CHAPITRE II DU BAPTÊME
Origine, sens et durée dé l'institution; — Lustratiôns dans presque tous les ciiltés; Ablutions juives ; Baptême des prosélytes ; Baptême de Jean. —Le baptême chrétien cérémonie d'initiation , et symbole de régénération. — Baptême d' « eau » et baptême d* « Esprit ». — Rapport avec la circoncision; — Est-il une institution perpétuelle? Les Soeiuiens et les Quakers l'ont nié ou mis en question.
Les lustrations existaient dans presque tous les anciens cultes et formaient une des cérémonies d'initiation à la plupart des mystères, la purification extérieure étant un eniblème naturel de la purification intérieure exigée parla Divinité et promise par les néophytes. La loi mosaïque prescrivait des ablutions nombreuses (Ex. XIX, dO. 14 ; XXIX, 4 ; Lév. XV, S. 6, etc ; Nomb. XXXI, 23. 24 ; II Rois V, 44 ; Jean II, 6). Les grâces évangéliques sont souvent annoncées sous l'image d'eaux pures et vivifiantes (Ezéch. XXXVI, 25; Es. XLIV, 3 ; Zach. XIII, 1; Jean VII, 37.38). Déjà avant le Christianisme, le baptême était usité chez les Juifs. Ils baptisaient leurs prosélytes (1), comme
(1) Ce fait paraît certain, quoiqu'il ait été contesté. Il se prouve : 1" par le témoignage unanime des rabbins (de ménae le Talmud) qui disent que « dans tous les âges, quand un païen a voulu être reçu comme prosélyte, il a dû être circoncis, baptisé et offrir un sacrifice (Maimonides) car, ajoutent-ils, Israël lui-même entra dans l'alliance par ces trois choses». Ils trouventle baptême dans Ex. XIX, 10; — 2° par l'existence positive de cette pratique et son universalité au n^ siècle. Il n'e^ certes pas probable que
'les Esséniens leurs disciples (1). Jean baptisait, de la part de Dieu, (Jean 1, 33 ; Matt. III, 44; XXI^ 25; Marc XI, 29; Luc VII, '29) ceux qui venaient â lui pour lès prédisposer au Royaume des Cieux, dont il annonçait l'approche (Act. XIX, 4). Jésus se présenta lui-même au baptême de Jean (Malt. III, 13-47; etc.), et il le remplaça ensuite par le baptême chrétien (2). On ne connaît pas l'époque précise où il l'institua, mais tout indique qu'il le fit dès les premiers temps de son ministère (Jean III, 26; IV, 1) ; et il en donna ou renouvela le précepte avant de monter au Ciel (Marc XVI, 16). (Il n'est pas dit que les apôtres, à l'exception de saint Paul, aient' été baptisés).
• dans la lutte des deux cultes, les Juifs l'aient alors empruntée des chrétiens. Les purifications légales les conduisaient là, surtout à l'égard des Gentils considérés par eux comme impurs.
(1) Josèphe, Guerre des Juifs. Liv. II, cha,p. VIII.
(2j On a-beaucoup discuté sur les rapports de ressemblance et de différence du baptême de Jean avec le baptême chrétien. On a souvent consi- . déré ces baptêmes comme étant essentiellement les mêmes (point de vue . général de la; Réformation). Il y a pourtant entre eux des diversités nombreuses* et graves. Le" baptême de Jean n'était que préparatoire et par cela même que temporaire ; il n'avait pour objet que le Messie à venir; il ne s'administrait point aunom de la Trinité. Jean-Baptiste en marque la vraie nature et le distingue profondément du baptême chrétien (Matt. III, 11). Son baptême avait le même sens et le même but que sa prédication (Matt. m, 2), il supposait seulement cette conviction du péché, ce désir du pardon, cette faim et cette soif de la justice qui ouvrent les portes du Christianisme où la foi introduit ensuite,, selon cette, parole par laquelle saint Paul résume son ministère : « J'ai prêché... la repentance envers Dieu et la foi en Jésus-Christ... •» (Act. XX, 21 ; cf. Luc XXIV, 47). Aussi l'Apôtre rebaptisait-il les disciples de Jean-Baptiste (Act. XIX, 5).
Tandis que l'ancienne dogmatique protestante, et en particulier la dogmatique luthérienne, effaçait toute distinction réelle entre le baptême de Jean et le baptême chrétien, la nouvelle école allemande y voit une différence radicale, par suite dé sa tendance à attacher la véritable vie spirituelle à l'incarnation de Christ (Olshausenet autres), de telle sorte que les anciens justes, étrangers, suivant elle, au Saint-Esprit et à son œuvre de régénération, restèrent en dehors du Royaume des Cieux.
Le Concile de Trente établit une différence profonde entre les deux baptêmes. •
Nous trouvons dans le Nouveau Testament deux formules du baptême, l'une complète : « ...baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » (Matt. XXVIII, 49), l'autre abrégée : « ... ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. » (Act. XIX, 5), qui est au fond la même, car être baptisé en Christ ou au nom de Christ, c'est admettre par le fait toute la doctrine évangélique.
Les Pères parlent de cinq baptêmes: 1° le baptême d'eau; 2° d'Esprit ; 3» de sang (ou le martyre) (Matt. XX, 22) ; 4° de lumière (Apollos qui connaissait et prêchait l'Evangile, sans avoir reçu le baptême chrétien (Act. XVIII, 2S) ; S» de larmes (la pénitence).
- Le baptême est: i" une cérémonie d'initiation au Christianisme (Malt. 'XXVIII, 19 : «Faites des disciples de tous les peuples ({xaGyiTeuo-aTe) (I), les baptisant, etc. » ; Marc XVI, 15. 16; Jeaniy,l; Act. 11,41; VIII, 12.36; XVI, 13.33; I Cor. XII, 13), emportant une profession de foi et de consécration à Dieu ou à Jésus-Christ, comme l'indique la proposition ètç, « èiçTo ô'vopia Tou IlaTpoç, xal, etc. » (Malt. XXVIII, 19); « elç TO ov.o[xa tou, Kupiou 'Itio-oû » (Act, XÏX, 5); « elç Xpio-Tov », (Rom. VI, 3-10) et la déclaration de saint Paul, Gai. III, 27 : « Vous tous, qui avez été baptisés^ votis avez été revéitts de Christ »; ainsi que celle , de saint Pierre, IPier. III, 21. Le baptême est : 2» un symbole de la régénération évangélique (Jean III, 5. 6 ; Rom. VI, 3.6; Col. II, 12 ; Héb. X, 22; I Jean V, 6). C'était aussi le double sens de la circoncision. Elle était la marque du Mosaïsnfie, et, de
U) Cf, Matt. XXVII, 57, où il est dit que Joseph d'Ariihathée était aussi
disciple de Jésus (osxat aùrôç êpaOjiTsuae TwIjjffoC), et Act. XIV, 21, où, pour
, annoncer que Paul et Barnabas avaient fait beaucoup de disciples à Derbe,
-l'historien sacré se sert de cette expression : zaî paOuTsûffayreç bavoû;. Ce
. verbe n'est pas employé ailleurs dans le Nouveau Testament. La traduction
ordinaire de Matt. XXVIII, 19: « Instruisez toutes les nations, etc. », ne
rend donc pas exactement le grec. Le terme qui exprimerait le mieux la
pensée du texte est celui de «convertissez», d'ans l'acception extérieure que
lui a faite le langage actuel. "a
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plus, un emblème de la purification du cœur (Deut. XXX, 6; Jér^ ly, 4 ; Rom. II, 28.29) et un sceau de la justification par la foi (Rom. IV, 11). Aussi saint Paul la confond-il avec le baptême (Col. II, 11-13), se servant également des deux rites pour représenter la destruction du vieil homme et la formation de Thomme nouveau en Jésus-Christ.
Il faut distinguer dans le baptême, comme en tout sacrement, le signe et la chose signifiée, l'emblème de la grâce et la grâce elle-même, en d'autres termes le baptême extérieur elle bap-r lême intérieur, ou le baptême d'eau et le baptême d'Esprit. L'un nous fait membres de l'Eglise visible et nous place à la source des grâces évangéliques, qu'il ouvre en quelque sorte devant nous; l'autre nous fait membres de l'Eglise invisible et nous confère ces grâces, dont le premier n'est que le signe et le gage ; l'un nous rend chrétiens devant les hommes, l'autre devant Dieu. Ils peuvent être l'un sans l'autre; on peut avoir reçu le baptême d'Esprit sans le baptême d'eau, et mce wr5«.
Le baptême est-il une institution perpétuelle ? — C'est l'opinion commune. L'Eglise l'a toujours cru et enseigné. On l'a pourtant plus ou moins contesté presque à toutes les époques.
Dans les premiers siècles, quelques gnosliques rejetèrent sur ce point la croyance et la pratique générale (Irénée, Théodoret, TerluUien). Ainsi firent, au iv* siècle, les Massalieiïs ; dans le Moyen Age^Jes Cathares; quelques personnes à la Réformation ; et depuis lors les Quakers, de même que des théologiens isolés et quelques petites communautés religieuses qu'on a désignées sous le nom d'antibaptistes (en Irlande particulièrement).
Ces adversaires du baptême se divisent en deux classes ; ils arrivent à une conclusion semblable en partant de principes opposés, chaque parti exagérant l'un des caractères du rite chrétien (interne, externe) au point d'anéantir l'autre.
Les premiers, ceux qui partent de l'externe, disent que le baptême étant simplement une cérémonie destinée à marquer le
passage du judaïsme OU du pag-anisme à la religion de l'Evangile, il cesse naturellement à mesure que le Christianisme fe'empare du monde ; signe et sceau du prosélytiisme, il n'a plus son sens primitif si on l'applique à des personnes nées et élevées dans l'Eglise^ il ne devrait aujourd'hui être pratiqué que par les missionnaires. — La plupart, des - sociniens, des rationalistes, des unitaires ont plus ou moins professé cette opinion; ils ne conservent le rite baptismal que parce qu'il est établi, et par respect pour l'usage.
« Ils l'aboliraient facilement dans les familles chrétiennes; ^( dit Priestley, mais comme c'est un acte tout à fait indifférent ^ « ils ne pensent pas qu'il y ait des raisons suffisantes pour « abandonner l'ancienne coutume. ». Cette opinion est parfaitement logique chez eux ; car si le baptême n'est qu'un acte symbolique d'adhésion aii Christianisme et de profession extérieure; ir devient inutile, et doit tomber, par conséquent, là oii tout le monde étant censé chrétien personne n'a besoin de déclarer qu'il l'est. — ■ Mais, pour naître dans une contrée ou dans une Eglise chrétienne, on ne naît pas chrétien, au sens propre du mot. Le baptême n'est pas seulement une cérémonie d'initiation^ il est encore l'emblème de la régénération, le sceau des promesses et des grâces évangéliques ; il symbolise et la conversion extérieure' qui ouvre l'Eglise visible, et la conversion intérieure, le renouvellement du cœur qui ouvre l'Eglise invisible en formant au dedans de nous le Royaume de Dieu ; sous ce rapport, il est aujourd'hui et il sera toujours ce qu'il fut au commencement. Il conserve sa place et sa valeur, parce qu'il conserve sa signification intime. On ne met en question sa perpétuité que parce qu'on se méprend sur sa pleine destination, méconnaissant un de ses caractères et de ses buts essentiels.
La seconde classe d'antibaptistes comprend ceux qui, dans leur opposition au formalisme, cette lèpre des Eglises, ont poussé le principe de la spiritualité jusqu'à renverser plus ou moins les observances religieuses, les pratiques Hu culte et les moyens
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iàxiériéurs de grâce. Tels furent autrefois les Màssâliens, les Cathares, etc., chez les catholiques; tels soiit aujourd'hui" les Quakers chez les protestants, et, chez les grecs, les Duhobôrlsij vrais Quakers de l'Eglise Russe (1). Ce n'est pas seulement le baiptême que rejettent ces ultra-spiritualistes chrétiens, c'est aussi la Sainte Cène et presque toutes les ordonnances et les foçmes ecclésiastiques. Ils disent qu'en attachant au rite extérieur une sorte de siainteté, en le considérant comme un canal ou comme un gage de la grâce, en le rendant obligatoire et perpétuel, on méconnaît le vrai caractère du Christianisme, et l'on ramène la loi ôérémonielle ; suivant eux, le seul baptême réel et perpétuel est le baptême du Saint-Esprit, dont le baptême d'eau fut pour un temps le garant et le symbole. Ils font remarquer que, d'après saint Pierre (I Pier. IIÏ, 21), la purification du corps n'est rien et que la purification de l'âme est tout. Ils rappellent que, selon saint Paul (Eph. IV, S); il n'y a qu'iin seul baptêmej comme il n'y a qu'un seul Seigneur et une seule foi, et ils soutiennent. que ce ne peut être que le baptême intérieur, dans lequel nous mourons avec Christ pour renaître avec lui â une vienouvelle. Ils ajoutent que Jean-Baptiste annonce (Malt. III, 11) que le baptême d'eau cesserait quand viendrait le baptême d'Esprit, ou le vrai baptême chrétien. Ils insistent sur ce que l'auteur de TEpître aux Hébreux place les baptêmes parmi les ordonnances charnelles qui devaient prendre fin. etc. (Héb. IX, 10) (2); ^•'. ■
Ce dernier passage est (évidemment relatif aux ablutions ou purifications mosaïques. Le contexte le prouve et l'emploi du pluriel (paTmo-aoi), ne permet pas non plus d'en douter; On ne peut supposer que saint Paul ait rangé le baptême, institué par
.(i) Dict.of ail i^eligions. -^Yie de W. Allen.
{%) Voy. Barcklay, Apol: —Toutes les tendances spiritualistes ou mystiques accusent celles qui le sont, moins de légalisme et de judaïsme. — Cette accusation est dirigée en bien des sens par la théologie actuelle contre l'ancienne dogmatique.
Jésus-Christ, qu'il avait reçu, qu'il administrait, parmi ces pt^nnances et ces pratiques charnelles et temporaires dont il parle là; il le représente au contraire, dans son enseignement général, comme partie essentielle de réconomie évangélique, il réunit le baptême extérieur au baptême intérieur et fait de l'un le signe et le gage de l'autre, à l'exemple du Seigneur (Jean III^ 5). Dans TEpître aux Hébreux elle-même (X, 22.23), il fait une ail usion manifeste au baptême en i'opposant aux cérémonies légales : m Ayant les cœurs purifiés d'une mauvaise conscience ^ et le « corps lavé (ï eau pure, » Les termes « pavTttTjjiévoi » et «'Xe)voi>{xévot » étaient affectés au service lévitique ; ils désignaient, l'un la purification par le sang, l'autre la purification par l'eau. Les Juifs étaient nettoyés des souillures légales par raspersion du sang des victimes et ils pouvaient se présenter alors devant Dieu ; lés chrétiens participent à l'aspersion du sang de Christ (sic pàvTio-fjLov al![jiaToç \'t[<5Q\J Xpio-Toû) (1 Pier. I, 2) et ils sont faits ainsi sacrificateurs de Dieu le Père (Apoc. I, 6). Les Juifs se préparaient par des ablutions à entrer dans le Temple ou dans le Tabernacle, les chrétiens ont reçu le baptême pour être introduits dans l'Eglise. L'allusion est manifeste, et comme ces pratiques juives durèrent "autant que l'économie ancienne, dentelles étaient une des lois constitutives, les pratiques chrétiennes doivent, ce semble, par analogie, durer autant que l'économie nouvelle. C'est bien le sens de ce passage et la doctrine générale de saint Paul (Voy. Rom. VI, 3 ; I Cor. XII, 13 ; Gai. III, 27 ; Col. II, 12).- I Pier. III, 21 suppose l'observance du baptême et veut prévenir les fausses idées qu'on pouvait attacher, ou qu'on attachait peutêtre déjà à l'acte extérieur. — Malt. III, 11 annonce seulement la grande différence du baptême de Jean et de celui de Christ. Loin d'avoir aboli le baptême d'eau, Jésus-Christ l'a pratiqué (Jean IV, 1) et ordonné (Matt. XXVIII, 19), Le principe sur lequel on argumente ici contre la croyance et la coutume universelle est si peu fondé, que nous voyons saint Pierre baptiser Corneille et sa famille, en suite et à cause de l'effusion du Saint
Esprit sur eux (Act. X, 48). Nous ne devons pas spirilualiser le Christianisme plus que ne l'ont fait Jésus-Christ et les apôtres.
En somme, rien n'indique dans le Nouveau Testament que Je baptême ne dût être qu'une institution temporaire; tout conduit au contraire à la considérer comme perpétuelle, et les premiers disciples, dépositaires de la pensée des fondateurs de l'Eglise, l'entendirent ainsi ; tous les monuments historiques démontrent qu'on baptisa des les premiers temps les personnes nées de parents chrétiens, aussi bien que les prosélytes (1).
Efficacité et NÉCESSITÉ du Baptême. — Régénération baptismale chez les Pères. — Doutes à ce sujet, relativement aux enfants, jusqu'à Thomas d'Aquin. — Vertu intrinsèque « opère operato » ou ( opère operantis ». Textes sur lesquels s'appuie cette opinion. Vue inverse de celle des « Quakers ». Inspirée par les tendances panthéistes. Opposée à l'esprit du Christianisme. Démentie par l'expérience. — Le Baptême est* il de nécessité absolue?
Quelle est l'efficacité du baptême ?
On vit se former de très bonne heure, et se répandre de plus eu plus l'opinion que le baptême justifie et régénère par lui-même^ qu'il ôte le péché et communique la vie delà grâce. On l'appela
(1) Il est digne de remarque que les spiritualistes extrêmes, qui réduisent à des figures les institutions sacramentelles du Nouveau Testament, aient en général voulu prendre à la lettre bien des textes où l'expression est évidemment métaphorique ou hyperbolique, comme Matt. V, 34. 39, etc. (serment, défense personnelle). Cela est spécialement vrai des Quakers. On sait combien de passages ils tirent à leurs idées propres, par un littéralisme qui en change le véritable sens. Ainsi Luc X, 4 : « Ne saluez personne en chemin. — N'appelez personne Seigneur. » — Les Anabaptistes présentèrent la même singularité. Zwingle en faisait déjà la remarque : t Tantôt, dit- il, ils insistent pour qu'on prenne la lettre dans le sens le «plus rigoureux, tantôt ils la rejettent entièrement. » — Union remarquable et instructive de deux extrêmes qui semblent s'exclure.
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le sceau divin, l!illumination(^to'n(TpLoç), la régénération, la nouvelle naissance {'sza.'ki.y'fe'^efTU), l'eau vivifiante, l'onction sainte, le salut, le vêtement d'inamorlalité, etc., etc. On n'exalta pas moins ce mystère aprës le Concile de Nicée; on représentait généralement l'efficace du sang de Christ et la vertu du Saint- Esprit comme unies à l'eau mystique. Cette opinion s'étendit ou grandit encore dans la controverse pélagiehnè. Il fut universellement admis que le baptême efface entièrement le péché, avec ses suites, et donné à tous ceux qui le reçoivent la grâce opérante et coopérante. De là la doctrine catholique que ce rite sacré détruit lacoulpe et la peine, et qu'il justifie opère operatOy contenant en lui-même la grâce comme un vaisseau et l'infusant coin me le feu fait la chaleur. Cette doctrine, admise de .bonne heure pour les adultes, resta longtemps exposée à des doutes quant aux enfants. On ne contestait point que le baptême les purifiât du péché originel; mais on demandait s'il leur com- .muniquait le don de la justice qui consiste dans la charité et dans la foi. — A cette question, plusieurs répondaient négativement (ainsi Pierre Lombard), D'autres disaient que ce don supérieur leur était communiqué en puissance, ou en germe. Thomas d'Aquin enseigna qu'ils le recevaient comme les adultes. « Quia pueri, siçut adulti, in baptismo efficiuntur « membra Christi, inde necesse est quod a capile recipiànt « influxum gratise et virtutis. » Cette opinion fut confirmée par le Concile de Vienne (1311). Nous avons vu que ces croyances étaient tellement générales et ienracinées au xvi^ siècle que l'Eglise anglicane et même l'Eglise luthérienne ne surent pas s'en affranchir complètement. Cependant l'opinion dominante des protestants a été que le baptême n'est, comme la Cène, que le signé, le gage, le sceau des grâces évângéliques.
Ceux qui lui croient une efficacité intrinsèque et propre, s'appuient ordinairement sur Marc XVI, 16 : aCelui qui aura cru et qui aura été baptisé sera sauvé ^ mais celui qui n'aura pas cru sera condamné: », sur Jean III, 5 : « Èi^uii homme ne naît d'exiu
ei d'Esprit, il ne etc. », et surTite III, S '.a II nous asaitvés.., par le baptême de' la régénération (Sict, XouTpoiî TraXiyyeveo-ia;), et par le reriouvellement du Saint Esprit. » — Dans le premier de ces textes le baptême est joint à la foi comme gage.de l'introduction dans l'Eglise et dans la voie du salut, mais c'est sur la foi que porte essentiellement la promesse, selon la doctrine générale du Nouveau Testament; et la dernière partie du pas-, sage le prouverait à elle seule. Le deuxième texte s'explique de la même manière; le baptême d'eau y est joint au baptême d'esprit dont il est la figure, mais c'est sur le baptême d'Esprit ou sur la régénération que le Seigneur fonde ^entrée^ dans le Roya)Lime des Cieux, comme le montre l'ensemble de son discours (v. 3. 6. 7. 8); le fait externe n'est mentionné que comme une image connue du fait interne (1). Ces passages n'ont de valeur que pour établir l'obligation générale, la nécessité ecclésiastique du baptême comme institution symbolique et divine.— Quant au troisième texte, il est douteux que l'expression sur laquelle on insiste, (>vouTpov TiaXiyysveo-îaç), désigne le baptême d'eau; dans tous les cas le signe serait là pour la chose signifiée, d'après la loi commune du langage, ainsi que le démontre . la phrase explicative ou complémentaire « le renouvellement du Saint-Esprit ».
L'opinion qui attache aux rites sacrés une efficacité intrinsèque mérite de nous arrêter un peu plus, car elle se relève au milieu de nous de divers côtés et en divers sens.
' (d) Quelques commentateurs entendent ici par le Royaume des Cieux, l'économie chrétienne, l'Eglise, dont le baptême ouvre en effet la porte ; interprétation trop étroite qui ne lève la difficulté d'un côté que pour la porter sur un autre, car elle rendrait la nouvelle naissance nécessaire même pour entrer dans l'Eglise extérieure. L'opinion d'Olshausen mérite (J'être mentionnée par sa singularité; selon lui, l'eau désigne l'âme pénitente. «De même, dit-il, que, dans la création, l'Esprit est le principe forte mant et l'eau le principe formé, de même dans la nouvelle naissance, . «l'Esprit est le principe créateur et l'eau le principe réceptif, c'est-à-dire « l'âme pénitente et purifiée, qui est en quelque sorte la mère de l'homme «nouveau. » (Comm. swr Sainf /ean).
' Nous pouvons dire d'enibli^eq^u'elle est peu en harmonie avec la doctrine, générale et l'essence même de l'Évangile. Le Nouveau Testament rapporte directement le, salut à la foi et à la conversion, et la foi, la conversion, Isk. création nouvelle à l'Esprit de Dieu ou à sa parole; frappant à ses racines le formalisme pratique comme le formalisme dogjmatii^ue, il va droit aux dispositions intérieures et dépouille de toute. ejOicacité propre les ordonnances et les observances les plus saintes. Les bénédictions attachées à la prière, par exemple, le sont non à l'acte, mais au sentiment qui l'inspire ou qu'il respire ; et ce qui est vrai de la prière, l'est certainement de tout le culte. Sans doute, le sacramentalisme protestant, quel qu'il soit, fait toujours profession de repousser Vopus operatum. Ainsi, la vertu salutaire du baptême, il la fait résider moins dans le rite lui-même que dans le rapport oîi il place avec l'Eglise mystique, corps de Christ, sanctuaire du Saint-Esprit, tabernacle de Dieu au milieu des hommes. Mais ce point de vue, outre qu'il est difficile de lé justifier, a encore quelque chose de trop formel, et par conséquent de trop formaliste. Quand on regarde à l'esprit vital de l'Evangile, à son fond réel et essentiel, on ne peut croh'e que le don de Dieu en Jésus-Ghrit soit ainsi solidaire d'une institution et d'une pratique extérieure, toute vénérable qu'elle est. On sent là une erreur du même genre que celle qui lie les attributions et les vertus du ministère à l'imposition des mains ou à la succession apostolique.
Saint Pierre dit à peu près du baptême (I Pier. III, 21) ce que saint Paul dit de la circoncision (Gai. V, 6; I Cor. VII, 19, etc. ) ; et, ce semble, à bon droit, car si le baptême symbolise la conversion, la circoncision avait, le même sens (Deut. XXX, 6; Rom. Il, 28. 29) ; si le baptême est le sceau de la promesse (Act. X, 47), la circoncision l'était aussi (Rom. IV, 16). Saint Paul fait tout à la fois do la circoncision et du baptême une figure de l'œuvre de GliV-ist en nous. « Cest en lui y dit-il, que vous avez été circoncis, dhpie circoncision faite sans
main et qui consiste à dépouiller le corps des péchés de la chair ^ ce qui est la circoncision de Christ; ayant été ensevelis avec lui par le baptême ^ dans lequel vous êtes aussi ressuscites avec lui » (Col. II, 41. 12).'GeUé sorte d'identification des deux sacrements dit tout à elle seule, personne n'attribuant au premier les effets mystérieux qu'on cherche dans le second ; le symbolisme de l'un constate celui de l'autre. Par delà toutes les distinctions qu'on peut faire, le rapport établi par saint Paul reste significatif et décisif.! Et puis l'expérience montre que les grâces évangéliques ne sont pas sous la dépendance qu'on suppose; car elles font fréquemment défaut chez les baptisés et elles agissent en bien des cas chez les non-baplisés (Quakers, Baplistes). Je sais iju'on pare par divers moyens aux conséquences de ce fait; mais il ne me paraît pas qu'on y échappe complètement.
Il en ;est un autre auquel on regarde trop peu. Jésus-Christ trouva le baptême établi (prosélytes, Jean-Baptiste) et considéré universellement comme un simple symbole de purification ou d'initiation. Tout indique qu'il lui laissa sa signification et sa fin convenues, en on étendant la portée. Il baptisait ou l'on baptisait en son nom (Jean III, 26; IV, 1); lorsque l'œuyre de la rédemption n'étant pas accomplie, VEsprit n'était pas encore (Jean VII, 39), suivant une expression sur laquelle s'appuie l'opinion que nous avons devant nous, lorsque n'étaient pas ouvertes, par conséquent, ces sources de la grâce et de la vie où elle fait communiquer par le haptême chrétien. Eh bien! il n'est dit nulle part que ce baptême différait essentiellement de celui qui suivit la constitution définitive de l'Eglise après la passion et l'ascension du Sauveur, ni que ceux qui l'avaient reçu aient dû recevoir l'autre et qu'aucun d'eux l'ait reçu en effet. A la Pentecôte, les seuls baptisés sont les convertis de ce jour. Or, si le vrai baptême chrétien tirait son efficacité interne de cette grande effusion du Saint-Esprit d'oti naquit le Royaume de Dieu ici -bas, avec ses puissances restauratrices, avec ses saintes et célestes prérogatives, il semble que les anciens croyants,
ceux du moins qui n'avaient point participé aux dons de ce jour, auraient du être appelés ou recourir d'eux-mêmes à ce baptême nouveau, auquel serait suspendu le trésor des çliarismes spirituels. Mais non'; le premier leur suffit. Le seul baptême qui ait été renouvelé est celui de Jean, parce qu'il n'était que préparatoire (Act. XIX, 1-7),
C'est- une donnée tout à la fois historique et dogmatique, qui mérite d'être notée. Elle prouve que si, lorsque tout fiit accompli, le baptême prit, avec tout le reste, une signification plus profonde et plus haute, il n'en demeura pas moins ce qu'il était déjà, c'est-à-dire foncièrement S5'mbolique. N'en ôtons rien de ce qu'y mettent les Livres, mais n'y ajoutons rien. Ne faisons ni du baptême ni de la Cène « des cérémonies vaines et sans effet » ; Dieu y est avec ses miséricordes, Jèsus-Christ y est avec ses grâces; mais n'en faisons pas non plus des énergies occultes, espèces de médiateurs dont dépendraient les dons divins. Tenons-nous.à égale distance de ces théories extrêmes, dont les unes les évident jusqu'à les réduire à de pures formes, qu'elles feraient volontiers disparaître de l'Eglise, tandis que les autres les divinisent et les idolâtrent, par un réalisme plein d'illusions. Prenons-les tels que les fait la révélation, avec les bénédictions qu'ils nous portent comme avec les obligations qu'ils jnous imposent; mais ne dépassons pas rattestation biblique sous prétexte d'en pénétrer ou d'en rehausser le mystère, car rien n'est sûr au delà de ce qu'elle donne formellement.
Dans ce fait divin du Royaume des Çieux reconquérant la Terre par les puissances rédemptrices émanées de l'incarnation, de la passion et de l'ascension du Seigneur, dans ce fait qui touche à l'éternel et à l'infini, il y a mille aspects qu'on peut exprimer par mille images, et chaque direction théologique relevant le côté auquel correspond son idée propre, il naît de là des conceptions différentes, toutes appuyées originairement sur un fond vrai, mais susceptibles de( s'égarer en se développant, et en substituant au réel un pur idé^l.
Le sacramentalisme, objet de ces remarques, est l'antipode da quakerisme. Quoique mystiques l'un et l'autre, ils le sont en sens inverse. L'erreur vient de ce qu'on s'attache trop exclusivement ici aux passages qui relèvent le signe, là à ceux qui l'abaissent, pour faire ressortir la chose signifiée. C'est la misère de l'esprit humain de ne pas savoir embrasser l'ensemble des faits ou des principes, d'exagérer en isolant et de fausser en exagérant. ,
La tendance réaliste a communément son origine dans la confusion des deux fins du baptême, ou de son effet subjectif et de son effet objectif. Comme il ouvre ipso facto l'Eglise visible, le Royaume des Cieux sur la terre, on en est venu à croire qu'il ouvre de la même manière l'Eglise invisible, le Ciel proprement dit; oubliant que le baptême administré par l'homme à l'homme n'est jamais que le baptême d'eau. Toujours, le cœur naturel incline à remplacer le fond par la forme. Ainsi les Israélites ramenaient partout Vopus operatum (Voy. pour les sacrifices Es. I et LXVI, pour la circoncision Rom. II, 28.29). C'est la disposition que les prophètes, le Seigneur, les apôtres leur ont le plus vivement reprochée. Elle s'est reproduite, sous d'autres apparences et dans d'autres conditions, au sein du Christianisme.
Mais aujourd'hui, il importe de le redire, la tendance réaliste dérive de causes plus hautes, et par cela même plus redoutables. Elle a sa racine ou sa raison principale dans les idées que sème de toutes parts l'idéalisme panthéistique des successeurs de Kant : idées, ici conscientes, là inconscientes, respirées, pour ainsi parler, dans l'atmosphère intellectuelle de l'époque et circulant comme des principes axiomatiques, que chacun étend ou restreint à son gré, mais dont presque tout le monde subit plus ou moins l'empire. Le réalisnie sacramentel et le réalisme ecclésiastique, à la fois facteurs et produits l'un de l'autre, vont se greffer sur cette « humanisation du divin », formule ma.gique qui a paru un moment tout expliquer. Sous ce prisme, à travers lequel tout s'envisage, on se représente l'Eglise comme un
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organisme que l'Espiit de Dieu ou l'Esprit de Clirist se crée sur la terre, où le baptême incorpore et rend participant de la nature et de la vie divine. Ces vues, indéfinies mais attrayantes par la lumière qu'elles semblent jeter sur ces sujets mystérieux, par l'appui que leur prête l'esprit du temps, et par celui qu'elles croient trouver dans certaines expressions scripturaires^ se rencontrent à peu près partout, à des degrés et en des sens . divers. Le haut-supranaturalisme s'en pare ou s'en couvre aussi bien que le haut-rationalisnie. Il est clair qu'elles ne valent qu'autant que la métaphysique dont elles dérivent. Or, cette métaphysique, qui perd son prestige dans le domaine de la philosophie, se maintiendrait-elle dans le domaine de la, théologie, avec la lueur factice qu'elle paraît répandre sur les mystères chrétiens?
Quoi qu'il en soit, on ne saurait trop surveiller ce nouveau sacramentalisme, dans lequel trempe la pensée du jour, et qui peut entraîner des conséquences sérieuses. S'il cherche à se faire un fort du caractère d'institution divine que nous avons vu ressortir delà notion scripluraire de l'Eglise, ce n'est qu'en outrepassant la donnée de la révélation et en la changeant par cela même. La distance est grande entre le fait biblique dans son indéteriïiination, et ces hypothèses de l'immanence de Dieu, de l'incarnation continue de Christ, de l'effusion éternelle de son être et de sa vie dans la communauté chrétienne, où l'Esprit est en quelque sorte contenu comme dans un vase et d'où il s'épanche par le canal des sacrements. Encore' une fois, du fait biblique à ces interprétations ou à ces images qu'on s'en forme, il y a loin et fort loin. Nous devons nous tenir au fait, sans plus ni moins, sans; le rendre solidaire ni de la conception déistique, ni de la conception panthéistique, visiblement inspirées l'une et l'autre par des doctrines étrangères.
Un mot encore. Wous avons maintenu l'efficacité mystique du baptême; nous avons parlé de ^grâces, de bénédictions spirituelles qui y sont attachées, en rejetant comme antiévangélique
ropinion socinienne. Si l'on nous demandait quelles peuvent êlre ces bénédictions et ces grâces en dehors d'un certain degré dé sacramentalisme, nous répondrions par les promesses de l'institution, sans prétendre déterminer la manière dont elles se réalisent, la révélation ni l'observation ne donnant rien de positif à cet égard. Il en est du baptême des adultes comme de la Cène, oh les opérations de l'Esprit, quoique positives et presque sensibles, nous demeurent cachées. Quant au baptême des enfants, nous ne comprenons pas quelle en peut être l'action. Mais comprenons-nous mieux la bénédiction de Jésus-Christ quand il leur imposait les mains, ou celles qu'attire la prière que nous faisons en leur faveur? Et à cause de cela, nous abstenons-nous de cette intercession ou doutons-nous qu'elle soit exaucée par Celui qui l'a prescrite?
Sur ces mystères du Royaume des Cieux, allons jusqu'où va la révélation et arrêtons-nous où elle s'arrête. Sachons laisser à Dieu quelques-uns de ses secrets. A cet égard, et à mille autres, la science, comme la piété, a besoin d'apprendre à m.ar cher 'par la foi.
Le baptême est-^il de nécessité absolue?
Cette question dépend de la précédente. Si les grâces de la justification et de la régénération sont attachées au baptême, s'il en est le canal ou l'instrument, s'il les communique par une vertu qui lui soit propre, alors il est d'une nécessité absolue; si au contraire il n'est que le signe, le sceau, le gage de ces grâces, alors il n'est nécessaire que d'une nécessité de précepte et de moyen, toute son importance vient de l'institution divine. Il est obligatoire pour l'Eglise; mais comme on n'est pas sauvé par lui, on peut aussi être sauvé sans lui.
La croyance de la nécessité du baptême pour le salut s'étendit avec celle de son efficacité intrinsèque. On considéra ceux qui mouraient sans le recevoir comme restant sous la condamnation, ou du moins comme privés à jamais des félicités célestes ; seulement on apportait à cette doctrine des restrictions plus ou
moins étendues, des exceptions plus ou moins nombreuses. On inventa les limbes des enfants; on supposa que le martyre,, ou baptême de sang-, tenait la place du baptême d'eau; on fit entrer jen ligne de compte le cas d'impossibilité matérielle, etc., etc.. La foi à la vertu salutaire de ce rite fut cause, tantôt qu'on regarda comme un crime de le retarder, tantôt qu'on le renvoya jusqu'à l'heure delà mort. La plupart de ces idées, avec la doctrine qui leur sert de base, sont restées dans l'Eglise romaine; à peu près universellement tombées dans les Eglises protestantes, elles s'y relèvent çà et là, avec une sorte de sacramentalisme et de traditionalisme mystique.,
Formes du Baptême. — (Question du Baptisme). — Doit-on baptiser par « immersion > ou par « e£fusion }>?— Importance attachée à la question par les Baptistes, qui pourtant ne voient dans le sacrement qu'un symbole. Leurs arguments : 1° exégétique ; 2° historique ; 3° dogmatique.
Doit-on baptiser par immersion ou par effusion?
De nos jours, les baptistes (antipédobaptistes, autrefois anabaptistes) ont donné beaucoup d'importance à cette question, qui devrait en avoir si peu au sein du Christianisme, religion de l'esprit, non de la lettre, et dans des Eglises oti l'on ne considère les sacrements que comme des symboles. On concevrait encore cet attachement servile à la forme du rite et à son mode d'administration chez les personnes qui font du baptême le canal de la grâce, l'instrument du Saint-Esprit, car elles devraient craindre de fermer ou d'obstruer cette source du salut en altérant l'institution primitive. Mais ce n'est pas de ce côté que viennent les scrupules, c'est de la part de ceux qui élèvent le plus le principe de la liberté et de la spiritualité chrétienne. Ce ne sont pas les catholiques, lesj puseystes, les confessionalistes que nous rencontrons ici, ce senties hommes qui sous tous les
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rapports, à pari celui-là, se montrent les adversaires Jes pins prononcés du cérémonialisme. Les baptistes sont au nombre des chrétiens qui ont banni avec le plus de rigidité le rituel du culte (1).
Les baptistes posent l'immersion comme essentielle et obligatoire. Elle est à leurs yeux la forme divinement établie et absolument nécessaire ; là oii elle manque, là n'est pas le vrai baptême, de la même manière que dans les principes du catholicisme et du haut anglicanisme, il n'y a pas de véritable ordination là où n'existe pas la succession apostolique des pasteurs : c'est-à-dire que des deux parts on arrive à faire dépendre le Christianisme tout entier d'une pure formalité extérieure ; ces deux tendances extrêmes, si opposées à tant d'égards, ne se doivent rien sous ce rapport-là. — Le principe des baptistes sur ce point, si secondaire en apparence, les a conduits à des conséquences d'une infinie gravité : i° Les baptistes rigides considèrent les membres des autres communions chrétiennes comme n'étant pas réellement baptisés, par cela seul qu'ils n'ont pas été immergés. 2° Ils les regardent comme en dehors de l'Eglise de Christ et ne croient pas pouvoir communier avec eux. 3" Us accusent toutes les versions de la Bible, autres que les leurs,
(1) Du reste, on peut remarquer ailleurs de pareilles anomalies. Ainsi, par exemple, nous avons en France deux Sociétés bibliques, dont l'une (la Société biblique de Paris) retient les Apocryphes, tandis que l'autre (la Société biblique de France) les rejette. Il semblerait que de ces deux associations, c'est la première qui doit s'occuper spécialement de la dissémination des Ecritures parmi les catholiques, puisque les catholiques considèrent les Apocryphes comme faisant partie du Canon. Or, il arrive précisément le contraire. La Société qui admet les Apocryphes s'interdit toute action directe sur les catholiques, et celle qui s'adresse surtout aux catholiques s'interdit absolument la propagation des Apocryphes, soulevant elle-même Uaccusation de ne répandre que des Bibles falsifiées ou tronquées. — Rien de plus inconséquent qu'une certaine logique ; rien de plus contraire aux vrais principes que certaines exagérations de scrupules. (Là s'appliquerla maxime que « la petite morale tue la grande », et cette ■autre, que « la forme emporte le fond ».)
d'être inexacLeSi au moins dans l'arlicle du baptême, et c'est une des principales raisons pour lesquelles ils ont formé des Sociétés bibliques distinctes. A eux seuls, disent-ils, de répandre la pure parole de Dieu! Ainsi, un fait sans importance réelle quant au fond vital du Christianisme, à pris peu à peu d'immenses proportions, au point de vue dogmatique comme au point de vue ecclésiastique et pratique. Il faut se rappeler sa relation avec d'autres questions pour comprendre le zèle extrême que les baptistes mettent à le défendre et l'esprit de séparatisme et de prosélytisme qu'il leur inspire.
Les baptistes s'appuient sur les raisons suivantes : — d° Le verbe ^a-ït-zC^to, dans sa signification propre et son acception commune, marque l'immersion {aigumenlexégé tique). — 2° Jeaii baptisait par immersion, ainsi firent les apôtres, ainsi fit l'Eglise des premiers siècles, ainsi font les Grecs actuels (argument /^^s/orique). — 3° Les allusions au baptême que nous trouvons dans le Nouveau Testament (Rom. VI, 3-5 ; Col. II, 12), ne permettent pas de douter qu'il ne s'administrât alors de cette manière (argument dogmatique). .
Il serait trop long d'entrer dans les détails d'une discussion que les controverses modernes ont faite si vaste et si compliquée, surtout en Angleterre et aux Etats-Unis, j'en indiquerai seulement les traits et les résultats généraux.
1" Argument exégétique. — Sur le premier point, l'erreur des baptistes consiste à conclure de ce que pairu^^to a quelquefois le sens auquel ils tiennent (II Rois V, 14), qu'il l'a nécessairement et'toujours. — Or, il est dès cas où il ne l'a pas; ainsi Marc VII, 4 : ic Et quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent point sans s'être lavés (làv ]x\ ^<m,xl<7^^iv'z^') » ; Luc XI, 38 : « Mais le pharisien le voyant s'étonnait de ce qu'il ne s'était pas lavé avant le repas (oTi où TzpS>'zoyl^!XTZ'T:i(7^'f\) »; (cf. I Cor. X, 1. 2). Dans ces textes, l'effet de l'immersion ne se montre pas ou n'existe pas. La pensée saillante est celle d'ablution, de lustration, de purification, de quelque manière et sous quelque forme
qu'elle s'accomplisse. Aussi l'auleur de l'Epître aux Hébreux désigne-t-il sous la dénomination générale de paTcuo-p-oi les diverses ablutions légales (Héb. IX, 10).
Ce lie. acception large et spirituelle du terme en est l'acception religieuse, et spécialement l'acception chrétienne. Dès lors, l'idée dominante qu'il exprime, l'idée essentielle et fondanientale, l'idée propl-e est celle de purification) celle d'immersion, quand elle s'y rencontre, n'est qu'accessoire et accidentelle. (De même chez les Pères, le baptême de sang et de larmes, où la purification est la seule chose qu'on pût avoir en vue). L'important, c'est l'acte symbolique, ce n'est pas sa forme, parce que tout dépend, en réalité, non de la cérémonie elle-même etde la manière dont elle s'administre, mais de la disposition intérieure qu'on y porte et de la grâce qui y est attachée. Les mots ^auTtî^w et j^aTCTto-fxa sont employés dans le Nouveau Testament en un sens très étendu. L'envoi du Saint-Esprit est appelé un baptême Matt. III, 11 : (c // vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. » Or, le Saint- Esprit est partout représenté comme répandu, versé {ïv.yo]j.zvoz) (Act. Il, 17. 23) (Gf. Joël II, 28; Ezéch. XXXV, 25), ce qui conduit à l'effusion et non à l'immersion. Et si l'effusion caractérise le baptême d'Esprit, il semble qu'il doit ou qu'il peut du moins en être de même pour le baptême d'eau, qui est le symbole du premier. „
Le premier argument des baptistes n'a donc pas la valeur qu'ils lui attribuent.
2° Argument historique. — Sur le deuxième point, nous reconnaissons que l'immersion (et la triple immersion) a été la forme ordinaire du baptême dans les premiers siècles. « Notre Sauveur, « dit Tertullien, commande aux Apôtres de baptiser au nom du « Père et du Fils et du Saint-Esprit, non pas au nom d'une « seule personne, car nous ne sommes pas plongés une fois « dans l'eau, ^mais trois fois, une fois à la prononciation de « chaque nom (1). ». Un des Canons apostoliques ordonne que
(l).4du. Praxeasj 2&.
l'évêque ou le prêtre qui néglige là triple immersion soit déposé. Cette triple immersion est mentionnée aussi par Jérôme, Basile, Chrysostôme, etc.. D'autres permettaient et pratiquaient l'immersion simple, en se fondant aussi sur des idées dogmatiques. « Avec une foi identique, dit Grégoire le Grand, des usages « différenls dans l'Eglise ne blessent pas. Ainsi, comme il n'y a « qu'une seule essence divine en trois personnes, on n'est point «blâmable de plonger l'enfant dans l'eau une seule fois ou « trois fois; car de même que parles trois immersions on repré- « sente les trois personnes, de même par l'immersion simple on « représente l'unité de l'essence. ». L'auteur le plus ancien qui parle du baptême par effusion comme- d'une pratique commune, est Gennade de Marseille^ au v^ siècle, qui dit que de son temps, dans la Gaule, on employait indifféremment l'effusion ou l'immersion. Au vui" siècle l'effusion fut généralement adoptée dans l'Eglise occidentale^ sans l'être pourtant universellement. Erasme nous apprend qu'à l'époque où il vivait tandis qu'on aspergeait en Hollande, on immergeait en Angleterre, comme continue à le faire l'Eglise d'Orient. Pendant longtemps l'effusion se répétait aussi trois fois (concile d'Angers au iii^ siècle).
Mais peut-on conclure de là que l'immersion soit la forme primitive absolue et, par suite, la forme obligatoire du baptême, la seule que les fondateurs du Christianisme aient employée et la seule légitime? On a nié qu'elle ait été pratiquée dans aucun des cas du Nouveau Testament. Et s'il est difficile de ne pas la voir dans quelques passages comme Matt. III, 6. 16 ; Jean III, 23 ; Act. VIII, 36, il est tout aussi difficile, pour dire le moins, de la supposer dans d'autres, comme Act. H, 41 (les 3.000) etX, 48 (Corneille) et XVI, 30-33 (geôlier de Philippes). Il est plus que probable qu'allâchant peu d'importance au mode extérieur du rite, on le modifiait alors selon la nécessité des circonstances; les faits semblent l'indiquer, et l'on peut d'ailleurs le conclure du principe de spirifdalilé qui domina la conduite, aussi bien que la doctrine des premiers prédicateurs de la foi, et
qui frappait jusqu'aux apparences de formalisme et de cérémonialisme (Jean IV, 2; I Cor. I, 17). Ce n'était pas Jésus-Christ qui baptisait, c'étaient ^Çi% ài\%f^v^\çi%.i<. Ce n^e&t pas pour baptiser « que f ai été envoyé^ dit saint Paul, mais pour prêcher TEvan- (n gile, » Evidemment, dans l'esprit du Christianisme, ce n'est pas à la vertu ou à la forme du rite qu'il faut regarder, c'est à la puissance de la Parole et de la grâce, par conséquent aux dispositions d'esprit et de cœur. On comprend aisément qu'on ait peu à peu supposé à l'immersion une vertu particulière, à mesure que le pur esprit de l'Evangile s'altère dans l'Eglise et qu'on cherche une mystérieuse efficacité à toutes les pratiques religieuses. Cependant, à l'époque même où l'immersion était environnée du respect le plus profond et le plus général, elle souffrait encore des exceptions. On en dispensait, par exemple, lès prisonniers, les malades (x)vwtxot.) et autres. Constantin fut baptisé par aspersion; Clovis par effusion. Ce baptême était universellement tenu pour valide (1). Toutefois, on -lui attribua pendant un temps moins d'efficacité et de sainteté qu'au baptême où l'on « était lavé en entier de l'eau du salut (2) ». On distinguait par le nom de « x)^tvuot » ceux qui Tavaient reçu et on les excluait des ordres sacrés. Cela s'explique par les idées de l'époque. Mais le fait reste toujours, en preuve que l'immersion n'avait pas été posée dès le principe comme nécessaire et obligatoire, puisqu'on s'en écartait en certains cas. En outre, aux époques mêmes où elle était le plus exaltée, le caractère dominant et constitutif du rite, dans la doctrine ecclésiastique, est celui Aq purification^ ainsi que dans le Nouveau Testament. Quelque attaché qu'on soit à la forme extérieure, c'est de la signification mystique qu'on se préoccupe surtout. Le baptême est appelé Xourpov, xa8api(T[ji.oç, ayvt<T[Ao<;, etc., purgatiOj lavatio, etc. C'est par là que les Pères expliquent le baptême du Saint-Esprit, le
(1) Cyprien. Ep. 69.
(2) M. îbid.
baptême dès larmes, le baptême de sang, et une foule de textes de TEcriturô. Et c'est de cette vue fondamentale, restée toujours dans VEg-lise, qu'est venue la pratique générale de l'Occident, où l'effusion a remplacé peu à peu l'immersion ;^ car, dès qu'on fait de la purification le point essentiel et central, la forme perd son importance ; elle peut se modifier sans inconvénient, selon les temps, les lieux, les personnes. La seule chose nécessaire est le caractère sacramentel de la cérémonie, et, dans le monde occidental, elle le conserve pour ceux-là mêmes qui y attachent les plus hautes influences salutaires (catholiques).
3" Argument dogmatique , — Les baptistes insistent en s'attachant à des passages tels que Rom. VI, 3. 4. et Col. Il, 12. Là, disenf-ils, le mode du baptême est formellement donné, en Jinême temps que son sens intérieur et son but spirituel: le baptisé est représenté comme enseveli avec Christ Qi ressuscité avec lui; cela ne pouvant s'entendre que de. l'immersion, prouve, sans réplique, qu'elle était alors universellement pratiquée et, par. cela même, divinement établie. « J'apprécie si fort la preuve M fournie par ces textes, dit Carson (1), que je les regarde « comme pleinement décisifs. Dieu nous y donne lui-même « l'explication de son ordonnance. » ^
Quand il serait positif (et il ne l'est pas) que le fait de l'immersion est là attesté, tout ce qui en résulterait c'est que saint Paul a pris, parmi les pratiques alors usitées, celle qui rendait plus sensible celle mort du vieil homme et cette naissance de l'homme nouveau, effet nécessaire de l'union avec Christ par la foi; il ne s'ensuivrait nullement qu'il la déclare indispensable et obligatoire, en la faisant seule légitime. Il ne dit pas un mot" de cela. Et l'esprit des passages cités, comme l'esprit général de l'Evangile, ne permet pas de lui supposer une telle doctrine. Que veut-il établir Rom. VI. 3.4? C'est l'incompatibilité de la juslification avec la persévérance dans le mal. Et il le fait en
(l)Théolog. des Etats-Unis. -^ ^
* DU CULTE ET DES SACREMENTS 4o9
montrant que la foi justifie et régénère tout ensemble, parce qu'en faisant participer spirituellement à la mort de Christ, elle fait participer aussi à la résurrection et jette dans l'âme les racines de la vie céleste. Voilà le fond de sa pensée et lé fort de son argument, qui revient chez lui à des points de vue très divers (Eph. II, 1-7; Col. III, 1-4). L'allusion au baptême n'est qu'accessoire; c'est une simple image.
L'interprétation baptiste fait porter toute la force de la déclaration sur le rite extérieur ou même sur la forme. Il est inutile de dire combien de telles vues sont peu en harmonie avec l'esprit du Christianisme. Elles auraient quelque couleur dans l'opinion que les sacrements possèdent une vertu intrinsèque et qu'ils versent d'eux-mêmes la grâce dans les âmes ; car alors la forme pourrait emporter le fond. Mais les baptistes professent hautement à cet égard les principes de la Réformalion.
En dernier résultat, le Nouveau Testament ne prescrit rien, ni directement ni indirectement", sur le mode du baptême; ainsi qu'on pouvait s'y attendre d'après la nature toute spirituelle du Christianisme. Le sens et le but de l'acte sont l'essentiel, là formé est en soi indifférente (Jean XIII, 9 ; Rom. XIV, 17). L'Evangile étant destiné à conquérir le monde entier., ses rites obligatoires ont dû être établis de manière à pouvoir s'accomplir dans tous les temps et dans tous les lieux. Que l'immersion ait été pratiquée dès l'âge apostolique, nous l'accordons sans peine ; mais plusieurs faits indiquent que l'etfusion-Je fut également, et c'est à cause de cela qu'elle s'est toujours conservée, malgré les opinions superstitieuses des âges sui vants.
Il est triste que, par des scrupules excessifs, on introduise ainsi le cérémonialisme dans l'Eglise en rompant la communion des disciples. On s'appuie sur un principe infiniment recommandable en soi : le respect des coutumes primitives, l'imitation des temps apostoliques; mais 1° il est plus que douteux, nous l'avons vu, que ce principe soit applicable ici, puisque tout semble démontrer que le baptême s'administra, au commence-
ment, des deux maniëres; 2» quand il n'en serait point ainsi, c'est l'esprit de l'exemple des apôtres, comme de l'exemple de Jésus-Clirist, qii'il faut suivre, ce n'est pas la lettre ou la forme extérieure. L'imitation servile est en désharmonie avec les tendances du Nouveau Testament, qui prescrit à la fois la liberté et la fidélité. La plupart des baplistes le reconnaissent, en dehors des préoccupations de la controverse. Ils s'écartent de l'institution primitive de Teucharistie (les apôtres la reçurent après le repas, assis ou couchés) ; ils négligent l'ablution des pieds (Jean XIII, 4 S), l'onction des malades (Jacq. V, 14), les agapes, le baiser fraternel (Rom. XVI, 16). Ils ne se font pas scrupule de manger du sang ou des viandes étouffées (Act. XV), de porteries cheveux longs ou courts (I Cor. II, 10), etc., etc., quoiqu'on ait sur ces points des préceptes et des exemples tout ensemble (1).
La forme du baptême, comme celles de la Sainte Cène et du Culte, tombent sous la juridiction de l'Eglise. Ce sont là des points qu'elle doit régler par son pouvoir disciplinaire, et c'est une obligation pour les fidèles de se soumettre à ses ordonnances, aussi longtemps qu'elles ne blessent pas la conscience chrétienne et qu'elles ne compromettent nullement la foi et la vie spirituelle. Car il y a une limite, et nous l'avons posée ailleurs, au delà de laquelle la tolérance deviendrait une infidélité, et la soumission aux hommes une révolte contre Dieu. Ainsi, par exemple, je puis prendre indifféremment dans la Sainte Cène du pain sans levain ou du pain levé ; je puis la recevoir debout dans une église presbytérienne, ou à genoux dans une église anglicane, tandis que je ne pourrais consentir à adorer le sacrement avec les catholiques. On a, sans doute, le droit de combat-^
(1) Du reste, quelques petites sectes ont cru obligatoire de rétablir ces anciens usages (Sardemaniens, Baptistes écossais, etc.). C'est là, en effet, que conduit le principe de l'imitsltion rigoureuse des pratiques apostoliques ; mais c'est par là aussi qu'il se jugerait lui-même, s'il n'était jugé déjà par l'esprit général du Nouveau Testament.
Ire les ordonnances ecclésiastiques qu'on juge mauvaises pour les faire, modifier ou changer, mais tant que l'Eglise les maintient et qu'elles ne touchent point aux choses essentielles, on doit les observer. C'est, je crois, le vrai principe chrétien en cette matière. — On pourrait, du reste, en faveur des consciences faibles, suivre ici la règle prescrite par saint Paul relativement aux viandes et aux fêtes (Rom. XJ.Vet XV). Pourquoi nos Eglises, dans l'intérêt de la paix et de l'union, n'accorderaient-elles pas l'immersion à ceux qui tiennent à cette forme, s'ils consentaient, comme ils le devraient, à ne la demander que pour eux et à ne point condamner ceux qui la considèrent comme indifférente,^ s'ils la pratiquaient sans vouloir l'imposer, usant envers les autres du support qu'on aurait à leur égard ?
■PÉDOBAPTISME. — Autorisé par le même principe qui autorise le multitudiuisme : l'argument dogmatique; 2° argument historique: aj pris des circonstances et des indications apostoliques (Textes) ; b) pris de la tradition (Tertullien, Cyprien> Origène, Augustin, etc.)* — Réponse aux objections. — L'importance attachée à cette question tient aux discussions sur la constitution de l'Eglise . — Autres questions se rattachant au baptême.
Doit-on, ou peut-on baptiser les enfants ? Cette question, que les préoccupations ecclésiastiques de nos jours rendent si grave, est déjà résolue pour nous, d'après l'un des caractères ou des éléments constitutifs de l'Eglise. Nous avons vu que, par sa base supramondaine, l'Eglise peut être midtitudiniste, et que, par sa destination j elle doit Têtre. Elle l'est dans les paraboles qui la prophétisent : elle le fut dans sa formation, s'ouvrant à qui voulut entrer (Act. Il) ; elle le fut dans sa composition première (Epîtres). Or, du mullitudinisme, le pédobaptisme. Aussi les adversaires de ce dernier le sont-ils également du premier*
Mais examinons la question au point de vue sous lequeF elle est ordinairement envisagée et discutée. -- Le Nouveau Testament n'a non plus rien de formel sur ce point; et ce silence inême était un enseignement si l'on avait su le comprendre. — ■ TertuUien condamne le pédobaptisme ; ainsi firent plus tard les Manichéens ; dans le \Moyen Age, les Pélrobussiens et certains Albigeois ; et à la Reformations les Anabaptistes ; ainsi font aujourd'hui les Baptistes, dans leurs diverses directions théologiques et ecclésiastiques. — L'opinion contraire a universellement prévalu. Parmi les arguments sur lesquels on la légitime, nous en indiquerons seulement deux, l'un dogmatique, l'autre historique.
io Argument dogmatique. — La circoncision, signe d'admission chez le peuple ancien, sceau de la justice qui vient de la foi (Rom. IV, il ; Gai. III, 17. 18), symbole de la régénération (Deut. XXX, 6; Jér. IV, 4; IX, 26; Rom. II, 28. 29), dont le sens spirituel était à tous ces égards le même que celui du baptême, qui l'a remplacée (Col . II, H), la circoncision était donnée aux enfants ; n'est-il pas naturel d'en conclure que les enfants peuvent et doivent recevoir aussi le baptême? Le raisonnement analogique conduit là manifestement. — On dit, il est vrai, que le Nouveau Testament lie la foi au baptême (Marc XVI, 16 ; Matt. XXVIII, 19) (1). Mais, pour les adultes, il en était
(1) Les Baptistes insistent particulièrement sur ce dernier texte où ils font remarquer que le Seigneur prescrit d'abord di! enseigner ei ensuite de baptiser. Mais, nous l'avons vu, pa0>iTeO<7aT6, qu'on traduit par enseignez, signifie proprement : faites de toutes les nations des disciples, en d'autres termes, appelez-les au Christianisme, convertissez-les. Nous pouvons distinguer ces trois préceptes, dans l'ordre du' Seigneur : 1<» attirez les hommes à la foi ou, selon l'expression de saint Marc, prêchez l'Evangile, la Bonne nouvelle, à toute créature ; 2° introduisez-les dans l'Eglise parle rite d'initiation; 3° instruisez-les ensuite plus en détail des doctrines chrétiennes (v. 20). « Convertissez (f*ae>3T...) toutes les nations les baptisant.., et leur enseignant à garder tout ce que je vous ai commandé. » — Ce texte n'a rien, au fon~d7'dje ce qu'en tirent les Baptistesi
de même de la circoncision. Cela n'en excluait pourtant pas les enfants. — Ce qu'on ajoute, que le baptême administré aux enfants n'a ni sens, ni but, ni effet, pouvait se dire également de la circoncision, et, cependant la circoncision des enfants était ordonnée. — Si l'on insiste, en s'appuyant sur ce qu'il n'existe pas de pareil précepte pour le baptême, nous répondrons que c'est assez que cet ordre n'ait point été formellement révoqué pour légitimer l'induction qu'en a tirée l'Eglise universelle; il demeure comme preuve que les enfants peuvent être admis dans l'Alliance ou dans l'Eglise de Dieu par le rite nouveau, comme ils l'étaient par le rite ancien, et que leur âge né crée pas les empêchements dirimants dont on parle.
1^ Argument historique. — Mais plaçons-nous au centre des idées [et dès coutumes au milieu desquelles vivaient les apôtres pour essayer de comprendre comment ils entendaient le commandement : « Allez... amenez à moi toutes les nations, etc. » (Matt. XXyiII, 19). Les apôtres étaient Juifs; les enfants des Juifs: étaient circoncis; ceux des prosélytes, alors très nombreux, l'étaient en même temps que leurs pères, et non seulement ces prosélytes étaient circoncis avec leurs enfants en entrant dans le Judaïsme, mais ils étaient de plus baptisés les uns et les autres. Ces faits, universellement connus et respectés^ ne conduisaientils pas les premiers évangélisles et les premiers croyants, tous judéo-chrétiens, à considérer le sacrement de la Nouvelle Alliance comme appartenant aussi aux enfants, lorsqu'aucune explication contraire n'était donnée, lorsque surtout divers traits de l'enseignement dii Sauveur indiquaient qu'il voulait ouvrir à l'enfance son Royaume ou son Eglise (Matt. XIX, 13.14 ; Marc X,; 13.14; Luc XVIII, 15.16). Ces petits enfants (ppécpT), selon, saint Luc), que Jésus appelle à lui, ne pouvaient certes comprendre sa parole (ce qui fait tomber l'objection principale dirigée contre le pédobaptisme) ; il veut cependant qu'on les lui conduise, et il leur impose les mains, et il prie pour eux, et il les bénit. Ces traits, si touchants, n'autorisent-ils pas, ou, pour mieux
dire, n'obligent-ils pas les parents chrétiens à lui consacrer leur jeune famille? Est-il possible que le cœur d'un père et d'une mère fidèles ne trouve pas là un devoir sacré? C'est à tel point que beaucoup de ha.]^ihies présentent leurs enfants au Seig^neur immédiatement après leur naissance, c'estrà-dire qu'à part l'effusion de l'eau, ils font ce que nous faisons et qu'ils nous reprochent. L'esprit de ces passages est certes tout en faveur du pédobaptisme ; s'ils n'en parlent pas, ils y portent et y poussent, par cette logique du cœur ou de la conscience, plus forte et plus sûre que celle de la science.
D'après leurs idées et des analogies toutes naturelles, les apôtres devaient donc prendre en ce sens la parole de Jésus. Voyons s'il n'y a rien dans leurs écrits qui nous montre qu'ils l'ont ainsi entendue. — Le jour de la Pentecôte, saint Pierre, en exhortant ceux qui l'écoutent à se faire baptiser au nom de Jésus-Christ, leur annonce que la promesse est pour eux et pour leurs enfants (Acl. II, 38.39). Comment interpréter cette déclaration, adressée par un Juif à des Juifs, quand on la rapproche de celle du Seigneur à Abraham (Gen. XVII, 7-10)? La parité des termes dans les deux promesses, ou, pour parler plus exactement, dans les deux promulgations de la promesse, ne devaitelle pas faire supposer la parité des privilèges sous les deux Alliances, et, par conséquent, le droit des enfants à recevoir sous l'une comme sous l'autre le sceau de la justice de la foi (Kova. IV, H)? Cette induction était d'autant plus naturelle que runi*versalisme chrétien né permettait certes pas de croire que le privilège accordé sous le particularisme juif, eût été restreint dans l'Eglise. Si donc le texte ne donne pas formellement le pédobaptisme (puisque le terme d' « enfants » peut s'y entendre dansle sens général de postérité), il semble pourtant l'impliquer et l'autoriser. — Saint Paul déclare (I Cor. VII, 44) que les enfants des chrétiens soni saints ^ et qu'ils le sont là même où l'un des parents est païen, parce que le mari fidèle sanctifie la femme infidèle, et la femme fidèle le mari infidèle : expressions qu'on
ne peut appliquer qu'à cette sorte de pureté légale, de sainteté extérieure qui distinguait le peuple de Dieu de tous les autres, suivant le sens judaïque des mots avioç et àxàSap-roç (Act. X, 28; II Cor. VI, 17). Or, l'Eglise est, au point de vue chrétien, ce peuple de Dieu, cette nation sainte (I Pier. II, 8) séparée du monde. Et si les enfants appartiennent à l'Eglise, ils ont évidemment droit au baptême qui en ouvre les portes.
Ces paroles des apôtres s'expliquent encore et se confirment parleurs actes, quoique les actes restent indéterminés comme les paroles. Ils baptisaient les familles entières des convertis : Lydie fut baptisée avec sa maison (Act. XVI, dS), le geôlier de Philippes avec tous les siens [y. 33), de même Stéphanas (IGor. I, 46). — Il est possible, dit-on, qu'il n'y eût pas là d'enfants. Oui, mais il est possible qu'il y en eût, et il reste toujours que les auteurs sacrés ont choisi l'expression la plus large et qu'ils l'ont employée sans limitation ni correctif, ce qui serait certes fort extraordinaire si dans leur pensée le pédobaptisme eût été illicite. Supposez des missionnaires, dont nous voudrions connaître l'opinion au sujet du baptême, d'après une courte relation de leurs travaux où ce point ne serait pas directement traité. Si nous y trouvions ces deux ou trois traits, qu'ici ils ont baptisé la maison d'un chef, là une personne avec toute sa famille, ailleurs une autre avec tous les siens; qu'en conclurions-nous ? rangerions-nous ces missionnaires parmi les baptistes ? (1) — Or, c'est exactement le cas du Nouveau Testament, avec cette circonstance capitale qu'il importait d'autant plus de s'expliquer alors sur le baptême des enfants, si on l'eût rejeté, que les principes et les usages juifs conduisaient à l'admettre, d'après le rapport manifeste, et plusieurs fois marqué d'ailleurs (Col. II, 12) entre le rite ancien et le rite nouveau.
Passons à un autre ordre de considérations.
L'histoire nous montre de bonne heure la pratique du pédo-
(1) Voy. Wood : Lectures on infanf s baptism,
baplisme dans l'Eglise, et quoique, sur ce point comme sur tant d'autres, nous n'ayons pas pour les premiers temps des documents précis, des attestations directes et formelles, tout conduit à croire que cette pratique remonte jusqu'à l'âge apostolique. Justin et Irériée semblent y faire allusion (1). TertuUien la révèle en la combattant (2).
Origëne la représente comme générale et comme venant des
(1) Justin parle de gens de 60 et de 70 ans qui avaient été faits disciples dès leur première enfance, ex 7:ai§o)v £fAa9>jTgu9>î(j3tv. (Apologie). — Irénée dit : « Omnes venit per semetipsum salvare, qui per eUm in Deum renas- « cuntur, infantes et parvulos et pueros, infantibus infàns factus, parvuiis « parvulus. » {Hœres. Liv. II, ch. 39). Il est difficile de ne pas voir sous de telles déclarations le baptême dés enfants, quand on se rappelle les idées exagérées de régénération et de salut attachées déjà alors à ce rite. La nouvelle naissance représentée comme le partage des petits enfants (infantes), indique, selon toute apparence, ce qu'on nomme la régénération baptismale. Nous reconnaissons du reste que ce' témoignage est trop indirect, trop indéfini, et par là trop incertain, pour qu'on puisse s'y appuyer avec quelque assurance. Remarquons pourtant que la croyance, répandue de si bonne heure, à la vertu mystique du baptême prouve que l'ancienne Eglise était loin de pencher vers l'opinion baptiste qui veut que l'œuvre de la foi et de la grâce précède le sacrement, « Une Eglise qui en principe « n'administrerait le baptême qu'à des régénérés ne pourrait pas tomber « dans l'idée de la régénération baptismale, et si l'Eglise primitive y est si « promptement arrivée, c'est que sans doute son point de départ était « autre que celui des. baptistes modernes » (M. Clément : Etudes bibl. sur le baptême, p. dll.)
(2) « Suivant là condition des personnes, leurs dispositions ou leur âge, « il est plus utile. de renvoyer le baptême, surtout en ce qui concerne les « enfants. Qu'est-il nécessaire, en effet, d'exposer les parrains (sponsores) « au danger ou d'être empêchés par la mort de tenir leurs promesses^ ou « d'être déçus par le développement de mauvaises inclinations? Mais lé « Seigneur a dit : Ne les empêchez pas de venir à moi. Qu'ils viennent donc « à mesure qu'ils grandissent, qu'ils viennent à mesure qu'ils sont ensei- <c gnés et qu'ils savent mieux où ils vont; qu'ils deviennent chrétiens « lorsqu'ils seront en état de connaître Christ. Qu'y a-t-il qui presse cet « âge innocent de recevoir la rémission des péchés?... Lies motifs de «renvoyer ne sont pas , moins ; considérables pour les personnes non « mariées, à cause de la tentation. Qu'ils attendent donc (jeunes gens et « veufs) jusqu'à ce qu'ils soient ou mariés ou fortifiés par la continence. « Si l'on savait combien le baptême est chose grave, on redouterait bien
apôtres (i). Elle est mentionnée en termes tout aussi exprès par Cyprien (2), Optât, Grégoire de Nysse, Grégoire de Na-
« plus de le hâter que de le différer. > (De baptismo, Cap. 18. — Traduct. du Professeur Jalaguier). — Ce passage a été souvent allégué contre le baptême des enfants, parce qu'il le condamne, mais ce n'est pas l'opinion personnelle de TertuUien qui importe ici, c'est le fait, c'est l'usage qu'il atteste. Or ce fait est positif, on baptisait les petits enfants (parvulos), c'était la règle qu'ils fussent présentés par des parrains (sponsores) ; on légitimait l'usage établi par cette parole du Seigneur : Laissez venir, etc.. Si TertuUien l'attaque, ce n'est pas par des arguments historiques ; il ne l'accuse ni d'innovation ni d'illégitimité ; il n'en appelle pas pour le renverser aux traditions et aux coutumes apostoliques, sur lesquelles, de même que tous les anciens Pères, il aimait tant à s'appuyer. Il ne raisonne que sur des considérations morales. Aussi les mêmes motifs qui lui font déconseiller le baptême des petits enfants, lui font-ils déconseiller également celui des jeunes gens et des jeunes personnes, des veufs et des veuves. Sa maxime fondamentale est que le retard du baptême est salutaire à tous. « Pro cujusque personna? conditione ac dispositione, etiam « œtate, cunctatio baptismi utilior est. » Evidemment ce ne sont pas les principes de l'antipédobaptisme de nos jours qu'il pose et qu'il défend, ce sont des principes tout autres ; on sent dans ses paroles la croyance, déjà répandue et bientôt universelle, de l'efficacité intrinsèque du baptême ; il, craint qu'on n'en perde les fruits salutaires en lé recevant trop tôt et qu'on ne puisse plus les recouvrer. D'ailleurs, répétons-le, il faut distinguer deux choses dans ce passage fameux, l'opinion particulière de TertuUien et son témoignage ; son opinion s'explique aisément, et son témoignage'reste comme preuve décisive de l'existence de notre pratique dans les temps primitifs; l'institution des parrains montre qu'elle était déjà ancienne, puisqu'elle était réglementée.
(1) Origène, né en 185, connaissait parfaitement l'EgUse. Il avait vécu à
Alexandrie, à Rome, en Grèce, en Cappadoc'e, en Arabie, en Syrie, en
Palestine. Il parle à diverses reprises du baptême des enfants, et toujours
incidemment, comme d'un fait reconnu, incontesté, qu'il ne se donne pas
la peine d'établir, quoiqu'il y appuie très souvent son argumentation et sa
doctrine. Il suffira de citer une ou deux de ses paroles : « Quia per bap-
u tismi sacramentum nativitatis sordes deponantur, proptereabaptizantur
(i et parvuli » [Hom. sur Luc XIV). « Pro hoc et ecclesia ab apostolis tra-
« ditionem suscepit, etiam parvulis baptismum dare » (In Ho wia) (Voy.
■ aussi Hôm. 8° sur Lév. XII),
(2J Voici ce qu'il écrit à l'évêque Fidus en lui transmettant l'avis du Synode de Carthage (an 253) : « Quantum vero ad causam intantium perti-
468 OUATRIÈME PARTIE
ziance (1), Ambroise, Chrysostôme, Augustin, etc., etc., ne sont pas moins formels. Ce dernier, comme Origèhe, appelle le pédobaptisme une « tradition apostolique », une « coutume universelle » ; il s'en sert constamment dans ses controverses, surtout avec les Pélagiens, dont la conduite mérite d'être remarquée^ Le baptême des enfants les gênait beaucoup d'après les idées qu'on se formait alors de ce rite et la vertu mystique qu'on y attachait universellement. On s'en servait depuis longtemps pour prouver le dogme ecclésiastique auquel ils étaient le plus hostiles, le péché originel (Origène, Cyprien, etc.). Cependant, au lieu de s'attaquer au pédobaptisme, ils l'admirent au contraire, malgré la nécessité où il les plaçait de se jeter dans des hypothèses étranges pour en rendre compte dans leur théorie. Ainsi, distinguant entre la vie éternelle et le Royaume des Cieux, ils disaient que l'enfant obtient bien la vie éternelle par sa pureté native, mais qu'il n'obtient le Royaume des Cieux que par le baptême qui élève l'homme à une existence morale plus haute que celle qu'il possède naturellement; ou bien ils disaient que le baptême administré dans la première enfance était comme une provision de grâce, qui s'appliquait aux péchés commis plus
« net, quos dixisti intra secundum vel tertium diem quo nati surit, cons- « titutos baptizari non opportçre ; et considerandum esse legera circum- « cisionis antiquse, ut intra octavum diera, eumqui natus est baptizandum « et sanctifîcandum putares, longè aliud in concilie nostro visum est. In « hoc enimquod lu putabas esse faciendum nemo consentit, sed universi « potius judicavimus nulli hominum nato misericordiam. et gratiam dene- « gandum, etc. » Ainsi, dans les lieux mêmes où Tertullien avait enseigné, son opinion était loin d'avoir prévalu. Tout ce qu'un des évéques d'Afrique demande, c'est que le baptême soit renvoyé au huitième jour après la ■ naissance, et le concile de Carthage repousse unanimement cette proposition.
(1) Il veut, à la vérité, qu'on diffère le baptême des enfants jusqu'à l'âge de trois ans, se fondant sur le danger de le leur administrer plus tôt. (Considération hygiénique). Autre opinion particulière, étrangère à la question du pédobaptisme. — Cette cbutunie est pourtant restée en Orient,, chez les Géorgiens qui ne baptisent pas avant l'âge de trois ou quatre ans.
tard. N'élait-il pas plus simple de nier l'ancienneté et l'apostolicité de cette pratique, si c'eût été possible? Ils ne le firent pas, et personne ne paraît l'avoir fait dans les premiers siècles. L'argument historique est donc aussi formel qu'on ptiisse le désirer.
On a dit, il est vrai, que le pédobaptisme était né des opinions sur l'efficacité du baptême et de sa nécessité pour le salut. Mais peut-être serait-il plus exact de dire qu'il contribua luimême à développer ces opinions. Dès qu'on supposait, et on le fit de bonne heure (Origène), qu'il purifiait les nouveau -nés delà souillure originelle, on devait en conclure aussi qu'il effaçait tous les péchés. Du reste, ces idées, dont les germes se montrent dès les premiers temps de l'Eglise, portèrent tantôt à hâter le baptême (Cyprien), tantôt à le retarder (Tertulliën). Le principe une fois posé, on en inféra, ici qu'il fallait recevoir l'eau régénératrice au plus tôt, de peur de s'exposera perdre le salut, là qu'il fallait remettre le plus possible, de peur de s'exposer à perdre la grâce qu'elle confère.
En résumé, le baptême des enfants a pour lui des données scripluraires et historiques qui le légitiment; il est une des cérémonies les plus touchantes, quand l'esprit chrétien y préside; il symbolise, aussi bien que celui des adultes, les vérités et les grâces évangéliques ; il rend Téducalion religieuse de l'enfance en quelque sorte plus obligatoire et plus j^sainte; l'Eglise ne l'accorde que sous la responsabilité des chefs de famille et des parrains ; et elle en fait renouveler le vœu à la première communion.
Nous sommes donc pleinement autorisés à le retenir.
L'Ecriture n'ayant rien déterminé sur l'époque, non plus que sur la forme de ce rite religieux, on ne peut que s'étonner et gémir des divisions auxquelles ces points secondaires ont donné lieu.
Il convient de rappeler ici que l'importance attachée aujourd'hui â cette question tient généralement à d'autres causes que
sa valeur propre. Elle a son origine et sa base réelle dans les discussions relatives à la constitution de l'Eglise. Le puritanisme, ou l'individualisme conséquent, conduit, par une nécessité logique, à l'antipédobaptisme en conduisant à l'antimultitudinisme. Les anabaptistes du xvi° siècle sentirent qu'il fallait aller jusque-là et ils n'hésitèrent point/ Les indépendants y sont arrivés peu à peu ; et tous les systèmes séparatistes y tendent. Si l'Eglise n'est que la communion des saints ou la libre association des croyants, si l'on n'en devient' membre que par une adhésion volontaire et réfléchie, le baptême des enfants est une grossière anomalie, un véritable non-sens. Les. principes individualistes mènent nécessairement à cette conclusion. Mais en face dés croyances si anciennes et si universelles qu'elle heurté, cette conclusion ne semble-t-elle pas indiquer que les principes dont elle sort recèlent quelque erreur? D'un autre côté, les partisans et les.promoteurs .de ces principes ne devraîent-" ils pas éprouver certains scrupules? carils font généralement leur fort de la conscience chrétienne, et s'il est une pratique que la conscience chrétienne ait inspirée, légitimée, consacrée, c'est bien celle qu'ils .sont conduits à çévoquer en db'ute et à battre en ruine. Récuser la conscience sûr certains points, c'est infirmer son autorité sur tous. . •
Bien d'autres questions se rattachent au baptême. On a demandé :
i° S'il peut être administré par un laïque? —L'opinion commune est qu'il peut l'être dans les cas de nécessité. Cette opir nion, qui remonte à Tertullien, fut générale aux époques où l'on considéra le baptême comme absolument essentiel au salut. Elle est restée dans l'Eglise romaine qui accorde le droit de baptiser, .en ces cas-là, même aux sages-femmes et aux infidèles (hérétiques, Juifs, etc.), pourvu qu'en le faisant, ils aient l'intention de faire ce que fait l'Eglise (1). Elle a été admise à quelque degré
(i) Catéch, de Trente, II» partie, l"^,^.
par les Luthédens et les Anglicans. Les presbytériens (Calvinistes) l'ont rejetée, et parce qu'elle tend à nourrir de fausses notions sur la vertu intrinsèque du baptême, et parce qu'elle peut porter atteinte à l'ordre de l'Eglise en empiétant sur les attributions du clergé; car il y a toujours eu des personnes, comme les Marcionites, les Montanistes, les Anabaptistes, etc., et aujourd'hui les Plymoulhistes, qui ont contesté sous ce rapport ou même à tous égards les droits et les privilèges des pasteurs.
2°Le baptême doit-il être réitéré? — LesMendéens (chrétiens de saint Jean^hemerobaptistes) ont un baptême.quotidien. On dit que Marcion baptisait deux et trois fois. Dans les premiers siècles, on discuta vivement sur le baptême des hérétiques. Les Africains et les Donatistes, en particulier, rebaptisaient (1). Les Ariens le fir,ent aussi. Les Anabaptistes le firent plus tard; les.Baptistes le font aujourd'hui. Depuis le V^ siècle, l'opinion générale est que le baptême est valide, et qu'il ne doit point être renouvelé dès qu'il a .été administré selon la formule évangéliqûc. Act. XIX, 5 n'est point contre cette opinion.
30 Que penser de l'institution des parrains? — Quoiqu'elle n'ait aucun fondement scripturaire, elle est fort ancienne (Tertullièn); elle est bonne en elle-même, et il convient de la conserver. •
4° Quel est le rapport des enfants baptisés avec l'Eglise ? — Oh peut dire qu'ils appartiennent à l'Eglise extérieure générale^ qu'après leur première communion ils appartiennent à l'Eglise particulière oti ils ont prononcé leurs vœux, et que soit avant leur première communion, soit après, ils appartiennent à l'Eglise intérieure dès que la foi et la vie spirituelle ont pénétré dans leur âme.
(1) Cyprien se fondait sur ce que la parole des hérétiques, de même que des impies, ne pouvait conférer à l'eau, dans l'acte de consécration, sa vertu mystique.
Les rîtes du baptême se sont multipliés et ont souvent varié dans le cours des âges. On y joignit l'onction, le signe de la croix, rimposîtion des mains, les vêtements blancs, l'exorcisme, etc.. La Réformation l'a ramené à sa simplicité primitive; cependant l'Eglise luthérienne a retenu l'exorcisme et l'Eglise anglicane le signe de la croix. Dans l'Eglise romaine, on baptise des choses inanimées, les cloches, les vaisseaux par exemple; toutes les autres Eglises ont rejeté cette pratique superstitieuse oCi elles ont vu une profanation du rite chrétien.