‹ De l'égliseChapitre 58 sur 76 · TEL · texte numérisé non relu

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LATITUDINARISME (ou Universalisme ecclésiastique). — Rejet des Confessions de foi au nom de la science et de la conscience. — Le « principe formel » du Protestantisme (souveraine autorité de l’'Ecriture) sacrifié à son «principe matériel » (justification par la foi) : la foi désignant l’autonomie de la conscience. — Système en opposition 1° avec l’esprit de l’Evangile, 20 la notion et le but de l'Eglise, 3° la nature des choses. — Conventions tacites. — Que le Christianisme est « une vie ».

Cette direction, où s’abritent des vues très diverses, répudie les confessions de foi au nom de la science et de la conscience, au nom du véritable esprit chrétien et surtout du véritable esprit protestant. Antithèse de la direction précédente, elle veut que toutes les opinions sincères el sérieuses soient non seulement pleinement tolérées et librement professées dans l'Eglise, mais prèchées dans les temples et enseignées dans les académies. C’est l’article fondamental du Credo. On admet à tous les droits de la Cité religieuse les doctrines qu’on croit fausses aussi bien que celles qu’on croit vraies, ne leur demandant que de se supporter les unes les autres; on rejette, au contraire, les doctrines qui se posent comme les seules évangéliques, et on les rejette

uniquement pour cela, alors même qu'on n’en conteste pas la

vérité. On regarde moins à la nature et à la valeur propre des

croyances qu'à leur attitude vis-à-vis des croyances différentes :

ce n’est pas tant de l'erreur que de l'intolérance qu’on se préoc-

cupe-et qu'on cherche à se garantir. D'une extrème largeur en-

vers tout le reste, on n’est sans condescendance et sans merci

que contre l'exclusivisme, terme qui revient sans cesse et qui

remplace celui d’hérésie.

« Voici, selon certains esprits de notre époque, dit Hæfling (1), la théorie sur laquelle repose la liberté de foi et de conscience dans le protestantisme. Nul homme n'ale droit de prescrire des

lois à ses semblables en matière de religion. Sur ce terrain, cha-

cun doit avoir la liberté illimitée de suivre ses convictions pro-

pres : c’est là un droit inhérent à la personnalité, et sans lequel

iln’est plus de dignité humaine. Personne donc ne peut s’en dessaisir, personne ne peut l’aliéner et'le remettre par contrat à un individu ou à une Société. Il est impossible, en ce qui concerne la foi, de se lier pour l'avenir par une promesse quelconque... De même que dans nul état civilisé la loi ne tolère qu'un être raisonnable se vende pour être esclave, de mème, et à bien plus forte raison encore, la loi ne peut autoriser l’aliénation de la conviction religieuse... Le catholicisme

avait sous ce rapport méconnu la vraie nature du christianisme; et aussi la liberté s'est vengée de son oppression et.

s’est créé un royaume propre, le protestantisme. Celui-ci lie, il est vrai, la foi à la Parole de Dieu. Mais il est impossible que l'Eglise protestante, qui rejette la prétention de l'Eglise romaine à l'interprétation authentique de lEcriture Sainte, s’arroge elle-même le droit de déterminer le sens de la Parole de Dieu et de décréter ce qui doit être considéré comme doctrine et vérité divine. Elle est obligée, sauf à se mettre en

contradiction avec ses propres principes, de renoncer à avoir un Symbole, une Confession de foi commune et obligatoire.

Elle ne peut exiger que la foi à la Parole de Dieu en général, et non pas la foi à de certaines doctrines, attendu que la

(4) Écrit trad. de l'allemand etintitulé : « Esprit du protestantisme », p. 46.

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« question de savoir ce qu’enseigne la Parole de Dieu ne peut « êlre résolue que par la science exégétique, et que celle-ei doit « jouir d’une liberté complète, si l’on ne veut pas de nouveau « établir des ordonnances humaines. Bien loin donc que le pro- « teslant puisse être obligé de professer des doctrines positives, « on doit plutôt lui demander que Jamais il ne se permette de « juger ou de condamner la foi d'autrui. »

Ce parti, qui aime à se désigner et qu'on désigne fréquemment sous le nom de « libéral », éprouve, par l’action de l'esprit du temps, un revirement singulier, qui le fait tout autre au dedans en le laissant le même au dehors. Il y a qualre jours, sa grande maxime était celle-ci : La Bible, avec une entière liberté d’interprétation, /a Bible seule pour l'Eglise comme corps, aussi bien que pour l'individu, el, par suite, l'admission de loutes les doctrines qui se donnent comme bibliques. Le principe formel du Protestantisme (l’Ecrilure seule autorité et seule norme) était

son dogme constitutif, son unique dogme; il en jetait à l'écart

ou au rebut le principe matériel (jusüfication par la foi), qui en est le dogme vital. Prolongement des idées du xvin° siècle, il enseignait ou patronait généralement la justification par les œuvres. Aujourd'hui, c’est le principe formel qu'il sacrilie; il professe de plus en plus la justification par la foi, mais en l’entendant cum grano sais. Selon lui, et à son sens selon les Réformateurs, la justification est la restauration morale de l’homme, la foi est l'émancipation et l'autonomie de la conscience individuelle, la substitution du jugement ou du sentiment privé à toute autorité extérieure, celle de l’Ecriture comme celle de l'Eglise. Il faut noter ce changement de front, cette volte-face, qui du reste s'opère sur loute notre ligne théologique, cette prétendue restitution de la pensée des Pères de la Réforme qui admireraient, s'ils pouvaient revenir, de s’èlre si peu compris et si mal fait comprendre. Mais, après avoir ainsi mis sens dessus dessous sa vieille base dogmatique, le parti n’en conserve pas moins sa

position ecclésiastique : toujours il prétend grouper en un mème | 24

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culte toutes les opinions qui se déclarent chrétiennes et protes-

tantes, et maintenir entre elles « l'unité de l'esprit par le lien de la paix».

Nous convenons que sous sa première phase, à laquelle tiennent encore bien de ses partisans, ce système, quand 1l n’a pas

dans l’indifférentisme doctrinal sa raison et sa fin secrète, pose:

le vrai principe protestant, en opposilion avec le principe romain: la Bible, révélation de la vérité et de la grâce, seule puissance de Dieu pour le salut de ceux qui croient, seule lumière et seule règle certaine, à laquelle tout doit se ramener, par laquelle tout doit se juger. L'erreur du système est dans la confusion, que nous avons indiquée ailleurs (1), du Protestantisme et de l'Eglise

ou des Eglises protestantes. Applicable peut-être à un état plus

avancé de la foi et de la vie chrétienne, comme il le fut aux premiers temps, il ne l’est pas de nos jours. De plus (el nous n'avons aucun scrupule à le reconnaître), le système combal une disposition que la Réformation elle-même n’a pas su éviter à un degré suffisant et qui, plaçant les formulaires ecclésiastiques à côlé el presque au niveau des Livres saints, leur attribue, par delà l'autorité réglementaire (la seule qu'ils réclament et

puissent réclamer), une autorité intrinsèque et absolue, à laquelle

ils ne sauraient prétendre sans porter atteinte au véritable esprit du Protestantisme. — Sur ce point encore, loin de condamner, nous devons approuver. — Ajoutons que ce système apparait à bien des personnes comme le moyen d'union le plus simple, le plus naturel, le plus sûr, au milieu des divergences infinies de notre époque, et, par cela même, comme représentant et sauvegardant le mieux l’un des deux grands principes évangéliques savoir: celle condesceñdance dont l'Eglise apostolique nous a laissé de si grands exemples.

S'il ne se donnait, en effet, que comme une pure transaction, comme un expédient provisoire dans l’état de désorganisation où

(1) p. 68 et suiv.

nous sommes par suite de la chute de notre ancienne constitu- lion ecclésiastique, et en attendant celle que réclament les temps et les besoins nouveaux ; s'il n’avait d'autre prétention que de nous faire traverser en paix cette sorte d’interrègne, j'y trou-. verais, pour ma part, peu à redire. Mais il aspire à lout autre chose ; il se pose comme définitif, comme constituant l’organisalion normale du Protestantisme. Là est l'illusion et le péril.

Envisagé sous l’une et l’autre de ses formes (Bible, conscience), ce système me paraît en opposition : — avec l'esprit de l'Evangile; — avec le but de l'association religieuse et la vraie notion de l'Eglise ; — avec la nature même des choses.

1° Je dis, d’abord, avec l'esprit de l'Evangile. — Il autorise, non seulement la libre profession, mais la libre prédication de toutes les doctrines, par conséquent de loutes les erreurs, autant du moins qu’elles consentent à vivre en bonne intelligence. Or, c'est mettre de côlé une des règles et des obligalions évangéliques. En un sens, l'Evangile place avant tout et au-dessus de Lout la vérité ; selon lui, la vérité telle qu’elle est en Christ, est la semence de la régénération, la voie du salut, et, pour ainsi parler, /e moule où se forme le caractère chrélien. Le système libéral fait, sous ce rapport, le procès à saint Paul (I Cor. XV, 2), à saint Jean (I Jean IV, 3: Il, 9-11), à Jésus-Christ (Mat. VII, 45; Jean VIIL, 31. 32). Partout, dans le Nouveau Testament, des exhortations à se Lenir en garde contre ceux qui altèrent la vérité (Rom. XVI, 17; Eph. IV, 13-15; Col, IL, 8; Héb. XIIT, 9). Il est prescrit aux pasteurs, en particulier, de retenir la saine doctrine, de garder pur le dépôt de la foi (II Tim. [, 13. MIN 34 Tite I, 9).

Là dessus, on dit que dans le Nouveau Testament la saine doctrine, la vérité désigne le Christianisme, et que les passages où ces expressions se rencontrent ne peuvent s’appliquer avec justice à un système qui, quelle que soit son indétermination dogmatique, veut rester et reste en effet chrétien. — Mais cette réponse est ici inadmissible, car si nos écrivains sacrés

emploient quelquefois les expressions dont il S’agit pour désigner l'Evangile même, il est évident que dans les textes que nous avons cités et dans une foule d’autres, la vraie doctrine évangélique, la pure et sainte croyance chrétienne est mise en contraste avec les opinions erronées qui s'y mêlaient déjà de divers côtés, et que les fidèles sont prémunis contre les allérations de la foi, non contre l’apostasie. ee

On dit encore que les doctrines qui se produisent dans l'Eglise, se réclamant également du nom de Christ, qui seul est /a Vérité et la Vie, aucune ne peut prétendre posséder la vérité et la vie à l'exclusion des autres, et que de là sort pour toutes l'obligation de se tolérer et de se respecter. — Sans entrer dans la discussion de celte maxime, nous nous bornerons à remarquer que, dans l'étendue qu’on lui donne, elle est inconciliable avec ce zèle pour la pureté de Ja foi que prescrit le Nouveau Teslament, et dont tout système théologique et ecclésiastique doit tenir compte. Les doctrines qu’il réprouve prétendaient aussi rester chrétiennes. D'ailleurs, la maxime ne porle pas, ou ne porte que très indirectement sur le nœud réel de la question. Il s'agit ici, en effet, non du degré de vérité essentiel au salut, mais dé la somme de croyances communes indispensable à l’ordre et à la direction de la Société religieuse, ce qui est fort différent.

2° Le syslème est en opposition avec la notion et le but de l'Eglise. |

Qu'est-ce que l'Eglise chrétienne, dans sa généralité, sinon l’ensemble des sectateurs de la doctrine chrétienne, en contraste avec les sectaleurs des doctrines étrangères ? Et dans l’état actuel de la Chrétienté, que sont les Eglises, sinon des Sociétés formées chacune par une conception spéciale du Christianisme, qui lui sert de centre et de lien, qui la fait ce qu'elle est ? « Une « Eglise, dit Samuel Vincent (1), est une association de ceux

(1) Vues sur le Protestantisme, T. I, p. 258.

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