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de sa Providence? Cela est-il d'accord avec la grande loi de l'épreuve, qui s'étend à la recherche de la vérilé comme à la pratique de la vertu ? Toute l’économie sous laquelle nous vivons paraît fondée sur ce principe, si souvent invoqué par Pascal : « Assez de lumière, pour que ceux qui veulent sincèrement le « bien puissent découvrir le sentier de la vie ; assez d’obscurité, « pour que ceux qui aiment l'erreur et le mal puissent se faire « illusion à eux-mèmes. ». Celte sorte d’inévidence, ce mélange d'ombre et de clarté fait partie de notre épreuve religieuse, comme la lutte entre le penchant et le devoir, entre ja chair et l'esprit fait le fond de notre épreuve morale ; dispensation mystérieuse aulant que certaine, qui tient en activité l’intelligence et la conscience tout ensemble, et manifeste les secrets des cœurs.
Dieu nous offre sa Parole et sa grâce pour l’œuvre de la foi et pour l’œuvre de la sanctification. Il y a identité entre l'épreuve morale et l'épreuve religieuse. Ce sont, des deux parts, mêmes secours, parce que ce sont mêmes devoirs et mêmes dangers ; des deux parts, nous sommes à la fois conduits de Dieu et laissés entre les mains de notre propre conseil. On ne voit pas, en effet, pourquoi nous aurions élé empêchés, par une institution spéciale, de tomber dans l'erreur, plutôt que de tomber dans le mal. Et puis, l'Evangile respire un esprit de liberté et de spontanéité qui se concilie peu avec une autorilé directrice de tous nos acles et de toutes nos pensées, telle qu’elle s’est constituée
dans les Ordres religieux, qu'on peut considérer comme lexpres-
sion la plus complète du principe catholique (images du bâton, du cadavre). L'Evangile veut que chacun reste lui-même et suive sa conscience propre, sous l’action de la Parole et de l'Esprit de Dieu (Rom. XIV, 23; Phil. III, 15. 16); il implique des développements libres et divers. Aussi, rien n'y est-il rigoureusement déterminé ni dans les préceptes, ni dans les dogmes; il donne des principes plutôt que des formules et des règlements. Il se borne presque à couvrir devant nous la source des lumières et des forces spirituelles, en nous invitant à y puiser. La
responsabilité reste, aux deux égards, avec lépreuve. Il est dit de Jésus-Christ : « Voici, 1l est mis pour étre une occasion de « chute et de relèvement à plusieurs en Israël et pour étre en « bulle à la contradiction, en sorte que les pensées des cœurs « seront manifestées » (Luc I, 34. 35). Le Christianisme doit être, jusqu'à la fin des temps, ce que fut son divin Fondateur en Israël. Ce caractère de l’économie chrétienne permet bien peu de croire à une institulion extranalurelle, dont le but serait de rendre l'erreur impossible dans l'Eglise et de dispenser les fidèles du travail de la foi. Toutes les analogies conduisent à penser au contraire que Dieu, après avoir donné ses révélations
au monde, a laissé à chacun le devoir d'y chercher par
soi-même la voie du salut, c’est-à-dire qu’elles conduisent au
point de vue protestant.
De plus, si, de la convenance, de l'utilité, de la nécessité présumée: d’une dispensation divine, on pouvait conclure à sa réalité, où cela mènerait-i1? Ne serait-il pas infiniment avantageux que Dieu accordàt de loin en loin des dons miraculeux et prophétiques, ou qu'il intervint par d’autres manifestations providentielles, pour légitimer sa Parole et son Eglise aux yeux
du monde, pour faciliter la propagation de l'Evangile, pour
ranimer et raffermir la foi? Inférera-t-on de là qu'il le fait? Et à combien d'égards ne pourrait-on pas faire le même raisonne-
ment? N'aurait-il pas été bon, n’aurait-il pas été, ce semble, conforme aux vues de la céleste miséricorde que le Sauveur
vint immédiatement après la chule, — que les hommes ne
fussent pas abandonnés à l'erreur el au mal pendant quatre - mille ans, — que la révélation leur füt donnée en même temps à tous, — qu’elle se montrât si éclatante d’évidence que nul n’en püt méconnaître ni le caractère, ni le contenu divin ? Pourtant, rien de tout cela n’a eu lieu. Quel fondement reste-:t-1l donc à l'argumentation qui nous occupe, quelle certitude et quelle valeur au principe sur lequel elle repose ?
L’incrédulité s’est armée de ce principe et l’a retourné contre
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le Christianisme. L’appliquant aux faits que nous indiquions, elle a dit: Une révélation du Père des hommes doit s'adresser à (ous les hommes ; son universelle bienveillance et son impar-
tale équité le garantissent également; or, non seulement le
Christianisme n’est venu que fort tard, mais il n’est encore
connu que de la moindre partie des habitants de la terre ; donc,
il ne peut être ce qu'il se dit. — L’incrédulité a dit encore : Une révélation devrait porter des caractères si manifestes de vérité et de divinité que personne ne püt échapper à leur évidence, sans quoi le but de Dieu ne serait point atteint; or, ces caractères manquent au Christianisme, dont les doctrines et les preuves restent exposées à de nombreuses difficultés ; donc, elc.. On a tourné en mille sens ce genre d'argumentation contre l'Evangile. Il faut donc que les catholiques reconnaissent que Dieu ne donne pas toujours ce qu'il nous semblerait convenable ou nécessaire qu’il donnât, et qu'ils confessent, par cela même, que leur argument croule avec le fondement qui le porte; ou bien qu'ils s’arrangent avec l’incrédule, en lui prouvant que les prémisses dont ils partent valent bien pour eux, mais qu’elles ne valent pas pour lui; car ces prémisses sont les mêmes des deux parts, seulement on les emploie dans un cas sous forme négative, dans l’autre sous forme positive; ici, on s’en sert pour édifier, là pour ruiner; ce n’est qu'une différence de direction.
Ajoutons que le principe, poussé logiquement, peut servir à renverser le dogme qu’on lui fait fonder. Car, si l’on en déduit que Dieu à dû donner une autorité infaillible, on peut en déduire également qu’il a dû la légitimer par des témoignages ou des, signes manifestes que, décidément, le Catholicisme ne
possède pas.
Le principe catholique fait plus qu’éveiller par contre-coup les atlaques de l'incrédulité. C’est le principe de l'incrédulité luimême. Sondez les objections de l’incrédulité, et vous y trouverez
presque toujours le procédé aprioristique que nous y indiquions.
C’est par cette méthode qu’elle a généralement battu en brèche
soit les faits, soit les dogmes chrétiens; c’est par des notions préconcues de théodicée, d'anthropologie ou de cosmologie qu’elle a essayé de démontrer l'impossibilité de la doctrine et de l'histoire évangélique." La chaîne des causes et des effets est indissoluble, a-t-elle dit, les lois de la nature sont immuables, l'ordre universel des choses ne souffre pas d'interruption ; done, il ne peut y avoir ni miracle, ni révélation au sens propre; donc, le Christianisme, qui a pour base une intervention divine immédiate, exceptionnelle, surnaturelle, ne saurait être admis, du moins lel que l'ont fait les Ecritures et que l’a cru l'Eglise. — 11 est impossible, a-t-elle dit encore, que Dieu se soit fait homme, — que l’innocent ait été substitué aux coupables devant
la justice céleste, — qu’une dispensation aussi extraordinaire
que la rédemption par l’incarnalion et la passion du Fils de
Dieu ait eu lieu en faveur d'un monde tel que le nôtre, qui n’est
pas dans l’immensité de l'univers ce qu'est un grain de sable
sur les rivages de l'Océan, etc., etc.; donc, l'Evangile, dont ces
doctrines constituent le fonds essentiel, ne saurait être une réalité.
Ce que nous relevons dans cette argumentation de l’incré-
dulité, portée tantôt sur un point tantôt sur l’autre, selon l'es:
prit du temps, mais toujours essentiellement la mème, ce qui la place dans la même catégorie que l'argumentation catholique,
dont elle devient ainsi la mesure, c'est la prétention de juger
de ce qui est par ce qu'on juge devoir ètre ou ne pas être, d'établir ou d’invalider les faits par des spéculations sur la
nature des choses, c’est-à-dire par des conceptions idéales qui
ne sont que de pures présuppositions, oubliant que les faits ne
se créent ni ne se renversent par le raisonnement, qu'ils se
constatent par l'observation ou par le témoignage, témoignage
humain dans l’ordre naturel ou historique, témoignage divin
dans l’ordre surnaturel, Ce n’est pas seulement chez l'incrédulité savante que règne le principe apriorislique, il domine également chez l’incrédulité populaire. Approchez les esprits forts de
cette classe, ces philosophes de village ou d'atelier, aujourd’hui si nombreux, écoutez les raisons d’après lesquelles ils rejettent les croyances évangéliques comme des contes ou des duperies, vous trouverez presque loujours que c’est quelque idée qu'ils se sont faite, dans leur philosophie de bas étage, et qu’ils opposent aux Ecritures avec une confiance absolue. Une pauvre femme me disait à Monoblet (1), dans une de ces réunions qui se formaient le soir à la porte de la maison que j'habitais, qu’elle ne pouvait croire à la résurrection des morts, ni par conséquent à la Bible qui l'annonce, parce que si les morts revenaient, il n'y aurait pas de place pour tous; et l'argument paraissait péremptoire à plusieurs des assistants. J'essayai de leur faire comprendre ce qu'est ce Ciel étoilé qui brillait devant nous, en les renvoyant à celte parole du Seigneur : « I/ y a de nombreuses demeures dans la maison de mon Père ». Bien des sysièmes de la haute spéculation théologique et philosophique m'ont rappelé le mot de cette brave femme. On se fait son monde à côté du monde de Dieu ; et l’on nie dans le monde de Dieu ce qu'on ne peut placer dans son monde propre, ou, par une opération inverse, on y insère ce qu’on à besoin d’y trouver.
Pour juger le principe catholique, on n’a qu'à l’envisager dans toute l’étendue de ses applications; pour lui enlever sa base et sa valeur, on n’a qu’à le généraliser. Ramené à ses éléments constitutifs, il se trouve que c’est le principe favori de l’incrédulité; avec cette différence que l'incrédulité l’emploie sous forme négative, tandis que le Catholicisme s’en sert communément sous forme positive. L’un dit : cela ne peut être, donc cela n’est pas; l’autre dit : cela doit être, donc cela est. Mais, répélons-le, le mode d'application ne change pas la nature du principe; il reste essentiellement le mème dans les deux cas, et la valeur de l’argument qu’on en déduit reste aussi la même,
(1) Petite Eglise du Gard qui eut les prémices du ministère de P. F. Jalaguier, en 1819. (Edit.) ét
Rappelons d’ailleurs que la forme négative n’est point étrangère à la démonstration romaine (1). à
Supposez le catholique et l’incrédule placés vis-à-vis d’un indigent pieux qui leur demande du pain, et rigoureusement fidèles l’un et l’autre à leur principe. L'incrédule dirait à lindigent : Mon ami, vous invoquez Dieu comme votre Père, vous croyez qu'il vous entend et qu'il vous exauce, et pourtant vous manquez de ce pain quotidien que vous lui demandez; désabusez-vous donc, votre Dieu n'existe pas. Le catholique lui dirait, du moins s’il raisonnait envers le fidèle comme il raisonne envers l'Eglise : Dieu n'oublie point ses promesses, sa Providence répond aux prières de ceux qui se confient en lui, done vous avez certainement le pain de votre ordinaire, car 1…l faut, en bonne logique, que vous l’ayez, et la logique catholique : (terme qui a eu son moment de vogue) ne trompe point. Il est bien clair que dans cette application, un peu vulgaire si l’on veut, mais tout expérimentale et parfaitement légitime du principe, l’induction positive et l’induction négative portent également à faux.
Adorons la sagesse, 2nfiniment diverse, du Dieu de la nature et de la grâce, et en toutes choses constatons ses dispensations au lieu de les préjuger. |
On pourrait soumettre le principe catholique à une autre épreuve, où l’analogie serait plus prochaine et notre conséquence plus évidente et plus sensible (2). On pourrait s’en servir pour démontrer linfailhbilité de l'Eglise judaïque, quoiqu'’eile ne se soit jamais attribué cette haute prérogative. La preuve rationnelle est tout aussi forte en sa faveur qu’en faveur de
(1) Voyez ci-dessus la citation de Fénelon:
(2) Je m'arrête à ces questions, quoiqu’elles préoccupent peu aujourd’hui (1864), parce qu'elles resteront toujours entre le catholicisme et le protestantisme. La chute du pouvoir temporel de la Papauté, si elle s’accomplit, n’entrainera point celle de Son pouvoir spirituel, ni, par conséquent, celle du dogme ou du principe sur lequel ce pouvoir repose.
l'Eglise romaine, et la preuve biblique l’est bien davantage. Si l'Eglise doit posséder le don de l'infaillibilité, elle a dù l'avoir dans tous les temps. Le peuple ancien, gardien des oracles, dépositaire de la vérité et de la promesse, en avait tout autant besoin que le peuple nouveau. La prophétie, qui pouvait la suppléer, fut temporaire, occasionnelle, et elle se tut pendant de longs intervalles, comme par exemple durant les quatre cents ans qui ont séparé Malachie de Jean-Baptiste. Les raisons de convenance ct de nécessité étaient alors ce qu'elles sont aujourd’hui; les considérations aprioristiques prouvent dans Île premier cas aussi bien que dans le second, ou elles ne prouvent dans aucun.
Quant aux témoignages scripturaires, landis que le catholique ne peut en alléguer aucun de spécial à l'Eglise romaine, et qu'il est réduit à lui appliquer arbitrairement des promesses faites à l'Eglise générale, ou au collège apostolique, ou à saint Pierre, le juif présente des déclarations directes et positives en faveur de l'institution Lévitique, comme Deut. XVII, 12 et XIX, 17. « Si les catholiques, dit Withby, concluent linfail- « libilité de leurs conciles ou de leurs papes, des quelques « passages douteux qu'ils allèguent, quoiqu'il n’y soit pas dit « un mot de pape, ni de concile, ni d'infallibilité; combien « n’eussent-ils pas triomphé s’il eût été dit expressément de « leurs pontifes, ou de leurs cardinaux, ce qui est dit des « sacrificateurs, qu'ils sont «é{ablis pour le jugement», si Dieu eût « fait reposer sa présence et sa gloire à Rome comme à Jéru- « salem? »
L’argument, dans ses deux branches (rationnelle et biblique), étant aussi fort, ou même plus fort en faveur de l'Eglise judaïque qu'en faveur de l'Eglise romaine, les catholiques doivent confesser ou qu'il est nul contre le Protestantisme ou qu'il porte
contre le Christianisme tout entier, et, par conséquent, contre le
Catholicisme lui-même, puisque, si la Synagogue était infaillible
Jésus-Christ et les apôtres eurent tort contre elle, et l'Evangile,
qu'elle condamne, est uneimposture.
Nous pourrions même pousser plus loin les inductions du principe ou de largument catholique. S'il a la valeur et la portée qu’on lui attribue, 1l conduit à revêtir de l’infaillibilité non seulement le Pape, ou le concile, ou le corps des premiers pasteurs uni au Pape et au concile, mais chaque pasteur, jusqu’au plus humble desservant de village, et même chaque fidèle; logiquement, il mène à un illuminisme absolu et universel. |
On nous dit : La parole des prophètes et des apôtres ne saurait suffire, parce qu'il s’y trouve des difficultés, des obscurités, des incertitudes, et que livrée à l'examen et au jugement individuel, elle pourrait être mal comprise et mal exposée: il faut par conséquent un interprète infaillible des Ecritures, sur les lèvres duquel repose la science, et qui rétablisse la vérité sainte et la foi pure, à mesure qu'elles s’altèrent au sein des peuples ; et de Ja nécessilé de cette institution nous avons le droit de conclure que Dieu l’a réellement accordée à son Eglise. = Mais les décisions des conciles, mais les bulles et les décrétales | des papes, abandonnées à des hommes sujets à l'erreur, peuvent aussi être mal entendues et mal expliquées; il faut donc, d'après le principe, que le corps enseignant tout entier soit infaillible comme le Souverain pontife ou l'assemblée des évèques, sans cela le but ne serait point rempli. Si l’argument est bon dans le premier cas, il doit l'être également dans le
PR EU SP AUS PU 0 Re qe TOR