‹ De l'égliseChapitre 57 sur 76 · PUS VE CURRENT · texte numérisé non relu

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La question de la Cène peut s’envisager soit à l'égard des simples fidèles, soit à l'égard des pasteurs. Les premiers n’ont nullement à juger lès personnes qui s’approchent avec eux de la table sainte. Leur en imposer l'obligation, ce serail pervertir dans son esprit cet acte de foi, d'humilité et de charité: ce serait transformer l’examen de soi-même, qui est commandé (E Cor. XI, 28), en un examen pharisaïique des autres, qui est interdit (Rom. XIV, 4; Matt. VII, 3). Nous citerons encore quelques paroles de Calvin sur cet argument, dont faisaient usage les séparatistes de son temps comme ceux de nos jours : « Touchant ce qu'ils tiennent pour un sacrilège de communiquer « à la Cène du Seigneur avec les mauvais, en cela ils sont « beaucoup plus rudes que saint Paul. Car quand il nous « exhorte à user purement de la Cène, il ne requiert point que « chacun examine ses compagnons, ou qu'un homme examine

« toute l'Eglise, mais qu'un chacun s’éprouve soi-mème. Si

« c'élait péché de communiquer à la Cène avec un homme « indigne, 1l nous eût certes commandé de regarder à l’entour « de nous s'il n'y en aurait point quelqu'un par l’immondicité « duquel nous fussions contaminés : mais quand il commande « seulement que chacun s’éprouve, il signifie par cela que « la compagnie des méchans ne nous nuit de rien. A quoi « est conforme ce qu'il dit ensuite, que celui qui en mange « indignement le mange à sa condamnation. Il ne dit pas : à « la condamnation des autres, mais à la sienne, et à bon « droit, etc. (1). »

Le pasteur a fait son devoir, s'il a fidèlement exposé en particulier et en public la nature, l'esprit, le but de la Sainte-Cène,

les dispositions qu’elle exige, le danger d'y participer indigne-

ment : il n’est, dès lors, responsable ni de la négligence des uns, ni dela profanation des autres. Dans l’état actuel des choses,

le pasteur n’a sous ce rapport, comme sous bien d’autres, que

(1) Instit. Livr. IV, ch. I, $ 15.

l’autorité de la parole évangélique. Notre ancienne discipline étant tombée, c'est à l'Eglise à la relever ou à en établir une

nouvelle. Plusieurs se sont créé, en ces derniers temps, des scrupules et des tourments extrèmes en s’exagérant leurs devoirs

par une fausse idée de Jeurs droits.

Le motif cherché par le séparatisme dans l'obligation imposée aux chrétiens de se retirer du monde, est un abus manifeste

des déclarations et des exhortations scripturaires sur lesquelles :

on le fonde : abus du même genre au fond que celui qu’en a fait le monachisme. Les passages qu’on cite renferment un précepte absolument étranger à la question de l'Eglise. Quand il est prescrit aux chrétiens de ne pas se conformer au monde, d'y renoncer, de s’en séparer, c'est qu'ils doivent nourrir d’autres sentiments el suivre d’autres mobiles que les enfants du siècle, avoir d’autres vues, d’autres espérances, et une autre vie. Ce sont des directions morales, non des règles ecclésiastiques. « Le monde », au sens scripturaire, se trouve dans une congrégalion fortement disciplinée et dans la cellule d’un cénobite, s'il y règne l’orgueil spirituel, des dispositions égoïstes, des affections terrestres et charnelles. Là, tout aussi bien qu'ailleurs, le chrétien peut avoir à s’en garder ou à s’en retirer. L’interpré- - tation que nous examinons dénature la signification évangélique du mot monde; elle expose à mettre l’apparence à la place du fond réel; elle pousse sur la pente de ce vieux pharisaisme que Jésus- Christ a si sévèrement condamné, et qui faisait consister la sainteté à se tenir loin des pécheurs. L’intention est droite, le motif et le but sont purs; mais l’écart et le danger n’en sont pas moins posilifs.

Le purilanisme s'appuie donc sur des principes qui sont loin d'être scripturaires, dans le sens qu’il y attache.

Quant à l’indépendantisme libéral qui, au nom de la sincé-

rité des convictions, fait du fractionnement indéfini l’état normal de la Chrétienté, poussant ainsi aux ruptures autant et plus

peut-être que le puritanisme dogmatique, nous pensons avoir

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suffisamment établi dans d’autres articles qu’il se place en dehors, et par suite à l’encontre de la vraie notion de l'Eglise.

Le séparalisme, sous toutes ses formes, se heurte contre de nombreuses et grandes données de l’enseignement sacré que nous avons indiquées à diverses reprises. L'union des disciples est l’esprit et le vœu de l'Evangile. Le sectarianisme, qu’on l'appelle dogmatiste ou individualiste, puritain ou libéral, est essentiellement anfichréhien ; rien ne Pest peut-être davantage, pas même la superstition.

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