‹ De l'égliseChapitre 4 sur 76 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

Ce n’est pas seulement par son biblicisme que lauteur rappelle nos anciens docteurs véformés. Cest par toute sa conception de l'Eglise, En voici un exemple.

Après avoir cherché dans les deux Testaments les diftérents sens et les différentes applications du mot Eglise lui-même, il en relève tout spécialement deux « qui posent, dit-il, le double fait auquel vont sans cesse aboutir les discussions; le mot Eglise désignant la totalité des personnes faisant profession de christianisme ; et ce même mot désignant l’ensemble des vrais chrétiens, le corps mystique de Christ, la nation sainte ». In d’autres termes, ce mot désignant l’Eglise visible et Eglise mvisible. Non pas, naturellement, qu’il sagisse de deux Eglises distinctes ; il n’y en a qu’une, envisagée sous deux aspects différents et dite visible dans ses rapports avec le monde, invisible dans ses rapports avec Dieu.

Pour le dire en passant, il est vraiment étrange qu’on les disjoigne parfois au point de les séparer presque entièrement, tantôt au profit de l’une, tantôt au profit de l'autre. Ce ne sont pourtant pas plus deux Eglises, qu’un homme n’est tout âme ou tout corps. Il est l’un et l’autre, et l’Église aussi. Elle est visible, elle est corps, si l'on considère tous les appelés, à quelque communion chrétienne, qu'ils appartiennent; elle est âme, elle est invisible, si l’on considère les seuls élus, ou, comme on disait autrefois, les. prédestinés. Mais elle est une, en tout cas, puisqu'elle contient également et les uns et les autres.

L'enseignement évangélique est formel à cet égard. Sil y à de livraie et du froment dans le champ, il n’va qu'un champ; de la balle et du bon orain dans Paire, une ire;

PRÉFACE IX

de bonnes et de mauvaises choses dans le filet, un filet. Bons ou mauvais font donc partie, bien qu'à des titres divers, de l’Eglise, et c’est au fruit qu’ils produisent, qu’on distingue les élus des autres, ou, tout au moins, puisque Dieu seul connaît les siens, ceux qui semblent l’être.

Dire : il y a des Eglises visibles, et non pas une Eglise visible, c’est vouloir renfermer l'Eglise dans une communion visible unique, comme si l’idée de Punité de l'Eglise visible renfermait nécessairement celle de l'unité de communion. Tout l’effort de la controverse romaine sur ce point à tendu, pour des motifs faciles à saisir, à accentuer, sinon même à créer cette confusion.

Autant soutenir, d'ailleurs, qu'il n’y a pas une Has nité, parce qu'il v a des nations diverses. Au contraire, comme la confédération des nations, même ennemies, forme cette entité qu’on appelle lhumanité, ainsi la confédération des communions diverses forme l'Eglise visible générale. Ces communions, quelque divergentes qu’elles soient, sont les branches d’un même tronc. C’est cette Eglise générale qui est « répandue dans toutes les communions véritablement chrétiennes, et dans laquelle est renfermée la partie invisible, qui sont les élus et les vrais saints » (Jurieu) ; c’est elle dont on écrit l'histoire; eile qui comprend, ne füt-ce qu'à cause de leur baptême, tous les hommes qui ne sont ni apostats, ni mahométans, ni païens.

Mais, dit-on encore, chacune des Eglises ‘visibles, et l'Eglise romaine, en particulier, a la prétention d'être la vraie Eglise visible (car 1l y a une Eglise visible vraie et des contrefacons), plus encore que celle de lui appartenir. Je le reconnais. Seulement, outre que cette prétention vient de l'erreur déjà signalée, et qui consiste à croire que l'Eglise doit être renfermée dans une communion unique, la question n’est pas de SavOIr ce que chaque Eglise prétend, mais ce qui est. Et cela nous ramène.à la norme, :la

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seule norme, la Bible, que nous opposerons à toutes les prétentions particulières, notamment à celle de lEglise romaine. la plus singulière de toutes. Ne prétend-elle pas, en effet, faire dépendre l'autorité de la Bible de son autorité à elle, alors que, pour essayer d'établir cette dernière, elle est obligée d’en appeler aux textes mêmes de la Bible”? D'ailleurs, l'Eglise vraie a des marques qui la font reconnaître et que j'indiquerai tout à l’heure.

Qu’est-elle donc cette Eglise visible, concrète ? Cest, dit M. Jalaguier, « l’assemblage des personnes qui font profession de reconnaître Jésus-Christ, d’invoquer son nom, ou sur qui son nom est invoqué ». Jésus-Christ l’a fondée, les Apôtres l’ont constituée; elle est spirituelle, elle a une vie propre, autre que celle des royaumes de ce monde; elle est indépendante du monde dans tout ce qui touche à la conscience, soumise aux puissances établies pour le reste; elle a sa tâche, ses lois, ses institutions, les conducteurs qu’elle s’est donnés et un seul chef, Jésus-Christ. Et si, dans cette Eglise, 1il existe des communions différentes, l’état normal. l'idéal du Nouveau Testament, c’est la communion de la Chrétienté tout entière dans la foi et dans la charité. Cette Eglise visible vraie, Royaume de Dieu sous des formes et des conditions terrestres, est tout à la fois une institution providentielle et une libre association. Il y à. donc en elle un côté divin et un côté humain. Elle est en. même temps fille et mère de la foi ; fille, en tant que libre association; mère, eu ce qu’elle a été établie pour assurer le maintien et le développement de cette foi. En tout cas, elle n’est pas seulement, comme le voudrait l’'idéalisme individualiste, un produit de la foi et de la vie chrétienne; elle a bien une existence propre. Et si nous avons à maintenir ou à établir Son caractère de libre association vis-àvis des catholiques romains, nous devons aussi, vis-à-vis

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PRÉFACE XI

de certains protestants, mettre en relief son caractère d'institution divine et son existence visible objective. En d'autres termes, nous devons, qu'il s'agisse de l'Eglise ou des sacrements, — car les deux questions sont connexes, — nous tenir à égale distance de ceux qui matérialisent, par respect de la forme et de la lettre, et de ceux qui volatilisent, sous prétexte de spiritualiser ; et pour cela, comme partout et toujours, nous en tenir strictement aux enseignements de l’Ecriture.

Il va sans dire que je n’ai pas à donner ici les preuves bibliques que l’auteur accumule de ce double caractère de l'Eglise générale et visible. Mais je n’aurais pas voulu manquer de signaler l'affirmation formelle, au nom de ces preuves, de l’existence même de cette Eglise, envers laquelle le chrétien, qui participe à ses privilèges, a aussi des devoirs précis. {1 est assez connu qu'il y a un individualisme sectaire ou négateur qui le conteste, et semble ne pas hésiter à croire qu’on puisse tenir cette Eglise pour une quantité à peu près, sinon entièrement, négligeable.

. Donc, cette Eglise existe, et elle est à la fois une institution divine et une libre association. Ce dualisme a donné naissance à trois classes de théories. Deux sont diamétralement opposées, suivant qu’elles insistent sur l'institution

divine, sans tenir assez compte de la libre association, ou

qu’elles effacent,'au nom du droit individuel, l'institution divine. Le romanisme est l'expression la plus haute des

premières ; le séparatisme sectaire ou anti-dogmatique des

secondes. Les premières suppriment le droit indiviuuel; les secondes le font prédominer, au point de ne reconnaitre guère à l'Eglise « d'autre raison d’être que la communauté de foi et de vie ». Dissidents et négateurs se donnent donc la main, puisqué, des deux parts, bien que pour des motifs en apparence opposés, le droit individuel méconnait le

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