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direction, ni conséquemment la promptitude, la persistance, l'énergie d’action du Catholicisme qui, par ses ordres religieux, par son clergé inférieur et supérieur, par son chef, en qui se concentre la pensée et la volonté générale, se trouve en rapport constant avec tous les rangs de la société, et fait agir où il veut, comme il veut et quand il veut, « cette épée dont la pointe est partout et la poignée à Rome ». Le Catholicisme a l’œil et la main en tous lieux à la fois. Il exerce sur lui-même et au dehors une incessante vigilance, dans un dessein et dans un but parfaitement marqués; les renseignements et les mots d'ordre montent et descendent sans interruption l'échelle de sa hiérarchie. En même temps qu'il se tient en contact avec les conditions les plus humbles, il traite de pair à pair avec les puissances de ce monde, qu’il caresse ou menace lorsqu'elles lui sont hostiles, qu'il dirige selon ses vues propres lorsqu'elles lui sont soumises ou favorables. Merveilleuse organisation, forceimmense, reposant, depuis des siècles, sur une base toute conventionnelle, qui s’est Loujours relevée de ses ruines apparentes et qui survivra probablement à la crise qu’elle traverse en ce moment. L'esprit gouvernemental de l’ancienne Rome s’est conservé dans la Rome nouvelle, et il s’y est encore perfectionné.
Rien de cela dans le Protestantisme, qui ne forme pas même un corps. Et que sera-ce, si à celte infériorité de constitution viennent se joindre des divisions et des luttes intestines, qui retournent ses forces ‘contre lui-même en l’ouvrant par mille côtés aux attaques du dehors? Pour juger des dangers qui peuvent naître de là, que l’on considère ceux qui en sortirent au xvi° et au xvne siècles. C’est en appeler, il est vrai, à un ordre d'idées et de choses, à un état social et religieux tout autre que celui où nous sommes, mais les enseignements qu'il donne s'étendent à tous les temps. La rupture des luthériens et des réformés en Allemagne, avec les rivalités et les oppositions réciproques qu'elle rendit si vives; celle des épiscopaux et des presbytériens en Angleterre; celle des gomaristes et des armi-
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niens en Hollande, etc., etc., dispersèrent des ressources matérielles, scientifiques, morales, que la concentration aurait décuplées; bien plus, elles poussèrent fréquemment à sacrifier l’intérèt commun à des intérêts de parti. Aïnsi, la haine de lElecteur de Saxe contre le Calvinisme, dont ses théologiens lui faisaient un monstre, contribua pour beaucoup à le jeter dans le camp impérial; et cette défection, qui brisa l'union protestante, entraîna des pertes immenses en Bohème, en Hongrie, en Autriche et ailleurs (1).
Du reste, c’est bien à regret que j'évoque le souvenir de ces luttes sanglantes, où l’on mit au service de l'Evangile des armes que l'Evangile répudie. S'il nous faut l'esprit protestant, c’està-dire cette pensée commune, cette entente générale qui nou élève au-dessus de nos divergences, pour nous attacher tous
ensemble à la défense de notre principe fondamental soit formel
(autorité des Ecritures), soit matériel (justification par la foi); il nous faut davantage encore, il nous faut l'esprit chrétien, l'esprit que respire et inspire le Nouveau Testament ou, si l’on veut, le Sermon de la montagne. L'esprit protestant seul, se développant et s’organisant en parti vis-à-vis du parti catholique toujours organisé, ramènerait le pire des maux, les guerres religieuses, cette perversion satanique de ce qu'il y a de plus saint, cette énorme aberration, dont nous avons besoin que Île Seigneur nous garde, car le mystère d'iniquité se reforme par la fusion de la question religieuse dans la question politique. Et puis, cet anticatholicisme qu’on tente de raviver çà et là, et que le mauvais cœur mettrait aisément à la place de l’évangélisme, ne nous serait encore que d’un faible secours, quelle qu'en fût l’universalité et l'énergie. Le Protestantisme, comme association, n’égalera jamais le Catholicisme. Ce qui a fait la force du Protestantisme à l’origine, c’est qu'il apparaissait comme la restauration de la vérité et de la vie évangélique : il n’a
(1) V. Ranke : Hist. de la Papauté, T, IV, p. 108,
vaincu, il ne vaincra qu’en tant que représentant du pur chrislianisme théorique et pratique. C’est là ce qu'il doit retrouver, et sans quoi tout n’est rien pour lui. Cest l’heureuse nécessité qui lui est imposée par sa nature elle-même. Sa puissance, c’est sa fol. $
Il n’en est pas moins vrai, cependant, qu’une sorte d'Union générale ui devient indispensable dans le vif débat qui s’engage de nouveau entre le principe de la Réformation et le principe romain. On commence à le sentir; des vœux et des, plans se produisent de divers côtés, des rapprochements s’opèrent, des associations se forment. Malheureusement, on ne voit pas ressortir, à un degré suffisant, le lien interne qui peut et doit embrasser toutes les fractions du protestantisme positif, en. les laissant libres dans leur sphère et dans leur voie propre. Sur la question de principe, tout paraît renversé ou ébranlé de fond en comble. Or, l’union qui ne tient qu’à des causes extérieures est bien fragile et ne saurait être durable, On a vu les catholiques eux-mêmes se rapprocher des protestants pour résister à l’incrédulité du xviu° siècle. Il en est ainsi dans toutes les crises où de grands intérêts sont en jeu. On se groupe ensemble autour de l'intérêt commun, on met en saillie les pomts de contact; les points de séparalion se couvrent d'un voile ou se relèguent dans l’ombre. Mais ces unions, qui semblent quelquefois si vraies, sont éphémères comme les circonstances qui les produisent, elles ne durent qu’autant que le péril d’où elles sont nées. Ce spectacle que donne si souvent le monde politique, le monde religieux le donne aussi quelquefois. Il importe donc d’asseoir l'alliance protestante sur des bases plus profondes et plus fermes. Mais où les trouver aujourd'hui ?
Par quelque côté qu’on envisage le Protestantisme, on le. voit soumis à un travail délétère qui mine toutes ses croyances comme toutes ses traditions, et atteint jusqu’à son vieux principe constitutif, sans qu'on puisse constater ou entrevoir dans les résultats de cette critique, qui se dit rénoyalrice, l'appari-
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tion du principe nouveau qu'annoncent à qui mieux mieux les Voyants du jour, et qui doit, assurent-ils, tout restaurer, tout vivifier, en inaugurant une évolution du Christianisme égale, ou mème supérieure, à celle du xvi siècle. L'Eglise de l'avenir prophétisée depuis tant d'années par tant de grandes voix, comme un épanouissement de l’apologétique et de la dogmatique du
xix° siècle, ne se montre nulle part à l’horizon. Ce qu'on aper-
çoit partout, ce sont des opinions individuelles, des théories qui se renversent incessamment les unes sur les autres; ce sont des moitiés de principes qui se rémuent, se croisent, se heurtent en tous sens, aussi impuissants pour édifier qu’ils sont puissants pour démolir, et dont le produit final est un pèle-mèle où tout se brouille, christianisme et théisme, science et foi, et jusqu'à ces données intuitives qui font l’homme ce qu’il est. Ce qui sortira de là, Dieu seul le sait !
Mais 1l serait plus qu'inutile de prouver longuement combien
un tel état ou, pour mieux dire, un tel désordre nous met à
découvert vis-à-vis du Catholicisme avec sa fermeté de doctrine et de direction. Je n'ignore pas qu'il est dans la situation générale d’autres côtés qui l’exposent et qui nous sauvegardent. Mais que pouvons-nous contre lui, comme corps ou comme Eglise, et que ne peut-il pas contre nous? Que de personnes sorties un instant de son enceinte y ont été rejetées, parce
qu’elles n'ont rien trouvé de fixe ailleurs? quelle foule d’autres
y sont retenues par les mêmes considérations ? Car, quelque chargée que soit l’atmosphère romaine, on ne l’échangera pas pour le vide. S'il ne s'agissait que de l’épuration de notre principe théologique et ecclésiastique ou de son exacte déter-
mination, la crise, bien que profonde, ne serait pas très grave
et pourrait être salutaire; mais on ne parle de rien moins que de jeter au vent ce principe, que de changer la base de notre théologie et de notre Eglise, par une seconde Réformation, qui ferait du biblicisme protestant ce que le Protestantisme fit, au xvi siècle, du théocratisme catholique. C’est la
grande rénovation qu'on célèbre ; c’est le remaniement et, à vrai dire, le renversement auquel conspirent ceux-là mêmes qui veulent et croient simplement modifier. Or, il est clair, quoi qu'on en dise, que si le Proteslantisme pouvait renier son principe, il se renierait lui-même : et il est certain, quoi qu’on en pense, que des âmes nombreuses chercheraient alors un refuge dans la dernièré Eglise réelle qui resterait. Au sein des triomphes de l'individualisme et du radicalisme, le sens chrétien redemanderait l'Eglise chrétienne, et inclinerait, en passant sur ses répugnances, vers l'institution qui lui en présenterait l’image. Le Puséysme qui travaille encore l'Angleterre est, sous ce rapport, un averlissement auquel on n’a pas été assez attentif; car le Puséysme, qui a abouti au Catholicisme, ne fut, en principe, qu’une réaction contre la dissidence. Et ce que le Puséysme a été en Angleterre, le confessionalisme le devient, ou tend à le devenir en Allemagne; le sacramentalisme, où il pousse de plus en plus, peut jeter dans le romanisme ; il le fait déjà çà et là. |
Ainsi, toujours les extrêmes appellent d’autres extrèmes.
Tout s'unit pour montrer combien il importe au Protestantisme de se serrer de nouveau autour du principe sur lequel il s’est élevé, et qui est sa force parce qu'il est sa vie (autorité des Ecritures). Religieusement maintenu, avec les grandes doctrines dogmatiques et morales qu’il fonde, il nous gardera et contre les attaques de droite et contre les attaques de gauche; enreliant : les membra disjecta de la Réformation, il amènera, sinon l’uniformité que vouarail la pensée de l’homme, du moins l'union que réclame le corps de Christ. Grâces à Dieu, l'ébranlement de ce principe, qui à fait vaciller le sol protestant et le sol chrétien tout entier, s apaise peu à peu. L’authenticité des Livres saints, dont tout dépend en définitive, ressort de ses ruines apparentes; et là-dessus se formera de plus en plus cette unité de l'esprit où s'associent la vérité et la charité, la fidélité et la condescendance. A celte haute aspiration de nos temps, répond l’A/hance évangé-
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lique, plus grande par ce qu’elle représente ou prophétise que par ce qu'elle est encore, Elle reflète le principe protestant dans son double élément d’autorité et de liberté, qui, se plaçant à égale distance du Catholicisme et du rationalisme, protège le Christianisme de la révélation et contre celui de la tradition qui le surcharge et contre celui de la science qui le volatilise jusqu’à n’en laisser subsister que le nom.
2° Vas-a-vis du monde, ou de la partie non croyante de la Chrétienté,.
Je ne parlerai pas de lincrédulité décidée qui, après un inslant de silence et presque de respect, tend à redevenir agressive. Tout annonce de ce côté un redoublement d'attaques. L'idéalisme du Nord s’est allié avec le sensualisme du Midi. Ces deux philosophies, à la fois partielles et excessives, sont arrivées, par des voies opposées, à un résultat identique. L'une a fini, comme l’autre, par enseigner qu’il n'existe d'autre ciel que la terre, ni d'autre Dieu que la nature ou que l’homme. Ces monstrueuses erreurs, greffées aux passions populaires, fomentent des dangers sur lesquels on s’endort trop facilement. On discute les formes, les modes de construction de l'édifice ecclésiastique et politique, ‘tandis que les fondements sont minés de toutes parts. On dirait toujours ces Grecs du Bas-Empire qui se disputaient pour déterminer la nature de la lumière du Thabor, tandis que les Musulmans entraient à Constantinople.
Arrêtons-nous à cette partie du monde qui est plutôt favorable qu'hostile au Christianisme, et qu'il s’agit d'y rattacher. Envisageons uniquement l'effet de nos dissensions sur l’œuvre d’évangélisation qui doit se faire au sein même des Eglises, et qui a pour but de ranimer la foi et la vie de la foi dans ces masses auxquellesil ne reste guère du Christianisme que quelques formes extérieures. En y regardant de près, nous trouvons que si le monde penche vers le Christianisme, c’est surtout à cause des bienfaits qu'il en altend et qu’il ne peut guère espérer que de lui. Le monde éprouve le besoin d’affermir les bases de l’ordre social partout
ébranlées ou menacées. Il sent l'insuffisance profonde des per-
fectionnements politiques, des progrès industriels, de l’accroissement des connaissances et des richesses, de ces merveilleuses
découvertes qui donnent des ailes à la pensée et multiplient indéfiniment sa puissance. Il a appris par de redoutables épreuves que l’homme ne vit pas de pain seulement. On lui a dit et redit que le Christianisme est le salut des peuples comme il est le salut des âmes. C’est le grand argument que font valoir de nos jours ses défenseurs ; c’est celui qui a porté, et qui, peut-être plus qu'aucun autre, a changé l'hosülité voltairienne en respectueuse bienveillance. On s’est retourné vers le Christianisme quand, à l'encontre d’une thèse longtemps accréditée, on a vu qu'il avait semé ou vivifié sur la terre tous les ARTE de la civilisation et créé, à vrai dire, le monde moderne.
La faveur qu’a repris le Catholicisme tient essentiellement à cela. S'il a exploité les tendances esthétiques d’une certaine école littéraire (apologétique inaugurée par Chateaubriand), auprès
des hommes d’État et de cette foule effrayée, à diverses reprises,
par les périls d’un bouleversement, 1l s’est offert avec le prestige de son autorité. Il a dit : Vous ne pouvez avoir le progrès dans l'ordre que par moi. Il l’a dit, et on l’a cru, ou l’on s’est forcé de le croire quand tout le reste paraissait manquer. De là le retour des gouvernements et de l'opinion vers lui, en même temps
qu'une renaissance de la foi et Fe, la vie religieuse dans son
sein.
Le monde regarde surtout à l'influence morale et sociale de l'Evangile. Ce qu'il demande, ce sont les vertus célestes que l'Evangile annonce, et qui conjureraient les orages et donneraient à la terre la confiance et la sécurité. Il est tout simple, pour peu qu'on y réfléchisse, que le monde considère le Christianisme sous cet aspect et qu’il le juge à ce signe. A part l’intérèt puissant qui l'y pousse, il voit le Nouveau Testament en appeler lui-même à un critère semblable : Vous les connattrez à leurs fruits. Et puis, c’est par là, répétons-le, qu’on le lui a spécialement recommandé