‹ De l'égliseChapitre 61 sur 76 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

FORMES D ORGANISATION : — 40 Gouvernement du Clergé; 2° Gouvernement mixte ; 3° Gouvernement de l’Eglise entière. — Avantages et inconvénients de ces divers systèmes.-— La question est, au fond, entre l’ « épiscopalisme », le « presbytérianisme », et l’ « indépendantisme » ou, plus au fond encore, entre le « cléricalisme » et le « laïcisme ». <

Les diverses formes d'organisation ecclésiastique peuvent se

ramener à trois principales :

1° Gouvernement du Clergé: — a) Monarchique, quand ilse .

concentre dans les mains d’un seul, comme dans l'Eglise romaine; — b) Aristocratique, quand il réside dans un ordre particulier

(1) Voy. une exposition critique des différents systèmes d'organisation de l'Eglise dans Schérer : Esquisse d’une théorie de l'Eglise (1845), ouvrage dont le Professeur Jalaguier se servait ostensiblement dans cette partie de son cours.— Voy. aussi, dans l’ « Encyclopédie des sciences religieuses » les études de : F,. Lichtenberger, Théorie de l'Eglise; F. Chaponnière :

Eglise anglicane ; J. Wallon: Eglise catholique; J. Moshakis : Eglise grecque ;

Ernest Lehr : Eglises protestantes, etc.. Ces savants articles sont si complets,

si actuels que nous nous bornons à résumer ici les pages dans lesquelles

notre auteur étudiait des questions qui, après tout, peuvent bien n'être mentionnées que pour mémoire dans un ouvrage de dogmatique. Si nous

reproduisons in extenso ses considérations sur les Rapports de l'Eglise el

de l'Etat (II° partie de ce chapitre), c’est à cause de l'importance du sujet et des vues bien personnelles qu’elles contiennent : importance toujours la même au fond pour l'Eglise, et plus grande que jamais pour lPEtat; vues pleines de sagesse, de modération, de perspicacité, dont on ne saurait méconnaître l’à-propos, en tenant compte, bien entendu, de la différence des temps. (Edit.)

Fe LÉ:

ei FR PRES à sé état dé à SES + 5,

“ ww” 7

VAN à t NT TEE PT - - Pr MATE + 7 PVR ND MAN UE 2 PU ESTT PUNUNET Pre me OT DER es , * FES ot LV Ne nd PRE PE s, dt F0 : Ar SEE * 2 F si 27. 1 ; Le

de pasteurs, les évêques, comme dans l'Eglise catholique (depuis le n° jusqu’au vin* siècle) et dans l'Eglise anglicane; — c) Démocralique, quand tous les pasteurs y prennent également part, comme dans l'Eglise suisse (système des classes).

Les inconvénients généraux de cette constitution naissent de ce que le clergé y formant un corps qui ne relève que de lui et se recrute par lui-même, il peut se préoccuper de ses intérêts propres plus que de ceux de la religion et de l'Eglise.

2° Gouvernement mixte (pasteurs et déléqués laïques). — a) I peut reposer sur une autorité permanente; c'est le système luthérien. Le souverain y est le chef suprême de l'Eglise; les affaires religieuses sont administrées par un Consistoire ou Directoire supérieur, qui a pour président un laïque et dont les membres sont nommés à vie. — D) Il peut reposer sur une autorité temporaire et élective; c'est le sys/ème réformé. Il x d’abord les Consistoires (1), composés des pasteurs de la localité et d’un certain nombre d’anciens; au-dessus des Consistoires les Colloques (2), au-dessus des Colloques les Synodes provinciaux, au-dessus des Synodes provinciaux le Synode national, autorité suprême qui réunit le pouvoir législauf et exécutif.

Cette organisation est parfaitement en rapport avec les principes du Christianisme, le but de l'Eglise, l'esprit des temps modernes ; c’est peut-être celle qui allie le mieux la liberté à la force, l’ordre au progrès et à la vie. Nos vœux et nos elforts doivent tendre à la rétablir ; car la loi du 148 Germinal an X, tout en paraissant la respecter, l’a changée presque complètement. Cette loi a fait de notre ancienne constitution ecclésiastique, ce qu’elle a fait de la Confession de foi et de la Discipline ; reconnaissant tout en apparence, elle a tout mis de côté en réalité. Ainsi elle place à la base de l’organisation ecclésiastique l'Eglise

(4) Conseils presbytéraux actuels.

(2) Consistoires actuels.

consistoriale et supprime de fait l’ancienne distinction entre

consistoires et colloques; elle accorde des Synodes, mais ils.

n’embrassent dans leur ressort que cinq Consistoires, ils ne se

composent que de dix députés, ils ne peuvent délibérer que sur

des sujets communiqués d'avance, ni se réunir qu'avec autori-

sation préalable, ni faire exécuter leurs décisions qu'après approbation. Au-dessus de ces Synodes (qui répondent tout au plus aux colloques, et qui n'existent d’ailleurs qu’en théorie), il n'y a aucune autorilé supérieure, aucun lien gouvernemental autre que l'Etat; rien qui unisse en un corps nos églises, rien qui leur imprime cette unité de direction et de vie dont elles ont besoin. Les Consistoires eux-mêmes ne sont, ni pour leur constitution n1 pour leurs attributions, les Consistoires de notre vieille Discipline. Ils ne sortent point d’une élection ecclésiastique véritable ; ils se recrutent par eux-mêmes parmi les riches, “comme si Mammon présidait au service de Dieu, comme si les biens de la terre conféraient des privilèges spéciaux dans le royaume de Jésus-Christ. De plus, les droits des Consistoires sont mal définis, et il est fort à craindre qu'après les avoir négligés et méconnus longtemps, ils ne les étendent outre mesure dans la crise actuelle... 5

(1) — Le Décret de 1852 a modifié à divers égards la loi de Germinal, mais en y portant un principe gros, je le crains, de désordres et de périls, celui du suffrage universel, car l’apphcation régulière de ce principe exigerait une diffusion de lumières, de croyances et de dispositions religieuses qui n existe pas. Dans les moments de calme on n'aura qu’une ombre de scrulin ; dans les temps d’agitation, où tout se remuera jusqu’au sédiment, on votera généralement pour un minimum de Christianisme. Qu'attendre de ces masses, protestantes de cœur si l’on veut, mais seulement chrétiennes de nom, qu'il est si aisé de prévenir par un faux libéralisme ? |

(1) Réflexions postérieures, qu’on pourrait qualifier de prophétiques.

bn

LCA us ge

Nr tro, :

3° Gouvernement de l'Eglise entière ou de l'Eglise par l'Eglise. — C’est le système des indépendants, qui ne reconnaissent que des églises particulières, soumises à une stricte discipline, et qui placent dans l'assemblée des fidèles toute l'autorité ecclésiastique. C’est aussi celui des congrégationalistes, qui liennent une sorte de milieu entre les indépendants et les presbytériens. On peut y raltacher encore celui des Quakers. En principe, il semble que les Quakers ne devraient pas plus avoir de gouvernement que de clergé, puisque d’après eux la société comme l'individu est sous la direction immédiate de lEsprit divin ou du Verbe intérieur. Ce fut, en effet, leur premier état; mais ils l’ont modifié par la force des choses et réglé dans l'intérêt de l’ordre. Ils ont dans chacune de leurs réunions deux ou trois personnes qui administrent et, d'ordinaire, instruisent et prient. Ils ont des assemblées mensuelles de district ou d'arrondissement; ensuite, des assemblées composées de députés d’un certain nombre de districts, Lous les quatre mois; et, tous les ans, une assemblée générale qui décide en dernier ressort leurs affaires et transmet des avis, ou même des ordres, à tous les membres de la Société. Il y a donc là un véritable gouvernement, qui dépasse même en autorité celui de bien des Eglises établies, car il possède et exerce le droit d'exclusion ou d'excommunication.…….

— Le principal point des débats relatifs à la constitution ecclésiastique parmi les protestants, est toujours entre l’épiscopalisme, le presbytérianisme et V'indépendantisme : chacun de ces systèmes se disant le plus conforme, ou même le seul conforme à l'institution primitive et au véritable esprit du Christianisme. Mais la question tend à 'se généraliser davantage et à s'engager finalement entre le cléricalisme et le laïcisme. Partout se tranchent les deux directions que nous avons rencontrées sous des formes si diverses, et dont l’une s'efforce de relever les attributions du ministère en relevant celles de l'Eglise (hautanglicanisme, ultra-luthéranisme, etc.); tandis que l’autre, ne voyant dans l'association religieuse qu’une institution humaine,

ne lui laisse que des droits conventionnels et, par suite, qu'une autorité déléguée. Nous nous sommes expliqués ailleurs sur ces deux directions. Rappelons seulement qu’elles sont, à notre sens, aussi excessives et partielles l’une que l’autre. La dernière, à travers ses exagérations, plaide un principe profondément évangélique lié à celui du sacerdoce universel, qui veut que tous les chrétiens aient en quelque sorte charge d’âmes et prennent part, selon la mesure de leurs dons, à l’avancement du règne de Dieu au dedans et au dehors. Mais si c’est un principe évangélique, ce n’est pas /e principe évangélique ; il en est d’autres à ses côtés, destinés à le contenir, à le compléter, à le régler; et | c’est de cette union, difficile mais obligatoire, que dérivent

l’ordre et le bien.

IT

RAPPORTS DE L'EGLISE ET DE L'ETAT (1). — Quatre systèmes : « Eglise- Etat », « Etat-Eglise », « Union, avec autonomie réciproque », « Séparation absolue ».— La lutte actuelle est entre les deux derniers. — L” « union » confondue avec la « fusion ». — Accord foncier entre les partisans modérés des deux systèmes. — Possibilité et nécessité de régler les rapports. — Etats-Unis. — Confusion de l’Eglise avec le Christianisme. — Négation de l'Eglise extérieure générale. — Accusation de formalisme, etc. — Le séparationisme compromet le point essentiel, la distinction du temporel et du spirituel. |

À la constitution extérieure de l'Eglise, se rattache la question

de ses rapports avec l'Etat. Ils peuvent donner lieu à quatre systèmes.

1° L'Etat dans l'Eglise, ou l’Eglise-Etat; système hiérarchique : théocratie, ultramontanisme. |

(1) Cette étude a paru, presque textuellement, dans l’Espérance (23, 30 . juin, 3 juillet 1846). — En la présentant au public, M.J, Pédézert, alors directeur de ce journal, s’exprimait ainsi : « Ces articles résument admirablement les termes du débat; ils contiennent des idées et des vœux auxquels. nous donnons notre plus vive et plus cordiale adhésion. » — Une note du Professeur Jalaguier, postérieure à 1860, permet de considérer ces

2° L'Eglise dans l'Etat, ou l'Etat-Eglise ; système territorial : Bysantinisme, Eraslianisme (1), Césaréopapie.

— Le premier de ces systèmes est quelquefois nommé principe catholique, parce qu'il sort des doctrines et des tendances de l'Eglise romaine, qui l’a fréquemment appliqué et toujours virtuellement maintenu. Le second est quelquefois nommé principe protestant, parce que la Réforme, en suite de sa position, mit presque partout les princes à la lête des Eglises qu’elle fonda. —

3° Union de l'Eglise et de l'Etat, avec indépendance respective pour chacun des deux corps dans ce qui lui est propre.

4° Séparation absolue de la société religieuse et de la société civile.

La grande discussion est aujourd’hui entre ces deux derniers systèmes. Quoique, par lelfet de leurs théories théologiques ou politiques (2), bien des personnes rêvent encore ou la théocratie ou l’éraslianisme, le règne de ces deux formes d’organisalion

est passé.

pages, quelque empreintes qu'elles soient des préoccupations du moment, comme reflétant bien toute sa pensée, et sa pensée dernière sur cette grande question. Voici cette note : « Je dirai des rapports de l'Eglise et de l'Etat ce que Jj'eus l’occasion d’en dire lorsque parut l’ouvrage de Vinet (De la manifestation des convictions religieuses) en 1842, et que le Semeur l’annoncait comme posant le principe d’une rénovation ecclésiastique et sociale aussi profonde que celle du xvi siècle. Les discussions qui ont suivi, les théories diverses qui se sont produites, ont laissé mon opinion à peu près la même. » (Edit.)

(1) Du nom de son auteur Eraste, médecin du xvi° siècle. Il fut conduit à assujettir le spirituel au temporel par le désir de couper dans sa racine la tyrannie du pouvoir ecclésiastique que Rome s’était arrogée. La même cause fit généralement pencher les protestants de ce côté-là.

(2) Parmi les hommes politiques, il y a deux classes opposées de publicistes dont l’une se rattache à la théocratie et l’autre à la césaréopapie; les premiers appuient le trône sur l'autel, les autres veulent tenir les Eglises et les religions elles-mêmes subcrdonnées à l'Etat. Il existe aussi certaines écoles d'économistes qui aspirent à organiser la société sous des formes presque théocratiques ; aussi ces écoles s’allient-elles généralement avec le Catholicisme, sans admettre ni ses dogmes ni ses rites.

Le troisième système, celui de l'union, a pour lui les masses. Le quatrième a vu se former en sa faveur une minorité imposante par le talent et déjà par le nombre. Aux yeux de ses défenseurs, la séparation n'est pas une question d'utilité, de 4 convenance ou d'époque; elle est la vérité absolue, le droit, le | devoir, la nécessité; c’est un principe, un dogme; l'union est 4 une hérésie ; le triomphe du Christianisme dépend de la rupture complète de l'Eglise et de l'Etat, parce que de là dépendent sa pureté et sa puissance; celte rupture sera la plus mémorable

des révolutions religieuses et sociales (1).

Les principales bases du système de séparation absolue sont que si l'Etat a une religion, l'individu n'en peut point avoir, et que l'alliance, quelle qu'elle soit, entre la société religieuse et Ja sociélé civile les dénature toutes les deux. — Mais cela n’est vrai que de la théocratie ou de la césaréopapie, c'est-à-dire des systèmes de fusion; il ne l’est pas du système d'union, qui coordonne l'Etat et l'Eglise, sans les subordonner l’un à l’autre quant à ce qui constitue leur individualité. Or, ce syslème est le seul réellement en cause. C’est donc celui-là qu'il faudrait discuter avec soin. Et, cependant, l’argumentation par laquelle on croit J’attaquer et le renverser ne porte en fait que contre les deux autres, je veux dire l’Eglise-Etat et plus spécialement lEtat- Eglise. Les défenseurs de l'union peuvent admettre, et admettent en effet presque toutes les prémisses des raisonnements qu’onleur oppose; à peu près tous les principes d’où l’on part, ils les posent = et les professent eux-mêmes : la distinction du temporel et du spirituel, de la morale religieuse et de da morale politique, la différence d'origine, de nature, de fin entre l'association chrétienne et la société civile, etc., elc.; comment se fait-il donc À qu'on croit les atteindre et qu'ils se croient souvent atteints par |

les conclusions ?

(1) Vinet : De la manifestation, etc., pp .23 et 286; Schérer: Esquisse, etc., p. 268.

Il doit y avoir là quelque malentendu. Malgré l’extrème vivacité de la lutte, et peut-être à cause de cette vivacité même, la question doit être, à certains égards, ou mal posée ou mal éclaircie. Il n’est pas jusqu'aux termes consacrés d'union et de

séparation qui ne prêtent à l’équivoque, aussi longtemps qu’on

n'a pas soin de les définir, et je puis adopter alternativement Pun ou l’autre après explication. Vous êtes séparalioniste; mais en dernier résullat votre but est de garantir les libertés de l'Eglise et d'assurer son autonomie spirituelle, vous ne brisez avec l’État que parce qu'il empiète dans un domaine qui n’est pas le sien et où son action compromet gravement la vérité et la vie évangélique ; je suis pour vous. Vous êtes unioniste (qu'on me pérmelte l'emploi de ce terme, pour abréger), mais, en jugeant qu’il est convenable ou nécessaire de régler, par des conventions, les rapports de l'Eglise et de l'Etat, vous demandez, d’un côté que l'Eglise se souvienne que le règne de Christ n’est pas

de ce monde et qu’il répudie tout usage des armes charnelles :

vous demandez, d’un autre côté, la reconnaissance et le maintien des droits sacrés que lui confère sa mission divine; je suis des vôtres. Or, si, sans changer le moins du monde d’opinion, je me trouve appartenir également aux deux partis, cela suppose évidemment qu'ils ont plus de principes communs qu'ils ne pensent, el l’on a quelque raison de soupçonner que Île fort de la bataille a dévié sur des points secondaires, qui peut-être ne valent pas l’ardeur qu’on met à les attaquer et à les défendre.

Autant.que je puis le voir, le vrai principe impliqué dans ces débats, le seul réellement important, est celui de la séparation du temporel et du spirituel ; ce qu'on veut de toutes parts, après de longues expériences faites en sens divers, ce que notre siècle semble appelé à réaliser, c’est la franche application de ce grand principe, resté beaucoup trop jusqu'à présent à l’état de théorie, c’est son passage dela sphère des opinions dans les faits et dans les lois. Eh bien! ce principe, les deux systèmes le posent

également; ils repoussent, avec la même énergie, et les empiète-

ments de l'Etat et les empiètements de l'Eglise ; ils ne veulent, pas plus l’un que l’autre, de la théocratie ni de la césaréopapie, dans le vrai sens de ces mots; ils réclament, l’un et l’autre, pour chaque société la plénitude de ses attributions et de ses droits. Le système d’union est tout aussi décidé là-dessus que le système de séparation; et c’est par ce côté qu'il rompt complètement avec les systèmes de fusion, qui assujettissent ou le temporel au spirituel ou le spirituel au temporel, systèmes avec lesquels on ne devrait pas le confondre.

Prenez les choses sous un autre aspect; passez des principes aux formules et à l’expression des vœux ; vous arrivez à un résultat semblable. Que veulent les séparationistes ? C’est l’indépendance de l'Eglise et son autonomie dans l’ordre religieux. Mais, celte indépendance, les unionistes la veulent aussi. Que veulent-ils? c’est qu’il s’établisse entre les deux sociétés des rapports réguliers qui assurent à chacune l'exercice de ses attributions propres et de ses droits inaliénables. Mais, ces rapports, les séparalionistes les veulent aussi ; ils affirment que la séparation ne les exclut pas; ils vont jusqu'à soutenir qu’elle seule les rend possibles. Ils accordent pleinement à l'Etat ses droits extérieurs (jura erga sacra); tout ce qu’ils lui refusent, c'est de s’immiscer dans les questions religieuses proprement dites fyus in sacra). Or c’est exactement, on le voit, la thèse des unionistes. |

Ainsi, selon la face sous laquelle vous envisagez les termes de la discussion, et pour peu que vous les expliquiez, en. dehors des nuages qu’a déjà soulevés la lutte, vous trouvez qu'ils s’ap-

pliquent aux deux partis, et vous pouvez, à voire gré, donner

aux mêmes pérsonnes les titres opposés d'wnionistes ou de sépa-

ralionistes.

Il y a donc, il faut le redire, des malentendus. Dans la théo-

cralie et dans la césaréopapie, il s'opère une alliance entre les

deux sociétés ; le glaive spirituel s'y marie avec le glaivé tem-

porel {gladium cum gladio}, l'un passant plus ou moins sous

l'empire et sous la direction de l’autre. L'on peut donc appliquer à ces systèmes la qualification de « systèmes d'union », eton le fait très souvent. Maïs cette désignation, toute vraie qu’elle soit en elle-même, n’en est pas moins inexacte et malencontreuse en fait, puisque le système d'union, tel qu’il se pose aujourd’hui, rejette formellement et le principe théocratique et le principe érastien. Ce double sens du mot donne lieu à d'innombrables méprises, par la facilité ou le danger qu'il laisse de passer instantanément d’une idée à l’autre; il crée une sorte de clair-obseur où la dialectique de parti est merveilleusement à l'aise.

Peut-être suffirait-1l, pour amener bien des rapprochements, de préciser un peu plus la question et d'expliquer un peu mieux les termes. Nous sommes disposés à croire que la majorité des deux camps ennemis finirait par s'entendre passablement, si, faisant trève aux discussions, ils consentaient à se dire simplement les uns aux autres ce qu'ils veulent. Ne repoussent-ils pas également et la domination de l'Etat par l'Eglise, et l’assujettissement de l'Eglise par l'Etat? Ne condamnent-ils pas, avec la même force, et la théocralie et la césaréopapie ? Ne demandentils pas, de concert, l'indépendance respective du pouvoir civil et du pouvoir religieux ? Ne tiennent-ils pas tous fermement à ce que les deux sociétés puissent agir avec une pleine liberté, chacune dans sa sphère? Dès lors, sur quoi disputent-ils avec tant d’acharnement et de bruit ? Ils peuvent différer quant au degré et à la forme, soit de l'union, soit de la séparation, ou, si on l'aime mieux, de l’union-séparation, car il nous est parfaitement loisible, on l’a vu, de fondre les deux termes en un pour que les. deux partis y trouvent celui qu'ils affectionnent, et de transformer ainsi en un drapeau de ralliement ces expressions qu'on oppose comme des brandons de discorde. Les deux camps peuvent différer sur la constitution relative des deux sociétés qui assurerait le mieux et leur indépendance essentielle et leurs rapports

mutuels ; là est, en effet, un objet sérieux d'étude. Mais la ques-

et les plus légères concessions, il en est d’autres dont les vues

tion qui les divise n'est plus alors une question de principe; il ‘ne s’agit entre eux que de ce plus ou de ce moins qui existe en toutes choses, et dont la détermination peut varier à l'infini avec le changement continuel des idées et des situations. Aussi la différence est-elle que, sur le terrain de la pratique et de la vie, lorsque les consciences, et non les théories seules, sont véritablement en cause, le séparationiste donne sa démission le jour même et l'unioniste seulement le lendemain.

Cependant, et quelque fondées que soient ces remarques, il doit se trouver des divergences plus profondes dans ces débats déjà si grands et si vifs, et qui le deviennent de plus en plus. Des discussions pareilles ne sauraient être uniquement des disputes de mots. En y regardant de près, nous ne tarderons pas à reconnaîilre qu'à côlé de ces hommes des deux parus que

rapprocheraient, ce semble, les éclaircissements les plus simples

fa

ne, 1 x 4 | Ÿ . ra pl an Et à ie Dépt ue ct etat dat Per d'in 5" ati jdn trs à

portent beaucoup plus loin. Ce sont ces extrèmes qui expliquent l’antagonisme, qui le maintiennent, l’animent et l’aggravent. Parmi les partisans de l'union, vous découvrirez grand nombre de défenseurs du statu quo, quel qu’il soit ; conservateurs quand même, ils ne se proposent que de légitimer ce qui est. Là où est

Le À et nb fr nt mt dc

établie la césaréopapie, ils se déclarent pour elle et trouvent des arguments pour la justifier ; ils se prononceraient tout aussibien pour la théocratie, si elle pouvait s’allier quelque part à lesprit

Page 1