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doivent croire et se soumettre docilement à ses décisions, alors même qu'elles leur paraîtraient en désaccord avec l’Ecriture, C’est d'elle que le Seigneur aurait dit pour tous les temps : « Qui vous écoute, m'écoute ». Voilà le principe catholique; et il n'y en a pas l'ombre dans le vrai système des Confessions de foi. Elles sont simplement des expositions et des résumés officiels de la croyance constitutive; — des signaux autour desquels se rassemblent les personnes arrivées à la même conception foncière du Christianisme par l'étude du Livre divin; — des barrières contre l'invasion des doctrines qui troubleraient l’ordre et le culte en troublant l’enseignement; des déclarations publiques par lesquelles l'Eglise manifeste sa foi et sa vie au monde. C'est là l'esprit et le but réel de ces symboles; ils ne se donnent que comme règle disciplinaire ; ils ne demandent soumission qu’en tant que conformes à l’Ecrilure et en son nom; il n’excluent que pour sauvegarder le principe fondamental et vital de l’association religieuse.
Une Eglise, en tant que Société, a certainement le droit de formuler sa charte constitutionnelle et de la maintenir, comme de la réviser et de la modifier, si elle le juge à propos. En le faisant, ce n'est pas une autorité d'infaillhibilité qu'elle s’attribue, c'est uniquement une autorité d'ordre, qu'elle n’exerce que dans l'intérêt de l'édification commune, et qu’elle n’étend, quand elle ne se manque pas à. elle- -même, qu'aux points essentiels et au corps dirigeant,
En quoi blesse-t-elle par là le principe du libre examen? Elle
ne demande pas à être crue sur parole ; elle ne s'arroge pas des
altributions et des prérogatives surnaturelles ; elle n’interdit pas de comparer ses enseignements avec l'Ecriture, non plus que de les discuter et de les rejeter. Elle ne contraint ni d'entrer ni de
rester. Elle met le Livre divin entre les mains de tous, en répé-
tant à Lous le précepte de /e sonder. Si elle exige de ceux qui aspirent à ses emplois qu'ils s'engagent à respecter ses croyances et
ses règles fondamentales, elle ne fait qu’obéir à la loi qui gou-
verne loutes les sociélés ; sa paix intérieure, sa prospérilé, sa force, son existence même sont à ce prix.
Il serait temps de s'expliquer sur ces termes de liberté et d'autorilé, sans cesse opposés l’un à l’autre et susceptibles de significations ou d’applicalions si diverses. — Entend-on, par la liberté qu'on réclame, le droit de n'avoir d'autre Maître et d’autre Docteur que Christ, d'être immédiatement enseigné de Dieu dans les Saintes Ecritures, de n'être contraint en aucune manière à professer comme vrai ce qu'on croit faux, ni comme faux ce qu’on croit vrai ? Ce droit n’est point en cause. — Entend-on un laisserfaire absolu, qui permettrait de semer dans les académies et dans les temples toutes les opinions qu’on peut se former, à la seule condition de les recouvrir plus ou moins d’une terminologie biblique, et de tourner les charges qu’on a sollicitées et reçues de l'Eglise au renversement de ses doctrines constitutives ? Ce serait, certes, dépasser la mesure, et pousser l’abus du droit jusqu’à la violation du devoir. Il appartient, ce semble, à la Société religieuse, aussi bien qu’à toute autre société, de limiter. la liberté par l’ordre. — Entend-on par l'autorité qu'on repousse, celte autorité disciplinaire, préventive ou répressive, qui à pour but de garantir le fondement de la communauté, sa raison d’être, la condition de sa sécurité et de sa vie? La lui con Lester, ce serait contester ce qui appartient à toule associaon par la nature mème des choses, suivant ce que nous venons de dire. Se
Veut-on se prendre à cetle autorité divine (et par cela même normalive) de l’Ecriture Sainte, que les formulaires s'accordent à poser à leur base ? Alors, bien loin de plaider le principe protestant, on s’insurge contre lui; on passe à un autre protestantisme, pour ne pas dire à un autre christianisme : car le Proteslantisme, soit dans son opposilion au Catholicisme, soit dans son fond réel et positif, est la soumission à la Bible, parole de Dieu, révélation du Ciel; et révélation et autorité c’est tout un.
2° On a conseillé de laisser tomber les formulaires, et de s’en
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tenir à des conventions générales, négalives, lacites (Samuel Vincent et autres). —
Mais, outre que c’est reconnaître en fait la nécessité et la légilimité de la règle que l’on conteste en principe, il est difficile de comprendre ce que peuvent être des conventions de ce genre, et ce qu'on peut en espérer. Comment les établir ? Comment en assurer le respect et l’observalion? Qu'est-ce qu'une doctrine indéfinie, qu’une lot non promulguée, qui doit être partout et nulle part, qui n'ose se produire en aspirant à lout dominer et à tout régir? Qui en sera le dépositaire et le gardien? Par qui sera-t-elle appliquée ? Par quel moyen maintiendra-t-elle cette uniformité générale d'enseignement et de culte, qui est son objet et sa fin? Que répondra-t-on à ceux contre qui on l’invoquera, et qui demanderont ce qu'elle est et où elle est? — Ce mode de constitution peut être praticable, lorsqu'il n’existe pas des doctrines et des tendances destruclives les unes des autres ; il peut l’être dans de petites congrégations qui ont une foi bien arrêtée et qui la surveillent ‘avec une jalouse sollicitude; 1l ne l’est pas, dans l’état actuel des idées et des choses, pour les grandes communions. |
3° On se retranche sur ce que l'essentiel n’est pas tant de conserver certaines opinions spéculalives, que de mettre le Christianisme et l'Evangile en contact avec les âmes. — Cela est incontestable et incontesté. — Mais la question revient toujours : Quel Christianisme et quel Evangile ? car il en est mille aujourd'hui, Affirmerait-on que les divergences actuelles n’intéressent pas ou n’intéressent que peu le fond réel de la foi et de la vie chrétienne? Mais les tendances extrèmes, partout en présence et en lutte, affectent profondément le christianisme pratique aussi bien que le christianisme théorique : ce sont, à bien des égards, des religions différentes. Toutes le confessent à leur manière, et la moindre réflexion le montre à qui veut voir. Partez du point fondamental si longtemps disputé, et, ce semble, universellement admis maintenant, que /e Christ est la vie de
l'Eghse comme la vie des âmes. Cette vie, qui vient de lui, sera-t-elle la même quand on le considérera comme la première des créatures, avec les ariens, ou comme le plus grand des prophètes, avecles unitaires, ou comme le plus grand des révélateurs,
c'est-à-dire des philosophes ou des fondateurs de religions, avec.
l’ancien rationalisme, ou comme l’homme idéal, et par là
l’'Homme-Dieu au sens panthéistique, avec le rationalisme nou<
veau, que lorsqu'on l’adorera comme le Dieu-Sauveur, avec la masse des chrétièns de tous les temps ? Lui accordera-t-on, dans ces diverses conceptions de sa personne et de son œuvre, les mêmes sentiments de crainte et d'amour, de confiance et de dévouement; naîlra-t-il dans les cœurs le même ensemble de dispositions religieuses, le même ordre de rapports ou de communion avec lui? Ou plutôt, ces notions et ces directions contraires n’engendreront-elles pas, à la longue, une telle opposition de croyances et de culte qu’on s’accusera réciproquement ou d’impiété ou d’idolâtrie ? — Le dogme du Saint-Esprit entraîne des divergences dogmaliques presque aussi graves; car c’est
aussi un article capital et vital; et quoique partout retenu en
apparence, il disparaît en réalité dans un grand nombre de cas — (esprit chrétien : disposition des âmes unies à Christ par la foi ; voix de Dieu en nous, c'est-à-dire voix de la conscience immédiate). — De même de toutes les doctrines constitutives de l'Evangile. Celle de la Justification par la foi, posée de toutes parts aujourd’hui comme le grand principe du Protestantisme et du Christianisme évangélique, est tout autre et produit une difté-
rence profonde dans les rapports de l'âme avec Dieu et dans la
direction de la vie intérieure tout entière, selon qu'on la voit telle que la fit la Réformation, d’après saint Paul, ou telle que
la font les nouvelles écoles, d’après le subjectivisme mystique
du moment, — Quel besoin d’ailleurs d'argumenter, quand il
suffit de regarder? Que sont pour l’orthodoxe la prédication et la liturgie rationalistes, et pour le rationaliste la prédication et
la liturgie orthodoxes ?
On à beau dire que le christianisme vivant a son siège dans le cœur, qu'il est un sentiment plutôt qu'une idée, qu'il consiste dans les dispositions qui nous tournent vers Dieu et vers le Ciel en nous détachant du monde et de nous-même, plutôt que dans des notions ou des formules dogmatiques, — Sans doute (et l’on ne,saurait trop le répéter et y insister, car c’est l’a, b, e, de l'Evangile), mais c’est par la vérité que le sentiment religieux en général, et le sentiment chrétien en particulier, s’éveille, se nourrit, se développe. « Si vous persévérez dans ma doctrine, dit le Seigneur, vous connattrez la vérité, el la vérité vous affranchira. » (Jean VIIL, 30.) « Sancthfie-les par ta vérité, ta parole est la vérité. » (Jean XNII, 17). L'Evangile montre partout la vie naissant de la foi, quoiqu'il rattache aussi la pureté et la profondeur de la foi à la pureté et à la profondeur de la vie. Croyances, dispositions, œuvres, Lél est, en thèse générale, l'ordre scripluraire, aussi bien que l’ordre logique, Chaque tendance théologique produit une tendance religieuse correspondante, chaque conception spéciale de l'idée chrétienne engendre une direction spéciale de sentiments ou de principes actifs. En dernière analyse, l’homme est ce qu'il croit. Ainsi, même à ce point de vue, la doctrine conserve encore limportance et la prééminence qu'on lui dénie; le devoir de la garder pure grandit, bien loin de diminuer.
Il paraît donc que le système qui nous occupe ne peut se légitimer sous sa forme absolue. Non seulement il a contre Jui l'esprit comme la lettre de l'Evangile, mais il ne saurait donner à l'Eglise l'unité de direction nécessaire à sa paix intérieure, à sa prospérité spiriluelle, à son œuvre de régénération et d’évangélisation. Il en ferait à la longue une Babel, où l’on aurait la confusion d’abord et ensuité la séparalion. Aussi n'est-ce dans aucune donnée rationnelle ou biblique que ce système a son origine. Système de transition, et par là mème de transaction, il est né de l’état anormal où se sont trouvées les communautés chrétiennes après la crise d’incrédulité et de langueur générale
qu'elles ont traversée au xvin* siècle. Quelques-unes y ont perdu leurs anciennes lois dogmatiques et disciplinaires; et, comme elles ont pourtant subsisté sans constitution positive, on a cru qu'elles pouvaient s’en passer ; et on a érigé le fait en principe, l'hypothèse en thèse, d'autant plus volontiers qu'on échappait par là à mille difficultés internes et externes.
Qu'on tienne compte de l’élat où nous sommes; il le faut
bien : qu’on le rappelle pour prévenir les écarts d’un zèle inconsidéré ou prématuré, pour réclamer un redoublement de sagesse, de condescendance, de support, pour travailler par-dessus tout à raviver l'esprit évangélique, qui doit se créer en quelque sorte lui-même sa forme ecclésiastique ; rien de mieux. Mais l'erreur et le péril seraient de déclarer régulier et définitif cet état transitoire. En suppléant à l’unité qui nous manque par l’union ou
par le support, nous n'en devons pas moins aspirer et tendre de
toutes nos forces à ce degré d'unité indispensable à l’ordre de l'Eglise, comme à son libre et plein développement.
Je ne m’arrête pas au système qui rejette aussi les formulaires tout en voulant, dans l’enseignement et dans le culte, une sorte de rigorisme doctrinal (M. de Gasparin). La plupart des considérations précédentes l’atteignent autant que celui dont nous avons fait l’objet de notre examen ; et il est encore moins logique et moins praticable. Comment, au milieu de cette infinie divergence des idées et des sentiments, maintenir une doctrine fixe sans une règle qui la détermine et la protège, si ce n’est peut-être dans de petites congrégalions où chacun a les yeux sur
tous et tous sur chacun? Or, nous avons ici devant nous le sys-
ème des grandes églises ou de l'Eglise générale, non celui du
fractionnement indéfini tel que le pose soit le puritanisme dog-
malique, soit le puritanisme libéral,
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ORGANISATION DE L'ÉGLISE 989 SYSTÈME INTERMÉDIAIRE (Réformation). — Vues diverses : a) subs-
titution des catéchismes ou des liturgies aux formulaires ; b) retour aux anciens symboles; c) formulaires réduits aux seuls points fondamentaux, imposés au seul corps dirigeant. (Ce qui concilie le devoir de la coudescendance et celui de la fidélité). — Est-il possible de déterminer ainsi les grands faits de révélation? — Quelle est l’autorité des formulaires ?
Les deux systèmes extrèmes (le séparatisme et le latitudinarisme), sont incomplets et par cela mème erronés et périlleux. Ils rompent également, quoiqu'en sens contraire, l'harmonie des
deux grands principes évangéliques ; l’un poussant l'unité dog-.
malique jusqu’à l’anéantissement de l'Eglise extérieure-générale, l'autre allant jusqu’à sacrifier la vérilé à une union purement apparente; l’un manquant au devoir de la condescendance, l’autre au devoir de la fidélité.
Nous sommes donc conduits au troisième système, celui de la Réformation, qui veut en mème Lemps le maintien de la vérité et le maintien de l'union, une Eglise générale et une doctrine positive.
Nous n'avons pas besoin de nous arrêter à établir qu'à nos yeux ce syslème est le seul fondé : cela ressort suffisamment de notre discussion précédente et, en particulier, du double caracère que nous avons relevé dans la notion scripturaire de l'Eglise. Il est évident d’ailleurs qu'il faut à la Société religieuse, comme à la Société politique, sa charte constitutionnelle, qui constate ce qu’elle est et lui imprime l'unité de direction dont elle a besoin. On regrette d'avoir à ramener incessamment un tel lieu commun, un tel #uisme.
Mais, parmi ceux qui admettent en principe le système intermédiaire, il existe de graves dissidences. D'accord sur l’obligation de concilier la liberté et l’ordre par une règle constitutive,
ils ne le sont pas, à beaucoup près, sur la nature, la forme et
l'étendue de cette règle. Les uns demandent le retour pur el simple aux anciens symboles; d’autres sont d'avis qu'ils doivent être remplacés par des formulaires, réduits aux seuls points essentiels pour qu'il y ait dans l’Église communauté de direction et de vie; d’autres encore veulent que les liturgies et les caléchismes soient substitués aux formulaires (1).
Cette dernière opinion s’est peu produite comme théorie, quoiqu’elle ait de nombreux partisans. La voici telle qu’elle fut formulée par un de nos journaux religieux qui s’en fit pendant quelque temps l'organe (2) : « L'erreur n’est pas seulement d'un «côté... Les amis de la liberté ouvrent la porte à l’anarchie « lorsqu'ils disent n’avoir d'autre lien que la Bible, lorsqu'ils -€ prétendent laisser à chacun liberté entière dans la manifesta= « tion de ses croyances religieuses. Il n’est pas possible, en « effet, que dans la mème chaire un prédicateur vienne le soir « combattre la doctrine prèchée par un autre le matin. Dès que « cela arrive, un règlement intervient pour empècher la polémi- « que et mettre des bornes à la liberté individuelle. Lors même « que tous les pasteurs seraient du même avis, il ne leur serait « pas possible de prècher que Jésus-Christ n’a point fait de « miracles, qu'il n’est pas le Fils de Dieu, que sa mort est inu- « ile à la rémission des péchés, que l’homme est sans péché ou « qu'il n'a pas besoin du secours du Saint-Esprit... Pourquoi « cela? Parce que ces doctrines sont celles de l'Eglise... Il y a « donc une doctrine commune dans les Eglises sans Confession « de foi : même en France, même à Neuchâtel, mème à Genève, il ÿ à un cerlain nombre de vérités simples, pratiques, un cer- « tain nombre de faits, qui constituent les croyances publiques, « qui lient les uns aux autres ceux qui les professent. Celle « doctrine se trouve exposée sous sa forme la plus simple, la
(1) Ce dernier point de vue, que je place dans le système intermédiaire et qui lui appartient en effet, s’est généralement placé dans le système universaliste.
(2) « L’Evangéliste », 15 juin 1840.
« plus vivante, dans la Liturgie ; elle est sous une forme plus « didactique, et pourtant populaire, dans le Catéchisme. Là se « trouve le complément indispensable du principe fondamental : « la Bible et l'examen ; là est l'alliance possible de l’uaité avec « la liberté. »
Ce système pose bien formellement la nécessité et la légitimité
de la règle dogmatique. La question de principe y est tranchée:
il ne reste que la question de forme, de moyen, d'application. On repousse les symboles, mais on veut qu'à leur place les liturgies et les catéchismes exercent l'autorité doctrinale dont l'Eglise ne saurait se passer. Ce système est, quant au fond, celui de bien des « dissenters » anglais, qui rejettent aussi toute espèce de formulaire, Il peut assurer une unité dogmatique très étendue et très forte.
À vrai dire, c’est parce qu'il ne laisse pas assez de liberté, que nous répugnerions surtout à l’admettre, Et puis, dans notre élat actuel, comment l’appliquer? Quelle est la Liturgie, quel est le Catéchisme qui serait investi de l'autorité normative ? Car nous avons plusieurs de ces livres symboliques, admis les uns ici, les autres là. Dans chacun respire un esprit particulier, et aucun n'a été rédigé au nom de l'Eglise, ni approuvé nisanctionné par elle. |
Dans cette indétermination, on laisse subsister toutes les questions, toutes jes difficultés, et on en soulève de nouvelles. La liturgie exprime une tendance, une couleur religieuse, sans donner formellement une doctrine, et ne peut dès lors fournir la règle cherchée. Le catéchisme, devant exposer l’ensemble des devoirs et des dogmes, va nécessairement fort au delà de ce qu'exige un formulaire; il décide, il fixe, en bien des cas, ce qui devrait rester libre ; d’un autre côté, n’exposant la doctrine que pour l'instruction et l'édification de l'enfance, il ne peut définir
. suffisamment les points essentiels. C’est trop et trop peu; la
règle a trop d’étendue et manque de précision. Aussi arrive-
t-on toujours à une déclaration de foi : à côté ou au-dessus de la
liturgie et du catéchisme, on pose certains dogmes ou certains faits dont on exige la profession; ici, c’est le Symbole des Apôtres; là, un consensus lacite; ailleurs, on réduit tout à un seul point, la foi en Jésus-Christ, Seigneur et Sauveur.
Avec ceux qui en sont là, ilne s’agit plus de discuter s’il est légitime et nécessaire d’avoir une règle dogmatique; ils en ont une, L’unique question est de savoir si celle qu'ils proposent est suffisante. Or, évidemment, elle ne l’est pas; surlout lorsqu'elle se borne, suivant la pente la plus commune aujourd'hui, à poser la foi au salut par Jésus-Christ, sans entrer aucunement dans le fond des idées que ces mots expriment. Quiconque prend le nom de chrélien peut, en toute sincérité, adopter celte vague formule ; car il est impossible d'admettre l'Evangile, en quelque sens qu’on le fasse, sans admettre aussi d’une ou d'autre manière que Jésus-Christ est le Sauveur du monde, puisque c’est là l'Evangile mème. Les chrétiens panthéistes de nos jours le proclament, comme les chrétiens déistes du siècle dernier, comme les chrétiens socialistes eux-mêmes. La formule n’ajoute rien au principe; elle laisse toutes les opinions antagonistes en présence et en lutte, elle est sans force contre l’anarchie qu'on veut prévenir; ce n’est qu’une règle apparente, une barrière nominale, et il en faut une qui soit réelle, positive, efficace. |
Le retour aux anciens symboles ne me semble ni possible nt désirable. Si les confessionalistes allemands le réclament, ils sont à peu près les seuls. Quoique la Confession de la Rochelle n’ail pas élé officiellement abolie, et qu’elle soit même reconnue par les Articles organiques, elle a cessé, en réalité, d’être la loi de nos Eglises; elle n'existe guère, ainsi que la Discipline, que comme monument historique. Or, en thèse générale, une constilution quelconque, politique ou religieuse, une fois tombée ne se relève pas. Les restaurations sont des reconstructions. Pour revenir à la Confession de La Rochelle, il faudrait revenir au.
point de vue du xvr' siècle; et si quelques esprits semblent s y
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replacer, la masse ne le peut. Le fond vital de cette antique déclaration restera sans doute, car il est éternel en tant qu’ex-
pression de la vérité évangélique; mais la forme, et tout ce qu'elle porte avec elle, et qui tient à la théologie du temps, ne
réunira plus l’assentiment général. Si donc on ne veut pas scinder notre Eglise et se contenter de grouper une petite minorité de ses membres autour de son ancienne règle de foi, il faut ou consentir à un nouveau formulaire, ou se résigner à n’en avoir aucun.
D'ailleurs les Confessions du xvi siècle prêtent de divers côtés à de sérieuses objections. Ayant généralement pour but d'instituer et de garantir une détermination systématique du Christianisme, elles mêlent beaucoup trop à la simple et pure donnée scripturaire une interprétation humaine; la conception du fait révélé s’y substitue souvent au fait lui-même. C'est une religion greffée sur une théologie. Or, en cela une Eglise outrepasse ses droits et ses devoirs : elle empiète sur le terrain de la liberté, et, en voulant trop réglementer la vérité divine, elle l’expose, en même temps qu'elle compromet l'unité. [lest obligatoire pour elle, quand elle marque les conditions auxquelles elle attache ses emplois, de se borner à la constatation des grandes doctrines bibliques, base de son enseignement et de son culte, en laissant de côté la théorie proprement dite. Ainsi, pour citer un exemple, sur la personne du Sauveur, le Nouveau Testament enseigne que la divinité est unie en lui à l'humanité et il le montre adoré dans le Ciel et sur la terre: il réclame pour lui tous les sentiments qui constituent la piété et qui lui ont toujours fait dire : Mon Seigneur et mon Dieu ! Mais les rapports du Verbe éternel
avecle Père d’un côté, et avec l'Homme-Jésus de l’autre, ne sont
point déterminés dans l’Ecriture comme ils l'ont été plus tard dans la dogmaiique officielle. Déduits de la révélation, sans y être donnés directement et positivement, ils appartiennent à la partie théologique, et par là même libre, de la doctrine chrétienne ; ils ne doivent pas entrer dans la charte constitutionnelle
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de l'Eglise, Les Confessions de foi du xvi° siècle ont donc dépassé sur ce point leurs vraies limites en consacrant, comme
elles l'ont fait, les symboles de Nicée et d’Athanase.
Non seulement les formulaires développés, qui fondent ensemble la théologie et la religion, tels que le sont généralement ceux du xvr siècle, gènent la liberté, mais ils compromettent l’unité. Ce qui n’est qu'induction de l'enseignement biblique ne pouvant avoir le même caractère d’évidence et d'autorité que ce que l'Ecriture donne directement et formellement, ilrésultera de là, par la nature même des choses, des dissidences, sans gravité réelle, mais qu'il faudra frapper, sous peine de laisser tomber la loi fondamentale: et l'Eglise se décimera incessamment, soit parce qu'elle se trouvera dans la fréquente nécessité d’exclure, soit parce qu'elle deviendra la proie du séparatisme, dont elle aura posé le principe par une excessive rigidité doctrinale.
Tout formulaire qui dépasse les grands faits de révélation, sous ombre de les compléter ou de les assurer, et ne s'arrête pas à celle uniformité générale de direction qu’exige l’ordre et l'édification de l'Eglise, est répréhensible par cela seul, puisqu'il blesse en pure perte l'esprit de condescendance et de support, que le Nouveau Testament recommande dans l'intérêt de l'union.
Du reste, les hommes les plus attachés aux anciennes confessions de foi reconnaissent généralement qu'elles ont quelque chose de trop théologique et de trop absolu, et se montrent disposés à y substituer une déclaration plus large, qui rapproche des personnes et des Eglises que ces confessions séparent. Bien
des. tenlalives se sont faites et se font en ce sens. Les esprits se portent de ce côté, par le travail interne des principes et la
nécessité extérieure des choses. Tout fait sentir, dé plus en plus, le devoir et le besoin de chercher une base sur laquelle puisse s'asseoir la grande unité évangélique.
Le formulaire ecclésiastique doit, selon nous, remplir les trois conditions suivantes :
1° Ne déterminer que les points essentiels à l'unité générale :
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d'enseignement, de direction et de culte, ou, en d'autres termes, à l’ordre el au gouvernement de l'Eglise.
20 Ces poinis-là même, les consacrer moins comme dogmes que comme faits de révélation.
3° Ne les imposer qu'au corps dirigeant (1).
Ce système tient également compte des deux grands principes évangéliques. Il répond à l’un en assurant les points fondamentaux, à l’autre en laissant libre tout ce qui peut l'être, Il
concilie au degré possible la condescendance et la fidélité, les
obligations de la charité et les exigences de la foi, les intérêts de l'Eglise et ceux de la doctrine. Il satisfait aux deux besoins,
en apparence contraires, qui se font si vivement sentir aujourd’hui, celui d’unité et celui de liberté. Il garantit cette unité
foncière sans laquelle une Eglise ne peut ni marcher, ni sub-
sister, et il laisse cependant à la liberté beaucoup d'espace ; il
ne la restreint qu’autant que l’exigent l’ordre et l’édification.
Il est un autre besoin, trop peu apprécié dans les questions ecclésiastiques, et auquel une bonne organisation doit se prêter aussi, celui d’un régime spirituel particulier pour certains états religieux et moraux. Quoique d’accord sur le fond, on peut en être autrement impressionné, selon qu'on le saisit principalement ou par la raison, ou par la conscience morale, ou par le cœur, ce qui lui imprime un caractère tantôt plus dogmatique,
Lantôt plus pratique, tantôt plus mystique ; types distincts du
Christianisme, qu’on peut reconnaître déjà parmi les apôtres,
chez saint Paul, saint Jacques, saint Jean ; directions différentes
qui veulent à certains égards une culture différente. D'ailleurs,
‘ce qui suffit aux chrétiens commençants ne saurait suffire aux
(1) Comment ne pas faire remarquer ici que le Synode de 1872, sans connaître la pensée du Professeur Jalaguier, l’a cependant traduite en édictant une déclaration de foi conforme à ces deux premiers points? Il s’en est écarté malheureusement dans le troisième ; et combien de membres
ou d’amis de notre Eglise l’ont déploré ! Nous souffrons encore, hélas ! du
désordre ecclésiastique qui en fut la conséquence. (Edit.)
chrétiens avancés ; le point de vue des uns n'est plus celui des
autres, sous le double rapport de la foi et de la sanctification. Il est tout simple que les personnes qui éprouvent les mêmes besoins se cherchent, s'unissent par une communion plus étroite, et mettent en commun leurs moyens d’édification, formant ainsi de diverses manières des ecclesiolæ in Ecclesia. C'est un droit qu'on ne peut méconnaitre sans injustice etsans péril. Le leur dénier, c’est les pousser au séparatisme. Qu'au contraire on le leur accorde pleinement, il n'en résultera que du bien, pourvu que le devoir de l’union, c’est-à-dire le vrai principe évangélique, soit compris et respecté. Si nous voulons une Eglise générale, il faut y laisser place aux tendances particulières, sous les grandes conditions qui doivent en garantir
l'unité intérieure et extérieure. — Mais que nous avons à appren-
dre à cet égard !
Ici se placerait naturellement un projet de formulaire, si nous nous sentions en mesure et en droit de l'essayer. Notre article des Points fondamentaux indique dans quel esprit nous le conce-
vrions. La difficulté de le réaliser et de le légitimer tient au
désordre de notre temps, plus qu’à la nature des choses. En principe, le contenu substantiel du Nouveau Testament doit pouvoir se dégager et se constater comme celui de tout autre écrit. Ce n’est pas de l'obscurité du livre, c'est de la prévention des lecteurs que vient le défaut d'entente sur le fondamental et le vital de son enseignement, seule chose qui importe ici. En fait, à part l'évidence interne et directe, nous avons deux cri-
tères externes, deux moyens indirects de vérification qui ne
demandent qu’à être convenablement appliqués pour assurer le résultat général. Je les ai exposés à l’article des Points fondamentaux, car celte question, telie que nous l’avons envisagée, est la même que celle des Formulaires ecclésiastiques. Les deux contrôles dont il s’agit sont le témoignage de l'étude pleinement docile des Saintes Ecritures, et le témoignage, non moins positifet peut-être plus frappant, de l'étude pleinement indépendante.
Le premier nous est fourni par ce fond vital de croyances auquel arrivent généralement les humbles disciples de la Bible, qui subsiste plus ou moins pur dans toutes les grandes Eglises, à travers leurs diversités, et qui, séparé des interprélalions lraditionnelles et des formules théologiques, constitue ce qu'il semble à peu près convenu de nommer l'orthodoxie (1). Le second nous est fourni par l’exégèse rationaliste et incrédule. Partout où des préoccupations systématiques, des intérêts d'opinion ou de position n’ont point empêché de voir dans le Nouveau Testament ce qui y est et de dire ce qu'on y trouve, on s’est accordé à y reconnaitre, comme tenant à l'essence mème de son enseignement, les dogmés dont nous avons fait les points fondamentaux, c'est-à-dire ceux qu'il s'agirait de fixer et de garantir.
Que le principe protestant reprenne son empire, ce qu’il fera certainement car il est le principe chrétien, et la ‘éologie biblique du rationalisme aura contribué pour beaucoup à résoudre quelques-unes des questions les plus controversées et les plus graves, celle en particulier du contenu foncier des Livres saints, à laquelle s’en rattachent tant d’autres ; le rationalisme aura ainsi servi, et servi puissamment, la cause qu'il prétend ruiner.
Il est difficile, sans doute, sinon de déterminer ce fondamental que l'Eglise doit réglementer dans l'intérêt de sa foi et de sa vie, du moins de le faire admettre dans le désordre actuel des . idées. Maissi les principes se raffermissent, si lestroubles s’apaisent, bien des montagnes s’aplaniront. Ainsi, sur la personne de Jésus-Christ, les grands éléments du dogme ecclésiastique, pris simplement comme faits de révélation, se constatent d’euxmèmes : préexistence, création du monde, règne sur l'Eglise, aclion mystique sur les âmes qu'il illumine et régénère, seconde venue pour la résurrection et le jugement, union en lui de la vraie divinité et de la vraie humanité, culte religieux avec
(1) Voir p. 287. Doctrine des points fondamentaux.
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l’ensemble de sentiments dont il sort et qu'il gourril Lout cela, simplement comme fait, ne frappe-t-il pas au cœur cet idéalisme vaporeux où l’on se réfugie de tant de côtés ? — De même de l’œuvre de Jésus-Christ et des autres articles réglementaires ou constitutifs. rs | = La Bible maintenue comme norme suprème de vérilé, nous sommes en droit d'affirmer qu'elle les donne formellement. Qu'on l’ouvre en renonçant à toul esprit propre comme à toute volonté propre, qu'on l’ouvre avec l’humble et ferme intention d’étre enseigné de Dieu, et l’on verra! Or, tout est là pois l'Eglise de la Bible. | | | Encore une fois, que la réalisation de ces vues ne soit pas chose aisée, c'est tout simple ; car c’est l'abandon de la méthode ou de la forme suivie jusqu'ici, c’est le passage du système théologique au système scripturaire. Mais des difficultés ne sont pas des impossibilités. Le fondamental évangélique peut certes être suffisamment dégagé, constaté, précisé, aulant que l'exigent l’ordre et l'édification. Et puis, n'oublions pas que le mouvement actuel pousse de plus en plus dans ce sens les âmes et les églises altachées à la vérité telle qu’elle est en Christ ; fidèles à ce fond divin où la foi et la vie de la foi ont toujours plongé leurs |
racines, elles aspirent de toutes parts à s'unir sur celte base, à travers leurs dissidences secondaires, pour marcher ensemble
au grand combat de la foi contre le négativisme déclaré et.
contre cetle sorte de nominalisme chrétien qui n'est qu’ un néga-
tivisme déguisé. | Je n'ai voulu, par ces observations, que constater le principe
qui doit présider à l'établissement des formulaires, savoir la
conciliation de la spontanéité et de la règle, de la condescendance et de la fidélité, ou, comme on dit en politique, de la hberté et de l’ordre; car le problème est le même au fond pour l'Eglise que pour l'Etat, Ce simple rapprochement fait entendre
quelles sont les difficultés d'exécution. Tous les projets laisse- ‘0
ront plus ou moins de prise à l'éternel dilemme des partis
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extrèmes : c’est trop ou trop peu. Toujours, l’un trouvera qu'on
< ne sauvegarde pas assez l'unité, l’autre la liberté. Et puis, l'esprit Le Fi
4 des temps subissant des transformations infinies, l’accent devra 2 à
à se meltre sur des points différents, seion les entraînements ou * 4 e
| les préoccupations du moment. Aujourd'hui, par exemple, ainsi LP F
| que j'ai eu l’occasion d’en faire la remarque, l’article qu'il fau- 3 a
drait porter en première ligne est celui de l'inspiration des 5 Ecritures, autrefois sous-entendu ou supposé plutôt que posé, ee
parce qu’il était universellement et pleinement admis. TETE +.
En somme, si le régime des formulaires est difficile, celui qui mi.
prétend s’en passer est impossible. Une Eglise sans règle de foi #4
n'est pas plus une Eglise qu'un Etat sans constitution n’est un ue
Etat. C’est moins encore, car le despotisme peut tenir lieu de loi | : ‘à
dans l'Etat, tandis que rien ne peut tenir lieu d'une doctrine | Le
dans l'Eglise, puisqu'elle n’est qu’en elle et par elle. L'esprit se
des Ecritures, les données de l'expérience, la nature des choses,
font du premier système une obligation et une nécessité. C’est à
* chaque époque et à chaque situation à l'appliquer dans la $
mesure et sous la forme qu’elles réclament. à si