‹ De l'électrisation localisée et de son application a la pathologie et a la thérapeutiqueChapitre 10 sur 73 · I-'AIIADISATION MI'SCIJLAIIŒ LDCAMSKK · texte numérisé non relu

I-'AIIADISATION MI'SCIJLAIIŒ LDCAMSKK

niveau do leurs tciiduiis ; pn' i(^'i>t-il beboiu de le dire?) la sliniuhition de ces derniers ne peut produiic; la eontraction musculaire.

Pour faïadiscr coin pb'le nient un muscle:, il serait nécessaire que les ri'oi)liores recouvrissent toute sa surface; ou s'ils ii étaient pas assez larges, ils devraient être appliqués successivement sur tous les points de cette surface. — Plus un muscle est épais, plus Ir courant doit être intense; car si ce courant est faible, l'excitation n'a lieu que dans ses couches superficielles.

Je vais développer celte proi)osilioM capitale et eu démontrer la vérité ;

1" Lors(pie l'on pose des rliéopliores humides sur la partie supérieure d'un muscle long, on voit, sous l'intluence d'un courant d'induction, de Force moyenne, cette partie se gonfler, et on la sent st; durcir; si l(;s mêmes rliéopliores sont })lacés sur la })artie inférieure du même muscle, c'est cette dernière (jui se gonlle et se durcit à son tour. Des l'héophores appliqués sur un point de la surface d'un muscle large font conti acter seulement les libres qui se trouvent en rapport avec lui, tandis (jue les libres voisines restent dans le relâchement. H résulte donc de ces faits que l'excitation d'un muscle n'a lieu que dans les points qui sont en rapport avec les rliéopliores.

2" Mes recherches m'ont appris que, sous rintluence d'appareils à forte tension, l'électricité pénètre profondément les tissus. Voici (juelques expériences à l'appui de cette proposition. Dans la paralysie saturnine, certains muscles de la région postérieure de l'avantbras sont atrophiés et ne se contractent pas sous l'inllueiice de la faradisation ; c'est ce que je démontrerai par la suite. Si la tension du courant est modérée, on n'observe aucun mouvement dans le membre, quand les rhéopliQres sont placés au niveau des muscles paralysés; si la tension du c urantest très grande, on voit les muscles situés au-tlessous des muscles paralysés entrer en contraction. Dans le premier cas, l'excitation électrique a été limitée dans les muscles paralysés; dans le second, elle les a traversés pour agir sur les muscles qu'ils recouvrent. Chez les sujets très gras ou infiltrés, l'électricité ne peut arriver aux muscles (ju'à l'aide d'un courant a forte tension. 11 ressort donc de ces faits que, dans la laradisation musculaire directe, la tension du courant doit être proportionnée à l'épaisseur des muscles et des tissus à traverser.

Il est bien entendu (pie dans toutes ces expériences on a soin de ne pas exciter les nerfs musculaires, soit en plaçant les réophores loin de leur émergence ou de leur immersion, soit en opérant à une

()S MKTIIODOI.OCIK.

Ic'iisioli iiuulrrcH', l()i's(jir()n ni' jn'iit les ('vilcr. l'JH'frctJcs rlH-opliores liiimidcs lie se trouvant en rjii)p()it (lu'avcc, la lacc! cxlcrnc; des n)iis('l('s, et les nuiTs ninsculaires n'arrivant aux iiuisclesdcs rrj^ions superlicielk's (luo par leiir face prolondc, on est certain qu'à un courant inod(''r<'' les contractions niusculaii'cs n'ont pas lieu par l'internu'(liair(! de ces nerfs.

IJ" Lorsijue les rhéopliores liumides sont })os(''> dans des points eori'espondants à la surface d'un nniscle. l'c^xcitation produite par les rceonipositions électriques aj^^it siniultan(''inent sur fous fes éléments anatoniiques (fibres musculaires, filets nerveux, moteurs, sensiljles et jL^anj^lioimaires, vaisseaux artériels et veineux) qui constituent le tissu de la portion musculaire excitée; tandis que si lacontraction musculaire est produite indirectement, c'est-à-dire en plaçant les rhéopbores sur un tronc nerveux et loin du tissu des muscles en contraction, les fibres musculaiies sont seules excitées. En conséquence, la farad isation directe d'un muscle n'est pas coml)lète aloi's même (jue l'on a produit sa contraction en masse par l'excitation de son nerf propre, si les rbéopbores n'ont pas été promenés sur tous les points correspondants à la surface de ce muscle.

Me faut-il ajouter que cbez l'bomme vivant, dont on excite les muscles par ce pi'océdé de faradisation directe, on ne peut agir isolément sur cliacun de ces éléments anatomiques, puisque tous ces éléments reçoivent inévitablement en môme temps l'excitation directe du courant? Une telle remarque serait, de ma part, une naïveté ou une injure faite gratuitement au savoir de mes lecteurs. Persoime, à coup sur, n'ignore que ces éléments ne peuvent être séparés que par une préparation {inatomique.

J'ai depuis longtemps préconisé la faradisation musculaire directe dans le traitement des affections où, les propriétés musculaires étaient lésées, et principalement dans les atropines ou les paralysies atropbiques.

Ce précepte reposait sur une longue expérimcmtation ; il ressortait de faits nombreux lelatés dans plusieurs mémoires reproduits dans la précédente édition. Ce précepte n'a pas été, sans doute, assez explicitement énonct) dans mes écrits ; car certains r.uteurs ont attaqué avec violence la faradisation musculaire directe. Suivant M. Remak et suivant d'autres auteurs (ses adeptes), je n'agirais sur le muscle, dans ce mode d'électrisation , que par l'intermédiaire de son nerf propre, en plaçant mes réopbores au niveau du point d'immersion de ce dernier. Pour travestir ainsi la métliode de faradisation musculaire directe, il faut que mes contra-

FAKAulS.VriON MLÎSCULAIKI': LOCAMSIiE, ()9

(licteurs n'aient pas lu quo j'ai rccoînmandô, comme on l'a vu plus haut, (le promener les rhéopliores humides sur tous les points corres[)on(lants îi la sui'face cutanée des muscles. Que par C(; procédé le nerfmuscuhure propre soit quehpiefois atteint, si le courant est assez intense, cela est incontestable; mais pour que la faradisation directe soit complète, il n'en faut pas moins i)orter l'excitation sur toute !a surface musculaire. Il est vrai (jue iM. Remak nie l'existence de l'irritabilité (1) et de la sensibilité inusculaire. Conséquemment, quelle peut-être, pour lui, l'utilité de l'excitation électriciue directe du muscle?

Accordons, ce que je conteste, que ces propriétés soient tout autant excitées par l'intermédiaire des nerfs que lorsque les réophores sont placfîs sur le tissu musculaire, est-ce qu'il peut être indifférent pour la thérapeutique que l'excitation électri([ue soit dirigée directement sur les vaisseaux artériels (qui se contractent, on le sait, sous l'influence de cet agent) et veineux, sur les nerfs ganglionnaires, en un mot, sur toutes ces parties constituantes du tissu musculaire. M. Remak est trop bon physiologiste pour répondre négativement? Un peu de réflexion aurait donc dû lui faire comprendre l'importance thérapeutique de la faradisation musculaire directe.

Rien n'est facile comme la faradisation musculaire directe, surtout dans les régions superficielles du tronc et des membres, si l'on possède certaines connaissances anatomi(iues, et principalement la connaissance de l'anatomie des surfaces. Pour les muscles des régions profondes des membres, la faradisation musculaire directe offre plus de difficultés, bien ([ue la plupart d'entre eux présentent, sous la peau, un point de leur tissu par leijuel ils sont accessibles à l'excitation directe.

J'aurais pu indicpier dans un tableau synopticpie les points sur lescpiels les réophores doivent être placés, quand on pratique la faradisation directe et partielle des muscles. Mais un tel travail me

(1) ^f. Uoniak, en me faisant dire que, par rélcclrisation directe, la flbre musculaire se conlracle seulement en vertu de son in ilabilitc fde i'irritabiliti^ hallérienne), m'attribue une (^normilé que je n'ai jamais commise. Cette assertion étrange se trouve dans une brochure intitulée : ('cher niethodischc eleclrisinnuj fjelahmtcr Muskeln (Berlin, 1856;, dans laquelle l'auteur attaque vivement (je pourrais dire avec passion) la méthode do Télectrisation localisée. Ma réponse a cette bmcluire a été |)ul)liée en mai I8r)(), dans un journal allemand très connu et très estimé, et rédij^é par mon ami M. le professeur Uichter : Jalirhiichcr fur Ocsammle Medizin. Elle a été reproduite en 18:i(), dans un journal français, la Hrvue iiicdi''a'e.

70 MKTITonoi.nniK.

Icriiil soitii" (les limites (pic je me suis ini|)osr<'s; il scrnil \)i'\\ iitilf, (r<iill('iirs, il ('('MX (jui n'ont pus oui»!!*'- Irin* niyoloj^ic Ojx-iKhnit le pi'alicicn tpii doirc se ix'iTcctioniK'r dans l'ait de la l'aradisatioii localisée, doit étudier la inyolo^ic à un point de vue sp(''cial, c'està-dire (pi'il est t(Miu (le coiuiaîtro exactement les lieux dans les(piols les mii>(;les des iM^gions superficielles ou prolondes sont en l'apport avec la suiTace cutanée. Quant à ceux (pii sont inaccessihles a la laradisation directe (et ils ne sont pas en grand nonihre\ on a lonjonrs la ressource de leur comniuni(pjer l'excitation ('lectrique ])ar l'cdectrisation musculaire indirecte : par les nerfs (jui les animent.

D. — Exritabililc des norfs et des muscles.

La f'aradisation d'un nerf" mixte ou d'un muscle produit toujours, à l't'^tat normal, une contraction et une sensation. Il importe surtout à celui (pii veut (Hudier l'art de la laradisation localisée, pour l'appliquer à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique, de hien connaître le degré d'excilahilité du nerf ou du muscle sur lequel il dirige le stimulant électrique. En effet, si tous les organes jouissaient du même degré d'excitabilité, la pratique de cette méthode de laradisation serait des plus faciles. Il suffirait de savoir quelle est l'épaisseur des tissus à traverser et quelle résistance ils doivent opposer au courant, dans quelles conditions de sécheresse ou d'humidité doit se trouver la peau, enfin quelle doit être la forme des rhéophores, pour obtenir des actions électricjues superficielles ou profondes; il suffirait de bien posséder son anatomie, surtout celle des surfaces, de connaître les points d'immersion ou d'émergence des nerfs musculaires, afin de savoir dans quels points doivent être placés les rhéopliores, soit pour agir directement sur chacun des muscles, soitpour les stimuler indirectement, au moyen de leurs nerfs principaux. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi, car chaque organe, chaque muscle, chaciue nerf possède son degré d'excitabilité, soit de contractilité, soit de sensibilité électriques.

11 serait inopportun d'entrer actuellement dans de longs développements sur ce sujet; cependant il importe de signaler certains phénomènes dont l'igncjrance pourrait être la cause non-seulement de nombreuses déceptions, mais même d'accidents quelquefois graves.

a. Excitabilité de la motricité des nerfs et de la contractilité des muscles .

La motricité ^1) de la branche externe du nerf spinal {nerf

(1) Faculté que possède un nerf excité artificiellement de provoquer des contractions musculaires (dénomination créée par M. Flourcns).

FARVDISATION MrSCULAIRE [.OCAMSÉE. 71

r(*sinrntcur do Hcll) est des plus pxcitablos. Kii coiis(V|n(Mirf*, icîs muscles ou les portions do niusr-lcs qu'ollo animo doivont onlrrr eu coulradiou sous l'iidluoucfî de la plus (aihlc excitation «'lertii(pie. Eu voici la fleinoustratiou. I.e uiuscU» sterno-ciéido-mastoïdieu, daus sa moitié inférieure, et le muscle Irapè/.e, dans sa |)ortion moyerme et inférieure, sont assc;/. peu excitables. Mais si l'on dirige sur la moitié supérieure du muscle stei-no-cléido-mastoïdien, ou sur le bord externe de la moitié snpt-rienre (la portion claviculaire) du trapè/e, un courant trop faible même pnur développer un commencement de contraclion dans les autres parties de ces muscles, on voit, du vMè excité, la tète s'incliner, ou r(''[)aule se soulever par un mouvement brusque et violent. Si le rbéopliore est placé sur le sommet du triangle sus-claviculaire, les mêmes mouvements se manifestent énergiquement par la contraction sinmltanée d'une partie supérieure du trapzèe et du sterno-cléido-mastoïdien (I). Il me paraît démontré par cette expérience que cette extrême excitabilité, (pii n'existe que dans ces points limités du muscle trapèze et du sterno-mastoïdien, est due à la présence de la brandie externe du spinal.

.le vais montrer à quels dangers le sujet se trouve exposé pendant la faradisation, si l'opérateur n'a pas connaissance de l'important phénomène électro-physiologi(jue (pie je viens de signaler. Au connnencement de mes recherches, je n'avais pas trouvé dans les auteurs les lumières qui auraient pu me mettre en garde contre les trop nombreux malheurs (jue j'ai eu à déplorer. Voici, entre autres, un accident (pii m'est arriv<' en faradisant le muscle trapèze contre une paralysie du menibre supérieur. Je dirigeais un courant assez intense sur la moitié supérieure du tra[)èze, lorscpie, [tassant subitement au bord externe de ce muscle, je plaçai un rbéopliore sur le sommet du triangle sus-claviculaire, de manière à toucher en menu; tenqis une portion de la moitié supérieure du muscle sternocléido-masloïdien. La tète exécuta alors un mouvement de latéralité et d'inclinaison tellement bruscpie, (|ue le malaiîe sentit un cra(in(>ment et une douleur très vive dans le cou. Il éprouva de plus des elourdissements et des fourmillements dans les extrémités, et dut être saigné immédiatement. Si l'appareil avait été gradué a son maxinnmi, ne pouvail-il [)as arriver un accident d'une extrême gravite? Ce fait me (conduisit à la découverte de la' grande excita-

(1) On sait quo la liranrlio rxtcrnp du spinal so distribuo à In nioili(' siijx^ricuro du slrriio-cléido-masloidicii et à la moitié supériouro du Irapèzo, surlunt

à son 1)01(1 OXtOfUP.

72 MKTiii)iM)i.(M;ii;.

l)ilih'î (lu nerf rcspirtitcfn' de l>('ll, (lUc je crois /c p!iis cxcittihlt' de foKs les ncrjs; mais ciilto (!('H'()Uvert(', on le voit, laillit me coritci* bien ciici" (1).

1>. ExcitdhlUti' (le la sensihilité des muscles.

Il importe beaucoup moins à l'opérateur, surtout lorsfju'il appli- (jue la faradisation mus(Milaii'(î à la tlKh'apeutiipie, de coimailre le (le'^ré d'excitabilité de la motricité des nerfs ou de la contiactilité

(1) M. Rpniak a critiqué cotte cipcricnco qui (Jémoulrc la {.'randc oxcitabilité (lu nerf expiratour dp Bell, en faisant et en commentant les expf'Tiences suivantes. Il a placé un rtiéopliore humide à rextrémilé occipitale du trapèze, et un autre à l'épine de l'onioplate, selon la direction des fibres musculaires, et a fait passer un courant d'induction modéré. Il n'a obtenu alors que de faibles contractions. — Dans une autre expérience, il a laissé l'uu des rhéophores en place (ou h la nuque, ou à l'épine de l'omoplate^ et a posé le second sur le bord du trapèze, au niveau du point d'entrée du nerf accessoire de Willis.et il a produit avec le môme courant l'inclinaison de la tête et l'élévation de l'épaule. — Il a fait des expériences analogues sur le biceps brachial, et il a obtenu des résultats semblables, c'est-à-dire une contraction en masse de ce muscle par l'excilation du nerf musculaire, et de très faibles contractions en plaçant les réophores aux extrémités des muscles. La seule conclusion rationnelle que l'on pourrait peut-être tirer de ces expériences, c'est que l'excitation du nerf musculaire fait contracter toutes les fibres auxquelles il se distribue (de là un mouvement considérable), tandis que la faradisation des parties musculaires éloignées des lieux d'émergence et d'immersion du nerf musculaire ne fait contracter que le point des fibres musculaires en rapport avec les réophores, et cela d'autant moins profondément, que la tension du courant est plus faible, d'où résulte un mouvenient limité et faible. Que l'on agisse alternativement à nu sur un muscle etsvir son nerf, et l'on verra que cette conclusion est parfaitement exacte. Il n'est donc pas surprenant que la faradisation musculaire directe proiluise moins de mouvements que la faradisation indirecte, puisqu'une quantité infiniment moins grande de fibres musculaires entrent en contraction. De plus, dans cette expérience de M. Remak, les rhéopliores sont placés aux extrémités du muscle (sur l'extrémité occipitale du trapèze et à l'épine de l'omoplate; de même aussi pour le biceps), c'est-à-dire sur (Jes points en grande partie aponévrotiques ou tendineux, de sorte que la contraction a été d'autant plus faible, que très peu de fibres musculaires se trouvaient en rapport avec les rhéophores. Si M. Remak avait mis son rhéophore en plein sur la fibre musculaire, par exemple, un peu au-dessus de la partie moyenne du bord du trapèze, j'affirme qu'il aurait produit une contraction prononcée de la portion claviculairc du trapèze, ce qu'il ne pouvait obtenir évidemment quand les rhéophores étaient posés sur les extrémités aponévrotiques.

On comprend combien il est difficile de déduire la moindre conclusion ligoureuse d'expériences aussi mal faites. Eh bien! on va voir, à la manière dont il les interprète, combien brille l'imagination de M. Remak. D'abord il ne voit pas que la dilTérence des mouvements obtenus dans ces diverses expériences tient

FaUADISaTION MU.'Cl I.AinK LOCALISÉE. io

électri(iu(; des muscles (pie (]c savoir (jucl est le degré de serisibililé développée par la taradisatioii de ces nerfs ou do ces muselés. C'est, en elïét, rexagéralion de la sensibilité dans cerlaines régions, ou chez certains sujets, qui rend (lueUpiefois la faradisation musculaire impiaticable. Lorsque, par la suite, j'exposerai les résultats de la faradisation appliquée au traitement de certaines paralysies, on verra combien l'exaltation de cette sensibilité électro-musculaire

il ce que, dans un cas, l'excitalion du nerf musculaire fait contracter Li suinme des fibres auxquelles il se ramifie, tandis que dans l'autre une petite quantité de fibres, c'est- ù-dire celles (|ui, dans le voisinage des fibres aponévrotiques, se trouvant au-dessous des rhéopliores humides, entraient en contraction. Tout le inonde aurait conclu de cette dernière expérience que les fibres aponévroliques ou tendineuses ne sont pas irritables (dans l'état normal); mais M. Remak, prenant ces fibres aponcvrotiques pour des fibres musculaires, lire de ces expériences celle {admirable ! ) déduction contre l'irritabilité hallérienne: «Ce qui nous frappe le plus (dit-il), c'est que ces expériences pourront, outre leur signification pratique (cette signification pratique, c'est que, selon M. Remak, il ne faut plus diriger le courant électrique que sur le nerf musculaire, à son point d'émergence ou d'immersion, précepte rétrograde, comme je l'ai démontré), contribuer encore essentiellement à la solution de la question, respectable par son ûgCy de ladite irritabilité! » La solution dont veut parler îd, Remak, c'est le renversement de cette doctrine. Un peu plus haut, en effet, soulevant mal à propos la question de doctrine de l'irritabilité, il avait dit : « Il me faut à peine exposer combien ces expériences physiologiques justifient peu [a prétendue doctrine de l'irritabilité hallérienne. >»

Si M. Remak n'a que des arguments.de cette force à opi)oser à l'irritabilité hallérienne, cette doctrine n'a rien à craindre de ses atta(iue.s. Ce physiologiste micrographe devrait savoir mieux que personne qu'une telle question ne p ut être étudiée expérimentalement qu'en plaçant sur le microscope la fibre musculaire séparée de tout élément nerveux anatomique, et en la soumettant à une excitation, par exemple à celle d'un courant galvanique ou d'induction. Or, c'est justement ce qui a été fait par M. Lebert, en 1842, sur la fibre musculaire des insectes, et, plus tard, sur la fibre musculaire des lapins et des chiens ; c'est ce qui a été constaté des centaines de fois par un grand nombre d'observateurs ; ce que M. Robin, enfin, enseigne journellement et montre dans ses excellentes leçons. — Si, par hasard, M. Remak se refusait à voir ce qui a été constaté par tout le monde, je lui demanderais s'il ne connaît pas les belles recherches de MM. Cl. Hcrnard et Kiilliker sur l'action du curare, qui abolit immédiatenient l'excitabilité des nerfs et de la moelle, et laisse intacte l'irritabilité de la fibre musculaire. Cette action spéciale du toxique indien suffirait, h défaut des expériences précédentes, pour démontrer la vérité de la doctrine de l'irritabilité hallérienne. Ajoutons à tous ces faits précédents, ceux qui ressortent des recherches de M. Longet et de l'observation pathologique journalière, et nous aurons un ensemble de preuves cap.ibles dn convaincre les esprits les plus rebelles.

Ih Mi;iii()i)()i (MiiK.

pont rendre la rai'Milisiilioii locMlisf'c (lini^crciisc C/ost (Ir)iir priiicipalcniciit sur la (•(nmaissaiice du <l('i»r«'î d'cxcitaliililé de lii scnsil)ili(('' clt'cti'o-mu^ciilairc (pic rcposi l'arl de la lai'idisatioii iinisciilairc localisée, ai)pli(pi(''e à la lli(';i'ap(iiii(pie. lîieiMpuî les dillV'i'eiiees individuelles soient plus jurandes a cet (''^^ard (|iie pour l'excitabililé de la eonli'aelililé électro-inux'idaii c, je suis eoiiNaiiieu (pie l'on peut trouver une moyenne qui sei'vira de \v'^\v. i;enei"al(i, (;oinrn(! il existe une nioyeinie pour l'art de dosci- les ni(''ilieani(înts.

Sans enti'ei" dans les détails des recherches (|ue j'ai laites sur ce sujet rnteressant, je crois devoir exposer, sur i'excitahiliu'; dv. la sensibilité de chacun des nui^cles, (piel(jues y(';neralit(îs (pii pouiTont guider l'opérateur dans la i'aradisation musculaire directe.

L'excitabilité de la sensibilité éleclricjue est très vive dans les muscles de la lace; elle est due à la cinquième paire, qui leur envoie des lilels nerveux. Dans la (aradisation des muscles de la face, on doit toujours éviter de placer les réophores sur les points correspondants aux nerfs sous-orbitaire ou mentonnier. Il résulterait de l'excitation de ces nerfs une douleur très aiguë, qui retentirait au loin, dans les dents incisives et quehjuefois dans le fond de l'orbite.

L'excitation des nerfs frontaux fournis par l'ophthalmique de Willis produit des douleurs qui raycmnent dans la tête; c'est pourquoi la faradisation directe du muscle frontal, qui est croisé par ces hiets nerveux, est très douloureuse. Les muscles orbiculaires des paupières, pinal radié et piiial transverse (1), élévateur commim de l'aile du nez et de la lèvre supérieure, carré du menton, de la houppe du menton, orbiculaire des lèvres et triangulaire des lèvres, sont les plus excitables. L'ordre dans lequel je les ai énumérés indique leur degré relatif de sensibilité. Viennent ensuite le grand et le petit zygomatique, le masséter et le buccinateur, qui est comparativement peu excitable. (Je faradise rarement le canin, dans la crainte de porter l'excitation' dans le nerf sous-orbitaire.)

Au cou, le peaucier est aussi excitable que la moitié supérieure du sterno-mastoidien et que le bord externe de la moitié supérieure du trapèze (2). Les autres muscles du cou sont beaucoup moins excitables que les précédents.

Le grand pectoral et les muscles de la fosse sous-épineuse sont assez sensibles à l'excitation électrique; le deltoïde et les muscles

(1) Myrtiforme des auteurs.

(2) L'extrême excitabilité du premier me fait pr(isumer que ce muscle reçoit l'influence de la branche externe du spinal.

rAUADlSATION MrsCUF.AIRE LOCALISÉE. 75

(lu bras le sont mi p(3U moins. \jOS muscles de la région antibrachialo antérieure sont beaucoup plus sensibles (|ue c(mix de la région antibrachiale |)ostérieure.

Les muscles long dorsal (it sacro-lombiiire sont très p(Mi sensibles.

Les muscles fessiers et tenseur îiponévroli(jue (1) sont très scuisibles a l'excitation électricpje, com[)aialivement aux muscles des H'gions externe et postérieure (le la cuisse; ceux de la régi(jn crurale interne sont plus sensibles ([ue ceux de la région crurabî (ixterne.

Les muscles de la région postérieure de la jaml)e sont très peu sensibles, comparativement aux muscles de la région jainbière antérieure et externe.

Il est possible de traduire par des chiffres le degré d'excitabilité de chacun des muscles et des neils; ces recherches seront le sujet d'un travail spécial. Je suis tellement familiarisé avec la pratique de la fai-adisation localisée, (pie je puis, à l'aide; de mes nouveaux a])pareils, administrer à chacun des muscles ou des nerfs la dose d'électricité nécessaire à la production d'une contraction musculaire (^nergifjue, et cela sans développer une grande douleur. 11 faudrait une longue étude de la faradisation pour atteindre ce degré d'assurance, qui heureusement ne me paraît pas absolument nécessaire dans l'application de cette opération à la tliérapcutiepie.

11 est bien certain, comme je l'ai d(';montré, qu'un réopliore suffisamment humide, et en contact parfait avec la peau, ne donne lieu (ju'à des sensations purement musculaires, à moins (pi'il ne soit placé sur le trajet d'un nerf cutané, iVlais on ne doit point oublier (pi'au moment où il est appli([ué sur la peau et avant que le ccjntact avec celle-ci en soit parfaitement établi, une sensation cutanée se mêle à la sensation nmsculaire. Il en résulte que la faradisation musculaire, surtout celle qui est pratiquée avec dt^s intermittences rapides, est beaucoup plus douloureuse au moment ou le rhéophore est mis en contact avec la p(iau. Voici connnent il faut alors i)r()céder pour éviter au midade cette sensation mixte, très douloureuse. Avant de [Mjser les riiéophores sur la peau, on les ra[)pro(!he l'un de l'autre de manière à les mettre en rapport et à neutraliser ainsi les courants. Lorsqu'ils ont été mis en contact parfait avec la peau sur laipielle ils appuient légèrtnnent, on les éloigne un peu l'un de I autre, de telle sorte que la recomposition électrique se fasse dans le muscle à exciter. J'emploie assez souvent un autre procédé tout aussi sim[)le, qui consiste à ne faire arriver le courant (jue lorscpie

(1) De tous los muscles des membres pelviens le tenseur aponéviotiquc est le plus sensible ù lexcitution électrique.

7r> MKlIKiDOI.Oi.li:.

les l'Iit'opliorcs (iiit ('tf'' |)lac(''s sur lu jx-aii au niveau du inuscliî h exciter.

c. /)c!i points d'clection dans la pratiqua (h: lu faradisalioii musculaire localisée.

I.es j)r(''('e|)t(*s f;<''n(''raiix (pie j'ai exposés dans r(! paragra|)lie sf)nt ))arraiteineiit clairs. Les principaux en pi.'uvent être nsiniiés de hi niimière suivante: Quand l'excitation ('lecliicpieest hx'alisc'c dans les troncs nerveux ou dans h^ nerfs ninsculaires cpii en (''in;inent, c'est la larjidisation ninsculaii'ç indirecte; cette excitation ('declri(pie estelle (lirig«'e sur le tissu niusculaire, c'est la faradisation inusculair(î directe.

Mais si le précepte est chair, l'exécution n'en est pas toujours facile, surtout lorsqu'il s'agit de taire contracter individuellement les muscles ou les faisceaux musculaires dans un but électrophysiologique.

Les troncs nerveux des membres sont très accessibles, pour la plupart, aux réophores, parce qu'ils présentent presque tous un point de leur continuité, placé immédiatement sous la ])eau. Mais il n'en est pas de même, on le conçoit, des nerfs musculaires. Quelquesuns d'entre eux, il est vrai, peuvent être atteints dans des points éloignés des muscles auxquels ils se distribuent: ainsi, par exemple, lephréni(pie, au-devant du scalène antérieur; le nerf du giand dentelé, au-dessus de la clavicule, et cela près de leur point d'émergence. Quant aux autres nerfs musculaires (ceux des membres), on ne peut arriver jusqu'à leur point d'émergence ou d'immersion, sans agir en même temps sur une partie du tissu des muscles, derrière la face profonde desquels ils sont ca.chés;.ce qui n'empêche pas cependant de faire pénétrer le courant juscpi'à eux, lorsqu'il est indiqué de le faire.

La connaissance exacte des points d'émergence et d'immersion des nerfs niusculaires est absolument nécessaire, quand on veut étudier l'action propre et l'état des propriétés des muscles ou de leurs faisceaux qui, au point de vue physiologique , constituent euxmêmes autant de muscles indépendants. Au début de mes recherches, j'éprouvais les plus grandes difficultés à limiter exactement l'action des courants dans chacun des vajsseaux musculaires, parce que je ne possédais pas ces notions. Il me fallut donc me livrer à de nouvelles études anatomi({ues pour déterminer aussi exactement que possible (car il existe aussi à cet égard quelque différence individuelle) les points d'émergence et d'immersion des nerfs musculaires ; ce qui m'ai)prit non-seulement à éviter ces nerfs afin de

FAHADISAÏION MUSCULAIRE î-OCAI-ISÉI- . 77

faire conlractoi' iiidividuolleniCMit les faisceaux musculaires (|ui eu reçoiv(!nl l'iullux uei'veux , niiiis aussi à les exciter, l()i'S(]ue je voulais olileuir la coulracliou eu iuass(; des nuiscles larges ou fascicules.

Il ue suffit [)as toujours, eu effet, de sjivoir éviter les points d'émergence ou d'immersion des nerfs musculaires j)our obtenir la contracliou isolée de l'un des faisceaux d'un muscle; il existe encore des points d'élection où les rhéophores doivent être posés, et qu'il faut avoir cliercliés [)()ur les bien comiailre. Je choisirai, comme exemple, l'extenseur commun des doigts. Chez un sujet dont le cubitus olfre 2^1 centimètres de longueur, de l'olécràue à l'apophyse styloïde du cubitus, le point d'émergence du rameau nerveux de ce muscle est en moyenne, à 6 centimètres de l'épicondyle. Avant de se diviser, ce rameau parcourt un espace de 2 centimètres ; son point d'immersion est a 12 centimètres au-dessous de l'épicondyle. Il faut aussi hc ^appeler qu'alors le rameau se partage en deux filets.

Avec ces données anatomiques, on sait donc qu'un rhéophore à petite surface, placé au niveau du rameau avant sa division, c'està-dire dans un espace de 2 centimètres à partir de 6 centimètres audessous de l'épicondyle et sur la partie centrale de l'extenseur commun, fera contracter à la fois tous les faisceaux de ce dernier muscle, si le courant est assez pénétrant pour arriver jusqu'au rameau nerveux : (ju'à 12 centimètres au-dessous de l'épicondyle (au point d'innnersion), le réopliore devra être mis en rapport avec les deux tilets de divisions du rameau pour produire la contraction de tous les faisceaux ; en d'autres termes, que les rhéophores devront embrasser une plus large surface, sous peine de n'exciter qu'un des filets, ce qui ne produirait que la contraction de deux faisceaux.

Veut-on obtenir la contraction isolée de chacun des faisceaux de l'extenseur commun, il faut évidennnent éviter son nerf propre avant sa division, puis rechercher les points où les libres musculaires (pii constituent chaciue faisceau deviennent sous- cutanées. Ces points sont, pour le faisceau de l'index, en dedans du second radial externe à partir de 10 à Ik centimètres au-dessous de ré[)icondyle; pour les faisceaux du médius, en dedans du pren.ier radial externe, à partir de 3 à 6 centimètres au-dessous de l'épicondyle; pour le faisceau de l'annulaire, un peu en dedans du pouit précéileut; enfui, pour le faisceau du petit doigt, à 12 ceiilinièlres au-dessous de l'épicondyle et au niveau de la face postérieure du cubitus. Il faut, dans toutes ces opérations, agir avec un courant |)eu pénétrant (le courant de la première hélice) et à un degr»' modcr»; poui" (pie l'excitation n'arrive pas aux couches profondes. En suivant les données anatomiques (lueje viens d'exposer, j'ai pu obt^îniravic

78 MI.THOIXHOI.II .

sùrt'l»', clic/ l(î |)rcmi(!r sujcl venu, la conliaclimi isolcf; di s l'aisrcaux (le l'cxlciisciir conmmii, cl aussi la coiili'aclioii des autres faisceaux qui meuvent les doij^ts et le pouce.

(i'c.st eu lai^aul allusion aux (lif'(ieull«'s cjuc la |)rati(jU(; de l;i laradisalion musculaire l(K',alis«!c doit (trexîntci- même ;iux auatomistcK, s'ils nt! jK)ssèdent CCS doniujcs, (pTaprcs avoii- exposf' U.'s princijx^s g«'néiaux de la tar.idisation musculaire localisée, j'ai écrit, dans la précédente éilition, les li{,Mies suivant(^s : « Il ne faut pas s'imagine;!' qu'il sullise (h; counaîln; les i)rece|)tcs que je viens d'exposer dans cet article, et d'èli'eanalomi^tiî, puui* j)()sséder complètement lart d(? laire contracter isolément chacun des musclesou de leurs faisceaux. Pour atteindre ce degré d'habileté, il est une foule de détails auxquels il faut être nutif'\ et dans lesquels je ne puis entrer actuellelueut, ^ans sortir des limites que je dois ni'iniposer. •>

M. Renjak. inteiprétant d'une manière étrange le sens du mot initié, y voit tout un mystère, et joue sur ce mot, auquel il revient sans cesse; avec malice, dans sa brochure. Cependant, ayant connaissance des pr»'^ceptes généraux exposés précédemment, il aurait dû comprendre, surtout après m'en avoir vu faire l'application, qu'il était possible de s'initier soi-même à ces détails anatomiques. C'est ce qu'il dit avoir fait depuis lors, en recherchant, dans des dissections, les points d'immersion des nerls musculaires (1).

(1) En octobre 1852, M. Remak me fit l'honneur d'assister, avec MM. les professeurs RiclUer (de Dresde), Jacksch (de Prague), llébra (de Vienne), et d'autres savants célèbres d'Allemagne, à une séance où je m'étais proposé de démontrer expérimentalement les fondions d'un certain nombre de muscles par le concours de réloctro-physiologie et de la pathologie. M. RemaU a écrit dans sa brochure citée précédemment, que celte séance fut tellement saisissante d'intérêt, qu il en rendit compte à la Société médicale de Berlin, après son retour de Paris. Mais il s'est plaint que mes explications verbales aient été bornées à des démonstrations physiologiques, et n'aient touché aucunement ma méthode d'éleclrisation localisée. Puis, n'ayant pas compris comment il m'avait été possible de faire contracter individuellement les muscles, il ajoute: « Quiconque a vu l'assurance et Ihabileté avec lesquelles il (M. Duchenne) met les grands muscles en contraction, pourrait presque l'accuser de l'intention d'en vouloir garder le secret pour lui. )i ( P. 11.)

Habituellement, lorsque j'expérimente en présence des élèves, je n'oublie pas d'expliquer les raisons analomiques qui me font placer les rhéophores sur tel ou tel point d'élection, pour obtenir, ou la contraction en masse d'un muscle, ou la contraction individuelle de ses faisceaux ou portions diverses.

Mais en présence de l'auditoire délite dont faisait partie M. Remak, j'ai pensé qu'il eût été déplacé d'agir ainsi, de faire une sorte de leçon d'anatomie.

Quand on me vit dans cette séance provoquer la contraction en masse du grand

FAIIADISAÏION MUSCULAIRE LOCALISKE. 79

Les iiKli(!atioiis (loiiiwii s ()ar M. Kemak pour ohlciiir la coiiti'actioii tctaiiiiiiic! d'iiii niiiL^cle on masse; ii'a|)[)i'C'iiiic;iit rien sui- les poiiis (l'émergence et d'iininersion (Il-s ikm-Is; ils ne peuvent pas nièintî servir eonune règle {générale. Ainsi, suivant lui, [nniv laiie contracter un muscle en masse, il faut plac(ir uri réopliore sur mi

dciitflc et placer les réopliorcs luiriiidos sur le cott'î du thorax, au uIno.iu du bord antérieur du jrraïul dorsal, rtail-il uéccssairt' de dire ((ue (cs rliéopliores se trouvaient en rapport a\ec le nerf du- (jrand dentelc. Quand ees munies rhéo|)hores étaient posés ù la réunion du tiers inférieur avec les d(>ux tiers du bord du trapèze, avais-je besoin d'ap|)rcndre aux maîtres qui me voyaient agir, que j'excitais alors leslilets trapéziens émanés de la branebc externe du spinal et du plexus eer>iral; la contraction en niasse du trapèze suffisait d'ailleurs pour en faire foi. Ce Hïode d'électrisation musculaire par l'intermédiaire des nerfs mn.vculaires clail la l'ciradisation inusculaitc indirecte que j'ai décrite d'une manière générale dans mes écrits et dans mes séances expérinientales, sans entrer dans des détails anatomiques sur des points d'émergence et d'immersion des nerfs musculaires. Puis, lorsque dans cette môme séance je voulus faire contracter isolément chacune de ces portions du trapèze, qui physiologiquement constituent autant de muscles diflérents, on me vit m'éloigner, autant que possible, du point d'entrée de ces nerfs, placer les réophores alternativement au niveau de chacune de ses portions musculaires qui forment ce que j'ai appelé, ou la portion respiratrice (portion claviculaire), ou la portion élévatrice, ou enfin la portion adductrice du trapèze.

Pendant plusieurs heures que dura cette séance, M. Remak put me voir faisant contracter successivement un assez ^;rau(l nombre de muscles lar;.'es et fascicules ou en masse, en excitant leurs rame.uix nerveux, ou par portions ou par faisceaux, c'est-à-dire, en plaçant les rhéophores sur ces derniers, au delà du point d'inunersion des nerfs musculaires. Cependant ce savant critique, qui a été témoin de ces elïets variés cl dont il fait un si grand éloge, n'a pas même entrevu les procédés particuliers (jui m'avaient pernns do les obtenir ! A qui la faute? Avais je donc tro|) compté sur se.^ connaissances anatomiques? L'anatoinie microscopique lui avait-elle donc fait oublier celle (pii se voit à l'œil nu? (.'est lu seule manière d'expliquer cette énigmc-

M. Remak, que l'on a vu plus haut me représenter comme une espèce de prestidigitateur dont il loue l'habileté, mais qui a eu soin de garder ses secrets pour lui, s'est dit encore: <t On peut également admettre (|u'il M. Ducheinie) n'est [)as encore parfaitement fixé sur les conditions anatomiques des etfets qu'il obtient, et qu'il doit la connaissance desdits points (les points d'élection oii les rhéophores sont placés) peut-être au hasard, ou plutôt à des essais qu'à une méthode déterminée. .) Alors M. Remak, pour l'honneur de la science, se met à l'œuvre, et découvre que ces laineux points d'élection sont les points deuirée des nerfs musculaires ! Malheureusement pour la priorité de cette grande ;lecouverte, les expériences qu'il rapporte |)our explujuer la ruison anatomicpu^ de ces points d'élection sont exactement celles qui ont éie faites sous ses yeux, dans la séance à laquelle il assistait en 1852.

80 ^ii>rii()i)()f,()(;iK.

(Kunt (lu hnrd dcf muscles vers /r(/ut'l a lien l'cnfrêe rie son rnineau nevveiw. Si (m; |)rin(i|)o (;st bon pour (ni('I<|ii(»s iiinsclcs, il ne l'est plus pour beaucoup d'autres. A l'appui de uiou asseiMiou, je choisirai comuik; exeiuplo uu (hîs muscles (ju'il dit pouvoir laiK! contracter en niasse par ce procédé, le deltouh.'. Kh bien ! sur (juehpie point du bord de ce muscle (jue l'on applicpie les rhéopliores, on n'obtient (pie (hîs contractions j)ai'tielles, parce <pie le |)oint d'entr('îe du nerf ayant lieu à la réunion du tiers supérieur du nuiscle avecî ses deux tiers inférieurs, et de son tiers postéri(;ur avec ses deux tiers antérieurs, les rlié()plior(.'s n(; doiv(;nt rcMicontrer (pie les dernières ramifications de ce nerf — l.e principe de M. Kemak est au contraire, applicable au trap("/e. Le procedt'; cpi'il a employé pour faire contracter ce muscle en masse esta peu près celui (ju'il m'a vu mettre en prati(pie en 1852 (sans le comprendre alors, on le sait). Je dis à peu jn-ès, car M. Remak rapporte (jue dans ce cas il place un r('»ophore seulement sur le rameau du nerf accessoire de Willis, tandis que l'autre est laissé sur un point du muscle. Or, on ne peut produire la contraction de toutes les parties constituantes du trapèze cpi'en plaçant les réopliores sur les points du bord cervical de ce muscle où pénètrent les deux nerfs trapéziens : l'un sur la branche trapézienne du spinal (5 centimètres au-dessus de la clavicule), et l'autre au-dessous de la branche trapézienne du plexus cervical (3 centimèlres au-dessus de la clavicule;. Alors, on voit du c()lé excité la tète s'incliner, l'épaule s'élever, et l'omoplate s'approcher de la ligne médiane; alors les trois portions de ce muscle se yonttent et font un relief considérable sous la peau.

Dans la première édition de ce livre (1), j'avais écrit : « Ce traw vail (dans lequel seraient indiqu()s les points anatomiques où les » rhéopliores doivent être placés, lorsque l'on a à étudier l'action » propre des muscles ou de leurs faisceaux) serait certes très )) utile; aussi, dans le désir de l'abréger autant que possible, et )) d'en faciliter l'étude, me réservé-je d'exposer, un jour, l'en- » semble de ces données dans un tableau synoptique avec figures. » Ce projet ne peut être mis à exécution que lorsque j'aurai entiè- » rement terminé mes recherches sur l'électro-physiologie mus- )) culaire (2). w

Voulant, sans doute, mettre mon idée plus tôt à exécution, un au-

(1) De l'éleclrisaiion localisée. Paris, 1855, in-8, p. 58.

(2) Depuis le jour où j'cîcrivais ces lignes, on sait que je n'ai pas cessé d'appliquer toute mon activité à la pul)Iicatiou de nouvelles recherches cicctro-physiologiques. Pouriiuoi donc me reproche-t-on si amèrement de n'avoir pus encore fait ce tableau synoptique? Je ne puis cependant doubler mon existence.

|-AKADIS\TI()N MUSCULAIRE LOCAIISÉF:. 81

leur allemand, M. le docteur Ziemseii a indiqué sur des figures aiiatoniiques les points où les rhéopliores doivent être appliqués pour produire la contraction isolée des nniscles, en déclarant, dans la préface de son livre, (ju'il veut rendre facile pour tout médecin la pratique de ma méthode d'électrisation nmsculaire.

On ne saurait trop l'en louer ; malheureusement cet auteur paraît avoir subi l'influence des idées erronées de M. Kemak, car il annonce que cette méthode consiste uniquement à placer toujours les rhéopliores sur les points d'immersion des nerfs musculaires. Aussi s'est-il contenté d'indiquer sur ses figures les points d'immersion de ces nerfs.- — Rien n'était certes plus simple et plus facile que ce travail, et il lui a suffi, pour cela, de se servir de certaines planches anatomiques, ainsi que je l'avais c(jnseillé, dans ma réponse à M. Remak. (Les points d'immersion des nerfs sont indiqués avec la plus grande exactitude dans les planches de M. Ludovic Hirsclifeld (1). Comme elles représentent la moitié de la grandeur d'un adulte, on peut, à l'aide d'un compas, connaître exactement ces points.)

Puisque M. Ziemsen avait pris connaissance de ma réponse à M. Remak, il aurait du comprendre, ce me semble, après les explication* détaillées dans lesfiuelles je suis entré et que j'ai reproduites ci-dessus : 1" Que ma manière de pratiquer l'électrisation musculaire directe n'est pas celle qu'il a décrite comme mienne. S'il était vrai, en effet, que je plaçais quehpiefois mes rhéopliores au niveau des points d'immersion et d'émergence des nerfs musculaires pour provoquer la contraction en masse de chaque muscle, quelquefois aussi je m'éloignais de ces points d'immersion, afin d'obtenir l'action isolée de leurs faisceaux qui souvent constituent autant de muscles indépendants. 2" Qu'il ne suffisait pas, en conséquence, de marquer, ainsi qu'elle l'a fait, les points d'immersion des nerfs musculaires, mais qu'il fallait encore, comme j'en ai donné un exemple, page 77, indiquer les points où les rhéopliores doivent être placés, lors([u'on désire mettre seulement en action une des portions ou lun des faisceaux des muscles larges ou fascicules (ces points ne sont pas toujours faciles à trouver : j'ai dû (]uelquefois les chercher empiriquement, comme dirait M. Remak). y Que des figures sur lesquelles les points d'émergence et d'immersion des nerfs musculaires sont marqués par un signe, sont cerlainement utiles, mais ([u'ellcs ne suffisent pas, au point de vue pratique. Il faut, en effet, et j'ai cité, comme exemple, la faradisation (I) NcvroU)gic, ou Description et iconographie du système nerveux. Paris, 18.'j3, in-4.

DUCHENNE. (>

Siî MKIIIODOI.OCIK.

(le I t'Xtciisciir ((umnuii (1rs dnii^ls ou dr sr> laiscraiix, < linisir iiti pitiiil (If lopcrc lixc cl liiiru cuiiiiailrc les (lislall(•('^ (|iii cMslcnt, en niDNi'mii', (i)li'(' ce point de i'e[)ère el les points (rj'-lcclioii.

akticliî; III.

ÉLECTRISATIOiN CiriANÉK.

L electi'isatioii cutanée peut se prati(pieiau moyou de rdectricile statique ou de l'électricité dyiianiiijue. On sait (|ue pour limiter l'électricité stali(iue dans la peau, on doit agir à l'aible tension. En ellét, l'excitation cutant'e, [)ar cette espèce délectricité, ne francliit (certains degrés de tension ([u'à la condition de pénétrer plus ou moins profondément dans les organes et de produire des effets de commotion. C'est pour(pioi l'action thérapeutique de l'clectrisation statique cutanée, qui doit être faible pour rester limitée à la peau, est presciue toujours insuffisante et rarement indiquée, comme je crois l'avoir établi précédennnent (voy. cliap. I").

J'ai dt^jà dit que l'excitation cutanée par rélectricité dynamique se pratique à l'aide de rhéopliores secs appliqués sur la peau sèclic elle-même, et qu'elle se manifeste par une sensation plus ou moins vive, selon le degré de force du courant, depuis le chatouillement jusqu'à la douleur la plus vive. Mais on sait aussi que le galvanisme ne peut agir sur la peau sans y occasionner une altération plus ou moins considérable (la vésication ou la cautérisation), tandis que le faradisme n'y produit pas d'autres phénomènes organiques que de petites papules, ou de l'érythème. 11 s'ensuit que la galvanisation cutanée ne doit être appliquée que dans certains cas, et que la l'aradisation cutanée, qui au contraire respecte les tissus, est un des agents thérapeutiques les plus précieux et les plus fréciuemment indiqués.

Ces motifs me déterminent à traiter spécialement de la farad isation cutanée, dont les procédés s'appliquent d'ailleurs parfaitement à la galvanisation cutanée.

§ I. — Mode opératoire de la faradisation cutanée.

Les différences d'excitabilité électro cutanée des diverses régions du corps nécessitent l'emploi de différents procédés de faradisation cutanée.

Ces procédés sont de trois espèces : la faradisation par la main électrique, la faradisation par les rhéopliores métalliques pleins, la faradisation par les fils métalliques.

FAKADISATION CUTANÉE. 83

(chacun (1 ('ii\ possède une action spéciale, dont on [)eul tirer parti comme agent thérapeuti(iu(î.

Je vais en exposer la description.

A. — Faradisatioû cutanée par la main élcctriciue.

Dans ce procédé, on se sert d'un rhéophore humide (une éponge enfoncée dans un cylindre), semblable à celui ([ue j'ai fait représenter (fig. 7;, que l'on fait communiquer avec un des prMes de l'appareil. On le place sur un point très peu excitable de hi surface du corps malade, et le second rhéophore, en rapport avec l'autre pôle, est tenu dans les mains de l'opérateur. Celui-ci, après avoir desséché à l'aide d'une poudre absorbante (poudre de lycoi)ode ou de riz) la partie de la peau à farad iser, passe rapidement la tace dorsale de sa main libre, et desséchée préalablement, sur les points qu'il veut exciter.

B. — Faradisalion cutanée par les corps métalliques pleins.

Il faut dessécher la peau comme précédemment; cependant si l'épiderme est trop épais et trop dur, comme cela se rencontre dans plusieurs professions, et principalement aux pieds et aux mains, qui sont souvent en contact plus ou moins continu avec l'eau et avec l'air, on humecte 1res légèrement la peau, pour que l'excitation électrique arrive dans l'épaisseur du derme; enfin on applique ou l'on promène sur la peau les rhéophores métalliques, secs, pleins, cylindriques, olivaires ou coniques (fig. '^, 8, 9 et 10). Les premiers sont destinés à exciter, par leur face externe, la peau des membres et du thorax ; les seconds servent à la faradisation du cuir chevelu.

Ces rhéophores doivent toujours être promenés plus ou moins rapidement sur les parties malades. Dans certains cas particuliers, lorsqu'il est besoin de produire dans un point très limité une vive révulsion, on laisse en place pendant quelque temps la pointe de l'olive; lors([u'on emploho le rhéophore conique, c'est véritablement le clou électrique^ ainsi appelé par les malades ([ui comparent son action à celle d'un clou brùlantqu'on enfoncerait dans la peau . Cette manière de procéder peut être appli(iuée surtout au voisinage delà colonne vertébrale.

C. — Faradisalion cutanée par les lils métalliques. \:^(^ 13 et 1 i.

Les fils métalliques (fig. 13 et U) sont employés sous forme de vergette ou de balais, enfoncés dans dos cylindres, qui se vissent

8'| MKTHOIX )!,()(; I 11.

«■'^nlcilirlll >lir (les llKlllcIlcs isoliiiil^. Il va ^\^'\\\ liiaiiirrcîS de laradiscr par les lils niclalliciiics : taiilot ou i)ar('()url la surlacc malade, taiiliM on IVappc Ici^erciiicnt la jx-au avec l'exln'inité des l»alais; laiit(")l on les laisse en [)laee aiis>i loiij^teiiips (ju<! le malade peut le supporter. Le premier procédé a l)eaucoiip d'analoyie, (piaiit il son action sur la sensibilité, avec la caut<'Misation transcnrrente. J'appelle le second /t'sfifjf/don rlcclriijuc. Le ti'oisiènHî, rarement supporté par les malades, peut être t;mpIoyé cependant dans des alleclions profondes, dans le traitement des tumeurs blanches, par e\enit)le, ou pour aider à la idsorplion de certaines tumeurs ou i^landes engorgées. C'est ce (pi'on pourrait dé'si*,mer sous le nom de nwxa électrique.

$ II. — Action physiologique et tiicrapciiti<|iic de ces divers procédés de faradisalion cutanée.

L'application de la main électrique à l'excitation de la sensibilité cutanée provoque à la face, et sous l'influence d'un courant intense, une sensation très vive. Sur les autres ()arties du corps, elle développe une sensation à peine appréciable. La vive crépitation produite [)ar le passage rapide de la mam sur l'enveloppe cutanée du corps est le seul phénomène appréciable.

Les rhéophores métalliques pleins agissent énergiquement sur la sensibilité cutanée de la face, même avec un courant peu intense. Ils stimulent vivement la peau du tronc, mais W-i sont souvent impuissants sur la paume des mains et sur la plante des pieds, quelle que soit l'intensité du courant.

Les fils métalliques triplent la puissance de la faradisation sur la sensibilité de la peau, et sont presque toujours les seuls agents capables d'exciter vivement cette dernière à la face palmaire des mains et à la plante des pieds, dans les aneslhésies profondes de ces régions.

Les sensations développées par ces divers procédés de faradisation diffèrent Icd unes des autres. iUnsi la main électrique produit à la face l'effet d'une brosse rude qui déchire la peau; les fils métalliques exercent une action plus profonde. Lorsqu'on laisse ces derniers en place, ils occasionnent la sensation qui serait produite par des aiguilles brûlantes enfoncées dans les tissus. La fustigation par les fils métalliques donne une sensation (jui ne diffère de la précédente que par la durée. Rien n'égale la douleur produite par les fils métalliques excitateurs, pas même le feu, au dire des malades auxquels on a appliqué le moxa ou la cautérisation trans-

Page 1