‹ De l'égliseChapitre 21 sur 76 · AA · texte numérisé non relu

AA

« re L L ce LT in. ”, ns 6.4 # 4 LT de | + ve . PE SE RAI EC TS EE ES 0 89 AS DIE SRE Ps RO RAR E SA ET on NE Er ous

3 Let N 4 « ge - é

ordre de déclarations bien constatées. Les divers éléments de la doctrine scripturaire doivent se contrôler et se compléter réciproquement; en méconnaître un seul, ou le restreindre arbitrairement, ou le pousser au détriment des autres, c’est rompre l'équilibre normal, altérer la vérité et entrer dans la voie de l'erreur.

En nous appuyant essentiellement sur les données scripturaires, il importe de noter qu'en ce qui concerne l'Eglise et son organisation, le Nouveau Testament n’est pas aussi explicite qu’en ce qui tient au dogme ou à la morale et intéresse : directement la foi et la vie. Sous l’Ancienne Alliance, Dieu avait donné une législation complète où, jusqu'aux moindres détails, tout élait arrêté et imposé. Il n'a pas fait de même sous la Nouvelle. Ici, nous n'avons guère que les grands traits, les principes généraux, les directions fondamentales, et, pour ainsi parler, l'esprit de la législation. L'Eglise a sa charte dans le Nouveau Testament, elle n’y a pas son code : sans doute parce que la constitution ecclésiastique, malgré son importance relative, n’est pourtant que secondaire auprèsde la doctrine du salut; ou encore parce que la Providence, qui veille sur les destinées de l'Evangile éternel, a voulu laisser dans les formes d’organisalion et de culte quelque chose d’indéterminé, de flexible, qui se prêtât aux besoins des siècles et des peuples.

Ce fait a de la valeur. Il a été tantôt méconnu, tantôt exagéré et faussé. Les uns ont voulu modeler l’Église de tous les temps et de tous les lieux sur l'Eglise apostolique, érigeant en lois immuables des formes souvent occasionnelles et transitoires (dissidents). Les autres ont changé la retenue du Nouveau Testament en une prétérition absolue, pour en conclure que l'Eglise n’y est pas l’objet d’un enseignement direct, et qu’elle reste absolument libre et maîtresse d'elle-même, sous la direction de l'esprit chrétien (écoles nouvelles). Il y a erreur des deux parts. Les apôtres, il est vrai, n’ont pas donné des règlements, où n’en ont donné que fort peu, mais ils ont posé des

principes; et c’est ce fond constitutif que nous sommes Lenus de maintenir. À l'égard de l'Eglise et de la discipline, comme à l’égard de la doctrine et du culte, l'Evangile est esprit et we, ce qui ne veut pas dire qu’il n’ait rien de positif et d’éternellement obligatoire. |

Cette observation, importante à toutes les époques, l'est spécialement de nos jours, où s'opère dans l’état général du monde une de ces grandes évolutions (pression de l’Europe sur le reste du globe: multiplicité et rapidité des communications qui rendent les peuples solidaires, elc.,) à laquelle doit correspondre quelque transformation analogue dans l'Eglise. Jamais peut-être le mot de Leibnitz : « Le Lemps présent est gros de l'avenir », n’eut plus de vérité et de portée. Nous nous préoccuperons donc des faits de révélation plus que des théories de la science; nous nous attacherons, par-dessus tout, à ce qui est essentiel et par là même éternel; c'est-à-dire aux points fondamentaux, aux articles constitutifs, et nous prendrons les textes tels quels, dans la norme divine, sans y ajouter n1 en retrancher, s'il est possible, plus soucieux de constater que de systématiser; contemplant, avec une humble et respectueuse admiration, ce plan providentiel qu'avait jalonné la prophétie, que déroule graduellement l'histoire et qui embrasse l'éternité.

Mais ce principe, qu'il suffisait d’énoncer autrefois, est aujourd'hui si contesté; ceux qu’on lui oppose jettent la pensée chrétienne dans de telles divergences et dans un tel désarroi; les. dissidences sont, en particulier, si nombreuses et si profondes sur la question de l'Eglise, dès qu’on cherche à pénétrer jusqu'à a nolion de son essence constitutive, que nous devons, avant d'aller plus loin, donner quelques explications complémentaires sur notre méthode, et sur son usage en ecclésiologie dans des temps tels que le nôtre. |

Nous sommes à une de ces époques critiques où tout se trouble et s'ébranle, parce que tout est remis en question, parce qu'on demande à tout ce qui est de quel droit et à quel litre il

est, parce qu'en toute chose on veut remonter aux origines ou aux bases premières, et voir par delà ces données naturelles ou surnaturelles qu’il faudrait admettre simplement, telles que les fournissent la conscience ou la révélation, et en les couvrant des respects de la foi. Il en est de ces données constitutionnelles comme de la lumière du soleil, qui nous conduit sûrement quand nous nous bornons à nous en servir, et qui nous éblouit et nous aveugle quand nous voulons en découvrir la nature et la source. A force de creuser sous les fondements et sous le fondement des fondements, on perd terre et l’on va toucher au vide. Rien d'étonnant que l'Eglise soit soumise, comme tout le reste, à celte recherche inquisitive qui fait table rase des croyances et des institutions du passé, à cette analyse dissolvante qui, se portant sur tout, faits et principes, finit par réduire tout en poussière. Nous n’avons déjà plus, ou presque plus, de ces idées communes, de ces notions générales, de ces convictions nalives proclamées et reçues comme certaines, el qui, dans les diverses sphères de la pensée et de la vie, servaient de point de ralliement aux autres âges. Le vieil édifice, incessamment scruté et remué, gît presque tout entier sur le sol ; chacun en relève, comme il l'entend, les pierres dispersées, et les replace comme il lui convient.

Si l'autorité des grandes traditions ecclésiastiques, ou du moins celle des Saintes-Ecritures,. était demeurée ferme ; d’accord sur les fondements du Temple spirituel, sur les éléments constitutifs, on pourrait espérer de s’accorder aussi, par quelques concessions réciproques, sur la forme nouvelle que notre temps semble devoir lui imprimer ; car la destruction annonce et prépare une reconstruction. Les disciples de l'Evangile éternel ne sauraient en douter, Mais les incertitudes, les divergences, les oppositions, sont les mêmes relativement aux bases et aux doctrines de la foi que relativement à la nature et à la constitution de la communauté religieuse, Si vous demandez : « Qu'est le Christianisme? qu’est'la Bible? » vous ne rencontrez pas plus

d'unité que lorsque vous demandez: « Qu'est l'Eglise ? » A vrai dire, on ne s'entend si peu sur la notion de l'Eglise, que parce qu'on ne s'entend plus sur le fond divin du Christianisme el sur la réalité ou l’autorité de la révélation biblique.

Là même où l’on déclare retenir l’Ecriture comme norme sou- . veraine de l'Eglise et de la théologie, on pose des principes d'interprétation tellement libres qu'ils permettent de rayer des Livres saints tout ce qui gêne, et d'y trouver tout ce qu'on veut. Rencontre-t-on, dans les Epîtres, quelque détermination ecclésiastique ou dogmatique qui répugne, et qui n existe qu’enveloppée dans les Evangiles, on passe par-dessus en disant: «Cela pe vient pas du Seigneur; cela n'appartient pas à l'essence du Christianisme ; cela ne saurait lier la conscience, ni la science »: c'est-à-dire qu’on a recours à l’un des vieux subterfuges du socinianisme et du rationalisme vulgaire, tombé, semblaitl, avec ses inventeurs. Ou bien, adoptant un procédé plus expéditifencore, on établit, en principe, que tout ce que le Nouveau Testament renferme de positivisme au sujet de l'Eglise, de sa constitulion, de ses ministres, de mème qu’au sujet de tel ou tel point de doctrine, est un resle du Judéo-christianisme des écrivains sacrés, et qu’à ce ütre, il doit être éliminé du Christianisme réel. Il règne sur la question ecclésiastique comme sur les autres, une sorte de latitudinarisme critique, exégélique, dogmatique, dont tout s’imprègne plus ou moins, et qui ne reçoit les enseignements et les récits des Livres saints que sous bénéfice d'inventaire. En bien des cas, la foi elle-même fait ses réserves, et craint d'aller jusqu'à un plein abandon d'esprit et de cœur.

Le radicalisme de nos jours fait pour l'Eglise ce que le rationalisme, cette sorte de radicalisme dogmalique, a fait constamment pour la doctrine. Sous ombre de dégager l'esprit de la lettre, le fond de la ferme, il ne veut voir dansle Nouveau Testament que ce qui concorde avec son idée propre, et il arrive à n'y voir, en effet, que cela. Quand l'entraînement actuel aura cessé, on dira, n’en doutons point, de l’ecclésiologie ou des

ecclésiologies qu'il inspire, ce que tout le monde dit maintenant de la théologie rationnelle ou raisonnable du xvim® siècle, ce théisme moral, si longtemps célébré comme l'interprétation définilive de l'Evangile, dont il changeait tout le contenu réel en en faisant évaporer les mystères et les miracles.

Du reste, quelle que soit la raison, et quel que doive être le terme de la crise où nous sommes, elle existe ; de toutes parts, le terrain est bouleversé ou miné ; tout doit être repris en sousœuvre parce que tout a élé mis en question. Dès lors, il faut renoncer à élever une doctrine ecclésiastique tant soit peu complète ; 1] faut s'attacher essentiellement à constater les principes, à établir ou à rétablir les faits. C’est un tort de vouloir réaliser immédiatement la théorie qu'on croit vraie et parce qu’on la croit vraie ; c’est méconnaître le temps où nous vivons et le travail interne qui agite la Chrétienté. La restauration pure et simple d’une constitution ancienne est impossible; et les éléments d'une organisation nouvelle ne sont pas encore suffisamment dégagés. Le mieux est d'attendre, en se tenant provisoirement à ce qui est, en s'appliquant par-dessus tout à ranimer l'esprit chrélien dans ces masses indifférentes, mais pourtant ouvertes à la parole évangélique. Si jamais la condescendance fut de mise, c’est certes aujourd'hui, en tant, bien entendu, qu’elle ne lie point la fidélité.

Dans ce feu croisé des opinions et des directions les plus contraires, nous ne pouvons avancer qu'avec un principe posiüf, qui nous serve d'appui, de critère et de facteur. Il faut un principe, soit pour restaurer, soit pour instituer. Il le faut dans la question ecclésiastique, comme dans la question dogmatique, On peut fonder l'Eglise avec le principe catholique ; on Île peut avec le principe protestant, franchement et pleinement admis, parce que l’un et l’autre contiennent et donnent ce qu’on cherche; mais, sans l’un ni l’autre de ces principes formels, ou sans un principe nouveau qui les remplace, il est impossible de

rien construire de solide et de durable, De l’autonomie absolue

dd

qu'on célèbre sort l'antinomie ou l’antinomisme, et; par suite, l'anarchie dans les choses comme dans les idées. De l’individualisme le nihilisme; de la foi personnelle, telle qu’on l'entend, FEglise personnelle, si l’on veut nous passer le non-sens de cette épithèle, qui dit tout à elle seule. Ce qu'élève la fantaisie est sans durée, parce qu’il est sans base. Chacun ayant sa notion spéciale de l'Eglise, comme sa conception propre du Christianisme, et s’attribuant le droit et le devoir de la faire triompher en détruisant autant qu'il est en lui tout ce qui la gêne, inslitutions et traditions, pratiques et croyances, il ne se fait en réalité qu'une œuvre de démolition. Tout ce qui va à l'édification avorte, dans une telle disposition des esprits, tandis que ce qui va au renversement a aussitôt un retentissement immense. Les directions conservatrices n’obtiennent quelque faveur qu’en entrant, à un degré ou à l’autre, dans le mouvement général, et en ayant soin de ne laisser voir ce qu’elles maintiennent ou relèvent qu’à travers ce qu’elles sapent.

Encore une fois, pour trouver ce qu'est l'Eglise ou ce qu'elle doit être, il faut savoir ce qu'est le Christianisme lui-même. Or, au point de vue protestant, le Christianisme, dispensation du Ciel, ne peut ètre réellement connu que par le Livre des révélations. Là est la source supérieure de lumière et de certitude, pour l’ecclésioiogie comme pour la théologie. L'Eglise estle Royaume de Dieu ici-bas, et nous n’en saurions déterminer sûrement la constitution, les lois et les fins que par la Parole de Dieu.

: La question ecclésiastique est donc plus profondément engagée qu'il ne le semble, au premier abord, dans la question théologique, telle qu'elle se pose de nos jours. Cette dernière question atteint Lout, directement ou indirectement, par cela seul qu’elle porte, non plus seulement sur telles ou telles déterminations doc-. trinales, mais sur la source même et la règle de la foi et de la vie. La notion du Christianisme est tout autre, selon qu’on se tient au «principe d'autorité » que fonde la révélation biblique,

Page 1