FARADISATION CUTANÉE
rurronte. H est assuréiiKînt difficile d'exprimer exactement ces différents genres de sensations ; je crois en donner nne idée en me servant des comparaisons qne font habituellement les malades (\\\i me rendent compte des impressions rpi'ils é[)r()uvent pendant la laradisation cutanée.
A l'état normal, l'excitabilité électro-cutanée varie considérablement dans certaines régions du corps; il importe au succès des applications farad i(iues contre les anesthésies cutanées, ou contre les diverses lésions de la sensibilité tactile, de connaîtie la ditîérence d'excitabilité de chacune de ces régions, à l'étal normal.
La peau de la face doit à la cinquième paire son exquise sensibilité; aussi son excitabilité électricfue est telle, que le courant faradique le plus faible y produit une vive sensation, alors même que ce courant exerce une action à peine appréciable sur les autres parties du corps, l^a peau de la face est beaucoup plus sensible à l'action électrique, dans les points les plus voisins de la ligne médiane; ainsi son excitabilité est plus grande sur les paupières, le nez et le menton (pie sur les joues. La peau qui recouvre la paupière supérieure, les ailes et le lobule du nez, et surtout les bords des orifices des narines, la dépression sous-nasale de la lèvre supérieure, le lieu de jonction de la peau et de la muqueuse labiale, sont les points (pii ressentent le plus vivement l'excitation électrique.
Au front, la sensibilité électro-cutanée est moins grande qu'à la face, et diminue d'autant i)lus qu'on approche davantage du cuir chevelu ; elle est comparativement peu développée dans ce dernier point, où il faut ufi courant assez intense pour la produire.
L'excitabilité électro-cutanée est notablement plus grande sur le cou, sur le tronc, que sur les membres; dans la région cervicale et lombaire que sur les autres parties du tronc; sur les faces interne et antérieure des membres, (lue sur leurs faces externe et postérieure.
La peau de la paume de la n)ain jouit de très \Hm d'excitabilité électri(pie; il en est de même de la face plantaii'c du i)ied, excepté danssa partie moyenne et interne, ('.hez les individus dont les mains sont souvent exposées à l'air et à l'humidité; la sensibilité de la ]H!au est tellement émoussée, ainsi que je l'ai dit, (ju'il faut recourir à des procédés particuliers et a un très fort courant pour l'exciUu-.
Il n'existe pas un seul agent thérapeutique dont l'action soit comparable à celle de la faradisation cutanée; cette dernière seule peut exciter la sensibilité de la peau, soit en passant rapidement du simple chatouillement à la douleur la plus intense, soit en passant
8() MKTHODOLOGIE.
j^ra(lii(.'llenjt'nl par tous les degrés inlcrniédiaires; elle seule peut produire à la peau une excitation que 1(; feu égale à peine, sans désorganiser les tissus, sans n»èine soulever l'cpiderine, (|uelqu(' |)rolongée cpie soit l'opération. La sensation qu'elle ('veilIe cesse hvHsqucuii'nt o\ presfpie toujours complrtcuient, dès (jue le rliéophore n'est plus en contact avec la ])(îau ; enfin linsliintanéité de son action permet de porter rapidement la stimulation électrupie sur tous les points de la surlace du corps.
Cette exposition des propriétés [)rincipal(!S de la lar.idisation cutanécîdoit donner un(i idée de la puissance de son acUion thérapeutique, et des nombreux services qu'elle est appelée à rendre à la thérapeuti(iue. r/estce que j'aurai souvent l'occasion d'établir dans le cours de cet ouvrage.
ARTICLE IV
I-ARADISATION DES ORGANES INTERNES, DES ORGANES DES SENS ET DES ORGANES GÉNITAUX DE L'IIOMME.
La plupart des organes situés dans les cavités sont accessibles à l'excitation faradique (1), soit directement, par l'action des rhéophores placés sur leur tissu, soit indirectement, par la stimulation des nerfs qui les animent. Je vais décrire les différents procédés de t'aradisation que j'ai adoptés pour diriger sur ces organes l'excitation faradique.
§ I. — Faradisation des organes internes.
A. — Faradisation du rectum et des muscles de l'anus.
Les selles involontaires et les chutes du rectum sont souvent occasionnées par la paralysie du sphincter et du releveur de l'anus ; il peut être indiqué de faradiser ces muscles. Alors une olive métallique, montée sur une tige également de métal, isolée par une sonde de caoutchouc, est introduite dans le rectum et mise en communication avec un des pôles d'un appareil d'induction; un second rhéophore humide est promené sur le pourtour de l'anus. Pendant que l'appareil est en action, on imprime à la tige un mouvement qui permet de placer l'olive en contact avec les muscles qui se trouvent à la partie inférieure du rectum, c'est-à-dire le releveur de
(I) Je rappelle qu'il ne suffit pas qu'un organe soit traversé par un courant pour qu'il soit excité par lui ; il faut pour cela, ou que la recomposition électrique s'opère dans son tissu, ou que le nerf qui l'anime soit stimulé directement,
lAKADlSATION DES ORGANES INTKRNKS. 87
l'anus et le sphincter do l'anus. Veut-on exciter la tunique musculeuse de l'intestin rectum, on promène l'olive sm* toute la surface (le cet organe. On doit toujours débarrasser prèdahlement le rectum des matières stercorales, au moyen de lavements.
La sensibilité de la vessie et du rectum est très peu excitable comparativenjcnt à la sensibilité de la peau et des muscles de la vie animale. C'est pour ce motif que, dans les opérations faradi- (jues pratiquées sur la vessie, je place un rhéophorc dans chacun d(î ces réservoirs. On conçoit que si au contraire le rhéophore rectal agissait sur la peau et sur les muscles de la vie animale, la douleur qui en résulterait ne permettrait pas de diriger sur la vessie le degré d'intensité du courant nécessaire à l'excitation éloctri(iue de cet organe.
Pour combattre la constipation consécutive à la sensibilité de la muqueuse du rectum ou à la paralysie de sa tunique musculeuse, le rhéophore, introduit, comme précédemment, dans l'intestin, est promené sur toute sa surface.
La marge de l'intestin est tellement sensible, que la moindre excitation faradique y détermine un ténesme insupportable. Aussi ne doit-on jamais négliger d'isoler la lige qui supporte l'olive, à moins ({u'il ne soit indiqué d'agir sur le muscle sphincter de l'anus.
B. — Faradisation de la vessie.
Dans toutes les opérations faradiques pratiquées sur la vessie, cet organe est préalablement vidé, comme pour la faradisation du rectum. Sans cette précaution, l'excitation, loin d'être limitée aux parois de ces deux organes, serait portée jusque dans le plexus sacré ou hypogastriciue.
Si l'on veut farad iser les libres musculaires du col de la vessie, un rliéophore terminé par une olive est placé dans le rectum, comme dans roi)ération pn'cédente. Une sonde métallique courbe, isolée par une sonde de caoutchouc, excepté à son extrémité vésicale, et dans une étendue de 2 à 3 centimètres, est e\isuite introduite dans la vessie et mise en rapport avec l'un des pôles de lappareil. Quand celui-ci est en action, la sonde est ramenée de manière que son extrémité vésicale se trouve successivement en contact avec tous les points du col vésical. Le malade soumis h cette opération ressent alors des contractions résultant de l'excitation des libres musculaires qui concourent à former le sphincter du col de la vessie.
Yeut-on réveiller ou la sensibilité ou la contractilité du corps de
88 MÉTiionoi-CMMi;.
la vrssit', le rhroplioro vt'sical est pi'omeiK' sur tous les ])()iiils(l(; su surface interne. Il n'est pas toujours nécessaire do n^courir à cett(t opération dans h^s paralysies de la vessie «jui compliquent la para- ])lé^ie. Il suffit (iuel({iuîf()is de laradiser énerj;i(piement les parois musculaires de l'abdomen, ])our rétablir cett(; fonction, (^ette même opération fait aussi souvent disparaître la constipation qui a lieu d'habitude dans la paraplégie. Les laits nombreux que je possède semblent démontrer qu'un cei'tain nombre de ])aralysies, soit de la vessie, soit du rectum, ne recoimaissent pas d'autre cause que la paralysie ou l'att'aiblissement des muscles abdominaux.
L'excitation électrique du rectum peut avoir des inconvénients
qui s'opposeraient au procédé de fara-
^/^ /^S^ disation que je viens de décrire, si l'on
f nr ii(> cherchait à y obvier. A cet effet, j'in-
^ troduis deux rhéophores dans la vessie.
J'ai fait fabriquer, dans ce but, par
M. Charrière, l'instrument que j'appelle
rhéo-phore vésical double (fig. 15 et 16).
Le rhéophore vésical double estcomposé de deux tiges métalliques flexibles, introduites dans une sonde à double courant qui les isole l'une de l'autre. Ces deux rhéophores sont terminés a leur extrémité vésicale comme dans la figure 16, de telle sorte qu'étant rapprochés, comme dans la figure 15, ils présentent la forme d'une sonde ordinaire. Le rhéophore vésical double étant ainsi fermé et introduit dans la vessie, ses tiges sont poussées de 3 à k centimètres, tandis que la sonde de caoutchouc est maintenue en place, de manière à produire l'écartement de l'extrémité vésicale de ses rhéophores. Alors, après que chacun des rhéophores a été mis en rapport avec les pôles d'un appareil d'induction, l'instrument est manœuvré comme précédemment. La sonde de caoutchouc, à cloison, qui conduit les tiges des rhéophores, ne doit jamais être pénétrée par l'humidité, car les courants passeraient d'un rhéophore à l'autre, et se recomposeraient dans l'intérieur de la sonde, au lieu d'arriver aux plaques qui les terminent. C'est pourquoi il faut avoir soin de vider préalablement la vessie.
Fig. 16.