudrait surtout tenir compte dans l'appréciation du Catholicisme, des diverses formes qu'il revêt selon les temps et les lieux, en montrant comment elles sortent de son principe.

(1) Etranges expressions !

(2) Pages 174, 171, 178, 180, 181, 185, 183, 184.

(3) Cette dogmatique nouvelle est bien inférieure à celle du xvii« siècle, celle des Bossuet, des Bourdaloue, des Massillon, des Fénelon, etc.

J.?iii^r-^'\^i:t^'--^H^^'y-r:<'---..

Le point le plus vif de la controverse entre les deux cultes est peut-être aujourd'hui celui de leur influence sociale. Mais quelque importante que soit cette question, elle n'est que secondaire. Il faut s'attacher surtout à celle que posent l'Evang-iie et la conscience : Que faire pour avoir la vie?

On devrait procéder de la même manière vis-à-vis du Protestantisme qui, dans son opposition avec le Catholicisme et dans son esprit primitif, est le relèvement de la grande doctrine de la grâce. Ce fut là son objet direct et formel, son caractère constitutif au xvi® siècle; s'il s'en est écarté pendant un temps, il y revient de nouveau, et il ne pouvait pas ne pas y revenir sans se renier lui-même, 'èon ^irmci^^^ fondamental positif (^matériel) est le dogme du salut par le seul nom de Christ, et de la justification par la foi; comme son principe fondamental négatif (formel) est le rejet de toute autre autorité, de toute autre règle que la Bible. Là est sa gloire et sa force; mais aussi là est son péril ; car s'il formule son principe positif d'une manière trop absolue, il peut aller jusqu'à nier la coopération de l'homme, et par conséquent sa responsabilité; et alors il compromet une des grandes données de la conscience et de la Bible pour exalter l'autrej, il élève le côté religieux du Christianisme, la rédemption, aux dépens du côté moral. De même, s'il pose trop exclusivement son principe négatif, il peut arriver à anéantir l'unité par la fidélité, à faire autant d'églises que de dogmatiques, et à introniser un séparatisme sans règle et sans bornes (Litléralisme biblique, en Angleterre et aux Etats-Unis. — Lardonistes de Lausanne, qui allaient jusqu'à ne vouloir célébrer le culte que dans une chambré-haute).

Quant aux rapports de ressemblance et do différence entre les diverses branches de la Réformation, il aurait suffi autrefois, pour les faire ressortir, de l'étude comparative des symboles ecclésiastiques, parce que ces symboles régnaient vérilablement. Aujourd'hui, il importerait beaucoup plus de s'attacher aux sys-

tèiiies et aux tendances relig-ieuses qui en découlent. — Il faudrait dégager le principe générateur de chacun de ces systèmes, constater la manière dont il groupe et met en jeu les divers éléments du Christianisme, soit théorique soit pratique, et déterminer quels sont ceux qu^il exagère ou qu'il néglige, qu'il fait dominer outre mesiire ou qu'il relègue trop dans l'ombre. — Les systèmes théologiques pourraient de nos jours se diviser en deux grandes classes, selon qu'ils reposent sur la méthode positive (biblique, en Angleterre) ou sur la méthode rationnelle (philosophique, en Allemagne). Les systèmes de chacune de ces deux classes pourraient se subdiviser ensuite sous les trois dénominations de calvinisme, d'arminianisme, de socinianisme (unitaire et rationaliste), en prenant ces mots dans la large acception qu'ils ont reçue en ces derniers temps.

Quoiqu'il convint do s'occuper des systèmes plus que des églises, parce que les églises protestantes ont généralement perdu leur individuahté avec leur ancienne constitution, la caractéristique de quelques communions particulières qui ont une physionomie prononcée, (lés Quakers, par exemple, les Moraves, les Wesleyens), serait intéressante et instructive. On verrait chacune d'elles mettre en relief quelque face spéciale delà doctrine et de la vie chrétienne, en présentant toutes un fonds commun. Il résulterait de là plus de support et de respect mutuel; on entreverrait, à travers les divergences, un principe identique et supérieur, qui peut relier en un seul faisceau toutes les fractions du Protestantisme évangélique, à l'exception du socinianisme extrême et du rationalisme absolu, qui sont décidément infidèles au principe protestant. L'habitude de regarder à ce qui rapproche autant qu'à ce qui éloigne, et de traiter l'erreur comme une maladie plutôt que comme un crime, développerait un esprit de paix, de. concorde, d'humble et douce tolérance, où la vérité et la charité gagneraient également. Nous ne saurions trop hâter de nos vœux et de nos efforts le temps

OÙ la polémique sera ainsi remplacée par la « Symbolique » (1). Note postéjneiire (2) : — Œuvre difficile, mais qui devient obligatoire dans la crise où nous nous trouvons de nouveau. Le courant du xix° siècle pose la même question suprême qu'avait posée le courant du xvni'^. Elle n'est plus, comme dans les époques organiques, entre les diverses formes ou les diverses directions de la foi, elle est entre la foi et l'incrédulité. Pour le christianisnie évangélique, pour le christianisme surnaturel et réel, il s'agit d'être ou de n'être pas. Des deux maximes du Seigneur : n- Celui qiii n'assemble pas avec moi dispense » et « Celui qui n' est pas contre nous est pour nous y>, chacune vraie à sa place, c'est à la dernière que nous devons regarder pardessus tout.

Au fait, l'état actuel des choses place devant nous trois directions générales : le Catholicisme, le Protestantisme, et ce que nous nommerons «rationalisme », c'est-à-dire ce qui relève du principe d'autonomie, quelque supranaturalisie qu'il soit, à divers égards, dans son dogme. Ce sont trois conceptions de la vérité chrétienne et par suite de la communauté chrétienne, ayant chacune sa base, sa règle, son autorité spéciale; l'une, l'Eglise; l'autre, l'Ecriture; la troisième, la raison ou la conscience. .

Construisant sur des fondements si différents, elles aboutissent à des dogmatiques non seulement différentes, mais contraires. Le moyen le plus direct, le seul réellement effectif de les juger, est la constatation du vrai principe chrétien.

(1) La « Symbolique » de Winer est une nomenclature; celle- de Mœhler n'est que de la polémique. . -

(2) Probablement contemporaine de la broch. de P. F. Jalaguier : JDm principe chrétien, etc. (Toulouse, 1853.) (Edit.)

RÉPONSE AUX OBJECTIONS des catholiques contre le principe protestant.

Au principe protestant, qui fait consister la seule marque formelle de la vraie Eglise dans la pureté de la doclrlne, les catholiques opposent diverses difficultés. — Ils disent que c'est livrer toutes choses au jugement individuel et ouvrir la voie à des écarts et à des dangers innombrables ; — que « la marque » (1) d'un objet quelconque doit avoir une évidence propre tellement sensible, qu'elle frappe et se légitime par elle-même ; — que l'examen de l'Eglise, avec ses caractères et ses titres extérieurs, est aisé et sûr, tandis que celui de la doctrine est difficile, incertain et périlleux; — que nous méritons bien plusqu'eux le reproche que nous leur adressons de rouler dans une sorte de cercle, puisque nous basons l'obligation de s'attacher à l'Eglise la plus pure sur ce qu'elle nourrit les âmes de la vérité salutaire, et que nous supposons ensuite la connaissance de cette vérité pour discerner enlreles égliises quelle est la plus pure et la plus sainte.

Sans discuter ces objections en détail, bornons-nous à répondre : — que la pureté de la doctrine constituant la pureté de l'Eglise, puisque la direction de la vie spirituelle en dépend, il est impossible de juger l'Eglise autrement que par la doctrine; c'est une nécessité qui sort de la nature des choses, ainsi que nous l'avons déjà vu, et à laquelle les catholiques eux-mêmes ne peuvent échapper, quoi qu'ils fassent ; — que, soit qu'on procède par l'examen de l'Eglise ou par celui de la doctrine, on fait également appel au jugement particulier, et qu'on ne saurait faire peser sur un seul parti la responsabilité d'une méthode à

(1) Je rappelle que le point de vue catholique porte à préférer ici cette expression à celle de a preuve », et que cette terminologie fut retenue dans la controverse pendant fort longtemps.

laquelle on a recours des deux côtés ; — que Texamen de l'Eglise, pour peu qu'on aillé au fond des choses, soulève autant de difficultés que celui de la doctrine qu'il implique en dernière analyse; -=^ que le paralogisme dont on nous accuse serait réel si nous ne connaissions la doctrine que par l'Eglise, comme le veulent les catholiques; mais, en dehors et au-dessus des églises et des doctrines, il y a pour nous l'Ecriture, charte éternelle de la Chrétienté, qui les juge les unes et les autres parce qu'elle les fonde seule. Dieu nous dit : (.(. A la loi et au témoignage! ». Jésus-Christ et les apôtres recourent sans cesse à l'Ancien Testament pour démontrer la divinité de leur mission et de leur parole ; c'est la marque ou la preuve à laquelle ils en appellent le plus fréquemment; leur exemple doit être ici notre règle; notre sûreté, aussi hien que noire obligation, étant de nous soumettre à l'ordre établi de Dieu. Ce fut, au fond, le principe des anciens Pères : « Ceux qui veulent connaître « quelle est la vraie Eglise, dit saint Ghrysostôme (1), ne le « peuvent que par les Ecritures. »

En résumé, nous n'avons d'autre critère positif de la vérité d'une église que la vérité de sa doctrine, ni d'autre moyen de constater la vérité d'une doctrine que l'Ecriture sainte, méditée dans un esprit de .foi, d'humilité et de prière, avec la confiance que le secours d'En Haut, qui nous est promis (Luc XI, 13; Jacq. I, 5), ne nous manquera point si nous l'implorons. Chacun est tenu de puiser à ses risques et périls, pour ainsi parler, dans le Livre des révélations, car chacun rendra compte pour soimême.

En vain signalerait-on les inconvénients de cet ordre de choses, et monlrerait-on qu'il,y en aurait un autre plus simple et plus sûr, si l'on ne prouve d'abord que ce dernier existe réellement. Les utopies ne mènent à rien, au contraire elles égarent. Une église infaillible, qui se légitimerait par elle-même, qui sépare-

(1) tiomél. sur Matt. XXIV,

rait sans cesse la vérité , de l'erreur dans le cours des âges et tiendrait les âmes éloignées des voies dé la perdition, que l'esprit de mensonge essaie d'ouvrir devant elles, serait une excellente institution, nous pouvons l'accorder; une panacée universelle serait aussi très précieuse. Mais il ne paraît pas que Dieu ait voulu nous donner ni l'une ni l'autre ; et, certainement. Dieu sait mieux que nous ce qui convient. Usons, avec une humble gratitude, des dons et des secours qu'il nous offre sous la dispensation où il nous a placés, au lieu de nous en priver peut-être en voulant nous placer nous-mêmes sous une dispensation imaginaire (1).

Le principe que tout croyant est appelé, quant k ce qui le concerne, à être juge en dernier ressort, des doctrines et des églises, ou plutôt de les traduire au Tribunal suprême de l'Ecriture, régie souveraine de la vérité, que c'est là un droit en tout temps, que ce peut être un devoir en certaines circonstances, ce principe n'est au fond que le principe de la liberté de conscience et de culte, universellement reconnu aujourd'hui, sinon encore universellement appliqué, et concédé plus ou moins par les catholiques eux-mêmes (2).

{{) Autres objections : 1° En fait, la masse des protestants ne fait pas usage de son droit, elle croit sur autorité. — Oui, mais le droit et le principe restent. Il en est dans la religion comme dans la science (astronomie, par ex.) 2" de principe anéantit et l'Eglise et le ministère, puisqu'il pose la Bible comme suffisant à chacun. — Non, car la Bible ellemême reconnaît l'institution de l'Eglise et du ministère et fait une obligation de s'y soumettre.

(2) Ceci n'est plus soutenable. — Sans doute, on rencontre encore aujourd'hui dans le monde, voire même dan.s le clergé et dans la presse, des catholiques inconséquents qui prônent la liberté de conscience ou qui s'y résignent. Mais le Catholicisme dans son ensemble, celui des conciles et des papes, celui des Jésuites, des Assomptionnistes, des Dominicains, ne renonce nullement à son vieux principe d'intolérance, fruit naturel de son exclusivisme. Il peut le voiler plus ou moins, selon les temps ; mais, bien qu'il en meure, comme d'un infaillible poison dont serait saturé tout son organisme, il ne veut, ni ne peut l'abandonner. Voué, par le fait même de son orgueilleuse et fatale doctrine de l'Eglise, à la négation de toute liberté individuelle, à

Du reste, l'exercice de ce droit, raccomplissement de ce devoir dans ses limites scripturaires, n'est pas aussi difficile, il faut le répéter, qu'on veut bien le dire et qu'il [pourrait le sembler au premier abord. La vérité chrétienne se révèle surtout aux âmes simples, aux esprits et aux cœurs bien disposés qui veulent réellement être enseignés de Dieu. Les grandes doctrines dogmatiques et morales, celles qui intéressent réellement la vie spirituelle, sont à la surface du Nouveau Testament ; on en ressent partout la présence quand on le lit avec la docilité de la foi ; tout en porte à l'âme .l'impression, si ce n'est la notion abstraite et la formule Ihéologique. Le savant n'a, à cet égard, aucun avantage sur l'homme du peuple, car ce ne sont pas seulement les gens sans culture « dojit le dieu de ce siècle aveugle l'entendement, afin qu'ils ne soient pas éclairés par la lumière du glorieux Evangile de Christ » (II Cor. IV, 4)." Le Sauveur n'a-t-il pas dit : « Je te loue, â Père, etc. » (Luc X, 21)?

La voie de la vérité et de la vie est clairement marquée dans les Saintes Ecritures. Les doctrines essentielles ati salut y sont répandues de manière à être sensibles à tous les yeux et à tous les cœurs qui veulent s'ouvrir. Le témoignage de l'Eternel est assuré et donne la sagesse aux simples (Ps. XIX, 7). Dieu enseigne sa voie aux humbles (Ps. XXV, 9 et 4.. 5. 12. 14; Malt. XI, 25. 26.). Est-il possible, par exemple, à moins d'être aveuglé par l'esprit de système, de ne pas voir dans la Bible la Providence, l'immortalité de l'âme, la résurrection des corps, le jugement, les rétributions éternelles, l'état de corruption et de

l'étouffement des consciences, au souverain mépris de la personne humaine, le Catholicisme se rend coupable du Tpéché contre le Saint-Esprit, le seul qui ne puisse être remis ni dans ce monde ni dans l'autre; et son état actuel montre bien que c'est là le grand pe'c/ié mortel. « Le Catholicisme n'est plus « qu'un cadavre ; il subsiste comme institution, il n'existe plus comme « principe de vie » (1). — L'auteur d'une « Symbolique » trouverait dans l'étude de ce principe de mort et de ses résultats de puissants arguments en faveur du,Protestantisme. {Edit.) (1) L. Lafon: VieNomene,V> août 1899,

condamnation où se trouve rhomme, la venue du Fils de Dieul sa mort pour la rédemption du monde, la justification par la foi, la promesse du Saint-Esprit, la nécessité de la sanctification, etc. Et n'est-ce pas là ce qui importé réellement?

Il existé des préventions scientifiques aussi bien que des préjugés populaires. Le goût des spéculations, l'orgueil de" la raison, le désir de comprendre pour croire, l'esprit de système, l'influence de certaines idées érigées en principes peuvent, comme l'ignorance et plus peut-être, jeter sur le cœur ce voile qui cache la vérité; outre que la grande cause de l'incrédulité et de l'erreur étant essentiellement mo7'aie, agit avec la même force à tous les degrés de développement intellectuel. Faut-il beaucoup de science, ne suffit-il pas d'une attention impartiale et docile pour reconnaître, par exemple, que le système socinien ou rationaliste et le système romain ne sont point bibliques? que l'un tronque l'Evangile et en retranche tout ce qui en fait la vertu vivifiante, et que l'autre y ajoute des doctrines et des observances qui le dénaturent ? Les faits ne sont-ils pas là d'ailleurs pour démontrer que dans les contrées protestantes le socinianisme tombe à mesure que l'autorité de la Bible se ^relève, que le rationalisme ne s'y maintient qu'en déclinant celte autorité (Allemagne). Les faits ne sont-ils pas là encore pour prouver que dans les contrées catholiques oii le Livre saint a été répandu, bien des personnes, en le lisant avec simplicité, ont été détachées peu à peu, à leur insu, presque malgré elles, de leurs idées anciennes et se sont effrayées de se trouver protestantes lorsqu'elles ont voulu se rendre compte de leur foi. Rome a tremblé avec raison devant les Sociétés bibliques. Nos dissensions intestines l'ont peut-être seules sauvée d'une nouvelle Réforme.

Dans la question actuelle, ne l'oublions pas, il ne s'agit que des grandes doctrines, de ce qui concerne directement la voie du salut et le moyen de justification et de régénération, de ce qui intéresse essentiellement la foi, la conscience, la vie, de ce

qui constitue lé fond substantiel du. Ctiristianisme. Sur tout ce qui est secondaire, le Nouveau Testament prescrit le support par ses préceptes et ses exemples. Chercher la vérité et la pureté parfaites dans une communion extérieure, ce serait méconnaître la nature de l'homme ainsi que celle de l'Eglise visible. La perfection n'est ici^bas le partage d'aucun individu, ni, à plus forte raison, d'aucune société. Or, dans l'examen des grands principes, seuls en cause ici, il n'est besoin que de ce degré de lumière, de ce genre d'évidence qui est à la portée de tout le monde. C'est en ce sens que chacun est obligé, quant à lui, de juger d'après l'Ecriture l'enseignement, le culte, la tendance religieuse des églises, comme firent les juifs de Bérée pour la prédication de saint Paul (Act. XVII, H) ; c'est en ce sens que nous pouvons accepter ce vers fameux :

« Tout protestant est pape, une Bible à là main. ».

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