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semblable à celle que le monde lui-même exerce contre certains désordres (inconduite des femmes, par exemple), et qui est positive aussi bien que négative, car elle joint aux préceptes qui ordonnent de s'éloigner du mal, ceux qui prescrivent de le reprendre et de le surmonter par le bien. Mais sous ses deux formes, son élément est la liberté, son arme la persuasion, sa force celle de la vérité et de Ja vertu, son caractère le concours de tous.
Il en est des obligations chrétiennes à cet égard, comme de celles qui concernent le soin des pauvres. L'Evangile recommande instamment l’aumône; il la prescrit à l'Eglise entière et à toutes les conditions (pite de la veuve) ; mais il ne constitue pas l'Eglise en une administration de secours, quoiqu'il existe quelques faits dont on pourrait le conclure (Act. IV, 34 et VI, 1-3 ; II Cor. VIIT, 13. 14). Or, l’aumône individuelle et libre est tou. jours salutaire, tandis que l’aumône imposée, légalisée, entraîne à la longue des abus désastreux. La {axe des pauvres, qui semblait devoir arrêter l’indigence, est devenue une plaie et un péril là où elle s’est établie (en Angleterre, par exemple). Analogie instruclive, dit-on, qui doit inspirer de la réserve et de la défiance dans l’organisation de la discipline.
Il y a assurément de la vérité dans ces vues; elles ont, à bien | des égards, pour elles, l’esprit sinon la lettre des Livres saints. Onne saurait cependant les ériger en règle absolue. fl est diffi-
cile de refuser à l'association religieuse, non plus qu'aux autres associations, le droit d'admission et d’exclusion, car ce serait leur refuser le droit de défendre ou de maintenir dans leur sein ce qui fait leur sécurité et, à vrai dire, leur raison d’être. C’est leur doctrine qui les a fondées, c’est elle qui les maintient. Peutêtre tout se concilierait-il par une observation bien simple, dont on a tenu trop peu de compte, mais que recommande Île mouvement de nos jours. Îl faut distinguer la congrégation générale du corps enseignant et dirigeant. L'Eglise ne peut accorder
dans les deux cas la même latitude. Elle doit assurer sa foi dans A1
ses académies el dans ses temples, sous peine de compromettre sa paix au dedans, son action au dehors et, à la longue, son existénce elle-même, puisqu'elle permettrait à ceux qui sont préposés à sa garde de saper jusqu’à ses fondements. Ce serait l’organisation du désordre. |
Principe de séparation. — La question du schisme, au sens ecclésiastique, c’est-à-dire d’une rupture ouverte et complète, n’est pas directement traitée dans le Nouveau Testament. Il ny est parlé que de dissensions intestines (1 Cor. [, 10; III, 3; XI, 18; Gal. V, 20). Dès lors, quand nous voulons décider cette question par l’Ecriture, nous sommes réduits, faute de déclarations expresses, à des inductions tirées des principes et des faits.
On a distingué la séparation du schisme : distinction purement arbitraire ou conventionnelle, née de ce qu’admettant généralement que la scission peut être licite et même obligatoire dans certaines circonstances, on a voulu la désigner par des termes différents, selon qu’on la jugeait légitime ou illégitime. Le nom de « séparation » lui est appliqué dans le premier cas, celui de « schisme » dans le second. On a dit que si tout schisme est une séparation, toute séparation n'est pas un schisme; qu'elle ne l’est que lorsqu'elle a lieu pour des raisons insuffi santes. Ainsi, dans la langue officielle du Catholicisme, les Novatiens, les Donatistes furent schismatiques, quand ils formèrent des églises à part; mais les Orthodoxes, qui se séparèrent des Ariens devenus maîtres des conciles et des temples, ne le furent pas.
Quelques théologiens catholiques, rejetant cette distinction, ont soutenu que toute séparation est illicite, par conséquent schismatique, et que lors même qu’on jugerait l'Eglise tombée dans les plus graves erreurs on ne serait point autorisé à l’abandonner pour ériger un autre ministère et un autre culte. D'un autre côté, bien des théologiens protestants ont affirmé qu'il n'y , a schisme, dans le sens véritable, que quand on s’éloigne sciem-
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ment et volontairement de Jésus-Christ, centre réel de l'unité ; qu'il n’y en à pas et ne peut y en avoir à se séparer d’une Eglise quelconque, lorsque c’est pour suivre plus fidèlement l'Evangile; qu’il y en aurait au contraire à demeurer membre d'une Société où l’on ne trouverait point dans leur intégrité la doctrine et la discipline apostoliques, puisqu'on ne pourrait rester uni avec elle qu'en rompant avec le Seigneur. A ce point
de vue, fort commun aujourd'hui, la séparation n'est jamais
schismatique ; elle s'impose, au nom de la conscience, toutes les fois qu'on diffère à quelque égard de la communion dont on faisait partie. Or, où cela mène-t-il? Pour être conséquente avec son rigorisme, de même qu'avec le principe scripturaire de l'unité, chaque congrégation formée sur cette base devrait aller, comme le Catholicisme, jusqu’à maintenir qu’elle est seule l'Eglise de Dieu, la vraie Eglise; et quelques-unes l'ont fait.
On distingue encore la séparation en négative et positive. La première a lieu quand, sans rompre avec l'Eglise, on s’abstient de toute participation à celles de ses croyances et de ses pratiques qu'on juge entachées d’erreur ou de superstition; la seconde, quand on en sort pour former une Église nouvelle.
Cette dernière, la seule dont nous ayons à nous occuper ici, peut-elle être licite ? C’est une question qui mérite d’être reprise.
Nous avons dit que toutes les communions y font une réponse affirmative, de quelques réserves qu’elles s’environnent d’ailleurs. Il est évident, en effet, que la séparation peut, en certains cas, devenir non seulement légitime, mais absolument obligatoire. Le droit de séparation est la contre-partie du droit d'admission et d'exclusion. Comme le droit d'admission et d'exclusion est la garantie de l'Eglise, le droit de séparation est le boulevard de la conscience individuelle. Si l'Eglise peut rejeter hors de son sein les personnes qui, refusant de se soumettre à sa règle de foi, gènent sa marche ou compromettent son existence, les personnes qui ne trouvent plus en elle l'aliment de vérité et de vie dont elles ont besoin peuvent chercher
ailleurs ce qu’elles croient /a voie de Dieu. L'exercice de ce droit, l’application de ce principe peut être contestable dans tel ou tel cas; le droit, le principe lui-même ne saurait l'être. Seulement, au-dessus de ce droit, il est des devoirs qui le règlent; et chacun répondra de l’usage qu’il en aura fait.
L'Eglise peut être considérée et comme rendant hommage à la vérité devant le monde, et comme traçant devant ses adhérents le sentier du salut. Si elle laisse obscurcir la lumière divine entre ses mains, elle n’est plus qu'un témoin et un guide infidèle qui met en péril la voie de la vie. Quoiqu'il n’existe sans doute aucune communion qui n’ait des disciples et des cohéritiers de Christ, il n’en résulte pas qu’il soit égal de vivre dans l’une ou dans l’autre de ces communions diverses. Même en accordant que toutes retiennent au fond la vérité sainte, et qu'aucune peut-être ne la présente dans sa pleine et pure intégralité, ce fait ne serait ni la justification ni l’excuse de l’indifférentisme chrétien, qui veut qu’on demeure dans l'Eglise où l’on est né, comme l’'indifférentisme mondain veut qu'on ne quitte pas la religion où l’on se trouve, sous prétexte que toutes sont bonnes. Il ÿ a un avantage incalculable à vivre dans une Eglise où la Parole divine est fidèlement annoncée, où respire le pur
esprit de l'Evangile : le salut ÊURE dépendre de là. La rupture peut être plus qu'un intérêt, elle peut être un
devoir. Elle l’est, par exemple, lorsque l’Église à laquelle on appartient altère les vérités fondamentales du Christianisme, et que, ne permettant pas la séparation négative, elle prétend contraindre à professer ses erreurs dogmatiques et morales: lorsqu'elle va jusqu'à interdire la discussion des points sur lesquels on diffère d'avec elle, car le chrétien peut se trouver dans la nécessité de proclamer sa foi, sous peine des jugements prononcés contre ceux « qui retiennent la vérité injustement captive » (Rom. 1, 18). « Quiconque aura eu honte de ma parole etc. » (Luc IX, 26). Ce fut la position de nos pères vis-à-vis de l'Eglise romaine.
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Au sein du Protestantisme, il peut se produire des divergences tellement graves, qu’elles constituent, à la lettre, des religions différentes, et qu’elles fassent de la scission une obligation en en faisant une nécessité. Ainsi vis-à-vis de ces mille rationalismes qui aboutissent à la négation du christianisme surnaturel, et par conséquent du christianisme réel, s'ils devenaient dominants et s’emparaient des académies et des temples. Autre chose tolérer les tendances rationalistes qu'amène plus ou moins chaque phase du mouvement théologique, autre chose leur livrer la direction de l'Eglise et la cure des âmes.
Le droit de séparation est donc incontestable. Il se fonde sur celui de ramener la croyance, le culte et l'Eglise entière à la règle éternelle dont elle ne doit point s’écarter, — sur celui que l'Evangile accorde à tout chrétien de comparer les doctrines qu'on lui propose, et plus encore, sans doute, celles qu’on lui
| impose, avec les Saintes-Ecritures (Act. XVIL, 11), — sur celui que possède tout homme de servir le Seigneur selon ses conviclions, — c'est-à-dire, en définitive, sur la liberté de conscience et de culte, ce grand principe vers lequel tout porte de plus en plus.
Mais ce droit a des bornes, qu'il faut reconnaître et respecter.
#* Il tient, nous l'avons vu, à l’une des tendances évangéliques, à cette sainte rigidité qui veille avec une scrupuleuse jalousie sur le dépôt de la foi. Or, à côté de cette tendance, nous l'avons vu aussi, il en est une autre également sainte et obligatoire, destinée à la régler, et qui prescrit des concessions étendues dans l'intérêt de l’union. Le droit de séparation est donc limité comme le principe où il a sa base. En thèse générale, la séparation n’est un droit qu’autant qu’elle est un devoir. Le précepte de la fidélité est restreint par celui de la condescendance. Il y a là deux obligations collatérales qui lientégalement le chrétien. La séparation ne devient légitime que lorsque le support est devenu impossible, ou, en d’autres termes, lorsqu'il serait décidément cri-
minel, Là est la limite. Si on la dépasse dans un sens ou dans
l’autre, on sort de la ligne tracée par les Écritures, et l’on tombe dans les excès du séparatisme ou du latitudinarisme.
Nous avons assez signalé ailleurs les résullats théoriques et pratiques de ces deux tendances, pour n’avoir pas besoin de nous y arrêter ici. Disons un mot du rapport de l’Eglise avec Île monde dans l'opinion intermédiaire, à laquelle nous nous rattachons, et qui place le parvis à côté du sanctuaire dans le Temple spirituel.
En pénétrant dans l'Eglise, le monde tend à y porter l'esprit formaliste, qui substitue des apparences trompeuses aux saintes réalités de la foi et de la vie chrétienne. C'est à l'Eglise d’y veiller. Il faut qu’elle tienne le monde sous sa direction. La rela-
tion qu'elle contracte avec lui en tant qu'’universaliste ou mul-
titudiniste, elle ne doit pas, elle ne peut pas la laisser aller jusqu'à mettre en péril la règle de la vérité et de la sainteté. Et s'il ne lui reste pas d’autre ressource pour remplir ce devoir suprême, elle brise les formes dans lesquelles le monde voudrait la retenir captive ; ou si elle s’y refuse, les fidèles se retirent à ce cri d’'En Haut: « Sortez du milieu de Babylone, mon peuple!»
Il'en est, à bien des égards, de l'Eglise comme de l'Etat, et des devoirs du chrétien comme de ceux du citoyen. Des deux - parts, l'autorité et l'obligation dérivent de la dispensation et dé la volonté divine (Rom. XIII; Eph. IV, 11-13). En principe, le chrétien doit rester allaché et soumis à l'Eglise comme le citoyen à l'Etat. Mais, des deux parts, existe le droit de protestation. Et cela dans les cas extrêmes, où l'institution établie pour la vérité et le bien se met au service de l'erreur et du mal. Une sorte de souveraineté individuelle, qui est pour la conscience le droit de vivre, subsiste à côté du pouvoir constitué; force redoutable qui, dans la société religieuse de même que dans la société civile, ne doit agir que comme l'orage dans l’atmosphère, et ne saisir un instant l'empire, dans l'intérêt des principes, que pour l’abdiquer l'instant d’après, dans l'intérêt de l’ordre. Après avoir brisé une organisation vicieuse, son rôle
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est de disparaître dans l’organisation nouvelle qu’elle a provoquée, et, si je puis ainsi dire, de faire rentrer le droit dans le devoir. L’insurrection permanente n’est pas plus la loi de l'Eglise que celle de l'Etat.
Et puis, le droit de séparation et le devoir de l'union n'ayant rien d'absolu, ainsi que l’indétermination scripturaire le démontre et que l'étude des faits le rend évident, ce qui motive la rupture à certaines époques peut ne pas la motiver à d’autres. Dans les périodes organiques, dans les temps de croyance générale et de vie régulière, elle peut être légitimée par une atteinte
plus ou moins grave au formulaire de doctrine ou de discipline,
alteinte de telle nature qu’elle fasse céder les obligations de la condescendance à celles de l’ordre. Dans les époques critiques, au contraire, dans les temps où les bases du Christianisme et son essence vitale sont elles-mêmes en cause, le droit de séparation se restreint et le devoir de l'union s’élargit à proportion. Tout peut y dépendre d’une question dogmatique ou critique, devenue la question de vie ou de mort. |
Là est alors le vaisseau de l'Evangile qu'il faut sauver du
naufrage; et tous ceux pour qui il est l’Arche de salut, doivent
se serrer dans un effort commun; là est le combat de la foi, auquel ils doivent se porter ensemble, en faisant trève à des
divergences secondaires, quelque sérieuses qu'elles soient en
elles-mêmes, comme cessent dans l'Etat toutes les luttes de
parti en présence d’une invasion. Peut-être arrivons-nous au
moment où la question suprême se posant entre le christianisme biblique et divin el un christianisme philosophique et humain, et se concentrant sur le fait fondamental de la révélation, :1l suffira pour être membre de l'Eglise de l’admission de ce fait
unique, dogme des dogmes, «articulus stantis aut cadenhs
Ecclesiæ ». Etrange éventualité, qui menace de se changer en réalité. Dès lors, tout irait s'appuyer sur un point dont on se préoccupait fort peu jusqu'ici, parce qu’il était universellement
convenu. L'article de la divinité des Ecritures, tenu pour incon-
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testable, était simplement rappelé dans les anciens formulaires (ceux des grecs et des latins, comme ceux des réformés). En ces derniers temps encore, cet article était hors de cause entre ce qu'on nommait parmi nous rationalisme et méthodisme; le
rationalisme l’élevait aussi haut que le méthodisme, et plus, en
un sens, car il en faisait son seul point fondamental; sa maxime
était : « l’Ecriture, rien que l’Ecriture ». Tout a changé par l'avènement de cette direction philosophico-critique qui s'at-
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taque, non plus seulement au vieux dogme protestant, mais au
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principe protestant lui-même, mettant en question jusqu à l’authenticité des Livres saints. De là un ébranlement et un bouleversement général ; car, ainsi que nous avons eu occasion de le
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montrer ailleurs à diverses reprises, du principe la méthode, et finalement la doctrine. Si la doctrine évangélique paraït rester
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plus ou moins, en divers cas, là où l’autonomie de la conscience
s’est substituée à l’autorité de la révélation, ce n’est que par
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l’équivoque des termes, ou parce qu'il reste plus qu’on ne croit du principe ancien. Il est bien clair, en particulier, et pour restreindre cette observation à notre sujet actuel, que lorsque le
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surnaturel disparaît de l’Ecriture, il disparaît aussi de l'Eglise qui, perdant 2pso facto son caractère d'institution divine, devient
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une association comme une autre.
En somme donc, les conceptions et les applications différentes des trois principes que nous venons de passer en revue tiennent à la notion qu'on se fait de l'Eglise, comme la notion
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de l'Eglise tient, en thèse générale, à celle qu’on se fait de l'Écriture. Si la notion qu’on se forme de l'Eglise, là même où l’on retient la révélation biblique, est partielle et conséquemment excessive dans un sens ou dans l’autre, on incline ou vers l'extrème puritanisme ou vers l'extrême multitudinisme; et, selon que la pente est plus ou moins prononcée, on est plus ou moins sévère pour l’admission, l'exclusion et la séparation.
La notion scripturaire de l'Eglise est bien le fait-principe.