‹ De l'électrisation localisée et de son application a la pathologie et a la thérapeutiqueChapitre 26 sur 73 · EXPOSITION" DES FAITS · texte numérisé non relu

EXPOSITION" DES FAITS

Je diviserai les paralysies, dont j'ai à relater les observations, en paralysies récentes et en paralysies anciennes. Dans les premières, je réunirai les paralysies qui ne dataient que d'un ou de six septénaires; dans les secondes, seront comprises celles qui comptaient déjà six mois à quatre années de durée.

EXPOSITION ni:s FAITS. — PAIUI.YSIES UKCKNTES. 179

8 I. — Paral^TNioN r«''<M>ii(<*K , <'4>iiN<*«>u(iv4'N aux lésioiiN Iraiiiiiati<|ii4>M «h N iK'rfM iiiî.%<<'s (dtiluiit d'un à <«i.% McptéiiaircH , nu inuiu«'iil «lu IraiK'Uieulj .

Observation VII. — Paralysie alrophique du membre supèrievr, conséculive à une luxation scapulo-humérale [variété intra-coracoidienne des modernes), avec atrophie des muscles du bras, de l'avaiit-bras et de la main. — Diagnostic du degré de lésion de chacun des filets ou des fibres primitives qui uniment les muscles paralysés, établi au moyen de la faradisation localisée. — Pronostic différentiel tiré de l'état de la contractilité électrique de chacun de ces muscles. — Guérison par la faradisation localisée, rapide dans ceux de ces muscles qui ont conservé leur contractilité électrique, et très lente dans ceux qui l'ont perdue.

Le dimanche iiialin, 3 février 1850, est entré à l'Hôlei-Dieu, salle Sainle-Marllie, n" :23 (service clinique de M. le professeur Houx), le nommé Vanbelie, tailleur, âgé de vingt-cinq ans, né à Gand (Belgique), demeurant à Paris, rue Bourg-i'Abbe, 48.

lion attitude dénotait, a première vue, une affection de l'épaule gauche. Interrogé sur ce qui lui était arrivé, il raconta que pendant une rixe il perdit 1 équilibre et tomba par terre.

Ses souvenirs sur la manière dont il tomba sur le sol étaient trop confus pour éclairer le mécanisme de son accident; aussi se borna-t-on à constater son état.

Jl était affecté d'une luxation de l'épaule gauche; le coude était un peu écarté du tronc, le raccourcissement du membre était peu sensible, la saillie de l'acromion était très prononcée, le deltoïde tiès déprimé, et la tète de l'humérus formait une tumeur très manifeste derrière le grand pectoral, dessous la clavicule et en dedans du niveau de l'apophyse coracoïde. Le diagnostic nollrait donc aucune dilliculte; ce malade avait une luxation de l'épaule en avant (variété intia-coracoïdionne des auteurs modernes).

Tous les mouvements imprimés au membre provoquaient de vives douleurs, et les quelques tentatives faites pour rétablir les os dans leur position naturelle, sans d'ailleurs faire sortir le malade de son lit et sans employer la moindre violence, déterminaient dans tous les muscles du membre de violentes contractions que la volonté du malade ne pouvait empêcher, disait-il. Ce (ju il y a d'important a noter, c'est que lorsqu'on se bornait à soutenir son membre sans cliercher a lui faire exécuter aucun mouvement, les muscles ne se contractaient pas; mais si par un mouvement on déterminait de la douleur, aussitôt tout le membre se roidissait, et des contractions énergiques se manifestaient dans tous les muscles du membre, soit

ISO rul\lY>lKS PAU I.KslON rnMIMATIOUK DES NERFS MIXTES. qu'elles fussent volontaires ou simpIiMueul insliiiclives, comme cela s'observe dans tous les muscles non paralysés (|ui avoisiiujnt ou |)roléf,'enl une r(^gion accidenlellomenl douloureuse. Les indiciilidiis de la réduction n'étaient pas tellement pressantes que l'on ne |)ùt allendrr un peu. On remit l'opération au lendemain.

(Juand on revit le malade le lundi matin, la lèl(; de l'Iuimérus avait changé de place; elle n'était plus en avant .«^ous U) grand pectoral, mais directement en bas, dans le creux axillairc, au-dessous de la cavité glénoïde; ce déplacement s'était opéré spontanément. On chercha à imprimer au membre (jnelques mouvements (jui étaient assez douloureux ; mais, contrairement il ce qui se passait la veille, ses nuiscles restaient dans une résolution complète.

On invita le malade à faire quelques mouvements, mais il avait perdu la faculté de faire contracter ses muscles; ceux de la main, de l'avant-bras et du bras notamment, avaient complètement perdu leur motilité; les pectoraux, le grand dorsal et quelques-uns des muscles de l'épaule conservaient leur conlractilité et pouvaient imprimer quelques mouvements aux bras. L'action de ces muscles, d'ailleurs, était assez énergique pour que la réduction pût éprouver quelque difficulté ; aussi dut-on faire usage du chlorofo."me pour opérer la réduction de la luxation, qui se fit sans le moindre obstacle, dès que le malade fut endormi.

Un nouvel examen fit constater que la paralysie était bien uniquement limitée aux muscles, et que la sensibilité n'était nullement affectée.

La réduction opérée, le malade ne ressentit qu'une douleur modérée dans l'arliculation, et dit sentir seulement un peu d'engourdissement dans la main et l'avant-bras du côté gauche. 11 ne pouvait, en aucune manière, faire contracter ses muscles.

Au bout de quelques jours, la douleur qui , après l'accident, occupait l'articulation, était dissipée. Cependant le membre restait toujours dans la résolution, et aucun mouvement n'était possible ni dans la main, ni dans l'avant-bras. Le bras seul, à la faveur du grand pectoral, pouvait être ramené en avant, mais l'élévation était complètement empêchée.

La sensibilité cutanée, examinée de nouveau , conservait toujours son intégrité.

Pendant tout le reste du mois de février, il ne s'opéra aucun changement ; la paralysie musculaire persista aussi complète qu'au commencement, et la sensibilité n'éprouva aucune altération. Cependant le volume du membre diminua peu à peu : les muscles s'émacièrent.

M. Roux me fit alors prier de venir essayer les effets de l'électricilé. Le 2 mars (un mois après l'accident) je pus constater les faits suivants : le membre paralysé est notablement moins volumineux que celui du côté sain; les mouvements volontaires sont complètement perdus à la main, au bras

EXPOSITION DES FAITS. — PARALYSIKS RKCENTES. 181

et à l'avant- bras; répaulo peut <^lrG ôlcvée au moyen du trapèze et de l'angulaire du scapuluni et j)ortée en avant à laide du grand [)ecloral. Mais ce sont là les seuls inouvenienls possibles de ce membre.

Examen de l\- lai de la contractilité et de la sen.<>ibHitc éleclro-musciilairea. — Aucun des musclos du bras, de l'avant-bras et do la main n'entre en contraction, quel (pie soit le degré d'inlensiié du courant faradiquo , soit qu'on les excite au moyen des nerfs qui les animent, soit (juon dirige l'excitation dans leur tissu ; les muscles moteurs du bras sur l'épaule possèdent leur excitabilité normale, à l'exception, toutefois, du deltoïde, qui en a perdu une faible partie seulement. Les muscles qui ne se contractent pas sous l'influence électrique sentent cependant son excilation, mais leur sensibilité, comparée à celle du côlé sain, est diminuée de moitié a peu j,rès. Il en est de même des troncs nerveux, dont la sensibilité est considérablement diminuée. L'excitation électro-cutanée éveille des sensations très notablement moins fortes à lavant-bras du côlé malade que du côté sain. La température est diminuée dans le membre paralysé.

Traitement. — L'excitation faradique a été dirigée sur chacun des muscles paralysés, régulièrement tous les deux jours et pendr.nt huit à dix minutes chaque fois. L'appareil était à son maximum et agissait avec des intermittences très rapprochées, de manière à provoquer vivement la sensibilité musculaire. Malgré ce traitement, l'atrophie marcha rapidement, et un mois après on observait les phénomènes suivants : le bras, l'avant-bras et la main étaient considérablement atrophiés ; les muscles du bras et de l'avant-bras ne présentaient aucun des reliefs musculaires ordinaires; au loucher, on n'y sentait plus la résistance du tissu musculaire ; la main était à peu près desséchée; les éminences thénar et hypothénar avaient disparu; les tendons des fléchisseurs faisaient un relief considérable dans la paume de la main ; la face dorsale de cette main présetitait des sillons profonds dans les espaces interosseux ; les muscles de l'épaule étaient un peu moins développés que du côté opposé.

En très peu de temps, cependant, le deltoïde, qui avait peu perdu de son irritabilité, recouvra ses mouvements volontaires; les nerfs du membre supérieur ressentirent très vivement l'excitation faradique et devinrent très sensibles au toucher. Cette exaltation de la sensibilité gagna aussi les muscles du bras, vers le sixième mois après l'accident, et dans l'intervalle des applications électriques, le malade se plaignit de fortes douleurs dans tout le membre et d'un sentiment de chaleur très incommode. Cette surexcitation nécessita une suspension de traitement, pendant quelques jours, durant lesquels le malade prit des bains émollients locaux et appliqua des cataplasmes ; mais ces phénomènes de surexcitation disparurent bientôt et le traitement faradique fut repris. Alors, des mouvements de flexion et d'extension de l'avant-bras sur le bras commencèrent à se manifester, et les

IS2 PMIM.Y^IKS r\U IKSION TR AUMATIQUK DES NEUFS MIXTKS.

La figure 32 représente l'état du mombre avant le traitement. — La saillie du del toide est un peu moins prononcée que celle du côté opposé. — Le bras et lavant-bras sont d'un tiers moins volumineux que du côté droit. — La main commence aussi à s'atrophior.

Cette figure ne peut donner une idée exacte du degré d'atrophie musculaire dont ce membre fut atteint en quelques semaines, car ce dernier, à l'exception de l'épaule, se décharna complètement , malgré remploi régulier de la faradisation musculaire.

FiG. 32 {avant le traitement).

La figure 33 représente le membre paralysé ayant recouvré, par la faradisalion localisée, ses mouvements iolonidires et sa nutrition musculaire, à Tcxcrption de quelques muscles de léminence tliénar qui sont en voie de guérison.

On sait que le deltoïde, qui avait conservé sa contraclilité électrique, fut guéri en peu do temps (en (roisé'i quatre séances) ; tandis que l'action Ihéiapeutique de la faradisation ne se manifesta que plusieurs mois plus tard dans le reste du membre, en rappelant d'abord la vie dans les muscles du bras, puis dans ceux de l'avaut-bras, et eufin dans ceux de la main.

Quand les muscles du bras et de l'avantbras eurent recouvré leur nutrition et leurs mouvements volontaires, il y eut un temps d'arrêt assez long dans la marche de la guérison, et la main, qui était restée jusqu'alors dans une attitude cadavérique, comme dans la figure 23 , prit la forme d'une

FiG. 33 [après le traitement]

\Hli PAIIM.YSIKS IMI\ IKSION TRAIIMATIQUIÎ ORS NKIIFS MIXTE??. Hnllf, (•oiiiini' ilans la li^;ul•(• 2.'.. I.cs |ircini('rcs plinlnn^'cs se pl.iraul dans iinn rxtcnsinn forct-c l'I li's dciu ilcriiirrcs d.ins la (Icxion, sous rinflMciicc de la furcn t()iii(iu(' des c^lciiscMirs cl des nécliisscurs iWa doigts, doiil l'aclion nY-lail plus rotitrc-halanrt'o par les iiitorossoux (>l par les loinhriraiix alrophii^s, les icndous dos flcchissiMirs ri dos cxtiMiscMirs, (jui juscjualors olnioiil à |)('irio visibles, 'se Icndiront ol formoront des cordes saillantes (|ui soulevaiciil la peau. Les lAles des melacarpions s'hyperlrophièrenl en avant, «le ti'llc sorte (|ue les premières phalanges subliix(^es 011 arrière éprouvaient de la pari .le res dernières (des t(Hos dos métacarpiens) un obstacle mécanique à lt>ur flexion sur les métacarpiens. Coite saillie des lôtes dos métacarpiens liyperlroi)liiecs est bien in(|i(|uée dans la figure 25.

Mais les interosseux, les lombricaux et les muscles de lémincncc bypolbénar apparaissante leur tour sous l'inlluence du traitement, les phalanges reprirent peu à peu leur attitude normale, par l'action continue de la force tonique de ces muscles, longtemps avant le retour des mouvements volontaires. La pression exercée sur la tète des métacarpiens par les |)remières phalanges lit disparaître leur hypertrophie, et la flexion de ces phalanges gagnant de jour en jour, put enfin se faire à angle droit. Aujourd'hui la flexion et l'extension des trois phalanges ont lieu normalement, ainsi qu'on le voit dans la figure 23.

Entre la guerison des interosseux, des lombricaux, des muscles de l'émincncc hypothcnar et celle dos muscles de l'éminencc thénar, il y eut un nouveau temps d'arrêt, dont les causes ont été exposées dans l'observation. Depuis quelques semaines seulement, les muscles de l'éminencc thénar se développent très notablement; on y sent le tissu musculaire de ceux qui produisent Topposition du pouce, à travers la peau, qui auparavant était comme collée au premier métacarpien. Vanbelle commence à exécuter le mouvement d'opposition du pouce. La figure 24 montre qu'il peut opposer ce pouce à l'index: il n'est pas douteux que, prochainement, les muscles de l'éminence thénar auront recouvré entièrement leur nutrition et leurs mouvements primitifs, si la faradisation est continuée.

Enfin, la figure 25 montre exactement le degré d'atrophie oîi en était arrivée la main de Vanbelle, après quelques mois de maladie, et peut donner une idée de l'état dans lequel se trouvaient son bras et son avant-bras, qui s'étaient atrophiés dans les mêmes proportions; le tissu musculaire semblait remplacé, dans ces deux dernières régions, par des espèces de cordes fibreuses qu'on sentait à travers la peau.

saillies musculaires reparurent. Les phénomènes de surexcitation se manifestèrent ensuite à l'avant-bras, dans les nerfs et dans les muscles, annonçant, comme au bras, le retour des mouvements volontaires. Ces mouvements, faibles d'abord, n'apparurent pas à la fois et également dans tous les muscles : ainsi le premier mouvement fut la flexion du poignet et des deux dernières phalanges des doigts, ensuite l'extension des premières phalanges des doigts, puis celle du pouce, et, en dernier lieu, du poignet. Il fallut un temps considérable pour obtenir ce résultat (plusieurs mois); mais au bout de ce temps les muscles du bras et le long supinaleur étaient près-

que aussi développés que du côté sdin. Leur force était normale, et cependant ils Ht' se conlrarAaient pus nous l'influence des courants tes plus intenses. Les muscles de l'avant-bras gagnèrent aussi chaque jour en nutrition et en force; mais les muscles do la main paraissaient plus rebelles. L'excitation électrique fut alors uniquement appliquée sur ces muscles, et il arriva là, ce qu'on avait observé dans les autres régions : une surexcitation telle, qu'après huit ou dix opérations le malade ne voulut plus suivre le traitement. Sa main était brûlante et le siège de douleurs continuelles qui le privaient de sommeil. Il sortit alors do l'Hôtel- Dieu et alla passer six semaines dans son pays. Ne voyant pas revenir entièrement les niouvements de la main, il voulut reprendre son traitement. Je remarquai alors

FiG. 34 {pendant le traitement).

que cette main n'était plus aussi desséchée ; que l'écartement des doigts se faisait faiblement; que les espaces interosseux se remplissaient; que les interosseux avaient, en un mot, recouvré leur action sur les phalanges.

Cependant, les muscles de léminence thénar ne donnaient, le 26 mai, époque à laquelle il reprit son traitement, aucun signe d'existence; l'excitation faradique de cette dernière région produisit encore les mêmes phénomènes que j'ai déjà exposés, c'est-à-dire une sorte d'hyperesthésie musculaire avec augmentation de chaleur, et bientôt après un commencement do nutrition, de telle sorte que cette éminence, qui était desséchée, aplatie, grossissait à vue d'œil. En février 1852, les mouvements n'y étaient point encore entièrement revenus; mais il n'était point douteux que les muscles s'y développeraient comme dans les autres régions, et que la guérison de Vanbelle serait complète, si le traitement était continué.

Il importe de mentionner les modifications qui se manifestèrent dans l'état de la calorification et de la circulation du membre paralysé. Avant le traitement, le malade éprouvait un sentiment do froid et était très impressionnable à l'air ; on constatait aussi par le toucher une dilférence de température entre les deux membres supérieurs. Il safiit de dix-huit jours de

180 IVVUAI.YSIKS l'An I.KSION TU Ali.MATlglIK DES NEUFS MIXTES.

faradisalion pour rnmoner la diiilour à l'ôlaL normal dans lo membre malade ; la peau étail aussi d'un blanc mat et dépourvu» de voiries apparentes dans les m^^mes rr^Mons (à lavant-bras ot surtout sur la face dorsale de la main) ; a|>rès (luelcjues mois do traitement, les veines dorsales étaient prosipie aussi dévelo[)pées que du cùiôsain, et la circulation capillaire y paraissait notablement améliorée.

Les figures 32, 33 et 3/t sont (lesliiicc^ a rappclei* les phases principales (le la {^uérison proj^n-essive qui lut oldenue j)ar la laradisatioii localisée chez Vanbelle, aiïeelé de la paralysie (in dcltdide, ries nmscles (In hi'as, de l'avant-hi'as (;t (b; l;i niaiFi, i\\\ C(M(; gauche, eonséeutivenieut à mie luxation s(a[)ulo-huiii(''raIe.

Les phénomènes musculaires qui furent observés chez Vanbelle, pendant le développement successif de ses muscles, intéressent la physiologie musculaire au plus haut degré ; il ont été exposés dans la deuxième partie de l'édition précédente (1).

Cette pflhdysie doit-elle être attribuée à une commotion du plexus brachial, ou bien à la contusion ou à la déchirure des nerfs qui le composent? Pour ne pas sortir de mon sujet, je ne discuterai pas longtemps cette question, qui a été traitée avec beaucoup de talent par M. Malgaigne, et plus récemment dans une thèse très remarquable par iM. Empis, interne distingué et aujourd'hui médecin des hôpitaux. Je dirai seulement (pie M. Malgaigne n'a pas trouvé, sur les sujets qui ont eu pendant la vie une paralysie consécutive à une luxation scapulo-humérale, de traces de déchirure et de contusion des nerfs du plexus, et qu'il n'a jamais pu produire sur le cadavre la déchirure des nerfs de ce plexus, quelque traction qu'H eût exercée sur le membre supérieur. Ce savant chirurgien a conclu de ces faits que la paralysie consécutive à la luxation scapulo-humérale est le résultat de la commotion du plexus brachial. Je Crois, ftvec M. Empis, que c'est la même lésion nerveuse (la commotion) qui a causé la paralysie du sujet dont l'observation a été rapportée plus haut, et je pourrais étayer l'opinion de M. Malgaigne (la possibilité de la commotion du nerf comme cause de paralysie) d'un autre fait (obs. XXI), qui me paraît établir que la commotion de quelques iierfs du plexus brachial peut occasionner la paralysie atrophique des mus(*les auxquels ces nerfs se distribuent.

Le membre entier, chez Vanbelle, était amaigri ; tous ses mouvements étaient également abolis ; il était donc naturel d'en conclure que tous ses muscles étaient également affectés, ou, en d'autres termes, que tous les filets nerveux qui les animent avaient également

(t) De réleclrisat ion localisée. Pans, 1855, ia-8, p. 259.

EXPOSITION ORS FAITS. — PAHALYSIKS HKCKNTES. 187

soiiflcii; or, on a vu i\\Ui Nîs iinisol(*s situôs aii-il(î.ssous du dolloido avaient perdu leur contraotilité électr'wpie, et (pie ee sont justement ceux-là qui se sont atmphif's 1(; plus l'apidrment, tandis (|ue les autres muselés paralyst'-s, (jui n'avaient |)as (Hé alt(Mnts dans cette pro|)riété, non-seulement ont éehappé à l'ali-opliic;, niais encore ont recouvré leurs mouv(;ments volontaires en (|ii<'l(|U(;s séances; (juant au deltoïde, dont la conlraclilité électi'i(|ue «Hait seulement un ])eu alVaiblie, il a fallu un i)eu plus de temps [)our lui icmIic sa motilité. On doit en conclure que la ])erte de la (!ontraclilile élcctri(pie dans les muscles placées sous la dépendance d'un nerf lésé traunialijjuement, est un si^ne fâcheux, et cela d'autant i)lus (jue cette coniractilité est plus affaiblie.

L'absence de la contractilité électrique dans certains muscles pouvait faire craindre que ces derniers fussent perdus à tout jamais ; mais le malade accusant encore queUpie sensibilité quand j(^ soumettais ces muscles à la faradisation, ce qui annonçait ([ue la coninmnication nerveuse n'était pas complètement interrompue (l), je pus annoncer au professeur Roux, en m'appuyant sur des faits antérieurement observés, (jue tôt ou tard, sous l'influence de l'excitation (Hectrique, ces muscles reviendraient à la vie. C'est, en effet, ce qui est arrivé à ces muscles qui, avant de retrouver leur nutrition et leurs mouvements, éprouvèrent, comme on l'a vu, une surexcitation de la sensibilité (une byperestliésie momentanée) sous l'influence du traitement. U/if/pei^esthésie musculaire qui sn dôneloppe soua /'influe)tce de la /artu/isfition dœu un membre pai-alf/sé par lésion Iraumutique de ses ncrfs^ est donc un signe favorable.

La succession des phénomènes thérapeutiques (pii se manifestèrent sous l'influence de la faradisation localisée, chez Vanbelle, est d'autant plus remar(piable, (pie je les ai vus se reproduire dans Ui même ordre, dans des cas analoj;ues. Voici le résumé de ces phénomènes, dans Tordre de leur manifestation : 1" retour rapide des mouvements volontaires dans les muscles qui n'avaient pas perdu leur contracliliti'; «'lectri(pie; 2" exaltation de la sensibilité (hyperesthésie] dans les muscles dont la contractilité électriipie avait été profondément lésée et dont la sensibilité était seulement din>inuée; 3" retour de la mitrition et ensuite des mouvements volontaires dans les muscles du bras, puis de l'avant-bras, et enfin de la main.

L'action thérapeutique de la faradisation localisée, sur les muscles

(1) J'avais romarquf^ que la cofurnalioii ou la coulusiou dos troncs nerveux mixtes occasionnait géuéralcnicut plus de troubles dans la motilité que dans la sensibilité.

188 IVMUI.YSIKS V\\\ I i-SloN TIIAL'MATIOUK DFS NKIIFS MIMKS.

dont la ('(Hiti'adililc «'Icciricjiic avait v.U'. ^'ravcmciit alh^j'c, a rU'i très IcMilr; il ne pouvait en être autrciiKMit, car ôvidormiiriit la laratlisalioii ne peut domiei' la vie à des iiiusck's j)rivés de* rac.lioij nerveuse, ('.lie/ N'aid)elle, l'i^xcitation laracrKjue n'a re(;lleiii(;ntc(>niineiH'é à aj^ir sur ses inuschîs })rivés de conlraelilitt! eleetri(iue, (|ue lorscjue les nerfs ont permis à l'influx nerveux d'arriver libreujent jusfju'à eux.

La guérison a été si lente, chez notre malade, (pj'on srirait tenté d'en refuser l'honneur à la laradisation localisée, et de l'attribuer plutôt au temps, et cela avec d'autant plus d'apparence de raison, (|u'on a vu, dit-on, des paralysies consécutives à des luxations scal)ulo-humérales guérir spontanément et avec le temps. Dans ces dernières paralysies, les muscles, sans aucun doute, avaient du perdre très peu de leur contractiHté électrique;, c'est-à-dire que leurs nerfs n'avaient pas été ijravemcnt lésés. i\hiis (juant à Vanbelle, je crois pouvoir affirmer ([ue la temporisation lui eût été fatale, et l'on en verra la preuve dans les observations (pie je rapporterai bientôt. Si, d'ailleurs, l'action thérapeutique réelle de la faradisation localisée, dans cette espèce de paralysie, n'était pas complètement démontrée, les succès (jue j'en ai obtenus dans certains cas analogues, où elle est intervenue très tard, à une époque où la paralysie et l'atrophie étaient depuis longtemps stationnaires, porteraient dans les esprits la conviction sur l'utilité, et je puis dire même sur la nécessité de l'emploi de cet agent thérapeutique, dans les paralysies consécutives à la lésion traumatique des nerfs.

Je noterai un dernier phénomène, des plus importants au point de vue thérapeutique, et non moins curieux au point de vue scientifique : c'est que, malgré l'absence des contractions électro-musculaires, l'action thérapeutique de la faradisation ne s'en est pas moins manifestée dans les muscles de Vanbelle. Enfin, ces mêmes muscles ont longtemps joui de leurs propriétés principales (de leurs mouvements volontaires, de leur force et de leur nutrition), avant de recouvrer leur aptitude à se contracter sous l'influence de l'excitation électrique. Ce fait, que j'ai vu se produire dans toutes les paralysies traumatiques des nerfs, modifiées par la faradisation localisée, se trouve en opposition avec les idées qui régnent actuellement dans la science; car on n'aurait jamais prévu qu'un muscle vivant pût ne pas se contracter ou se contracter faiblement par l'excitation électrique, alors qu'un muscle mort se contracte encore quelques heures après que la vie l'a abandonné. (Je me réserve de traiter spécialement de ce curieux phénomène dans un appendice du chapitre III.)

OnsEHVATiON VIII. — Paralyaie alrophique du membre supérieur, par lésion Iraumatiqne des plexus cervical et brachial. — Diagnostic et pronostic différentiels déduits, pour clutcun des muscles paralysés, de Vélat de la conlractilité éleclro-musculaire. — Guérison par la faradisation localisée^ très lente dans les muscles qui ont été lésés dans leur conlractilité électrique.

Raby, employé au chemin de fer de Strasbourg, présente à la partie latérale et gauche du cou une plaie contuse, à la suite de laquelle le membre supérieur gauche est resté paralysé. Après avoir reçu pendant un mois les premiers soins de M. Oulmont , médecin de la compagnie du chemin do fer de Strasbourg, ce malade entra à la Charité, dans la sallo Saint-Vincent, n° 1 1 , pour être soumis à la faradisation localisée. Je constatai alors les phénomènes suivants : les muscles qui meuvent l'épaule, le bras, l'avant-bras et la main étaient complètement paralvsés, et n'avaient été jusqu'alors le siège d'aucune douleur; la sensibilité cutanée était intacte. Le malade se plaignait d'un sentiment de froid dans l'épaule du côté paralvsé ; l'état de l'irritabilité de tous ses muscles était très différent dans ces diverses régions; ainsi, la portion claviculaire et le tiers moyen du trapèze se contractaient très peu par la faradisation; le deltoïde, le grand pectoral, le sous-épineux et le biceps, avaient perdu, à des degrés divers, leur contractilité électrique ; mais cette dernière propriété était normale dans les autres muscles paralysés. La sensation produite par l'excitation faradique de tous ces muscles était d'autant moins vive que leur contractilité électrique était plus diminuée ; la sensibilité cutanée était affaiblie dans les régions scapulaires et brachiales. — La faradisation pratiquée journellement à une dose modérée, et pendant huit à dix minutes chaque fois, fut dirigée sur chacun des muscles paralysés. Après la deuxième séance, le membre paralysé, principalement l'épaule, devient le siège de douleurs profondes, continues et accompagnées d'un sentiment de chaleur incommode. Les muscles, dont l'irritabilité électro-musculaire est diminuée, ne sentent cependant pas plus vivement l'excitation électrique qu'avant le traitement. — Cinquième séance. Raby commence à tléchir et à étendre le poignet et les doigts, à étendre l'avanl-bras sur le bras; mais les muscles qui président aux autres mouvements du membre, c'est-à-dire, le trapèze, le sous-épineux, le biceps et le grand pectoral, sont aussi paralysés qu'auparavant. On aperçoit même un commencement d'atrophie dans l'épaule et le bras. Les douleurs et le sentiment de chaleur sont tellement vifs que la fi\radisation est suspendue pendant plusieurs jours. Des bains généraux sont prescrits. — Dixième séance. Les douleurs ont disparu; mais le sentiment de chaleur persiste. Les mouvements de la main et l'extension de l'avant-bras sur le bras sont presque entièrement revenus; la flexion de lavant-bras sur le bras et l'ccarlement

190 PAHALTSIKS PAR LÉSION TUAIIMATKKIK DKS NKIIFS MIXTKS. du l)ras du Inmc coiniiuMuoiil a >o luire. — (Juaturziimc seutur. Lu nialado piu II' la main au IïdiiI, dcnu'ir I»' i\o<., il i'It'vc' le hiii.^ lionzorilalcuM'iil, il lupproi'lic II» liras du Ironc avec plus du lorco ; uiais il nu puut encore éluviT lépaulu, ni cxùcutur la rolalion du bras en dehors. L atropine u élu eu iToissaul d.ins les muscles liapi'/e, ^M'and pucloral, ddloïde et biceps. l'Ius de duuK'urs.

Tel avait étù le résultat de la faradisatiou localisée, loixjuc; Haljy, ne l)Ouvanl.^uppoiler plu.^ longtem[)s le séjour de lliopilal, sortit delà Cliarito.

Ji('/lexiuns. — Ciiez ec malade, Unis les iiinscks ijui uiouveiil le ineiiibie su[)erieiir avaient ('{^aleiueiit perdu iji laeulle de se euiitraeler sous 1 iiillueiice de la vt)luiile. Un mois après la blessure ([ui avait uecasiouue eette paralysie, rien encore ne pouvait laire soupçonner que les muscles paralyses lussctnt incf^alemenl alVectes, ou, en d autres termes, {[uc les nerls (jui prennent leur ori^^inedans les plexus cervical et bracliial lussent inei^aleuient lésés. C'est la faradisation lucalisec ([ni juapprit (pie le tra^ieze, le deltoïde, le biceps, le sous-épineux, un plutôt leurs lilels nerveux, étaient seuls j^ravenient lèses, par la diminution on par l'absence de leui' contractilité électruiue; ce qui permit d'etablii- p(jur cliacun deux un diagnostic local et un pronostic dillerentiel dont l'exactitude tut veriliee par les résultats thérapeutiques. Un a vu, en etiet, que les muscles de la main, de l'avant-bias et du bras, a l'exceptiuii du biceps bracliial, ont recouvré i)ronq)tenient leurs mouvements; tandis (jue les autres muscles du membre se sont atrophiés et n'ont éprouvé que lentement l intluence thérapeutique de la taradisation. bi le malade s'était soumis ace traitement pendant un temps suthsant, il n'est pas douteux qu'il n'eût été complètement guéri, et probablement assez rapidement; car les résultats heureux, obtenus en si peu de temps, annonçaient que la lésion des nerfs n'était pas protonde. Enlin, on a remarqué, comme dans l'observation Yll, qu'une sorte d'hyperesthésie, avec augmentation de la calorification, s'est développée sous l'intluence de ia taradisation des muscles dont l'irritabilité était diminuée, et que ces phénomènes ont été le signe précurseur du retour des mouvements volontaires.

Observation IX. — Parahjsic cilrophiqiie du membre supérieur, consécutive à la luxation scapulo-humerale. — Diagnostic et pronostic différentiels^ portés sur chacun des muscles paralysés^ au moyen de la faradisation localisée. — Retour rapide des mouvements dans les muscles qui jouissent de leur contractilité électrique. — Le malade est en voie de guerison.

Hôtel-Dieu, salle Sainte-Marthe, n" i o. Maillet, âgé de quarante-sept ans^

cîiarron, domemaiil à Paris, ciiiré lo :J lévrier 1852. Lo 1"^ février, au soir, il fil une cliule dans un esf.iilior. Voulant so nUenir à la rampe, il jeta vivement sa main gaucho à la rencontre d un point d'appui. Nayant pu rien saisir de solide, il tomba de tout son poids sur l'épaule gauche. Lo coup porta, dit-il, surtout sur la partie supérieure et | oslérieure de l'humérus, vers le milieu de la région delloïdienne de col os. Pendant deux jours, croyant son mal peu grave, il se contenta de repos et do frictions. Le troisième jour, il vint à la consultation de ruùlel- Dieu.

Un constata à son entrée les phénomènes suivants : deformalion de l'épaule gauche, gontlemenl périphérique, dépression sous-acrumialc; l'axe de l'humérus, prolongé pe^r la pensée, n'aboutissait plus au ( entre de la cavité glénuïde, mais au-dessus et en dedans ; la lêle de T humérus pouvait être sentie dans le creux axillaire. On ne put rapprocher le coude du corps; tout mouvement était douloureux, surtout ceux d'adduction et de rotation, que lo malade essayait en vain de pioduire. Mesurée depuis lépilrochlée jusqu'à l'acromion, la dislance était de 0"',27 à gauche, de 0"',25 a droite. On ne put a ces signes méconnaître la luxation en bas et un peu en avant, produite par cause directe. On procéda à la réduction au moyen d'extenseurs et de contre-extenseurs, pendant que le chirurgien opérait la coaptalion par la méthode ordinaire. Le malade était chloroformé; le succès fut prompt el facile. Le membre fut retenu par un bandage contre le corps, ahn de prévenir la reproduction de la luxation. Au bout de quatre à cinq jours, le malade ne pouvait imprimer aucun mouvement au membre supérieur; le bras, l'avanl-bras et la main étaient entièrement paralysés. H n y éprouvait aucune douleur; la [)eau de ce membre avait perdu un peu de sa sensibilité, surtout a la face postérieure de l'avanl-bras; abaissement de température. Je fus invité par lo professeur Roux a soumettre celte paralysie au traitement électrique, et je constatai une altération plus ou moins profonde de la contractililé et de la sensibililé électriques dans le deltoïde et le sous-épineux, dans les muscles qui sont animés par le radial el dans les muscles de léminence Ihénar. Les autres muscles qui meuvent l'omoplale sur le tronc, et l'avanl-bras sur le bras, les muscles de la région antérieure de l'avanl-bras, el ceux qui reçoivent leur innervation du nerf cubital, avaient conservé presque toute leur aptitude à se contracter sous l'intluenco de l'excitation faradique.

Cette observation est intéressante, surtout au point de vue du diagnostic et du pronostic, qui turent établis avec une grande exacliluile pour chacun des muscles paralysés. En ell'et, ayant fait mon exploration électrique, en présence du professeur Koux et des élevés présents à la visite, j'annonçai immédiatement que parmi les muscles du membre, qui paraissaient également Irappés de para*

192 rARAl.YSIES r.Ml LÉSION TIIAUMATK^UK DES NKRFS MIXTKS.

lysii», un certain iKHiibre rcîcouvrcraiciil Icuis ni(MiV(.'iMeiits s|)()ntancincnl, \\\a\> plus rapulfiiicnt p;ir rexcilalnm rarii<li(jiiL', et que ("es muscles claicnl ceux (jui n'avaient (jassoull'eil dans l(;ur contractilité électri»|ue; nuvis (ju'au contraire les auti'cs muscles (jui <'tai(int l('*sés (le leurcontractililéet leur sensibilitéélectriques,s'atro|)iiieraient, quoi ((u'on fit, et, cela d'autant plus qu'ilsse contractaient moins. Ils ne devaient, selon moi, recouvrer leurs [)roprietés (la nutrition et le mouvement) qu'après un tenjpsplus ou moins long, c'est-à-dire, quand la lésion des nerfs étant guérie, l'inllux nerveux ])ourrait arriver librement aux muscles paralysés, (^est alors seulement, ajoutai-je, (jue le traitement faradicjue pourra guérir ; c'est alors même qu'il sera nécessaire. En quelques jours, on vit ce diagnostic et ce pronostic se réaliser en partie; car le malade, après plusieurs séances de faradisation circonscrite dans chacun des muscles paralysés, put élever les épaules, fléchir et étendre l'avant-bras sur le bras, et commencer à exécuter tous les mouvements commandés par les muscles qui reçoivent leur innervation du cubital et du médian, à l'exception toutefois des mouvements qui dépendent des njuscles de l'éminence thénar. Or, on se rappelle que tous ces muscles, qui, chez ce malade, obéissaient déjà à la volonté, après quelques séances, sont justement ceux qui avaient conservé leur contractilité électrique; quant aux autres, ils sont en voie de dépérissement, malgré la taradisation qui est pratiquée avec énergie et régularité. Il n'est pas douteux, pour moi, que ces muscles s'atrophieront et resteront paralysés, si l'on n'intervient avec la faradisation localisée. Il faut noter que le deltoïde de Maillet, qui avait moins soulfert dans son tiers antérieur, commençait à se contracter, et que ce malade pouvait, après une dizaine de séances, porter la main au front; que le sous-épineux et les muscles de l'éminence thénar, dont la contractilité électrique était seulement un peu affaiblie, commençaient également à se contracter volontairement : ainsi, le malade pouvait, à l'aide de son sous-épineux, imprimer à l'humérus un mouvement de rotation en dehors, et à laide des muscles de l'éminence thénar, il exécutait de légers mouvements d'opposition.

Observation X. — Paralysie alrophiqiœ de la main, consécutive à la contusion du nerf cuhilal. — Degré de lésion des fibres 7ien:euses qui animent chacun des muscles paralysés, reconnu à Vaide de la faradisation localisée. . — Guérison de la paralysie, très lente dans les muscles qui ont perdu leur contractilité et leur sensibilité électriques.

Béale, infirmière à l'hôpital de la Charité, âgée de quarante et un ans, se heurte assez violemment, contre une porte, la partie interne du coude du

côté droit, l'avaiit-bras étant à demi lléclii sur lo bras. Kilo ressent innnédialeinent une 1res vivo douleur (lui se propage le long du la partie interno du bras jusque dans les deux derniers doigts, où un engourdissement et des picotements so font sentir. Elle s'aperçoit aussitôt quo ces deux doigts restent étendus et écartés l'un de l'autre, l'annulaire s'appliquant contre le médius, sans qu'il lui soit possible de les ra[)proclier. Elle éprouve aussi un peu d'affaiblissement dans le poignet. Elle peut cotjtinuor son service en s'aidant des doigts qui ont conservé leurs mouvements et leur force : mais, peu à peu, les mouvements de l'avant- bras deviennent difficiles, et la force musculaire diminue tellement, qu'elle ne peut plus se servir de sa main pour porter les aliments à sa bouche. Quatre jours après, elle réclame les soins de M. Bouillaud, qui, pour combattre la douleur et la paralysie, prescrit successivement des lotions avec de l'alcool camphré, des vésicatoires, et la strychnine, par la méthode endermique.

Vers la fin d'avril (dix jours après la contusion), la malade n'ayant éprouvé aucune amélioration dans l'état de sa paralysie, iM. Bouillaud m'engagea à étudier l'influence thérapeutique de la faradisation localisée dans ce cas rebelle. Je constatai alors, chez elle, que l'interosseux dorsal de l'annulaire du côté droit et l'adducteur du petit doigt ne se contractaient pas sous linfluence du courant le plus intense, et qu'elle n'éprouvait qu'une sensation à peine appréciable pendant la faradisation de ces muscles, même avec les intermittences les plus rapides. Avant de commencer le traitement électrique, deux mois environ après la contusion du nerf, je constatai de nouveau les symptômes suivants. Aucun des muscles de la région hypoihénar : ni linterosseux dorsal, ni l'adducteur, ni l'abducteur du petit doigt, ni l'adducteur de l'annulaire, ne so contractaient sous l'influence d'un courant intense. Les autres muscles qui meuvent la main, les doigts et le pouce, possédaient leur contraclilile électrique, et cependant ils étaient semi-paralysés, au point que la malade ne pouvait se servir du membre. Enfin, l'anesthésie cutanée persistait, et la main paralysée était le siège d'une sensation de froid continue. La faradisation localisée restitua, en peu de jours, les mouvements et la force à ceux des muscles paralysés qui n'avaient subi aucun trouble dans l'état de leur conlraclilité électrique. L'excitation éleclro-cutanée ramena promptement la sensibilité de la peau dans les points de l'avant-bras où elle avait diminué; enfin, la température du membre revint rapidement, mais il fallut un temps considérable pour guérir les muscles du dernier espace inlerosseux et de l'éminence hypoihénar, et pour rappeler la sensibilité normale de l'annulaire et du petit doigi. Il est important d'ajoutei que peu de temps après la faradisation musculaire, la malade éprouva des douleurs qui furent le signe précurseur du retour des mouvements volontaires.

S'il n'était pas permis de croire (jiie, chez cette malade, tous les

. DUCHENNK. 13

1!)'l l'VHAÎ.YSIFS PAU Î.KSION TnAI'MATIOtlK DES NERFS MIXTES. inii-('l('.> (|iii iiiciivi'iil l;i Miaiii, les doij^ls et l«* prni(-r, «'laicFil <'*^'aieiiH'iil pai'alysj's, jniis(|iM' k* nerf cubital s(îiil avait vU\ cmhUiis, ou \umvail penser du moins i\\n'. tous les imisclcs depcMidaiits do ce iierl' cubital devaient ètiuMîompi'oinis au nieuKî dc^ré. Mais r«'xain(*n par la l'aradisatiou InealisiM» a d(''uu)iilr«'' «ju'il n'y îivait (pi'uu très |Hitit nombre de muscles pr()tbn(l<''ment aiïeclés, et, en consécpience, (pie (pielcpies tibi'cs j)i'iniilives du nerf cubital seulement avaient dû être lésées.

Les nerfs médian et radial n'avaient pas été contas, et ce|)endant les muscles auxcpiels ils se distribuent étaient paralysés. Ces laits me semblent démontrer (pi'il existe une sorte de solidarité entre tous les nerfs d'un membre, <'t (pie l'un d'eux, ne peut être impunément supprimé tout à coup, sans com[)r()mettre l'innervation générale de ce membre. Toutefois le trouble apporté dans l'état des muscles dont les nerfs ne sont pas lésés, n'est (pie momenlan!», et se dissipe avec le temps généralement et plus promptement par l'excitation électri(]ue, comme on l'a vu chez cette malade et dans les observations VU, Vlil et I\.

On est Irappé aussi, dans l'observation qui vient d'être rapporte»e, de la lenteur de l'action thérapeutique de la faradisation sur les muscles (jui ont perdu leur contractilité et leur sensibilité électritiues; la cause en a déjà été donnée : c'est que la lésion du nerf n'étant pas guérie, l'influx nerveux n'arrivait pas encore librement aux mnscles. Si la faradisation eût été employée plus tard, à une époque où le retour de l'excilant cérébro-spinal dans ces muscles eût été insuffisant pour leur rendre leur propriété, il est probable que l'action thérapeutique eût été plus rapide, ainsi qu'on le verra dans quelques-unes des observations suivantes.

Observation XI. — Paralysie atrophiquc du deltoïde et du long supinateur^ de cause traumatique. — Diagnostic de la paralysie de ce dernier muscle tiré de l'état de la contractilité électro-musculaire. — Guérison par la faradisation localisée.

Haumont, ébéniste, âgé de quarante-cinq ans, demeurant à Paris, rue de Charonne, 25, cour de Tlndustrie. Le 29 juillet, passant dans la rue Saint-Antoine, à dix heures du soir, il reçut sur l'épaule gauche une femme qui s'était jetée d'un quatrième étage sur le pavé. La commotion qu'il en éprouva, lui occasionna une syncope qui dura vingt minutes, et quand il revint à lui, il ne ressentit ni douleurs dans l'épaule gauche, ni gêne dans les mouvements. Mais le lendemain, bien qu'il eût passé une excellente nuit, il fut surpris de ne pouvoir écarter son bras gauche du tronc. Les

EXPOSITION DES FAITS. — PVHAI.YSIES HKCENTES. 195

mouvcmenls de l'avanl-bra;^ et de la main étaient seuls conservés. 11 se fit alors transporter à rHôtel-Dien, salie Sainlo-iMarlhe (service de M. Houx), où l'on diagnostiqua une paralysie du nerf circonllcxe. On ordonna des frictions pratiquées sur le bras avec un Uniment ammoniacal; puis, (juinzo jours après, la paralysie persistant, on fit placer deux moxas sur l'épaule, et l'on prescrivit la strychnine qui n'améliora pas l'état -de celte paralysie. Deux mois après son entrée à l'hôpital, le malade, dont la paralysie restait stationnaire, fut soumis à la faradisation localisée.

État du malade le 4 octobre, avant la faradisation. — Le dollo'ide est considérablement atrophié; lavant-bras du côté paralysé est amaigri; pas de douleurs dans le membre malade; impossibilité d'écarter celui-ci du tronc; la flexion de Tavant-bras sur le bras se fait avec peine ; sensibilité de la peau normale; sentiment de froid dans l'épaule de ce côté. Les deux tiers antérieurs du delto'ide ne se contractent pas sous l'influence de l'excitation électrique; le tiers postérieur de ce muscle se contracte encore, quoique moins qu'à l'état normal, par cette même excitation ; le long supinateur a perdu une grande partie de sa contraclilité électrique. Le malade éprouve une sensation plus faible, lorsqu'on localise le courant sur les muscles qui ne jouissent pas de l'intégrité de leur irritabilité, que lorsqu'on le dirige sur ceux dont cette propriété est intacte.

Traitement. — La faradisation fut pratiquée chaque jour et à un courant d'autant plus intense que les muscles ou les parties de muscles paralysés avaient perdu davantage leur contractilité et leur sensibilité électriques. Après la cinquième séance, le malade fléchissait mieux l'avant-bras sur le bras, et commençait à contracter le tiers postérieur du delto'ide, en portant son bras légèrement en arrière et en dedans. Ce muscle (le deltoïde) devint le siège de douleurs continuelles, par moments assez vives, et un sentiment de chaleur remplaça la sensation de froid qu'il avait éprouvée auparavant. Après la douzième séance, il put porter légèrement le bras en dehors ou en avant, ce qui lui permit d'atteindre la bouche avec la main. A dater de cette époque, les douleurs de l'épaule disparurent; la faradisation étant continuée, la paralysie du deltoïde s'améliora progressivement. Un mois plus tard, Haumont sortit de l'Hôtel- Dieu, élevant son bras horizontalement et portant facilement la main au sommet de la tète ; mais l'élévation perpendiculaire du bras était impossible et il n'avait pas encore assez de force pour reprendre son état. Sa guérison ne fut complète qu'après avoir continué pondant six semaines encore son traitement faradique. Au mois de mars 1851, le professeur Roux constata à sa clinique que le bras droit de ce malade avait recouvré ses mouvements, sa force et son volume normal. Enfin, le deltoïde qui jouissait de la faculté de se contracter volontairement, ne possédait pas encore l'aptitude à réagir sous l'influence du courant. Six mois plus tard, Haumont vint m'apprendre que sa guérison

196 PAUVI YSIFS r\K li:S!ON TR\rMATIOtiE nHS NERFS MIXTES.

s'ôliMl HKiinlciiiic, cl jo conslaliii dtî nouveau ((ue sou (h'Itoïiio no se con - Iraclail pas plu^ par rcxcMlaliou ôloclriciuo (pravani, sou Irailonient.

il est à rciiiin'(pu'r (pic l:i |):ir;ilysit' rlii dcItoKlf ih; s'(;st iiionti^'c, ch«v/- llamiiiint, (|u'uii certain loinps i^n'ès la Ic-ioFi du iicif, coiiiiih' dans l'obscrvalion X, après la lésion du nerf cubital.

L'(îxanicn (h; l'ctat de la coulractililc et (\(' la sensibilité électri(|ucs des muscles du membre paralysé avait l'ait coiniaître le degré do la lésion dans eliacun des faisceaux de son delfiudc; et par la suite on a vu que ceux (les deux tiers antt'-i icurs du deltoïde) dans lesquels la contractililé et la sensibiii'j' electricpies étaient plus gravement atteintes, ont été les derniers à guérir par la faradisation.

Le diagnostic de la paralysie du deltoïde ne pouvait certes échapper à l'observation, parce (pie ce muscle est le seul (|ui produise l'écartemeiit du bras en dehors, et (pie chez Haumont ce mouvement était aboli. Mais sans la faradisation localis('e, il eût été difficile de diagnostiquer la paralysie du long supinateur, les mouvements propres à ce iruiscle étant également exécutés [)ar d'autres muscles. En effet, ces mouvements n'étaient (prafîaiblis chez notre malade, et la diminution de la contractililé électri(pie de son long supinateur put seule nous faire découvrir (pie la flexion du bras sur l'avant-bras était |)riv('^e du concours de ce muscle (1). On comprend cependant l'importance de ce diagnostic exact pour le traitement local qu'il faut faire subir aux muscles paralysés.

Les muscles faradisés sont devenus le siège de douleurs spontanées qui ont persisté un certahi temps ; mais ce symptôme a précédé (comme dans les observations VU, VIII, IX, X) le retour des mouvements; ce qui prouve une fois de plus que les douleurs qui résultent de l'excitation électrique sont, dans ce cas, le signe d'un travail favorable pour la guéris(m.

Observation XII. — Paralysie atrophique du membre supérieur par compression de quelques filets du plexus cen'ical et du plexus brachial. — Diagnostic tiré de l'état de la conlraclilité électro-musculaire.

Un homme d'environ trente-quatre ans est admis à l'hôpital de la Clinique, service de M. Nélaton, fait provisoirement par M. Jarjavay, pour y

(1) Il existe cependant un moyen sûr, quoique peu connu, de reconnaître, sans l'exploration électrique, la paralysie du long supinateur. Pendant que le malade maintient solidement son avant-bras dans la llexion et la scrai-prouation, et que Ton cherche à en produire l'extension, on voit et l'on sent, du côté sain, la contraction de ce muscle, tandis qu'il reste mou et flasque lorsqu'il est paralysé.

ôtri) traité d'une paialysio du inombro i^upérunir ilroit. (^el liomnie, d'une conslilulion assez bonne, avait, cf)ninie soldai do marine, habité pendant quelque temps une de nos colonies. Il n'avait i)as été atteint de la colique sèche qu'on observe quelquefois chez les marine. Il raconte «jue, (pielques jours avant son entrée à l'hôpital, il s est réveillé un malin avec une paralysie du membre supérieur, sans aucune douleur, alors même qu'on imprimait des mouvements à son membre. 11 n'éprouva d'abord qu un fourmille-^ ment dans les doigts et de l'engourdissement avec sentim 'ot de froid dans tout le membre. Trois ou quatre jours après le début de la paralysie, il commença à sentir une douleur lancinante, limitée à la ré^/ion cervicale droite. Cette douleur se montra d'une manière intermittente t't peu intense,

La paralysie qui aiïectait tous les muscles du bras et de lavant-bras s'était circonscrite dans les muscles qui meuvent le bras sur répa\ile. A un prennier e.xamen, on crut à l'existence d'une paralysie du deltoïde. Le lendemain de l'entrée du malade à Ihôpital, je fus invité par M. Jarjavay à examiner l'état de la conlractililé électrique des muscles paralysés, et sans aucun renseignement sur l'historique de la maladie, sans chercher quels étaient les muscles paraK^és, je portai l'excitation électrique sur chacun des muscles qui meuvent lépaule et le bras sur l'épaule, alternativement du côté malade et du côté sain, et je constatai les phénomènes suivants: Du côlé malade, le trapèze avait perdu sa conlracldité dans ses deux tiers inférieurs, la portion claviculaire de ce muscle étant la seule qui possédât sa conlractililé. Le faisceau inférieur du grand dentelé ne se contractait pas, tandis que, du côté sain, la conlracldité du môme faisceau produisait une élévation de l'épaule par le mouvement de bascule du scapulum. On remarqua que les muscles sous-épineux et angulaire de romo[)late avaient conservé leur conlractililé électricjUB normale. Le grand pecloral n'avait perdu qu'une portion de cette propriélé; quant au delto'ide, S(^s deux tiers antérieurs étaient plus profondément atteints que le tiers postérieur.

L'examen des mouvements volontaires justilia celle localisation de la paralysie : ainsi le malade ne pouvait élever l'épaule directement, ni rapprocher le scapulum de la ligne moyenne : sous TiFilluence de profondes inspirations, la portion claviculaire du trapèze et l'angulaire de l'omoplate so contractaient tous deux comme du côté sain ; on constata, enhn, que le grand dentelé se contractait seulement d'un côté.

Cette paralysie, surveîiue tout à coup pciulant le soiniiieil, sans avoir été précédée de douleurs, chez un lionune cpii n'avait clé exposé à aucune (les inlhiences t()xi(pies, à aucune des lésions traiimati(|ues des nerl's cpii produisent les paralysies locales du membre supérieur, devait être rationnellement attribuée à une cause cérébrale. Celte opinion pouvait s'appuyer sur plusieurs observations

lOS PAIIVI.Y^IKS l»AU l.liSlON THArMATigl K UKS NEUFS MIMi;^.

aiialo^iR's, i|im; j'avais recueillies à la (^liaril»'; et jnihlii-es dans \ Limon mpdiviilf (t. V, n'"* 53 ut 5/i, 1852), et sur un lait plus réeeiit (jui sera relati' plus loin, w l'occiision du dia^iioslie dilVerenliel ; mais dans Ions ces cas, les muscles paralyse. > avaient conservé la lacnll»' de Yiwv^w sous l'inlluence éleclricjue; landis (pie, chez ce rnalad(!, les nniscles avaiput perdu plus ou moins celte aptitude. En présence de ces [)liénomènes, je n'In'îsilai (las ii «îloij^ner toute i(Jée de lésion (îérébrale, connue cause de la paralysie. Une telle lésion musculaire ne [)ouvait être rapportée, selon moi, (pi'à un(; altération ou des nerl's ([ui animent les nmscles i)aralysés, ou du point de la moelle d'où ces nerfs [)i'ennent leur ori^Miie, et comme complément de ce diagnostic dilVerentiel, j'annonçai que ratrojiliie des muscles paralysés devait marcher d'aulant plus rapidement, dans chacun des muscles, (pie la contraclilit('; élecliique avait t)lus diminué; tandis (fue l'atrophie musculaire ne s'observe pas dans la paralssie de cause cérébrale, qui expose seulement le membre qu'elle attaque à un amaigrissement lent, mais limité, par défaut d'exercice. ,

Je plaçai le siège de la lésion principale dans certains nerfs énianant des plexus cervical et brachial. En effet, à un examen plus minutieux, on constata dans la région cervicale droite et au niveau do l'émergence des nerfs qui constituent ces plexus, l'existence d'un point très sensible à la pression ; cette pression y déterminait une douleur qui s'irradiait dans tout le membre supérieur droit ; c'était aussi dans ce point que le malade rapportait les douleurs lancinantes qui revenaient irrégulièrement et spontanément. Non content de remonter ainsi par la faradisation localisée à l'origine de cette paralysie, je diagnostiquai l'état exact de chacun des muscles, et, en conséquence, de chacune des fibres primitives qui entrent dans la composition des nerfs des plexus cervical et brachial. On a vu, en effet, que chez notre malade certains muscles et même des portions de muscles placés sous la dépendance de ces plexus, avaient conservé leur contractilité électrique; ce qui annonçait l'intégrité de leurs lilets nerveux. C'est pourquoi ces muscles n'étaient c^ue faiblement paralysés. Ainsi, par exemple, ce malade, qui ne pouvait élever directement l'épaule du côté paralysé sous l'inlluence de la volonté, parce que le tiers moyen du trapèze qui exécute ce mouvement, était profondément atteint, ce malade, dis- je, élevait instinctivement cette épaule pendant une forte inspiration, grâce à l'intégrité de la portion claviculaire du trapèze et de l'angulaire de l'omoplate (les uniques agents de ce mouvement instinctif de la respiration). La rotation volontaire de l'humérus eq

dehors, inoiivcrncnt (|iii est dû au sous-épiiioux, se Taisait encore. Le mouvement de l'Iiunicrns oblicjuenKMil en dehors et en arrière n'était pas coni[)U;t(inent [)er(lu, pai'ce (pi<; les hhres ncM'Veuses <pii animent ces muscles avaient peu soulVert ou n'avaient pas soullert du tout, comme l'indiquait la conservation pins ou moins parfaite de leur contractilité électri(jue.

Traiter l'aU'ection locale, cause de la [)aralysie, c'est-à-dire la lésion des plexus cervical et brachial du coté droit, telle était la première indication à remplir. M. Jarjavay lit applicpier un vesicatoire sur la région postérieure du cou, et pensa (pje la l'aradisalion des muscles paralysés pouvait entretenir jusqu'à un certain point la vie locale, ou diminuer le dépérissement inévitable des nmscles (jui ne pouvaient plus recevoir librement l'excitation spinale. iMais ni les vésicatoires, ni la laradisation localisée, ne purent arrêter la marche de l'atrophie, et ainsi que cela avait été prévu, les muscles paralysés s'atrophièrent d'autant plus rapidement et complètement c^ue leur contractilité et leur sensibilité avaient été plus ou moins lésées. De plus, les douleurs, primitivement intermittentes et limitées à la région cervicale, devinrent continues et s'irradièrent dans tout le membre en s'exaspérant la nuit.

Un mois après l'entrée du malade à l'hôpital, M. le professeur Nélaton, ayant repris son service, lit subir au malade un nouvel examen; le diagnostic local (la lésion des plexus ou de leur origine) fut de nouveau confirmé par moi a l'aide tle la faradisalion localisée. Mais quelle pouvait être la nature de cette lésion locale? Le savant professeur retrouva dans les antécétlents une iniéclion syphilitique, dont le malade présentait alors des synq)tc)mes tertiaires, et pensa qu'une exostose pouvait bien être la cause de la lésion locale. Un traitement spéciticiue (le proto-iotlure de mercure) fut alors prescrit; en peu de jours, les douleurs dispaïuienl, puis la paralysie diminua progressivement dans les nmscles qui n'avaient pas perdu leur contractilité èlectrictue.

§ II. — Paralysies anciennes, consécutives à la lésion trauniatique des» ncrfM mixtes (^datant de six mois à «luatre nnn au moment du traitement].

Observation XIII. — Paralysie alrophique par compi'ession du nerf radial^ datant de six mois. — Diagnostic de l'état de cfiaciui des muscles animes par ce nerf, au moyen de la faradisation localisée. — Guérison plus rapide dans les muscles dont la contractilité électrique est moins lésée. Meloni, âgé de trente-deux ans, tailleur, demeurant à Paris, Piémonlais,

a été atteint, depuis plusieurs années, dune maladie de l'humérus du côté

200 r.VKAI.YSIKS PAU LÉSION THAUMATIOUK I>KS NERfS MIXTES.

droit, (|ui a occasionno plusioiirs lisUiIes j)ar IcsqiKilks sont sorties (|Uolque4 portions (l'os iiriTosô. Il y a cimi mois a |u!ii pics, iino iiouvcllo fistule s'est ouverte au niilicii du tiers inférieur et postérieur du bras; mais le travail iiihiiinnialoiro (pii l'a précédée a occasionné un engourdissement dans les doif^ls de la main de co côlé, bienlùL suivi do la paralysie de Tavanl-bras et de la main. Le jour où ce malade fut soumis à la faradisation, c'est-à-dire six mois après le début de la paralysie, il présentait l(»s symplôuies suivants : l'avanl-bras droit était beaucoup moins développé que du côté opposé; l'atrophie affectait principalement toute la masse musculaire située à la réiiion anlibrachiale postérieure: la sensibilité cutanée était normale et la température sensiblement plus basse que du côté sain. Le malade disait éprouver un sentiment de froid continu dans la partie postérieure de l'avant-bras et de la main ; impossibilité d'étendre le poignet et les premières phalanges, de mettrelamainen supination, delà porter dans l'abduction ou dans l'adduction, de placer le pouce dans l'abduction ou d'en étendre les phalanges; la flexion de l'avant-bras sur le bras était très affaiblie; tous les mouvements exécutés par les muscles de l'avant-bras, placés sous la dépendance des nerfs médian et cubital, étaient conservés, mais se faisaient avec si peu de force, que le malade était privé à peu près de l'usage de son membre. Les muscles animes par le nerf radial avaient perdu une parlie de leur conlractilité électrique, mais d'une manière inégale: ainsi les muscles radiaux, cubital postérieur, long abducteur, long et court extenseur du pouce, étaient ceux qui avaient le moins souffert; quant aux muscles qui reçoivent leur influx nerveux des autres nerfs de ce membre, ils possédaient leur contractilité électrique normale. Chacun des muscles de l'avant-bras et de la main fut faradisé trois fois par semaine et à un courant d'autant plus intense que les muscles avaient perdu davantage leur contractilité électrique. Après les deux premières séances, on vit les muscles qui avaient conservé leur contractilité électrique, recouvrer leur force normale, mais ceux qui reçoivent leur innervation du nerf radial, ne reprirent que lentement et progressivement leur moliUté. Les muscles radiaux et les muscles du pouce furent les premiers guéris, et les extenseurs des doigts le furent les derniers (après six semaines de traitement). Le membre paralysé reprit sa température normale en quelques séances, et le malade n'y éprouva plus, depuis lors, cette sensation de froid dont il se plaignait avant le traitement. Ce malade retourna en Piémont, et m'écrivit, trois mois après, que sa guérison s'était maintenue et lui avait permis de reprendre son état de tailleur.

Une paralysie survenue dans les muscles paralysés, animés par le nerf radial consécutivement à une nécrose d'une portion de l'humérus, située sur le trajet de ce nerf, pouvait faire craindre (c'était l'opinion de M. Roux) que ce dernier ne fût complètement détruit :

roxamon pur la faradisatiou, lait plusieurs mois après le début de la paralysie, dcinoiitra rpi'il n'eii «'tait [)as ainsi, piiis(pie l(!S muselés n'avaient peidu <pi'uiie paitie do leur contraetilité électrique. De pins, cet examen me [)ermit de (;omiaître 1«' de^nv de lésion de chaque nuiscle, ce qui ine lit porter un diagnostic et un pronostic; favorables, dont l'exactitude fut justifiée, plus tard, par les résultats tliérapeutiques. On vit, comme je l'avais prédit, les mouvements et la nutrition revenir d'autant plus vite que les muscles avaient moins souffert dans leur contraetilité électrique. On a sans doute remar- (pié que les muscles de l'avant-bras, dont les nerfs étai(mt cependant sains (le médian et le cubital), subissaient, dans une certaine proportion, une intluence paralytique, ce qui tendrait à démontrer encore, comme dans l'observation X, qu'il existe une espèce de solidarité entre tous les nerfs d'un membre, et (jue la suppression subite de l'un d'eux porte une perturbation considérable dans l'innervation générale de ce membre; mais on a vu ((ue ce trouble se dissipe bien vite par la faradisatiou localisée, puis(jue chez notre malade quelques séances ont suffi pour rendre leur force normale aux muscles cpii jouissaient de toute leur contraetilité électrique. La guérison de iMeloni a été plus rapide qu'elle ne l'est habituellement, quand le traitement électrique est appliqué à une époque aussi voisine du début de la paralysie. C'est que la lésion du nerf (une compression, sans doute) était peu considérable, ce qui fut annoncé par la faible diminution de la contraetilité électrique dans les muscles placés sous sa dépendance. Que serait devenue cette paralysie, si la faradisatiou n'eût pas été prati([uée? Il est possible qu'avec le temps les mouvements seraient revenus progressivement, parce que les muscles avaient peu souttért dans leurs propriétés (la contraetilité électrique et la nutrition); cependant un fait que je rapporterai plus loin (obs. XVI) prouve combien il est imprudent de s'en rapporter au temps pour la guérison de ces paralysies, dans les- ([uellt^s les nerfs ne paraissent pas profondément lésés.

OnsitiVATiON XIV. — Paralysie atrophique des muiclcs de la main droite, consécutive à l'arrachement du nerf cubital. — Attitude vicieuse des phalanges, avec déformation de leurs surfaces articulaires. — Sous l'influence thérapeutique de la faradisatiou localisée, retour: i** de la calorilication^ 2" de la nutrition des muscles animés par le nerf lésé, 3° de la conlracti^ litè tonique, puis des mouvements volontaires dans ces mêmes muscles, 4" enfin, amélioration de l'attitude des phalanges^ par l'augmentation de la force tonique des interosseux et des lomhricaux, sous l'inp.uence de la faradisatiou. (Voyez plus loin les figures 3i, 35, 36 et 37, représentant la main du sujet de celte observation, avant et après le traitement).

202 PVUM.YSIBS PAU LÉSION TRAlJMATiniIK DES NBHFS MlXrr;>.

Albort Muï.sol, Aj;é do (lix-m;uf ans, ouviilt typof^raphe, (li;miMirunl nie Siiinl-I.ouis, n° iO, a pordu l'usage de la niiiiii dfoiUsà la suite d'une blessure qu'il sesl l'aile à la parlii; aiilérioiiro de l'aviinl-bras, le 13 novc^inbre 4 8i6. Ayant eu le bras pris dans une ni(>(-ani(|uc, un inslrunienl Iranchaiil à bonis mousses, enfoncé dans les eliairs, à la p;iiti(; iiiteriu; do l'avanlbras, 4 à o cenlimètres au-dessus du niL'lacar|)e, a raM' la face antérieure du cubilus, puis est ressorti en dedans du tendon du j^rand palmaire (A, lig. 3o), en divisant par arracliLMiient tous les tissus (jui se trouvaient en avant. En conséquence, le muscle cubital antérieur, les faisceaux internes des llécliisseurs supoiliciL'l et profond, le petit palmaire, le nerf cubital, l'artère cubitale, et peut-être aussi la leiininaison du uerfmaUun, ont dû être divisés par l'instrument tranciiant. Cet ouvrier entra immédiatement à rilùtel-Dieu, dans le service du professeur Roux, et ne fut guéri de sa blessure que trois mois après son entréj à lliôpital ; sa main était alors au)aigrie, et les deux dernières phalanges des doigts étaient constamment tlechies, sans qu'd pût les étendre. Le (juatrièine et le cinquième doigt de celte main ne pouvaient être étendus mécaniquement; ils semblaient retenus par la cicatrice de l'avant-bras à laquelle adhéraient leurs tendons fléchisseurs. On parvint, au moyen des tractions graduées et continues à rompre les brides qui les retenaient, et à les étendre aussi facilement que les autres doigts. Mais les mouvements d'extension volontaire semblaient perdus à tout jamais ; telle était du moins, au dire du malade, l'opinion de M. Roux.

Les figures 34 et 35 montrent quel était l'état de sa main avant le traitement.

FiG. 34.

Altitude vicieuse de la main de Musset vue par sa face dorsale, avant le traitement.— La lésion du nerf cubital a été suivie de Talroptiie des iuterosseux et des deux derniers lombricaux. — Les muscles de l'avant-bras jouissant de leurs propriétés et se trouvant privés de leurs modérateurs, les phalanges ont été entrai-

nées (l.iiis (les directions vitieuscs, et la niiiiii a pris la forrni; (l'une grille. — La tléprcssinn A indique l'origine de la cicalrice occasionnée par la blessure. — La grilTc formée par l'ei tension des premières plialanyes et la Ilexion des deux dernières, se prononce encore davantage, ijuand .Mu^set \eut étendre les doigts. — Les premières phalanges sont snhiuiées en arrière sur les niélacarpiens, et leur llexiou est limitée par les tètes de ces métacarpiens hypertrophiées en avant.

FiG. 3!

Altitude vicieuse de la main de Musset vue par sa face palmaire, avant le traitement. — A. Cicatrice indiquant la direction prise par l'instrument qui a divisé le nerf cubital et les tissus placés au devant de lui. — B, B, B, B. Tètes des métacarpiens hypertrophiés. — C, D. Régions thénar et hypothénar, où l'on ne sent plus de nssu musculaire à travers la peau, qui semble partout en rapport avec les métacarpiens. On remarque dans les figures 34 et 35 les reliefs très prononcés des tendons extenseurs et fléchisseurs qui soulèvent la peau.

Depuis sa sortie de l'IIôtel-Dieu, ce jeune homme a épuisé tous les genres de traitement, sans pouvoir améhorer son état. Le 10 octobre iSSO, époque de son entrée à la Charité, c'est-à-dire quatre ans après l'accident, sa main semblait être encore plus amaigrie et lui était plus incommode qu'utile.

Traitement commencé le 22 décembre i 850. — Pendant cinq à six séances, pratiquées jour a autre, l'excitation faradique a été dirigée seulement sur les muscles de l'avant-bras, sans que le malade ait éprouvé la plus légère amélioration. La faradisalion est alors limitée aux espaces interosseux et aux régions thénar et hypothénar, avec une dose aussi forte que possible et de manière à produire des douleurs. Après la dixième séance, Musset conserve à la main la sensation d'une chaleur brûlante qui remplace ses anciennes douleurs. Mais les doigts lui semblent toujours glacés, engourdis et douloureux ; la main est moins desséchée, les espaces interosseux se remplissent ; les premières phalanges sont moins renversées ; les secondes commencent à s'étendre. Le traitement est suspendu pendant trois semaines,

20/| l'AllALYSIKS PAK LÉSION TIIAIJMATIOUE DES NEUFS MIXTES.

à cause (l'uno liôvrc conliiuio au tli'biil. iiiUTiDiltcnleà la fin, après laquelle on observe (juc la main de Musset n'a rien {)er(lii, (|uanl à l'amélioration de l'allilude (les phalan^'es, aniélioralion (jui s'était inonlr('"o pendant la première période du traitement; on constate, au contraire, que la calorification a ^^ai^Mié les doigts et principalement les deux derniers, au point de le gêner, et que les douleurs et l'engourdissement (ju'il y éprouvait constamment, ont presque entièrement disparu. Le traitement étant re[)ris, je joignis a la faradisation musculaire l'excitation de la sensibilité électro-cutanée par les [ils iuélalli(iues, et bientôt je vis la sensibilité de la peau do la main augmenter très notablement et en môme temps les veines se dessiner et grossir sur la face dorsale de la main, et la peau de cette région reprendre sa coloration normale. Les applications faraduiues, renouvelées presque chaque jour, développèrent assez r.ipidement les petits muscles de la main, dont il était impossib'e de constater jadis lexistence, et l'on vit les plialanges et principalement celles de l'index et du médius se rapprocher de plus en plus de leur attitude normale, sous l'inlluence du retour de leur force tonique. On constatait alors que la tête des métacarpiens, moins saillante en avant, permettait la flexion des premières phalanges. L'action de la tonicité des muscles inlerosseux sur les phalanges se montra longtemps avant la manifestation de quelques mouvements volontaires ; car, à l'époque où Musset sortit de la Charité (le 15 mars 1850), les mouvements volontaires des phalanges étaient à peine apparents ; aussi fléchissait-il les deux dernières phalanges et ne pouvait-il les étendre ; mais en cessant de contracter ses fléchisseurs après avoir fermé sa mam, ces mêmes dernières phalanges s'étendaient lentement d'elles-mêmes, c'est-à-dire sous l'influence de la con- Iractilité tonique des inter(fsseux (1).

Tel était l'état du malade lorsqu'il sortit de la Charité, état assurément meilleur, mais qui ne lui permettait pas encore l'usage de sa main. Comptant sur une guérison progressive et spontanée, Musset suspendit encore une fois son traitement, pendant deux mois et demi; mais il fut trompé dans son attente ; car, lorsqu'il vint réclamer de nouveau mes soins, il n'avait rien gagné pour les mouvements volontaires, et sa main était absolument dans le même état qu'à l'époque de sa sortie de l'hôpital.

Le traitement fut repris au commencement de juin 1830 ; les applications faradiques ne furent faites que deux ou trois fois par semaine. Dès lors, les premières phalanges, surtout celles des deux premiers doigts, prirent une attitude encore plus fléchie sur les métacarpiens, et les deux dernières s'étendirent davantage : en même temps, les mouvements volontaires de ces phalanges et les mouvements d'abduction et d'adduction des doigts

(1) Ou se rappelle que j'ai démontré que ces petits muscles sont extenseurs des deux dernières phalanges et fléchisseurs des premières.

commencèrent à se manifester. Celle amélionilion des mouvements volontaires se montra i)rin(i[)alemenl dans l'index et le médius, comme pour I attitude des doigts. A partir de celte époque, l'amélioration de l.i main fut si

FiG. 36. — Altitude de la main de Musset tenant une plume pour écrirOf après le traitement.

rapide, que Musset put, au mois d'août, écrire et dessiner, et bien qu'il eût interrompu son traitement pendant plusieurs mois et à plusieurs reprises, les premières phalanges de l'index et du médius se fléchirent à angle droit sur les métacarpiens ; les deux dernières s'étendirent complètement ; quant à l'attitude et aux mouvements volontaires des deux derniers doigts, ils furent aussi en voie d'amélioration, et il n'est pas douteux que, dans un avenir prochain, la guérison serait complète, si Musset continuait de se soumettre au traitement faradique. En attendant cette guérison complète, il peut se servir de sa main malade pour exercer l'état d expéditionnaire, com.me on le voit dans la figure 36 qui représente sa main dessinée d'après nature après le traitement, et tenant une plume pour écrire.

FiG. 37.

Main de Musset vue par sa face palmaire, après le traitement. — .J'ai engagé Musset à essayer de placer sa main dans Fattilude pathologique qu'elle ronservait avant le traitement, pour que la comparaison de l'état aqlériour avrc Vcial actuel fût plus exacte. Dans la figure 37, qui ropr(^sento la main ;;uôrio dans cotte attitude, ou voit que Musset ne peut parvenir ;\ renverser ses |)ren)ières phalanges sur les métacarpiens, comme elles s'étaieut placées malgré lui avant le

206 IMHM.YvIKS PAR î ÈSION TRArMATlOl'F. DUS NFRFS MIXTES. trnilrniiMit ; (pic les (Aies dos nn''lnnir|»ions ne font pns plus de saillir; qu'à Trial normal, cl (pie l«'s Icndons des flccliissonrs ne snnl plus visibles dans la paiinic ilc la main. Do plus, les i-riniiiMicos thcnnr cl liypolhi^nar C, I), forment les reliefs naliircls i\[\s aux masses miisenlaires anjiniid'liiii hieii dcNelopfjf^os. — Le tis>u eellnlaire est plus abondant; la pulpe a reparu; eiiliii, les pbalangcs n'ont plus eelle apparenee osseuse eninnie dans la (i^ure 3.*i.

lùi raison do la longueur de rnlle obscrvalion, j'ai dû négliger de mentionner les phénomènes thorapeutifjues qui se manifestèrent dans les muscles des éminences thénar et hypolliônar. Il suffira de dire que ces éminences sont à peu près aussi développées qu'à l'élat normal (voy. C D, fig. 37), et qu'on ne voit plus saillir dans la paume de la main les tendons fléchisseurs comme dans la figure 35, et enfin que les mouvements commandés ()ar les muscles de ces mêmes éminences sont revenus rapidement et presque complélemont.

Il est évident que le nerf cubital a rlù se trouver compris clans U's tissus divisés par l'instrument qui s'est enfoncé dans l'avant-bras de Musset. Mais si le fait avait pu être douteux, la perte de la contractilité électrique des muscles placés sous la dépendance de ce nerf établirait ce diagnostic de la manière la plus claire.

La dirt'ormité de la main de Musset, qui avait été la conséquence de la lésion du nerf cubital, était certainement inexplicable, dans l'état actuel de la science. C'est seulement par la connaissance des faits qui ressortent de mes recherches sur les fonctions des muscles de la main, qu'il est permis d'en expliquer le mécanisme.

Je dois rappeler que le retour de la force tonique musculaire, qui ramena les phalanges de Musset à leur attitude normale, se manifesta quelque temps avant les mouvements volontaires. C'est un phénomène que j'ai observé dans d'autres paralysies. Ainsi, j'ai vu, ilans la paralysie saturnine et dans la paralysie de la septième paire, comme dans la paralysie consécutive aux lésions traumatiques des nerfs mixtes, la tonicité musculaire précéder le retour des mouvements volontaires.

L'action tliérapeuti(|ue delà faradisation localisée sur la nutrition et sur les mouvements des muscles qui meuvent les doigts et le pouce, a été très rapide chez Musset, coniparativement à ce que cette même médication a produit sur le malade de l'observation Vil, dont les nerfs n'étaient certainement pas divisés. J'en ai déjà donné l'explication. J'ai dit que, dans la paralysie par lésion traumatique des nerfs, la faradisation ne peut guérir qu'après la guérison de ces nerfs, alors que l'influx nerveux arrive librement aux

EXPOSITION nES FAITS. — PARALYSIES ANCIENNES. 207

niuscl(;s malades à travers ses conducteurs. Or, cette guérison des nerfs lésés exi^^e un temps plus ou moins long. C'est pou'.ïpioi, la guérison du malade de rohs(;rvation VII s'est lait longtemps attendre, taudis (pie chez Musset, dont la lésion nerveuse datait de (piatre ans, l'excitant cérébro-spinal s'était frayé une voie, soit à travers la cicatrice, soit par d'autres conducteurs (nerfs collatéraux). Laquelle de ces deux hypothèses est la plus exacte? C'est ce qu'on ne saurait décider dans l'état actuel de la science ; mais pour ce qui concerne Musset, on peut affirmer qu'avant la faradisation, la force nerveuse arrivait à ses muscles paralysés et atrophiés, (jui avaient, sans aucun doute, besoin de cet excitant électrique pour réagir sous l'inlluence de l'excilant cérébro-spinal.

Qui oserait révoquer en doute, dans cette observation, l'action thérapeutique de la faradisation ? Certes, la nature avait eu le temps d'agir, d'opérer spontanément la guérison, si elle eût été possible sans la laradisation. Il n'est pas nécessaire de dire ce qui serait arrivé, si cette dernière médication n'était pas intervenue. Un fait qui sera exposé dans l'article suivant, fera connaître les suites déplorables de la temporisation, dans un cas pareil.

J'aurais dû rappeler plutôt, dans ces réflexions, l'heureuse influence que la faradisation localisée a exercée sur la calorification et sur la circulation de la main, cliez Musset, parce que ce fut un des premiers effets de cet agent thérapeutique ; mais j'ai déjà signalé ce phénomène important qui s'est manifesté dans toutes les observations que j'ai rapportées, et celle (jue j'ai encore à relater.

Observation XV. — Paralysie alrophiquo des muscles inlerosseux et loinbricaux, conséciiiive à la contusion ou à la commotion du nerf cubital^ datant de six ans. — Aclion thérapeutique rapide et heureuse de la faradisation localisée.

En 1845, M. F..., étudiant en médecine, eut l'imprudence, étant à la chasse, de saisir son fusil chargé par l'extrémité du canon, pour franchir une haie. Le coup étant parti à bout portant, la charge fit balle et pénétra par la face palmaire de la main droite, au niveau du carpe, puis glissant audevant de ce dernier, elle alla s'arrêter sous la peau de la région anlibrachiale postérieure, à 6 ou 8 centimètres au-dessus du carpe. M. F... éprouva un grand engourdissement dans la main blessée, mais sans douleurs. Il put, pendant plusieurs heures après la blessure, mouvoir tous les doigts de la main, en leur faisant exécuter leurs mouvements d'extension, de flexion, d'abduction et d'adduction. Il n'y eut pas d'hémorrhagie, ni d'accidents consécutifs, et deux mois après, la cicatrisation de la plaie était complète ; mais alors la main était considérablement amaigrie et peu apte à ses usages ha-

2()S PAUAI.YSIRS PAU LKSION THAIIMATIUHK DES NERFS MIXTES. bitucis. C.oinMu», d'après UuiircMlr M. !•'.,., l'ôlîil do sa m;iin n'a point cJjanf^o depuis lors, jusipi'ii rt'p()(|iii' où il vint rrc.lajncr mes soins (en dt'CtîRjbre 48.'il); voiri sonnnairtMniMïl les principaux plH'noiiu'nos que; j(; roin<ir(piai, quand jo vis ce n)ala(h» pour la promiorr' fois:

La main était très amaigrie ot pâle, et les veines dorsales y étaionl à peine visibles, tandis qu'elles étaient très développées sur la main gauche. La température en était notablement moins élevé(î (pi'a l'état norm:d, et M. F... y éprouvait constamment du froid; la transpiration y était nulle, tandis que du côtâ opposé elle était presque liabituelle ; sensibilité diminuée, surtout dans le tiers interne de la main ; les deux dernières phalanures de l'annulaire et de l'auriculaire étaient constamment llécliies sur les premières, qui, au contraire, étaient dans une extension forcée sur les métacarpiens. Le tendon fléchisseur de l'annulaire était adhérent à la peau du carpe et ne permettait pas l'extension mécanique des dernières phalanges de ce doigt. Ces mêmes phalanges de l'annulaire pouvaient être redressées mécaniquement ; les autres doigts et le pouce du même côté jouissaient de leurs mouvements ; mais ceux de l'index et du médius se faisaient si lentement et si difficilement, que le malade ne pouvait s'en servir, ni pour écrire, ni pour dessiner. Il écrivait seulement, et avec beaucoup de difficulté, au moyen des mouvements do l'avant-bras et du bras.

L'excitation électrique, dirigée sur les muscles de la main, deux à trois fois par semaine, pendant un mois, ramena presque à l'état normal la sensibilité et la température de la main blessée. On vit les veines dorsales do la main grossir rapidement, et la transpiration s'y rétablit comme du côté sain. Aujourd'hui, M. F... écrit en fléchissant et en étendant les doigts qui tiennent la plume ; la force est revenue rapidement ; la main est moins décharnée; la première phalange de l'annulaire est moins renversée sur son métacarpien et les deux dernières phalanges s'étendent mieux. Cette action thérapeutique de la faradisation localisée est d'autant plus remarquable que létal de M. F... était resté stationnaire depuis 1845 jusqu'en

Si le nerf cubital avait été détruit par la charge de son fusil, M. F... n'aurait pas pu faire exécuter à ses doigts des mouvements d'abduction ou d'adduction, immédiatement après la blessure. Il faut donc admettre que ce nerf a été seulement contus ou qu'il a éprouvé une commotion.

J'étais porté à croire que la lésion du cubital n'intéressait pas également toutes les fibres primitives, puisque les deux premiers doigts ont été moins affectés que les deux dernieis, soit pour leurs mouvements, soit pour l'attitude de leurs phalanges; mais la faradisation localisée a fait voir que lacontractilité électrique était aussi proton-

KXl'oSmON DES FAITS. — PAHALYSIES ANCIENNES. 209

(U'inciil attciiilr dans !e> iiniscles (l(;s deux j)ieiniei's espaces iiiterosseux (|UL' (l;iii^ !('.> deux d<'iniers, ce ([in |;r(iuve (jue les libres du cuhilal claieiil toutes lésées au uièuHi de;^n'. Dès lors, coniineut se lait- il (jue les uiouvernents dus deux premiers doigts et (pie l'altitude de leurs phalanges eu aient uioins soulferl? G'(.st (luele uerf médian n'ayant pas ct(' i)leSNé, les deux preiniers loinhricaux (pii r<'Ç()iveut rinllux nerveux de ce dernier ncM 1", avaient conservé; h.ur action sur les phalanges des deux premiers doigts, et (pie cette action des lombricaux est la iiuîme (pie celle des intei'osseux, j)onr ce (jui a trait aux mouvements en .sens inverse de llexion et d'exteusi(ju des phalanges (1).

Le nerf cubital n'ayant pas été détruit par le coup (h; feu, M. F... était en droit d'espt'^'ei- cpie la paralysie et ratroplii(î de ses interosseux guériraient avec le tem[)S. H a été cependant trom[)«'' dans son attente; car, cpiatre ans plus lard, non-seulement ses nmscles étaient restées dans hî m<"'me (';tat, mais encore la vitalité de la main était considérablement allaiblie. Ainsi, la caIorilicatii):i vêtait diminuée; la circulation y était moins active, au |)oiiil (pi'on n'y voyait pas de veines dorsales; enfin, la transpiration habituelle en était supprimée. L'excitant nerveux spinal arrivait sans obstacle à cette main, mais il était insuflisant pour ré[)arer, à lui seul, les désoidres ((u'a\ait causes la suspension momentanée de son inlhix. Il a fallu, comme on l'a vu, le concours de l'excitant faradiipie pour rendre à cette main la vie et ses fonctions. Ce fait, en établissant la puissance de l'action thérapeuti(pie de la faradisation localisée, dans la paralysie atrophi(pie i\cyd ancienne par h'sion traumati(pie des ti'oncs nerveux nuxtes, démontie cpi'il ne faut [)as s'en rapporter au temps pour la guerison de ces [)aralysies, lors même (pie la lésion du nerf n'est pas très grave, (^est ce (lue demonlreiil encore mieux les deux faits suivants.

Observation XVL — Pamhjsie des inlerosscux, coiiFiècutive à une contmion du nerf cubiinl, dalanl de cinq ans. — Guerison par la [aradisalion loca- (isée en cinq sùmces.

Giiillaiinie Labori(\ âgé (Je quaranle ans, tr.écanicien, dcineuraiit rue du Faubourg Sainl-AïUoine, n'a jamais éprouvé de douleurs ni d'affaiblissenient dans les membres supérieurs, antérieurement à la paralysie pour

(I) (os iioinoaiix laits pli\si()loj:i(iuos rrssoricnt do mes rcchcri-hcs elcclrophysiolojjiques cl pjiiliolo^^iqucs sur les fonctions des nuiscirs d(^ la main. — J'ai lait rcv-ortir, dans in(.n nioiLoirr sur les fondions iWs nuisîtes moteurs de la Uiain, (duihien il c-t heureux que les doigts destines à eoniluire la plume el lo crayon (Tiiidex et le médius) jouisser.t lie cette rielies>(Mrinucrvali()U. iM cm .\M.. I i

210 PM«\I.V<MS IMil I K«s!(>N TllM'\I\rtO|ÎK t»KS NkUPS MIXIHs. I,'i(]iiell(^ il \i('nl me consiiltcr. Il ii'.i jiimais nu (!(• coiiqiK'-^ ri n'a p.iH (^li* exposé il l'ititoxicalion salurnim'.

I'!n ls'i7. porlaiit un lourd larJcau sur les ôpaiili'S, il fil un f.uix pa-;, cl voiilafU amortir sa cliiilc, il porta vivcMucnt on arrit-rc! I(< l)ra•^ riroil ipTil luMirla (■(M\tro im corps solide, au iiivoau de son ipiaii inférieur cl ur) peu inlornp. Lo choc no fui pas 1res violon! , ol l.aboric ne rossiMilit, dans l« poinlconlus, qu'une douleur supporlahlo avec dos rourmilleincnts dans les doij;ls, surtout dans les deux derniors. N'éprouvanl aucun allaiblissement dans co nionibro, il continua son travail, et no pensa plus a sa chute. Trois à quatre semaines ajirès sa contusion, alors (pu; la douleur locale avait complètement (lisi)aru depuis Ion i:temps d«'jà, il s'aperçut dune diminution de force et d'une certaine izêne ou d'une maladre-se dans les mouvements de la main droite; en môme temps il éprouvait (!e< fourmilhiments dans la moitié interne de la main, et le sens du loucher y était devenu obtus a l'exlrémilé des douts ; la peau était aussi moins sensible a la partie interne de l'avantbras droit. Ces symptômes s'aj:j,^ravant au point de rendre son travail difficile, ot craignant de perdre l'usage de sa main, Laborie entra à la Charité dans le service de M. Cruveilhier. Il dit cependant que la main malade ne paraissait pas plus amaigrie que la main opposée. Les frictions ammoniacales et térébenlhinées, puis les bains sulfureux ayant été employés pendant trois à quatre semaines sans aucun résultat, le malade sortit et reprit son travad, bien que ratîaiblissement de sa main rendit ce dernier pénible et peu lucratif. Depuis lors, il n'a suivi aucun traitement, et le mal s'est aggravé; le 10 novembre 1852, il me fut adressé par M. Aran, dans le service duquel il avait été traité pour une fièvre continue (Pitié, salle Saint - Athanase, n" 44).

11 n'existe pas, quant au volume, de différence notable entre le membre supérieur droit cl celui du côté opposé ; les espaces interosseux de la main droite ne sont pas plus creusés qu'à l'état normal; la p;iume de cette main n'offre rien dirrégulier. — Lorsqu'on lui place un objet volumineux dans la main droite, il le serre avec une grande force, mais il n'en est plus de même des corps d'un petit volume; ce que l'on apprécie fort bien quand on lui donne alternativement la main ou un doigt à serrer. La force de pression n'est pas égale dans tous les doigts de la main droite: ainsi il comprime encore avec une certaine énergie les corps placés entre le pouce et les deux premiers doigts, tandis qu'il n'a aucune force lorsqu'il les lient entre le pouce et les deux derniers doigts. Quand il veut fermer le poing, les deux dernières phalanges des deux premiers doigts se fléchissent avec force, mais les premières s'inclinent si faiblement que l'extrémité de ses doigts ne peut atteindre la paume de la main. Ce mouvement des trois phalanges est comparativement beaucoup plus borné dans l'annulaire et le petit doigt que dans l'index et le médius. Les doigts peuvent être étendus, mais les premières

KXlMHlTKtN |)I>. FAllS. — I>AHAI.Vsli:s ANCIKNNES. 'J 1 1

plialan^es, smiout cillos (J«'s deux drinit rs doi|^ls,so reiiviTsonl sur les rriéliicarpiens, et lc> deiix derriièrcs resleiil un peu fléchies sur les premières; c'est ce (pii u'.i pas lieu du cùié ^^auclie — Pendant l'extension des doifçts, ceux-ci s'écarlciil les uns des cuilres d un cenliruètr»» à peu près, 8ans(pi'ils puissent être écartés (lavanUi<>e, ni rap[)rocliés par la volonté du nialado. Cepend.int l'index j).iraît faire (juelques mouvements d'abduction. Quand le malade veut rapprocher les doifits, il est fon é de fléchir les premières phalanges, mais alors il ne peut plus les écaricr. — Tous les mouvements du pouce, ceux de flexion ou d'extension du [){)igncl, ou de lavant-bras sur le bras, sont intacts; l'attitude de la main est normale pendant le repos musculaire. l.a moitié interne do la main droite a perdu sa sensibilité à la douleur el au toucher ; les doigts, surtout les doux derniers, ne jouissent plus de leur sensibilité tactile; le malade dit y éprouver un engourdissement continuel, ce qui, ajouté à la paralysie de ses interossoux, le prive à peu près entièrement de lusagede la main.

L'exploration électro-musculaire démontre que tousies muscles de l'avant-bras jouissent de leur contractililé électrique normale, mais que les interosseux, et les faisceaux internes du fléchisseur profond se contractent un peu moins et sont moins sensibles à l'excitation électrique ; les muscles du dernier espace interosseux et ceux do l'éminence hypothénar n'accusent aucune sensibilité, quelles que soient l'intensité et la rapidité du courant d'induction.

11 est évident, d'après tous ces phénomènes, que tous les muscles animés j)ar le neif cubital, sans aucun doute contus à l époque où Laborie lit sa chute, étaient à peu près entièrement paralysés et dans leurs mouvements volontaires et dans leur sensibilité, et que les filets nerveux qui proviennent du cubital et président à la sensibilité tactile, ne remplissaient [)lus leurs fonctions, dans les points où ils s'épanouissent.

Dès lors, je dirigeai les courants d'induction les plus intenses et les plus rapides sur chacun des muscles animés par le nerf cubital, et après dix nùnutes atj plus de celte excitaticn, je fus surpris de voir faire au malade a peu près tous les mouvements normaux, toutefois, avec un peu plus de difficulté qu'avec la main gaucho. IVÏais la sensibilité tactile no paraissant avoir rien gagné, je plaçai les rhéo[ihores humides sur la pulpe des doigts et sur leurs faces latérales (au niveau des nerfs collatéraux), pendant deux a trois minutes, puis je lui promenai les pinceaux métalliques sur la face dorsale de la main, et bientôt après le malade, tl'abord insensible à ces excitations, accusa une sensation (jui augmenta graduellement, au point de devenir intolérable. Après cette première séance, le malade sentait mieux, n)ais n'avait pas i:omplélement recouvré le sens du toucher. H fut encore soumis quatre l'ois a ces excitations électro-musculaires el cutanées ; sa guérison parait aujourd'hui consolidée.

"l\'l l'VllVI Y>li:> iWU I.K^ION TiUI'MATlOI i; DKS MillKS MIXiKS.

Kii rt'siiiih'. l.;il)(H'i<î a l'U' piivc pciulaiit (:iii(| mis de l'iisM^n' de sa luaiii, a la suite (l'une ("oulusiou (|ui a dû eti'e h'^ôi'e, puisinu; les uui>rles mleiosseux elaieut il peine alr(»j)iiie->, (pu; la coiitr.U'tilite «'leclricpu' ('tail laibleiucnt diuiiinu'c, (;t (|ue ('iu(| S('';in('es oui suili pour ohleuir une i^uch'isou (MHiiph'te ipii s'esl bien coiisorKb'e.

Ce lait |)r()uve (pu; les ])aralysies trauiu;iti(pu'S des ijerfs, alui's luèuie (pi'elles sont It'giM'Os, ne i^U('i'isseiit pa^ toujours avec le temps.

OiiSKiiVATioN XVll. — Ptirahjsic ittropluiiui' (les miiscli'S ])l<iccs sous lu dcpcn- (hnicc du nerf scialique poplitr cxlrrur, jinr compression tU- ce dernier, datant de six mois et suiric d'u}i pied bot consécutif à l absence d' nntoijo ■ nisme des muscles ])arahisi's et atrophiés. — Gucrison rapide par la far n^ disation localisée. — Opération du pied bot, faite arec succès. ChiHité, salle SHinl-KordinancJ, service de M. Cruveilhier, n" G. — Une jeune lillo, tombée du sixième étage sur le pavé, avait été relevée mutilée, puis transportée à la Charité dans le service de M, le professeur Velpeau. Guérie de ses nombreuses fractures et de plusieurs luxations, elle conserva un |)ied bol consécutif à la paralysie et à la perte de la force loiiicpiedes muscles de la région antérieure et externe de la jambe droite. La tète du péroné ayant été luxée, et un bandage compressif ayant dû être appli(jué pendant longtemps, la paralysie qui survint consécutivement, fut attribuée aux tiraillements et à la compression du nerf poplité externe. Six mois après l'accident, les muscles étaient atrophiés, sensibles à la pression, et le siège de douleurs très aiguës, presque continuelles et augmentant sous linfluence des variations atmosphériques. La température de la jambe et du pied était considérablement abaissée ; la malade y éprouvait constamment une sensation de froid; la circulation capillaire s'y faisait mal: ainsi, sous l'influence du froid, le pied devenait violacé et s'œdèmatiait. La malade ne pouvait remuer en aucun sens le pied sur la jambe. Les mouvements de tlexion des orteils étaient seuls possibles, mais faibles. Les mouvements mécaniques imprimés aux articulations tibio-tarsiennes et tibio-fémorales déterminaient des douleurs.

Dans dételles conditions, devait-on opérer la section du tendon d'Achille pour redresser le pied? M. Cruveilhier, dans lo service duquel se trouvait la malade, pensa qu'il était rationnel d'essayer, avant tout, de rendre le mouvement et la force tonique aux muscles paralysés. La faradisation fut alors pratiquée sur le nerf poplité externe, dont l'excitabilité était notablement diminuée. Des contractions et des sensations eurent lieu dans les muscles animés par ce nerf, au-dessous du point excité. La séance dura dix minutes, et bien que les intermittences fussent très rapprochées, le nerf ne parut point avoir perdu son excitabilité. Six séances n'ayant produit au-

ciine ainélioralioii dans l'élat de la paralysie, la faradisalioii fut suspendue pendant plusieurs jours. Lorsque je recommençai mes opérations, je portai l'action électritjue sur chacun des muscles paralysés, qui! fui impossible de faire contracter artificiellomont, et après huit ou dix minutes d'excitation, la malade put exécuter quelques mouvements d'extension. Les muscles, douloureux jusqu'alors, l'étaient très peu le lendemain, à l'heure de la visite. Après quelques séances de faradisalion localisée dans le tissu des muscles paralysés, les mouvements des orteils étaient devenus très étendus ; la malade pouvait s'appuyer sur le pied ; ce que l.i douleur ne lui avait pas permis de faire jusqu'alors. En huit séances faites à deux ou trois jours d'intervalle, les mouvements avaient repris leur force et leur étendue normales ; le membre mesuré présentait une augmentation de volume très notable; sa température s'était élevée; la circulation ca[)illaire s'y faisait mieux. Enfin, cette malade fut ensuite opérée de son pied bol par M. Velpeau,et sortit guérie de la Charité.

Chez cette malade, la lésion du nert'sciatique poplité externe était beaucoup moins grave que celledu nerf cubital, observée chez le sujet de l'observation XIV, puisque rexcitation électrique de ce nerf popliié provoquait encore des contractions (faibles, il est vrai) dans les muscles qu'il anime (1). Cependant la paralysie de ces muscles n'en était pas moins complète, et la perte de leur force tonique n'en avait pas moins jeté un grand trouble dans l'attitude du pied qui avait été entraîné par leurs antagonistes, au point d'occasionner un pied bot. La calorification était diminuée; la circulation capillaire était (liflicile; endn, les douleurs étaient intolérables et contiimes, et le temps n'avait modifié en rien l'état de cette pauvre fille.

Ce fait démontre encore (ju'il ne faut pas s'en rapporter au temps pour la guérison des paralysies consécutives à la lésion traumati(pie des nerfs, alors même que l'examen par la taradisation aimonce que cette lésion n'est pas des plus graves.

Il ne peut exister ici aucun doute sur l'action ihérapeuticiue de la faradisation, car la paralysie est sortie de son état stationnaire dès l'instant oîi cet agent a été dirigé sur le tissu musculaire.

La faradisation du nerf poplité externe, on l'a sans doute »"emar- (|ué, n'a exercé aucune intluence lhérapeuti([ut' sur la paralysie, bien

(I) On a sans doute été frappé, dans colto obscrvalimi, do co pliénumôno .singulier, savoir, de la |)ro(iu( lion des coniraclions i\vs niusclos des relions antérieure et externe do la jambe par Texcitation éleetrique du poplilé externe, alors que ees mêmes muselés no se eonlraetaient pas, lorsqu'on les excitait directement, .l'ai observé phisienrs fois ee phénomène, d'où j'ai eonelu que, phjsiolo- ^'iquement el palholo^icjuemont, rexcitabilité des nerfs cl rexcilabililo (ie la libre nniscul.iire ne doivent |)as être eonfoiiflues.

!2I'| l'\UM,YSIi:S P\l\ I.F.SloN TIWIIMVTIQIIR DKS NRHPH MIXTES.

(Hi'rllc |M'()ilnisil lii ('(mli'Mctioii ilfs imischîs |)la(;i'»s sons |;i (If'p'n- (liinccdc ce iK-rf. «'( la j;ii('M'isi)ii ii'.i pu nliN' obUMiiie (pu; par l'i^xcilatinii iii(!ivi(lii('l!<'(l(3 ces muscles (If lait (lérn')nlrc cncon; une l'ois, (•(uninc jt' l'ai (léjà établi |)ar des lails notnhveiix, la ii'''cessilé de faïadisci' individuellement les muscles dans l(! ti'aiteiiKMit d(îs pai'alysies.

S uivent, dans les paralysies anciennes par lésion tiaumalique des nerfs, h) membre paralysé devient douloureux, et les muscles et les articulations sont très sensibles aux mouvements mécaniques qu'on leur imprime; c'est ce qu'on a observé aussi dans le cas (jui vient d'être rapporté. 11 a suffi de (pielques excitations uuistMilaires pour faire disparaître ces douleurs si vives et si contiimes chez la malade.

Enfin, ce «pii est le plus iinporlant dans cette observation, c'est la rapidité du retour des mouvements sous l'iidluence de la far.idisation musculaire. Il est évident (jue la lésion nerveuse n'existait plus, et que l'influx nerveux, arrivant librenent aux muscles avant l'opération électri((ue, ne pouvait, à lui seul, rendre la vie aux muscles (|ui avaient été momentanément privés de son concours. L'excitant électrique a rendu à ces muscles, (pii sommeillaient pour ainsi dire, l'aptitude à réagir sous l'excitant nerveux. Il a en môme temps rétabli leur nutrition et leur calorification. C'est un fait de plus en faveur de cette proposition déjà émise par moi, à l'occasion de quelques observations précédentes, à savoir: « que dans les paralysies anciennes par lésion traumatique des nerfs, la guérison au moyen de la faradisation musculaire est plus rapide (jue dans les l)aralysies récentes de même nature, parce que, la lésion du nerf étant guérie, la force nerveuse arrive librement aux muscles paralysés. »

Bien que j'aie déjà exposé dans cet article les faits principaux f|ui ressortent de chacune des observations ci -dessus relatées, je vais démontrer dans les deux articles suivants combien ces faits intéressent le diagnostic, le pronostic et le traitement des paralysies traumatiques des nerfs.

ARTICLE IL

SYMPTOMATOLOGIE, DIACtNOSTIC ET PRONOSTIC DES PARALYSIES CONSÉCUTIVES A LA LÉSION DES NERFS MIXTES, DÉTERMINÉS PAR LA FARADISATION LOCALISÉE.

Pour faire mieux servir la faradisation localisée à l'étude du diagnostic et du pronostic des paralysies traumatiques des nerfs

SYMIT()MATOI.()(;iM PAH f/i:.\PLnUATl().\ Kl.IiCl lUQlL. 215

mixt(3S, il riK! paraît csscntifl dn raj)pck!r, avant tout, k'S j)1i«'mi()n)èfies«*le('tr()-|)alholt)<'i(jii('S(|ii'()ii ohsorvealoi'sa l'aide do cit moyen d'iiivestif^ation. J'essayerai doue d'exposer ces plicnouM'iie^, ipii constitueront eo que j'apjx'llorai la syniptoinatolo^Me «declrijjue de ces paralysies traumaticpies, en m'ap[)uyant sur les laits qui ont été rt.'lah's dans l'ailicle précédent.

^ l.—^yuiptomatoIoKÎc par l'exploration clectrlqne des paralysies Irauniaiique» (le«» nerfs iiiixte!«.

La contusion, la conq^ression, l'allonj^enient et même la commolion portée à un certain degré, en un mot, toute lésion traumatique d'un nerf mixte occasionne un trouble plus ou moins grave dans l'état de la sensibilité, des mouvements volontaires et de; la nutrition des nmscles qui sont sous sa dépendance. Mais il existe pour ces mêmes paralysies d'autres symptômes (jui n'intéressent pas moins le diagnostic, et dont on doit la connaissance à renq)loi de la f'aradisation musculaire, je veux parler de la diminution ou de la perte de la contraclilité et de la sensibilité que l'on constate dans les muscles paralysés, quand on les soumet à la laradisation localisée.

A. — lA'sion de la contraclilité électro-musculaire.

Quand la lésion d'un nerf mixte est tellement i)roron(le que toutes les libres primitives en ont été atteintes, les muscles qui reçoivent des filets nerveux de ce nerf perdent également leur contraclilité électri(iuc.

Il arrive quelquefois que des muscles frappés, au même degré, de la paralysie des mouvements volontaires ont perdu fort inégalement la faculté de se contracter par l'excitation electri(iue. Un seul muscle l)eut tnême être atteint dans cette dernière propriété (la contractilité électro-nmsculaire) d'une manière inégale dans les faisceaux dont il se compose, bien (ju'il soit frappé de paralysie dans son entier, .l'ai rapporté, comme exemple, l'observation d'un sujet qui ne pouvait exécuter aucun mouvement volontaire avec son deltoïde, lequel pourtant se contraclait encore assez énergi(iuement dans son tiers postérieur, sous l'influence de la laradisation localisée.

D'autres fois, certains muscles (pu \w. paraissent pas affectés dans leurs mouvements volontaires, ont perdu cependant une })artie de leur contractilité électrique.

Enfin, il n'est pas rare de voir, dans ces sortes de paralysies, des muscles posséder leur contractilité electri(|ue normale, bien (ju'ils soient paralyses plus ou moins complètement. Je ne crois pas que

LMO IVVU\IY<II;S IVMl irSION TUMIMMMQI'K dks nkris mixtks. dans CCS cas les iiciTs aient cl'' l'c •llciiicnt l»''-(''s; Mii>^-i les iimscles paralyses i-eei)ii\feii!-ils iMpiileineiil leurs iiKcivemeiits. Mais eoiniiiriil se rait-il (]ne les iierls, n'ayaiil |>as cl»' iiilt''ress«''s |>ar la l«''^i()ll Iraiiinatiiiiie, soient cepeiidaiit paralvsiVs? i'.r plM-iiotiiciie pallioloj;i(|ue ne coud ni t il pas a admettre I r\is|eiice d une si )i'le de solidarité entre tous les nerfs (l'un nieinbie? D.'s lors, si l'nn d'eux vient à èli'c i,M*avenient lés»'*, esl-il éloiniant <)ne la inolilite iw^ soit pas nni(jnenienl tronhh'-e dans les muscles (pu sont sons sa d(''|)einlance, mais encore dans d'antres muschî- dont les nerfs so-it intacts?

W. — Lésion (le la s('iisil)ilit('.

Dans les paralysies «pii font rol)je; de ce (îliapitri;, les Ironhlcs fonctionnels portent moins .>ur la sen>il)ilité des nuiscles (pie sur leurcontractilité. Ainsi, par exemple, une luxation de l'épaule ayant occasionné la lésion des nerfs (pii animent le bras, l'avant-bras et la main, j'ai vu le nialade accuser une sensation musculaire assez notable, alors même (pie ses muscles ne s'.> contractaie::t pas le moins du monde par l'excitation électriipu; la plus intense.

11 faut (jne la lésion des nerfs soit profonde j)our (pie les muscles aient perdu coint)létement leur sensibilité.

La s(^nsibilité cutanée est encore moins affectée que la sensibilité musculaire dans (^es mêmes lésions nerveuses. Quand elle a été plus atlaiblie, elle est revenue assez rapidement sous rinllnence des excitations électro-cutanées.

Ces faits semblent démontrer cpi'en général les lésions des nerfs mixtes troublent moins la sensibilité ciue la contractilité volontaire et électrique.

Mais il est des cas où la sensibilité de la peau et des muscles est complètement éteinte. C'est (ju'alors il n'existe plus de communication nerveuse entre la moelle épinière et le membre paralysé.

§ II. — Dia;;nostic difl'ôrenticl <!rs |iaralj «»îe» trauiiiati(|iies des nerfs niixte«« lire de lélat de la co«ïlrac<îli<é et «le la seiiMibililc électritfue»» des muscles paralysés.

Les phénomènes électro-pathologiques que je viens d'exposer sont précieux pour le diagnostic des paralysies traumatiques des nerfs mixtes; car la séméiologie est presque toujours, pour ne pas dire toujours, impuissante pour l'éclairer complètement. Cette assertion est démontrée par tous les faits dont j'ai donné la relation.

Je ne prétends pas que l'on puisse confondre facilement une paralysie cérébrale, hystérique ou saturnine, avec une paralysie trauma-

dia(;nostic oifferentikl p\\\ i.'k\p[.oi\ati()N éi,K(:tuk»ur. 217 liqiio (les nuils inixtes, doiil la cau>(' occasioiiiK'lit; (!.st laicniciil (îicIk'c. Ainsi, lorsijiie la pai'alysifi est (;()iis<'Miiliv(i a inic liJ\ati(Hi on a la coiiUision, a la coiniiiolioii, à la coiiiprcs^iou, a la dcslriiclioii, ou CMiliii a un travail inoi'hirlc (h; tout»- aiitri; iiatiii'c i\v> iiri is, iiiio telle oiTciir de dia^nostie (liUcrciilicI doit «Mn; ran'iiiciil comiiiisc. Mais la cause de la paralysie n'est pas toujours <'»videute ; une tumeur ou une exostose profondément caeliee, par exemple, peut comprimer un tronc nerveux, et produire lentement ou .subitement (les plKîuonuMies de paralysie. Oji comprend (pie, dans ce cas, le (liaj,'nostic devienne [)lus(iir(icile; c'est alors (pi'il est nécessaire de recourir à la taradisation localis(';e. Elle fait reconnaître, en cHet, (jue la contractilité électro-musculaire est diminuée dans les nmscW^s dont le nerf est com[)rimé. En cons(*quence, ce si^ne(la diiuinutiou de la contractilité électro-musculaire) ne permettra pas de confondre la paralysie traumati(iue des nerfs mixtes avec les paralysies cérébrale, rhumatismale et liystéritpie, dans lesquelles cette contractilité électro-musculaire est toujours normale.

Pour faire mieux ressortir l'importance et l'exactitude de cette proposition, je rapprocherai, en les comparant, deux faits pour les» quels j'ai été appelé à établir un diagnostic (lilferentiel à l'aide de la faradisation locidisé'e. Ils étaient, en apparence, les mêmes, et, cependant, ils ditt'éraient essentiellement entre eux par leur cause et par leur nature, comme on le verra plus loin.

Les malades, sur lesquels j'ai observé ces faits, étaient entrés l'un à l'hôpital de la Glini(iue, dans le service de M. iNélaton (son observation a été relatée dans l'article pr(3cédent (obs. XII), l'autre à la Charité, dans le service de M. Bouillaud, salle Saint- Jean-de-Dieu. Chez ces deux malades, la plupart des nmscles qui meuvent l'épaule sur le tronc et le bras sur l'épaule avaient été frappés subitement de paralysie. Cette paralysie locale dont les muscles homoloi^ues du même côté avaient été atteints, par une (coïncidence singulière, pouvait être attribuée, dans l'un et l'autre cas, à une même cau>e, à une hémorrhagie cérébrale, parce (pi'elle avait débuté d'une manière subite. Mais l'exploration de la contractilité électri(pie des muscles paralysés montra bientôt qu'un tel diagnostic eût été erroné. En effet, l'un (le malade de la Crmi(piej avait i)erdu pinson moins la contractilité éleclri(iue de la plupart des nmscles paralyses; l'autre (le malade de la Charité) avait au contraire conservé intacte cette propri(Hé musculaire. I^a paralysie, chez le premier, ne j)ouvait être rapport('îe (pià une lésion de certains nerfs des plexus cervical et brachial, tandis (pie, chez le second, elle devait êli't^ le produit (le l'alt/M'ation d(» la subst.niee ('(M-ehiMle. Telle fut du moins

'21 s PMUIYSIIS PMI I.rsiON llUt'MMlorii DES NBUFS MIXTES. la (It'diiclioli (|ii(' jr lii'iii de lii ('oiiii.iissaiicc (l(; r,(;s plK'iioînfMit'S (''l('cH-(»-|);illi()l();4i<|ii«'s. O dia^Mioslic, liasc sur ['('lai «le la (•(nilcac lilih* (''Iccti'n-iimscnlaiiT, «'lait (riiin' i^rainlc cxactiliidr, coiiiin)' U' pnmvc riiisloiiT de ces deux irialadcs.

Ainsi, il est dit, dans l'ohsorvatinii XII : 1 (|iri! <'\i>tait, du rA\r paralyse, an niveau i\l':^ |)le\iis cei'vieal et l)i'a<'liial, nii p(tint don lourcnx (pii pins lard an^ineiila et s'inadia dans ravant-l)ias; 2" (pie les imiselos paralysés s'atrophièrent rapidement et profon- (h'ineiit, coMinie je l'avais, du reste, aiiiionee immédiatement apn'îs l'examen par la faradisation mnsenlaire; IV'ipie le malade présentant à la surface du coi'ps des traces d'accidents syplnlili(pjes tertiaii'es, (une exostose) pouvait bien avoir comprimé certains nerfs du pl(;xus, et produit consé(iuemment la paralysie ; 6" enfin, (pie cette |)aialysie a été guérie sous l'inlUience du traitement spécifKpie (du protoiodure de n)er('ure). L'ensemble de ces i)liénomènes démontre donc l'exactitude du diagnostic porté dans l'observation XII. — Le diagnostic ditiérentiel de la paralysie du malade de la Charité ne fut pas moins exact ; car ce malade avait été frappe, un an auparavant, d'une hémipléi;ie cérébrale, dont il avait été guéri presque complètement par la taradisation localisée, appliquée sept mois après le début ; et il est évident (pie la dernière paralysie dont il avait été atteint était aussi de même nature. 11 lut soumis à mon observation pendant cinq mois, après lesquels les muscles ne parurent pas avoir souffert dans leur nutrition ; ce qui n'a pas lieu dans la })aralysie traumatique dc^s troncs nerveux.

La seule paralysie qui puisse être confondue, à la riguem\ avec celle qui résulte de la lésion traumatiipio d'un nerf mixte, c'est la paralysie saturnine.

La paralysie traumatique du nerf radial a, en effet, beaucoup de ressemblance avec la paralysie saturnine limitée à l'avantbras. J'en exposerai le diagnostic difï'érentiel, dans le chapitre qui sera consacré à l'étude de cette dernière paralysie.

La compression des mendjres est (lucUiuefois suivie de paralysie, mais alors on ne retrouve plus les signes électro-musculaires qui caractérisent la lésion traumatique des troncs nerveux. En voici deux exemples.

Observation XVIIL — Paralysie des extenseurs du poignet et des doiyls^ consécutive à la compresswn de r avant-bras, pendant une attitude fausse et prolongée. — Intégrité de la contractilité électro-musculaire. — Guérisonpar la faradisation localisée.

Philippe Petit, âgé de dix-sept ans, fabricant de boîtes de montre, de-

DIAGNOSTIC Din-KIIENTIEL PAR l/l'XPi.OHA TION {'.LKCTHU^VK. 21!)

meuranL nu» S,iiiU-l'iorr(3-Motiliii;nlro, ii" lo, dune Ixjiinu corislilution, n';i jamais eu de maladm j^ravc, n'a jamais ressenli de douleurs névralu'i(iues ou rluiinalisiuales. ni de paralysie. l>as d'alFecliou sy|)hilili(|U(,', pas d abus vénérien, |)as de coliques, ni de (•onsli[)alion, enfin pas d exposition à i'inloxicalion saturnine. — Le 7 ni.irs 4 S'il), étant au speclacle, il fui oblijré de rester dans une fausse position, pcjndanl plusieurs heures, les deux mains appuyées sur une rampe, el le poids du cor[)s portant sur les membres su- |)érieurs, principalement sur le bras {,'auclie. Kn sortant du théâtre, il s'aperçut que ses poignets tombaient, sans qu'il lui fût possible de les relever ; les mouvements des doigts étaient conservés, bien (jue difficiles ; \\ m; sentait ni fourmillements, ni picotements, ni engourdissement dans les doigts. Les mouvcmenis du bras et de l'avant-bras sur les bras étaient intacts. Pas de céphalalgie, ni de fourmillements dans les membres inférieurs: pas de troubles fonctionnels dans les autres organes. Le lendemain, les mouvements étaient revenus du côté droit; mais du côté gauche, la paralysie s'était aggravée. — Pendant huit jours, frictions ammoniacales sur la [)artie postérieure de l'avant-bras et de la main, sans amélioration, puis, plusieurs vésicatoires promenés sur l'avant-bras et pansés à la strychnine, — Pendant un mois et demi, le malade éprouvait des secousses générales. Sous l'intluence de ce dernier traitement, les mouvements d'extension du poignet étaient seuls revenus, mais faiblement.

Kn présence de cette persistance de la paralysie, le médecin du malade et M. le docteur Cazalis conseillèrent l'application de l'électricité. Je vis le malade vers la fin du juin 1850, et je constatai les p'.iénomènes suivants :

Lavant-bras gauche était moins volumineux que celui du côté opposé ; l'atrophie avait porté principalement sur les muscles de la région antibrachiale postérieure ; le poignet était Jléchi sur l'avant-bras et ne pouvait exécuter que des mouvements d'extension très limités ; la supination était impossible, et lorsqu'on plaçait la niain en supination, la pronation se faisait avec force. Extension des doigts, adduction et abduction du poignet perdues ; écartement des doigts très limité; mouvements du pouce et flexion des doigts conservés (pour constater l'inté^^rité de ce dernier mouvement, il fallait maintenir le poignet étendu, pendant que le malade contractait les fléchisseurs). Tous les autres mouvements du menibre supérieur gauche étaient intacts. La contractililé électrique était à létat normal dans tous les muscles paralysés, mais la sensibilité cutanée était un peu diminuée. — La iaradisation localisée rétablit assez rapidement les mouvements volontaires, car, après huit jours de ce traitement, l'extension du poignet fut presque complète, et les doigts s'étendirent davantage. Les applications faradiques, qui juscjualors avaient été pratiquées chaque jour, ne furent plus faites que trois jours par semaine, et un mois après le malade avait recouvré tous ses mouvements, sa force et son habileté.

*JLM) l'MlAlYSIFS l'AU |.i:si(tN TlWIIMATIOt'E DES NhUlS MIXIIS.

Ici, 1,1 caiiM' iiir piiiiiil »'\ idt'iitc, c'est la l'anssc jxtsilioii du iiicinhi'o (|ui a produit iinincdiatciiiciil la paralysie. La coiiiprosioii de j'avaiithras, (|ui .s'exerçait principaleriienl sur \>'. musclrs d(! la r«';>'i()ii postérieur!!, a-t-clle i;èue nî(>MieulaueMi(':il l'ai ces de l'iiillux nerveux'/ Ces cas ne sont [)as exce»ivruieiil laro dans la xàence.

31. Auïussat père m'a a(lr(ï>s('î un malade (pu avait m les muscles de la |)artie supérieure de l'avant-hras {^auclir, tcajjpj's (h; paralysie après une fausse position du UKMnhre. (le malaflc sciait endormi, le bras élevé et l'avant-Iiras place derrière la letc A son réveil, son bras était resté engourdi et |>aralysé. Ijs muscles |)aralys('s avaient conservé leur contraclililé électri(pie. Il lut ^ueii ties rapidement par la taradisation localisée. J'ai eu occasion d'oliserv(;r plusieurs autres cas semblables.

Obsekvation XIX. • — Piiiuhjsi(; pur cowprcsfiioii thi innnbrc fiupér'.cur .

— Cunscrvaliun île la conlrucliliU' rlcclri(]iu' dans les muscles paralysés.

— Gueri&oii par la faradisalion localisée.

Un homme, employé au chemin de 1er de Strasbourg, entré à la (.harité (salle Sainte-Vierge, n^ 49, service de M. Velpeau). Il raconie qu'en traversant une tranchée, un mois auparavant, il fut surpris pur un éboulement de terre considérable qui comprima le membre supérieur gauche. Lorsqu'on l'eut dégagé, il ressentit de la douleur dans toute l'éleadue du membre el dans la région de l'épaule du même côté. Plusieurs bains généraux, puis des bains de vapeur et des liniments laudanisés el ammoniacaux ont été employés sans aucun résultat favorable. Le 13 février I8'i9, M. Velpeau m'engage à essayer l'emploi de la faradisalion. Voici dtins quel étal je trouvai alors le malade: il ne pouvait écarter le bras gauche du tronc, ni le porter en avant ou en arrière, ni lui imprimer des mouvements de rotation, ni porter la main derrière le dos ou sur la tête ; la llexion ou l'extension de l'avant-bras, la pronalion ou la supination de la main, I extension ou la flexion des doigts étaient très limitées ; enfin, l'écarlemenl des doigts et les mouvements du pouce étaient nuls. Le malade se plaignait de douleurs s'irradiant dans tout le membre, douleurs qui s'exaspéraient le soir el l'empêchaient de dormir. L'excitation électro-cutanée pratiquée sur le menjbre malade, ût disparaître immédiatement la douleur. Les niuscles furent ensuite successivement faradisés, à l'exception de ceux qui meuvent le doigt et le pouce. Je constatai alors que tous les muscles possédaienl leur contractilité électrique normale. Le I 4, le malade put mouvoir le bras en tous :rens avec une extrême facilité; il l'élevait verticalement, portait la main à la tête ou derrière le dos, exécutait des mouvements de pronation ou de supination ; mais les mouvements de flexion ou d'extension des doigts n'avaient rien gagné. Les muscles qui exécutent ces derniers mouvements furent fa-

iMioNoviic l'AH i.'kxploration ÉLRCTUIOI'E. 221

radisés à lour lonr, cl ils reprirent inimrdiatenient, (-omme los inusclos du hras et de I i'|»iiiil('. leurs inoir.MMiienls volontaires. — Le lo, le malade ayant |)ris un h.iin simple pendant les applications faradiques, M. le professeur Velpeau se demanda si ce bain n'avait pas exercé sur son état une inlUieiice tl»érapeuli(jue. Dès lors, je suspendis le traitement jusqu'au 22 suivant, et il fut bien constaté que la paralysie, au lieu de continuer à s'améliorer, s'était a^^gravée, au contraire, bien que dans cet espace de temps le malade eût pris plusieurs bains. La faradisation localisée fut alors appliquée de nouveau, et cjuinze jours après le malade sortit de l'iiôpilal à peu j)rè3 guéri. Sa iruérison fut complétée par quelques séances de faradisation que je lui donnai dans mon cabinet.

K\] résulll('^ bien (jiie dans les paralysies par i'ausse position ou par compression dn membre, ta contractilité électro-musculaire ait été trouvée normale, je crois qu'il est permis de rapporter ces paralysies à une lésion traumatique nerveuse, lésion |)robablement circonscrite dans les houppes nerveuses qui s'irradient dans le ti.ssu musculaire com|)rim('î, et (|ui est trop faible, sans doute, pour porter un grand trouble dans l'état de la contractilité électro-musculaire.

v^ III. — l*ron<>Ktic «les paralysies traiiniati<|iios «les nerfs mixtes tiré <le TétatUc lu contractilité et de la sensibilité électro-musculaires.

A Si le diagnostic différentiel de ces paralysies est en général très facile, il n'en est plus de même quand il s'agit de connaître exactement l'état de chacun des muscles qui sont sous la dépendance du nerf lésé. C'est ici (|ue l'emploi de la faradisation localisée est absolument nécessaire. Pour s'en convaincre, il suffira de se rappeler les phénomènes électro-pathologiques si variés que j'ai exposés précédemment, dans lasymptomatologie électro-musculaiie. Faisant un instant l'application de la connaissance de ces phénomènes, si l'on suppose (pie plusieurs malades se présentent avec un membre entièrement paralysé, ou ap[)ren(l par l'histoire de la maladie que, chez tous, la paralysie a été occasionnée par une lésion traumaticpie d'un nerf, du plexus brachial, par exemple; les mouvements volontaires étant également abolis, on en déduit un diagnostic semblable |H)ur tous. Eh bien , si l'on fait contracter chacun des muscles paralysés, on trouvera entre ces malades des ditterences énormes : chez l'un, les muscles de réi)aule auront conservé leur contractilittî électrique, laiiuelle sera, au contraire, complètement détruite dans les muscles du bras, de l'avant-bras et de la main (oIjs. VII); chez un autre obs. IX), les muscles du bras et de la rt'uioii antérieure

222 l'MlMYSlFS IVMl l.i.SlON TU AHM \ I lOlK r)MS NFHKS MIXTKS.

(le ravaiitlujis cl clf la main smil les mmiI^ (jiii jouissent cncnn^ de Irnr ('(»nli'a('iilil('«'lt'ctrii|n(! norniaU^; clic/ nn tioisirnie (obs. Xlll), <■(! sont les iiuiscles de IV'paul'.; (|ni ont le pln^ soniVcit dans ienr contractililé ('l«'('tri(|Uo ; cnlin, nn dernier iiialadi; (obs. \ll)a perdu conipleleinent les nionvenients du dcltoidi; et tous les autres niouvoinents de son inendirc^ supcM'ieur sont conserves, hitMi (pi'ii y ac.cuxî un peu de j^ène. /'(udlf/siae du ncrj ciranijlccc : tel est 1(5 dia^noslie lii^oureusenient ]){)rté dans ce deinici' cas. On exannne plus tard, par la laradisation , r«''lat individuel d<; chacun des nniscles du nieinl)r(!, et l'on découvre (pie le tiers posl(';rieur du deltoïde a été moins It'sé dans son irritabilité éleclrupu.' (pie I(îs autres parties du même muscle; (|U(! le lon^' siipinalfur a perdu une {^rand(; j)ailie de cette même propriété. Ce malade lléclnssait bien l'avant-bras sur le bras; mais plusieurs muscles concourant à ce mouvement, on observa, à un examen plus attentif, cpi'il contractait hî biceps et le brachial autérieur, tar.die que le Ion*; supinateur restait lla.s(iu(; et inactif. (Vest donc la laradisation localis('e (jiii, dans ce cas, a mis sur la voie de la paralysie du long sii[)inateur, et a tait connaître le pronostic de cette paralysie.

B. // rcsfiort donc des considérations précédcntPS, que le pronostic des paralysies consécutives à la lésion traumatique des nerfs ne saurait être établi exactement sans l'exploration électro- musculaire. — Cette proposition est démontrée surabondamment par les faits déjà exposés. Les observations que je vais rapporter en établissent beaucoup mieux encore l'exactitude et l'importance. J'ai eu à poser le prono.stic de deux cas de paralysie des mêmes muscles du membre supérieur droit, produite par une chute sur l'épaule. En voici la relation :

Observation XX. — Paralysie traumatique de quelques muscles animés par les plexus cervical et '. rachial.

Guille, homme de peine, trente-cinq ans, demeurant rue (]es Trois- Bornes, n" 21 , d'une bonne constitution, était bien poi tant lorsqu'il fit une chute sur l'épaule le 5 février 1853, en chargeant une voiture; son pied ayant glissé, il se laissa dioir sur le côté droit, et l'épaule porta contre le pavé. Il ne perdit pas connaissance et n éprouva aucune douleur au momeïit de la chute, ni par la suite; mais il fut surpris, après s être relevé, de ne pouvoir ni éloigner le bras du corps, ni lui imprimer le moindre mouvement, soit qu'il voulût le porter en avant, en arrière ou en dehors. La flexion de l'avant-bras sur le bras était également impossible. A la main du même côté, il n'éprouva qu'un peu d'engourdissement et de gêne dans les

IMinNiSlu; l'Ail L I-XPLOHATION KLKCruiOUk'. I>'i3

iiiouvciiKMil,-. (Jii piiuc' cl (lo I iiidox. Lii suiisibiliié ijcLile, (•t)rnnio l.i scnsibililù (ii> 1,1 |»(Mii, (Miiit iiilaclc. TniiK^ cli,'/. iiii d i>|)r('s los coMîicils d.; M. .M,i|- ^^li^'no, il s(» lit ;ii)|)liqu(;r (les vésicdloires voliJiils mit l'cpaino. Après trois scniîiiiu's (io eu IraiienuMit, il est entré à rhôj)ilal delà Clinique, n" 15, dans le service de M. Xélaloii. Trois semaines après son entré.* à l'Iiôpilal (vers la fin (]"avril \H['Ù\, ili^ux mois après l'accdcnt), je l'examinai p,»iir la |)remière fois, SU! l'invitalion de M. Nélaton. Voici Us phénomènes cpjoje constatai alors: perte compicle d(î tous les mouvements exécutés par le deltoïde; l'élévation de l'épaulo du côté maladie e>t assez puissante mais évidemment moins énergique que du côté opposé. — Darjs le mouvement des épaules en avant et en dehors, l'omoplate droite reste en i)lace tandis que du côté sain elle exécute son mouvement normal. I.a (lexion de l'avant-bras sur le bras est perdue complètement ; dans les efforts que fait le malade i)Our exécuter ce mouvement, on ne sent se contracter aucun des muscles lléchi.-seurs, pas môme le long supinateur, le seul (pii soit paralysé à lavant-bras. — Hxtension de l'avant-bras sur le bras en partie conservée, mais très faible ; niouvemenls de rotation, en dehors, de l'humérus sur le !:capulum complètement j)er(]us: conservation do la rotation de l'humérus, en dedans.

Observation XXI. — Parulysio ulrophique du deltoïde^ des rotateurs de rhuménis et des fléchisseurs de Cavant-bras sur le bras. - - Cause truuma' tique. — Guérison en cinq séances.

Alphonse Delaplace, âgé de vingt ans, ouvrier employé au chemin de fer d'Orléans (gare d Ivry), demeurant à Bercy, rue de Charenton, 7. Le 5 octobre 1853, il tomba sur l'épaule droite de la hauteur d'un wagon, en voulant desseirer les freins, au moment du départ d'un train de marchandises. Ne f)Ouvant plus se servir de son membre, dans lequel il éprouvait de fortes douleurs, il entra imuiédiatement a l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Jobert,salleSaint-Côme,n" 3. Voici, d'après M. Kigal, externe du service dans (juel état élait,alors son membre supérieur droit. Lo volume de l'épaule était considérablement augmenté; la tuméfaction selendait d une manière uniforme à tout le moignon. La pression y déterminait une douleur vive surtout a la partie antérieure; les mouxements spontanés de ce membre étaient impossibles. L exploration la plus attentive ne put faire découvrir aucun (les symptômes dus soit a la luxation de l'épaule, soit à la fracture de la clavicule. Le malade fui maintenu au lit, et son épaule fut condamnée à limmobililé au moyen d'un triangle et dun bandage de corps qui rapprochait (lu tronc le membre malade. La clavicule fut couverte de cata- |)lasmes. Au bout de quelques jours, la douleur et le gonllement avaient disparu, et quinze jours après le malade sortit de Ihôpilal, mais sans avoir recouvré lusage de son membre. Trois semaines après sa sortie de l'hô-

'226 l'AHAl Y>IKS PAU I.KMON TH Al'\l A I inli; DF.S NKHKS MIXlK-i.

piljil, Dcliipliicc, ii(> voviiiil pjis (!(• cli.iiii^i'iiH'iil (liins l'rljil iU*. hJi panilysio, so pivspiila ;m huK'.ii) ccnlriil. .M. |)('|);ml, (jui cUnl alors de MTNicc, coiislîila l'fNisleiu'e (le la paralysii; complète du delloïde et des lléclii-seurs de l'axanlbras sur le htas. Sachant que jo rechercliais ces casdii paralysies Iraumaliques. il cul l'ohli^'catice do me l'adresser. C.v. fut le I!) iiovcviihre 1853 que ce malade se présenta a ma clinique, cesl-a-dire six semaines après le début de la niidadie. (Vêtait un jour consacré aux expériences el aux léchons cl iniijues, faites dans mon cabinet. J(; constatai, en présence de plusieurs confieres, (pie ce malade avait complétemeriL perdu rusag(; du dell(jïde, des rotateurs de riiumérus en dehors el (U'> lléchi^seurs de l'avant-bras sur le bras.

\'A\ ri'siiiiu'*, ces deux malade^ présciilaieiit une |)ara]ysie datanl (1(! plusieurs semaines, si(?^eaiit dans les UKMiies muscles du meml)r(i supéi'icui' droit, produite par une mciine cause (une chute sur le moij;ih)n de r(''paule;. Le pronostic paraissait devoir (Hi'e plus^M'ave chez celui (jui avait el('; violemment jet(3 contre le sol, de la hauteur d'un waL^on, et (pil en avait ('prouvéi une forte contusion de r('paide. On pouv.iit ( raindi't.' (jue le circonflexe el d'autres nerfs du j)l(.'\us brachial el cervical eussent (H('' plus prof()nd(''ment h'ses (|ue chez celui (pii était londxj do sa hauteur sur bon ('paide, et n'y avait aucune douleur, aucune blessure apparente. Eh bien, voyons si ce pr()nostic a ('t(' cotilirmé [)ar l'exploration électro-musculaire, (,'t justilie par la marche et la termijiaison de la maladie.

Voici les phénomènes électro-musculaires que je constatai chez Guiîle (obs. XX), en présence de M. Xélaton et dos élèves qui suivent sa clinique : abolition de la contractililé électrique dans les muscles deltoïde, biceps, sous-épineux, j)clit rond et long- supinateur, faible diminution seulemenl do cette propriété dans les muscles triceps brachial el grand pectoral ; sensibilité de la peau partout normale; sensibiliié, à peu de chose près, abolie dans les muscles privés de contractililé élecirique. J'ai posé alors le diagnostic el le pronostic suivants: Pardhjsie alrophiquc de quelques muscles animés par le plexus cervical et braciiial. Les muscles qui ont perdu leur contractililé et leur sensibitité éleclro-musculaires vont inévitablement s'atrophier, quoi qu'on fasse, et quand la force nerveuse leur reviendra [dans huit ù dix mois), oa pourrai) rappeler la nutrition cl les mouvements par la faradisation localisée. Cette prédiction s'est réalisée ; car, malgré que les boulons de feu aient été appliqués au niveau des plexus cervical et brachial, et que j'aie faïadisé Guille régulièrement el énergiquement (trois fois par semaine), les muscles qui y étaient privés de leur conlraclilité et de leur sensibilité électriques se sont atrophiés rapidement, au point qu'il était impossible d'en constater l'existence. L'humérus ne semblait plus tenir au

PRONOSTIC PAR [.'EXPLORATION KLI-CTRIOIE. 225

scapulum que par la capsul<3 arliculaire, et la tôle de l'humérus était tellement éloignée de la cavité j^'iénoïde, qu'on pouvait la subluxer dans tous les sens. Les muscles dont la contractilité éleclriquo était peu diminuée, recouvrèrent presque immédiatement leur force. Les choses restèrent dans cet état jusqu'au neuvième mois, et alors apparurent, sous l'influence de la faradisalion, des phénomènes de sensibilité dans les muscles atrophiés. Ce fut pour moi un signe précurseur du retour de la nutrition, et je l'annonçai à M. Nélalon. En effet, je vis reparaître peu à peu la fibre musculaire dans le deltoïde et le biceps. Le 2 juillet 1854, M. Nélalon a constaté à sa clinique que ces muscles sont en voie de régénération ; il en a montré l'épaisseur en les saisissant entre les doigts, mais au moment où j'écris la période de retour des mouvements n'est pas encore arrivée, et je ne doute [)as que bientôt il apparaîtra un commencement de mouvements volontaires. Le traitement f;iradique sera continué chez Guille jusqu'à ce que j'aie obtenu la guérison complète; ce qu'il m'est permis d'espérer, d'après les faits analogues rapportés dans ce cliapilre (I ) .

Je vais iiiaintenant exposer les phénomènes électro-musculaires que j(; constatai chez l'autre malade (Delaplace, obs. XXf).

Les muscles n'avaient perdu qu'une faible partie de leur conlraclilité électrique et leur sensibilité était normale. J'en déduisis un pronostic favorable, et j'annonçai que non-seulement les muscles ne s'atrophieraient pas, mais que très probablement ils allaient recouvrer assez rapidement leurs mouvements volontaires par la faradisalion localisée. Après avoir vigoureusement faradisé chaque muscle avec un courant à intermittences rapides, pendant huit à dix minutes, le deltoïde se contracta volontairement, faiblement, il est vrai, mais d'une manière très notable. Les lléchisseurs de l'avanl-bras sur le bras ne paraissaient avoir rien gagné. Le dimanche suivant (19 novembre), je notai que l'élévation du bras se faisait encore mieux, et que Delaplace commençait à tléchir l'avanl-bras sur le bras. Il fut encore faradisé trois fois à quelques jours d'intervalle, et je constatai, en présence des confrères qui l'avaient vu lorsqu'il s'étail présenté In première fois à ma clinique, que sa guérison était complète. Ce malade est venu m'ap[)rendre, en mai 1854, que sa guérison s'était bien maintenue.

Ainsi, on vient de voir (jue l'exploration ék'ClronuisnilainMn'a permis d'établir 1») pronostic ditlerentiel, dansées deux cas de para-

(1) Ici était mon espoir au mornont où j'ai publié cetto observation dans la précédcMite étlilion. Malheurousomont ce malade nout pas le ( ourat;e de continuer son irailemeut assez lonj^temps pour obtenir, sinon une yuerison complote, du moins une jirande amélioration.

DCCIIENNE. 15

TIC) i'\uM\sii:s ('AU i.i.sidN TuACMAiioni; I)Ks nuits mimis. lybiL's IrauiiKilitiiK's, (jiii cUiiciil lm: appiirciicc .s(;iiil)lal)lc^, diml Ir (It'f^n* (le lésion |)ill•ilis^i^it lu iiK-ine, eUpraiiciiii iiuli(.' sif^iic n'aiirail pu taiic (listiiij^iicr entre elles. On a vu aus>i (|uerL' prointslic a rU' pleinement justilio même p.ir la suit»;, puis(|ne h; malade dont les nerl's paiaissaient i)lu.s y;i'avemenl lésés (Delaplacc;, ohs. \XI) a ^'ueri en (piehjucs séances (on neui" séances), tandis (|ùe cliez l'autre nialachî ((iuille, obs. W), la paralysie est eneon; dans le ujéuje état aujourd'hui, après un an, et cpie ees muscles paralysés se sont rapidement atrophiés, comme je l'avais annoncé, bien (ju(; M. Nélaton lui ait tait appli(|uer des boutons (h; l'eu au niveau du plexus brachial, et ([u'il ait été soumis régulièrement et énergi(iuement à la faradisation localisée.

C. Dans le mémoire (juc j'ai publié en 1852, j'avais formulé la proposition suivante : Jm gravité d'une pœult/sie consécutive à la lésion d'un nerf mixte est en raison directe de l'a//aiOlisse?nent de la contrnctilité et de la sensibilité électriques des muscles auxquels ce nerf conduit l'excitant nerveux. — Cette proposition, qui était démontrée par les faits exposés précédemment, s'est trouvée coniirmée par de nouvelles observations. Je vais en rap[)orter une.

Observation XXII. — Louis Bellel, âgé de cinquante-trois ans, demeurant rue Descartes, 8, dune bonne constitution, mécanicien, reçut le 2 novembre 1852 une barre de fer pesant 350 kilogrammes sur la jambe droite, qui fui fracturée, el dans la chute qu'il fil alors sur le bras droit étendu, il se luxa l'épaule. Immédialement transporté à l'hôpital Saint- Louis, salle Saint-Ferdinand, n° 16, service de M. Malgaigne, provisoirement fait par M. Richard, sa luxation fui réduite le lendemain avec facilité. Lorsque dix jours après on le débarrassa du bandage contenlif, on s'aperçut que le bras était complètement paralysé, Bellet pouvait seulement fléchir un peu l'avant-bras sur le bras. Le 23 décembre 1852 (51 jours après son entrée) il sortit de Ihôpital dans le môme élat et à peine guéri de sa fracture.

Quatre jours après, le 27 décembre, il se présenta à ma clinique avec une recommandation de M. le professeur Malgaigne, et je constatai les phénomènes suivants : il n'existe pas une grande différence dans le volume des deux membres supérieurs; les mouvements du membre supérieur droit sont entièrement perdus, à l'exception d'une légère flexion de lavant-bras sur le bras. Ainsi, pas de mouvements du bras sur l'épaule; quand on a fléchi son avant-bras sur le bras, il ne peut produire Textension du premier. Enfin, les mouvements de la main, des doigts eUlu pouce ^ont entièrement perdus. A l'exploration électro-musculaire, je constate une faible dinsinution de la contractilité électrique dans le delto'ide, le triceps brachial, le long supina-

PUoNosTiC l'Ait i/kXIM.oUaTIoN tUClWlQVK. 1*11

leur et les muscles de la région |U)slc'rieure du bras, tandis que les muscles animés jiar les nerfs méilian et cubital ont perdu entii^nment cette propriété. La si'iisibiliti! culanée éluil perdue à l.i njain el a la face antérieure de l'avaiil-brai:. Les nerfs médian et cubital avaient aussi perdu toute espèce de Sensibilité, ainsi que les muscles places suus leur dépendance. Sur leu senible de ces signes j'établis immédialeincnl le [)ronoslic suivnnl : Dans u)i temps assez court, les muscles dont l'irrilaliilUé n'est que diminuée retrouveront les mouvements par la faradisation localisée; quanta ceux qui ont qravemeut souffert dans l'état de celte propriété et dont la sensil)ilité est abolie^ non-seulement Us resteront paralysés, mais encore u)ie atrophie profonde ne tardera pas à les atteindre. C'est, en effet, ce qui arriva, el ce que je fis remarquer à iM. le profes.-eur Cruveilhier dans le service duquel je fis entrer le malade pour le rendre témoin de ces phénomènes. En effet, après deux mois de faradisation localisée, pratiquée deux ou trois fois par semaine, le malade pouviiit écarter le bras du tronc, étendre et lléchir lavant-bras sur le bras, porter l.i main à la face, étendre les premier, s phalanges et le poignet. Mais les muscles de l'avanl-bras et de la main restèrent |)arulysés, et s'atrophièrent profondément, malgré la faradisation localisée, continuée énergiquemont. Cette atroj)hie était surtout évidente à la partie interne et supérieure de l'avant- bras, dans le point occupé par la masse des muscles qui s'attachent à l'épitroclée. Ce fut seulement neuf mois après l'accident (vers le commencement d'août i8o3) qu'il commença à ressentir des douleurs lancinantes dans la région antérieure de l'avant-bras et de la main, douleurs qui apparaissaient surtout après les séances faradiques. A dater de ce moment, il a pu lléchir un peu les dernières phalanges elle poignet; le 30 octobre 4 853, bien que la faradisation eût été appliquée irrégulièrement et rarement, ces mouvements augmentèrent progressivement, le malade put fermer la main avec assez de force et lever a peu près iO kilos, tandis qu il y a deux mois il ne pouvait prendre avec les doigts lléchis un jioids de "i kilos. La nutrition a marché parallèlement a\ec le retour du mouvement, car la masse musculaire qui s'attache a l'épitroclée est presque aussi développée que de l'autre côté. iMais les petits muscles de la main (muscles inlerosseux et des éminences)ont moins gagné, et sans doute qu'il leur faudra encore un temps assez long pour qu'ils recouvrent conqjlétemenl leur nutrition et leur motililé. 11 est à regretter que le malade m; puisse se faire laradiser plus sou\ent (il l'est tout au plus une fois [)ar semaine). L'étant prive de l'usage des muscles de la main, il n'a pas encore assez d habileté manuelle pour I éprendre son état de mécanicien ; mais il est assez, fort pour être employé dans une usine comme chauffeur d'une machine a vapeur. — Bellet est resté (piatre u.ois sans se faire faradiser, les muscles de la main ^onl reaiea dans le même état. Depuis le mois de mars 1854, il a repris >oi\ traitemeiit plus régulièrement (deux séances par semaine); aujourd'hui, tin de juin, je

228 ^^uM,v>^l^s iv\u i.i>ion tuai matimiik dfs NF.nrs mixtks. conslato (|ii(' 1rs inusi!o> do la main coinincncont a foiictionnor. J'ai oiil)Ii(3 do diro qyw la falnrifiralion, (|Mi avait (liiuiiiiié d.iiis le iiKMubn^ î)aralys(^. a augmenli'! rapidcnuMit sons rinnncncc, dn Irailciiuînl. lùiliii aî)r('S un nouveau Irailrmt'nl de; cinq mois, lo membre a retrouvé son mouvement, sa force et sa nutrition.

En rrsumé, deux mois de laradisatioii ont sulli pour rappeler elle/ Hellel le inouvenienldaus les muscles dont la contraetilité et la sensibilité étaient seulement allaiblies, tandis i\\u) les muscles dans lesquels ces propriétés étaient abolies, sont restés paralysés et se sont atrophiés à peu près complètement, bien cpi'ils eussent été ('gaiement t'aradisés. Kniin, ce n'est (pie vers le neuvième mois cpi'ils ont commencé à renaître, (^e lait ajouté à d'autres dont on se rappelle l'histoire, démontre donc l'exactitude de la proposition formulée ci-dessus.

D. Le })rorwstic de ces parali/sies traïuiiatlques est beaucoup moins grave, quand la contraetilité électro-musculaire étant éteinte, la sensibilité des muscles est conservée ou seulement faiblement diminuée. — J'ai vu récemment la démonstration complète de cette propi-sition importante chez un malade dont je vais résumer l'observation.

Observation XXIll. — Paralysie atrophique du membre supérieur gauche, consécutive à une luxation scapuio-humérale. — im-galitc de la lésion nerveuse dans les muscles paraUjsés, reconnue à l'aide de l'exploration musculaire. — Les muscles dont la sensibilité est peu affaiblie ne s'atrophient pas, malgré la perte de leur contraetilité électrique, et recouvrent leur moiilUé vers le sixième mois^ tandis que ceux qui ont perdu leur sensibilité et leur contraetilité électriques restent parahjsés et s' atrophient considérablement.

Lambert, canneleur, trente-neuf ans, est jeté par terre dans une rixe et se luxe l'épaule gauche. La réduction est opérée douze heures après l'accident, le 7 mars, par iM. Chassaignac. Après la réduction, le malade s'aperçoit que son membre est complètement paralysé, bien qu'il n'y éprouve aucune douleur. Vers le 13 avril (un mois après la luxation), il m'est adressé par M. Chassaignac, et je constate que le membre supérieur gauche est entièrement privé de mouvements ; que le muscle deltoïde, les muscles du bras et ceux qui sont sous la dépendance du nerf radial ont perdu leur contraetilité électrique, et que celte dernière propriété est seulement un peu alîaiblie dans les muscles placés sous la dépendance des nerfs médian et cubital ; que la sensibilité électrique est normale dans ces derniers, un peu affaiblie dans le muscle deltoïde et dans les muscles du bras, et enfin qu'elle paraît abolie dans les muscles animés par le nerf radial ; la sensibilité de la

l'UONOSTIC PAR l'exploration ÉLECTRIQUE. 229

poati esl partout normale. Do l'ensomble de ces signes jo déduis immédialOMieut, en [)réseiu:e dos personnes présentes à ma clinique le pronostic suivant : Les muscles animés par les nerfs médian cl cubital sont trcs légèrement lésés et doivent recouvrer rapidement leur molililé par la faradisalion localisée; les muscles du bras et le delioidc s'atrophieront très peu, et se contracteront volontairement dans cinq à six mois ; enfin les muscles placés sous la dépendance du nerf radial s'atrophieront^ quoi quon fasse, et la nutrition et le mouvement volontaire ne commenceront à revenir que huit à dix mois après le début de la paralysie. L'événement a enlièremenl justifié ce pronostic, car, bien que la faradisation localisée ait été pratiquée exactement et de la môme manière sur tous les muscles du membre |)aralysé, après quelques séances (trois ou quatre) le malade fléchissait les doigts, les écartait les uns des autres, fléchissait le poignet, et, en peu de temps, ses mouvements se faisaient avec assez de force ; les muscles du bras et du deltoïde ont commencé à obéir à la volonté vers le cinquième mois, et sept mois après l'accident, ces muscles se sont contractés assez énergiquement, bien qu'ils parussent ne pas réagir sous l'influence de l'excitation électrique, et avec les rhéophores humides. Les muscles animés par le nerf radial sont restés pa« ralysés et sont tellement atrophiés que la peau de la région postérieure de lavant-bras paraît appliquée sur les os.

Ainsi, chez ce malade, un grand nombre de muscles avaient perdu complètement leur contractilité électrique, et cependant le degré de la lésion nerveuse n'était pas le même pour tous, puis([ue les uns se sont atrophiés faiblement, et ont connnencé à recouvrer leurs mouvements vers la fin du cin([uième mois, tandis (^ue les autres se sont rapidement et profondément ntroi)hiés, sont restés paralysés, et n'éprouveront très probablement l'innuence thérapeutique de la faradisation que vers le neuvième ou le dixième mois. C'est que les premiers jouissaient encore de hmr sensibilité électrique à peu près normale, tandis ([ue les derniers avaient perdu, à la fois, leur sensibilité et leur contractilité électriques.

E. J.a paralysie s'étend quelquefois, par une sorte de solidarité nerveuse, à des muscles dont les nerfs n'ont pas été lésés et dont la contractilité électrique a été trouvée normale. Alors on constate (|ue ces muscles n'ont pas soufiert dans leur milritiou, et (|u'ils recouvrent rapidement leurs mouvements. J'en déduis cette proposition, à savoir : (jue l'intégrité de la contractilité électrique des muscles paralysés, consécutivement à une lésio)i traumatiqne des nerfs mixtes est im signe favorable.

V. Il parait bien établi aujourd'hui c^u'un nerf divis('' peut se cicatriser, (pi'un nerf (jui a subi une perte de substance peut se régé-

y.M) IVMUIN^IIS l'M< liSION TH\I'M\rini'K DRS NF.UFS MIXTKS.

iMTci*. M.M. \ù)\\\\] rt l^r()Wii-S(''(|iiiii'(l ont constat*' pardfïs rcrJiorrhos nii(ros('()|)i(|nts (pie dans r,(S cas l(!S libres nfTVcnscs sp (;ontinuent sans inlcii'nplinn, à travers la oicatri(*e. Cos reclierclies expli(fuont très Iticn les laits (icjà nombreux dans lescpids on a vn les mouvements i-evenir dans des inuschîs dont les ncirfs ont été divisés ou détruits dans une certaine? étendue.

On connaît aussi la curieuse expérience df- M. ('I. Rernard, rpii a détruit dans le canal vertébral d'un cliien toutes les racines sensibles dans une assez grande étendue, de telle façon que leur répjénérescence fût impossible, [.a pc^rtc immédiate de la sensibilité a été la consécpience de cette opération; mais cette sensibilité est bientôt revenue progressivement, et un an après l'opération, l'animal a paru jouir de sa sensibilité'^ normale. Cette expérience démontre que l'influx nerveux central sait, au besoin, se passer de ses conducteurs naturels et (pi'à la longue il se fraye une nouvelle voie pour arriver aux organes. En conséquence, la cicatrisation et la régénérescence d'un nerf ne seraient pas démontrées, que l'on comprendrait encore très bien qu'un muscle privé de son nerf ne fut pas nécessairement condamné à mourir, comme on l'a cru trop longtemps.

Le pronostic ne doit donc pas être trop grave dans les cas de paralysie consécutive à la destruction d'un nerf, alors même que les muscles en ont éprouvé un grand trouble dans leur conlractilité électrique et leur nutrition.

C'est pour établir cette proposition que j'ai fait cette petite digression sur la régénérescence nerveuse, ou sur cette espèce de circulation collatérale du fluide nerveux.

Lorsque plusieurs années après la division ou la lésion d'un nerf, les muscles paralysés ne donnent plus aucun signe de vie, et que le membre se trouve réduit, pour ainsi dire, à l'état de squelette, le pronostic est certainement plus grave, sans que pour cela le cas soit désespéré. Je crois en avoir fourni la preuve dans plusieurs des observations que j'ai rapportées. A cette occasion je rappellerai la guérison, presque complète aujourd'hui, de cette main que j'ai trouvée décharnée et privée de mouvements (obs. XIV). Cette paralysie atrophique, on le sait, était consécutive à l'arrachement du nerf cubital, et datait de quatre ans !

G. J'ai cru trop longtemps, avec un grand nombre d'auteurs, que les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des troncs nerveux mixtes, et surtout à la division des troncs nerveux avec ou sans perte de substance, étaient incurables. Cette opinion a exercé sur mon esprit et conséquemment sur ma pratique, une influence

PnOxNOSTir V\]\ I.'KXIM.nHATlON \'\.\n:n\\()VV.. 231

faclieuse, jiisciu'au inoim-iil on l<'.s faits (|ii(; j'ai i)iil)liés, sont v(;nus dissiper idom erreur. Ain^i, iii'anivait-il d'j'de eoiisuité pour do senihiables paralysies, convaincu, coininr je l'étais, (pie l'influx nerveux central ne })()uvait an-iver librement aux niusclrs paralysés, ou je dissuadais les malades ou les conirèi'es de l'emploi de \\t\ectrisation, conmje moyen inutile, insullisant, ou bien, si je cédais à bîurs sollicitations, j'agissais avec si peu de persistance que je n'obtenais rien ou pres(iue rien. En voici, entre autres, deux exemples :

OdserVation XXIV. — Un malade dont j'ai rapporté l'observation dans la précédente édition (page 515, obs. LXXIV), el dont le nerf radial avait été atteint depuis neuf mois par une balle, dans les journées de février I 848, se trouvait dans d'aussi bonnes conditions pour guérir que les malades chez lesquels la faradisalion a exercé une si heureuse influence. Cependant, étant prévenu, dans ce cas, contre la possibilité de la guérison, je n eus pas la persévérance de continuer le traitement assez longtemps pour obtenir ce résultat. Le [)r()fesseur Kouqnier dans le service duquel il se trouvait, partageant mon opinion, renvoya peu de temps après, comme incurable, ce malade dont les muscles de la région antérieure de lavant-bras étaient paralysés, et qui ne pouvait aucunement se servir de sa main.

Ohservation XXV. — iM. X..., de Rouen, affligé depuis deux ans dune paralysie de l'avant-bras, survenue à lasuitp d'une fracture de l'humérus et rebelle à tous les traitements employés jusqu'alors, vint me consulter sur l'opportunité de l'application de l'électrisation. Tous les mouvements de l'avant-bras et de la main paraissaient perdus, à l'exception de quelques mouvements de flexion des doigts et du pouce qu'il exécutait encore, quoique faiblement. Je reconnus par l'exploration électro-musculaire que le nerf radial était seul lésé, car les muscles qu'il anime étaient les seuls (jui ne se contractassent pas sous l'influence de la faradisation localisée. Une lésion nerveuse qui privait ainsi les muscles de leur contractilité électrique et qui les avait de plus atrophiés, me paraissait, à cette époque, au-dessus des ressources de l'art, et je me refusai à rap[)lication de la faradisation. J'eus tort assurément, car ce malade n'était pas plus incurable que la plupart de ceux dont j'ai rapporté l'observation.

Ces laits démontrent l'iidluenee laclieuse (ju'un faux pronostic exerce sur la conduite du médecin, lia fallu toute révidence des faits (pie j'ai obs(îrves pour modifier aussi profondément et beureusement mon opinion sur le pronostic des paralysies traumaliques des nerfs mixtes.

T.V2 PMUIYSIKS P.VH I.KsKtN TH AIMATinCR r)F,S NKHFS MIXTFS.

AIITICM': III.

ACTION TlIl'nAri-.moDK DK l,A l'An ADISATION I.Or.AI.ISKK DANS DKS PAUALVSir.S TRAIJ.MATIQLKS DIS NKRIS MIXTKS.

J'ai dit au coiuiiiciicciiieiit de ce cliapilre (|iril est impossible d'appi-t'cier la valeur de l'action tli(îrapeiiti(iue de la f'aradisatiori localisée, applicpiée au traitement des |)ai'alysies liMunialitpies des nerfs mixtes, sans en avoir posé le pronostic, c'(;st-;i-(lire, sans en avoir reconnu le dejj;ré de {jjravité, et sans avoir prouve'^ cpie leur marche et leur terminaison seraient diffth'entes si celte nD'dic.ition n'était pas employi'e. I/exposi' des faits relatés dans le> deux articles précédents, a justilie pleinement cette proposition. On a vu, en effet, que parmi des paralysies (pi'on ani'ait pu croii'e i(lenti(pies, les uno guérissai(Mit rapideriient par la faradisation, tandis (pi(î les autres ne commençaient à être modiliées par ce traitement (pi'a|)rès un temps plus ou moins long (de six mois à un an); j'ai démontré aussi que la faradisation appliquée au début, à ceux des muscles qui avaient i)erdu leur contractilité et leur sensibilité électri(ines, non-seulement ne rappelait pas les mouvements, mais encore qu'elle ne prévenait pas l'atrophie des muscles et les difformités qui en sont la suite. On sait, entin, (ju'a l'aide dé l'exploration électro-musculaire, j'ai pu prédire ces résultats avec la plus grande exactitude. Quelles conclusions aurait-on pu tirer de tous ces faits, si je n'avais pas suivi cette méthode dans ces recherches électrothérapeutiques? H est évident qu'il en serait résulté une confusion qui aurait rejailli sur la pratique. Tel médecin, par exemple, à qui le hasard aurait fait rencontrer un de ces cas heureux, comme celui de l'observation XXI, aurait eu une foi aveugle (hms l'emploi de la faradisation, tandis qu'un autre à qui serait échu un cas semblable à celui de Guille (obs. XX), en apparence léger, aurait échoué avec cette même médication ; il n'aurait certainement pas manqué de la condamner. C'est ce qui est arrivé jusqu'à présent pour tout ce qui a trait à l'action thérapeutique de l'électrisation.

Les principes que je vais poser, déduits des faits dans la plupart desquels le pronostic a été sévèrement étudié à l'aide de l'exploration électro-musculaire, montreront combien est grande la puissance thérapeutique de la faradisation localisée, qu'aucune autre médication ne saurait jusqu'à présent remplacer dans le traitement des paralysies traumatiques des nerfs mixtes. J'établirai aussi que l'on peut prévoir exactement les cas dans lesquels cette action thérapeutique sera plus ou moins rapide.

ACTION TIIKIlAPEUTIOdR DK [.A FARADISATION LOCAMSKE. IV/t (^1. — Action Niir la *«4'nHiliilité.

L'action tli(''ra[)euli(iiio de la faradisation l()calis(';e sur les paralysies trau!iiati(iUL's des nerfs mixtes se nianilesle en premier lieu sur la sensibilité. On a vu, en edet, ((ue les membres paralysés qui n'étaient le siège d'aucune douleur, sont dev(Mms sensibles après quelques séances, et cela d'autant plus qu(,' la lésion du neil" avait été plus profonde. Dans ce dernier cas (obs. QQ) lu malade, dont les nerfs et les muscles supportaient un fort courant avant la faïadisation, témoignait une vive douleur sous l'influence de la plus légère excitation. Cette exaltation de la sensibilité se manifestait aussi à la pression ; enfin, ce malade éprouvait des douleurs profondes dans le membre paralysé, dans l'intervalle des opéraiicjns.

Cette hyperesthésie musculaire développée par la faradisation localisée a toujours été le signal du retour de la nutrition et des mouvements. En conséquence, i exaltation de la sensibilité des muscles et des nerfs, qui est produite par la faradisation localisée, est dans ces cas un signe favorable. Cette proposition me paraît d'autant plus fondée que dans les cas où la paralysie se montre rebelle à tous les traitements, j'ai vu cette hyperesthésie musculaire ne pas se manifester.

Observation XXVI. — En 1850, un malade était entré à la Charité, salle Saint-Félix, n° 1 1 , pour une paralysie à peu près complète du membre supérieur, consécutive à une luxation scapulo-humérale et datant de deux ans. Il avait été soumis à l'électrisation à l'hôpital Beaujon quelques mois avant d'entrer à la Charité. Mais, soit qu'on ne sût pas diriger l'excitation dans les muscles paralysés, soit que l'appareil ne fût pas assez puissant, la paralysie n'en éprouva aucune modification avantageuse. Ce malade disait n'avoir jamais eu de douleurs, ni d'exaltation de la sensibilité dans les muscles électrisés; la sensibilité cutanée et musculaire était, au contraire, obtuse au moment où je l'observai à la Charité. Mais sitôt que je dirigeai, à une dose suffisante, l'excitation faradiipie sur les muscles paralysés, le membre devint le siège de douleurs excessives qui nécessitèrent la suspension du traitement, pendant quelques jours. Bientôt après le malade exécuta des mouvements qu'il n'avait jamais pu faire depuis son accident, et put se servir de son bras pour un grand nombre d usages. Malheureusement il ne voulut pas se soumettre assez longtemps au traitement, et son état fut seulement amélioré. Ce fait est une preuve de plus à l'appui de mes assertions.

L'exaltation de la sensibilité, produite par le traitement faradi(iue, n'est pas de longue durée; elledisparaît progressivement, en même temps qu'on voit revenir la vie dans les muscles.

2Vl PAIIM.YSII'S l'Ail l.l'>!()N TlUIMATIOirK DIN NKHKS MIXTKS.

Je ii'iii pas loijjours ohscrv/î (juc riiypcrcstlirsic des muscles el ries iicrls se (l('Vrl(»pp»' sons riiilliicncc d»; la raïadisalimi dans les paralysies aiiciciiiics, (N)riimu dans l'oltscrvalion pi^'ccdciitc

On sait (pic dans ces paralysies anciennes les nieinbi'cs sont douloureux lorscpron lenr imprime des mouvements ou lors(prils sont exposés au froid, l.a laradisalion localisée lai! disparaître rapid(!merd ces douleurs (pii sii'iîcnt pi'incipalement dans les articulations. On en trouve un <'\emple dans ro])servation XVII.

^ II. — .t<'liirii Niir la «•alorifiiNilioii et sur la «•ireiilalioii.

On eonslat<^ dans toutes ces paralysies |)ar h'sion trauinali(|U(; des troncs nerveux, (pie r,d)aissement ch; tempéiature est coiisiderahle; ainsi, j'ai trouvé souvent uikî diltérence d(! ciii<( à six degrés enti'e le côté sain et le côté malade ; les mala(l(;s eux-mêmes ont toujours accusé un grand refroidissement dans le membre paralysé. La ("irculalion s'y fait mal ; les veines cutanées sont peu développées; la peau est violacée et œdématit^e, surtout (juand le membre est expos('; au froid, (hi des o/fets les plus constants et les plus iunnédiats de la ffiradisation localisée, c'est de faire disparaître ces phénomènes morbides. Jl su /fit souvent de quelques séances pour ramener la culorification du membre à son état normal. Cet effet thérapeutique s'est constamment produit dans les faits que j'ai rapportés.

11 faut un peu plus de temps pour développer la circulation veineuse et capillaire.

§ m. — Action sur la nutrition.

La nutrition subit à son tour l'influence de l'excitation faradique. Bien que cette action thérapeutique soit graduelle et la plus lente de toutes, il est cependant facile de constater en mesurant le volume du membre avant et après le traitement. D'ailleurs, les malades ne manquent jamais d'en faire eux-mêmes la remarque.

C'est surtout à la main où les veines dorsales sont les plus apparentes que l'on voit ces dernières grossir à vu d'œil C'est ce que l'on peut constater sur la figure 38 dessinée d'après le plâtre de la main d'un sujet dont les interosseux avaient été paralysés et s'étaient atrophiés consécutivement à la blessure du nerf radial. (La relation en a été exposée dans la précédente édition, p. 219, obs. XV). Avant le traitement ces veines dorsales étaient tellement petites qu'on ne pouvait les apercevoir (voy. la fig. 39), La main était desséchée, les espaces interosseux en étaient profondément creusés, et la peau en était flétrie et terreuse. Sous l'influence de la

ACTION TnÉlUPlil'riQCE DE f.A FMUDISVTION fOCALISÉE. 235

raradisation, les veines dorsales de celte main >e sont d(;velopi)ées progressivement (voy. la tig. 38). La nntrition et les mouvements

FiG. 38.

FiG. 39.

sont revenus dans les muscles atrophiés et la peau a recouvré sa finesse et sa coloration normales. J'ai photographié et fait mouler (lueUpies mains sur lesquelles on peut observer les mêmes faits.

Pendant cpie la caloritication, la circulalion et la imlrition éprouvent une influence thérapeutique aussi manifeste, la motilité ellemême ne tarde pas à revenir.

§ IV. — itction Kiir la eoniractilité niiiNculaire.

A. - Le retour des mouvements volontaires est toujours précédé de celui de la tonicité musculaire.

Pour démontrer cette proposition, je ne choisirai qu'un exemple. On sait que, consécutivement à la lésion du nerf radial, les extenseurs du poignet et des doigts paralysés sont entraînés dans l'élongation par leurs antagonistes. Sous l'induence de l'excitation faradique, on voit d'abord le poignet se relever et les doigts s'étendre bien avant (pie le malade puisse faire les moindres mouvements volontaires, (^e retour de l'attitude normale du poignet et des doigts annonc(Mnidemment le rétablissement de la tonicité dans les muscles radiaux, cubital, et dans les extenseurs des doigts. Mais bientiU la contraclilité volontaire reparaît à son tour, (luoique lentement et graduellement.

23() IVVlUIYSlFs PAU IKSIoN TU MM MinUK DKS MMIFS MIXTES.

n. — I,'<i(linii llicr;i|)(Mili(iii(' ili- la f.iradi^alioii IdcaliM-c paiail se inniiifcsh'id'anlaiil plus nIIc dans un miixlc (iiic ce (k-niicr c^l \A\i> rapproche du routn' uorvrux.

J'ai (Icja (lit, en parlant du ihkiiosIIc de ces |)aralysi('S ti-auiiialiqnt's (Il'S troncs nerveux, (juc l'action tlK'MaixiirMjuc de la laradisalion localisée est d'autanl plus eflicace et plus rapide <pie le, nuiscle il moins soullert dans sa contraclilil»; electriipic ; mais je dois encore signaler un autre phénonu-ne non moins intéressant et ([ue j'ai quelquefois observé, c'est (pie rinnueiictî lli(''rapeuti(|ue de la taradisalion localis(';e s'est manifestée d'autant i)lus rapidement que les muscles étaient |)lus rapproclK's du centre nerveux, i^e malade de l'observation VII en est un exem[)le remanpiable; en eilet, c'est d'abord son bras (jui guérit; puis (piehjues mois après, c'est le tour de son avant-bras; enlin les muscles de sa main ont éprouvé, en dernier lieu, l'action salutaire de la faradisation localisée. Pour cliacune de ces régions, le malade a passé par la même série de pliénomènes, à savoir: l'hypercstliésie musculaire, i)uis le retour de la nutrition, de la contractilité tonique et enlin de la contractilité volontaire.

C. — La lésion de la contractilité électro-musculaire persiste après lu guérison, malgré le rétablissement des mouvements volontaires.

J'appelle l'attention des observateurs sur un phénomène des plus nouveaux et des plus inattendus, et certainement l'un des plus importants au point de vue physiologique, sur cette altération de la contractilité électro-musculaire, (jui persiste dans un muscle, après qu'il a recouvré les mouvements, la nutrition et la force par la faradisation localisée!

Quelle est donc l'importance réelle de cette contractilité électromusculaire, de cette irritabilité que l'on a considérée si longtemps comme une propriété fondamentale et inséparable de la vie, sur laquelle on a tant écrit et discuté, propriété quon retrouve encore, pendant un certain temps, dans un muscle de cadavre et dont cependant peut se passer un muscle vivant, si intéressé, en apparence, à sa conservation? Ces faits si imprévus ébranlent évidemment certaines vérités fondamentales de la science. Cette question, qui doit faire le sujet d'un article, dans le chapitre VIII, est étrangère à mon sujet; je ne la signale qu'en passant. Cependant il est opportun de dire ici que, jusqu'à présent, j'ai toujours vu revenir la contractilité électro-musculaire, mais incomplètement et très

ACTION TIIKIlAPKirKjUK DK [.A TARADISATION LOCAMSÉK. 237

loii^tciiips aprt's le retour des mouvenienls volontaii'es et de la nutrition nuiscnlaire.

%\. iéti fdradiNatioii Io(>allN<^r ;;iiérit, dan** la majorité des

oa.H, IvH |»aral;»«tic'M coiist'culiveH au:^ lé«»ion** IrauniatiqucM <leN nerf».

Il ne peut venir à l'esprit de personne (pie l'électricité doive toujours triompher des paralysies consécutives aux lésions traunriaticpies des nerfs. Il n'existe, d'ailleurs, aucun agent thérapeutique (pii possède cette vertu merveilleuse. Mais je puis aftirnier, en m'appuyant sur une ex[)érinientation continuée pendant près d'une quinzaine d'années, (pie la paralysie traumatique des nerfs guérit, ou est anien(h''e tiès notahlenient par la faradisation localisée, dans la plupart des cas. La paralysie dont il est ici (juestion est assun';nient de toutes les paralysies celle sur laquelle la faradisation exerce la plus heureuse influence.

Je crains bien que la proportion des guérisons des paralysies Iraumatiques, que j'ai déduite des foits recueillis dans ma pratique, paraisse exagérée à certains praticiens ; je crains même qu'ils n'obtiennent pas exactement les mêmes résultats. Qu'on n'en accuse pas la faradisation localis(''e, mais seulement les difficultés sans nojnbre d'un traitement (pii exige beaucoup de temps et de patience. C'est à tort, en efi'et, ([u'on a cru longtemps et qu'on s'imagine encore, dans la prati(pie, que l'action thérapeutique de l'électricité doive toujours se manifester rapidement.

§ \i. — Durt^c du traitement.

La durée moyenne du traitement des paralysies traumatiques des nerfs mixtes est de deux à trois mois; mais il en est cjui existent jus(pi'à plusieurs années. Je citerai, connue exemple, cet ouvrier (obs. Vil chez le(juel une luxation scapulo-humérale a produit la paralysie et l'atrophie du membre supérieur et qui en est à son dix-huitième mois de faradisation. Son bras et son avant-bras sont guéris; à la main, les muscles de l'éminence thénar ne sont pas encore entièrement revenus. Combien de temps faudra-t-il encore pour refaire ces derniers nmscles? Je ne doute pas cei)endant (pu? l'eininenccî thénar ne guérisse aussi bien (|ue le bras et l'avantbras, parce quoiî y observe les mêmes phénomènes thérapeuti(|ues que dans les autres régions (1).

(l) D(^puis (iiic j'ai porté ce jugement, le tnalade a suivi son traitement |)endant plusieurs mois encore, mais d'une minière incomplète et irrégulière. Il se

'j;iS IVMUI Vsils l'Ait I.ISIoN iliAlMAllnll'; \)[-.> M'UI'.^ MlM'KS,

Il t'st iiiconlcslahlc (lu'uii ccrliiiii iiomltic de paraly.sics Irauinali(|iirs }4ii( iiNsnit avec le Icinps, on spoiiliiiicmciil, ou par les vciiicdcs ordinaiics. Drs lors, ou snail aiiloii^c a penser cpie (-(îlles (|ni ont exi^M' un aussi loni; Iraileuieiil elL'cliijpii; (|U(; (liez le mahuliî (le l'observalion Vil, auraient pu j;u(''rir éj^alenionl avec l«; lenips.

Mais ces paralysies traumaticjUf'S des nerls mixtes, (jui peuvent guérir avec le" temps et sans haitement, sont celles dans les(pielles les muscles ont conserve complelemeiit on pre>(ine coinpleleinent leur contractilité électri(pie.

Uu'oii ne s'api)uie i)as sur ces guérisous s[)()ntaiiées des paralysies dans lesquelles la lésion des nerls a été légère, pour attendre leur guérison du ten)ps et des ellorts de la nature. J'ai vu ces paralysies légères résister quelquelois aux médications ordinaires (vésicatoires, strychnine), durer jusqu'à une aimée et guérir par la l'aradisation localisée en (juclques séances. J'en ai rapimrié un exemple dans l'observation XVI. Si la l'aradisation localisée eût été eniployée plus tôt, connue dans i'observatioii XXI, la guérison eût été probablement aussi rapide.

On doit encore moins s'en l'apporter au temps pour la guérison de ces paralysies traumatiques des nerls mixtes, dans lesquelles la contractilité et la sensibilité électro-musculaires sont prorondément lésées. Voici deux laits qui montrent quelles sont les suites déplorables de la temporisation, dans des cas de ce genre.

Observation XXVII. — Au n" 1 5 de la salle Saint-Ferdinand, était couché en 1851 un homme qui, ayant reçu un coup de faux à la partie interne du bras, s'était blessé quelques-uns des nerfs destines aux muscles qui n)euvent les doigts et le pouce. Après la guérison de sa blessure, sa main resta paralysée c-t s'atrophia rapidement. Je constatai, au moyen de la faradisation localisée, que les muscles interosseux et lombricaux et ceux de I éniinence thénar, à l'exception de laddifcteur du pouce, étaient les seuls qui ne répondissent pas à l'excitation électrique. Il était résulté de la perte de ces muscles que ses phalanges avaient conservé d'une manière continue, les premières phalanges, l'altilude de l'extension, les deux dernières, celles de la flexion, sans que la volonté pût changer celte attitude. Mais la paralysie alrophique de ce membre datant de quinze ans, il s était produit de graves désordres auxquels il n'était plus possible de remédier. Amsi, laction des fléchisseurs nétant plus modérée par les inlerosseux (seuls extenseurs réels

faisait faradiscr à peine une fuis par semaine. Le couil abducteur du pouce est resté paralysé et atrophié; les autres muscles de la région thénar sont revenus à peu près complètement.

ACTION illi'n.vi'iaTiQi'ii DU La kauaOisaTio.v (.oCaMske. 230 (les deux dorniùrcs |)lialangfc>), ces fléchisseurs s'étyieiit cunlraclurés au point de jjioluire la luxation des deuxièmes phalanges sur les premières. Les surfac''s articulaires s'élanl abandonnées, l'exlrémilé supérieure des deuxièmes phalanges avait glissé sur la face antérieure des prenjières et s'était arrêtée au niveau de leur partie moyenne. Le pouce avait perdu son mouvement d'opposition ; l'attitude pathologique dans laciuelle il était resté, pendant quinze ans, avait aussi occasionné des déformations irrémédiables dont j'ai expliqué le mécanisme, dans l'étude électro-physiulogique des interosseux.

Observation XXVIII. — L'année précédente, en 1851 , j'avais observé, au n" 13 de la salle Sainte-Marguerite, une atrophie du membre supérieur, datant de vingt ans, et consécutive à une lésion du plexus brachial. Je n'exagère pas en disant ([u'il ne restait plus de ce membre que la peau et les os. Il nie paraît probable que si ce malade eût été faradisé à temps, ses muscles auraient pu revenir à la vie tout aussi bien que dans les cas analogues que j'ai cités, car sa peau avait conservé, comme dans ces derniers, une partie de sa sensibilité, ce qui prouve que la communication du membre avec les centres nerveux n'était pas complètement abolie.

J'ai aussi la conviction que le membre du sujet de l'observation Vil aurait eu le même sort (|ue celui du sujet de l'observation XXVlhiue je viens de rapporter, si l'on s était conlié au temps pour la guérison de sa paralysie.

Et (jui n'a pas eu l'occasion d'observer les suites déplorables de ces anciennes paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs? Ces paralysies, et principalement la paralysie produite par la luxation de l'épaule, ont été l'objet d'une savante discussion dans le sein de la Société de chirurgie de Paris, et il en est ressorti cette proposition, à savoir qu'elles sont souvent incurables. C'est le pi'onosticqui a été porté cliez Guille (obs. XX) qui a été renvoyécomme incurable de l'hôpital de la Cliniipie. On a vu dans son observatiou que pendant tout le temps (ju'il est reste dans le service de M. Nélaton je l'ai soumis à un traitement l'aradique régulier, qui n'a exercé aucune intluencc sur sa paralysie, et cjui n'a pas empêché les nuiscles de s'atrophier. Je l'avais annoncé; mais j'ai atiifmé aussi que ce malade serait amélioré, et j'ai tenu ma promesse. Déjà, en ellel, le retour de la mitrition, annonce sers le miivième mois par l'hyperesthésie musculaire, est revenu d'un ([uait au moins dans le deltoïde et le biceps. Le pronostic porte par M. Nelaton eût été moins grave, si la puissance tlierapeuli(iut' de la faradisation localisée, applicjuée avec cette persistance, eût été mieux connue.

2/|0 PAlUI.>.sIi:s PAU LÉSION TRAUMATIOnE HES M-RKS MIXTES.

I.cs r;iits (jiic j'jii rap|M)rt(''s cl d'iiin'rs l('S(|ii('ls je iiic crois fonde à (lirc(|iic la laradisatioii locali^<'c est toulc-pwissaiitc dans les paralysies (|iii lonl rohjct de ce cliapilre, ne peuvent laisser aucun d()Ul<î dans les esprits, (îar, s'il en est dans iescpu'ls le traitement faradicpie a connnencé une semaine à deux mois aj)rès le début, il en est d'autres où l'on a vu la paralysie, datant de six mois à quatre ans, stationnaii'e et dans les(|uels les muscles étaient (pielquef'oîs tellement ati'ophiés, (|u'il était impossible; d'en soupçonner l'exislenee. Il n'est pas douteux pour moi (lue, sans rap|)licati()n de la taradisation localisée, les membres aU'eclés étaient à jamais perdus, ainsi que je viens d'en rapporter des exemples.

En résumé, je me crois fondé à dire (ju'il serait très imprudent de s'en rapporter au temps pour la ^'uérison des paralysies traumatiques; (|ue la faradisation est, de tous les agents thérapeutiques, celui qui convient le mieux au traitement de ces paralysies, et qu'elle peut encore rétablir les mouvements et la nutrition, alors même que les muscles paraissent entièrement atrophiés et privés des conducteurs naturels de l'innervation centrale.

§ %'ll. — Époque à lac|u<-lle il convient de faratllser les muscles paral^^MCK, consécutivement aux lé»»ions traumatiques de» nerfs mixte»»

A quelle époque convient-il de pratiquer la faradisation dans le traitement des paralysies consécutives aux lésions traumati(|ues des nerls mixtes? Il est évident, d'après les faits exposés, qu'on doit se conduire différemment selon que les muscles ont conservé plus ou moins de leur contractilité électrique, ou (qu'ils ont perdu cette propriété.

Dans le premier cas, on ne saurait intervenir trop tôt. Bien qu'en s'abstenant d'agir, les malades puissent, à la rigueur recouvrer spontanément leurs mouvements, il ressort des faits que j'ai relatés, qu'on s'exposerait à attendre longtemps, si en pareil cas on se reposait sur ce qu'on appelle les efforts de la nature. L'observation X en e5t un exemple frappant. On ne comprendrait pas les motifs qui feraient négliger une médication qui, en quelques séances (cinq à dix) rend aux malades l'usage de leurs membres.

11 est certainement irrationnel de faire des applications électriques dans le but de rappeler les mouvements volontaires, alors que les nerfs, récemment lésés, ne peuvent pas livrer passage à l'influx nerveux central. Mais en est-il de même de la nutrition musculaire? L'excitant artificiel ne peut-il, jusqu'à un certain point, suppléer 'excitant nerveux?

ACTION llIlillAPhUligUli DE LA FAUADISATIUN LOCALISÉE. 2Ùl

Je MO coiniais aucun aj^'ciit (|ui exerce une action aussi immédiate, aussi puissante sui' la nutiilion musculain;, (jue la laradisation. (^esL un fait incontestable et (|ui résulte; des recherches électro-llKirapiMitiiiues nombreuses que j ai laites dans une autre airectiun : l'alropliie musculaire graisseuse proj^ressive. On voit quchiuelois, en ellel, dans cette espèce morbide, les muscles se développer, a mu: (l'œil, sous ritifluence de ce modt; d'excitation. Dans ces cas, liidlux nerveux central arrive aux muscles, tandis ipi'il n'en est [kis de même pour les j)aialysies (jui font l'objet de ce travail. .Vais il résulte des expériences électro-physiolo^i(iues de Rœdeier (physiologiste anglais) (pie les muscles qui ne sont plus en communication avec le centre nerveux conservent plus longtem[)s leur nutrition et leur contractilité électriques, lors(pron les soumet à r(!\ciiation électri(iue. N'est-il pas permis d'en tirer cette de^luction thérapeutique : que dans les paralysies consécutives aux lésions nerveuses ([ui interrompent même la communication entre la moelle et les nmscles, la laradisation localisée peut entretenir intacte, toutefois dans de certaines limites, cette propriété si essentielle, la nutrition? L'excitation faradiijue parait donc avoir l'avantage de prévenir jus(iu'à un certain point l'atrophie complète du muscle, sa mort, de telle sorte ([u'au moment du retour de l'excitant neveux, la guérison doit être plus facile et plus certaine.

J'avais donc conclu de ces considérations ([ue la faradi.^ation musculaire, prati(piée le plus l(jt possible après la lésion du nerf, ne pouvait produire (jue des résultats avanl;igeux. Mais cette oi)inion, (pu reposait plutôt sur des idées th('M)ri(pies ([uc sur une ex[)éi'imentation rigoureuse, opinion que j'avais exprimée en 1852, dans le mémoire (pie j'adressai au concours de la Société de médecine de Gand, n'est malheureusement pas aussi fondée (pie je l'espérais, comme cela ressort des ex[)érieiH'es no!nbr(nises (pie j'ai faites depuis. Non, l'agent électrique, de (juelque manière (pi'on l'administre, ne peut sup[)léer l'agcMil nerveux spinal pour rentrelien (1(3 la nutrition musculaire. Ne sullit-il p;;s de rappeler les faits rai»portés dans ceclia- ])itre, et dans lescpiels on a vu les muscles dont rinnervation était profondément b'sée, être fra[)p(''s rapidement d'atrophie et disparaître pres({ue entièrement, malgré la laradisation [)rati(|uée avec énergie d(\s le début des accidents?

Ce n'est ([u'à une é[)0(|ue plus ou moins éloignée (en général, de Vix à neuf mois), (pie la nutrition a commencé à reparaître dans ces muscles profondément 1(*S(''S dans leur imiervalion. C'est ce qui m'a fait dire, dans le tut' moire déjà eitc^ que l'actiofi thérapeutique de la faradisatiuH. localisée est plus rapide de us Us dncieinics jHualijsics uichi;>.m:. Ib

'2'rl r\UAI.YSIK> l'AU l,r.>lo.N TUAI MATinilK DES M-uFS MIXTRS.

Irnnmafù/ucs des nerfs inixt''S nue dam celles qui sont récentes et <tecnsionnées pur une Irsùni iii'ofonde.

Tout lo monde comprend (lUt; le nu'dciiii doit tenir complc do ces plienoniènes, dans le jni^cinent (ju'll est appel*' à porter sur l'oppoilnniti' do l'ap^jUcation du traitenient iaradiipie. Il est évident (pi<' si, pour les muscles (pli, consécutivenienl ii une lésion li'auniati(pi(î des nerfs, ont perdu conipli'lement leur contraclililé et la s(misibililé éleclriciues, il existe une période i)endaiil hiipulle la paralysie doit, quand même, persister et ratro[)liie nianher [)rogressivement, rapplication de la faradisation localisée durant cette période est parfaitement imilile. Elle est même nuisible, car elle fatigue le malade, (|ui ne voudra pas s'y soumettre de nouveau, (piand le moment oi)portun sera arrivé. On m'a vu soumettr(î n'-^^ulièrement des malades pendant neuf mois à ces excitations douloureuses, bien que j'eusse annoncé qu'elles ne produiraient aucun résultat. J'expérimentais pubrK[uement dans des services clini(iues, et je ne pouvais me contenter de ma conviction ; il me (allait la faire passer chez les autres.

J'ai déjà fait l'application de l'expérience (jue j'ai acquise sur ce sujet, dans la praticiue des hôpitaux comme dans la prati(pie civile.

Obsep.vation XXIX. — Ainsi, en 1853, mon regrettable nuiîlrc, Roo.\, m'engagea à faire suivre le traitement électrique à un malade de son service. Cet homme, âgé de cinquante-deux ans, couché au n" 7 de la salle Sainte- Marthe (Ilôtel-Dicu), avait, en passant dans une rue, reçu sur l'épaule gauche un liom.me qui s'était jeté du quatrième étage.

J'exan inai ce malade le douzième jour de l'accident, et je trouvai la con- Ir.iclililé et la sensibilité électriques de tous les muscles complètement abolies. La sensibilité de la peau était également abolie à Pavant-bras et à la main, et elle ét.iit considérablement diminuée au bras. Je déclarai alors à Roux l'inutilité absolue de la faradisation, et j'annonçai que tous ces muscles allaient s'atrophier rapidement. Me souciant peu de faire une nouvelle expérience (c'est-à-dire de donner huit à neuf mois de soins inutiles), je conseillai à Roux de renvoyer ce malade et d'attendre que le moment de le traiter avec des chances de succès fût venu. Mais le malade étant sans asile. Roux dut le garder encore un mois. Pendant le temps qu'il resta à l'Hôtel-Dieu, on vit ses muscles s'atrophier rapidement, ainsi que je l'avais prédit. — Renvoyé de l'Hôtel-Dieu, il fut reçu presque immédiatement à la Charité, dans le service de M. Cruveilhier, salle Saint-Ferdinand, n" 10. M. Cruveilhier désira que la faradisation lui fût appliquée pour se convaincre de linutilité de ce traitement. Pendant (rois mois, ce maladie fut réguliè-

ACTION illLllAl'EUnQUL DE LA I ARADISAIION LoCALISliE. 2'lJ

roDu-nlct vigourousomcnl farmliso, mais sans aucun résultat. Enfin, M. Ciu- VL'ilhicr (lut à son tuur lo rcfivoyer de 1 hôpital, en lui conseillant, comnio je le désirais, de revenir dans neuf ii di\ mois.

Km ivsunir', 1° toute paralysie consécutive à la lésion trauniatirpic (les Jicrfs, dans laciuelle la contraclilité électro-musculaire n'est pas abolie, doit être souujise le plus tôt possible au trailenieiit i)ai- la laradisation localisée.

2" Lorsque la contractilité électro-musculaire est [terdue, ou (pie, (lu moins, elle n'est plus appréciable à nos moyens d investigation, ce qui annonce (jue la force nerveuse spinale n'arrive pas aux muscles, il laut attendre que la lésion nerveuse soit guérie, c'est-à-dire (juatre, six, huit ou dix mois, d'autant plus tard que la sensibilité musculaire est plus diminuée. Alors seulement la laradisation a des chances de succès; son ap[)lication est njeme nécessaire.

§ l'SII. — Procédé opératoire.

Chaque muscle doit être iaradisé d'une manière spéciale, suivant (ju'il a plus ou moins souffert dans sa contractilité électrique et dans sa nutrition. C'est alors qu'il importe, on le conçoit, d'en connaître exactement l'état.

Ainsi, plus un nmsclo est atrophié et plus sa contractilité est diminuée, plus il doit être longtemps soumis à l'excitation électrique, et plus lé courant dirigé sur lui doit être intense et les intermittences rapides. Cette intensité du courant et cette rapidité des intermittences sont d'autant plus nécessaires que la sensibilité du muscle est elle-même plus diminuée. Mais lorsqu'on voit la sensibilité s'exalter, il est prudent de n'agir (pi'avec des intermittences éloignées et avec un courant modéré, et même d'éloigner les séances, sous peine de provocpier des névralgies difficile^ à réprimer et quelquelois même des phénomènes inllannnatoires. Pendant tout le cours (lu traitement faradique ([ue j'ai fait subir aux malades dont les observations ont été exposées dans ce travail, j'ai excité la sensibilité musculaire, autant (pie possible, au moyen des intermittences rapides, parce que j'ai trouvé que c'était le meilleur njoyen d'agir sur la nutrition des nniscles atrophiés. Le courant de la première holice est celui (pii convient le mieux à la lésion de nutrition nni^culaire.

Les séances trop longues laliguent et n^.êmc «'[)uis(.'nt Ii' nniscle, de même (|iie l'exercice forcé produit latrophie, au li«u d.Wavoriser la nutritiiui, connno îe lV.it l'exercice modéré. Je crois pouvoir

2/1^1 l'Al;\l ^^ll•;^ SIMNAl.IiS.

[\\i'v l.i (liir.v (le cliiKiiU! sraïKT a (li\ on (juiii/r miiml.'s au plus, h (lounc raiTiiiciil phiN d'uiK' niinulc ii cliaiiiic niuxlc Pour cNilcr la lali^uc ou la courhaluic ('Iccti'icjucî, je jjasM' raj/idcuicnl sur les nniscl.'.s, ayaul soin di' nivcnir j)lusi('urs fois dans une nn'uic séance swv cliacini d'eux, de manière ii laisser entre clhKiue excitation un teni|»> de repus.

CHAPITUK Vl.

l'AU AI.VSIKS SIMN ALICS.

AUTICLE PREMIEIl.

ÉLECTR0-I'AT110L0(.li: Dl^S PAHAI'LKGIES Sl'lXALtS.

§ I. — Paritplrgies vonséciitivcM aux U'^ioiiM niiatuiiiiquc'* «le la partie infcrioiirc de la moelle.

Toutes les paraplégies euiisécutives aux lésions anatomiques de lu partie intérieure de la moelle, et (jne j'ai eu l'occasion d'observer, (|u'elles eussent été produites par une cause traumatique, comme dans les brisures de la colonne vertébrale, ou (ju'elles tussent survenues spontanément, sous l'influence d'une cause interne (par ramollissement ou par hémorrhagie de la moelle), toutes ces parapléiJiies m'ont oifert, quant aux troubles de la contractilité volontaire ou électrique, et de la nulrition des muscles placés sous la dépendance du point lésé, un ensemble de phénomènes absolument identiques avec ceux qu'on observe dans les lésions traumatiquesdes nerfs mixtes. Les signes diagnostiques et pronosti(jues, tirés de l'état de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaires sont les mêmes. Ainsi, comme dans la paralysie traumaticiue des neri's, ces paraplégies sont d'autant plus rebelles à l'action Ihérapeuti([ue de la faradisation localisée, et l'atrophie est d'autant plus grande que la contractilité et la sensibilité électro-musculaires ont été plus profondément altérées ; dans ces cas, les muscles paralysés dont la contractilité eleclri{[ue est peu aflaiblie, ne s'atrophient pas ou presque pas, et ils recouvrent proniplenient leurs mouvements par l'excitation électrique ; ceux, au contraire, qui ont entièrement perdu leur contractilité et leur sensibilité électriques, restent inévitablement paralysés et s'atrophient, quoi qu'on fasse, jusqu'à ce que la lésion de la moelle soit guérie, jusqu'à ce que l'innervation spinale puisse revenir aux muscles. Alors l'intervention de la faradisa-

PAltAPIMCIP"-: l'\:i I.i;SlnN ANATOMiniK I)i: l,\ Mi'ni.K. 'J'i.)

(ion loralis'M' devicril iKH-cssain? (;l pciil rii|)[)r!lei' la imlrilioii dans les niusclcs (!L leur immkIi'o la fiUMiItt' d'ohi'ir à la voloiilt''. ('es piiii- (;i[)(*s, on le voit, sont ahsolinncnt les îikmiks (jnc ccaw (\\\'\ di'coul«uit de mes rc'cJicrclics sui- les pai'idysics consccutivcs aux lésions lrauinali(|U('S des nerfs mixtes, et cjui vieiuicnt dT'ti'e ( xposés.

.l'ajouterai seulement (pu; rajjseiu'c eDUipielr de la coiitraetilitc et (1(5 la sensibilité eleetro-museulaires, à hujuell); s'ajoute l'anestliésie de la peau, m'a paru être un siime beaueoui» plus jirave, à la suite de la h'î.siou li'ainnati(pu' de la moelle, qu(i eouséeutivement i\ la I«';sion traumatifpie des troues nerveux mixtes.

Je ne rapporterai, à l'appui des considérations précédentes, que les laits suivants :

OBSKnvATioN XXX. — Fraclurc de la colonne vcrlèhralf vers le milieu de lu région dorsale. — Paraplégie complèle. — Perle de la contraclililé rieclri(nie dans les muscles paralusés. — Aboliiion delà sensiOUilc cutanée cl musculaire. — Pronostic grave.

Tévesse, âgé de (li\-n(>uf ans, bardeur, entré le 20 mars 1854 à la Charité, salle Sainte-Vierge, 38. — Cet homme, fort et bien portant du re?te, em[)loyé aux travaux du Louvre, tombe d'un échafaudage de 50 pieds environ d'élévation. Il est iinmédialement transporté ;i riiôpilal de la Charité, et voici dans quel état on le trouve à la visite du lendemain : plaie du cuir chevelu à la région occipitale; vers la partie supérieure de la région dorsale, saillie assez considérable qui annonce une fracture de la colonne vertébrale en cet endroit: les membres inférieurs sont entièrement paralyse-; il y a perte prescpie com[)lèto du mouvement et de la sensibilité. On pince le malade, on le chatouille, 'on lui enfonce dos épiuizles sans provoquer aucune doul(Mir, aucun mouvement réllexe. Cependant, si l'on prend, en masse, les muscles internes de la cuisse ou les muscles des mollets, et si l'on serre un peu fort, le malade accuse une légère douleur. I/ins(Misibililé rpii occupe toute l'étendue du membre abdominal, s'arrête au niveau du pli de l'aine. Le malade est en érection continuelle et laisse aller sous hu srs urines et ses matières fécales. Six jours après son accident (le 2G mars), je constate (pie les muscles de la région antérieure et externe des jambes ont perdu lourcontractilité et leur sensibilité électriques, que les gastrocnémiens possèdent encore leur coiUractilité électrique normale ; à la cuisse, le droit antérieur el le vaste externe sont les seuls dont la contractilité électri(]ue ait diminué. Quelques jours plus tard, une nouvelle (exploration électromusculaire démontre que les muscles de la cuisse ne se contractent jiiiis par l'excitation électrique, et que les gastrocnémiens commencent à perdre leur excitabilité. Enlin, la sensibilité électro-cutanée et musculaire est complètement éteinte dans les membres inférieurs.

2^0 IV\UAI.YME> Sl'lNAl.KS.

Lt'S sif^iu's rouniis clir/ ce nialadc pur l'rxploiMlioii < Icclio-iimsculaiiv, ;mn()iH'.ai('iil iiiic li'sion iirolomlc «le l;i jtiiilic inlciiciirc de la ino.'lNî «'pinid^^ (hi rouarfjuoa que dh le sixii'iiœ jimr, uti rarfnin noiithrc de imisrlca avaient poidn com/i/rfcuirtit leur cantraetililé et leur setisi/ji/i(r clectvlquvs, (pic plii^ lard (•<'- propiif'lrs n'existaient plus dans un tirs grand noujbre d'autres muscks, et (pie la sensihililê de la peau était également éteinte. Mon pniuo^lic lut donc (l'ès grave. Les nuiseles s'alropliièrent, en etîet, rapidement; des eseliares ne lardèrent pas à s(; montrer an sacrum et aux lalons, et le malades suc('()nd)a (piciques semaines aiirè's mon examen, .le n'ai pu njalheurensement assister à son aiito[i:>i(,', mais j'ai appi'ixpu; la moelle était entièrement ramollie dans létcndne de plusieurs pouces, au niveau t\v la iN'gion dorso-lomhaire. La pièce analomicpie a ét('Mnontr('H' à la clini(pic du j^roresseur Velpcau.

J'ai observé à riiù[)ital de la Charité plusieurs cas analogues au pn'rédent, et qui se sont termint's par une escharedn sacrum et par une mort [)lus rapide encore, .l'avais prédit cette terminaison fatale après avoir constaté, du dixième ou douzième jour, l'abolition de la contractilité électri([ue dans la plupart des muscles |)araly>és. Je ne rapporte pas ces faits pour ne pas donner trop d'extension à ce paragraphe.

Les paraplégies produites par une lésion spontanée et organique (le la moelle, quelle qu'en soit la cause ou la nature, sont caractérisées, ai-je dit, par les mêmes troubles de la sensibilité et de la contractilité que les paralysies traumaliques de la moelle.

Je choisirai, comme preuve de la vérité de cette proposition, le plus récent et le plus important des faits que j'ai recueillis. Il a été relaté avec détails dans V Union médicale [il février 1859, p. 308) par iM. le docteur Duriau, alors chef de clinique de la faculté, qui en a fait le sujet d'une note intéres>at)te. Je n'eu donne que lo résumé.

Observation XXXL — Paraplégie survenue subitement, avec anesthésie des membres paralysés et avec paralysie de la vessie et du rectum. — Pronostic très grave porté d\iprès l'état des propriétés musculaires. — Mort le dix-huitième jour. — Hémorrhagie de la moelle au niveau de la onzième paire, et ramollissement rougeûtre, de la douzième vertèbre dorsale à sa partie inférieure.

» Un jeune homme, âgé de vingt-six ans, ressentit pendant une semaine, et sans cause appréciable, des douleurs sourdes dans la région lombaire, accompagnées, par instants, de fourmillements dans les extrémités inférieures ; i! pal 'néanmoins continuer son travail de mouleur. Au bout

PAllAPLK(iIES PAR LESION ANATOMIQUE DE LA MOELLE. 267

do co temps, une rùtenlion fl'urino, (lélerniiiiant de violentes douleurs, réclame lo calhélc'risme, et le médecin constate un commencement do paraplégie.

» 1/3 lendemain, le malade entre à l'iiôpital et présente l'état suivant : abolition des mouvements volontaires, intégrité do la contractililé électromusculaire; analgésie et anesthésio presque complète dans les extrémités inféiieure et les téguments de l'abdomen, jusqu'au niveau de l'ombilic; fourmillements dans les mollets et douleur racbidienne au niveau des dernières vertèbres dorsales. Point d'hyperesthésio. Rétention durine, constipation. L'état général est satisfaisant.

» Un traitement antiphlogistique, 90 sangsues, n'amènent aucune modification.

>^ Le quatrième jour, on constate que la contractililé électrique est à peu près normale; les selles sont involontaires, et le sacrum présente déjà une escliare.

» Le septième jour, l'urine retirée par le catliéter est ammoniacale et contient des caillots de sang; les jambes sont œdématiées.

» Le neuvième jour, une diminution de la contraclilité électrique se manifeste dans les pôroniers latéraux, elle est moins sensible dans les jumeaux. L'eschare du sacrum acquiert un développement considérable.

» Le douzième jour, l'aiTaiblissement delà contrnctilité s'étend aux muscles de la cuisse.

)) Le quinzième jour, surviennent les symptômes d'une infection putride, occasionnée par la lésion du sacrum.

» Le dix-seplicme jour, un courant énergique n'éveille plus aucune contraction dans les membres inférieurs, excepté dans le triceps crural qui se contracte encore faiblement par l'électro-puncture.

» Le lendemain, on n'observe plus guère de contractions appréciables par l'électro-puncture, et le malade succombe dans la soirée, sans éprouver do convulsions, ayant conservé, durant toute sa maladie, l'intégrité des membres supérieurs et des viscères thoraciques. »

Après avoir mis le cerveau et la moelle à ficrouvert, M. Duriau a constaté les altérations anatomiques suivantes:

& Les membranes sont infactos dans toute leur étendue et pnr;iis-iiit plus injectées qu'à l'état normal ; la moelle a conservé sa consistance dans toute sa hauteur, jusqu'à la huitième paire dorsiilc , à partir de cet endroit, elle se ramollit de plus (mi plus à mesure qu'on l'examine plus iuférieurement. La moelle est incisée dans toute sa longueur ; à la hauteur de la onzième paire, on constate un caillot noirâtre qui ocupo toute sasubstince grise ; il a i centimètre de diamètre. C'est à l'en tour de ce noyau que lo ramollissement est le plus prononcé, et il conserve cet aspect jusqu'à la terminaison de la moelle. Les substances blanche et gii:-e sont confondues en

•2/|8 l'MUl.YSII'S SIMNM.KS.

iii»o bouillio i^risAtrn srnihliililc ;i du si-ro-pus. Le inirroscopo y n démonlré l'oKistiMicc : 1" d" lihri's ncrvnisos lar;;os ; 2" dn ccllides tripolaires avec h'iirs piul()n;:iMn(Mits ; '.]" di' celliilos rond(;s réfracliitil lu IiiruiLMo el consli luées \y,\v la mocllo iierviMise ; 4" do cristaux rougos d'Iirmaline. T- La (pieuo do cheval est très injectée. »

M. Diiriaii avait eu l'ohli^caiKH! (rallirci' mnii attention sur co malade, dont j'ai <'\i)loi'é, le quatrième joiii- de la paridysie, IV'tal (le la eontraetililé éleeti'o-miisenlaire, eti j)i-esenee de M. 1(î |)roresseur Piorry. I/in'ilal»ilil('' était à pen pre^, noiniale; mais j'ai déelaré, in'appuyant sur rexpiM-ienee .KMpiise dans des cas analogues, (|ue, si dans un tem[>s prochain, elle diminuait, elle serait l'indice certain d'une lésion analomi(|ue d(; la partie inléi'ic.'ure de la moelle; (jue si elle s'éteignait, le pi'onostic serait gi'ave, et cju'alors il y aurait l'apiilement L;angi'ène du sacrum, suivie très probablement de mort prochaine. On a vu, hélas! ([ue mon jugement n'était que trop fondé.

Que l'on me permette, à l'occasion de ce l'ait, de donner quelcpies explications sur le mode d'exploration électro-musculaire cpie l'on doit employer, lorsqu'on veut suivre les modifications diverses apportées dans l'état d'irritabilité musculaire par la lésion anatomique de la moelle ou des n(!rrs mixtes. Ces explications sont rendues nécessaires par une fausse interprétation des préceptes que j'ai enseignés et pratiqués.

Lafaradisation par les rhéopliores humides permet de constater la diminution plus ou moins grande de la contractilité électro-musculaire. Lorsque par ce procédé d'électrisation et avec un appareil très puissant, comme ceux (jue j'ai fait construiie (dont le iil de la seconde hélice a 1,000 mètres de longueur), un nmscle ne répond plus d'une manière appréciable à l'excitation électrique, je puis affirmer que son irritabilité est à peu près éteinte. Cependant, pour plus de certitude et surtout si je n'ai à ma disposition que les appareils généralement en usage, j'ai recours à l'électropuncture. C'est d'après ces principes que l'exploration électro-musculaire a été pratiquée dans le fait que je viens de rapporter.

Qu'on lise dans la première édition de mou livre le chapitre intitulé : Recherches sur quelques propriétés muscubiires ci l'aide délia faradisation localisée (1) ; on y verra que l'électropuncture a été appliquée dans toutes les observations qui y sont relatées. J'ai tou-

(1) De Vé'cclrisation localisée el de son application à laphijsiologie, à la palhclog-e el ù la thcrapeiilique. Paris, ISo'i, in-8, p. 'i02.

I'AHAPI.ÉGIi:S V\\\ I.KSION ANATOMIQUK DK I. \ MoKI.LK. 'i'l9

jours Cil recours à ce proci'd)'', (|Maii(l il a cU'; uécossairo (h; rechrrclK'r cxactonuMit si \v. tissu niusculairo «Hait ou non encore couliaclile; j'cni ai lait un précepte pour ces cas particuliers.

De ce (pie les ai{^uilies iinplant«';es dans un muscle à travers la peau ne s'agitent pas sous l'inlUience d'un courant éleclri(pie très fort, je n'ose même pas en conclure d'une manière absolue que l'irritabilité soit complètement (Heinte. .l'ai écrit en eiïet, \)iv^ii 105 de mou livre, à la suite d'une observation : a Pour être i)liysi(|uement certain (pie chez ce malade, la contractiliie él<;ctro-musculaire était complètement éteinte (ses muscles ne se (!Outractaient plus par l'èlectropuncture), il faudrait c[ue j'eusse pu voir le muscle à nu

au moment de la recomposition électrique Il me parait sage

de faire quelques réserves à ce sujet. »

Tels sont les préceptes et les procèd('iS d'èlectrisation que j'ai mis en pratique dans mes recherches électro-pathologiitues (1;.

Je terminerai cette étude sur l'état de la contraclilité électro-musculaire dans les paralysies consécutives à l'altération anatomique de la moelle, par cpielques remarques sur les recherches antérieures

(I) Je me vois forcé de rappeler ces préceptes pour mettre mes lecteurs en garde contre une assertion étrange d'un auteur qui a écrit : M. Duchennc et tous ceux qui ont accepté ses doctrines^ explorent Vétat de contraclilité des muscles exclusicemeut au moyen d'éleclrophores humides et à travers la 2)eau {Hecherches électro-physiologiques sur les propriétés et la nutrilioii des muscles et des nerfs dans les paralysies {Moniteur des hôpitaux, 19 lévrier, I8ri«), p. IGo). Comment expliquer une assertion aussi contraire à la vérité? 11 me répugne «le croire que cet auteur ait voulu peut-être déconsidérer mes recherches pathologiques sur l'étal de l'irritabiliU', bien que la pensée m'en suit venue après'avoir lu un peu plus haut, dans le niénic mémoire, les lignes suivantes : » Les approximations contradictoires et inexactes dont se contente M. Duchenue ne peuvent sufûre ni à la science ni à la pratique. » Et ce qu'il appelle assortions (ontradictoires et inexactes, ce sont des faits de lésion anatomique de la moelle ou des nerfs mixtes relatés dans mon livre, et dans lesquels j'ai constaté avant la mort que l'irritahilité nmsculaire avait diminué ou élail abolie à des époques variables; c'est-à-dire, que, dans ces cas, je l'ai vu alVaiblie du quatrième jour au commencement du second septénaire, et abolie du sixième jour à la troisième semaine; de m(imc que dans le nouveau fait relaté |)ar M. Duriau. elle a commencé à diminuer le neuvième jour et a disparu le dix-septième.

Tous ces faits ont été rigoureusement observés. Pour la pl(q)arl de ceux du môme ordre qui sont exposés en résumé dans mon livre, je me suis borné à dire, d'une manière générale, que la contraclilité électro-nmsculaire était abolie, sans indiquer toujours le modus faciendi, sans répéter que l'éleclropunclure as ail été employée. J'étais forcé de supprimer biiMi des détails intéressants, car mon livre était déjà trop volumineux ; d'ailleurs toutes mes cxpciienccs ont cle faites publi-

250 l'vn.vr v>ii;s mmwî.ks.

<!«' Marsliall-llall <iui, dans une iiolc insérno dans les Arrliim-a r/nif'rn/rs (le tw'drcinr. avait (^^(lui; nies icc.lu'iciics sur l'état de l'initahililô dans ers paralysies. Ces roinar(pu's sont I(î résumé (!(• ma réponse à cette note.

Voici les principales ]>ropositions extrait(*s dev iiK'moircs pu])li<''s sur ce sujet par ce savant i)liysiol()gisle :

Dans les paralysies des membres, la différence (i irritabilité entre le enté malade et le côté sain peut servir à établir un diagnostic différentiel entre les ])arah/sies cérébrales et les paralysies spinales.

Dans les parai ijsies spinales, l'irritcdjilité dindnup dans les muscles paralysés.

Dans les paralysies cérébrales, r irritabilité augmente (1).

Les cas desquels Marsliall-llall a déduit ces importantes propositions, à savoir (jue, dans les paralysies spinales, l'irritabilité diminue dans les muscles paralysés, ces cas, dis-je, sont des paralysies partielles des membres où l'on ne trofive jamais de lésion appréciable des contres nerveux ni des nerfs qui en émanent. Le physiologiste anglais ne cite pas une seule observation dans laquelle la lésion de la moelle épinière ait été confirmée par l'autopsie. N'en résulte -t-il pas qu'en admettant même l'exactilude des propositions formulées par cet expérimentateur, on n'en pourl'ait trouver la preuve rigoureuse dans les observations qu'il a rapportées ?

Mais c'est priiicipj-.lement sur le mode d'expérimentation employé par Marsliall-lIall que doit porter la critique. Ce mode d'expérimentation est, à mon avis, tellement défectueux, qu'il conduit infailliblement à des illusions; aussi ne suis-je point étonné de la dissidence qui existe entre les observateurs qui ont répété ses expériences.

Dans le but de vérifier les laits énoncés par Marsiiall-Hall, j'ai ré-

qucmcnt : ainsi je nie rappelle avoir constaté, par réleclropuncture, en présence de plusieurs conlVères, rabuliliou coniplèle de laconlraclililé musculaire dans quelques muscles, le sivième jour, dans un cas rapporlc à lu ;iage 750 de mon livie (première édition,, cl qui est un de ceux dont mou contradicteur, je ne sais vraiment de quel droit, conteste l'exactitude ou la valeur.

Pourquoi, dans tous ces cas pathologiques, rirrilabilité ne diininue-t-elle pas ou ne s'étciut-elle pas toujours au même moment? C'est ce (lu'il n'a pas compris, car il prétend au contraire qu'elle doit dans tous les cas s'éteindre au môme moment, comme si tous ces cas étaient identiques, ainsi qu'on peut le produire dans des viviseclioas.

(1) On Vue condilion of tlie muscular irriiabdity in the parahjlic limbs. 1839- 18 '«3, Loudon.

PAHAFLI'OILS PAU I.LSION ANAIO.MIQII-: DE LA MOKLl.K 251

ptUé cesoxp<h'iences sur une ^^rande (•chelle, chez des paralytiques, ot comparalivcinLMit ('liez (l<js siijcls sains choisis (h^ins (hfi'ércrils servi(!(.'S (le hi (lliariUî, CM me coiiroi-iiiaiit au proc'-dt* iiurKiiHî par l'antc'iif. Voici ce procédé : ou l'ait mettre l(;s ihMix mains dii malade dans un hassin contenant un(i solution de sel maiin, et les deux l)ieds dans un second bassin contenant une solution semblable; on fuit ensuite passer le courant intermittent d'une batterie de Cruikshank (plus C()nnue en France sous la dénomination de pile à auges), en variant le nombre des phuiues de (piiuze a vinjit, et en connnençant l'opération par un courant extrêmement laible. Attribuant les contractions produites pondant les premières minutes de l'opiMation, à des inlluences étrangères à l'action du courant, Marshall-Hall conseille de ne pas en tenir conipte dans l'expérience.

Des laits (pie j'ai recueillis, je me crois autorisé à conclure :

1" Que par le procédé de Marshall-Hall on connaît seulement l'état de l'excitabilité des terminaisons nerveuses des membres, et l'état de la contractilité électro-musculaire (([u'il appelle irritabilité musculaire) reste pariaitement inconnu, l'action galvanique n'ayant pas été portée directement sur le tissu musculaire ;

2'* Que par ce procédé, l'excitation électri(|ue des extrémités nerveuses exclusivement destinées à la sensibilité provoque des contractions très irrégulières dans les muscles placés au-dessus du point excité, c'est-à-dire dans un sens contraire à la marche de la force nerveuse motrice, par une sorte d'action réflexe, ainsi (jue je l'ai démontré précédemment (première partie, cha[). 5);

y Que clans les paralysies cérébjales soumises a ce procédé de galvanisation, les contractions musculaires sont plus développées tantôt dans les membres paralysés, tantôt au contraire dans le membre sain ;

U" Que sur les sujets sains soumis à ces mêmes expériences, on observe aussi que la contractilité musculaire est inégalement développée dans les deux côtés du corps, et cela sans cause connue;

5" Enfin, comme dernière conséquence des deux propositions précédentes, je dis (pie la diminution ou l'augmentation de l'excitabilité éhîctriiiue des terminaisons nerveuses dans un des côt«'îs du corps, ne peut même pas servir au diagnostic diiïérentiei entre les paralysies spinales et les |)aralysies cérébrales.

Toutefois, en disant cpie dans les lésions de la moelle épinii-re, l'irritabilité diminue, Tf-minent physiologiste anglais a annonci' l'existenci; d'un [)hénomt'ne qui s'est trouvé èlre prvsr/ne fonjoui s (j'uue exactiUide merveilleuse, lorsque l'on examine alors l'état Ue

2')2 I'\i;mvs|is >imn\i.i;s.

la ('oiilr;i(lili|(' ('l('cli'i(|ii(' rii porlaiit rcxcilali'ii mit clhiciiii dos

imiscirs |iaral\.s('>.

v^ II. — l*iira|»l4*Ki*' P»«' «'oiiiprrwslon dv hi p:ir<ic infrririirr <lr la iiKM'lh'.

La compression d'iiii iici'l' mixte j)i()(liiil Imijours, avec, la pai'alysie à (les dé^iu's diviM's des inouveinoiils volontaires, l'aholitioii de la (xuitractilité électri(|U(', de la sensibilité et de la nutrition des nius- (dos pla(îés sous la dt'ix.Midance do ce iieri'. .le ne connais i)as (îMcore une seule exception à cetU; l'è^de dont on pouii.iit i)ai' conse(|uent faire une loi. La (lonipression de; la moelle ne j)i'odnit pas toujours dos phénomcuos symptoniatiquos, send)lal)les à ceux de la compression des nerfs. Su|)posons, par exem[)le, que la moelle soit niod(''rément comprimée pai' une tumeur osseuse, par une incurvation trop brus(jue, à an^le aij^u comme dans le mal vertébral, par une h'sion (luelconque de ses enveloppes séreuses ou fibreuses, (Jans une atiection des méninges, rhumatismale ou inllanmiatoire, etc., alors les mouvements volontaires seront affaiblis ou abolis, la sensibilité sera plus ou moins profondément lésée, des escbares pourront mémo se montrer au sacrum, mais la contractilité électromusculaire restera intacte et les muscles ne s'atrophieront pas ou n'éprouveront qu'un peu d'amaigrissement.

Cette espèce de paraplégie est la plus fréquente {]e<, paraplé'gies spinales, c'est du moins celle dont j'ai eu le plus ordinairement à poser le diagnostic et le pronostic. Cornbien je pourrais rapporter d'exemples remarquables de ces paraplégies produites soit par des exostoses ou des tumeur^ syphiliticpies qui ont guéri par une médication spéciale, soit par une incurvation à angle aigu de la colonne vertébrale qui occasionnait une compression cause directe de la paralysie, mais à laquelle la moelle s'habituait, pour ainsi dire, à la longue.

Toutes ces paraplégies se distinguent par un caractère comnmn et qui a une grande valeur, comme signe diagnostique : par les mouvements rédexes. Ainsi l'on voit chez les sujets dont les membres inférieurs sont complètement privés de mouvements volontaires par le seul fait de la compression de la partie inférieure de la moelle, on voit, dis-je, sous l'influence du chatouillement, du pincement de la peau et quelquefois par l'impression du froid, les différents segments de ce membre inférieur s" infléchir brusquement les uns sur les autres, plus ou moins violemment, sans qu'ils puissent en être empêchés [)ar la volonté. Je n'ai jamais pu produire ces mouvements réflexes dans les mend">res paralysés où la cou-

l'AHAI'LKf.lli l'Ai; CU.MI'IUlSSION DE f, V MOl.LI.K. '23o

lra(;lilit('; (îloctro-inusculaiiv «'luit plus on moins h-sc-c. Il iiio ser.i lacih; (l(; l'ain; (;orn()ren(li'L' niaintciianl la valeur do ce siiiiic proii()sti(jiio, puiscjnc son existence dans une i)araplé^ie sullit pour aiiiioiieer cpie la contractilil*' ('Icch'ifpK; des muscles paralysés est normale, c(; (jui veut dirci «pie la moelle n'est pas maiériellemenl alt<'!rét; dans toutes ses parties constituantes et C(^nsé(pi(;mineiil (pie les muscles ne sont pas menacés dans leur nutrition. J'ai lait assez souvent une heureuse application de ces notions au diagnostic des paraplégies s[)inales.

Voici la relation d'un t'ait tout récent, où M. Oulmonl, iiH'decin de l'hôpital Lariboisière, m'avait engagé à porter, a laide de l'exploration électro-musculaire, le diagnostic de l'état anatomique de la moelle, chez un sujet de son service qui était ailécté d'une paraplégie spinale, avec escharc du .^acrum. J'ai déclaré, d'après l'intégrité de la conlractilité électro-musculaire et l'existence de mouvements réflexes, que la portion de la moelle cpii envoyait l'innervation dans les muscles paralysés, devait être intacte. L'exactitude de ce diagnostic a été vérifiée par l'autopsie. (Cette observation que je dois à l'obligeance de M. (^ampaiia, interne de M. Oulmont, a (Hé recueillie par M. Lelévre, externe.;

Observation XXX II. — Paraplégie aiguë. — Mal de Volt. — Vas de lésion appréciable de la moelle.

« Hôpital Lariboisière, salle Saint -Charles, n" 20. — Bros (Pierre), vingt et un ans, porteur deau, malade (iepuis le lo janvier 1860, entré le 16 février suivant. — Ce garçon est robuste, foriement musclé. I! habile Paris (Jepuis deux ans: il est guéri depuis quatorze mois d'une lièvre Ivphoïde, seule maladie qu'il ait jamais eue.

» Dans les. premiers jours de janvier, le malade a remarepié de rairaibli.>sement dans ses jambes; sa démarche est devenue chancelante. Il a dû cesser tout travail à partir du l'I janvier [)Our garder le lit, et un mois plus tard, il est entré à rhô[)ilal.

» Quelque tem[)S avant de cesser de porter son eau, il a ressenti, à la parlie postérieure du tronc, des douleurs qui s'irradiaient en ceinture au niveau des dernières cotes. La douleur éliiit assez forte pour ne pas permettre au malade de se courber.

» Les deux jambes et la moitié inférieure du tronc sont paralysées du mouvement et du sentiment. On peut y enfoncer des épingles sanstjue le malade en ait e;on<ciiMice, autrement ipie piir de petites secousses musculaires rélleNes qui re[)ondent a la piqûre. Tout mouvement des jambes e.->t impo<sd)le au malade; la paralysie s'étend à toute la paroi abdomino-lombaire. La Nessie

'2%f\ lV\UAI,YSIi:S SPINM.FS.

ot le iiMliim sont ÔL';i!<M)U'nl jilli'inls cl il y n («viiciKilioii iiivolontîuro fin l'uriii»' ot (les selles. L(5 scnlimcnt do l;i IciiipôrMliiro nCsl p;is [XTrii plus (jui» celui (lu la piip'iro. Le senliiiient revient iiu niveiiu do lu dixième côte environ.

» Nous avons vu cpic les inombri3S iiilérieurs sont le sié^'o do socousscs musculaires réilexes quand on les excile par la piqûre, ou par Ui froid. Ces «secousses se produisent également en plein repos et le maladi! en a conscience, bien qu'elles soient tout à fait indépendantes de sa volonté. Il ressent en outre des fourmillements.

» A la région dorsule, au niveau de la sixième vertèbre, une des apophyses épineuses fait un angle saillant très sensible. La percussion sur celte apo- [)hyso réveille de la douleur.

» L'appétit est bon ; les fonctions digestiveset respiratoires s'accomplissent très bied. Les membres supérieurs ont conservé toute leur force. Le malade est p!<'i:i de vigueur et de jeunesse, il n'a f.iit aucun excès. La seule circonstance cliologique qu'on puisse invoquer, est une fatigue plus grande qu'à l'ordinaire, le malade étant obligé de faire tout son travail durant le jour, très court à cette époque de l'annéo.

» Sous lintluence de la paralysie du rectum, une constipation opiniâtre s'est déclarée. Le malade ne \a plus à la selle qu'avec des purgatifs.

» Des eschares commencent à se montrer au sacrum et aux deux trochanters. Elles s'étendent avec une rapidité très grande. La s;inté générale s'atîaiblit de jour en jour ; les fonctions digestives s'altèrent profondément. Le malade est pâle et exhale une odeur de gangrène ; la fièvre revient tous les soirs.

» Le malade ne mange plus que des bouillons. Les eschares s'accroissent de plus en plus et forment trois larges cavités gangreneuses. Celles des trochanters sont les plus profondes et les plus étendues ; le quart supérieur des fémurs est dénudé dans sa moitié externe et nécrosé, les attaches musculaires trochantériennes sont disséquées. Les membres inférieurs sont œdématiés.

» M. Duchenne (de Boulogne) a constaté que les muscles des membres inférieurs ont conservé leur excitabilité par le courant galvanique, et il en conclut qu'il n'y a pas d'altération de la moelle.

» La paralyeie, qui paraissait d'abord s'arrêter à la dixième côte, a remonté jusqu'à la septième dans le courant du mois de mars.

V Le traitement s'est borné à l'administration de pilules de strychnine, de bains sulfureux et de purgatifs répétés. On a nourri le malade tant que l'appétit a persisté.

» Mort du malade ; autopsie le 1 3 au matin. Les poumons sont sains ; le droit est un peu adhérent. Le foie est volumineux et les deux substances très distinctes. Rien de particulier dans les autres viscères.

PAlUPI-K(ilK PAK COMI'HKSSION OK LA NK »i:f,l.i:. 'J55

" Los niuscles sont rouges, encore assez développés.

" La colonne vertébrale élant mise à nu, on sent, on pressant le Ion;,' des corps vertébraux, une surface molle, llucluante, étendue. En incisant le ligament vertébral antérieur, on pénèlre clans un foyer rempli de pus crémeux demi-solide. Les corps des sixième et septième vertèbres dorsales ont en grande partie disparu; au-dessus et au-dessous, h; tissu osseu\ est détruit, mais superficiellement, jusqu'à la troisième verlùbre d'une [lart, jusqu'à la dixième de l'autre.

» En arrière, l'apophyse épineuse de la sixième vertèbre lait un angle saillant. Les arcs postérieurs des vertèbres étant enlevés, on découvre la moelle : lu dure-mère cl le tissu cellulaire qui lui csl exlcrienr, so)tt ronges, tomi'uteux et très tjon(lcs dans l étendue de 6 à 8 centimèlres. La moelle ellcmcme nesl })iis altérée d'une manière appréciable à l'œil nu et sa consistance ne présente pas de diminution notable.

» La face postérieure des corps des sixième et septième vertèbres est dénudée. L'os est môme rompu veriicalcment, soit par suite de la malafjie, soit par les violences nécessitées par l'ouverture. Du pus concret pénètre par plusieurs trous de conjugaison ; mais il entre à peine dans le canal rachidien. »

A côté (le ce i'ait, j'en [)oiirrais rapporter un autre non moins intéressant, au point de vue en question.

Observation XXXIIL — En 1859, M. le professeur Trousseau m'avait engagé à explorer l'état delà conlractilité électro-musculaire chez un |)araplégique de son service, et à diagnostiquer l'état de la moelle d'après cet examen. Chez ce sujet, les mouvements et la sensibilité étaient com[)létcment abolis dans les membres inférieurs ; il existait en outre une large eschare au sacrum. De l'intégrité de la contractilité électrique des muscles paralysés qui, en outre, se contractaient par action réflexe, par le chatouillement ou par le pincement de la peau, j'avais conclu à l'intégrité de la [)ortion médullaire qui anime les muscles paralysés. L'exactitude de cejugement a été constatée à l'autopsie. Le malade avait succombé, comme dans le cas précédent, à l'escharc du sacrum ; la moelle a été trouvée parfaitement saine (1).

i^n sonnne, l'exploration électro-nuisculaire permet de distinguer les [),u'aplégies ([ui sont produites par une altération anatomicpie de la substance médullaire, de la paraplégie symptomaticpie d'une

(i; (\* (lornicr fait a ('lé publié in extenso dans V Union médicale, eu 18o«), |;ar M. Moynior, clii'l' de diniipjp do la Faiullé, (|ui ou a fait le sujet duuc note iuloressaulo sur Tcscharo du sacrum.

•JjC) |•AHAL^^I^:S s|M.NAl.h>

.siiii|)lr coinprcssioii de la imxîllc. l)aiis la piciiiicic la ( <tiilia( lilitc c>l alh'rcr, dans la seconde «'Ile t.'st "mlacte.

Mai^ d cxisle d'aiilrcs i'S|)(M'(.'s de i)aia|»l<'^i<'> dans Icscjncllcs la t'onlrac lilili! «U'clro-nnisculairc est éj,'ak'ni(jid inlactf (;l la inilrllidu normale; Icdltîs sinil (Uîrtaines ijaraph'j^ies |i( ri[)lieri(|ijes, rlniinalisinales et liyst('îi'i(|ues. ('.es para|)l«'»^'i(îN se distinguent des \\nicédentes par ral)sence des eonli'îpUions rellexes.

J'en ai ohservé aussi cpli ne ponvai(M»t ètie rattaclK-es ni h l'nne ni à l'autre de ces dernières, malj^ré l'inteiirilé d(! rinilahilih' et de la nutrition, .l'avoue (juc leur nature m'osl rest«'îc incijnnue. Depuis bien des années, je vois sans (•oni[)ren(li'o cette espèce de i)aiaplégie(pie l'on ne saurait classer, bien (|ue certaines d'entre elles pai'aiss(;nt déterminées par des lésions viscérales. M. L(»roy (d'Etiolles) fiIvS a publié sur cette espèce de [)ara[)léiiio un travail intéressant ; M.lîrown-Sé([uard a essayé d'en e\[)li(piei' le mécanisme. Selon cet auteur, elle serait t)roduite i)ar une sorte d'action réflexe de la njoelle lonji;uement irrit('*e i)ar l'altéralion de ces viscères. Cette théorie ne me paraît pas sulïisammont démontrée. •

Dans la plupart des paraplégies (jue j'ai recueillies, je n'ai pas négligé d'analyser les urines. Une seule fois j'ai constaté l'existence de la glycose, qui ne s'était décéléc par aucun des autres symptômes propres au diabète.

Observation XXXIV. — La paralysie était limitée au membre inférieur droit; elle était incomplète. Elle datait d'un an. Elle était venue progresiîivement et était accompagnée de douleurs dans le flanc droit, que ni les sangsues, ni les vésicaloires, ni l'excitation électr()-cutanée n'avait pu maîtriser. L'intégrité de la contractilité électro-musculaire et de la nutrition, et l'absence de contractions réflexes ne me permettaient pas d'admettre une lésion des nerfs ou de la moelle. On ne trouvait pas dans les antécédents du malade de causes ni syphilitiques ni rhumatismales. La sanlé générale était bonne, rien ne pouvait faire soupçonner la présence de la glycosedans les urines (ce malade m'avait été adressé par M. le professeur Trousseau). Aussi nia surprise ful-elle grande quand l'examen des urines me démontra que ce malade était (]iabétique.

La paraplégie dans ce cas était-elle produite par le diabète, ou n'était-elle qu'une simple coïncidence? C'est ce que je ne saurais décider. Le fait n'en mérite pas moins d'en être signalé.

J'ai observé dans plusieurs cas une espèce de paraplégie qui n'apparaissait que pendant l'attitude verticale du tronc et qui me

P\irM'I.K<;iK RAU COMHKESSIO.N DK I,\ MOKLLK. L>.)7

seniMr II*' pouvoir s'cxplifiiier que [)ar la ronipressimi de la partie inférieure de la moelle. Voici en résumé l'un de ces cas.

Observation XXXV. — Hn 18.')'2, j'ai été app(;lé on consultation a\cc M. le professeur Cruveilhior auprès d'une deiiioiscile âgée de vingt et un ans (la fille d'un contre-amiral), et airecléo de paraplégie. — Quand elle était dans la position horizontale, elle pouviiit mouvoir ses membres inférieurs dans tous les sens et avec une force qui me paraissait normale. Mais dès que le tronc était placé duns une position verticale, ces membres étaient entièrement privés de mouvement. Ainsi, dans la station assise, il lui était absolument impossible de faire exécuter à ses membres inférieurs le moindre mouvement partiel ; debout, elle ne pouvait, à plus forte raison, détacher ses pieds du sol. La conlractililé éleclro- musculaire était normale, ainsi que la sensibilité cutanée et musculaire. Cette paraplégie était survenue deux ans auparavant, à la suite d'une chute sur le siège. Pendant une promenade en calèche avec sa famille, les chevaux s'étaient emportés; les roues de derrière s'étant détachées brusquement, cette demoiselle éiait tombée sur le siège, et avait perdu connaissance. Quand elle était revenue a elle, une vive douleur se faisait sentir dans les lombes et elle remuiiit difficilement les membres inférieurs. Une application de \enlou6es scarifiées sur la région lombaire avait enlevé la douleur, mais la [)araplégie avait persisté, malgré une médication active et très variée, qui fut ensuite pratiquée (moxas, cautères sur les côtés et à la partie inférieure du rachis, bains et douches sulfureuses). La menstruation avait été suspendue pendant plusieurs mois, à la suite de cet accident, et elle était depuis lors irrégulière. J'ai appliqué une vingtaine de fois chez cette malade la faradisation électro-musculaire, sans résultat appréciable.

M.Monnicr, professeur d'anatoniie au Val-de-Gn\ce, m'a dit avoir observé récemment une paraplégie analogue a la précédente. Je regrette de ne pouvoir en exposer l'histoire détaillée.

Quelle est la nature de la lésion centrale (pii paraly>e ainsi les* mouvements des membres inférieurs seulenu^nl jHMidant la position verticale du tronc? C'est ce (pie je ne saurais dire. Mais ne peut -on pas admettre ([ue, dans cet état morbide, inconnu, de la moelle (ui de ses enveloppes, une compression est exercée, sur la partie intérieure de ce centre nerveux, par la sérosité ou par un li(|uide sanguin qui s'y accumule pendant l'altitude verticale du tronc.-

Kidin, d existe uneesi)ece de paraplégie de cause cérébrale (pu a une grande ressemblance avec la paraplégie i)ar (•omi)re>.sion de la partie infériem-e delà moelle. J'essayerai d'en établir lediagno-^licdilférenliel dans lec liapitreconsacié a l'etudiMle la paraly>i('eerebrale.

Dl(.ll'>M. 17

1>)S l'Mt M VsIKS SI'INALKS.

AKTICLK 11.

PAIIALYSIK GKNI'RALK Sl'INAI-I..

Kn 1N5.'), j ai fci'il : Il cxislc iiih; c^pèci' de piiialysin {^(''iici'alr, dans la(|iirll(' les facultis intellectuelles leslciit iiila(t('>, dans la- <|iioll(' le cerveau el ses iiieinbiaiies, cuntraireineiit à ce (jne l'on ob.serve dans la paralysie i^i'iKM'ale desarK'iK's, ne pn'seîilent aiicnne altération aiiatoini(pie ; je l'ai api)elée /taj^ah/sic (jfhiômle s/jinatc, parce qu'elle trouve [)arr()is sa raison d'être dans la lésion anatonjique de la moelle, et que, dans les cas où elle ne laisse aucune trace matérielle appréciable, on ne peut, (!n raisonnant d'après l(.'s laits physioloi-icfues et patli()lo',n(pies coimus, la rapporter à la lésion d'aucun autre appareil nerveux (|ue la moelle épinière.

Les caractères fondamentaux de la paralysie généraie spinale sont : 1° l'atraiblissement et progressivement l'abolition des mouvements volontaires, affectant en général, premièrement les membres inférieurs et se généralisant ensuite; 2" la perte ou la diminution, dès le début, de lacontractilité électro-musculaire dans les muscles paralysés; 3" l'atropliie en masse des muscles paralysés et la înétamorpliose graisseuse d'un certain nondjre d'entre eux.

Les premiers faits de paralysies spinales que j'ai recueillis remontent à l'année 18^i7. J'en avais déjà observé l'année précédente, mais sans les comprendre, .le les étudiai alors parailèlement et comparativement avec l'atropliie musculaire graisseuse |)rogressive dont j'exposerai la description jmr la suite (cliap. 15). Les faits à l'aide descpiels j'ai essayé de démontrer l'existence de ces deux espèces morbides nouvelles, ont été réunis dans un travail (pii faisait partie d'une série de mémoires adressés par moi, le 21 mai 18^9, à l'Académie des sciences, sous le titre de Reclœrchp.r^ f l'.^clru-plnjsiologiques, pathologiques et thérapeutiquea (1).

Je me propose de reproduire dans cet article ces mêmes faits de jKualysie générale spinale, en les faisant suivre de queUjues con>i- (iérations, et de tracer, d'après ces faits, le tableau de la maladie: j'en discuterai ensuite le diagnostic différentiel.

^ I. — Exposition des faits.

Odskrvation XXXV. — Paralysie générale spinale {sana aliénAtion) , —^ avec perle de la contracliiite eleclro-innscuUure, et atrophie consécutive.

(I) Ces rectie relies ont rté i>ubliées, eu partie, dans les Archives fjënéniles ilc médecine, sous le lilri- suivant : Élude comparée des /cifons unatomiques, dans i atrophie musculaiie <jraisseu-e prayretsive el dans la jKirahjste (jenéralc-

PAKALYSIK (iÉNKHAI.E SPINAl-K. — EXPOSITION DKS FAITS '2^^)

— Autopsie : métamnrpfiose (jraisscitsc île quelques musclea ; pas de lésion iinatomique (Uins les centres nerveu.v. — (Charité, salle Saint-Félix, n" 17. service de M. Andral.)

Martin, cinquante-cinq ans, ancien militaire, jardinier depuis piusienr.^ années, d'une assez bonne constitution, n'a pas eu d'aireclion syphilitique, n'a pas abusé des plaisirs vénériens, n'a pas été exposé à rintoxicalion ?alurnine, et n'a, d'ailleurs jamais éprouvé de coliques ni de con.?tipation qui puissent faire attribuer à celte dernière cause la paralysie dont il Cît .illeint; pas de liséré blanchâtre des gencives ; enlin, pas de rhumatismes musculaires, ni de douleurs névraliriques antérieures.

Le 28 septembre 1846, ce malade, |)ortant une charge de buis sur l'épaule gauche, fit une chute qui occasionna une entorse, pour laquelle il l'ut forcé d'entrer à l'hôpital Beaujon. Quoiqu'il éprouvât alors des douleuis au-dessus de l'épaule gauclie, on n'y fit pas attention ; et au bout d'un mois, il se déclara dans ce point un phlegmon, qui fut suivi d'une fièvre grave. Vers la fin de mars 1847, il sortit de l'hôpital, mais incomplètement guéri de son entorse, ets'aidant d'une crochelte. Quelque tem[)s après sa sortie, il commença à s'apercevoir que ses forcen diminuaient dans les membres inférieurs. Depuis lors, t affaiblissement musculaire augmenta graduellement, nu point de rendre la station impossible. En octobre 1 847, il fut force de s'aliler, :l alors il senlit que les membres supérieurs perdaient aussi leur force ; le malade a remarqué que ses jambes diminuaient de volume. Depuis le début de la paralysie, pas de fièvre, pas de troubles de la digestion, pas de paralysie de la vessie ni du rectum.

En décembre .1847, époque de son entrée a la Charité, je constatai les phénomènes suivants : station et marche impossibles ; au lit, le malade peut faire exécuter tous les mouvements à ses membres inférieurs, mais lentement et avec grands efforts; il s'assied sur le lit et se tourne en tous sens; il éprouve un peu d'afîaiblissement dans les membres supérieurs; pas de paralysie du rectum, pas de douleur dans la lôte ni dans les membres, ni dans le rachis. Il n"a point de tremblement des membres, ni de soubresauts ; mais en l'examinant avec soin, on voit quelques contractions fibrillaires, rares, soulever la peau dans toutes les régions du corps. État général satisfaisant.

Exploration électro-musculaire : contracliliié elcctro-musculairc presque nbolic dans les membres inférieurs et dans les muscles de l'abdomen, intaclf" dans les muscles du tronc, de la face et des membres supérieurs. Les rierfs poplités, excités, provoquent encore des contractions faibles dans les muscles qu'ils animent, et qui ne se contractent pas lorscju'on les excite directement ; sensibilité électro-musculaire et cutanée considérablement diminuée datis les membres inférieurs; sensibilité de la peau normale partout ailleurs.

2()0 l'AH.M.^SlKS SIM.NM H>.

Sa: niuis iii)rès [en juillet IS48), nouvel rnnncn du mahtile. Lcri forera fin* ilimimn' dans les membres supcTieurs tomme (litns \v^ membres inféri«îiirs . liilropliie musculcnre ;i augmenté et a '^iiy.uv. les membres supérieurs. Mms ente atrophie vuirche d'une mmiière uniforme^ allnijunnl toute une région, tout un membre à la fois; elle est bcnncoui) moins dvjnrce (fue chez un malade couché au m" 12 de la salle Sainl-Ferdinanl, (jui marche encore a l'uni'' d'une croeliette, et (fui est atteint de Vaffectinn musculaire (jw j'appell'- atrophie avec transformation (jraisseuse. I.e malade conserve son appétit et ro souiïro pas; mais il se sent mourir, sehm son expression. La ()arole est lent? et diffic le, la mastication exige des eiïorts : les irails de la face et bj jeu dij la physionomie n'annoncent pis de paralysie des muscles. Je constalr que la contracta itè électro-musculaire a disparu à peu près dans tous lea muscla, mi'me dans ceur de la face el de la langue, et cela ^ acec un courant d'indii'ton au mn.rimum Le temporal et le musséter ont seuls coiiiervé l.-nr irrit ibilitè. La sensibilité élcclro-nmsculaire est perdue presque partout. La sensibilité électro-cutanée est intacte sur le tronc et les membres .supérieurs. Point de paralysie de la vessie ni du rcclum. L'intelligence n'a pas subi la moindre atteinte.

C.e malade vécut encore quelques mois dans cet état, conservant ses facultés intellectuelles et n'éprouvant aucun trouble d ms ses fondions d».goslives ; mais il s'éteignit peu à peu el mourut s;ms qu'il fût survenu la moindre complication, pas même dans la période ultime de sa maladie.

L'aulopsic a été faite par M. Empis, en présence de 'S\. Pidoux, chargé provisoirement du service de M. Andral. Le cerveau et ses membranes, la moelle épinière et ses racines ont été examinés a\ec le plus grand soin : ffs nonl présenté aucune lésion anatomifiue appréciable. Les autres organes étaient dans un état normal. Les muscles des meuibres inférieurs, très émaciés, étaient les uns plus ou moins décolorés, d'autres en partie graisseux à l'œil nu, et. chose singulière ! /.' plus grand nombre des muscles de la jambe, bien que très atrophiés, et paralysés dès le début, soit dan^ leur contractilité volontaire, soit dans leur contractilité électrique, avaient conserve l ur coloralion normale. Eocaminée au microscope par M. Lebeil, la fibre musculaire de ces derniers muscles a été trouvée parfaitement pure, tandis que quelquesuns des muscles de la cuisse, qui étaient plus on moins décolorés et jaunâtres . ont été trouvés transformés en graisse à des degrés divers.

Voici quelques-unes des considéiations que j'avais placées à la suite cle celte observation, dans mon mémoire de 18rj9:

« L'affaiblissement musculaire a été le symi)tôme le plus traj-.- I ant, chez ce malade, affaiblissement tel, qu'il empêchait la marche et la station, à une époque où ses muscles avaient encore un volume suffisant pour l'accomplissement de ces fonctions. L'atrophie

r.\!!A y..:k «;::n:.i'\; r. spiv.i.k. - kxposition dks fvit;. 2(. 1 iîiir(ul;iii\' \Ht ;>;)ii\au (.crlaiiiLMiieiit nnidi-e rai.>on de cet ail".! j|isscineiit, car d'.iiisnii autre cas datrophie imisculairo avec translorrnatioii graisseuse (jui se trouvait en même temps (jue ce malade dans les salles de la (lliarité 1), et oii l'on voyait les niusclcs des membres inférieurs bien plus émuciés, la marche était encore possible.

» /.a icsion du mDiwoni'nt s'csf mo.ilrt'C au début dans les p.itrr'iiiitf's in/crieurcs, a envahi peu à peu toutes les régions, même la face et la langue;.

» Je ferai remar(i(ier cpie chez ce malade la perte à peu près complète de la conlracliiilé électro-musculaire a précédé, dans certaines régions, la perte des mouvements volontaires, à la face par exemple. En effet, en entendant parler ce malade, en observant le jeu de sa physionomie, on ne se serait pas douté rpie les muscles de la langue et de la face avnient perdu une grande partie de leur irritabilité électrique.

» Cette paralysie gtiiéi-ale progressive a présenté ([uelques symptômes qui pourraient, jusqu'à un certain point, la faire confondre avec la paralysie générah; des aliénés, par exemple, l'embarras de la parole, coïncidant avec les troubles généraux de la locomotion. Peut-être trouvera-t-on, un jour, un signe diagnostique différentiel entre ces deux maladies, dans l'état de la contractilité électro-musculaire ; car elle est toujours altérée dans la paralysie générale spinale, tandis (prdle doit être intacte dans la paralysie générale des aliénés, puisque cette dernière est cérébrale. C'est ce que je n'ai pas encore eu l'occasion de constater.

)> L'aulopsie a démontré que certains mnscles étaient profondément altérés dans leur tissu et qu'ils étaient graisseux, mais que cette lésion de nutrition était moins générale que dans l'atrophie musculaire avec transformation graisseuse (peut-être parce (ju'elle est plus tardive). Entin, et c'est le phénomène le plus important à noter, les muscles qui, pendant la vie, n'avaient pu se contracter par l'excitation électrique, ont été cependant trouvés, quoicjue atrophiés, dans la pUis parfaite intégrité, quant à leur coloration et à leur texture. »

Telles étaient les rellexions dont je faisais suivre cette observation en 18/i9, époqne à laquelle je professais des ojHnions que je défends encore aujourd'hui.

(l) Quand j'écrivais ces rt^flexions, je faisais allusion à un malade dont j ai rapporté l'observation dans la précédente édition (obs. LUI, p. 459). C'était un capitaine au long cours, qui était un véritable squelette vivant, et qui, le troisième de sa famille, était atteint dairopbie musculaire graisseuse progressive.

'HV2 PVHM.YSIFS SPINALES.

N'oici iiiir iiiilrc obscrvalion dans Ijkiir'IIc on vcriii (|iii' la |.|ii|»ail lies pliciioiiii'iics rnorhidc.s oh^crvt's pendant la vie, lrnii\riil Iriir <'X[>li(-atiiiii dans la lésion anat()ini((nr de la inocllc

O^KRVATioN \XXV11. — Pitnihjsic iinirrulf quia drhulr jxir Ii'h mrinbrpxiiifr- /•/.'i/r.s', - — cDiilniclilifi' l'IcrtrO'nnisculdirc pcnliit' ok (liniiniin' dans les imistli's imntlysrs^ — ^cnsibiliU' cnlanri' int(trli% — iiiorl iijïrh sept mois tir nuihttlii', — (iiUopsic: ininjritd dit ccrvrnn et de ses enrrloppes; — raiimHisseinent et injertion des cordons diilêrienrs de la portion rerricale de In iiHh-Ue. (r.liarilé, salle Sainte- Aiino, n" 12, servir(^ cliniciue de M. Foiiquier.) (1).

Constant, teinturière, âgée de quarante et un ans, à Paris depuis vingthuit ans, d'un tonipéranient lymphatique, d'une constitution moyenne, réglée à quatorze ans, a eu des accouchements naturels ; pas do maladie antérieure ; pas de douleurs névralgiques ou rhumatoïdes; pas de coliques, m de constipation, ni de liséré dos gencives ; enfin, pas de cause d'intoxication saturnine. En mai 1 847, elle éprouva pour la première fois, sans cause connue, dans la colonne vertébrale, depuis les vertèbres cervicales jusqu'aux vertèbres lombaires, des douleurs assez vives, beaucoup plus fortes dans la région cervicale, qui s'exagéraient par les mouvements. Bienlùl après les mouvements devinrent difficiles et douloureux dans les membre^ supérieurs, surtout du côté gauche, sans cependant empêcher complètement lo travail. Pas de céphalalgie; digestion de plus en plus pénible; commencement de constipation.

Dans les premiers jours du mois d'août de la même année, elle éprouva tout à coup des fourmillements et un froid très grand dans les mains et les pieds; la paralysie se déclara ensuite dans les membres Inférieurs^ et força la malade de s'aliter. Quoiqu'il lui fût impossible de se tenir debout, elle put encore, pendant quelque temps, s'asseoir dans son lit, se mettre sur les côtés, changer ses membres inférieurs de place. Malgré la paralysie, les membres inférieurs étaient restés bien développés; mais, à dater du mois de novembre 1847, ils maigrirent considérablement et rapidement. Laronstiprition devint des plus opiniâtres, et Tappélit disparut tout à fait. La maladie progressa ainsi malgré un traitement approprié et employé des le début (Sangsues, purgatifs, cautères sur les côtés de la colonne vertébrale).

Depuis le 3 octobre 1 847, époque de son entrée à l'hôpital, les accidents s'aggravèrent, et je constatai, dans les premiers jours de décembre 1847, les phénomènes suivants : décubitus dorsal, perte absolue de tous mouvements du tronc, des membres inférieurs et de la tète sur le tronc; les

(i) Observation extraite do mon mémoire de 1849, sur l'atrophie musculaire graisseuse.

PAUM Y.nII' (JKNÉUU.K SPINU.K. — EXPOSITION DES FAITS. 1^?)

inouvomenls 'le laléraliU' de la KMe sont riiômc impossibles. La mahuiti «'écarte laibietiuMil et iwvc (U>i crraïuis eiïoits le bras ^^aiiciio du tronc, llérliil un peu les doigts de la main j^auclH». Les (i<)ij:ts de colle main sonl un peu contractures. — Selles et lu-ines involontaires ; amaigrissement exIrAme ; — conservation de la sensibilité cutanée, qiioitpie un peu diminuée dans le membre inférieur droit ; — conserviilion des l'acullés mlelleclueiles, inlei^rilé de la parole, des sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et du ^oùt; esc.liare au niveau des ischions : perte d'appétit; pas de lièvre.

A rexploralion électru-musculdire, ']e conslàie : \" (lue lu coittrnctUiti' et la seimbiiilc éleclro-uiiisciilaircs sont entièrement éleintcs (hms les jambtfi, (liminuéc!^ dans les cuisses ; 2" que l'excitabilité électrique (motricité de M. Flourens) est encore assez grande dans les poplités, pour faire entrer en contraction les muscles qui sont sous leur dépendance, et qui ne sont pas contractés lorsqu'on les a excités directement: 3" (jue les muscles de la rê- (fion (inliln'dcliidlc (intrricure droit'' ont aussi perdu leur contractilUé électrique, et (jue cette dernière propriété est cousidérablemeut diminuée dans les muscles de la réijion postérieure de l'avant-bras droit, dans les muscles du iiwntbre supérieur (jauche, ilans les pectoraux, les trapèzes et les muscles de la réijion sous-épineuse. On voit quelques rares contractions fibrillaires dans les membres supérieurs.

Mort le 26 décembre 1847. — Autopsie faite par M. Oulmont. chef do clinique, aujourd'hui médecin des hôpitaux, en présence de M. Fouquier, pendant la Irçon clinique. Les cordons antérieurs de la portioti cervicale dr la moelle soûl iujectés et difjluents dans une étendue de 6 centimètres, à peu près, à partir de la quatrième vertèbre cervicale. Ce ramollissement, qui forme une sorte de bouillie, contraste avec la fermeté des cordons postérieurs de cette môme portion cervicale, qui ne sont pas même injectés. Dims tous les autres points, la moelle et ses envelop[)es noffrent rien d'anormal. Intégrité parfaite du cerveaii et de ses membranes. Rien de particulier dans les autres organes. Les muscles n"onl pas été examinés, mais par le toucher, on ne pouvait constater leur existence, surtout aux membres inférieurs où la peau semblait appliquée sur les os.

A la suite de cette ohservatit)n, je disais en 1853: « Dans le fait dont je viens de doinier la relation, il existe un rapport salisiai^anl de subordination entre la plupart des pliénon.ciies okservés pendant la vi(! de la malade et la lésion analoniique constatée a l'autopsie. Kn elVel, la lêsiim du luuuuement (la paralysie; trouve sa ruisuu fVèlri' dans r<dU'rutiun ijrofu)idc d'une port ion des co?'dons antérieurs de la moelle, et la conservation de la seiK>ibilit('' s'expli([ue par l'intégrité de la nioiti' postérieure de la mctcllc ,1.

(1) Loc. cit.

2()'| I'\11A1.V>IIS MMNVI I,-.

C/t.'sl nn'alors les coiddiis aiilcriciiis de la iikm'IIt u'avauînt pas fie (lô|)()ss»''(l(N, par M. Urowii-SilNpiard, des propiiclt'îs motrices (|ue M. L(»ii;^(l Icui' avait alliiluKics. Mais, coniiiir par le lait de cf* ramolli.ssciiiciit i\t'> cordons aMl<'i'i('iirs, les racines aiitcrifturcs se trou- \ aient inevitahienient S(''[)aréesde la inoelh; «'piniere, sonrco de N.Mirs pro|uietes motrices, co. ramollisseineiil n'en »''t.iit pas moins la cause mdirecle de la paralysie des monvements.

l'in tenant compte dans les deux ohseivations précédentes, de la similitude des symptômes, de la niarehe et de la terminaison on n'liésit(> i)as à les considérer comme aj)i)artenant clinif|uement à une même espèce morbide, bien cpie la première n'ait laissé dans la moelle aucune lésion anal()mi(pie appréciable.

Forcé de me resserrer, en raison (\e<, nombreuses afïections musculaires dont j'aurai encore à exposer rétude dans ce volume, je supprimerai les laits identijpies cpie j'ai rapportés dans la précédent(.' édition et d'autres nouveaux cas cpie j'ai recueillis depuis

,^ II. — Considérations détluilrs dcu faits précé«lcnts.

A. — Syniplônies, marche, durée, pronostic.

Des douleurs rachidiennes, de la imque au sacrum, s'irradiant latéralement, limitées quelquefois à la région cervicale, dorsale ou lombaire, marquent souvent le début de la paralysie générale spinale. Les douleurs sont accompagnées ou suivies de iourmillements dans les extrémités, surtout dans les membres abdominaux et quelquefois à l'iiypérestliésie cutanée.

Puis bientôt après, survient un atïiublissemeni musculaire dans les membres inférieurs. Une seule fois, j'ai vu l'un des meujbres supérieurs se prendre le premier. L'affaiblissemenl ne se montre pas égal dans tous les muscles ni dans les deux côtés. Ce sont les tlécliisseurs du pied sur la jambe qui sont atteints les premiers et plus fortement, ensuite les flécliisseurs de la cuisse sur le bassin, et après cesderniersles extenseurs de la jambe sur la cuisse sont atteints progressivement. L'affaiblissement des membres inférieurs rend la station et la marche fatigantes et difficiles, mais on n'observe alors ni les mouvements désordonnés qui caractérisent, comme on le verra par la suite, certaines affections musculaires appartenant à d'autres espèces morbides. Cette paralysie augmentant progressivement, la marche et la station deviennent bientôt impossibles, puis enfin les n)ouvements partiels des membres inférieurs <ont complètement abolis.

P\IUl,V>li: (.INI lUI.i: SI'INAI K. -SYMI'K^MKS, MM'.CIIR, IMIONO^TIC. ^Tj

La paralysie resie liiinltc lui Icinps pinson moitjs lon^, datis !u> membres iiilerieiirs avant de ^a^ner les membres supérienrs Ainsi, tantôt les membies inléi ieurs s(int à peine atlaiblis depnis (juelques semaines (jue les mouvements de la main i)ei'dent déjà leur forre, et lant(')t la paralysie, avant de s'étendre, reste à l'étal de paraplégie perxiant [ilnsieurs mois et mèm(; pendant une année. Mais, dès cpie le membre supérieur eonmience à se prendre, la paralysie marche piogressivemenl à peu près connue dans les mend)res inférieurs, s'attacpiant d'abord plus fortement aux extenseurs des doigts; puis les muscles du tronc et niôme de la face sont aussi atfectés progressivement. Enlin la paralysie est presque toujours plus prononcée dans l'un des côtés du corps.

Fx's muscles paralysés ne tardent pas à s'atrophier, mais cette atrophie altacpie en masse les mendjres qui semblent se momifier, différant en cela de l'atrophie musculaire graisseuse progressive où l'on voit les njuscles disparaître partiellement et irrégulièrement.

Peu de temps après que les muscles ont commencé à s'alfaiblir, on voit leur contractilité électrique diminuer et se perdre progressivement. J'ai constaté ce fait, une lois entre autres, vers le dixième jour de la paralysie à la Chaiité dans le service de M. Andral, fait provisoirement par M. Pidoux.

J'ai suivi avec beaucoup d'attention l'ordre dans lequel les muscles perdent successivement leur contractilité électro-musculaire. Voici ce que j'ai observé en général.

Quand la paralysie a gagné les membres supérieurs, ce iont les nmscles de la région antibrachiale postérieure qui commencent à perdre leur irritabilité. Aj)rès eux viennent les muscles de la main, puis ceux de la région antibrachiale antérieure et ceux du bias ; enfin ceux qui attachent l'épaule au thorax. Dans cette marche progressive de la lésion de l'iiritabilité électro-musculaire, les muscles de chacpie région ne sont pas lésés au même degré. Ainsi, en général, à la r<'gi()n antibrachiahî postérieure, les extenseurs des doigts sont les premiers [)lus affectés ; à la région antibrachiale antérieure, ce sont les palmaires; à l'avant-bras c'est le biceps, etc.

Erdin, arrivent le tour des nmscles de la face, et en dernier lieu, celui i\e:i nmscles de la respiration ; c'est alors que la moit par asphyxie ne tarde pas à venir. Connue pour les membres .supérieurs, les muscles de chacpie région sont atteints d'une manière inégale. Dans les membres inférieurs, on voit la lésion de l'irritabilité electro-nmsculaire attacjuer d'abord les muscles de la régi«tn jambière

2li() PMUi V- ii;-, SPINAI I :>.

aiilcriciirc ri (Alcl'llc, cl cilMlilc ceux du jiicd (l de |;i r('';:i()ii |..iii \uh'v postoriciirc. Puis les iniisclcs de la (■lu^^i' cl ( cu\ <\c rahdcuncii s(mt atteints a peu |)i'ès vu mùinci Icinps.

Dans sa uiaiclic prdfïivssiN'e, la lésion de 1 initabiliU' é!e( Iruinuseiilaire suhil un t(in|)s d'arrùt plus ou moins lou^. Ainsi, on la vt)it (juehpielois sié«ier lonj^lenips dans une r(''i^i(jn, dans les extenseurs, [)ar ex(unpl(;; ou bien, et (î'est le cas le plus ordinaiie, a[)rès avoir atliupié les nuiscles de l'avanl-hias, elle se porte suites muscles de la jambe, et vice versn.

Il ne faut pas non plus s'attendre à voir dans ces cas l'irritabilitt'; éleclro-musculain,' s'éteindre couij)létement ,'ce(iui peut arriver cependant dans la dernière période de la maladie^; le plus ordinairement l'irritabilité électri(iue n'est que diminuée, et dans quel- <|ues cas rares, il faut la plus «^i-ande attention pour constater, à un <Jegre peu avancé de la maladie, ralVaiblisscnienl de; la contractilité electro- musculaire.

Cette affection nmsculaire est apyrétiqne, elle laisse intactes les fonctions or^aniiiues et les iacullés intellecUu.'lles.

Sa marche est lente ; en général, elle peut se prolonger i)endant plusieurs amu-es, comme on l'a vu dans les deux faits que j'ai rapportés. Toutefois, elle a été tellement rapide dans un cas, (pie la mort est survemie à p(;u j)res vers le vingtième jour de la maladie.

V^oici le résumé des principaux pliénomènes qui signalèrent ce cas singulier; je les ai trouvés consignés dans une de mes notes.

OiiSERVATiON XXXVIII. — Rèmmè d'une pnnthjsic géw'nih spinale. — Mort le vingtième jour de la maladie.

En I 85.3, une jeune femme, d'une assez bonne constitution, availéprouvé tout à coup dans les membres inférieurs des fourmillements, un engourdissement et un affaiblissement qui ne lui permettaient pas de rester longtemps debout. Cet affaiblissement avait augmenté progrès ivement au point que le deuxième jour elle avait dû garder le lit. Le troisième jour elle se fil transporter à la Charité où on la coucha au n" 2i de la salle Sainte-Marthe, service de xM. Briquet. Je ne la vis que le troisième jour de son entrée ù l'hôpital, et alors je constatai que les mouvements du pied sur la jambe et d'extension de celle-ci sur la cuisse étaient complètement perdus. La malade pouvait encore tV^chir, mais faiblement, la jambe sur la cuisse et celle-ci sur le bassin. Sa sensibilité cutanée était considérablement diminuée aux pieds et aux jambes. D'une bonne santé habituelle et d'une assez bonne constitution, elle avait éprouvé depuis assez longtemps des chagrins domestiques, et quelques jours avant de tomber malade, elle avait eu

PAIIALYSIE r.KNÉUALK SPINALH. — DlA(;NO.STlC DIITÉRENTlEr.. '207 .1 supporter, disail-elle, une scène 1res violente qui lui avait cassé le> janihes. I"!lle était iinprcssionnablo et hicii (piClle n'eût jamais eu d'accès hystéri(ines, M, Hri()uet j)ensait que sa paralysie; |)Ouvait bien dépendre d'un état hystérique. I/exploration éloclro-inusculain; devait jeter un grand jour sur cette espèce do paralysie, car je (onstalai itninédiatenu-nl que les muscles moteurs des orteils et du pied sur la jambe réagissaient faiblement sons l'inlluence de la l'ara lisation la plus énergnpie. Co signe ni; permettait pas d'admettre ici une paralysie hystéri pie dans la(]uelle l'irritabilité est toujours normale ; il me faisait entrevoir, conmie point de départ de la maladie, une lésion grave, dynamique ou organique d'un point du centre nerveux spinal et je portai un pronostic grave. Quelques jours après la paralysie gagnait les membres supérieurs après s'y être annoncée par des fourmillements dans les doigts. La contractililé électro-musculaire que j'y avais trouvée intacte y diminuait notablement. Alors je diagnostiquai une paralysie L:énérale spinale à marche aiguii et je dis que je redoutais pour cette maladie une terminaison mortelle. La paralysie s'aggrava, en eiret, en se généralisant, et je vis à plusieurs reprises et à plusieurs jours d intervalle la contractililé électro-musculaire diminuer progressivement, suivant de près la paralysie des mouvements volontaires, puis s'éteindre presque complètement. La vessie et le rectum se paralysèrent, les mouvements respiratoires furent atteints à leur tour et la malade s'éteignit le dix- neuvième ou le vingtième jour de son entrée à la Charité. — A l'autopsie, on ne trouva aucune lésion anatomique appréciable dans hvs centres nei'veux.

L(; pronostic dv la paralysie générale spinale est grave?, ('e|iendant je l'ai vu deux ibis ai'i'èté dans sa marelie et giK'rir.

B. — Diagnostic difTérmlicl.

a. Paroiijsie {/énn-alc des aliénés. — Le diagnostic dilférentiel de la paralysie générale sans aliénation et de la paralysie générale des aliénés, a été soulevé» il y a quelques années par M. lîrierre de Hnisniont et moi.

La raison epii m'engage, je dirai plus, qui m'oblige à revenir sur (^ette question, c'est l'opportunité. Dans ces (b^rniers temps, en eilél, la Société médico-psychologiqut; a mis à son ordre du jour le diagnostic, la nature et le siège de la i)aralysie générale des aliénés. Les liomtnes dont la parole est la plus autorisée par le talent et par une bmgiie (expérience se sont elVorcés, tour à tour, d'élucider celle question de patbologie si complexe et si controversée. Celui qui n'a pas U) moins brillé, dans cette grande discussion, est un jeune confrère, auteur d'une tbése reniar(|uab[e sur la folie paralyticpie, M. Falret Hls; il a résumé l'état de la science sur ce point avec une

l^rainlc coiicisioii. cl il m disciilc iivcc hilnil le (li;i;jiin l,c <!i(]'.-M iilii'l (le lu |iiii'al\si(' i^i'iK'iiilc ( I ]. ('.ciM'iKhiiil ( r «iii'il m a (|,| m'ii la il l'iilir lit in'(!('ssit(' (l(! loniiiilrr iicllciiiciil iimui opiiiinii, parce (|iic l'cxpcricncc cl la r<''flc\i(ui m'onl ohli^ic de niodilici- celle (|n m 1S.V2 lions avons deîcndnc. M. lliiciTc de lloi^nlont et mot, en IMVsencc {\v la Socictj' d«; médecine de l'aiis. .le dois a ma con scienc'e d'avoner une eri'eiir (|ne j'avais di'ja reconnue d'ailleurs en 1H').5, dans la pr(''C(''(lenle «'dilion de mon Tidilô d t'h-ctrisfition ht-rn/isf'e.

Pourqne l'on ne in'accnsu pas (h; versalilih; on de lej;ereh';. j'exposerai ici préalablement et snccinetement l'iiistoi-ique des reelierelies (j lie j'ai laites en commun avec M. Hrierre de lU)ismont.

Déjà, en 18^i7, epo(pie a la(|uelle j'explorais, (le[)uis un cerlain temps, par la faradisation locali^ée, l'état des muscles dans les différentes affections musculaires, je recueillais des faits de paralysie générale spinale. A celle épocjue, je proposai à moii ann, M. Hricrre de Boismont, (jui avait éU) témoin de ces études, et dont j'eslimais les excellents travaux sur la pathologie mentale, de re joindre à moi pour rechercher comparativement ([uel était l'état de la contractilité électro-musculaire, dans la paralysie générale des aliénés et dans la paralysie générale spinale. Le concours de son expérience et de son autorité m'était absolument nécessaire poui- un travail de cette importance. Les laits (jue nous observâmes ensemble, dans les hôpitaux, nous parurent bientôt a>sez nombreux pour espérer que l'on pouvait tirer de l'état de la contractilité électromusculaire un signe diagnostique différentiel entre la paralysie générale des aliénés et la paralysie générale spinale ; dans la première, la contractilité électro-musculaire était intacte ; dans la seconde, elle était affaiblie ou abolie.

Frappés de ces signes distinctils et obéissant à une tendance naturelle à l'esprit humain, nous nous sommes hâtés peut-être un peu trop de généraliser ces faits, en concluant de ces derniers que les signes diagnostiques, tirés de l'état de la contractilité électro-musculaire, devaient servir à distinguer la paralysie générale des aliénés de la paralysie générale sans aliénation; toutefois nous eûmes la prudence d'enfermer notre proposition dans un paquet cacheté que nous avons adressé en 18^7 à l'Académie de médecine. Nous sentions qu'une pi'oposition d'une telle portée devait longtemps germer, et ne voir le jour qu'après avoir subi l'épreuve du temps, et surtout en

(1) La noie lue à la Société, médico-psychologique pnr M. Kairet a été publiée dans les Ardiives générales de médecine, en août 185».

rAllAI/iSIK (.KNRRAM, M'INM.K. — DIAGNOSTIC DIFFÉKENTIEL. 200 s'claviiiit (riiii i^raiid nomhiL' (l(; laits. Mais, IiùIjjs! ces laits «'taifiil ohscrvcs dans Irs lio|)ilaii\, cl l'aisaient dcjà (jncNnic Ijniit. L'un dVn\, !•('( lUMlli a ril()t('l-l)i(:n dans 1(3 sj-rvice de; M. i^jslan, lait provisoirement par M. ^ ij^la, tut niènn! le sujet de conférences cli- Jiiipjes, et publie dans un journal d(! nuidecine. Nos id(''es s'ehruiterent à ce point (jue mon honorable collaborateur, M. liricrre de Boismonl, fut oblij^é d'exposeï' la substance de notre tiavail daiiN les Annnlcs în.odico-psi/c/ioloijiqucs. MalluîureusiMnenl \v.^ faits (ju'il a rapportés étaient insuffisants par leur nombre et par (Mi\-nièmes. Il se crut même fondé à formuler la proposition suivante : <( Kn définitive, on peut donc considérer co;iin)e un fait établi dans la science, qu'il existe deux grandes divisions de la paralysie j^'énérale, dont l'une, celle des paralyti(pies aliénés, conserve à tous l(;s degrés l'irritabilité; tandis cpie l'antre, celle des paralijsies sans aliénalinn (la paralysie générale spinale), voit vv^^ deux propriétés s'altérer, s'affaiblir, se perdre à mesure (pie le désordre fonctionnel fait des progrès (1). » Une telle proposition Jie pouvait manquer d'attirer un orage sur nos tètes; aus>i fûmes-nous bientôt attaques de toute part. Nous eûmes alors ;i nous (!(M"endre dans la Société de médecine de la Seine, devant la(|uelle celte im[)orlante question fut portée par notre regrettable et savant confrère Sandras. La discussion qu'ede souleva, et à bupielle prirent part 3LM. Brierre de Hoismont, Baillarger, Bouvier, Delasiauve, iJuchenne (de Boulogne), BequinetSandras, eut cpielque retentissement.. le n'ai pas eu depeine à faire triompher la vérité des faits (\\\\ avaient donné naissance à la proposition formulée par iM. Brierre de Bv)ismont d;nis les /l/?//^//^'.s ni(}dico-/)St/c/tolofji(/ues; rc\)v\\i]-A\n il en est resté pour moi cette conviction, à savoir: (pje cette proposition, (pie j'avais été entraine a défendre devant notre Société, était née i)ré!naturément; que si elle avait été suffisannnent mûrie par rol)servation et la réilexion, elle serait soi-tie de notre pa(pu't cacheté nioius abs^olue et surtout nu)ins gémh-ale. Aussi, loin de la faire rivivre. l'ai-je au contraire déjà modifiée, comme on le verra bient()t.

Les considérations i)récedentes e\pli(iuenl l'espèce d'avortenu-nt du travail (pie M. de Boisn.ont et moi devions publier à rap[)ui de la proposition formulée dans notre paquet cacheté.

Mais nous ne pouvons phis soutenir aujourd'hui, comme en I^.Vi, ()ue(( le sii;ne diagn()sti(|Ue différentiel tire de l'état (h- l'irritabiliff'^ éleclro-museuhnre peut e-er\ir à distini^uer la paralysie générale, dans laipielle le> la. ultt^ intellectuelles sont h'Si'es, de toutes celle> clans lesipielles elles sont conservées. »

(I) Anna'c^ m''dico-})sij<:hologifnie ^ IBM», p. (.i07.

270 l'Ml \l ^^11 ^ M'INM hS.

KclaiiM' |>;ii' rohscrvalioii cm 1H.')r), je Inisais (\v\\\ une dcclaratinii analogie, rt en cola jo nie trouvai en partait accord avec M. lîricrrc (le Hoismoii'.. A l'appui de cette nouvelle opinion, j'ai rapporte un lait recneilli [)nr moi avec le i)lns ;;ran(l soin 1), et dans lecpiel l( sujet ("lait atteint, depuis piusi<'ni's ann(''cs, d'une paialysie générale et d'un <'inl)arras de la parole, clie/. Ic(pic| la contiaelilil»'electro-niusculain! était intacte, (pii cependant «-tait mort après avoir tcMJours joui de s(>s facultés inlellectnelles, et (pli n'avait pn'*sentc a l'autopsie aucune \v.>\{m apparente des centres nerv(Mi\.

P.t i)uis, ne sait-on pas anjoui'd'hni (pi'il est dautres paralysies générales, étrangfM'es à la paralysie g(''n(''rale des aliéu(''s, dans les- (pielles cependant rirrital)ilit(î électro-musculaire est intacte? Ne l'ai-je pas démontré moi-même, en effet, pour la paralysie générale hysteri(pie et pour la paralysie générale par le sulfure de carbone, dont j'ai signalé, le premier, l'existence (2)?

Tontef()is ces rceherclies n'ont pas été sans résultat, car il est aujourd'hui l)icn démontré (pie nous avons eu raison de soutenir, coii-

(1) De l'cieclnsatiun looaU^rc. I'ari^, 1S:j:), iii-8, observation 102.

(2^ Km 1853, faisant allusion aux paralysies générales occasionnées par certains ga? (iéiélëres, j'écrivais la note suivante : « Il en est une surtout dont il n'a pas encore été fait mention clans la science, c'est la paralysie générale par le sulfure de carbone (lui entre dans la composition du caoutchouc vulcanisé. l'ai vu plusieurs ouvriers, qui avaient travaillé à la fabrication de ce caoutchouc vulcanisé, atteints de la plupart des sympttimes physiques qui appartiennent à la para" lysie générale des aliénés, l.a seule différence qu'il y ait dans ces cas, c'est que les accidents produits par la fabrication du caoutchouc vulcanisé ne sont qu'accidentels (durent quelques semaines), tandis que la paralysie générale des aliénés marche toujours fatalement, quoi qu'on fasse. J'en ai observé un cas récemment à la Charité (salle Saint-I-élix, n" 12, service de M. Andralj chez un homme qui avait travaillé à la préparation du caoutchouc vulcanisé, dans la fabrique de Grenelle, dirigée par M. Gérard. Je ne veux pas faire ici l'histoire de cette paralysie générale produite par le sulfure de carbone, qui sera, j'espère, prochainement écrite par M. Andral ; mais je ne pouvais me dispenser de l'indiquer dan ce résumé de quelques affections musculaires générales. « [Des lésions analomiqucs dans l'atrophie musculaire progressive ; Union médicale, 1853.)

Si alors je n'ai pas écrit l'histoire de la paralysie générale par le sulfure de carbone, c'est que j'en étais empêché par un sentiment de convenance, car je possédais cinq faits analogues à celui de la Charité. J'espérais que M. Andral l'aurait écrite lui-même, et je ly avais fortement engagé, mettant à sa disposition mes observations et mes expériences électro-musculaires. Du reste, la science n'y a rien perdu, car tout le monde connaît le beau travail publié en 1856, sur cette même paralysie, par M. le docteur Delpech, sous le titre suivant : Mémoire iur les accidents que développe chez les ouvriers l'inhalation par le sulfure de carbone.

PAUAI.VSIK C.KNKUAIMi SIMNAI,K. — I)IA(;N( >^ri( l»ll Fl.U KM IKI.. '^71

friiircnicMit mix assertions dcSandras, la proposition suivaiile : Tnnt(: jmi'ah/sic (jrncj'dlc clans laquelle les muscles ne rê/jondent plus ou rrjiondent mal à l'excitation électrique, ne p'ut rln- confondue avec la paralysie (jénêvale des ali/mcs. En ('ITi.'t, ce n«.' peut (Hre alors ([u'unc paralysie générale spinale ou une paralysie {,'énérale saturnine, ou une atrophie museulaire i)rogressive ^généralisée et arrivée à la p('Miode (le destruelion de tissu. (On verra par la suite rpie le diai^nostic différentiel de ces affections diverses est facile à établir.)

.l'ai recueilli plusieurs cas de paralysies consécutives à des lièvres graves; elles étaient généralisées d'abord et .^'étaient ensuite localisées, tantôt dans les nriembres intérieurs, tantôt dans les membres supérieurs. Ces paralysies sont caractérisées, comme les paralysies spinales, par la diminution ou l'abolition de la contractilifc électro-musculaire. Les muscles dans les(iuels rirritabilit('; est plus altérée s'atrophient rapidement. J'en ai observé entre autres un cas dans la pratique civile, avec MM. Chomel et Horleloup. La païalysie, survenue consécutiveiuent à une lièvre typhoïde grave, s'était localisée dans les membres intérieurs, qui étaient très atro})hiés. La (.onlractilité musculaire y était très atïaiblie. Cette paralysie atrophique, considérablement améliorée par la faradisation localisée, linit par guérir complètement à la longue.

A mon passage à Toulon, en \ 8;V2, M. le professeur Roux me fit voir il l'hôpital de la marine, un matelot qui avait eu une i)aralysie générale, à la suite du typhus (on y avait observé plusieurs cas analogues). Les mouvements étaient revenus t)rogressivement, excepté dans les muscles des membres intérieurs, dont quelques-uns étaient encore très atrophiés. Je constatai que la cojitractilité électri(iue était à peine appréciable dans les muscles paralysés.

Je mécontente de signaler ici ces faits en les rapprochant de la paralysie générale spinale. Je ne les ai pas encore étudiés suftisamintMit et en assez grand nombre pour en faire le sujet d'un tiavail.

h. Pa}(d!isic (jéncrale ascendante des Allemands ; paralysie ascendnntc aiguë de M. Landry. — 1" Sous le nom de paralysie ascendante on avait désigné en Allemagne un ensemble de symptômes (pii appartenaient à plusieurs espèces morbides, et dont quelques-uns s'observent dans ratléetion musculaire qui a été l'objet du pr<'>sent article, et dans une autre maladie (jue j'ai api)elée récemment ata.cie locomotrice progressive. Cette dénomination de paralysie ascendante était synonyme du ((dn's dor^nlis de Uomberg et de la consomption dorsale de Lallemand F.lle était tirée du mode de (iéveloppenn.'nl de cette alVectioii nujsculaire (pu alhupiail [nimitivenient les membres

27J rMui/^^ii^ >iM\Ai I N.

inrcriciir.s, ;4;i;4nait nisiiitc Ic^ inciiilncs suim'Iiciii'.s cl mi ^M'inTali^ait . On a vu (liiiis In tlcsrnpiion (|ii(' jai cxpoM'c ci-dossiis (pu; c'est aiiiM (|nc procède |)i'cs(|ii(î toujours rallcdiompic j'ai appelée paralvNic ycncralc si)iiiaic. (Vcsl «''i;alcmcnt la mardic (raiili<'S alVcclioiis musculaires, par exeiiiple, de 1 alaxie locomotrice, dont (picl(iuos syrnpl(Miics avaieii' été conlondiis avec la paralysie. M. Baillai-';er ;i d'aiilrc part démontré (pie la paralysie ^énci'aledes aThMiés d«'lnil,iil (picl(|uefbis par les membres inférieurs avant d'alteindrc les mcmhres supérieurs [J'en ai observe plusieurs cas^. (Jn con(;oit, d'après cela, combien c(!lte dénomination de paralysie ascendante est vicieuse, pnisqu(; plusieurs espèces morbides diiïérentes i)ouiriMent la réclamer pour elles-nn-mes, ii bon droit. Aussi me suis-je bien gardé de la donner à ralVection nmsculaiie (pie j'ai appelée [)aralysie générale spinale.

'2 Sous la mène dénominalion (h; [)ai'aly>ie ascendante aigur, M. I.andry a décrit récemment une i)aralysie (juiatta(jue aussi [»rinntivement les membres inférieurs, et se généralise ensuite en ga • imant les membres su[)érieurs. (k'ile aftèction est apyréli(iuc ; sa marelle est rapide; elle se termine en (pieUpies jours par la mort ; son autopsie n'a révélé juscpi'à prt'-sent aucune lésion organique a[)préciable.

Tout le monde remar([U(;ra sans doute la grande ressemblance (pli existe déjà entre la paralysie ascendante aiguè de M. Landry et la paralysie généiale spinale (pii aussi [)eul se terminer en (juel{[ue.> jours par la mort; j'en ai recueilli un cas en 1853, à l'bopilal de la Cbarité (obs. XXXVllI). Cependant ces deux affections se distinguent entre elles par un signe tiré de l'état de la contractilité électromusculaire : dans ma paralysie générale spinale celle pro[>riél(; musculaire est diminuée ou abolie; M. Landry dit (|u'elle est au contraire normale dans sa paralysie ascendante aigut' qu'il a observée.

Bien que je n'aie pas encore rencontré cette dernière affection sans alfaiblissen:ent ou perle de la contractilité électro-musculaire, les faits rapportés par >J. Landry paraissent minutieusement observés; l'exploraticn électro-musculaire a été faite avec soin et sous les yeux de M. Gubler. Je les crois donc parfaitement exacts. Il est seulement à regretter (|ue M. Landry ait donné à celte airection une dénomination déjà ancienne et qui a été tirée d'un caractère commun à plusieurs affections musculaires.

j'aurais encore à discuter le diagnostic dilïèrentiel de la paralysie saturnine généralisée, de Tatropliic musculaire généralisée tt de

ACIION TIIKUAPEUTIOI'K DE L\ FAHADISATIO.N LOCAI.ISKK . 21 o

l'alaxic ioaniiotricc progressive d'avecî la paralysie j^éiiérale spinale, .le me réserve d'exposer cette élude dans le.> eliapitres où je traiterai de ces ditléreiites aflectioiis musculaires.

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