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PRINCIPES D'ADMISSION, D'EXCLUSION ET DE SÉPARATION

J'ajouterai quelques remarques sur (rois principes auxquels j'ai souvent touché, mais qui méritent d’être repris, savoir : le principe d'admission, le principe d'exclusion et le principe de séparation.

Ces trois principes dépendent l’un de l’autre, comme ils dépendent eux-mêmes de la notion fondamentale de l'Eglise. On peut les envisager essentiellement ou au point de vue de la doctrine, avec la théologie ancienne, ou au point de vue de la vie, avec la théologie nouvelle, qui, du reste, sous ce rapport commé sous bien d’autres n’est pas aussi nouvelle qu'on Île croit (Donatistes, Cathares, etc.) Mais la question est absolument la même aux deux points de vue; et nous n'avons nul besoin de la

diviser.

Principe d'admission. — Les grandes Églises, ou Églises établies, s'accordent à considérer comme leur appartenant les enfants nés dans leur sein, en réclamant d'eux la confirmation du vœu de leur baptème quand ils sont parvenus à l’âge de raison. Elles s'accordent encore à admettre quiconque vient à elles, sans même exiger toujours une déclaration formelle de foi, un acte officiel d'adhésion. Pour tout dire en un mot, elles sont multhitudinistes. Le principe d'admission y est si large qu'il ne laisse aucune place au principe d'exclusion. Toutefois, cet état, où elles se trouvent généralement aujourd’hui, n’est point un résultat nécessaire de leur constitution; elles peuvent retenir les deux principes ; elles font profession de les retenir et s'altribuent le droit de les appliquer. Elles ont toutes des règles dogmatiques et disciplinaires qui les ont longtemps régies et qui, pour n'être plus en vigueur, ne sont pourtant pas abrogées;

monuments de ce que ces Églises ont été et de ce qu'elles peuvent redevenir.

Les Églises dissidentes, réprouvant le multitudinisme, ont relevé le principe d'admission et par suite le principe d’exclusion; mais à des degrés divers, suivant que leur puritanisme est plus ou moins sévère. Pour la dissidence rigide, l'Eglise se confond avec la communion des saints; on ne doit, dès lors, y recevoir ni y souffrir que des convertis. Mais si la dissidence a débuté par là, elle s’y est rarement tenue. L’expérience ayant démontré l'impossibilité de cet idéal, on a presque partout substitué à la foi réelle et vivante, dont Dieu seul est juge, une déclaration de foi, et à la régénération une forme de Ja piété. L'association des vrais croyants, ou des régénérés, qu’on avait voulue d’abord et qui serait seule logique, a fait place à l'associalion des professants.

À côté de la dissidence est le radicalisme individualiste, qui à pour bannière moins la vérité que la sincérité, demandant que chaque conviction religieuse, chaque conception du Christianisme groupe aulour d'elle ses adhérents et les constitue en Églises particulières. Cette tendance porte également à sa base le principe d'admission, par conséquent aussi celui d'exclusion, puisqu'elle à pour condition première une adhésion volontaire et réfléchie, puisqu'elle exige de quiconque veut devenir membre de la communauté, qu'il soit déjà ce qu'est la communauté elle-même, (

Pour juger le principe, prenons-le sous sa forme la plus rigoureuse, celle qu'il revêt dans le système des Églises pures. Là, les néophytes ou les candidats sont soumis à un sévère examen. Non seulement on exige d'eux un assentiment complet au symbole et au code établi, mais on demande des preuves de la réalité de leur foi et de léeur conversion. Et quand on a reconnu lextrème difficulté de réglementer ainsi l'intérieur des âmes, ce fait, s'il n'amène pas l'abandon du système, ne sert qu à en accroître la rigidité. -

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Selon nous, ce mode d'admission repose sur une fausse base ; — ilest contraire à la pratique de l'Eglise primitive, qu'il prétend rétablir; — il est interdit par l'Ecriture; — il attribue à l'homme ce que Dieu s'est réservé.

a) Il repose sur une fausse base, car il dérive d’une idée de l'Eglise qui n’est pas celle du Nouveau Testament. La notion scripluraire du Royaume de Dieu ici-bas, nous croyons l'avoir montré, est plus large el moins rigoriste, quoiqu'elle ait aussi la vérité et la sainteté pour fondement.

b) Il est en opposition avec la pratique de l'Eglise primitive. Dans les premiers Lemps on admettait sans noviciat ni examen; quiconque se présentait était reçu; Îles portes étaient ouvertes à qui déclarait croire et voulait entrer (Act. Ii, 41 et VIIT, 12. 13. 16). L’inconséquence du séparalisme puritain est ici manifeste. Il fait de sa conformité avec l'Eglise apostolique sa principale, si ce n’est son unique règle, et cette règle, il l’'abandonne sur le point le plus essentiel.

c) Il est interdit. Les paraboles de l’ivraie, du filet, des noces etc., annoncent que la séparation doit se faire seulement à la fin, et il est expressément défendu de chercher à l’opérer dès à présent (Maut. XIII, 29, 30; cf. L Cor. IV, 5).

d) Il est peu en harmonie avec les préceptes qui veulent que chacun regarde les autres comme plus excellents que soi (Phil. II, 3). Il nourrit une sorle d’inquisition pharisaïque, bien éloignée de l’esprit d'humilité et de charité, fond vital-du Christianisme. En prétendant déterminer qui est chrétien et qui ne l’est pas, il conduit plus ou moins à substituer un jugement d'homme au jugement de Dieu, qui seul connait ceux qui sont siens.

Dans le système de la simple profession, tel que le formulent soit la dissidence mitigée, soit le radicalisme libéral, le principe échappe, il est vrai, à la dernière et à la plus grave peut-être de ces considérations; mais les trois autres l’atteignent et le frappent toujours. Il méconnaît et la notion scripturaire de l'Eglise, et la pratique apostolique, et le devoir de la condescen-

dance dans l'intérêt de l’union. Le principe, en soi, n'est point contestable, car il ne fait que poser le droit inhérent à la société religieuse comme à la société civile de sauvegarder sa loi fondamentale; mais on l’exagère en l’isolant et on le fausse en l’exagérant : aberration qu'il importe d'autant plus de signaler qu'on y incline aujourd’hui en bien des sens. Nos Missions elles-mêmes, s'il m'est permis de le dire avec la réserve du respect, ne sont peut-être pas sans quelque chose d’erroné ou d’extrème à cet égard. Je doute que le long noviciat qu’elles font subir soit aussi d'accord qu’elles le croient avec la règle scripturaire; elles procèdent d’après la théorie des églises pures, alors même qu’elles appartiennent à des églises multitudinistes.

Du reste je ne voudrais pas être trop absolu dans ce jugement. Le système contre lequel il porte existe sur une grande échelle en Angleterre et en Amérique. Aux Etats-Unis il est l'ordre commun. C’est l’organisation des Presbytiériens, des

Congrégationalistes, des Baptistes, des Méthodistes et de bien.

d’autres. Aussi toutes ces dénominations se divisent-elles en deux classes d’adhérents, les communiants (église) et les noncommuniants (congrégation); constitution ecclésiastique particulière aux temps modernes (car elle ne ressemble ni à celle de l'âge apostolique, ni à celle de la Réformation), et devant laquelle on s'arrête, alors même qu'on ne saurait l’approuver entièrement. Peut-être est-elle imposée par l’état actuel des choses?

Quoi qu'il en soit, en présence des faits, même les plus impé-

rieux, ne laissons pas périmer les principes. A travers la situation anormale de nos temps, dont il faut bien tenir compte,

regardons toujours à la norme scripturaire. Que notre cri de.

ralliement soit toujours celui de la Réformation : À {a loi et au témoignage ! | on, 0

Principe d'exclusion (excommunication). — Il existait dans la Synagogue (1) (Luc VI, 22; Jean IX, 22 et XII, 42). Il

(1) On distinguait chez les Juifs trois degrés d’excommunication* le Niddaï qui durait 30 jours, le Kerem qui privait de tout commerce religieux

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NOTION SCRIPTURAIRE 1457

semble formellement donné par le Nouveau Testament. Les passages qui s’y rapportent peuvent se ranger en deux classes : a) ceux qui paraissent l’impliquer (Rom. XVI, 17 : « Je vous exhorte à prendre garde à ceux qui causent des scandales contre la doctrine que vous avez apprise, et à vous séparer d'eux » ; IL Cor. XIII, 2; Gal. V, 12 ; I Tim. VI, 5 ; IL Tim. IL, 5; Tite III, 10.); 4) ceux qui paraissent l’affirmer (Matt. XVIII, 47 : « S'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il te soit comme un païen, etc. », I Cor. V, 3-5; Gal. I, 8-9; II Thes. IIT, 14; I Tim. [, 20). Quelque positifs que soient à première vue ces passages, un fait remarquable tend à jeter du doute sur l'interprétation qu’on en a communément donnée et sur l'application qu’on en a faite. Parmi les nombreux désordres de doctrine et de conduite signalés dans les écrits apostoliques, nous ne trouvons aucun exemple d’excommunication proprement dite, ou d’exclusion de l'Eglise par l'Eglise. Les seuls cas qu’on allègue sont ceux de l'incestueux de Corinthe (I Cor. V), d'Hyménée et d'Alexandre (1 Tim. I, 20), d’Ananias et de Saphira (Act. V, 5). Mais dans le premier il s’agit d’un crime d’une telle énormité, que parmi les païens eux-mêmes on n’entendait parler de rien de semblable, ainsi que le fait observer saint Paul. « Cet homme-là aurait pu être excommunié par les habitants de Sodome », suivant la vive remarque de M. Bost. Et puis, quelle est la peine infligée et qui l'inflige ? C’est une punition extranaturelle, et c’est l'Apôtre qui la prononce. Même observation sur ITim. I, 20 et Act. V,5. C’est toujours du miraculeux et par conséquent de lexceptionnel. Partout aïtleurs, des exhortations à se garder des faux frères et des faux docteurs; partout des censures, des menaces, des

et civil, mais qui pouvait être levé, la Schammata qui était sans espoir. L'excommunication était généralement précédée de l’avertissement et de la censure. Dans le catholicisme on a distingué l’excommunication mineure (exclusion de l’eucharistie) et l’excommunication majeure (exclusion de l'Eglise). L'excommunication d'une ville, d’un peuple, a été appelée interdit. |

ONE Pen D TOR SO RE ELISA ET EU DE SR EEE MERE NOT SSP SEINE . 3

vœux pour que l'Eglise soit délivrée des personnes ou des doctrines qui la déshonorent et la troublent ; rien de plus. Nousne la voyons jamais intervenir elle-même, ou par ses conducteurs réguliers, pour rejeter hors de son sein l’hérétique ou le profane, comme elle aurait dû le faire si elle eut été régie par le principe d'exclusion, tel qu’on l’a fait plus tard. Rappelons-nous son extrême condescendance envers les judaïsants, avec lesquels elle transige au lieu de les frapper.

La largeur du principe d'admission faisait faiblir le principe d'exclusion, car ils dépendent l’un de l’autre. On a cru quelquefois être plus fidèle à l'esprit du Nouveau Testament, en supposant qu'on doit être facile à admettre et sévère à exclure; mais on oubliait la corrélation interne et indissoluble des deux faits. D'ailleurs la pratique des premiers temps ne confirme point cette manière de voir. |

Il importe de remarquer encore que dans les prescriptions et lés exhortations sur lesquelles se fonde le principe, objet de notre examen, ce qui domine généralement, c’est le point de vue moral ou religieux plutôt que le point de vue dogmatique ou disciplinaire, tandis que dans l'application du principe, c'est de l'intérêt du formulaire établi qu'on s’est surtout préoccupé.

On a beaucoup insisté sur Matt. XVIII, 15-18, où l’on croit trouver et la loi et la forme de l'exclusion ecclésiastique, en particulier la règle des deux avertissements préalables : « Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le, etc. » Mais l'examen élève des doutes sérieux au sujet de ce texte qui paraît si exprès et si décisif au premier abord. 1° Il fait ailusion à une coutume de la Synagogue (1), et rien ne prouve qu'il doive s'appliquer dans sa lettre à l'Eglise chrétienne, plus que bien d’autres. (CF. Matt. V, 23). 2° Il s’agit là de différends ou d’injustices privés, non de fautes et d'erreurs qui provocassent l’excommunication

(Cf. L Cor. VI, 1-8.); aussi n'y est-il pas question d’exclu- .

(4) Voy. Basnage, « Hist. des Juifs » T. III, p. 791. Ge 22

n a RÉ RAT nsédèe,- Dis ét ON ERSEE 4

NOTION SCRIPTURAIRE 159

sion ecclésiastique. Tout ce qui s'y trouve, c'est que si l’offen-

seur ne tient comple ni de l'avertissement privé ni de l’avertissement officiel, l'offensé peut le considérer comme dépourvu de piété réelle. « Qu'il Le soil comme un païen, etc. », dit le Seigneur (£srw so:) et non pas qu'il vous soit; de sorte que, en fin de comple, ce passage en apparence si formel, semble ne point toucher au sujet.

En étudiant avec quelque attention les enseignements et les actes aposloliques, on découvre entre la pratique et la théorie une sorte de contradiction dont on s'étonne plus qu’on ne devrait. De semblables énantiophanies se manifestent à bien d’autres égards; et nous avons déjà rencontré celle-ci, sous une forme plus générale, entre la condescendance et la fidélité. Elle tient à la nature mème des choses. En principe, l'Eglise ne se compose que des âmes unies à Jésus-Christ par une foi vivante, car « quiconque n'a point l'Esprit de Christ n'appartient point à Christ » (Rom. VII, 6-9). En fait, elle renferme une foule de personnes étrangères à cet esprit et, par conséquent, aux disposilions qui constituent le Royaume de Dieu au dedans de l'homme (Rom. XIV, 17. En principe, il ne devrait s’y trouver que des chrétiens de cœur; en fait, et dans tous les temps, il s’y est trouvé une multitude de chrétiens de nom. Que l’on compare sous ce rapport les Paraboles et les Epiîtres, dont les premières regardent surtout au fait et les secondes au principe, par la raison toute simple que là est l'histoire, l’histoire anticipée, et ici la loi. 11 faut reconnaître et le fait et le principe. Le principe

se rapporte à l'Eglise telle qu’elle devrait étre, revètue de vérité

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et de sainteté, et rejetant hors d’elle toute erreur et toute souillure ; le fait, ressort de l'Eglise telle qu’elle est ici-bas, mélange inévitable de bien et de mal, supportant l'ivraie de peur d’arracher le bon grain, se refusant à l'emploi de la contrainte parce que ses armes ne sont point charnelles, ouvrant son enceinte à tous ceux qui veulent entrer, pour les placer et les lenir sous l’action de la Parole divine. Aussi les Epitres, tout en insistant

sur Je principe, font-elles au fait une large part. Bien certaine-

ment, la discipline rigoriste, de quelque manière qu’elle s'exerce, est moins en harmonie qu'il ne peut le sembler d’abord avec l'esprit évangélique, dont l'humilité, le support, la mansuétude font l'essence. D'ailleurs, à côté de ses effets préventifs qui frappent immédiatement et paraissent l'appeler et la légitimer, elle a des inconvénients et des dangers terribles; elle tend à transformer l'Eglise en une sorte de tribunal d'enquête, où

chacun s'occupe des autrés plus que de soi, s’inquiétant de la. paille qui est dans l’œil de son frère plus que de /a poutre qui

est dans le sien, et négligeant, jusqu’au pied de la table sainte,

de s’examiner lui-même pour juger ceux qui l’entourent. (C’est le même principe des églises pures qui pose, relativement à :

la Cène, non seulement qu’elle n’est que pour les régénérés, mais qu'on ne peut y parliciper qu'avec eux): écarts déplorables, sensibles surtout dans les petites congrégations, aberrations fatales qui engendrent la pire des dispositions antichrétiennes, ce pharisaisme des saints, cet orgueil spirituel, qu'ont foudroyé le Seigneur et les apôtres.

Il résulte de là que si le principe d'exclusion est donné par l’'Ecriture, il l'est de manière à rendre infiniment circonspect dans l'application. 5 |

Aussi en est-on venu à penser que Ja discipline chrétienne, celle que recommande et impose l'Evangile, doit s'exercer, moins par des actes judiciaires, que par la tendance générale et la sainte jalousie de la communauté, par l'influence de sa foi et de sa vie, par cette puissance morale devant laquelle le mal se retire ou se cache; et, à quelques exceptions près, on interprète

en ce sens les passages sur lesquels s'était fondé le droit et le . devoir de l’excommunication. Il est certain, en effet, que la plupart de ces textes s'adressent, non à l'Eglise comme corps, .

comme institution, mais aux disciples eux-mèmes qui doivent

éviter, autant que possible, tout contact avec l'erreur et le péché,

de peur d’en être séduits ou de paraître les approuver. Discipline

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