C. — Faradisation de l'utérus
Dans certaines aménorrhées, l'excitation électrique du col de l'utérus peutètre pratiquéeavantageuseinent. l'emploie alors un rliéopliore construit comme le rhéophore vésical double, dont il ne diffère que par la courbure de ses tiges et par la largeur des plaques qui le terminent (voy. fig. 17 et 18). Il est introduit Terme dans le vagin, comme dans la figure 18, puis ses deux plaques sont écartées comme dans la figure 17, en poussant les tiges qui traversent la sonde à cloison. L'opérateur guide alors chacune de ses plaques avec l'index de la main libre, et les place sur les côtés du col. Il ne reste plus alors qu'à mettre l'extrémité libre du rhéophore utérin en rapport avec les pôles d'un appareil. Les faits que j'ai recueillis montrent les bons effets de ce mode d'excitation utérine dans les aménorrhées rebelles qui ne dépendent pas seulement d'un état chloro-anémique.
La vessie, à l'état normal, l'utérus, hors l'état de grossesse, sont si peu sensibles à l'excitation faradique, que les malades éprouvent une sensation faible pendant l'opération, même lorsqu'elle est pratiquée avec les courants les plus puissants. C'est pour cette raison, comme je l'ai dit plus haut, que, pendant la faradisation de ces organes, je ne place jamais un des rhéophores sur les parois de l'abdomen, dont la sensibilité, comparativement trop grande, ne permettrait pas de diriger sur eux un courant doué du degré de force nécessaire à leur excitation électrique. Il est donc convenable d'agir sur deux organes jouissant du môme degré d'excitabilité, d'introduire, par exemple, un des rhéophores dans le rectum pendant la faradisation de l'utérus ou de la vessie.
Si l'on veut exciter les organes contenus dans le bassin par la faradisation indirecte, on dirige l'olive du rhéophore rectal sur la paroi postérieure du rectum ; alors le courant traverse la paroi intestinale, et concentre son action dans les plexus sacré et hypogastrique situés derrière elle.
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)). — Faradisalioii du pharynx vl de IVrsoitliajio.
La l'aradisation clupliarynx se j)rati(iuo au iiioyi'ii d'iin rhéo|di<)rc dit pharyngien. Ce dernier se compose (ruiic lige métallique très flexible ou articulée à la maiiièi'(! (I(î la soude œsophagienne, tcrniiiK'e par une olive (îgaleincnt de métal, de ?> à ^i millimètres de diamètre, et garnie (Ywwa sonde de caoutchouc (jui isole la tige contluclrice. La courbure de ce rhéophore articulé (»st dimimiée ou augmentée à volonté, au moyen d'un mécanisme particnlici', de jnanlère qu'étant introduit dans le pharynx, son extrémitc* olivaire puisse en atteindre le constricteur inférieur.
Veut-on taradiser les muscles constricteurs du pharynx, on promène l'olive sur l'œsophage, pendant qu'un second rhéophore humide est placé sur la partie postérieure du cou. L'opérateur doit se garder de diriger l'olive excitatrice sur les parois latérales du pharynx qui sont en rapport, de haut en bas, avec le pneumogastrique. Si le rhéophore se trouvait au niveau de ce nerf, l'action électrique, loin d'être limitée au pharynx, pourrait être portée au loin dans des organes dont la stimulation serait dangereuse ou tout au moins contre-indiquée.
Pour faradiser l'œsophage, on se sert d'une sonde œsophagienne, ouverte à ses extrémités, et dans laquelle on place une tige métallique terminée par une petite olive de métal. Le rhéophore œsophagien, étant ainsi isolé par la sonde de caoutchouc, n'agit que sur les points de l'œsophage qui sont en contact avec l'olive ; aussi doit-on promener cette olive sur toute l'étendue de l'organe que l'on veut exciter. On sait que l'œsophage est en rapport, dans sa portion cervicale, avec le nerf récurrent gauche, logé dans le sillon qui le sépare de la trachée; que, dans sa portion thoracique, cet organe est longé par les deux nerfs pneumogastriques qui, inférieurement, sont situés, le gauche en avant, et le droit en arrière de ce conduit. 11 suffit de mentionner ces données anatomiiiues pour faire sentir la difficulté, on pourrait même dire l'impossibilité d'éviter pendant la faradisation œsophagienne l'excitation de ces nerfs qui portent la vie dans les organes les plus importants, C'est pourquoi cette opération exige beaucoup de prudence.
E. — Faradisation du larynx.
Les muscles du larynx qui concourent à la phonation, excepté le thyro-aryténoïdien et le crico-aryténoïdien, sont accessibles à l'ac-
FARADISATIÛN J)ES OUGANES INTERNES. 9i
lion tlirecto de lu l'aradisatiou. Voici lo procédé opératoii'o que j'ai expérirnenlé plusieurs fois.
Je porte dans le pharynx Je rliéophoni pharyngien, et je le lais pénétrer jus(iu'au-dessous de la partie i)ost(''rieuro du larynx. Le second rhéophore humide étant placé à l'extérieur, au niveau du muscle crico-thyroidien, et l'appareil étant en action, je fais basculer le rhéophore pharyngien, après en avoir augmenté la courbure, de manière que son extrémité olivaire soit en contact avec la face postérieure du larynx, et je lui imprime des mouvements de bas en haut et de haut en bas. Dans cette opération, la stimulation est portée successivement et directement sur le crico-aryténoïdien postérieur, l'aryténoïdien et le crico-thyroïdien (1).
La faradisation indirecte du larynx est encore plus simple; il suflit de diriger l'extrémité olivaire du rhéophore pharyngien sur les parties latérales du constricteur inférieur pour atteindre le nerf larijngé inférieur, ([ui, on le sait, anime tous les muscles intrinsèques du larynx; on peut encore atteindre le laryngé inférieur gauche dans l'œsophage.
Les faits que j'ai recueillis démontrent ([ue ce procédé opératoire doit trouver de nombreuses et heureuses applications dans l'aphonie due à la paralysie des muscles du larynx. Je rapporterai, par la suite, plusieurs cas où j'ai pratiqué cette opération avec succès.
F. — Faradisation de l'estomac, du foie, des poumons et du cœur.
Alors même qu'on emploie des rhéophores humides, et quelle que soit l'intensité du courant, l'épaisseur des parois thoraciques et abdominales ne permet pas à l'excitation électrique d'arriver jusqu'aux organes renfermés dans les cavités. Cependant la plupart d'entre eux peuvent être taradisés indirectement, grâce au pneumogastrique, qui, on le sait, est accessible aux rhéophores dans le pharynx et dans l'œsophage. Mais on conçoit que les effets de la faradisation du pneumogastri([ue doivent varier suivant la hauteur à laquelle ce nerf a été excité. A la partie intérieure de l'œsophage, l'excitation de ce nerf est communiquée seulement à l'estomac et au toie, tandis qu'à la partie supérieure du pharynx elle se répand dans tous les organes qu'il anime. Pour faradiser le pneumogastrique à sa partie supérieure, on doit promener l'olive du rhéophore sur la partie inférieure et latérale du pharynx, et fermer le courant en plaçant le second rhéophore sur la nuque. Quand on voudra
(1) M. I.ongot a démontré, par dos oxpéricucos directes et fort bien faites, que le crico-thyroïdien joue un rôle important dans l'acte de la phonation.
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liiiiil(M' raclioli l'aïadiciueà r('>tomn(' fil au Inic, nii il^'opliorc ()livairft sera conduit, j)ai' la sonde œsoplia^ieunc, le |)lus près possihlo de 1 orifi('<' cardiaipie, et le s(mm»i)(1 rli(V)[)lior(' sera pos('' sur la n'^^ion épif;aslri(pi('.
f.a laradisaliou du pucumogastriquo ('st-(;ll(î (pu'hpicfnis indi(pi(''e? L'('xp(''i'ienco ne m'a rien appris encore quant à i'irdluence lliérapeuli(pie de cette opération. J'espère cependant que ce mode d'excitation pourra être appliqué avec succès au traitement de certaines affections nerveuses rebelles des viscèi-es thoracifpies ou abdominaux, par exemple, dans la gastralgie. Il est iimtile de dire (pie, dans ces cas, la faradisation du pneumogastrique doit être pratiquée à des hauteurs différentes.
La faradisation du pneumogastri((ue n'est pas toujours sans dangers. Il me suffira de rappeler les organes importants que ce nerf tient sous sa dépendance, pour engager mes confrères à une grande circonspection, dans ce genre de recherches. Voici un accident qui m'est arrivé et qui servira d'enseignement à l'expérimentateur. Promenant un rhéophore sur la partie latérale et supérieure du pharynx, sous l'action d'un courant rapide, bien que très modéré, le malade tomba subitement en syncope; revenu à lui, il dit qu'il avait éprouvé une sorte d'étouffement et de sensation indéfinissable. Depuis lors, ayant faradisé le pneumogastrique à la même hauteur, avec une intermittence par seconde, et avec un courant très modéré, le même accident ne se renouvela plus, mais la sensation précordiale se manifesta chaque fois. Une fois j'ai vu négliger ce précepte, pendant que l'on faradisait le pharynx, chez une jeune fille dont ce dernier et le voile du palais étaient paralysés, consécutivement à une angine couenneuse. Une syncope grave fut immédiatement provoquée par cette opération.
On peut pratiquer sans inconvénient la faradisation du pneumogastrique à la partie inférieure de l'œsophage.
Observation II, — Jai fait, en effet, cette application une vingtaine de fois sur une femme nommée Célestine Bonhamy, âgée de vingt-trois ans, couchée, le 47 février 1854, au n° 9 de la salle Sainte-Anne. L'olive métallique excitatrice , conduite au moyen d'une sonde œsophagienne à la partie inférieure de l'œsophage, était assez volumineuse pour se trouver nécessairement en contact avec les parois de ce canal, de façon que les pneumogastriques qui, près de l'orifice cardiaque, sont placés, comme on le sait, immédiatement contre la paroi œsophagienne, l'un en avant, l'autre en arrière, ne pouvaient échapper à l'action de l'excitation électrique. Le rhéophore (une éponge humide enfoncée dans un cylindre
l'AUADISATlON DES 0R(;4NES INTERNES. 93
métallique) était posé sur l'épigastre. Celte application était faite dans le but de modifier l'état du tube digestif, qui paraissait frap[)é de paralysie depuis un mois L'estomac était, en effet, énormément distendu par des gaz, et la constipation était opiniAtro. Voici les phénomènes (jui se sont développés, à celte hauteur, pendant l'excilation du pneumogastrique. Lorsque j'ai fait passer le courant, avec une intermillence par seconde, la malade a ressenti des chocs assez douloureux au niveau du point où se trouvait le rhéophore olivaire ; la sonde était agitée d'un mouvement très évident, et en même temps la malade rendit une assez grande quantité de gaz. Mais il ne se produisit aucun phénomène physiologique a[ipréciable, pendant l'opération, bien que j'eusse augmenté la force du courant jusqu'au maximum de l'appareil. Une fois je fis passer un courant très rapide et peu intense; la douleur fut très vive; la malade se plaignit d'une conslriclion profonde, mais ce fut tout; il n'y eut de modification appréciable ni dans la calorification, ni dans la circulation.
Je ne laisserai pas ce sujet, sans rapporte)' une expérience curieuse (|Ue j'ai faite sur l'homme, après avoir faraclisé le pneumogastrique. Une seule fois, il est vrai, j'ai examiné l'état de l'urine après cette excitation du pneumogastrique, et j'y ai constaté, par les réactifs usuels (la potasse et la liqueur de Barreswil), la présence de la glycose, qui, chez le môme sujet, n'existait pas dans son urine normale. Je crois que c'est la première fois que l'on exécute, chez l'homme, la belle expérience que M. Cl. Bernard a faite sur les animaux, chez lesquels il a produit temporairement le diabète par la galvanisation des pneumogastriques il).
G. — l'aradisation du diaphragme.
J'exposerai le procédé qu'on doit emi)loyer poiu' faradiser le diaphragme, en faisant l'étude électro-palhologique de ce muscle.
H. — Les viscères compris cnlrc rcslomac ot le rpclum sont inaccessibles à la faradisation directe.
On peut exciter l'intestin indirectement par une sorte d'action réllexe, eu plat^'ant les rhéoidiores sur deux points très éloignés de ce canal. On sait que M. Leroy (d'Étiolles) a provoque des selles eu faisant passer des courants galvaniques de la bouche au rectum. Un vétériiuiire dit avoir enq^lovi' avec succès sur des chevaux le même procédé et dans le même but. J'ai répété avec M. Leblanc cette expérience sur des chevaux, et j'avoue (jue nous n'avons pu obtenir d'évacuation alviue, (luebiue variée qu'ait été
(t) Leçons de physiologie crpcrimcnlalc. Varis, IST):., t. I.
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riiilciisilc (lil coiiiMiit. Noms iiNOiis sciilciiK'ltl i riii;ii(Hic (jnc, jirii- (laiit le |>;iss;i},'<' du (•(Uii'imt, cl l()rs(|ii(' ce coiiiaiit (Hait tirs intense vX trrs rapide, les sncl'o-spiiianx et les îimsclcs des iiK^mbres s«.' tétanisaient. Cv mode d'électrisation de linte.stin «igit en ni^^ine* temps par action réllexe, avec nne jurande éneif^ie sur la moelle épiniere; c'est l'excitation de ce rentre nerveux (jui produit la eontracti(ni musculaire d'un grand nombre de îrmscles. Aussi doit-on être très réservé dans son em[)loi et n'agir qu'à taibl(3 dose.
(le procédé, d'ailleurs dangereux dans e<'rtainscas, chez l'iiomme, ne pourrait être employé cpi'à une très faible dose, car le rliéo[)hore, appli(iué dans la bouche, agit inévitablement sur la cinquième paire, dont on connaît l'excitabilité extrême, et produit des phospliènes. J'ai tenté cette opération chez la malade dont il a été question plus haut, mais elle ne put la supporter, bien qu'à faible dose. Je la moditiai de la manière suivante : Un rhéophore étant placé dans l'cvsopUage, à l'oritice cardiaque, je mis l'autre dans le rectum ; alors il m'a été possible d'agir à forte dose. Tout l'intestin fut évidemment excité, car la malade eut toute la journée des coliques et des douleurs abdominales; mais, je dois le dire, je ne réussis pas à vaincre sa constipation.
Je ne vois pas la nécessité d'employer ces procédés d'une application pénible pour le malade et qui ne sont pas sans inconvénients. H m'a souvent suffi de placer un rhéophore olivaire dans le rectum, et un second rhéophore humide sur les parois abdominales, pour obtenir une évacuation alvine. Ce mode opératoire a provoqué une selle chez une hystérique de la salle Sainte-Marthe, n° 20, qui avait depuis trois semaines une constipation que M. Briquet n'avait pu vaincre et dont le ventre était énormément ballonné (1). Par ce même moyen, j'ai fait disparaître un étranglement interne de l'intestin chez un autre malade qui allait être opéré, si je n'avais réussi. Je reviendrai sur ce fait.
§ II. — Faradisation des organes des sens.
Je vais exposer rapidement les différents procédés de iàradisation qui ont le mieux réussi dans les paralysies des sens.
A. — Sens du toucher.
Appliquer les rhéophores humides sur le trajet des nerfs collatéraux et sur la pulpe des doigts.
(1) Briquet, Traité clinique et thérapeutique de Vhyslérie. Paris, 1859, in-8, p. Gdi.
FAUADlSAriO.N DES OMGANES Dl'S SLNS. 95
H. — Sens (le la mic.
J'ai (Icfiioiitrc tians \o cljapilrc pi-c'ccdciil (juc le galvanisme jouit • le la propriété spéciale d'exciter très vivement la rétine, en produisant des sensations lumineuses, lorsipi'on a[)plique des rliéopliores humides sur les points de la face où se ramilie la cin(|uième paire, et (|ue ces flammes sont d'autant plus vives qu'on se rapproche davantage de la ligne médiane. H suffit de se; rappeler ces faits, pour savoir comment il faut opérer, quand il est indique d'exciter la rétine, comme dans l'amaurose. A défaut d'un courant galvanique, on peut recourir au courant d'induction de la deuxième hélice d'un ap[)areil magnéto-faradique, dont l'action spéciale sur la rétine , ([uoique moinilre que le courant galvaniciue, est encore très puissante.
A l'excitation indirecte de la rétine on peut joindre l'excitation électro-cutanée du pourtour de l'orbite.
Je décrirai plus tard les procédés à employer dans la faradisation des muscles moteurs de l'œil, en traitant de la })aralysie de ces muscles.