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« qui professent la même foi pour se réunir dans un même « culle. » Qu'est-ce, au fond, qui la caractérise, la distingue, la constitue, sinon sa doctrine ou la conception et la direction chréliennes qu’elle représente ? Quelle est la raison de son existence ? quelle est sa destination et sa fin, sinon de garder et de propager la doctrine qui est pour elle l'Evangile? Cela reste vrai même au point de vue mystique, qui ne regarde qu'à /a vie ; Car la vie dépend de la foi, et la foi dépend de la croyance ou de la doctrine ; la foi est la croyance passée de l'esprit dans le cœur. Si une Eglise n’a pas de doctrine propre, de croyance générale et positive, que répondra-t-elle quand on lui demandera ce qu’elle est? On sait combien de personnes, altirées vers nous dans ces derniers temps, s’en sont délournées à cause des réponses si diverses qui leur ont élé faites sur celte question capitale.
Si le droit d'examen, plus ou moins réglé par la Bible, si l'émancipation de la conscience individuelle (dont on fait l’élément fondamental de la justification par la foi) était le vrai principe théologique du Protestantisme, si le Protestantisme n'avait d'autre base et d'autre loi, d'autre critère et d'autre facteur que ce qu'on nomme aujourd'hui l « 22dvidualisme chrétien », l'universalisme serait, en effet, ou pourrait être son principe ecclésiastique. Mais le Prolestantisme est infiniment plus
que la négation de toute autorité humaine en matière de reli-
sion ; ilest le retour au Christianisme primitif par l'Ecriture. Le droit ou le principe d'examen n’est que sa méthode : ce qui fait son essence, et aussi sa force, c’est la vérité évangélique telle que la pose et l’impose la Parole de Dieu.
Et puis, nous lavons déjà rappelé, il faut distinguer entre
. le Protestantisme et les Eglises protestantes, comme on distingue
entre le Christianisme et les Eglises chrétiennes. Une Eglise étant une conception de l'Evangile réalisée et devenue inslitution, elle reçoit de là une forme propre, une tendance particulière, un caractère et un esprit spécial, auquel ceux qui la diri-
gent doivent rester fidèles. C'est son dogme qui fait sa foi et sa vie. Tout y aboutit pourelle et tout en sort. Il est sa charte constitutionnelle, sa raison d’être et de se maintenir comme corps distinct. Chaque Eglise doit avoir sa dogmatique ou sa loi pour avoir sa forme el sa direction, pour être une quant à ses grands principes d'enseignement et de gouvernement, pour avoir le droit d'exister à part. Si vous avez plusieurs dogmatiques (4), vous avez en fait plusieurs églises; si vous n’avez pas de dogmatique, vous n’avez pas d'église. L’universalisme n'ayant pas de dogmatique, pas de doctrine, ou, ce qui revient au même, ayant plusieurs dogmatiques, plusieurs doctrines, étrangères et hostiles les unes aux autres, il n’est pas une église, il n’est qu'une aggrégation. Poussant au delà de toutes les bornes l'élément chrétien qu’il représente (unio: nisme, tolérantisme), il sacrifie l’une des grandes obligations évangéliques à l’autre; Se méprenant sur les raisons et Îles fins réelles de l'association religieuse, 1l en compromet le principe vital.
3° L'universalisme est en opposition avec la nature des choses. —. he | |
Comment faire vivre ensemble, et contribuer à l'édification commune, des doctrines et destendances non seulement diverses mais contraires, des directions théologiques et pratiques qui, modifiant chacune l’enseignement et le culle jusqu’à leurs dernières profondeurs, constiluant comme des religions différentes, se repoussent et s’excluent : le rationalisme, par exemple, et le supranaluralisme, le christianisme subjectif de la conscience et le christianisme objectif de l’Ecriture, l'humanitarisme métaphysique ou mystique qui ne reconnaît à Jésus-Christ qu’une divinité morale, et l’orthodoxie qui l’adore, avec Thomas, comme
son Seigneur el son Dieu, l’auguslinisme et le pélagianisme, le”
(1) J'entends par là des conceptions du christianisme qui en atteignent
le fond central et vital : catholique et protestante, socinienne et orthodoxe, etc. |
salut par grâce et le salut par les œuvres, etc., ete.? Comment faire passer alternativement une même paroisse sous des doctrines et des directions si opposées? comment prétendre qu’elle descende ou monte de l’une à l’autre sans secousse, à chaque fois qu'elle change de conducteur ? comment y développer la vie spirituelle, dans cette succession constante d'enseignements qui
se heurtent et s’annulent ? Car, dans l’état actuel des choses, il ne s’agit pas de quelques opinions secondaires, que chacun puisse
conserver en soi ét pour soi; les divergences portent sur le
fond vital du Christianisme ; elles atteignent le centre mème de la croyance et de la vie religieuse; elles marquent de leur empreinte le culte tout entier, prédication et catéchisalion, prières et cantiques ; elles se font sentir jusqu'aux dernières ramifications de l’arbre de la foi et de la piété, parce qu’elles partent de la racine.
Voici une déclaration de Samuel Vincent (1) souvent répétée par le libéralisme, et qui mérite d’être notée : « Faire de ces « opinions abstruses (celles du Réveil) l'essence de la religion, « les poser en première ligne, les enchâsser et les tisser en quel- « que sorte dans toutes les formes du culte, au point d’en faire « un objet d'affliction, si ce n'est de dégoût, pour ceux qui ne
« peuvent les admettre... c’est consommer la division et Ja
« rendre irrémédiable ». Ce passage pose nettement la question ;
mais en même temps il la tranche. Si les doctrines dont il s’agit sont un objet d’affliction, de répugnance, de dégoût pour ceux qui ne peuvent les admettre, ceux pour qui elles constituent l'Evangile de la grâce et de la vie ne peuvent pas ne pas les faire prédominer en tout : ils ne trouvent que vide là où elles sont négligées, que scandale là où elles sont altérées ou combaltues.
Une Eglise composée d'éléments aussi antipathiques serait sans action sur elle-même. Elle userait ses forces dans une
guerre intestine ; ce que l’un ferait, l'autre viendrait le défaire
(4) Vues sur le Protestantisme,T. I, p. 97.
376 rats TROISIÈME PARTIE
pour le refaire à sa guise : travail ingrat, irrilant, qui produirait du mouvement et du bruit sans avancement réel.
Et que pourrait-elle au dehors? Rien, ou à peu près. Elle ne pourrait, comme Eglise, prendre part à aucune des grandes œuvres chrétiennes de notre époque : Missions, Traités religieux, Ecoles, etc.; car tout cela, de mème que le Catéchisme, ramène la question dogmatique qui, quoi qu'on en dise, forme la queslion centrale et se place ainsi à la racine de toutes les autres. Pour marcher ensemble, il faut vouloir suivre le mème chemin et se proposer le même terme, il faut un principe et un but communs; et ils manquent essentiellement dans l'Eglise du slali quo. :
Ce système, comme le système, opposé (celui du radicalisme ou de lindividualisme), est une des illusions de notre époque. Voici quelques-uns des arguments qu'on fait valoir en sa faveur. :
Le principal, son argument de fond, si Je puis ainsi dire, était, hier encore, qu'il suffit de poser la Bible comme base et comme règle. Hélas! ce n’est plus guère là son fort; et nous pouvons né pas nous y arrêter. Mais 1l en est d’autres où pousse d’autant plus l’abandon de celui-là. |
On dit 1° qu établir des symboles qui fassent loi, c'est renver- … ser le principe constitutif du Protestantisme, relever l’autorilé humaine et reprendre le joug de Rome. — Il y a là une étrange confusion, quand ce n’est pas simplement une arme de guerre. Nous l'avons rencontrée et examinée sous diverses formes: il. faut y revenir. On ne peut assimiler le système protestant des Confessions de foi au système romain,-qu’en se méprenant sur la nature des deux. Dans le Catholicisme, tout porte sur l'autorité | de l'Eglise ou du Saint-Siège, parce que là réside l’oracle vivant et perpétuel. L'Eglise, dépositaire de la Parole non écrite, commenlaire et complément essentiel de la Parole écrite, l'Eglise, éternellement conduite dans la vérilé par l'Esprit de Dieu, est l'interprète et le juge suprême de la doctrine. Les chrétiens