‹ De l'égliseChapitre 38 sur 76 · DR IE REP · texte numérisé non relu

DR IE REP

Der MN à

Jésus-Christ, saint Jean, le disciple bieu-aimé, qui survécut d'environ trente ans à tous ses collègues, aurait été soumis à un simple évêque, lorsque toutes les Eglises ont dû, au contraire, regarder plus que jamais vers lui. Comment admettre cela, sans fouler aux pieds tous les principes évangéliques d’après lesquels les apôtres se séparent si formellement et des ministres ordinaires et des autres ministres extraordinaires ?

En dernier résultat, l'opinion catholique est en opposition avec l’analogie de l'Ecriture et de la foi; de plus, la chaine de l'argumentation, qu’elle rallache à quelques textes isolés, se brise sur divers points, pour peu qu’on la soumette à l'épreuve, et tous les efforts de la dialectique ne sauraient la renouer. Les deux fails qui lui servent de base, savoir que les évêques ont succédé aux prérogatives des apôtres, et les papes à celles de saint Pierre, prince des apôtres, ne sont que des assertions sans preuve et conséquemment sans valeur.

L'argumentation catholique, quand elle s’appuie sur la Bible, a un autre défaut, souvent signalé ; elle roule dans un cercle et renferme une pétilion de principe ; Car, au point de vue romain, l'autorité des Ecritures dépend de lEglise. Le témoignage

infaillible de l'Eglise fonde seul la foi des peuples à la divinité

comme à l’authenticité des Ecritures ; seul, il en révèle et en détermine le vrai sens. Comment asseoir, dès lors, les titres de

l'Eglise elle-même sur les déclarations d’un livre dont la ecrédi-

bilité, l’enseignement, le langage restent absolument incerlains aussi longtemps que l’oracle qui le légitime et l'explique n'est point reconnu ? C’est une règle éternelle du raisonnement qu'on

ne peut prouver un fait ou un principe par un autre, à moins

que ce dernier ne soit évident de lui-mème où qu'il n'ait été

préalablement démontré. Or, on fait de la Bible un livre scellé

jusqu’à ce que l’Église, qui seule en a la clef, l'ait ouvert ; et l’on veut prouver par la Bible ce droit de l'Eglise, lorsqu'il est encore en question; comme si les passages qu’on cite élaient, par leur clarté, en dehors de la règle commune. Logiquement,

le Catholicisme n’en appelle à l'Ecriture en faveur des préro-

gatives qu'il s’attribue, qu’en manquant-à son caractère fondamental (1).

(1) Disons ici quelques mots d’une question qui se rattache à celle qui

nous occupe : l'Eglise peut-elle faillir et périr entièrement? Oui, ont dit

les Sociniens et beaucoup d’Arminiens, puisque toutes les églises particulières sont exposées à abandonner la vérité pour l'erreur; un corps, composé de parties toutes faillibles et périssables, ne saurait être infaillible et impé-

rissable lui-même. — Non, ont dit les catholiques, car, dans tous les cas,

l'infaillibilité et la perpétuité appartiennent à l'Eglise de Rome, mère et maîtresse des autres, et elle demeure jusqu’à la fin des temps la colonne de la vérité sur la terre. — La plupart des luthériens et des réformés, prenant un parti moyen, ont soutenu qu'il n’est pas possible que la vérité et la vie chrétienne, ni l'Eglise par conséquent, périssent jamais complètement dans le monde. Ils conviennent, avec les Sociniens, et en opposition avec les catholiques, que toutes les églises particulières peuvent tomber ; mais ils croient, d'accord avec ces derniers et en opposition avec les premiers, que l'Eglise, considérée en général, sera maintenue par la main de Dieu. Ils fondent leur première opinion sur les déclarations de l'Ecriture (Apoc. IT, 5) et sur les dépositions de l’histoire (églises d’Asie et d'Afrique). Ils fondent la seconde sur les promesses du Seigneur et sur l'expérience des siècles.

C'est à cette opinion moyenne que conduit l'Ecriture, étudiée sans prévention et en dehors de tout esprit de système. De là, en un sens, l’indéfectibilité et une sorte d’infaillibilité de l'Eglise ; de là, par conséquent, un dogme voisin de celui des catholiques, mais qui en diffère beaucoup en réalité, car il ne fonde pour aucun homme sur la terre, ou pour aucune assemblée d'hommes, les hautes prérogatives que le Catholicisme s’attribue. Tout ce que la promesse garantit, c'est la perpétuité générale de l’Eglise et de la vérité, sur laquelle l'Eglise repose. Le dogme protestant ne suppose que l’action commune de la Providence et de la grâce; le dogme catholique implique l'intervention surnaturelle du Saint-Esprit. Au point de vue

protestant, il existe une distinction profonde entre l'Eglise et les églises : les églises, avec leurs constitutions diverses, sont un fait humain, résultat

d'une conception humaine de l'Evangile; l'Eglise est un fait divin, qui domine les incessantes évolutions des idées et des choses, des opinions et des institutions ; la main de Dieu l’a établie, la main de Dieu la garde.

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