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second, car la même nécessité existe dans les deux. — Bien.
plus, la parole du prêtre peut être à son tour mal saisie, mal retenue, mal appliquée par chaque fidèle, et, comme dans l'économie de la grâce Dieu fait pour chaque fidèle en particulier ce qu'il fait pour l'Eglise, il faudra croire qu'il accorde à chacun d'eux, non pas seulement le secours ordinaire de son Saint- Esprit, mais le don prophétique, et qu'il le préserve d'erreur, par celte direction surnaturelle sous laquelle on place l'Eglise; et si elle est chez les fidèles elle n’est plus dans l'Eglise, qui n’en
a pas besoin. L'inspiration étant partout nécessaire, elle doit
He ge TA 1 de
se trouver partout ou n'être nulle part. Le principe une fois posé, 11 faut, s'il est fondé, qu'il prenne tous ses développements ; il faut qu'il donne tous ses résultats ; nul n’a le droit de l’arrêter à moitié chemin. Outre les conclusions que vous en ürez, 1l en renferme que vous refusez d'en déduire ; elles en
sortent toutes au même titre; dès lors, elles sont vraies les unes et les autres, ou elles ne le sont ni les unes ni les autres. Soyez conséquents et choisissez.
Terminons sur ce point par un mot de Lamennais, qui porte au moins autant contre l’argumentalion catholique que contre l'argumentation philosophique, à laquelle il applique : « Vérita-
blement la philosophie a quelquefois une logique bizarre ; « cela est ainsi parce que je l’affirme, et je l’affirme parce qu'il « me semble que cela ne peut être autrement, Ne voilä-t-il pas
« une puissante démonstration ? » (1).
Revenons à l'observation fondamentale de cet article : le raïisonnement ne saurail ni créer ni anéantir les faits. On ne peut donner l'infaillibilité à l'Eglise ou au clergé en s’éverluant à montrer combien elle lui serait utile ; on ne peut pas davantage détruire, par la considération de ses périls, le droit et le devoir de l’examen particulier, s’il constitue, en fait, une des lois de lPEglise et du monde. Nos regrets ou nos vœux ne sauraient changer ce qui est.
En dernière analyse, nous devons savoir nous contenter et profiter avec une humble gratitude des dons de Dieu. L’institution que propose le Catholicisme pourrait être fort précieuse ; mais à quoi sert de l’exalter, si elle n'existe pas? L'examen privé, le jugement individuel peuvent avoir de graves inconvénients, même à côté de la révélation, mais il faut bien accepter ce guide si nous n’en avons pas d'autre. Et les catholiques eux-mêmes sont forcés d’en appeler aussi au Jugement particulier, ne füt-ce que quand il s’agit d'établir l’autorité de
(1) Essai sur l'indifférence.
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l'Eglise, c’est-à-dire leur dogme fondamental, car quelle autre ressource ont-ils que le raisonnement pour le légitimer ou pour le défendre ? |
Ceci mérite d’être éclairci par quelques remarques, quoiqu'il ne touche qu'indirectement à notre étude actuelle.
Ily a moins d'opposition qu’on ne se le figure généralement
entre la méthode catholique et la méthode protestante. Il est
reçu de dire que le Protestantisme repose sur l’examen et le
Catholicisme sur l'autorité. Cette asserlion a de la vérité ; mais
c'est une vérité relative, ce n'est pas la vérité absolue qu'on y.
attache. Au fond, les deux communions portent à la fois et sur «le principe d’autorilé».et sur «le principe d'examen ». Le point fondamental de leur séparation est le siège de l’autorité devant laquelle elles s’inclinent. Les catholiques la placent dans l'Eglise ; les protestants dans la Bible, (que du reste les catho-
liques ne rejettent pas). Les protestants arrivent à la Bible par
l'examen ; et c’est par la même voie, malgré qu’ils en aient, que les catholiques arrivent à l'Eglise; puisqu'il faut bien, avant de croire à ses décisions et de se soumettre à
tions, qu'ils se démontrent qu’elle possède les prérogatives d'infaillibilité qu'elle s’attribue. Ils ne peuvent recevoir son enseignement et son gouvernement comme divins, sans s’être assurés, d'une ou d’autre manière, que l'Esprit de Dieu l'éclaire et la dirige par une intervention exceptionnelle et surnaturelle. Ils ne peuvent allirer à leur croyance, ni se légitimer à eux-mêmes que par ce moyen. Nous parlons des hommes qui ont besoin de se rendre compte de ce qu'ils sont, et non des masses qui, dans les deux églises comme partout, se confient et s'abandonnent à la religion traditionnelle.
Ainsi, des deux parts on commence par vérifier les litres se crédibilité que présente l'autorité à laquelle on doit obéir. C'est la même marche logique. La différence est dans le résultat plus que dans la méthode. D'un côté, on est conduit à chercher la
règle suprême de la foi et de la vie dans le corps hiérarchique
à ses direc-
ou dans son Chef, parce qu'on y voit l'organe permanent de la vérité divine; de l'autre côté on ne la cherche que dans les Saintes Ecritures, parce qu’on reconnait là, et là seulement, la Parole de Dieu. Il existe donc des deux parts examen et autorité.
Les catholiques nous accusent, il est vrai, de soumettre à notre jugement personnel l’enseignement des Ecritures, et 'par conséquent de ne conserver qu'une autorité apparente et de ne croire en réalité qu'à nous-mêmes. Il y a là une confusion qu'il importe de démèêler, car elle est aujourd'hui partout : elle nous aitire des blâmes et des éloges que nous récusons également. Nous examinons, pour conslater l’enseignement des Ecritures comme pour constater leur divinité; mais, cet enseignement reconnu, nous l’admettons par cela seul qu'il est de Dieu ; notre compréhension n’est pas la mesure de notre foi; les mystères font partie de la dogmatique protestante. Du reste, les catholiques doivent examiner, et examinent, en effet, de Îla même manière, l'enseignement de l'Eglise, car pour le croire et le suivre il faut bien qu'ils sachent ce qu’il est. Sans doute, on peut examiner, non seulement pour constater l’enseignement de la Bible mais pour le juger, en s’attribuant le droit de ne l’admetire qu'autant et en tant qu'on l’approuve. Ce fut le principe socinien; c’est le principe rationaliste. Ce n'est pas le principe protestant ; et l’on a tort de nous l’imputer comme s’il constituait réellement notre maxime théologique et notre règle religieuse. Le vrai Protestantisme est vis-à-vis de la Bible ce qu'est le Catholicisme vis-à-vis de l'Eglise. L'autorité est la même dans son essence, car c'est, des deux parts, celle qui naît d’une révélation divine; et la foi qu'on lui accorde est la même en principe, car c'est, des deux parts, la soumission de l'esprit et du cœur à la Parole d'En Haut. Ce qui est en cause, c'est, ainsi que nous le disions tout à l'heure, le siège réel de la révélation, |
Notons un des mille reyirements de la polémique romaine.
Nous avons à nous défendre contre elle d'être des absolutistes non moins que des radicaux, et des obscurantistes non moins que des rationalistes. De mème qu’en abandonnant l’ancienne tactique (plus de pape, plus de rois) on a soutenu, en ces derniers temps, que le Catholicisme seul pose et garantit chez les peuples le vrai principe de liberté, et que le Protestantisme n’engendre que la servitude (Lamennais, Balmès, elc.), on a soutenu aussi que l'Eglise catholique pose seule le vrai principe d'examen. Les bras vous tombent devant de telles assertions ; mais il ne faut s'étonner de rien dans le pèle-mêle où nous sommes. « Les seules religions qui existent à côté du catholicisme, « dit de Genoude (1), sont le mahométisme, le protestantisme «et le judaïsme. Et ces religions exigent une foi aveugle à leurs « fondateurs. Mahomet disait : « Crois ou meurs »: Luther « s’écriait : « Sit pro ratione voluntas mea » ; et les églises qu'ils « ont fondées ont des rois pour chefs. C'est une maxime établie € parmi les Juifs que si un rabbin dit que la main droite est la « gauche et la gauche la droite, on est obligé de le croire. Le « catholicisme seul soutient l'examen, et dit avec saint Paul : « Que votre obéissance soit raisonnable. » A l'ouïe de telles déclarations, ne dirait-on pas que le Catholicisme a répudié ses vieilles prétentions et que les autres cultes s'en sont partagé l'héritage? Cela prouve du moins qu'on voudrait bien changer les rôles, à mesure que les temps changent. On a dit, durant de longues années : ou le catholicisme, ‘ou le déisme (Bossuet, etc.). On a dit ensuite : ou l’athéisme (Lamennais, etc.), ou le panthéisme, ou le socialisme (M. A. Nicolas), marquant au front le Protestantisme du signe de la Bête et de l'épouvantail du moment. Il est, certes, curieux que les apologistes de l'infaillibilité mon-
trent des uns aux autres une telle inconstance et de telles con-
tradicuons !
(1) « Du Dogme catholique. » Et de Genoude n'est là que l'écho d’une opinion qui se produit de bien des côtés et en bien des sens. |
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Mais revenons, et redisons qu’en un sens le Catholicisme en appelle à l'examen comme le Protestantisme, et le Protestantisme à l'autorité comme le Catholicisme, L'un et l’autre doivent établir les bases de leur foi, et ils ne le peuvent qu'à la lumière qui éclaire tout homme venant au monde, celle de la conscience ou de la raison, Si les investigations conduisent à reconnaître la seule autorité divine dans la Bible, on est protestant; si elles aboutissent à la voir dans l'Eglise, on est catholique. La différence essentielle est donc, pour le répéter, dans le résultat plus que dans la méthode. Le catholique éclairé dit comme le protestant : « J'ai cru, parce que j’ai examiné. » (Laharpe).
Il y a donc, des deux parts, examen et autorité; aulorité reçue sur preuve par le savant, acceptée de confiance par le peuple. |
Cependant, et il faut bien le dire aussi, dans un autre sens également vrai et plus vrai peut-être, le Catholicisme repousse et anathématise l'examen. Il le déclare souvent lui-même; et l’une des grandes accusations qu’il nous a constamment adressée, c’est de tout compromettre en livrant la foi au jugement individuel. En principe, il veut que son autorité soit reconnue par elle-même, comme un fait évident en soi, qui se légitime en se manifestant ou en s’affirmant. Il fa pose et l’impose. I dit avec Fénelon : « Ne raisonnez, ne décidez point, contentez-vous « d’être dociles et humbles : Dieu m'a promis son Esprit pour vous « préserver de l'erreur. » Voilà pourquoi il parle, d'ordinaire, de ses marques plutôt que de ses preuves. Le Catholicisme a deux faces, fort distincles, que nous avons eu occasion de signaler à divers égards, l’une sacerdotale, l’autre théologique, auxquelles correspondent ses deux méthodes opposées. Mais, au fond, la première représente sa tendance réelle, son véritable esprit, ce qu'il voudrait être et paraître ; la seconde n’est guère qu’un effet de la nécessité, une concession que lui arrachent la nature et la marche des choses. Mais c’est une pente irrésistible qui l’entraine,
et le fait passer, malgré qu’il en ait, sous l’empire du principe
protestant. L'examen qu'il réprouve en théorie, il est forcé d'y recourir et de s’y appuyer de plus en plus en pratique. | Aux anciens arguments rationnels dont s’étaye toujours le
dogme de l'infaillibilité, se joignent ceux que peut fournir à
chaque époque le courant des idées. En voici deux ou trois, pris dans la Symbolique de Mœbler :
« L'Eglise est l’incarnation permanente de Jésus-Christ. Elle a, « par conséquent, comme Jésus-Christ, un côté divin et un côté € humain; les deux natures se communiquent leurs préroga- « tives. L'Eglise est Jésus-Christ lui-même, vivant éternellement « sur la terre, et accomplissant son œuvre de rédemption. Il est « manifeste, dès lors, que l'infaillibilité lui appartient. » —
Ce principe, emprunté à la philosophie alors dominante, une fois admis, le dogme catholique est expliqué et justifié, nous le
reconnaissons. Mais qu'est-ce qui garantit le principe ? Sur quoi
repose-t-il, que sur des doctrines métaphysiques, où l’on cher-
che des armes sans s’y fier ni s’y abandonner, parce qu’elles ouvrent des abîmes derrière l'appui ou l'abri apparent qu’elles présentent. La question n’est que déplacée ou reculée ; elle passe du dogme au fondement où au support qu'on veut lui donner, Un autre argument de Mœæhler est eelui ci : La vie dans l'Eglise développe un sens spirituel qui saisit la vérité sans altération essentielle ; de sorte que lorsqu'il s'élève des erreurs, c'est la croyance commune qui décide contre le jugement privé. -— Mais ce sens spirituel se développe uniquement chez les fidèles, dans les âmes pénétrées des principes évangéliques, ainsi que le reconnaît Mœhler. Dès lors, comment la conclusion sort-elle des prémisses, à moins de supposer, contrairement à l’expérience et à l’Ecriture, que c’est le grand nombre et non le peus nombre qui vit de la vie de Christ ? | Mædhler dit encore que la doctrine de l’infaillibilité n'est que l'application à l'Eglise d’une des grandes lois du monde moral, Chaque nation a sa vie propre, parce qu'elle a son idée propre ;
c'est cette idée qui la caractérise et la constitue ; c'est le déve-
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loppement de cette idée qui fait son progrès. Ce principe suprème s’empreint en toute chose; il anime et régit tout; il fond les diversités dans une unilé générale ; il crée ces personnalités collectives que nous désignons sous le nom de « nationalités » et qui, comme les personnes individuelles, conservent leur identité essentielle à travers leurs incessantes transformations. Ainsi en est-il des sociétés religieuses, et de la société chrétienne comme des autres. —
Nous ne contestons point la donnée ou la loi qu'on invoque ; mais en sort-il le fait d’infaillibilité tel qu'il se discute entre le Catholicisme et le Protestantisme ? Ne réclame-t-on réellement pour l'Église romaine d’autre spécialité que celle que porte en elle-même toute association politique et religieuse ? Alors la question s’évanouit. A force d’humaniser le dogme pour le rendre intelligible et acceptable, on finit par l’anéantir; le privilège rentre dans le droit commun. Observons seulement que l'esprit des peuples avance et par le développement des idées anciennes et par l’avènement d'idées nouvelles, qui modifient les premières, et souvent les dominent et les supplantent. Ce fait-là doit être mis aussi en ligne de compte.
INFAILLIBILITÉ. — ARGUMENT HISTORIQUE (OU TRADITIONNEL). — « 4° L’autorité de l’Eglise romaine a été reconnue dans tous les temps. » — Silence de l’antiquité sur le dogme et données qui l’écartent.
Episcopalisme des premiers temps. — Lettres d’Ignace, de Clément, etc. — Suprématie «de rang » comme celle de l’Eglise de Constantinople.— 2°«L’Eglise romaine n’a jamais erré » : — Analogies fournies contre cette prétention par le peuple d’Israël, les Eglises d’Asie et d'Afrique. — Faits sans nombre qui la démentent. — Négations réciproques des Ultramontains et des Gallicans. — Volte-face de l’argument (Newman, Moshler).
On en appelle ici à la croyance chrétienne et à l'expérience. 1° On invoque en faveur de l’infaillibitité romaine le témoignage
des Pères qui tous, assure-t-on, l’ont reconnue et attestée. —
On affirme, avec Grégoire VII, que l'Eglise romaine. n’a jamais erré. « C'est cette Eglise romaine, dit Bossuet, qui en- « seignée par Saint-Pierre et ses successeurs ne connaît pas « d’hérésie. Toutes les hérésies ont reçu du mème endroit le « coup mortel. Ainsi l'Eglise romaine est toujours vierge; la « foi romaine est toujours la foi de l'Eglise: on croit toujours « ce qu’on à cru; la même voix retenlit partout, et Pierre « démeure dans ses successeurs le fondement des fidèles » (4).
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Cet argument manque dans sa double base, dès qu’on le creuse; ou pour mieux dire, il se tourne en objection contre Ja doctrine à l’appui de laquelle on le produit. — D'abord, quant à la tradition ou au témoignage des Pères, on cile seulement quelques passages d’Ignace, d'Irénée, de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, de Cyprien, etc., sur la dignité de l’épiscopat, l'importance de l'unité, les promesses faites à l'Eglise ou l'obligation de rester en communion avec elle, qui n’ont pas le moindre rapport avec le dogme actuel, puisqu'il n'y est absolumentrien dit des hautes prérogatives attribuées aujourd’hui à l'Eglise de Rome et à son évêque. On cite encore quel-
ques paroles d’Origène, Cyprien et autres, qui reconnaissent à saint Pierre une sorte de primauté, par suite de leur interpré-
lation de Matt. XVI, 18. On cite également quelques décla-
rations du même Cyprien, d'Augustin, etc., sur la prééminence |
de l’'évèque de Rome comme sommet de la hiérarchie; mais nul de ces docteurs n'indique, même de loin, l'érarse quence qu'on à voulu plus tard rer de là pour l’infaillibilité du Saint-Siège; nul ne déduit de la suprématie ecclésiastique de l'évêque de Rome l'autorité dogmatique et divine dont on l'a revêtu depuis ; nul ne dit, nul ne pense qu’à cette primauté
d'ordre ou de rang se joigne une révélation immédiate et permanente de la vérité, qui en fasse l’oracle de l'Eglise. C'est. pourtant ce fait spécial qui est ici le point important, celui qui
(1) « Discours de l'Unité» :
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devrait êlre altesté, non çà et là comme une opinion particu-
lière, mais partout et toujours comme une donnée positive,
constante, universelle de la tradition apostolique et de la foi chrétienne. Or, non seulement ce témoignage direct, formel, n'existe point, mais toute l’antiquité se tait sur la doctrine romaine, ou pour mieux dire, toute l'antiquité la contredit.
. Cette doctrine ne se montre jamais dans les écrits et dans les controverses où elle aurait dû se produire nécessairement de
mille manières, si elle avait fait, comme on le prétend, le fond
des croyances générales. Elle ne paraît ni dans l'Epître d'Ignace, adressée à l'Eglise de Rome, ni dans celle de Clément, écrite au nom de cette église à celle de Corinthe, ni dans Cyprien, qui cependant élève très haut l'autorité de l'Eglise catholique, ni dans Athanase, quand il écrit contre les Ariens et qu'il s'appuie sur la croyance de Rome et de lOccident, ni dans Grégoire de Naziance, quoiqu'il se montre peu favorable aux conciles, ni dans Augustin, lorsqu'il combat les Manichéens, les Pélagiens, les Donatistes. Il se rencontre bien, çà et là, des assertions, des expressions qui, interprétées du point de vue de la doctrine romaine, peuvent sembler en contenir les rudiments, et qui en ont, en effet, semé inconsciemment les germes; mais la doctrine elle-même ne se rencontre nulle part. Ce silence absolu sur un article si capital là même où tout conduisait à en parler, est une preuve que l'opinion des premiers siècles n’élait pas celle des derniers temps. Le fameux canon du Concile de Sardes (347), qui veut qu'en certaines affaires on interjette appel à Rome, ne s’appuie nullement sur Pinfaillibilité de celte église ou de son chef; c'était pourtant bien le cas de mentionner un fait dogmatique si décisif; et nous pouvons être sûrs qu'il n’eût point été négligé en celte occasion s'il avait été réellement et universellement admis. Ce canon, dont l’authen-
ticité est du reste fort douteuse, accorde au Saint-Siège non une
autorité divine qui l’établisse juge des controverses et arbitre suprême de la foi, mais une autorité purement ecclésiastique
ou disciplinaire, une autorité d’ordre, fondée sur le rang que l'Eglise de Rome occupait dans le monde chrétien. Il s'agissait d’un évêque déposé par les évèques voisins.
Non senlement rien ne donne explicitement, rien même ne + 2 révèle ni n'implique le dogme actuel dans les premiers siècles, mais il sy trouve bien des faits qui lui sont contraires. — : L'épiscopalisme était le principe ecclésiastique de cette période. Toutes les églises, malgré le lien qui les unit, s’attribuentle … 3 droit de se régir elles-mêmes. Quand celle de Rome, en s'élevant, veut s’immiscer dans leur discipline intérieure, elles résistent avec force: ainsi fait l’Asie lorsque Victor l’excommunie au sujet de la Pâque ; ainsi fait l'Afrique lorsque le Saint-
Siège prétend la soumettre à son arbitrage et à son contrôle; Cyprien parle à l’ambitieux Etienne avec la liberté d’un égal,
et souvent avec l’autorilé et la sévérité d'un juge (1). Le Pape 54 Honorius fut condamné et anathématisé par le VI* Concile œcuménique, en présence des légats romains (680). Personne ne 54 pensait alors que l’évèque de Rome, en conséquence des pro- 4 messes faites à saint Pierre, ne saurait tomber dans l'hérésie, ni que nul ne peut le juger, tandis qu’il juge tout le monde selon cette parole de saint Paul : « L'homme spirituel juge de toutes choses, etc. » (1 Cor. IE, 15). On ne se doutait pas qu'il se ferait un jour d'aussi étonnantes applications de l’Ecriture, qu'il se Uirerait des inductions si étendues de certains faits.
Les événements politiques et ecclésiastiques amenèrent naturellement l'élévation du siège de Rome. Le Concile de Nicée lui avait reconnu les mêmes prérogalives qu’à ceux d'Alexandrie et d'Antioche. Plus tard (381), le Concile de Constantinople décréta que l’évèque de cette dernière ville marcherait immé-
diatement après celui de l’ancienne capitale du monde, parce
(1) Les Conciles de Carthage (407; 418) excommunièrent « quiconque en appellerait à l'étranger », quand les évêques déposés voulurent, d’après les décrets de Gratien et de Valentinien, s'appuyer sur l’évêque de Rome. Il ne s'agissait pourtant là que de discipline et d'autorité ecclésiastique.
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que Constantinople « était la seconde Rome » ; el depuis cette époque jusqu’au schisme qui sépara sans retour l'Orient de l'Occident, les évèques de ces deux villes impériales luttèrent ? x , ? à ? ai CAE ° ! . . . .
pour s arracher l’un à l’autre la prééminence, Mais il est inutile de dire que de cette suprématie à l’infaillibilité, il y a un abîme ; ce sont choses absolument différentes, tenant, l’une
à l’ordre naturel et humain, l’autre à l’ordre surnaturel et divin (1).
- Quant à l’assertion que l'Eglise romaine n'a jamais erré et ne
(1) Bien des causes contribuèrent à donner aux papes cette prépondérance de rang : l'importance et l’étendue de leur diocèse, — le nom magique de Rome, — la tendance de l'Eglise à se constituer sur le modèle de l'Empire, — l'appui du pouvoir civil (Décrets de Gratien qui déclara lEvêque de Rome supérieur à tous les autres, et de Valentinien III qui donna à Léon, dans l’Église, le rang qu’il occupait lui-même dans l'Etat), — la déférence des partis, même en Orient, toutes les fois qu'ils espéraient trouver là un moyen de défense ou de force, — la disposition de ces temps à chercher l'unité extérieure du chef comme on était arrivé à unité extérieure du corps, en identifiant l'Eglise visible avec l'Eglise invisible, disposition qui tournait naturellement au profit de Rome par suite de sa prééminence politique, de la vénération des tombeaux de saint Pierre et de saint Paul, de l'interprétation de Matt. XVI, 18, etc., — à
quoi il faut Joindre l’habileté avec laquelle les papes exploitèrent tout ce
qui leur était favorable.
Ce qui démontre sans réplique que cette élévation du siège de Rome tint uniquement aux circonstances, c’est l'élévation du siège de Constantinople, qui n’avait et ne pouvait avoir d'autre titre à la prééminence qu'il obtint que sa qualité de ville impériale. Il n’y a rien là, dès lors, qui légitime les prétentions actuelles, car il n'y a rieu qui puisse lier la conscience et la foi.
Le principe qui domine cette première période, où le gouvernement de l'Eglise est essentiellement aristocratique, c’est que les évôques, malgré leur subordination respective (évêques, métropolitains, patriarches) possèdent chacun une part de l’épiscopat universel, dont ils ne doivent compte qu'à Dieu ct au Concile. Les germes du système romain peuvent y percer cà et là, l'évêque de Rome étant le premier des évêques comme Rome était la première des villes, mais le système lui-même et la doctrine ecclésiastico-théologique qui lui sert de base n’y existaient pas, bien certainement.
pourra errer : 1° Elle est contraire à toutes Îles analogies historiques. Non seulement l'Eglise juive, qui avait reçu tant de promesses el qui se trouvait sous une dispensation miraculeuse, tomba fréquemment dans l’erreur, mais il en a été de même des églises chrétiennes de la Judée, de l'Asie, de l'Afrique. La prétention de celle de Rome aurait donc besoin d’être légitimée par des promesses bien formelles ou des faits bien évidents. Or, les promesses lui manquent, nous l'avons vu, et les faits la démentent. |
2° L'Eglise romaine s’est mille fois contredite dans ses décrets comme dans ses actes ; et il est sans doute superflu de prouver
qu'il y a nécessairement erreur là où 1l ya contradiction; le «oui».
et le «non » sur une même matière ne peuvent être également vrais. De plus, elle a contredit les Ecritures, et l’on accordera probablement que tout ce qui est en opposition avec la Parole de Dieu, c'est-à-dire avec la vérité et la sainteté, est décidément mauvais et faux. Cet ordre de considérations frappe Popinion romaine dans toutes ses nuances et sous toutes ses formes. Citons quelques faits :
a) Les papes se sont contredits. Grégoire I* en attaquant le
patriarche de Constantinople affirme que. quiconque prend le
nom d’« évêque universel », est le précurseur de l’Antéchrist, et
Grégoire VII déclare que ce titre appartient de droit au Ponftife romain. Nicolas II et Jean XXII décrétèrent judicialiter l'un que Jésus-Christ et les apôtres n'ont rien eu en commun ni en propre, et l’autre précisément l’opposé. — Les conciles se sont contredits. Le culte des images, par exemple, condamné par le Concile de Constantinople (154) et par celui de Francfort (194), fut approuvé par le 2° de Nicée (787) et enfin universellement reçu.
b) Les papes et les conciles ont contredit l'Ecriture. Ils cni établi le culte des images contre le 2° commandement du Déca-
logue (1). Ils ont interdit le mariage aux prêtres sous le prétexte
(4) Nous n’entrons pas ici dans l'examen de la doctrine catholique à cet
égard et des distinctions derrière lesquelles elle se retranche. Nous la pre-
qu'il serait pour eux une souillure. (2° Concile de Latran). (Cf. Héb. XII, 4: I Tim. II, 2; IV, 3. 11. 12). Le. Concile de Trente confirma le retranchement. de la coupe dans la Sainte- Cène, ce que les papes Gélase et Léon, en combattant les Manichéens, avaient nommé un sacrilège (C£. Matt. XX VI, 27). Ce même concile anathématise quiconque demande que le service divin se célèbre en langue vulgaire (Cf. I Cor. XIV). Il égale la tradition à l’Ecriture (Cf, Matt. XV, 3. 6. 9. 13).
Si ces doctrines, décrétées par les conciies, sanctionnées par les papes, devenues une partie essentielle du Symbole catholique, sont reconnues fausses au jugement de la Parole de vérilé, si mème une seule d’entre elles se irouve l'être, à la preuve de raisonnement contre l’infaillibilité de l'Eglise romaine vient se joindre celle de fait.
Et cette preuve, nous aurions pu la laisser faire aux catholiques eux-mêmes. Les Gallicans démontrent contre les Ultramontains que l'infaillibilité ne réside pas dans les papes ; les Ultramontains démontrent contre les Gallicans qu'elle n’est pas dans les conciles ; les extrèmes des deux ‘partis s'accordent à reconnaître qu'on ne saurait la placer dans l’union du concile et du pape. D'où nous n’avons qu’à lirer la conséquence qu’elle ne se trouve nulle part, puisque leurs négations réciproques emportent et annulent leur assertion commune (1).
nons simplement comme un fait, que nous mettons en face des déclarations scripturaires. Cette observation s'applique également à ce qui suit.
(1) Queiques récents apologistes du catholicisme (de Maistre, le baron d'Ekstein, Lamennais, etc.), élargissant, ou plutôt changeant la base de leur argument historique, en ont appelé aux antiques traditions, au con= sentement universel et constant du genre humain, dont Lamennais fit la raison générale et l'autorité souveraine ; sorte de christianisme antérieur à Jésus-Christ, qui à force d'étendre le principe du système arrive à l'annuler ; car l'Evangile, au lieu d’être une révélation, n’est plus que la synthèse du passé.
Sous l'empire ou le contrôle de cette raison ou de cette conscience générale qui devait tout assurer, tout échappe finalement. — Il en est comme