‹ De l'égliseChapitre 49 sur 76 · ANT LT · texte numérisé non relu

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etc., etc., ce sont là des questions qui ont, certes, de l'intérêt et. de la valeur, mais qui n’exigent pas de solution officielle ; le Christianisme pratique et le formulaire ecclésiastique pouvant s’en passer doivent, par cela même, s’en abstenir (1).

Dans le dogme de la «rédemption », la donnée biblique essenlielle, par conséquent le point réellement fondamental, est que « Jésus-Christ est mort pour nos offenses et ressuscité pour notre Justification », et que nous participons par la foi aux fruits de son sacrifice; les théories de «la satisfaction », de « l'imputalion », etc., etc., ne sont que des conceptions hypothétiques qui doivent être laissées dans le libre domaine de l’opinion.

Dans le dogme dela « régénération », ce qu'il importe de mettre et de tenir hors de cause, c’est la réalité et la nécessité de la gräce divine, en laissant dans le domaine des théories théologiques tout ce qui tient au mode ou au degré de ses opérations, toutes Îles distinctions qu’on en a faites en « résistible et « irrésislible », «suffisante et insuffisante », « prévenante », « concomitante », « subséquente », etc., elc.

Dans le dogme dela « Trinité», ce qu'il faut établir c'est ce qui intéresse directement la doctrine, la vie et le culte évangélique, c’est ce qui fonde le baptème chrétien (Matt. XX VIII, 19), la bénédiction et la prière chrétienne (IL Cor. XII, 13), c'est, en particulier, la divinité du Sauveur et l’adoration religieuse que lui rend l’Eglise. Mais pour les rapports mystérieux du Fils avec le Père et des Trois personnes divines entre elles, pour les rapports, non moins-insondables, de Dieu et de l’homme en Christ, objet inépuisable des spéculations et des luttes théologiques, le formulaire ne doit rien décider ni déterminer, d’abord parce que la Bible ne détermine et ne décide rien, ensuite parce que la

vie pralique n’exige nullement que ces points soient réglementés. —

(1) Quelle diversité de vues à cet égard entre les églises, et même entre les théologiens orthodoxes !

Ainsi de tous les autres dogmes. —

Cette détermination générale suffit pour garantir l’enseignement, le culte, la direction générale de l'Eglise, parce qu’elle garantit les bases et les sources de la vie chrétienne. C’est prouvé par l'exemple des deux ou trois premiers siècles qui s’en tinrent aussi presque uniquement aux faits révélés. Sans doule, on pourra coordonner et systématiser différemment les articles réglementaires (en développant isolément et démesurément l’un ou l’autre, en faisant prédominer celui-ci ou celui-là), mais aussi longtemps que tous seront franchement admis, ces vues dogmatiques, ces tendances religieuses seront diverses sans ètre hostiles; elles se balanceront dans des limites où l’ordre

ne sera point compromis; elles manifesteront celte variété. dans l’unité qui constitue une des grandes lois du monde moral

aussi bien que du monde physique, et en dehors de Jaquelle ne saurait se placer l'Eglise; elles pourront et devront se supporter.

Ces considérations démontreraient à elles seules l'obligation de circonscrire les points fondamentaux dans les bornes que nous avons posées; car ce triage entre les doctrines évangé-

liques n’est légitime qu’en tant et autant qu'il est nécessaire. Or,

tel que nous l’indiquons, il atteint son but, qui est le maintien de la vérité dans la liberté et dans la vie. Il faut donc s’y arrèler.

Mais bien d’autres considérations, tout aussi graves, viendraient se joindre à celles-là et les confirmer s’il en était besoin. Le respect des Ecritures exige qu’on ne place rien sur la même ligne que ses attestations positives dans les choses de Dieu et du Ciel; et l’on manque à ce grand principe du Protestantisme quand on introduit dans la règle de foi, à côté des données bibliques formelles, les théories qu’en tire l’intelligence et qu’elle y ajoule ensuite pour les compléter.

Dans sa détermination des points fondamentaux, une Église ne peut poser en même temps et les faits constitutifs de l’Evan-

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gile et la conception systématique que s’en forment ses docteurs ; elle ne peut présenter ces deux éléments au même titre à la foi des peuples, qu’en dérivant presque jusqu’au principe romain. Ce reproche a été souvent adressé à nos Confessions de foi, et elles l’ont trop légitimé en fait, soit par l’autorité excessive dont elles se sont emparées en certains temps, soit par la partie purement théologique qu’elles renferment toutes plus ou moins.

On ne doit pas oublier que la détermination des points fondamentaux, ou, ce qui revient au même, l'établissement des sym-

boles, a pour but de réunir autour des grands principes évangé-

liques en assurant dans l'Eglise la communauté de croyance

nécessaire à la communauté de vie, que, par conséquent, le vrai problème est de combiner l'unité dogmatique avec l'unité morale, de telle sorte que cette dernière ne soit sacrifiée à l’autre que lorsque quelqu’une des bases de la doctrine salutaire serait décidément renversée, ou sérieusement compromise, et que l’édifica-

Lion se trouverait en péril. Tout ce qui, sous ce rapport, dépasse

le devoir, dépasse aussi le droit. Il est évident, dès lors, qu'il faut

ètre très circonspect, pour ne pas placer parmi l'essentiel ce qui n’est qu'accessoire, et parmi le divin ce qui n’est qu'humain. Il existe un rapport trop peu remarqué entre la position des églises vis-à-vis des chrétiens, et la position des chrétiens vis-àvis des églises. Nous avons vu quelle large condescendance Île chrétien doit joindre à la fidélité dans son jugement des églises, à quel support il est tenu dans l'intérêt de l'union. De son côté, l'Eglise, sorte de personne chrétienne collective, a manifestement des obligations analogues ; (elle aurait pu l’apprendre mieux qu'elle ne l’a fait du grand exemple des temps apostoliques). Le droit d'exclusion (consacré et légalisé dans ses formulaires) est pour ellé ce qu'est pour le chrétien le droit de séparalion ; et l’un et l’autre ne sauraient être trop sévèrement contrôlés. |

On abuse singulièrement aujourd'hui du mot de fidélité.

D'abord, on perd de vue que nous sommes dans l'obligation d’être fidèles à la charité comme à la vérité; ensuite on confond, sans le moindre scrupule, ses opinions propres, ses vues particulières avec la vérité évangélique elle-même, et, pour les faire tmiompher, on foule aux pieds, sans hésitation ni crainte, le devoir du support et de l'union, se reposant avec une pleine confiance sur ce qu'on nomme sa fidélité. La fidélité ainsi comprise peut être de l'infidélité. |

La classification des articles de foi, telle que nous avons essayé dé l’établir, se légitime pleinement, ce nous semble, qu'on la considère au point de vue biblique, ou au point de vue historique, ou au point de vue rationnel et moral. Tout conduit à considérer comme fondamentaux de premier ordre les trois grands faits que nous avons distingués par cette désignalion. :

1° Point de vue biblique. — Le Nouveau Testament rappelle d'un bout à l’autre que l’homme est sous la condamnation de la

loi, qu'il a besoin de pardon et de régénération, et que ce double

bienfait, sans lequel il n’y à point de Ciel pour lui, lui est offert en Christ.

2° Point de vue ustorique. — L'Eglise générale a de tout temps professé, comme le fond principal de sa foi, les dogmes de

la chute, de la rédemphion et .de la grâce divine; en d'autres

termes le salut, offert de la part de Dieu, en Christ et par le

Saint-Esprit, à un monde tombé. C’est là ce qui constitue, dans

un sens spécial, la doctrine orthodoxe, que nous voyons, plus ou moins pure et complète, traverser les siècles et les écoles.

Partout où la vie chrélienne s’est manifestée avec quelque

intensité et quelque étendue, c’est sous l'influence de cette

doctrine. Mille fausses tendances, théoriques et pratiques, l'ont

sérieusement compromise à diverses époques, elle s'est tou-

jours relevée avec une force nouvelle. Elle domina et déter- . mina le grand mouvement du xvi° siècle. Elle respire dans tous Jes anciens symboles des églises de la Réformation. C’est avec

elle et par elle que s’est opéré le Réveil. Elle préside toutes les grandes œuvres chrétiennes. Elle résume la profession de foi de nos principales associations religieuses (Société Evangélique, — Société Centrale, — Alliance Evangélique, — Sociélé des Missions, etc.).

3 Point de vue rationnel et moral. — Q est l'Evangile, sinon la proclamation de l’amour qui justifie et régénère ? Que sollicite l'âme éclairée sur les obligations et les sanctions de la loi, sinon le pardon et le secours divin, qui la font passer de la mort à la vie ? Qu'est le chrétien, sinon l’homme profondément convaincu de sa misère spirituelle, qui s'applique par la foi le salut tel qu'il est en Jésus-Christ, et sert Dieu, non plus seulement par intérêt et par devoir, mais par amour et parce qu'il a élé racheté à grand prix? {I Cor. VI, 20).

Ainsi, l'esprit du Nouveau Testament, l’histoire de l'Eglise, les réclamations de la conscience chez l’homme qui se voit tel qu'il est devant Dieu, le témoignage des fidèles, le caractère et. le but essentiels de la doctrine évangélique, tout confirme nos vues relalivement à ces vérités capitales dont nous avons fait

comme le fond du Christianisme, tout s'accorde à montrer que ce sont bien les articles fondamentaux de premier ordre, les arlicles essentiellement constituh}s.

Des considérations semblables nous conduiraient à reconnaître aux articles fondamentaux de second ordre (ou articles conservateurs), la place que nous leur avons assignée: elles nous les montreraient affermissant, développant, complétant les. premières, de telle sorte que là où ils manquent les'autres s’altèrent, s’ébranlent ou tombent même entièrement. L’histoire de l'Eglise et de la dogmatique nous prouve, par exemple, que lorsque la doctrine de la chute ou du péché originel n’est point admise, celle de la corruption de notre nature finit par être niée, comme dans le pélagianisme et le socinianisme, ou par être dépouillée de son caractère et de sa portée véritable, comme dans le rationalisme, et que, dès lors, l'édifice chrétien

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s'écroule pièce à pièce. Ainsi de la divinité de Jésus-Christ et de la Trinité.

Nous pourrions Jjuslifier aussi par les mêmes moyens notre principe que ce qui est vraiment fondamental, ce qui doit seul être posé comme tel, ce sont les grandes données bibliques, dégagées autant que possible de toute interprétation humaine, de tout : système particulier ; car nous verrions que ces données constitulives, partout où elles ont été franchement reçues, ont suffi comme base de la foi, comme principe et aliment de la vie, que les systémalisalions qu’on en a essayées n'ont guère abouti qu'à les altérer, en élevant plus ou moins les unes aux dépens des autres, et que les conceptions ou les constructions théologiques insérées dans les formulaires n’ont eu d'autre effet que de diviser

là où l’on aurait pu et dû rester unis,

= Soyons attentifs à l’enseignement que nous donne à cet égard le Réveil, et qui confirme si visiblement la pensée ou l’aspiration d’où sortit l’Alliance Évangélique ; pensée dont je disais à l'origine qu'elle était plus grande que lassociation elle-même. Que se montre-t-il en effet dans le Réveil, ou qu'y reste-t-il partout où il se produit avec quelque intensité, que ce qui nous est apparu comme le fond central et vital du Christianisme; l’homme convaincu de péché, de justice et de jugement, recevant la vie éternelle comme le don de Dieu en Jésus-Christ Notre Seigneur, s’appropriant la grâce réconciliatrice par la foi, la grâce régénératrice par la prière, et se consacrant au Dieu de son salut, le Dieu trois fois saint ?

Là-dessus, Anglicans et Presbytériens, Luthériens, Calvinistes, Baplistes, Méthodistes, Moraves, elc., elc. se donnent la main et s'unissent dans un mème sentiment et une même adoration. N'y a-t-il pas là une démonstration de ce qui pourrait être, et par cela mème une révélation de ce qui sera tôt ou tard ?

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CONCLUSION. — La détermination des points fondamentaux est difficile, mais possible. — Deux critères : le témoignage du sens chrétien et celui de la science indépendante. — Le sentiment et le devoir de l’union demeurent partout où demeure le fondamental. — La grande unité évangélique ne se formera que par le retour à la doctrine des points fondamentaux et à la vraie notion de l'Eglise.

La difficulté de déterminer les points vraiment fondamentaux est réelle, nous l’avons reconnu, mais elle n'est pas invincible comme on le prétend de tant de côtés. On a, pour la résoudreau

degré nécessaire, à part les grandes données scripturatres que

nous avons fait ressortir, deux critères lrès différents mais qui

se contrôlent l’un l’autre, savoir le témoignage général du sens chrétien et le témoignage, non moins général, de la science indé-

pendante. Le sens chrétien, placé seul à seul devant la Parole

de Dieu, s’est accordé à y voir les doctrines communément dési-

gnées sous le nom d'orthodoxes et prises simplement comme

fails divins ; aussi, forment-elles comme la charpente de la foi, à

travers ses évolutions et ses transformations séculaires. D'un

autre côté, les libres penseurs, les hommes qu'aucun intérêt

d'opinion ou de position n'empêche de voir dans le Nouveau Testament ce qui y est, ni de dire ce qu'ils y voient, qui l’étudient comme les livres sacrés des autres cultes, uniquement pour s'assurer de son contenu réel, affirment de concert que ces doctrines s’y trouvent en effet, sinon sous leur forme théologique, du moins sous leur forme religieuse, et qu’elles en rendent le fond distinctif et constitutif. Double moyen de déterminalion, préparé de longue main par la Providence, qui le fera agir au temps marqué, en lirant le bien du mal lui-même. La redoutable crise que nous traversons approche peut-être cette

heure, car, poussant les divers principes à leurs conséquences

dernières, si elle précipite, par certains côtés, vers des séparations

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inévitables, elle rehausse et ravive, par d'autres, le sentiment et le devoir de l’union partout où demeure le fondamental.

Sur cette large base s'élève ou doit s'élever la grande unité protestante, tout autre, mais aussi réelle que l'unité romaine. Toutes les branches du Protestantisme évangélique apparaissent, à ce point de vue, comme une seule et mème Eglise, car elles sont toutes d'accord sur Îles principes intégrants de la foi et de la vie chrétienne ; leurs divergences ne portent que sur des choses secondaires — organisation ecclésiastique (épiscopaux, presbytériens, indépendants) — sacrements (Zwingliens, Calvinistes, Luthériens, sur la Cène ; baptistes et pédobaptistes sur le baptème), — croyances purement théologiques (Calvinistes et Arminiens, etc.). Malgré les efforts d’un dogmatisme étroit (Puseysme, haut-Luthéranisme, Puritanisme) et les écarts d’un syncrétisme abusif (Alliance universelle, ete.), les tendances actuelles poussent de plus en plus à reconnaître ce fait, si important par lui-même et par les conséquences qu'il peut amener. En dépit de ce qui sépare encore, on se tend la main de fraternité, à travers ou au-dessus des barrières confessionnelles, partout où l'essence vitale de l'Evangile est retenue. Les vieux noms de parti s’usent et tombent, quoi qu'on fasse pour les rajeunir. Que l’Ecriture recouvre au sein du Proteslantisme sa place et son autorité, que la vraie notion de l'Eglise et des points fondamentaux se propage chez les clergés et chez les peuples, que le côté pratique du Christianisme reprenne la suprême importance

à laquelle il a droit ; et le mouvement interne qui tend à faire

marcher main à main, comme aux premiers jours, la fidélité et

la condescendance, la vérité et la charité, deviendra plus rapide, en même temps que plus régulier, plus ferme et plus calme. (4) — Sans doute les vieilles barrières s’écroulent ou s’abais-

sent. Les membra disjecta du Protestantisme se cherchent et

(4) Les pages qui terminent ce chapitre, plus récentes que celles qui précèdent, n’en sont pas la répétition, mais le développement. (Edit).

tendent à se rapprocher et à s'unir. Mais, malheureusement, à mesure que le dogmatisme et l’ecclésiasticisme anciens perdent de leur importance, ils sont remplacés de bien des côtés par un dogmatisme el un ecclésiasticisme d'un autre genre, en réaction contre les écarts du rationalisme et du radicalisme. Il s’agite des questions qui, sous ombre d’une rénovation, abouliraient à un ébranlement ou à un renversement général, et qui nous menacent de ruptures nouvelles et profondes. Au sein même du supranaturalisme évangélique ou de l’orthodoxie, nous sommes en présence de deux directions, contraires quoique également appuyés sur la métaphysique ou la mystique du temps ( — idée prédominante de l’immanence divine, — infusion substantielle de la vie de Christ ou du rveuus sou Geov, etc., etc.). L'une, pour relever l'Eglise de la Réformation, emprunte à l’interprétation et à la tradition patristique des principes d’où est sorti le système romain ; elle reconstruit, sous des formes appropriées à la pensée moderne, l'idée sacramentelle et l’idée sacerdotale, qui la poussent logiquement et qui la porteront finalement plus loin qu’elle ne veut aller. — L'autre direction expose à sacrifier le réalisme évangélique à un subjectivisme et à un individualisme illimités. L'Eglise n’est pour elle qu’un libre épanouissement de la foi et de la vie chrétienne, qu'un fait humain; (si elle le nomme divin, c’est seulement en tant qu’il entre dans le plan providentel comme tous les grands faits historiques). Elle prétend maintenir le principe matériel de la Réformation (justification par la foi), en laissant lomber ou en abattant son principe /ormel (autorité théopneustique de l’Ecriture). Elle n’aspire à rien moins qu'à opérer une Réforme aussi radicale, ou même plus radicale que celle du xv° siècle; car le xvi° siècle ne voulut etne. fitque déplacer l'autorité; en rejelant celle de l'Eglise et de la tradition, il releva d'autant celle de l'Ecriture. Et les écoles dont nous parlons s’attaquent au fait ou au principe d’autorité, pris en soi; elles y substituent l'intuition rationnelle ou morale, le sentiment religieux, la conscience chrétienne; elles érigent

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la révélation du dedans en critère, et par là même en juge et en arbitre de la révélation du dehors; elles font de l'Evangile intérieur la pierre d'attente et la pierre de touche de l'Evangile extérieur. Cette direction, née de l’évolution ou de la révolution philosophique qui accula la science dans /e moi, règne en souveraine dans Île haut-rationalisme, d'où elle s'impose, à des degrés et en des sens divers, à la haute-orthodoxie. Ce n’est pas le lieu de la discuter.

Je me bornerai à deux remarques. 4° La chute du principe formel entraîne celle du principe matériel et des dogmes ou des faits qui s'y rattachent; le surnaturel du Christianisme, c’est-à-dire le réel, n’ayant d'appui certain que le surnaturel du témoignage qui le révèle et latteste. Le fondement Ôlé, l’édifice croule sur lui-même, ou s’il en reste quelques parties, soutenues par leur propre poids ou par des étais étrangers, elles tendent à s’'affaisser aussi peu à peu. 2° Le principe matériel, tel qu'on le fait et qu'on a besoin de le faire,

n’est plus celui de la Réformation : il ne l’est, ni quant à l’idée

de la justification, n1 quant à celle de la foi. Au point de vue de la Réformation, la justification est le salut gratuit, le don de Dieu en Jésus-Christ, consistant essentiellement dans la rémission des péchés ; au point de vue nouveau, elle est la restauration spirituelle, l'œuvre générale de relèvement qu’opère l'exemple ou l'Esprit de Christ. Au point de vue de la Réformation, la foi justifiante est /a confiance en la Parole de grâce, où elle a tout son recours et tout son espoir ; au point de vue nouveau, c'est Île sens religieux et moral discernant la divinité de l'Evangile et s’en appropriant ou s'en assimilant le contenu; c’est l'intuition directe, l’aperception immédiate du vrai et du saint par la conscience, qui juge tout, en fin de compte, et que rien ne Juge. — Individualisme chrétien, (suivant une qualification dont on se glorifie), subjectivisme théologique, qui n’est bien compris que ‘dans son rapport avec le subjectivisme philosophique d’où il émane, et qui sème de toutes parts le subjectivisme ou l’indivi-

dualisme ecclésiastique ! Il y a là, en fait, l'abandon du principe matériel de la Réformation comme de son principe formel. Ce ne serait pas une évolution, ce serait une révolulion.

Mais ajoutons que la haute-orthodoxie, qui s'associe à cette

direction, un moment dominante et si puissante encore, ne le

fait que sous bénéfice d'inventaire ; elle se place sous son patro-

nage sans se placer sous sou empire; relevant de plus en plus le principe formel du Protestantisme qu'avait paru abattre la

critique négative, elle relève par cela même le principe d'auto-

rilé, quelles que soient ses réserves ou ses rélicences à cet égard ;

ce qu’elle pose à sa base, c’est l’œuvre de la conscience plutôt que son autonomie ; elle rend à l’Ecriture sa souveraineté, à

mesure que son authenticité et sa divinité ressortent des nuages

dont les avaient enveloppées des théories aventureuses.

Se retrouvant, dès lors, sur le fondement biblique où s’est posé le Protestantisme, et le seul, quoi qu’on en dise, qui puisse le porter, tout se raffermira, dogmatique et ecclésiologie, débarrassées l’une et l’autre des superfétations traditionnelles qu'aura balayées la tempête : cette profonde crise n’aura fait que préparer une véritable et grande rénovation. La foi l’a toujours attendue, la raison peut déjà l’entrevoir. |

Sous l’empire rétabli du principe protestant, on pourra en particulier trouver à la question ecclésiastique, aujourd'hui si menaçante, la solution que réclame notre temps entre les écarts opposés de lindividualisme et du socialisme, du radicalisme et

du cléricalisme ; on le pourra, parce qu’on aura une règle posi-

tive, el aussi parce que la notion scripturaire de l'Eglise fera

ressorür dans chacun des partis extrèmes l'élément de vérité

qu'il représente.

Le même principe, franchement el pleinement admis, pere mettra de déterminer au degré suffisant le fondamental et le

vital du Christianisme, c’est-à-dire ce qu’on cherche pour cons-

tuer la grande unité évangélique au sein même des diversités

confessionnelles.

MEMBRES DE L ÉGLISE.— Divers degrés d’union à l'Eglise. — Membres

* «de fait» et membres « de droit ». — MINISTRES. — Deux classes générales : « Ministres extraordinaires » et « Ministres ordinaires ». — Leur office respectif. — La mission des premiers fut temporaire, celle des seconds doit être perpétuelle.

Membres de l'Église. — Quiconque est uni à Jésus-Christ par une foi vivante et marche selon l'Esprit, est membre de l'Eglise invisible, ou intérieure, Quiconque fait profession de Christianisme est membre de l'Eglise visible. Quiconque adhère à la doctrine, au culte, à la discipline d’une église particulière, est membre de cette église.

On peut considérer comme étant dans l'Eglise extérieure,

“ tous les habitants du monde chrétien, même les indifférents et

les incrédules, car, qu'ils le veuillent ou non, ils sont à beaucoup d'égards sous l'influence du Christianisme, ils se trouvent

en contaci avec ses principes comme avec ses disciples ; « /e

Royaume de Dieu s'est approché d'eux » ; ils appartiennent à la Chrétienté. Mais peut-on les considérer tous comme étant de l'Eglise, même dans le sens le plus indéterminé? Ce serail : certes un latitudinarisme excessif (1). Il est nécessaire de poser une limite. Comme c’est la foi vivante, avec ses œuvres, qui rend membre de l'Eglise invisible, c’est la profession de foi, avec les actes qu’elle entraîne, qui rend membre de l’Église visible. Cela semble indiqué dans la parabole du festin par la robe de noces et par l'entrée dans la salle (élus, appelés).

Ilenest de même des églises particulières. Il ne suffit pas, pour leur appartenir réellement, d’être né dans leur sein, ou d’avoir participé d’une ou d'autre manière à quelqu'une de leurs cérémonies ; il faut adhérer à leur symbole, si elles en ont un, et s’unir à leur culte. Une Eglise particulière étant une conception du Christianisme réalisée en institution, une Société fondée pour développer, soit en elle, soit hors d'elle, la vérité et la vie chrétienne sous une forme déterminée, nul ne peut ètre regardé comme faisant partie de cette église, s'il n'en admet pas, au moins extérieurement, la doctrine constitutive, le principe caractéristique, la pensée et la direction fondamentale, de même que nul ne peut être regardé comme membre de l'Eglise générale, s’il n’admet pas, du moins à quelque degré, le Christianisme.

On entre dans l'Eglise en entrant dans le monde ; onest ainsi mis en rapport avec les lumières et les grâces qu’elle répand, on est élevé par ses soins dans la connaissance de la vérité; mais après en avoir été membre de /ait, il faut en devenir membre de droit, il faut déclarer qu’on s’unit à elle par conviction et parce qu’on la tient pour évangélique.

(1) Image de la Vigne, nom fréquemment donné à l'Eglise dans les Saintes Ecritures. Là, les sarments qui portent du fruit doivent seuls rester unis au cep; les sarments stériles sont destinés à être retranchés : séparés du cep, leur sort est d’être brûlés (Jean XV, 1-8).

Ce principe est reconnu par toutes les grandes communions chrétiennes. Elles baptisent dès l'enfance, mais elles n’admettent à la Cène qu’à un âge plus avancé, après une instruction et une épreuve plus ou moins sérieuses, et elles font confirmer alors le vœu du baptème.

Ce principe, pris en soi, concilie les intérêts et les droits des enfants avec les préceptes de la morale, qui veulent que personne ne soit engagé par autrui sans son consentement, de même qu'avec la liberté et la responsabilité personnelles, qui ressortent de l'esprit de l'Evangile.

L'usage des deux sacrements, envisagé sous ce rapport, est une manifestation sensible du double caractère de l’Eglise,

savoir son caractère d’« institution divine », auquel se lient des

bénédictions spéciales dont on doit se hâter de faire jouir les nouveau-nés, el celui de «libre association », qui suppose une connaissance préalable et une adhésion volontaire.

Mais si le principe est universellement reçu, il est, en général fort mal compris, et plus mal suivi encore. On ne voit guère que des formalités dans les coutumes et les règles saintes qu'il a produites, dans les promesses baplismales et dans leur renouvellement. Plus on se pénètre du véritable esprit de ces pratiques religieuses, plus aussi on les trouve graves et solennelles dans leur simplicité, plus on reconnait l'obligation de retarder autant que possible l’âge de la première communion, de soigner, plus qu’on ne le fait communément, l'instruction caléché-

tique de l’enfance et de la jeunesse, et d'éclairer les chefs de

famille sur ce point.

Tout cela implique, on le voit, le droit d'admission et d’exclusion, que toutes les églises se reconnaissent, alors même qu’elles n'en font point usage. Toujours cet idéal auquel le réel répond si peu.

La sagesse veut qu'on travaille à vivifier cette constitulion où ont conduit l'expérience et la conscience chrétienne, plutôt que de briser ce qui est sous prétexte quil n'est pas ce qu'il

devrait être, et de se jeter dans des essais aventureux, qui d’ordinaire ne corrigent un mal que par un mal plus grand. | Bien des causes placent de plus en plus notre Eglise dans la nécessité de ramener le fait au principe ou au droit. Notons, en particulier, son retour à l'élection, événement d’une gravité et d’une portée incalculables, auquel on semble à peine prendre garde. Dans le suffrage uriversel, tel qu'il s’est constitué, et dans un état religieux tel que le nôtre, le fait et le droit sont tellement discordants qu’il doit en sortir des luttes et des ruptures sans fin, si l’on n'y pare de quelque manière. La masse indifférente, formaliste, incrédule, qui domine partout, remuée par l'esprit de parti, peut faire pencher de toutes parts et en toute chose vers le #n7inimum de christianisme. Faudra-t-il que l'Eglise livre ses fonctions administratives et, par suite, sa direction générale à des hommes qui ne lui appartiennent que nominalement, qui sont étrangers ou même hostiles à ses croyances fondamentales ? Il y a là évidemment des règles à établir ; et c’est par là qu'on aurait dû commencer. Le principe de l'élection est excellent en soi; mais il ne l’est que sous des conditions normales ; et la première de ces conditions, c’est qu'il s’adapte à l’esprit et au but de la Société religieuse, qu'il serve au maintien et au développement de sa charte constitutionnelle. Or, dans la disposition actuelle des esprits, le suffrage universel peut aller à l’encontre

de ces fins et n'être qu’un dissolvant de plus.

Ministres de l'Église. — « Jésus-Christ a donné les uns pour étre « apôtres », les autres pour étre « prophètes », les autres pour étre « évangélistes » et les autres pour étre « pasteurs et docteurs » (Eph. IV, 11). Nous avons là quatre ordres de minisires, que nous pouvons ranger en deux classes générales, les ministres extraordinaires (apôtres, prophètes, évangélistes) et les ministres ordinaires (pasteurs et docteurs). — Nous négligeons les subdivisions indiquées dans des passages tels que Rom. XII, 6-8; I Cor. XII, 28, qui marquent des fonctions

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