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actuelles ont pu s'appuyer sur la doctrine des Pères, en y pre-
nant certaines locutions ou certaines faces ; mais si cette doctrine, vague encore, renferme les semences de toutes les.
opinions modernes, elle n’est identique à aucune...
Au fait, les points les plus caractéristiques de l’ancienne croyance ont -été abandonnés par les modernes. Aucune des églises actuelles n’admet ni l'union substantielle du Logos avec les éléments eucharistiques, ni l’infusion de sa nature divine dans le corps etl’âme des communiants, qu’elle prédispose pour la résurrection et la vie éternelle. À peine ces idées se reproduisent-elles çà et là chez des théologiens isolés (1)...
(i) Quant à la partie du dogme catholique qui fait de l'Eucharistie un sacrifice propitiatoire pour les vivants et pour les morts — (le Prof. Jalaguier revenait sur cette question à l'art. du Purgatoire) — elle a peut-être dans la tradition un appui plus réel et plus ancien. Chrysostôme, Grégoire de Naziance, Augustin représentent la Cène comme une oblation expiatoire ; ils lui attribuent la vertu d’apaiser le Seigneur, de préserver des peines éternelles, de guérir les maladies, de chasser les démons et d' obtetenir les faveurs divines et célestes à ceux dont les noms sont prononcés dans les prières qui accompagnent. A une époque où toutes les pratiques du culte, tous les rites religieux se revêtaient de plus en plus d’une efficacité mystique, où on donnait le nom de sacrifice aux prières et aux actions de grâce de l'Eglise, on devait le donner aussi tout naturellement à celles qui avaient lieu avant la communion et où se faisait la commémoration des justes de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance, particulièrement des martyrs. « Les prières et les actions de grâce, faites par ceux qui en sont « dignes, sont les seuls sacrifices (fuowx) parfaits et agréables à Dieu », dit Justin (Apol. IT), et il cite à ce sujet la prophétie de Mal. I, 10-11. Nous trouvons des déclarations semblables dans Clément d'Alexandrie, Athénagore, Tertullien, Origène, etc. Ces idées et ces expressions sont dans l’ana-
logie de l’Ecriture, où les actes de piété et de charité sont fréquemment
nommés des sacrifices (Pse. CXLI, 2; LI, 17; Héb. XIIT, 15 ; Phil. IV, 18; Rom. XII, 1).
Les Pères appelaient encore l’Eucharistie un sacrifice, en tant qu'il s'y
fait l’oblation du pain et du vin, la comparant alors à l’offrande de Melchi-
sédec (Justin, Irénée, Tertullien, Cyprien). C'était, un sacrifice d'actions de grâce que les disciples présentaient à l’Auteur de tous les biens temporels et spirituels, et auquel ils joignaient le sacrifice d'eux-mêmes — Ils donnaient aussi ce nom à l'Eucharistie, en tant qu'elle est le mémorial du
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Je terminerai par une observation qui à déjà été faite, mais qui ne tient pas dans cette discussion la place qu’elle y devrait occuper ; je veux parler du rapport des deux sacrements. Ils sont également, d’un aveu commun, les signes et les gages des grâces évangéliques. Or, personne n’a jamais supposé que l’eau du baptème fût le Saint-Esprit lui-même; on n'a parlé à cet égard ni de transsubstantiation ni de consubstantiation. Mais tout étant purement symbolique dans la matière du premier sacrement, n'est-il pas naturel de croire que tout l’est aussi dans celle du second? Ils sont l’un et l’autre /es signes visibles du don de Dieu en Jésus-Christ. Quand il y a entre eux identité absolue de but et d'effet, pourquoi une telle différence de
Sacrifice de Jésus-Christ, lui appliquant en ce sens là Hébr. XIII, 10-12. Mais les Pères ont grand soin de déclarer que c’est un sacrifice non sanglant (avamw»), épithète parfaitement exacte dans l'opinion que nous défendons, et qui ne l’est plus dans l'opinion catholique, où l’on a pourtant été forcé de la retenir.
Une preuve évidente qu'ils n'avaient pas cette opinion, c'est la manière dont ils réfutent le reproche de n'avoir ni autel, ni victime. Ils ne répliquent pas qu’ils offrent dans la Sainte-Cène un sacrifice d'une valeur infiniment supérieure à tous ceux des Juifs et des païens ; cette réponse aurait été pourtant la plus naturelle, la plus directe, la plus décisive, et elle se serait présentée d'elle-même si la croyance romaine eût été la leur. Eh bien ! loin d'y recourir, ils se bornent à dire qu'ils n’ont d’autres sacrifices que les prières et les louanges, la pureté du cœur et la foi. Voilà la marche qu'ils suivent, depuis le n° siècle jusqu'au v°, dans leur controverse avec les païens, qui semblent avoir beaucoup insisté sur ce point. La réponse péremptoire que leur aurait fournie l'idée catholique ne leur vient jamais. Qu'en conclure, sinon que cette idée elle-même ne leur était pas venue à l'esprit ?
Si, pour achever de la juger, nous revenons des écrits des Pères à l’Ecri-
ture, nous arrivons à un résultat négatif tout aussi formel. Qu'on étudie tout ce qui est dit de l'institution et de la célébration de la Cène, et l’on verra partout qu’elie est une commémoration du Sacrifice de Jésus-Christ ; on ne verra nulle part qu’elle en soit la répétition ; l'Epître aux Hébreux ne permet pas de le supposer, car une des idées fondamentales sur lesquelles y porte l'argumentation, c’est que ce sacrifice, seul réellement expiatoire, a été offert une fois pour toutes et qu'il ne se renouvelle point. (Hébr. VII, 27; IX, 12-28 ; X, 2. 11. 12).
nature ? Les anciens ont parlé en termes aussi élevés de l’eau
baptismale que des éléments eucharistiques. Si le signe suffit là,
pourquoi pas ici? Et s’il a dû s'identifier avec la chose SENTE dans un cas, pourquoi pas dans les deux ?
On répondra, sans doute, que l'Eglise possède, au sujet de la Cène, des déclarations qui la lient, et qu’elle n’en a pas de sem-
blables pour le baptême. Nous n’avons pas, en effet, quant à ce dernier sacrement, la formule d'institution ; si nous l’avions, il
s'y trouverait probablement beaucoup de symbolisme, nous.
nous croyons en droit de l'inférer du caractère général de l’en-
seignement et du langage de Jésus-Christ. Mais, sans nous jeter
dans les hypothèses, il existe bien des locutions scripturaires
qui, prises littéralement, selon le principe qu'on pose relative-
ment à l'Eucharistie, légitimeraient le sens supranaturel pour l’un
des rites tout autant que pour l’autre. Non seulement il est parlé
du baptême du Saint-Esprit (Matt. IIE, 11), mais le Saint-. Esprit lui-même est appelé une eau vive. Il l’est dans l'Ancien.
Testament, il l’est dans le Nouveau (Jean VII, 37). Il y a, en
vérité, plus de raisons scripturaires en faveur de la transsubstan-. 2 j
tiation ou de la consubslantiation sacramentelle dans le bap- ‘ème, que dans la Cène. | En ce qui concerne la Cène, on n’a que quelques paroles de
l'institution où tout révèle la figure, tandis qu'en ce qui con-.
cerne le baptême on a une expression qui traverse la Bible entière. Evidemment le symbolisme qu'on a laissé subsister dans
un sacrement annonce et constate le symbolisme primitif de
l’autre.
Cela ressort d’ailleurs de l’analogie de l'Ecriture et de l'esprit
de l'Evangile, où tout se rattache, non à l’acte matériel et à
l'observance rituelle, mais à la direction intérieure qui, nous unissant à Christ dans sa mort et dans sa résurrection nous obtient les fruits de son œuvre et les effets de sa promesse. Il faut dire du baptême et de la Cène ce qui est dit Gal. V, 6, et ailleurs, de la circoncision, ce que dit le Seigneur lui-même