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NOTION SCRIPTURAIRE D)
et qui tombe ou qui lombera avec lui. On y considère l'Eglise comme un organisme formé par l’influx de la nature et de la vie divine, et, suivant une expression devenue courante, comme « l'incarnation de la divinité dans l'humanité », incarnation dont celle du Verbe en Jésus est le type ou le moyen. Pour saisir celte théorie et s’en rendre compte, il faudrait remonter à Hegel. Voici quelques mots d’un de ses disciples (Rosenkranz), qui peuvent faire entrevoir ce qu'elle est: « L'Eglise chrétienne « n’est pas seulement une pieuse communauté formée par la foi « individuelle en Christ comme Sauveur, mais elle est elle-même « l'Esprit divin dans lequel le Père et le Fils sont réellement pré- « sents.. On doit se la figurer comme l'organisme sans lequel on « ne saurait même s’imaginer l'Esprit divin, car l'Eglise n’est pas « seulement une société de saints, elle est la perfection éternelle « de l’existence de l'Esprit » (1). Ces idées mystico-panthéistes, versées à grands flots dans toutes les sphères de la science par la philosophie de l'absolu, ces idées qui ont exercé pendant un temps une si singulière et si vaste fascination, dominent à des degrés divers la direction théologique et ecclésiologique que. nous avons en vue: conscientes ou inconscientes, elles s’y font sentir partout ; partout le terme à la mode d’ «organisme vivant » qui, comme bien d’autres du même genre (union de lhumain. et du divin — vie de Dieu dans l’homme et de l’homme en Dieu, etc.) semble tout expliquer, et qui en réalité n’explique rien, ou devient mème un non-sens, quand on le détache de la mélaphysique dont il est sorli.
À côté de cette direction, il en est une autre qui a bien aussi ses racines dans Ja philosophie de l’absolu, d’où part tout le mouvement actuel, mais qui a décidément rompu avec elle ; car elle admet tout à la fois et l’immanence et la transcendance divine : Dieu dans le monde, où tout esten lui; Dieu en dehorsetaudessus du monde, où tout estpar lui. Elle veut être théiste, et l'est
(4) Hist. du ration., p. 335.
en effet; mais son théisme demeure panthéistique, autant
qu'était déistique celui du siècle dernier. C’est dans l'immanence divine, telle que l'accorde l'esprit du temps, qu'elle cherche son principe d'explication et de démonstration ; elle met en saillie, elle tient sans cesse en perspective cette face si importante et longtemps si négligée de l'Evangile, qu'exprime la formule consacrée de « Christ en nous ». Elle mène à un réalisme mystique plein de charme, qui semble pénétrer au cœur du grand mystère de l’incarnation, et par suite au centre vital du Christianisme. Elle fait de l'Eglise le temple de l'Esprit saint, le taberpacle de Dieu au milieu des hommes, le sanctuaire où agissent les puissances du siècle à venir, d’où émanent et la parole qui illumine et la grâce qui justifie et régénère ; sorte de théisme panthéistique, redisons-le, qui passe de la théologie à l’ecclésiologie. On voit combien la notion de l'Eglise, ainsi que de
ses altributs, de ses droits, de ses privilèges, peut s'élever dans
cet ordre d'idées.
Observons, toutefois, que si ce point de vue peut grandir ainsi l'objectivisme divin, et dans la sphère dogmatique et dans la sphère ecclésiastique, il peut aussi introniser le subjectivisme
ralionaliste ou sentimental, de manière à le laisser finalement
subsister seul. Il peut amener à dire, et on le dit et redit, en effet, de mille côtés: la raison, la conscience, cette lumière qui éclaire tout homme venant au monde, c’est Dieu en nous: c’est l'Esprit de Dieu rendant témoignage à notre esprit, pour nous élever incessamment vers le vrai et le bien absolus, à travers le vrai et le bien relatifs des révélations et des institutions du passé. C’est à cet oracle vivant que nous devons être altentifs, c'est par ce critère intérieur qu’il faut tout éprouver, car tout Île
reste, même ce qui vient d'En Haut, n’a pour but que de le
suümuler ou de l’épurer; et l’on entre par là dans les voies d’un autonomisme et d’un individualisme illimités. Toutes les choses
du dehors tombent sous ce contrôle souverain. L'Ecriture, alors
même qu'on lui laisse son nom consacré de Parole de Dieu, est
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entièrement soumise au jugement ou au sens privé. L'Eglise devient une institution toute naturelle, providentielle sans doute, mais en ce sens seulement qu'elle est voulue comme produit de la foi et comme moyen de la propager. Elle n’est qu'une associalion comme une autre, que forme et reforme la conscience chrétienne. Tout son côté proprement divin, avec les atlributions qui s’y rattachent, n'apparaît que comme une excroissance superstilieuse, dont on ne saurait la débarrasser trop promptement ni trop complètement.
Ainsi le panthéisme hegélien avait fini par un panhumanisme effrayant. Notre temps a vérifié de mille manières la vieille maxime que « les extrêmes se touchent ». Que d'écarts en tous sens a produits le principe si facilement admis, quoiqu’à des degrés divers, de l’unité essentielle de l’humain et du divin ! Amoindrissant jusqu’à l’effacer la distinction de l’ordre naturel et de l'ordre surnaturel, il les a absorbés alternativement lun dans l’autre, ayant pour dernier mot ici le « Dieu-homme », là « l’homme-Dieu ».
Ce grand courant se divise donc, à ses sources mêmes, en deux courants très distincts, dont l’un verse dans l’indépendantisme ou l'individualisme, et l’autre dans l’ecclésiasticisme . sacramentel et clérical. C’est ce dernier écart que je désire faire remarquer ICI.
Cette conception du Christianisme, fondée sur l’immanence de Dieu dans le monde et dans l’homme, et censée la clef de tout le fond substantiel de l'Evangile (incarnation, révélation, régénération, etc.), passant de la théologie à l’ecclésiologie, comme elle a passé de la philosophie à la théologie, on voit tout de suite ce qu’elle y doit produire lorsqu'elle y déroule ses conséquences théoriques et pratiques. Elle tend à relever le sacramentalisme et par cela même le cléricalisme, instruments mystiques de l’influx divin qu’elle célèbre. Les germes qu’elle sème peuvent ne pénétrer qu'avec lenteur le sol protestant, mais ils s'y enracineront et s’y développeront, si elle y étend ses
influences. Pour elle, l'Eglise devient, au sens propre, un organisme, réceptacle des vertus célestes, vase et canal des grâces
évangéliques, qu'ouvrent au croyant les rites sacrés et la parole. des ministres du sanctuaire. L’observance liturgique revêt un caractère mystérieux ; on cotoie l’opinion catholique et l’on y glisse de divers côtés, tout en s’en défendant. On va toucher au
dogme de la régénération baptismale ; la Sainte Cène n’est plus
le simple mémorial symbolique de la rédemption, elle en est
l'instrument actif ; Jésus-Christ, qui est notre vie, s'y donne luimême à nous spirituellement et substantiellement (1).
Il y a là des vues, des aspirations, des tendances, sinon des doctrines nettement formulées, qui se sèment de toutes parts et auxquelles on n’est pas assez attentif. Si elles frappent dans le Puséysme anglais, dans le confessionalisme allemand, où elles se traduisent en dogmes et en faits, elles préoccupent peu ailleurs, parce qu’elles émanent de près ou de loin d’une direction théologique que caresse l'opinion. Elles sont généralement
fort indéterminées, je le veux, dans le mouvement actuel, mais
elles s’y laissent voir pourtant. L'idée sacramentelle en particulier s’y pose bien formellement cà et là. Un réalisme encore vague, mais positif, se substitue peu à peu au symbolisme que professaient universellement nos églises. Le baplème redevient non seulement le signe, le gage, le sceau de la grâce, maisson canal ; il s'y attache une sorte d'efficacité inhérente. Sur l'Eucharistie, bien des réformés, non contents de revenir du Zwinglianisme au Calvinisme, donnent les mains au Luthéranisme, comme les luthériens rigides les tendent de leur côté au Catholicisme (2).
(1) Ces idées se ravivent dans l'Eglise luthérienne et s’inoculent aux Eglises réformées.
(2) Qu'on lise sous ce rapport deux ouvrages publiés en Suisse et où respire un profond esprit chrétien : L'Etude sur le baptéme, par M. Clément,
et Le Christ et ses témoins, par M. de Rougemont. On trouve dans ce der-
nier (chap. intitulé: l'Etranger) comme une restauration spiritualisée du
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NOTION SCRIPTURAIRE 59 :
Le siècle dernier élait déiste par l'effet de sa philosophie ; il construisait sur ce qu'on nomme aujourd'hui la transcendance divine. Quand :ïl restait chrétien et orthodoxe, son christianisme et son orthodoxie avaient quelque chose de déistique (supranaturalisme ancien). Notre siècle est au fond panthéiste, bien entendu dans un sens général et fort indéfini ; il part de l'immanence divine, et son christianisme, même le plus élevé et le plus pur, a quelque chose de panthéistique. De là cette notion de l'Eglise comme un organisme divin, dans lequel vit le Saint-Esprit et par lequel 1l s’épand au dehors; notion généralement contenue et restreinte, surtout aujourd’hui que les grandes théories spéculatives, où elle a sa première origine, lui font défaut, mais qui peut mener loin, pour peu qu’on s’y laisse aller.
2° classe : Droit humain (droit individuel). — En opposition directe avec ces théories qui relèvent outre mesure l'élément divin de l'Eglise, et par suite le devoir de l'union et de la soumission, le droit collectif, se placent celles qui, faisant prédomuner le droit individuel et ne reconnaissant guère à l'Eglise d'autre raison d'être que la communauté de foi et de vie, poussent à un puritanisme et à un séparatisme illimités. On pourrait
suivre ce principe à la trace depuis les Montanistes, les Nova-
sacramentalisme catholique. Il y a, à la vérité, chez M. de Rougemont, quelque chose d’aventureux ; mais c'est un croyant sincère, un penseur plein de droiture et de franchise, qui ne craint pas de mettre au jour les postulats ou les desiderata de son principe théologique. — Ce qui caractérise au contraire l’écrit de M. Clément, c’est plutôt la retenue, la circonspection, la sagesse pratique. Souvent il indique et s'arrête, de peur de trop affirmer. Cependant il va loin quelquefois. Sa notion du baptême emporte à bien des égards la doctrine patristique, sur laquelle il appuie à diverses reprises son argumentation, et son idée du sacrement est un corollaire de son idée de l'Eglise, et son idée de l'Eglise sort du point de vue de nos jours, quand il reste supranaturaliste. Toutefois, Je dois le
redire, M. Clément veut se garder et mettre en garde contre l'esprit du
temps, dont il signale les périls.
tiens, les Cathares, les Anabaptistes jusqu’à nos jours et faire l’'énumération des systèmes ou des partis qu’il a enfantés. Mais nous n'avons pas besoin d'étendre à ce point ce rapide aperçu. Un mot caractérise dans les temps modernes la direction théologique et ecclésiastique dont il s’agit, c’est celui d'indépendantisme, auquel se substilue çà et là celui d'individualisme. - L'indépendantisme, regardant uniquement à la pureté ou à Ja sincérité des croyances, rejetant la notion d'une Eglise extérieure générale, de l'Eglise-monde, comme il se plaît à l'appeler, ne reconnaît que des associations particulières, sans autre rapport entre elles que celui qu'établit lidentité de leurs tendances et de leurs vues. L'idée de catholicité, telle qu'elle a
dominé jusqu'ici le monde chrétien au milieu même de ses.
déchirements, est à ses yeux une illusion; il la flétrit sous le nom de mulhitudinisme. Pour lui, la seule Eglise universelle est l'Eglise invisible.
Il faut distinguer deux applications générales du principe de lindépendantisme : l’une plus dogmatique et plus rigide ; l’autre plus libérale, plus large, plus tolérante, mais aussi plus radicale et plus révolutionnaire. —- La première a pour fondement Ja détermination de la vérité évangélique, dont elle se dit et se croit en possession. D’après elle, là où est la vérilé, Là est la vie ; et là où sont la vérité et la vie chrétienne, là est la seule Eglise chrétienne. — La seconde veut que chacun proclame ses convictions propres, quelles qu’elles soient, qu’il brise avec tout ce qui le forcerait à les trahir ou à les voiler, et que les partisans de chaque croyance se groupent autour d'elle en associaions distinctes. Pour la direction libérale, plus encore que pour la direction dogmatique, l’unité (ou la catholicité) est une utopie, l’état régulier est le fractionnement; loin d’être un mal, il est un bien ; ce désordre apparent est l’ordre réel (1).
(1) Vinet fut conduit à se faire le théoricien de cette tendance dans son ouvrage couronné par la Société de la Morale chrétienne et intitulé : De la manifestation des convictions religieuses, ouvrage où il a passé du point de vue
ré * ir ‘ MERS Cal ”
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Ce sont deux directions très différentes, quoique appuyées sur un principe commun. La première domina au commencement du Réveil et produisit le séparatisme théologique, la dissidence. Le PJymouthisme (ou Darbysme) en est le terme logique et peut en êlre à certains égards le correctif, par cela même qu'il montre jusqu'où elle conduit. La seconde gagne de plus en plus et crée un séparatisme d’un autre caractère, mais non moins dissolvant. Pour elle, du moins sous ses formes avancées, plus d'institution positive; l'Eglise, le ministère, tout est de droit humain ; le supposer de droit divin à quelque degré, c'est du catholicisme ou du judaïsme.
Du reste les deux directions, se faisant des concessions réciproques, se donnent fréquemment la main pour saper ensemble les vieilles Eglises, toutes multitudinistes en principe et en fait.
Remarquons loutefois qu’au sein mème de l’indépendantisme libéral, il se produit des tendances qui s’efforcent d'y maintenir ou d'y établir une sorte d'unité. Il en est deux que je désignerai par les épithètes de Zatitudinaire et de morale et qu'il convient d'indiquer, vu les nombreux adhérents qu'elles ont parmi nous. La théorie latitudinaire (si le nom de théorie peut lui être appliqué), prenant les Eglises dans l’état anormal où elles se trouvent presque partout, cherche à transformer Île fait en droit. Ce qu’elle veut, c’est le s{atu quo, et pour le maintenir au milieu des opinions les plus diverses et les plus contraires, auxquelles elle livre les académies et les temples, elle rejette toute règle extérieure de doctrine et de discipline. L'Eglise n’est là qu'une agrégation (Alliance universelle).
La théorie morale, sans repousser aussi absolument la règle dogmatique et disciplinaire, n'y place point le principe d'unité ; elle le cherche moins dans les croyances que dans les senti-
du monde, qui était celui de la question, à célui de l'Eglise; et la question ecclésiastique a souffert d’être ainsi saisie et traitée du dehors.
ments. Sa maxime est cette parole de saint Paul: « Conservez l'unité de l'esprit par le lien de la paix ». Elle fait de l'amour le vrai facteur ecclésiastique, comme le vrai facteur théologique et pratique; elle demande à la charité ce que la foi ne saurait donner, ce que du moins elle ne donne pas dans l’état actuel des choses. Il y a là des aspirations légitimes, mêlées à bien des illusions. La charité, cette vie du Ciel que l'Evangile forme sur la terre, est certainement destinée à exercer dans l'Eglise et dans le monde une action plus haute, plus large, plus puissante qu’elle ne l'a fait jusqu’à présent. Mais à côté de la charité doivent marcher la vérilé et la fidélité, que cette tendance jeite trop souvent à l’écart. En somme cependant, elle est un des signes du temps; elle tient à ce travail intérieur de Ia Chrétienté, à ce besoin des cœurs qui, à travers ce qui les sépare, veulent se toucher et s’unir par ce qu'ils ont de commun (Alliance évangélique) ; réveil où le confessionalisme semble s'effacer devant le christianisme pratique. Il y a là en germe cette « unité dans la diversité » que présenta l’Eglise primitive et à laquelle a toujours aspiré le protestantisme évangélique, sans avoir su la réaliser jusqu'ici.
3° classe : Théorie intermédiaire (Réformation). — Entre les courants opposés de l’ullramontanisme et de lPultraprotestanüisme, ou de l’universalisme et de l'individualisme, est la théorie de la Réformalion; je dis « la théorie», car, malgré les diversités de conslitution, tenant aux diversités de silualion, il y eut au Tond identité de principe dans le mouvement du xvi* siècle. La
Réformation dut se prendre d’entrée à la notion ecclésiastique
qui servait de boulevard au Catholicisme, et elle le fit partout. Elle soumit l'Eglise, comme la doctrine, à la Bible, règle suprème |
de la vérité et de la vie. Au dedans et au-dessus de l'Eglise visible, elle fit apparaître l'Eglise invisible ou mystique, communion des fidèles entre eux par leur communion avec Dieu en Jésus-Christ. Rétablissant la relation directe des âmes avec le
Den
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Sauveur, renversant l’idée sacramentelle et sacerdotale, pivot du système romain, elle déplaça l’ancien point de vue, où l'Eglise extérieure, personnifiée dans le clergé, se montrait seule, et se montrait investie de droits et de pouvoirs égaux aux privilèges qu’elle s'était arrogés.
Mais en reportant sur l'Eglise invisible (spirituelle, mystique, dont la foi et la régénération rendent seules membres) ce qui n'appartient et ne peut appartenir qu'à elle, la Réformation n'en conserva pas moins une opinion très élevée de l'Eglise visible. Continuant à y voir une institution divine au sens propre, elle la considéra, par cela même, comme possédant des attributions et des prérogatives d’un ordre spécial. L'Eglise, gardienne des Ecritures et des sacrements, resta à ses yeux, quoique dans une acception restreinte, le canal des grâces évangéliques. Calvin ne fit nulle difficulté de répéter avec les anciens « qu'elle est la Mère de tous ceux dont Dieu est le « Père », et de rattacher à sa communion l'ordre entier du salut (1). C’est, sous une terminologie qu'il est plus aisé de critiquer que de remplacer — car l’indétermination lient ici à la nature même des choses — la consécration du double caractère que nous a présenté la notion biblique de l'Eglise.
Voilà donc trois classes de théories bien tranchées, et cette divergence foncière s’explique par la dualité inhérente au phénomène ecclésiastique.
Envisagée uniquement sous une de ses faces, l'Eglise nait sur la terre avec le Christianisme ; elle est l’associalion volontaire des croyants. Constituée ou manifestée le jour de Îa Pentecôte, elle s’est étendue de siècle en siècle, à mesure que les peuples se sont soumis à l'Evangile. La prédication l’a fondée, elle la maintient et l’accroît sans cesse en amenant les âmes à l’obéissance de la foi. La foi est sa source et sa règle ; l'accord des opinions et des sentiments la produit, leur divergence la
(1) Inst. Liv. IV, ch. I, $ 22.
Dig DIS RETENIR TO RS TE =
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dissout. — Envisagée sous une autre face, tout aussi certaine, quoique constatée moins par l’observation que par larévélation, l'Eglise vient de plus haut, elle est une institulion providentielle et supramondaine; c’est le Royaume des Cieux descendu sur la terre ; le Christianisme y a sa base, la vérilé son appui, la vie spirituelle sa racine et son aliment. Gardienne des alliances et des promesses, elle ouvre son sein à quiconque veut se placer sous sa direction; elle y recoit et y garde les enfants euxmêmes, élendant sur eux ses sollicitudes et ses prières et travaillant à les amener à Christ, dès qu'ils peuvent entendre et invoquer son Nom. |
Il est évident que de la prédominance exclusive d’un seul des deux aspects ou de leur maintien simultané, dérivent les trois classes générales de théories. Chaque système sort logiquement de son principe. Une fois l’idée absolue d'institution divine posée, comme elle l’est dans le Catholicisme, tous les privilèges de l’Église invisible passent peu à peu à l'Eglise visible, ou pour mieux dire, la distinction ne se soutient plus. L'Eglise que Dieu a établie, c'est l'Eglise dans sa forme historique, l'Eglise extérieure, l'Eglise qui se montre au monde et où le monde doit entrer. Là est le trésor des dons divins, la puissance de l'intercession, la vertu céleste des sacrements, les influences vivifiantes de la Parole et de la grâce. La communion avec elle devient le premier des devoirs, et le schisme le plus grand des péchés, puisqu'il rompt le canal des bénédictions spirituelles. Des privi= lèges de l’Église découlent ses droits, et de ses droits ses pouvoirs, ainsi que les obligations corrélatives des fidèles. Le système sort si bien du principe qu’on les voit se développer parallèlement, et lun par l’autre, depuis Cyprien et Augustin jusqu’à Grégoire le Grand et à Grégoire VIL, et qu'avec le principe, successivement débarrassé de ses conlrepoids, on peut décrire a priori la genèse du système.
En se plaçant au point de vue du protestantisme radical ou de l’indépendantisme, en dégageant son principe, qui est juste-
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