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Kuotou, ne doivent pas plus s'entendre liltéralement que celles qui les accompagnent : xpiux êslier ur river. Nous voyons d'ailleurs lApôtre parler simplement de pain et de vin après la consécration (vv. 26-28) ainsi que l'avait fait Jésus-Christ (Matt. XX VI, 29). Et puis, suivant une remarque déjà faite, avec le dogme de la présence réelle une telle absence de respect, un tel laisser-aller, un tel désordre (vv. 20-22) dans la célébration de la Cène, eüt-il été possible ?
- Il est évident pour nous que l’étude des textes relatifs à la Sainte-Cène, faite sans opinion préconçue, sans préventions d'aucune espèce, conduit, de même que les circonstances de l'institution, à considérer les éléments eucharistiques seulement comme des symboles. Dès lors, l’opinion catholique tombe, ainsi que l'opinion luthérienne et mème l'opinion calviniste ; ear cette dernière n’est au fond qu’une hypothèse conciliatrice. Elle na pour elle aucune déclaration, et il semble qu'il faille tout entendre ou figurément ou littéralement.
Les données des sens et de la réflexion mènent au même résultat que les données scripturaires. Là transsubstantialion, en particulier, traîne avec elle non seulement des difficultés infinies, mais des impossibilités et des contradictions véritables. Ainsi, elle suppose que la parole du prètre crée et anéantit; — que la - malière du sacrement disparaît et qu'il n’en reste que les acci- dents ou les espèces; — que toutes les propriétés perceptibles d’une substance persistent quand cette substance n'existe plus (couleur, saveur, étendue, forme, etc.) et qu une substance différente se cache sous ces propriétés étrangères; — que le corps de Christ, quoique dans le Ciel, n’en est pas moins sur la terre et en mille lieux à la fois; — que ce corps, qui est un, est dans le même moment lout entier sur tous les autels et en chaque fragment de chaque hostie, en chaque goutte de chaque calice ; — que des accidents, ou des apparences, sont corruptibles, puisque le sacrement l’est et que le corps de Christ ne l’est pas, etc., etc.
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Les luthériens, comme les catholiques et les calvinistes eux-mêmes, en appellent au principe que la raison doit se soumettre à la foi dans les choses de révélation. — Sans doute, et ce grand principe du christianisme théorique et pratique nous l’admettons pleinement, nous l’avons constamment invoqué et appliqué ; mais la foi consiste à admettre ce qui est réellement dans l’Ecriture, non ce que nous y mettons ou supposons. Et, pour constater ce qui y est, nous n’avons d'autre moyen que la raison, aidée d’une saine herméneutique. Or, la terminologie biblique de la Sainte-Cène, expliquée par elle-même et par les faits qui la déterminent, est évidemment métaphorique ou parabolique. Le sens figuré en est le sens naturel et, à vrai dire, le sens propre. |
Rappelons toutefois que le symbolisme de la Cène n’exclut nullement le côté mystique, spirituel, divin. La foi ne voit plus dans les éléments eucharistiques du pain et du vin ordinaires ; les envisageant dans leur signification sacramentelle, elle contemple la réalité sous la figure; derrière la représentation, elle découvre, voit et adore la chose représentée; l’invisible remplace pour elle le visible; ce qu’elle voit, c’est le corps et le sang de Christ, c’est le pain descendu du Ciel et qui donne la vie au monde. Le zwinglien peut parler de ce saint mystère comme le calviniste et presque comme le luthérien, si ce n’est comme le catholique.
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OPINION DES PÈRES (1). — Indéfinie et diverse. Toutes les Eglises prétendent l’avoir pour elles. — Elle n’est pas le dogme catholique : — Arguments « négatifs » et « positifs » qui le prouvent. — Quand ils s’expliquent, les Pères emploient toute la terminologie protestante. — Controverse de Paschase Radbert et de Ratram. — Rapport de la Cène et du Baptême.
Il est déplorable que le Sacrement de la Charité ait produit tant
de luttes et de haines.
Dans les discussions sur la Sainte-Cène, tous les partis ont
(1) Préoccupés d'éviter lesredites et d'écarter, le, plus possible, de cet
cherché à s'appuyer sur l’opinion des premiers Pères; tous, catholiques, luthériens, zwingliens, calvinistes, ont soutenu que c'était la leur. Au xvnr° siècle ce fut en France l’objet d’une controverse animée, Arnaud et Nicole publièrent leur livre « De la perpétuité de la foi catholique touchant l'Eucharistie ». Les Claude leur répondirent. Basnage écrivit l « Histoire de l'Eucharistie jusqu'au XIII siècle ». Déjà auparavant du Plessis-Mornay avait donné son traité « De l'institution, usage et doctrine de l'Eucharistie en l'Eglise ancienne », D. Blondel, ses « Eclaircissements familiers de la controverse de l'Eucharistie », elc., etc. Les deux partis se glorifièrent d’être restés maîtres du terrain et d’avoir l'antiquité pour eux.
On conçoit, du reste, ces prétentions et ces conclusions opposées, car il est fort difficile de distinguer avec quelque exactitude l'opinion commune chez les anciens docteurs, au milieu des idées particulières où elle setrouve mêlée, et au travers des expressions et des images mystiques qui la recouvrent. Aucune hérésie n'ayant provoqué ni discussion ni décision sur ce point, les Pères n'éprouvent pas le besoin de peser leurs pensées et leurs termes, de les surveiller et de les régler ; ils s’abandonnent librement à leurs vues propres, à tout ce que le sentiment ou limagination leur inspire; ils exaltent par tous les moyens le mystère sacré. |
Les différents partis théologiques ‘ont. probablement tort el raison tout ensemble; raison quand ils soutiennent que leur doctrine existe à un degré ou à l’autre chez les anciens docteurs de l'Eglise, tort quand ils prétendent qu'elle s’y trouve seule et
telle qu'ils la posent...
ouvrage tout ce qui pourraît, à la rigueur, étre qualifié de « bien connu » (épithète redoutable et'de nos jours très usitée, sinon toujours justifiée), nous nous bornons à publier sur ce point un résumé et quelques fragments. En venant compléter ce qui a déjà été dit çà et là du témoignage des Pères sur la Sainte-Cène, ils suffiront à corroborer la notioñ symbolique de ce sacrement donnée par l’exégèse. (Edit.).
Mais s’il est difficile de déterminer avec exactitude l'opinion des premiers siècles sur la Sainte-Cène, on peut du moins établir que ce n'était pas celle du Catholicisme, la seule vraiment importante au point de vue pratique et ecclésiastique (1). Nous avons pour le prouver des arguments de deux sortes, les uns négatifs, les autres positifs.
Arguments négatifs. — 19 Le dogme catholique soulève des questions et des difficultés innombrables qui ont constamment occupé les écoles théologiques dans les derniers siècles, c’est-àdire depuis que le dogme a été arrêté, formulé, établi et proposé à la foi du peuple (2). Or, ces difficultés, ces questions qui exIStent à la surface de la doctrine romaine, qui en naissent naturellement, nécessairement, qui frappent de prime abord tous les esprits, ne se sont pas présentées aux anciens, ils ne les ont ni abordées, ni soupçonnées. Cependant ils ne reculaient pas, on le sait, devant les discussions métaphysiques ; et celles que soulève la Sainte-Cène se liaïent d’ailleurs logiquement à la grande controverse de ces temps sur la nature du corps de Christ et sur l'union de la divinité et de l'humanité en lui (Docétisme). Quelle autre explication de ce fait, sinon que l'opinion à laquelle ces questions se raltachent n'était pas l'opinion de leur temps? quelle autre raison possible de ce silence absolu, de cette prétérition universelle en un tel sujet ?
2° Les Pères argumentent d'après des principes contraires au
(1) L'opinion luthérienne et l'opinion calviniste, considérées en ellesmêmes, ne sont importantes qu’au point de vue dogmatique ; elles ne mettent aucun obstacle à la communion, du moins ne devraient-elles pas le faire, puisque, tenant uniquement au for intérieur, elles n’entraînent pas de dif-
férence sensible dans la célébration du culte. Malheureusement l'opinion :
luthérienne (comme nous avons déjà eu l'occasion de le faire remarquer), passant de la sphère dogmatique dans la sphère ecclésiastique et religieuse, devient de nos jours, comme autrefois, un principe de discorde et de rupture. Elle invoque aussi une sorte de traditionalisme, et elle sera atteinte par plusieurs des remarques suivantes, quoiqu'elles aient trait essentiellement à l’opinion catholique.
(2) Voy. pp. 430, 486 et suiv., 497, 499, et ci-après.
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dogme catholique. Ainsi, ils soutiennent, contre les païens, que leurs divinités ne pouvaient se trouver en même temps dans chacune des statues qu'on leur consacrait; — ils en appellent, contre les Docètes, au témoignage des sens pour prouver la réalité du corps de Christ; ils se servent même du pain et du vin de la Cène pour établir ce point de la doctrine évangélique (1); — ils argumentent également par l'Eucharistie contre les Encrattes (aquaru) qui niaient la légitimité de l’usage du vin (2); argument impossible s'ils eussent cru et enseigné la transsubstanliation.
3° L’Eucharistie ne fut l’occasion d'aucune hérésie, l’objet d'aucune discussion dans les premiers siècles. Le conçoit-on en se plaçant au point de vue catholique ?
4° Les juifs et les païens n'ont pas attaqué le Christianisme par ce côté. Ni Celse, ni Porphyre, ni Jullien n’ont touché à ce sujet qui aurait si aisément prèté à leurs invectives et à leurs sarcasmes (3).
5° Les rites qui se sont établis dès que le dogme actuel a fait positivement partie du Symbole romain et qui en sont le produit nalurel, ne se montrent point dans les temps anciens (4).
Ce sont là sans doute de bien fortes présomptions contre Île dogme catholique, ou, pour mieux dire, c’est une démonstration
(4) Tertullien : Contre Marcion.
(2) Clément d'Alexandrie.
(3) Un seul trait dans l’histoire de l'Eglise primitive révèle une accusation de ce genre. Il se trouve dans un fragment d'Irénée relatif à la persécution de Lyon en 177, et conservé par Euménius : « Des esclaves de chrétiens ayant entendu dire à leurs maîtres que la divine communion est le corps et le sang de Christ, et pensant que c'était réellement de la chair et du sang, le rapportèrent aux examinateurs. Ceux-ci voulurent arracher cette confession aux martyrs Sanctus et Blandina, qui répondirent: « comment consentiraient-ils à faire de telles choses, ceux qui par ascétisme ne
se permettent pas même l’usage légitime de la viande ? » — Cette donnée historique, souvent citée en faveur du dogme romain, dépose en réalité contre lui.
(4) Voy. quelques détails dans Basnage, Hist. de la relig., T. I, p. 116.
DNS So 1 QUATRIÈME PARTIE
formelle. En accordant qu'il existât çà et là quelque chose
d’analogue à l’idée actuelle, on peut affirmer, dans tous les cas,
qu'elle n’était pas la croyance de l'Eglise à cette première pé-
riode. Au ve siècle, certains Eutychéens semblent avoir argumenté du fait que le pain et le vin de la Cène se nomment après
la consécration le corps et le sang de Christ, en faveur de leur doctrine que l’humanité du Sauveur, après sa résurrection et son ascension, avait élé absorbée par sa divinité. On peut, du
moins, le supposer d'après les raisonnements des Pères contre
eux, où se trouvent des explications qui méritent d'être notées. « Christ, dit Théodoret (1), honora les symboles du nom de son « corps et de son sang, n’en changeant pas la nature, mais
« ajoutant Ja grâce à la nature. — Les symboles mystiques,
« après la consécration, ne perdent pas leur nature propre, car « ils demeurent dans leur substance, leur figure et leur forme
« ancienne. ». « Les sacrements du corps et du sang de Christ, « dit le pape Gélase (2), sont une chose divine, et c’est pour
« cela qu'ils nous rendent participants de la nature divine ; € cependant la substance du pain et du vin ne cesse pas d’exis- « ter; l'image et la ressemblance du corps et du sang de Jésus- « Christ sont célébrées dans les saints mystères » (c’est l’explication zwinglienne). Ephrem d’Antioche et Chrysostôme ont des déclarations semblables.
Nous ignorons si les Eutychéens ont cru à une conversion
réelle des éléments eucharistiques; rien ne reste d’eux sur ce point pour constater leur opinion. Mais, en tout cas, les réponses des Pères montreraient que ce n’était qu’une idée particulière,
repoussée par la foi générale de l'Eglise (3).
(1) Dial. 1 et 2 contre les Eutych.
(2) Des deux natures de Christ.
(3) Il est plus que probable que les Eutychéens employaient simplement ; le langage ecclésiastique au sujet de l'Eucharistie pour justifier celui dont
ils se servaient à l'égard de l'union hypostatique. D’après Théodoret, ils reconnaissaient que le pain et le vin sont un symbole et une image
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Là, à l'argument négatif se joint déjà l’argament positif ou direct, sur lequel ïl suffira de relever aussi quelques traits du témoignage des anciens Pères.
Argument positif. — 1° Les Pères nomment les éléments eucharistiques du pain et du vin, comme avait fait saint Paul (1 Cor. XI, 26) : « Christ appelle son corps du pain, et du pain
« son corps (1). ». « Jésus-Christ offrit la mème chose que:
« Melchisédec, savoir du pain et du vin, c’est-à-dire son corps et « son sang (2). »
2° Ils expliquent la terminologie de la Cène, en rappelant que l'Eglise est dite le corps de Christ et les fidèles ses membres (3); c'est-à-dire qu’ils expliquent une figure par une autre. 3° Ils affirment que les éléments de la Cène conservent leur nature, leur substance, après la consécration (Voy. ci-dessus).
4° Ils disent que l’Eucharistie nourrit le corps, ainsi que l’âme:; ce qui, avec la transsubstantiation, serait du pur capernaïtisme.
5° Ils soutiennent que ceux qui la prennent indignement ne reçoivent pas le corps et le sang du Sauveur (4). Comment cela si, à part ce corps et ce sang divin, il n’y existe que des apparences? Aussi les catholiques, et mème Îles luthériens, maintiennent-ils le contraire. Ils disent, les uns et les autres, que le corps et le sang de Christ, reçus oralement, le sont par tous les communiants.
6° Les Pères, ou du moins un grand nombre d’entre eux, emploient toute la terminologie protestante; ils parlent de symboles, de types, de signes, d'images, de figures, etc. « Jésus-
« Christ, ayant pris le pain et l'ayant distribué à ses disciples, :
« il le fit son corps en disant : Ceci est mon corps; c'est-à-dire « la fiqure de mon corps (5) ». « Le Seigneur n’a pas fait diffi-
1) Tertullien : Contre Marcion.
2) Gyprien (et autres).
3) Chrysostôme, Augustin, etc. 4) Jérôme, Augustin, Cyprien.
5) Tertullien : Contre Marcion.
« eulté de dire : Ceci est mon corps, quand il donnait le signe « de son corps... (4).
La question, entre Le catholiques et nous, n'est pas si Je
Pères ont appelé les éléments eucharistiques le corps et le sang
de Christ, nous convenons de cela et nous le faisons nous-
mêmes; ni s'ils ont eu des opinions d’où est sortie peu à peu la doctrine romaine, m1 s'ils ont employé des expressions qui, prises seules et à la lettre, renfermeraient plus ou moins cette doctrine, nous accordons encore ces points-là ; mais en rappelant qu'ils ont des expressions toul aussi fortes sur une foule d’autres sujets et, en particulier, sur le baptôme. La vraie question est de savoir si les Pères ont réellement cru et formellement enseigné la doctrine de Trente comme étant celle de l'Eglise? Or, peut-il y avoir doute quand on les voit professer des principes inconciliables avec elle; surtout quand on les entend
déclarer que la terminologie sacramentelle dont ils se servent
est figurée, symbolique (2) ? Il faut noter : 1° Que c'est généralement quand ils expliquent la croyance de l'Eglise, c’est-à-dire quand ils donnent leur: pensée exacte, qu’ils font cette déclara-
tion; c'est dans leurs commentaires, dans leurs écrits dogmatiques ou polémiques. 2° Que les Pères qui la font sont souvent. ceux-là mêmes qui, comme Chrysostôme par exemple, emploient …
ailleurs le langage le plus hyperbolique. 3° Qu'à mesure que le dogme de la présence réelle se formula positivement, les termes de fiqure, de type, de signe, de symbole, etc., tombèrent peu à peu, parce qu'ils n'étaient plus en harmonie avec la foi.
Un des objets d'étude les plus intéressants et aussi les plus décisifs sur celte question, est la controverse de Paschase Radbert et de Ratram au 1x° siècle. Paschase, en exposant la doctrine actuelle du Catholicisme — ou à peu près, car il y a quelques différences nolables entre sa conception et la formule officielle : ainsi, 1l veut que le corps de Christ dans le sacrement
(1) Augustin : Contre Adim.
(2) Voy. citat. d'Origène et d’Augustin (pp. 496 et 497).
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