‹ De l'église [microform] ;Chapitre 25 sur 38 · CHAPITRE IV DOCTRINE DES POINTS FONDAMENTAUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV DOCTRINE DES POINTS FONDAMENTAUX

Importance de cette doctrine considérée au double point de vue du système chrétien et de Torganisation ecclésiastique.— Distinction en points fondamentaux de ((premier ordre » et de «second ordre», légitimée l» par le raisonnement analogique ; 2° par l'Ecriture ; 3° par Topinion générale et constante. — Doctrine rejetée par l'extrême latitudinarisme et l'extrême séparatisme ; toujours combattue par le Catholicisme, qui la retient pourtant. — Objections de Lamennais.

Nous arrivons à une doctrine jugée fort importante autrefois et presque abandonnée en ces derniers temps, celle des « articles » ou « points fondamentaux ». Il nous semble qu'on a eu tort de la négliger ainsi. Nous croyons qu'elle est fondée dans la nature des choses et dans l'esprit général du Christianisme, qu'essentielle en tout temps, elle l'est surtout à une époque de transition comme la nôtre, oii les Eglises réformées tendent, au travers de leurs luttes, à une organisation nouvelle, et qu'elle doit tôt ou tard reprendre en théologie la haute place dont on l'a dépouillée, car elle -peut seule fournir la base de l'unité protestante. Sans

(1) La doctrine des Points fondamentaux tient à l'essence même du Protestantisme ; — il faut donc la considérer comme complémentaire de la doctrine protestante; — mais elle ne lui appartient pas exclusivement, toutes les Eglises pouvant, en principe,-la revendiquer pour elles-mêmes ; c'est pourquoi nous lui avons attribué un chapitre spécial. {Edit.)

doute, elle soulève des difficultés nombreuses et graves; mais ce n'est pas une raison de la laisser tomber si elle est vraie en ellemême. Quelle est la doctrine qui ne donne lieu à des objections plus ou moins fondées ? (1)

On peut considérer les points fondamentaux dans leur rapport avec le salut individuel, ou avec le système chrétien, ou avec l'organisation ecclésiastique ; on peut s'en occuper dans le but de déterminer le degré de connaissance et de foi nécessaire pour avoir la vie éternelle, ou de constater quels sont les -traits dominants, et en quelque sorte les principes générateurs de la dogmatique, ou de fixer et de garantir les grandes croyances essentielles à l'ordre et au gouvernement de l'Eglise, et qui doivent former comme sa charte constitutionnelle (2).

C'est au premier égard, comme moyen de déterminer les croyances essentielles au salut, qu'on envisage ordinairement la doctrine des points fondamentaux. Or, c'est justement en la prenant sous cet aspect qu'on y rencontre des difficultés infinies et insurmontables. Comment établir avec quelque certitude, comment déterminer avec quelque précision la somme de lumières absolument indispensable pour participer aux grâces ou aux espérances évangéliques? Comment marquer avec exactitude ce qu'il faut que chacun sache et croie,, soit de l'ensemble des doctrines soit de telle ou telle doctrine en particulier, avant d'être réellement en Christ? Quelle main d'homme oserait tracer entre

(1) Cette prévision commence à se réaliser. La doctrine des Points fonda-, mentaux se relève de divers côtés et se pose comme capitale. Elle est à la base du mouvement, de jour en jour plus profond et plus étendu, dont V Alliance évangélique est un produit et une expression. — (Note de :1864).

(2) Cette distinctidn, que j'avais indiquée d'après la nature même des choses, a été faite par nos anciens théologiens. Turrettin parle de certaines personnes qui établissent trois genres d'articles fondamentaux : necessaria ad sàlutem, necessaria ad religionem, necessaria ad ecclesiam. Mais c'est le point de vue du salut qui dominait toujours à cette époque; c'est par cette question qu'on résolvait lés deux autres, les considérant comme identiques en principe.

^ ■îil-.r Au'^r.-îS: fSsSiïSM;;^^^

la vérité et l'erreur, entre la conviction et le doute, entre la connaissance et l'ignorance,, la limite rigoureuse qui sépare fatalement le salut de la perdition? Dans l'immense variété des circonstances où les fils d'Adam se trouvent placés, l'obligation est-elle la même pour tous? Et puis, la connaissance est- elle le seul élément de la vie religieuse ? N'y a-t-il pas, par-delà, les dis- . positions intérieures, auxquelles Dieu a surtout égard? Si du moins l'adhésion de l'esprit à la vérité, si l'acquiescement de Fintelligence entraînait toujours la soumission du cœur et de la volonté, alors la connaissance ou la croyance pourrait servir en effet de mesure et d'échelle proportionnelle. Mais il n'en est pas ainsi, bien s'en faut. On rencontre mille fois la mort spirituelle avec des notions très étendues et très exactes de l'Evangile, et la vie spirituelle avec des lacunes ou même des erreurs graves dans la foi. Supposerons-nous la vie où nous voyons la mort, et la mort où nous voyons la vie? Ou plutôt, comme Pierre en présence de l'effusion du Saint-Esprit sur les Gentils, ne reconnaîtrons-nous pas le don de Dieu partout où il se manifeste? (Act. XI, 13-17).

Sans doute, la vérité et la sainteté sont étroitement unies ensemble, l'une étant la rectitude intellectuelle, l'antre la rectitude morale, l'une étant la lumière de la foi, l'autre la vie de la foi ; elles s'appellent, se soutiennent, s'engendrent mutuellement, et, dans leur plein développement, elles s'identifient et se confondent peut-être. Mais tout est imparfait chez l'homme, et. par cela -même désordonné et anormal ; il existe en lui des anomalies étranges, des péripéties et des irrégularités inconcevables, des mystères qu'on ne saurait sonder. Quelques rayons brisés de la vérité qui affranchit et sanctifie font une plus vive impression chez certaines âmes, et y éveillent plus de foi et de piélé qu'une •lumière abondante et pure chez beaucoup d'autres : de même que de pauvres aliments entretiennent ici une santé vigoureuse et brillante, tandis que la nourriture la plus substantielle laisse là dans la faiblesse et la langueur. Or, il faut se souvenir qu'au

point de vue du salut, ce qui importe, c'est moins l'admission où la profession de la vérité, que son action sur le cœur.

Sains doute encore, partout oti existe la vie, dans le sens évangélique, il existe aussi nécessairement le fond de la vérité chrétienne; partout où se montrent le besoin de pardon et de régénération, la faim et la soif de la justice, le recours à la grâce, la confiance en la céleste miséricorde, etc., il doit y avoir une connaissance plus ou moins développée de la corruption humaine, du Dieu saint et bon, de la .loi et de l'Evangile; mais tout cela peut être un sentiment plutôt qu'une notion claire, et laisser subsister beaucoup de lacunes, et se mêler à beaucoup de ténèbres et d'erreurs. Ce n'est pas assez pour la question théologique et ecclésiastique en même temps que religieuse, qu'il s'agit de décider; il y faut une, formule précise des dogmes ou des faits évangéliques, puisqu'il faut marquer le degré de connaissance et de croyance avec lequel on est sauvé, sans lequel on ne l'est pas. Et c'est bien ainsi qu'on l'a entendu.

Il est évident que la doctrine des points fondamentaux, envisagée à ce point de vue, présente des difficultés invincibles, dès qu'on veut aller tant soit peu au fond des choses. De là, plus que de toute autre cause, le discrédit et l'abandon où elle est tombée.

Mais les difficultés ne sont plus les mêmes, quand on la pose et- qu'on l'étudié simplement dans ses rapports avec la dogmatique chrétienne ou avec l'organisation ecclésiastique. On n'entre plus alors dans ces profondeurs insondables, dans ces mystérieuses anomalies que présente l'âme mise en contact avec la vérité ou en communion avec Dieu et avec le Sauveur. On est sur un terrain plus ferme et mieux connu ; on juge ce qu'on à droit de juger, car on peut, certes, constater et déterminer quels sont, parmi les dogmes du Christianismie, ceux qui tiennent tellement à son essence, à son but, à son plan, à. son caractère propre que, si on les néglige ou si on les nie, on soit conduit logiquement et forcément à changer la forme, la tendance, la nature

m^^mw^'r--^'

de tout le système évangélique. On peut déterminer également quelles sont les doctrines générales dont la profession est nécessaire à une église pour qu'elle ait cette unité d'enseignement et de direction, cette communauté de vie qu'exige l'association religieuse. Ces deux points de vue, qu'il est facile de réunir en un, laissent lesjchoses cachées a qui sont pour PEternel» et ne s'arrêtent qu'aux choses révélées (< qui sont pour nous et pour nos enfants^) ; ils placent dans des recherches pleinement légitimes, et tout à fait analogues à celles de l'histoire, de la philosophie et de la haute politique. L'histoire de la philosophie expose, compare, juge les systèmes en les ramenant à leurs principes caractéristiques ou générateurs ; la haute politique déga^^e des règles générales celles qui, donnant en quelque sorte Fesprit de la législation, doivent entrer dans la loi constitutionnelle, afin de garantir à la fois la liberté et l'ordre et d'imprimer à l'être une forme et une marche déterminées. Yoilà précisément ce qu'on essaie vis-à-vis du Christianisme et de l'Eglise, par la doctrine des points fondamentaux. On s'y propose d'établir quels sont les éléments intégrants du système évangélique et de l'association religieuse, c'est-à-dire ceux qu'il faut revêtir d'un caractère spécial et normatif, en laissant libre tout le reste. Ainsi envisagée, celte doctrine devient infiniment plus simple, plus certaine, plus positive. Et, au fait, ce n'est que sous cette face qu'elle a réellement de l'intérêt et de la valeur. Traitée dans ses rapports avec le salut, elle ne mène qu'à des résultats douteux et à de stériles discussions, par l'impuissance où l'on est de tenir compte de toutes les causes qui influent sur le développement intérieur de l'homme, et, ce qui est pire, elle peut jeter dans le formalisme de l'orthodoxie, car le cœur est prompt à s'appuyer sur la lettre-morte d'un symbole, de l'admission duquel la grâce et la vie semblent dépendre avant tout. (Symb. d'Athanase, par exemple).

Certaines directions théologiques et critiques du moment rendent nécessaire une autre observation préalable. Nous sup-

posons l'autorité Ihéopneustique de l'Ecriture pleinement reconnue, c'est-à-dire que nous faisons du principe protestant notre point de départ et d'appui. Il est bien clair que ces recherches seraient plus que vaines sur le terrain de l'idéalisme ou du rationalisme, qui substituent à la révélation biblique une philosophie dite chrétienne, dont les principes changent du tout au tout à chaque revirement de là pensée. — Il est clair encore que si nous n'avions pas un document assuré du contenu substantiel et vital du Christianisme^ nous n'aurions pas non plus de critère certain pour y discerner ce qui est vraiment fondamental. Substituez à la norme scripturaire la simple conscience rejigieuse et morale, ou même ce qu'on nomme, en un sens si indéfini, la conscience chrétienne, vous intronisez un individualisme dogmatique illimité, d'où résultera un individualisme ecclésiastique correspondant (1). — Ces remarques faites, venons à la doctrine même.

On appelle « points » ou « articles de foi », (apGpa t^ç -Twî.a-Tswç), les diverses croyances évangéliques. La division de ces articles en fondamentaux et non fondamentaux paraît avoir son origine dans la représentation de l'Eglise et de la doctrine chrétienne sous l'emblème d'un édifice ou d'un temple, image fréquente chez les écrivains du Nouveau Testament. (I Cor. III. 9.47);. Eph.II, 20 ; IPier. II, 4.7; Malt. VII, 24-26). Dans cet édifice spirituel, il y a d'abord le fondement sur lequel tout repose (I Cor. m, 41; Matt. XXI, 42; Act. IV, 44 ; Eph. II, 20-24). Ce qui tient au fondement, au point de ne pouvoir en être séparé sans renverser ou ébranler le fondement lui-même, est dit fondamental de •premier ordre; ce qui y tient d'une manière

(1) Ainsi se montre à tous égards dans les questions d'ecclésiologie cette action universelle et souveraine du principe théologique que nous avons signalée ailIeur3.(Voy. /nïrod. à la dogm. passim). — Ainsi se pose aujourd'hui en première ligne un article qui n'était pas même mentionné autrefois, parce qu'il était de toutes parts pleinement reconnu, celui de la norme scripturaire.

moins étroite et moins nécessaire, quoiqu'il y soit pourtant indispensable, est à\i fondamental de deuxième ordre; ce qui ne lient pas essentiellement au fondement et ne sert qu'au complëmentou à l'ornement de l'édifice, est à'ii non fondamental. — (On distingue ce qui est fondamental a parte ante et ce qui l'est a parte post, en d'autres termes les points fondamentaux antécédents et les points fondamentaux subséquents. On nomme fondamental aparté ante ce que le fondement suppose. Le salut par Christ étant le fait dominant, le but suprême de l'Evangile, et en un sens l'Evangile même, et ce fait impliquant l'existence de Dieu, la Providence, les rétributions futures, la corruption de l'homme et sa condamnation, etc., ces dogmes sont des points fondamentaux a parte ante, ou antécédents. On nomme fondamental aparté post ce qui sort nécessairement du fondement, une fois posé et reconnu ; ainsi le salut en Jésus-Christ entraînant la rédemption par son sang, la justification par la foi ou par grâce, la régénération par le Saint-Esprit, etc., ces dogmes sont des points fondamentaux a parte post, ou subséquents).

Deux questions s'offrent ici : i° Cette division des articles de foi en fondamentaux et non fondamentaux est-elle légitime? 2° Comment l'établir ou l'opérer (d ) ?

a) Par le raisonnement analogique. — En tout système, théologique ou philosophique, il y a des principes généraux qui le

{{) Dans tout cet article va régner une prédominance du côté doctrinal de l'Evangile, légitime en droit, je le pense, quoique peut-être excessive en fait. Qu'on dise que le Christianisme est une vie, nous n'y contestons point. Religieusement, il n'est rien, s'il n'est pas cela. Mais cette vie est la vie de la foi, et la vie de la foi a nécessairement pour base ou pour racine la doctrine de la foi, car, pour croire, il faut connaître. C'est en ce sens que' la vérité et la vie s'unissent bien souvent jusqu'à se confondre dans les Livres saints. — Posez simplement Jésus-Christ, je le veux bien, puisque tout est en lui et par lui. Mais là encore, pour avoir la foi, et par la foi la vie, il faut une notion préalable de sa personne, de son œuvre, de sa grâce. M'unirai-je à lui de la même manière, si je le crois seulement

dominent, lui donnent son caractère, sa forme, sa tendance propre, ié font ce qu'il est, et avec lesquels il tombe oii se maintient. Personne ne songe à le contester pour le panthéisme ou le théisme, par^exemple, ni pour certaines formes du Christianisme telles que le Catholicisnie et lé Protestantisme, ni pour des théories chrétiennes particulières, comme le Jansénisme et le Molinisiiie chez les catholiques, ou le Calvinisme et l'Arminianisme chez les réformés. Il doit donc en être ainsi dans le Christianisme lui-même, quoiqu'il n'ait pas reçu un arrangement systématique. 11 s'y trouve, en effet, des doctrines qui le caractérisent et le constituent, qui font sa force et sa vie, qui lui sont absolument essentielles, et d'autres qui éclaircissent ou complètent seulement les premières. On en est bientôt convaincu, pour peu qu'on l'examine au point de vue dogmatique, ou au point de vue pratique, ou au point de vue ecclésiastique.

On ne pourrait le nier qu'en soutenant que rien n'est fondamental ou que tout l'est également; car il faut choisir entre ces deux alternatives si l'on rejette la distinction ; et l'une comme l'autre mène à l'absurde, puisque, d'après l'une on pourrait être chrétien en niant tous les articles de la foi chrétienne, tandis que, d'après l'autre, on ne pourrait l'être si on en méconnaissait un seul.

b) Par V Ecriture. •— Bien certainement l'Ecriture sainte ne donne pas d'une manière directe, explicite, formelle, la théorie des points fondamentaux telle que nous la discutons aujourd'hui, elle ne la pose pais comme nous la posons; mais elle l'autorise manifestement, elle en renferme le germe et, si je puis ainsi dire, l'esprit. Saint Paul décrit (I Cor. III, 40-15) Tœuvre des docteurs chrétiens ; il les montre posant sur le fondement, les uns de For, de l'argent, des pierres précieuses,

l'homme idéal, que si je le crois mon Seigneur et mon Dieu ? Son action sur moi sera proportionnelle au rapport dans lequel j'entrerai avec lui, comme ce rapport sera lui-même proportionnel à ma conviction de ce qu'il est pour moi.

les autres du bois, du foin, du chaume, c'est-à-dire que les uns unissent aux vérités capitales les vérités secondaires, élevant leur système entiier selon l'analogie de la foi, tandis que les autres y mêlent des opinions humaines^ des vues étrangères ou fausses. Au jour de l'épreuve, l'ouvrage des premiers demeure et ils en sont récompensés ; celui des autres périt, mais ils se sauvent eux-mêmes, au milieu des ruines, parce qu'ils avaient pourtant bâti sur le Rocher des siècles, en d'autres termes parce que, malgré leurs aberrations, ils avaient retenu les doctrines essentielles et vitales. La distinction des points fondamentaux et non fondamentaux est bien positivement impliquée dans ce passage ; elle en forme la base évidente ; toute la série des idéeS' s'y rapporte, toute l'argumentation s'y appuie, et ce seul texte démontrerait la conformité de notre doctrine avec l'esprit des Ecritures; mais il n'est pas le seul.

Il est parlé, Héb. V, 12, des o-TOi^elia ty^ç àp^riç (7rp(î)Ta) twv XoyiwvToGi 0£oG, et VI, 1, du 9e[ji.£Xiov(l); c'est-à-dire des éléments du Christianisme, de ces, vérités premières et fondamentales qui' firent plus lard Tobjet capital de la" catéchétique. — Il est parlé> Rom. VI, 17; d'un type de doctrine, tùnoç SiSa^vis, et II Tim., I, 13, d'une forme ou règle des saines instructions, UTroTUTrwo-Lç [ uyiatvovTwv Xoywv; ce qui semble indiquer une sorte de Sommaire des principales croyances chrétiennes, car uTcoTUTrcoo-tç signifie u?ie esquisse, où se trouvent les grands traits, les linéaments constitutifs, etTiiuoç s'emploie dans le même sens (2).

Dans d'autres passages, nous avons des résumés plus ou moins

(1) Le ôêfjtAtov ne désigne point ici Jésus-Clirist lui-même comme I Cor. ; III, 11, mais certaines doctrines énumérées en partie dans le texte, le

^ôyov T^ç «py/ii TOÛ XptffToO.

(2) Il fallait bien, ce semble, quelque Précis de ce genre dans les temps ; antérieurs aux écrits du Nouveau Testament, où l'Eglise vivait uniquement , de la Trapx^wffiç. C'est de là probablement que sortit le Symbole des Apôtres, , ce formulaire dont les premières origines sont inconnues, mais que nous voyons de si bonne heure environné d'un respect universel. , .,,.■!

succincts de la doclrine chrétienne. — Act. XVI, 31 : « Crois ait Seigneur, etc. ». C'est le premier et le grand article de foi , ou pour mieux dire c'est le fondement. — Act. XX, 21 : « Prêchant tant aux Juifs qitaux Grecs la repentance envers Dieu, et la foi en Jésus-Christ . ». La repentance et la foi se présentent dans plusieurs passages comme les deux conditions générales du salut, les deux grandes bases de la vie spirituelle, les deux points fondamentaux, dans la conception la plus large de l'Evangile (Marc l,:i 5; Act. 11,38; V, 32; XXVI, 18. 20); elles correspondent, en effet, aux deux grâces qui nous ouvrent le Ciel, la justification et la régénération.— Un autre résumé analogue, et assez fréquent chez saint Paul, est celui qui réduit le Christianisme à la foi et à la charité (Gai. V, 6; I Cor. XIII, 13; I Thés. V, 8; II Thés. I, 3; I Tim. I, 14; II Tim. I, 13; I Jean III, 23).— Ailleurs, le premier article fondamental, la foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu et Sauveur du monde, s'ébranche en d'autres articles également fondamentaux. Ainsi I Cor. II, 2 : « Je n'ai voulu savoir, etc. » ; texte auquel viennent se joindre ceux oh l'Evangile est appelé la parole ou la prédication de la Croix (i Cor. I, 18). L'une de ces déclarations les plus dignes de remarque est I Cor. XV, 3. 4 : « Je vous ai enseigné, parmi les choses (ou les doctrines) premières (sv TrpwToiç),... que Jésus-Christ est mort pour nos péchés, selon les EcritU7'es,quHl est ressuscité, etc. » (i)

Dans ces 'textes, et dans les autres de la même classe, les auteurs sacrés relèvent certaines données évangéliques comme particulièrement importantes et essentielles, c'est-à-dire qu'ils procèdent d'après la doctrine des points fondamentaux, dont ils

(1) Aujourd'hui, tel article qui ne paraissait qu'occasionnellement autrefois, celui de Vinspiration des Ecritures par exemple, pourrait, au point de vue purement ecclésiastique où nous sommes placés, devRnir le principal, ou même l'unique article fondamental en certains cas, qu'il est facile de prévoir ou d'imaginer. — Il l'a été, pendant un temps, dans le parti dit libéral.

'iîtft>S'Kv:fê.M^3ài

recommandent ainsi, par leur exemple, le principe et l'usage. Ils l'appliquent, en divers cas, dans le même sens et dans le même but que nous. Saint Paul veut que les Philippiens suivent une même règle dans les choses capitales où ils sont d'accord et, quanta celles sur lesquelles ils diffèrent, qu'ils se supportent et restent unis ensemble (Philip. II, 1-S, IS. -16). Une foi vivante, une association intime peuvent donc subsister, au jugement de l'Apôlre, avec un certain degré, d'ignorance ou même d'erreur; d'après lui, lorsque l'essentiel est admis on doit passer sur des divergences secondaires; il faut regarder au fondamental, alin de conserver « f unité de r Esprit par le lien de la paix » (Eph. • IV,3).

Ainsi, quoique les apôtres ne donnent nulle part un formulaire de doctrine, un catalogue des points fondamentaux (car ils n'ont voulu laisser à l'Eglise ni un catéchisme, ni une liturgie, ni une confession de foi), il est pourtant, sous le triple rapport du dogme, de la morale et de la discipline, des articles qu'ils relèvent spécialement, en raison de leur importance. Ils posent d'abord le fondement objectif : Christ; puis le fondement subjectif : la foi; ailleurs la foi et la régénération, ou la foi et la charité, et ils spécialisent quand les circonstances l'exigent. Partout ils insistent sur les vérités essentielles, et tout en prescrivant le support pour les diversités secondaires, ils deviennent d'une extrême sévérité pour les erreurs qui altèrent ou compromettent le fondamental du Christianisme (II Tim. II, 17. 18: Hyménée et Philète; I Jean IV, 1-3 : tendances docètes ; et ..tous les textes sur lesquels on a fondé le droit de l'excommunication.)

Si la doctrine dès points fondamentaux n'est pas là catégoriquement posée, elle y est manifestement impliquée. Ce n'en est pas la formule, mais c'en est l'esprit, le principe; et c'est tout ce qu'il faut pour la légitimer.

. c) Par l'opinion générale et constante. — Notre doctrine a tenu une grande place dans la théologie protestante depuis la

Réformation jusqu'à la fin du xvui" siècle (1). Sans l'avoir traitée directement, les Pères parlent aussi de vérités principales qu'ils nomment « xa cn;oi.y£Ta », « -ra TcpoKa », « xa avayxaia » . De là, les professions de foi exigées des catéchumènes, les symboles ou formulaires imposés à l'Eglise, qui n'étaient que des sommaires des croyances qu'on jugeait indispensables ou fondamentales. C'est l'esprit de la maxime de saint Augustin : « Iti. necessariis imitas^ in dubiis libertas, in omnibus charitas. » — Le même principe et le même usage se retrouvent chez les docteurs juifs; ils parlent également de vérités premières et essentielles (\n'\\% b.^^q\\qx\\. colonnes, racines f fondements.

La doctrine des points fondamentaux est donc légitimée par la Bible, par l'usage universel, parla nature même des choses. Aussi se montre-t-elle, bon gré mal gré, jusque dans les discours et les écrits de ceux qui la repoussent en théorie. Tous élèvent certaines vérités, qu'ils font, en réalité, fondamentales à leur point de vue. Suivez-les, pour vous en convaincre, auprès des catéchumènes; ou demandez-leur simplement une exposition succincte de leur système religieux, toujours ils mettent et tiennent en saillie les points qui forment pour eux comme la charpente du Christianisme. C'est une nécessité', fondée sur l'esprit de l'Evangile aussi bien que sur une loi de l'intelligence humaine. Nous tendons d'un côté à ramener nos croyances à des principes généraux qui en deviennent à nos yeux les traits essentiels et dominants, de telle sorte que quand ils sont une fois reçus, nous passons aisément sur le reste; d'un autre côté, et tout le monde l'accorde, l'Evangile ne présente pas tout ce qu'il renferme comme également important, ni dans les faits : (la mort et la résurrection de Jésus-Christ, par exemple, occupent une tout autre place que ses miracles) (2) ; — ni dans les dogmes :

(1) Calvin, Instit., Liv. IV, cli. I, § 12.

(2) Les miracles de Jésus-Christ tiennent à l'apologétique chrétienne beaucoup plus qu'à la doctrine chrétienne ; aucun d'eux, pris en particulier, n'est absolument indispensable au Christianisme; plusieurs n'ont pas

(non seulement les dogmes diffèrent les uns des autres en valeur théorique et pratique; — ainsi^ celui de /« rédemption nous touche certes infiniment plus que celui de V existence des anges; — mais dans le même dogme il y a des parties plus ou moins essentielles; — ainsi, dànsla doctrine générale dujoecM on^me/^ la corruption de notre nature est certainement d'un plus haut intérêt que la question de son origine ou de sa transmission) ; — ni dans les préceptes ; (le Seigneur lui-même place les devoirs de charité avant ceux de culte : « Je veux la miséricorde et non pas /e 5â!cn/?ce. » (Matt. IX, d3.)

Il peut sembler extraordinaire qu'une doctrine si simple, si évidente, si nécessaire, quand on la considère en principe et en dehors de ses applications, ait toujours été si contestée. Elle est repoussée aujourd'hui par deux opinions contraires, Texlrême latitudinarisme et l'extrême séparatisme, dont l'un ne veut rien admettre d'absolument essentiel, parce qu'il ne veut de formulaire d'aucune espèce, tandis que l'autre semble tenir tout comme également essentiel et impose une complète unité dogmatique et disciplinaire. Cette dernière opinion s'est appuyée sur quelques textes tels que Rom. XV, 4 : «• Toutes les choses qui ont été écrites, ont été écrites pour notre instruction, çtc. » et II. Tim. m, i6 : « Toute V Ecriture est divinement inspirée, et utile pour enseigner, etc. ». Mais ces déclarations ne touchent pas à la question, car les partisans des points fondamentaux admettent pleinement ce quelles établissent; ils ne mettent en doute ni l'inspiration des Ecritures ni leur vertu salutaire (l).

été racontés (Jean XXt, 2d), tandis que la mort et la résurrection de Jésus-Ctirist, comme son ascension, son règne, sa seconde venue, sont les objets et les aliments de la foi. — Il est bien vrai que ces faits-là sont aussi des miracles, mais ce qui importe, au point de vue dogmatique et moral, ce sont les faits mêmes, c'est leur rapport avec le salut, non leur caractère surnaturel.

(1) Il y, a quelques années nous avions surtout à faire avec le rigorisme dogmatiste qui caractérisa les premiers temps du Réveil, et que l'Angleterre avait inoculé au continent ; aujourd'hui (1860), sous la direction ttiéologi-

Réponse aux Objections. — La doctrine des Points fondamentaux a élé de tout temps combattue par le Catholicisme. Voici ses principales objections, rajeunies par M. de Lamennais (1) :

r Elle ne peut se prouver par l'Ecriture. — Si l'on veut dire qu'elle n'est pas un objet direct de révélation, en d'autres termes que nos auteurs sacrés n'ont pas fait un article de foi de la distinction théologique des vérités chrétiennes en « fondamentales » et «non fondamentales», qu'ils n'ont pasdressé non plus le catalogue des unes et des autres, nous l'accordons. Mais si l'on veut dire que l'IEcriture ne légitime ni n'autorise cette distinction, nous le nions, en nous référant à. nos observations précédentes.

2° En établissant une différence aussi considérable entre les enseignements de la Bible, qui donne tout comme également divin, on renverse son autorité. — Cette accusation a sa source dans une fausse notion de la doctrine contre laquelle on la dirige. Notre doctrine n'implique nullement que toute l'Ecriture ne soit pas divinement inspirée, ni qu'on puisse rejeter ou négliger sans crime aucun de ses enseignements quand on l'a reconnu, ni que ce qui est nommé « non fondamental » soit inutile ou indifférent. Elle ne porte point atteinte au devoir, prescrit à tous les chrétiens, de « croitre continuellemejit dans laxonnaissance et dans la grâce de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ ». Si elle distingue des points principaux et des points secondaires, en se fondant sur la nature des choses ainsi que sur l'esprit et sur le langage du Nouveau Testament, c'est uniquement pour grouper autour des premiers, pour en faire la base, la'loi constitutive de l'Association religieuse, pour concilier la fidélité

que venue d'Allemagne, nous avons plutôt devant nous l'indifférentisme doctrinal, qui ne se préoccupe guère que de la sincérité des opinions. La recherche des points fondamentaux est également sans intérêt dans ces deux tendances contraires, car pour l'une, redisons-le, rien n'est fondamental dans le sens dogmatique, tandis que tout l'est ou peut l'être pour l'autre.

- (1) Eè&ai sur l'indiff., T. I.

-'^^'"^ ^ , ' ' ^' ;::,":;'.îf;;^' ■•■■ -"■'-:;..^ -■^/■', ::* ■•-:■■ >.:'■■■.■:: ■:■-■"■■-,, ■-■ '■- ■. '

et la tolérance, la foi et la charité; et elle laisse ensuite chacun à sa conscience et à la Bible devant Dieu, n'exigeant de personne le sacrifice de ses convictions particulières, n'arrêtant en aucune manièrele développement religieux du chrétien. Elle ne se pose que sous un rapport extérieur, comme règle d'ordre, comme moyen d'union. Elle n'a d'autre but que.d'entretenir, au mjlieu de diversités inévitables, cette communauté de croyance, qui, dans la Société religieuse, est nécessaire à la communauté de vie et d'action. Regardant aux relations de l'homme avec l'homme plutôt qu'aux relations de l'homme avec Dieu, elle se propose d'établir dans l'Eglise l'harmonie générale de direction, tout en laissant une large place aux opinions et aux tendances individuelles ; elle veut, en un mot, fonder l'ordre à côté de la liberté. L'humble et respectueuse souinission due aux Saintes-Ecritures, l'obligation de les méditer et d'en suivre les enseignements avec une religieuse fidélité, restent donc absolument intactes, et l'objection ne porte pas. Elle pourrait, tout au plus, nous atteindre si nous nous servions delà théorie des points fondamentaux pour déterminer ce qui est et ce qui n'est pas nécessaire au salut, car nous paraîtrions alors mettre entre les révélations divines une différence de nature, comme de degré. Mais nous n'en faisons pas cet usage.

Le Catholicisme devrait, ce semble, être moins ardent à combattre notre doctrine, car il l'admet sous une forme différente. Sa distinction entre ce qui est de foi et ce qui est de simple opinion, entre ce qui est nécessaire et ce qui demeure libre, n'est pas autre chose. Il tolère une foule d'opinions et de croyances particulières, par la raison que l'Eglise n'a point prononcé à leur égard. Le fondamental pour lui, c'est ce que l'Eglise a décidé et dont elle a fait, en le décidant, la loi de son enseignement ou de son culte. Nous ne demandons pas davantage en principe ; pour nous, le fondamental est aussi ce que l'Eglise juge indispensable de poser pour sa charte constitutionnelle.

3° Elle méconnaît l'enchaînenient des vérités religieuses. —

Non; elle se borne à tenir en lumière les principales de ces vérités, pour en faire, la base de l'f'nseignement public et le lien de l'Eglise : chacun conserve la pleine liberté de coordonner ses croyances selon les besoins de son esprit ou de son cœur. Une confession de foi n'est pas une dogmatique; elle ne doit pas Têtre, et elle laisse une entière latitude à l'œuvre de la théologie. — « Tout se tient, dit M. de Lamennais, rejeter un « point, c'est les rejeter tous, et il n'y a pas de milieu entre le , « catholicisme et Vathéisme » ; M. Maret dit aujourd'hui : « entre le catholicisme et le panthéisme » ; M. Nicolas : « et le socialisme » ; Bossuet disait : « et le déisme ». —

D'abord, dans la doctrine des points fondamentaux on ne rejette pas les points secondaires; c'est un fait qu'il ne faut pas se lasser de répéter : on leur laisse leur place et leur importance relative, on veut que tout ce que la conscience individuelle trouve dans les Livres saints soit reçu par elle avec foi et appliqué avec soumission ; seulement, on n'exige pas que tous les docteurs de l'Eglise soient parvenus sur ces points là au même degré de lumière, à la même conception ou à la même formule. Ensuite, le simple bon sens fait justice de cette logique absolue qui dit toujours : tout ou rien. Tant pis pour le système qui ne peut céder sur un seul iota^ sans' s'en aller tout entier! L'incrédulité, qui dévore la partie éclairée de l'Eglise romaine, et la superstition, qui enchaîne et dégrade l'autre, nous donnent sur la valeur du principe qu'on nous oppose un bien solennel avertissement. Et puis, l'argument atteindrait le Catholicisme lui-même ; car le Catholicisme distingue profondément, répétons-le, entre les dogmes définis par l'Eglise et les théories théologiques. Les décisions de l'Eglise ne forment un système, ni dans leur ensemble, ni sur aucun article pris à part. On peut donc leur reprocher aussi de méconnaître l'enchaînement des vérités religieuses.

4" On a varié sur la nature, sur le. nombre des points fondamentaux et sur les caractères auxquels ils se font reconnaître. — Mais, parce qu'on a voulu en établir la nomenclature et la

preuve pal' des méthodes diverses, s'ensuit-il qu'ils n'existent pas? Quelle est la doctrine contre laquelle on ne puisse diriger plus ou moins des arguments de cette sorte?

Les deux objections les plus communes au sein du Protestantisme sont que : poser des points fondamentaux et des points non fondamentaux, c'est i° nier le salut des personnes qui n'admettent pas les premiers dans l'étendue et sous la forme qu'on leur donne; 2° attacher peu d'importance aux derniers et les négliger plus ou moins. — Ces objections ne font que reproduire celles du Catholicisme, sous une autre forme. Elles tombent aussi, par conséquent, dès qu'on envisage la doctrine des points fondamentaux dans ses rapports avec l'Eglise, comme principe d'ordre, comme moyen d'union, au sein des innombrables diversités de vues et de tendances individuelles qu'il ne serait ni possible ni bon de comprimer, mais qu'il faut régler au degré nécessaire pour maintenir dans la Société religieuse l'harmonie générale de direction, d'enseignement et de culte. Ainsi envisagée, cette doctrine ne préjuge rien, ni sur le sort des âmes qui ne reçoivent pas intégralement les articles de foi qu'elle pose, ni sur l'importance propre des points qu'elle laisse indéterminés.

DÉTERMINATION DES POINTS FONDAMENTAUX. — Le fondement donné I Cor. III, 11. — Points fondamentaux de premier ordre : « Etat anormal des fils d'Adam » , « Rédemption en Jésus-Christ » , « Régénération par le Saint-Esprit » ; de second ordre : u Péché originel i>, « Divinité de Jésus-Christ », « le Saint-Esprit «, a la Trinité », « les Doctrines de la théologie générale ». — Erreur des systèmes qui posent ces dernières doctrines comme seules fondamentales. — Bien distinguer les « données de la Révélation » des « théories théologiques ». — Notre classification légitimée aux points de vue « biblique », « historique », « rationnel et moral ».

Quelles sont dans le Christianisme les vérités fondamentales, ou constitutives, qui doivent, à ce titre, être érigées en lois de

l'Eglise ? — Là est la grande difficulté. C'est là que les partisans de la doctrine se divisent; c'est par là surtout que ses adversaires l'attaquent; c'est ce qui aie plus contribué au discrédit et à l'abandon où elle est tombée. En principe, elle est aussi simple qu'évidenle ;' elle ne l'est plus dans l'application. Voyons cependant s'il n'est pas possible de la dégager à un degré suffisant, en nous tenant au point de vue pratique, qui est celui des Ecritures, et en nous souvenant que nous cherchons uniquement les bases de la charte constitutionnelle de l'Eglise.

Les vérités fondamentales sont, d'après la définition, celles qui tiennent au fondement, de telle so?'te qu^on ne saurait les rejeter sans renverser ou ébranler le fondement lui-même. Une fois donc le fondement reconnu, il n'y a qu'à constater ce qui le porte et ce qu'il emporte, ce qu'il suppose et ce qu'il pose ou impose : travail simple, quoique délicat, dont les résultats doivent, ce semble, se légitimer d'eux-mêmes, du moins quant à ces points principaux, seuls en question ici.

Or le fondement nous est donné, de la manière la plus expresse, dans cette parole de saint Paul : « Nul ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé, savoir JésuS'Christ{\). » (ICor. III, 11). La vérité dé cette déclaration ressort d'ailleurs de tout l'enseignement évangéliquc. Jésus-Ghristesl la pierre de l'angle sur laquelle repose l'édifice sacré (Eph. II, 19 ; I Pier. II, 6), — ' le seul médiateur entre Dieu et les hommes, — la source des grâces spirituelles (Jean I, 46 ; XV, 1-7 ; Eph. IV, 16 etc.), — le chemin, la vérité et la vie. — Tout vient de lui dans la Nouvelle Alliance ; tout s'y fait en lui et par lui. Le Ghristia-

(4) Une remarque peut être utile. On distingue le fondement objectifs Jésus-Christ lui-même ou la doctrine dont il est l'auteur ou l'objet (fides quœ creditur), et le fondement subjectif , la foi en Christ, ainsi qu'à sa parole, à son œuvre, à sa grâce, {fides quâ creditur). C'est du fondement objectif qu'il s'agit dans notre recherche actuelle. Il en serait autrement si, nous plaçant au point de vue du salut, nous confondions la question d'ecclésiologie avec celle de sotériologie,. ou la question d'organisation avec celle de justification .

;-:^;f^Ç^^MwteWS'?t^^^^^ ■-::■':;■;•:■;■'■>:■■••;■■.-' ■■ ■■^. ' .■ '-':.- ' '" '- '.'' ■■ ■■

nisme est en un sens la connaissance de Christ (I Cor. II, 2; Jean XVII, 3; Phil. III, 9).— Ainsi, tout explique et confirme la déclaration si catégorique de Vk\^6\x:e'. Jésits-Christ est le fondement, et, par suite, le principe générateur de la doctrine et de la vie chrétienne.

(^e point capital établi, — et autant il nous était vivement contesté autrefois, autant il nous est facilement et universellement accordé maintenant, — examinons ce qu'il implique.

Le grand but de la venue de Jésus-Christ, de son incarnation, de sa passion, de son œuvre tout entière, est le salut du monde. ^< Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. « (Luc. XIX, 10). « Dieu a tant aimé le monde, etc. » (Jean III, 16, etc.). Croire en Jésus-Christ, c'est donc reconnaître qu'on avait besoin de ce salut qu'il nous apporte, c'est confesser qu'on ne peut être admis dans le Royaume des Cieux qu'en son Nom, que de lui dérivent l'amnistie et le secours divin, le pardon et la conversion, sans lesquels les éternelles demeures de la sainteté et de la félicité parfaites. ne sauraient s'ouvrir devant des êtres tels que nous (Jean I, 12; Héb. IV, 12; V, 31 ; I Cor. I, 30, etc.). Ainsi, l'homme condamné par la loi mais justifié par grâce, recevant la vie éternelle comme le don de Dieu en Jésus-Christ (Rom. III, 19-24; VI, 23), voilà l'Evangile, la Bonne nouvelle. D'oti, pour doctrines fondamentales de premier ordre : 1' « état aiior mal des fils d''Adam » ; la « rédemption en Christ y) , Fils de Dieu, devenu par amour le Fils de l'homme ; le renouvellement du cœur ou la « régénération par le Saint-Esprit » .

Ce sont là les trois grands faits sur lesquels porte le Christianisme. Tout va s'y rattacher dans le Nouveau Testament : théodicée, anthropologie, christologie, pneumalologie, sacrements. La théologie évangélique aboutit de toutes parts à ces points constitutifs de la dispensation de grâce; et dans l'Eglise, le baptême et la Cène les représentent incessamment.

Nous rangeons, en seconde ligne, parmi les articles fondamen-

taux, le n péché originel », la « divinité de Jésus-Christ », le « Saint- Esprit)-) ^\d, a Trinité»; dogmes d'une haute importance pour ladoc- Irine et pour la vie chrétienne, qu'un lien étroit unit aux points fondamentaux de premier ordre, dont ils sont tout ensemble le complément et l'appui. — Le dogme du a péché originel», ou de la « chute », met en évidence celte donnée invincible do la conscience et de la Bible, que le mal ne vient point de Dieu; — le dogme de la « Trinité » rend en quelque sorte sensibles les grands faits de la grâce et les bases de notre relation avec le Dieu de notre salut, qui nous appelle, nous pardonne et nous sanctifie ; il motive le baptême chrétien, la bénédiction chrétienne, la doxologie chrétienne, telle qu'elle se montre dans l'Eglise dès les premiers temps; — le dogme de la « divinité de Jésus-Christ » ' fonde la valeur infinie de la rédempjion ; il légitime seul l'ensemble de rapports établis entre le fidèle et son Sauveur, ainsi que les nombreux devoirs qui en naissent ; il tient, de plus, indissolublement, nous l'avons vu, au fond vital du système chrétien ou aux doctrines constitutives de l'Evangile, qui s'altèrent ou tombent avec lui. D'ailleurs, au point de vue oii nous sommes placés, il se pose comme fondamental à un autre titre : il intéresse trop directement et trop profondément l'enseignement théologique, la prédication et le culte, pour qu'il fût possible de le laisser sans péril parmi les opinions libres.

Nous disons ces derniers articles fondamentaux parce qu'ils tiennent tellement à l'essence du (Miristianisme que l'Eglise est dans la nécessité et dans l'obligation de les conserver par son Symbole; mais nous les disons fondamentaux de second ordre, parce qu'à la rigueur on peut les méconnaître à divers égards et nourrir pourtant dans son cœur les sentiments auxquels est liée la promesse, savoir : la conviction de péché et le recours à Dieu en Jésus-Christ, pour en obtenir la double grâce du pardon et de la conversion. On peut admettre pleinement la culpabilité et la corruption humaine, de même que ses conséquences pénales, sans avoir compris ou reçu l'enseignement biblique sur

ijfsszm:x~^fj.(<' /,>-'- ^-'

l'origine de cet état moral ; on peut croire en Jésus-Christ, sauveur et médiateur, s'attacher à lui par la foi, placer en lui seul sa confiance et son espoir, sans avoir des notions exactes de sa divinité; on peut croire au secours divin, ou à la ^Tâce, et n'attendre que de là son renouvellement intérieur, sans être arrivé à des vues nettes et positives relativement à la personnalité du Saint-Esprit. Ces dogmes sont essentiels au système chrétien (ou objectivement), car l'expérience montre que la doctrine évangélique s'altère et tend à se dénaturer de fond en comble lorsqu'on les en élague. En outre, appartenant à la sphère de la religion et de la vie autant, où même plus, qu'à celle de la théologie et de la spéculation, ils pénètrent profondément la prédication et l'œuvre pastorale, la liturgie, les cantiques et le culte tout entier. L'Eglise doit, donc les conserver pour garantir son enseignement général. Mais ils ne sont pas absolument essentiels à la vie chrétienne individuelle {Q,''Q?>i'k-àive subjectivement), car réxpérience prouve aussi que celte vie peut exister avec un certain degré d'ignorance ou d'erreur à l'égard de ces dogmes ; elles anciens justes ne les connurent point. Aussi n'occupenl-ils que le second plan dans l'Ecriture.

Il y a d'autres articles fondamentaux, qu'il suffira d'indiquer parce qu'ils ne sont point un objet de débat : ainsi la « Providence », la i< spiritualité eiV immortalité de rame», la ^<. résurrection », le a jugement », les « rétributioiis éternelles » ; doctrines constamment et universellement professées par les diverses églises, que la foi chrétienne suppose, et qui sont données dans l'Evangile sans être l'Evangile lui-même, puisque l'Evangile, au sens propre, est la dispensation de grâce, avec l'ensemble de dogmes ou de faits qu'elle a amenés, tandis que les doctrines en question constituent essentiellement la dispensation de justice et la religion dite « naturelle ». Nous voyons là l'erreur de ceux qui ont voulu faire de ces doctrines les seules vérités fondamentales, sous prétexte qu'étant rationnelles en même temps que bibliques elles sont le plus généralement reçues. C'est l'erreur des ten-

dances et des systèmes théologiques ( socinianisme, rationalisme) qui, oubliant que le Christianisme est la religion d'un mondé déchu, en méconnaissent par cela même la nature et le caractère propre. Sans doute, le Christianisme n'est pas saris ces doctrines ; il y a sa base et sa fin; il les suppose en même temps qu'il les enseigne, et c'est lui qui les a rendues à l'homme dans leur intégrité ; mais on peut les admettre sans être arrivé encore au Christianisme proprement dit. Si elles le constituaient, comme on le veut, si elles en formaient l'élément foncier, l'Evangile ne serait plus la Bonne nouvelle, car en nous éclairant sur notre état de péché par sa morale, il ne ferait, par sa dogmatique, que nous révéler plus vivement notre misère future; il ne serait plus pour nous le Ministère de réconciliation, la Parole de grâce, de paix et de vie. Cette tendance à faire de la théologie générale lé fondamental de premier ordre caractérise le christianisme philosophique, en "opposition avec le christianisme biblique qui cherche et placé les articles constitutifs dans la théologie spéciale.

Le point extrême de celle tendance se montre dans le rationalisme vulgaire. Wegscheider, par exemple, dit qu'on peut ramener toute la doctrine chrétienne à l'idée de Dieu, créateur et régulateur, tel qu'il se révèle dans la conscience el dans l'Ecriture. Il joint à cet article l'admission de la Bible comme source du Christianisme, de Jésus-Christ comme Sauveur, de l'immortalité de l'âme et d'un état futur de rétributions. La foi en Jésus- Christ-Sauveur pourrait sembler emporter à quelque degré la notion commune, l'idée ecclésiastique qui résume l'Evangile, si l'on ne savait ce que sont dans ce système Jésus-Christ et le salut. — Bien des rationalistes de celle école ont posé en fait que Jésus-Christ n'avait voulu enseigner que le pur théisme (Paulus, Rœhr, etc.). Et si l'on ne l'a pas toujours déclaré, on l'a toujours supposé, puisque la philosophie déiste, érigée en principe et en critère suprême des vérités religieuses, demeurait seule au terme de l'élaboration dialectique ou exégétique. — Le

caractère du nouveau rationalisme est tout autre, parce qu'il s'appuie sur une philosopliie toute différente. Avec l'orthodoxie, il placcie fondamental de l'Evangile dans ses dogmes particuliers, surtout dans la « révélation historique de Dieu en Christ » ; seulement, il se réserve d'interpréter cela à sa manière, et nous savons ce qu'il en fait généralement ! II n'y laisse, en fin de compte, qu'un humanisme panthéistique ou mystique, une pure notion idéale que chacun façonne à son gré ; tout reste en apparence, en réalité tout s'en va.

Rappelons un principe dont l'application est ici d'une importance extrême. Dans chaque doctrine, le fondamental c'est uniquement la donnée formelle de l'Ecriture ; c'est le fait de révélation, non la conception qu'on s'en forme ou la théorie à laquelle il a pu servir de base ; c'est la partie biblique, non la partie théologique (1) .

Ainsi , dans le dogme de la « corruption » et du « péché originel » , la règle de foi ecclésiastique doit déterminer que celte dégradation morale, qui éloigne les âmes de Dieu et leur ferme le Ciel, est universelle, que l'homme ne l'a point reçue du Créateur, qu'elle est en lui le résultat d'une chute volontaire (Gen. III; Rom. Vj. "Voilà les éléments constitutifs du. dogme,, les points vraiment essentiels, ceux que donne décidément la Révélation, ceux qu'il importe par conséquent de garantir. Quant au siège du penchant au mal, à sa nature exacte, à son caractère propre, au degré précis de son étendue et de sa force, à son mode de transmission,

(1) Cette distinction capitale a toujours été faite, sous une forme ou sous l'autre, alors même .qu'on la négligeait ou qu'on la rejetait systématiqiiement, tant elle est naturelle, évidente et nécessaire. Elle est impliquée dans ce principe, souvent posé par nos théologiens, que les points fondamentaux sont clairs, populaires et étrangers aux spéculations de l'école {Turettin, IV* principe, p. 18) ; ou dans cet autre : qu'un fait peut être fondamental tandis que son mode et ses circonstances ne le sont pas (Ibid., p. 20). — Elle correspond à ce que les catholiques nomment domaine de la foi et domaine de l'opinion, décisions ou définitions de l'Eglise et théories de la science.

etc., etc., ce sont là des questions qui ont, certes, de l'intérêt et de la valeur, mais qui n'exigent pas de solution o/jUcielle ; le Gbristianisme pratique et le formulaire ecclésiastique pouvant s'en passer doivent,' par cela même, s'en abstenir (î).

Dans le dogme de la « rédemption », la donnée biblique essentielle, par conséquent le point réellement fondamental, est que « Jésus- Christ est mort pour 7ws offenses et ressuscité pour notre justification », et que nous participons par la foi aux fruits de son sacrifice ; les théories de « la satisfaction », de « l'imputation », etc., etc., ne sont que des conceptions hypothétiques qui doivent être laissées dans le libre domaine de l'opinion.

Dans le dogme de la « régénération », ce^flu'il importe de mettre et de tenir hors de cause, c'est la réalité et la nécessité de la grâce divine, en laissant dans le domaine des théories théologiques tout ce qui tient au mode ou au degré de ses opérations, toutes les distinctions qu'on en a faites en « résistible et « irrésistible », « suffisante et insuffisante », « prévenante », « concomitante », « subséquente », etc., etc.

Dans le dogme de la « Tri?îité » , ce qu'il faut établir c'est ce qui intéresse directertient la doctrine, la vie et le culte évangélique, c'est ce qui fonde le baptême jîlirétien (Matt. XXVIH, 19), la bénédiction et la prière chrétienne (II Cor. XIII, 13), c'est, en particulier, la divinité du Sauveur et l'adoration religieuse que lui rend l'Eglise. Mais pour les rapports mystérieux du Fils avec le Père et des Trois personnes divines entre elles, pour les rapports, non moins insondables, de Dieu et de l'homme en Christ, objet inépuisable des spéculations et des luttes théologiques, le iFormulaire ne doit rien décider ni déterminer, d'abord parce que la Bible ne détermine et ne décide rien, ensuite parce que la vie pratique n'exige nullement que ces points soient réglementés. —

(1) Quelle diversité de vues à cet égard entre les églises, et même entre les ttiéologiens orthodoxes !

Ainsi de tous les autres dogmes. —

Cette détermination générale suffit pour garantir l'enseignement, le culte, la direction générale de l'Eglise, parce qu'elle garantit les bases et les sources de la vie chrétienne. C'est prouvé par l'exemple des deux ou trois premiers siècles qui s'en tinrent aussi presque uniquement aux faits révélés. Sans doute, on pourra coordonner et systématiser différemment les articles réglementaires (en développant isolément et démesurément l'un ou l'autre, en faisant prédominer celui-ci ou celui-là), mais aussi longtemps que tous seront franchement admis, ces vues dogmatiques, ces tendances religieuses seront diverses sans être hostiles; elles se balanceront dans des limites oti l'ordre ne sera point compromis ; elles manifesteront celte variété dans rii/nité qui constitue une des grandes lois du monde moral aussi bien que du monde physique, et en dehors de laquelle ne saurait se placer l'Eglise; elles pourront et devront se supporter.

Ces considérations démontreraient à elles seules l'obligation de circonscrire les points fondamentaux dans les bornes que nous avons posées; car ce triage entre les doctrines évangéliques n'est légitime qu'en tant et autant qu'il est nécessaire. Or, tel que nous l'indiquons, il atteint son but, qui est le maintien de la vérité dans la liberté et dans la vie. Il faut donc s'y arrêter. *

Mais bien d'autres considérations, tout aussi graves, viendraient se joindre à celles-là elles confirmer s'il en était besoin. Le respect des Ecritures exige qu'on ne place rien sur la même ligne que ses attestations positives dans les choses de Dieu et du Ciel ; et l'on manque à ce grand principe du Protestantisme quand on introduit dans la règle de foi, à côté des données bibliques formelles, les théories qu'en tire l'intelligence et qu'elle y ajoute ensuite pour les compléter.

Dans sa détermination des points fondamentaux, une Eglise ne peut poser en même temps et les faits constitutifs de TEvan-

*'-?'ï55f*";5p;;S?Mî;i^/

gile et la conception systématique que s'en forment ses docteurs ; elle ne peut présenter ces deux éléments au même titre à la foi des peuples, qu'en dérivant presque jusqu'au principe romain. Ce reproche a élé souvent adressé à nos Confessions de foi, et elles l'ont trop légitimé en fait, soit par l'autorité excessive dont elles se sont emparées en certains temps, soit par la partie purement théologique qu'elles renferment toutes plus ou moins.

On ne doit pas oublier que la détermination des points fondamentaux, ou, ce qui revient au même, l'établissement des symboles, a pour but de réunir autour des grands principes évangéliques en assurant dans l'Eglise la communauté de croyance nécessaire à la communauté de vie, que, par conséquent, le vrai problème est de combiner l'unité dogmatique avec l'unité morale, de telle sorte que cette dernière ne soit sacrifiée à. l'autre que lorsque quelqu'une des bases de la doctrine salutaire serait décidément renversée, ou sérieusement compromise, et que l'édificalion se trouverait en péril. Tout ce qui, sous ce rapport, dépasse le devoir, dépasse aussi le droit. U est évident, dès lors, qu'il faut, être très circonspect, pour ne pas placer parmi l'essentiel ce qui n'est qu'accessoire, et parmi le divin ce qui n'est qu'humain. Il existe un rapport trop peu remarqué entre la position des églises vis-à-vis des chrétiens, et la position des chrétiens vis-àvis des églises. Nous avons vu quelle large condescendance le chrétien doit joindre à la fidélité dans son jugement des églises, à quel support il est tenu dans l'intérêt de l'union. De son côté, l'Eglise, sorte de personne chrétienne collective, a manifestement des obligations analogues; (elle aurait pu l'apprendre mieux qu'elle ne l'a fait du grand exemple des temps apostoliques). Le droit d'exclusion (consacré et légalisé dans ses formulaires) est pour elle ce qu'est pour le chrétien le droit de séparation ; et l'un et l'autre ne sauraient être trop sévèrement contrôlés.

On abuse singulièrement aujourd'hui du mot de fidélité.

D'abord, on perd de vue que nous sommes dans Toblig-ation d'être fî.dèles à la charité comme à la vérité ; ensuite on confond, sans le moindre scrupule, ses opinions propres, ses vues particulières avec la vérité évangélique elle-mêrhe, et, pour les faire triompher, on foule aux pieds, sans hésitation ni crainte, le devoir du support et de l'union, se reposant avec une pleine confiance sur ce qu'on nomme sa fidélité. La fidélité ainsi comprise peut être de l'infidélité. - ^

La classification des articles de foi, telle que nous avons essayé de l'établir, se légitime pleinement, ce nous semble, qu'on la considère au point de vue biblique, ou au point de vue historique, ou au point de vue rationnel et moral. Tout conduit à considérer comme fondamentaux de premier ordre les trois grands faits que nous avons distingués par cette désignation.

1° Point de vue biblique. — Le Nouveau Testament rappelle d'un bout à l'autre que l'homme est sous la condamnation de la loi, qu'il a besoin de pardon et de régénération, et que ce double bienfait, sans lequel il n'y a point de Ciel pour lui, lui est offert en Christ.

2° Point de vue historique. — L'Eglise générale a de tout temps professé, comme le fond principal de sa foi, les dogmes de la chute, de la rédemption et de la grâce divine ] en d'autres termes le salut, offert de la part de Dieu, en Christ et par le Saint-Esprit, à un monde tombé. C'est là ce qui constitue, dans un sens spécial, la doctrine orthodoxe, que nous voyons, plus ou moins pure et complète; traverser les siècles et les écoles. Partout oia la vie chrétienne s'est manifestée avec quelque intensité et quelque étendue, c'est sous l'influence de cette doctrine. Mille fausses tendances, théoriques et pratiques, l'ont sérieusement compromise à diverses époques, elle s'est toujours relevée avec une force nouvelle. Elle domina et détermina le grand mouvement du xvi" siècle. Elle respire dans tous les anciens symboles des églises de la Réformation. C'est avec

'iji>'-^r^',""-.,' ■■

elle et par elle que s'est opéré le Réveil. Elle préside toutes les grandes œuvres chrétiennes. Elle résume la profession de foi de nos principales associations religieuses (Société Evangélique, — Société Centrale, — Alliance Evangélique, — Société des Missions, etc.).

3" Point de vue rationnel et moral. — Qu'est l'Evangile, sinon la proclamation de l'amour qui justifie et régénère? Que sollicite Tâme, éclairée sur les obligations elles sanctions delà loi, sinon le pardon et le secours divin, qui la font passer de la mort à la vie ? Qu'est le chrétien, sinon l'homme profondément convaincu de sa misère spirituelle, qui s'applique par la foi le salut tel qu'il est en Jésus-Christ, et sert Dieu, non plus seulement par intérêt et par devoir, mais par amour et parce qu'il a été racheté à grand prix? (I Cor. VI, 20).

Ainsi, l'esprit du Nouveau Testament, l'histoire de l'Eglise, les réclamations de la conscience chez l'homme qui se voit tel qu'il est devant Dieu, le témoignage des fidèles, le caractère et le but essentiels de la doctrine evangélique, tout confirme nos vues relativement à ces vérités capitales dont nous avons fait comme le fond du Christianisme, tout s'accorde à montrer que ce sont bien les articles fondamentaux de premier ordre, les articles essentiellement constitutifs.

Des considérations semblables nous conduiraient à reconnaître aux articles fondamentaux de second ordre (ou articles conservateurs), la place que nous leur avons assignée: elles nous les montreraient affermissant, développant, complétant les premières, de telle sorte que là oii ils manquent les autres s'altèrent, s'ébranlent ou tombent même entièrement. L'histoire de l'Eglise et de la dogmatique nous prouve, par exemple, que lorsque la doctrine de la chute ou du péché originel n'est point admise, celle de la corruption de notre nature finit par être niée, comme dans le pélagianisme et le socinianisme, ou par être dépouillée de son caractère et de sa. portée véritable, comme dans le rationalisme, et que, dès lors, l'édifice chrétien

s'écroule pièce à pièce. Ainsi de la divinité de Jésus-Christ et de la Trinité.

Nous pourrions justifier aussi par les mêmes moyens notre principe que ce qui est vraiment fondamental, ce qui doit seul être posé comme tel^ ce sont les grandes données bibliques, dégag-ées autant que possible de toute interprétation humaine, de tout système particulier ; car nous verrions que ces données constitutives, partout oii elles ont été franchement reçues, ont suffi comme base de la foi, comme principe et aliment de la vie, que les systématisations qu'on en a essayées n'ont guère abouti qu'à les altérer, en élevant plus ou moins les unes aux dépens des autres, et que les conceptions ou les constructions théologiques insérées dans les formulaires n'ont eu d'autre effet que de diviser là oti l'on aurait pu et dû rester unis.

Soyons attentifs à l'enseignement que nous donne à cet égard le Réveil, et qui confirme si visiblement la pensée ou l'aspiration d'où sortit l'Alliance Evangélique ; pensée dont je disais à l'origine qu'elle était plus grande que l'association elle-même. Que se montre-t-il en effet dans le Réveil, ou qu'y reste-t-il partout où il se produit avec quelque intensité, que ce qui nous est apparu comme le fond central et vital du Christianisme; l'homme convaincu de péché, de justice et de jugement, recevant la vie éternelle comme le don de Dieu en Jésus-Christ Notre Seigneur, s'appropriant la grâce réconciliatrice par la foi, la grâce régénératrice par la prière, et se consacrant au Dieu de son salut, le Dieu trois fois saint ?

Là-dessus, Anglicans et Presbytériens, Luthériens, Calvinistes, Baptistes, Méthodistes,, Moraves, etc., etc. se donnent la main et s'unissent dans un même sentiment et une même adoration. N'y a-t-il pas là une démonstration de ce qui pourrait être, et par cela même une révélation de ce qui sera tôt ou tard ?

Conclusion. — La détermination des points fondamentaux est difficile, mais possible. — Deux critères : le témoignage du sens chrétien et celui de la science indépendante. — Le sentiment et le devoir de Tunion demeurent partout où demeure le fondamental. — La grande unité évangélique ne se formera que par le retour à la doctrine des points fondamentaux et à la vraie notion de TEglise.

La difficulté de déterminer les points vraiment fondamentaux est réelle, nous l'avons reconnu, mais elle n'est pas invincible comme on le prétend de tant de côtés. On a, pour la résoudre au degré nécessaire, à part les grandes données scripluraires que nous avons fait ressortir, deux critères très différents mais qui se contrôlent l'un l'autre, savoir le témoignage général du sens chrétien et le témoignage, non moins général, de la science indépendante. Le sens chrétien, placé seul à seul devant la Parole de Dieu, s'est accordé à, y voir les doctrines communément désignées sous le nom à' orthodoxes et prises simplement comme faits divins ; aussi, forment-elles comme la charpente de la foi, à travers ses évolutions et ses transformations séculaires. D'un autre côté, les libres penseurs, les hommes qu'aucun intérêt d'opinion ou de position n'empêche de voir dans le Nouveau Testament ce qui y est, ni de dire ce qu'ils y voient, qui l'éludient comme les livres sacrés des autres cultes, uniquement pour s'assurer de son contenu réel, affirment de concert que ces doctrines s'y trouvent en effet, sinon sous leur forme théologique, du moins sous leur forme religieuse, et qu'elles en rendent le fond distinctif et constitutif. Double moyen de détermination, préparé de longue main par la Providence, qui le fera " agir au teinps marqvié, en tirant le bien du mal lui-même. La redoutable crise que nous traversons approche peut-être cette heure, car, poussant les divers principes à leurs conséquences dernières, si elle précipite, par certains côtés, vers dés séparations

^^J.w^r-,:FJ ™c^- - - : -j ^'-*'."~-

inévilables, elle rehausse et ravive, par d'autres, le sentiment et le devoir de l'union partout oii demeure le fondamental.

Sur cette large basé s'élève ou doit s'élever la grande unité protestante, tout autre, mais aussi réelle que l'unité romaine. Toutes les branches du Protestantisme évangéliqiie apparaissent, à ce point de vue, comme une seule et même Eglise, car elles sont toutes d'accord sur les principes intégrants de la foi et de la vie chrétienne; leurs divergences ne portent que sur des choses secondaires — organisation ecclésiastique (épiscopaux, presbytériens, indépendants) — sacrements (Zwingliens, Calvinistes, Luthériens, sur la Cène ; baptistes et pédobaptistes sur le baptême), — croyances purement théologiques (Calvinistes et Arminiens, etc.). Malgré les efforts d'un dogmatisme étroit (Puseysme, haut-Luthéranisme, Puritanisme) et les écarts d'un syncrétisme abusif (Alliance universelle, etc.), les tendances actuelles poussent de plus en plus à reconnaître ce fait, si important par lui-même et par les conséquences qu'il peut amener. En dépit de ce qui sépare encore, on se tend la main de fraternité, à travers ou au-dessus des barrières confessionnelles, partout oii l'essence vitale de l'Evangile est retenue. Les vieux noms de parti s'usent et tombent, quoi qu'on fasse pour les rajeunir. Que l'Ecriture recouvre au sein du Protestantisme sa place et son autorité, que la vraie notion de l'Eglise et des points fondamentaux se propage chez les clergés et chez les peuples, que le côté pratique du Christianisme reprenne la suprême importance à laquelle il a droit ; et le mouvement interne qui tend à faire marcher main à main, comme aux premiers jours, la fidélité et la condescendance, la vérité et la charité, deviendra plus rapide, en même temps que plus régulier, plus ferme et plus calme.

(1) — Sans doute les vieilles barrières s'écroulent ou s'abaissent. Les membra disjecta du Protestantisme se cherchent et

(1) Les pages qui terminent ce chapitre, plus récentes que celles qui précèdent, n'en sont pas la répétition, mais le développement. {Edit).

tendent à se rapprocher et à s'unir. Mais, malheureusement, à mesure que le dogmatisme et l'ecclésiasticisme anciens perdent de leur importance, ils sont remplacés de bien des côtés par un dogmatisme et un ecclésiasticisme d'un autre genre, en réaction contre le^ écarts du rationalisme et du radicalisme. Il s'agite des questions qui, sous ombre d'une rénovation, aboutiraient à un ébranlement ou à un renversement général, et qui nous menacent de ruptures nouvelles et profondes. Au sein rnême du supranaturalisme évangéiique ou de l'orthodoxie, nous sommes en présence de deux directions, contraires quoique également appuyés sur la métaphysique ou la mystique du temps ( — idée prédominante de l'immanence divine, — infusion substantielle de la vie de Christ ou du 7cv£up.a tou ©sou, etc., etc.). L'une, pour relever l'Eglise de la Réformation, emprunte à' Tinterprétation et à la tradition patristique des principes d'où est sorti le système romain ; elle reconstruit, sous des formes appropriées à la pensée moderne, l'idée sacramentelle et l'idée sacerdotale, qui la poussent logiquement et qui la porteront finalement plus loin qu'elle ne veut aller. — ■ L'autre direction expose à sacrifier le réalisme évangéiique à un subjeclivisme et à un individualisme illimités. L'Eglise n'est pour elle qu'un libre épanouissement de la foi et de la vie chrétienne, qa'tm fait humain; (si elle le nomme divin, c'est seulement en tant qu'il entre dans le plan providentiel comme tous les grands faits historiques). Elle prétend maintenir le principe matériel de la Réformalion (justification par la foi), en laissant tomber ou en abattant son principe formel (autorité théopneustique de l'Ecriture). Elle n'aspire à rien moins qu'à opérer une Réforme aussi radicale, ou même plus radicale que celle du xvi" siècle; car le xvi° siècle ne voulut et ne fit que déplacer l'autorité; en rejetant celle de l'Eglise et de la tradition, il releva d'autant celle de l'Ecriture. Et les écoles dont nous parlons s'attaquent au fait ou au principe d'autorité, pris en soi; elles y substituent l'intuition rationnelle ou morale, le sentiment religieux, la conscience chrétienne; elles érigent

la révélation du dedans en critère, et par là même en juge et en arbitre de la révélation du dehors; elles font de l'Evangile intérieur la pierre d'attente et la pierre de louche de l'Evangile extérieur. Cette direction, née de l'évolution ou de la révolution philosophique qui accula la science dans le moi, règne en souveraine dans le haut-rationalisme, d'où elle s'impose, à des degrés et en des sens divers, ^ la haule-orthodoxie. Ce n'est pas le lieu de la discuter.

Je me bornerai à deux remarques. 4° La chute du principe formel entraîne celle du principe matériel et des dogmes ou des faits qui s'y rattachent; le surnaturel du Christianisme, c'est-à-dire le réel, n'ayant d'appui certain que le surnaturel du témoignage qui le^révèle et l'atteste. Le fondement ôté, l'édifice croule sur lui-même, ou s'il en reste quelques parties, soutenues par leur propre poids ou par des étais étrangers, elles tendent à s'affaisser aussi peu à peu. 2° Le principe inatériel, tel qu'on le fait et qu'on a besoin de le faire, n'est plus celui de la Réformation : il ne l'est, ni quant à l'idée de la justification, ni quant à celle de la foi. Au point de vue de la Réformation, la justification est le salut gratuit, le c^o?z </e Dieu e?i Jésus-Christ, consistant essentiellement dans la rémission des péchés ; au point de vue nouveau, elle est la restauration spirituelle, l'œuvre générale de relèvement qu'opère l'exemple ou l'Esprit de Christ. Au point de vue de la Réformation, la foi justifiante est la confiance en la Parole de grâce, où elle a tout son recours et tout son espoir ; au point de vue nouveau, c'est le sens religieux et moral discernant la divinité de l'Evangile et s'en appropriant ou s'on assimilant le contenu ; c'est l'intuition directe, l'aperception immédiate du vrai et du saint par la conscience, qui juge tout, en fin de compte, et que rien ne juge. — Individualisme chrétien, (suivant une qualification dont on se glorifie), subjectivismelhéologique, qui n'est bien compris que dans gon rapport avec le subjectivisme philosophique d'où il émane, et qui sème de toutes parts le subjectivisme ou l'indivi-

320 DEUXIÈME :PARTIB

dualisme ecclésiastique! Il y a là, en fait, l'abandon du principe matériel de la Réformation comme de son principe formel. Ce ne serait pas une évolution, ce serait une révolution.

Mais ajoutons que la haute-orthodoxie, qui s'associe à cette direction, un moment dominante et si puissante encore, ne le fait que sous bénéfice d'inventaire ; elle se place sous son patronage sans se placer sous son empire; relevant de plus en plus le principe formel du Protestantisme qu'avait paru abattre la critique négative, elle relève par cela même le principe d'autorité, quelles que soientses réserves ou ses réticences à cet égard; ce qu'elle pose à sa base, c'est l'œuvre de la conscience plutôt que son autonomie ; elle rend à l'Ecriture sa souveraineté, à mesure que son authenticité et sa divinité ressortent des nuages dont les avaient enveloppées des théories aventureuses.

Se retrouvant, dès lors, sur le fondement biblique oti s'est posé le Protestantisme, et le seul, quoi qu'on en dise, qui puisse le porter, tout se raffermira, dogmatique et ecclésiologie, débarrassées l'une et l'autre des superfétâtions traditionnelles qu'aura balayées la tempête : cette profonde crise n'aura fait que préparer une véritable et grande rénovation. La foi l'a toujours attendue, la raison peut déjà l'entrevoir.

Sous l'empire rétabli du principe protestant, on pourra en particulier trouver à la question ecclésiastique, aujourd'hui si menaçante, la solution que réclame notre temps entre les écarts opposés de l'individualisme et du socialisme, du radicalisme et du cléricalisme ; on le pourra, parce qu'on aura une règle positive, et aussi parce que la notion scripturaire de l'Eglise fera ressortir dans chacun des partis extrêmes l'élément de vérité qu'il représente.

Le même principe, franchement et pleinement admis, permettra de déterminer au degré suffisant le fondamental et le vital du Christianisme, c'est-à-dire ce qu'on cherche pour constituer la grande unité évangélique au sein même des diversités confessionnelles."

ORGANISATION DE l'ÉGLISE

Page 1