ACTION THÉRAPEUTIQUE DE LA FARADISATION LOCALISÉE
A. — A une époque peu éloignée du début.
La faradisation localisée, appliquée à temps, c'est-à-dire à une époque rapprochée du début de la paralysie atrophique graisseuse de l'enfance, pourrait abréger la durée de la paralysie, diminuer, sinon prévenir, l'atrophie des muscles, et peut-être empêcher leur transformation graisseuse.
L Ce n'est pas au début de la maladie que je proposerai de faire l'application de la faradisation localisée à cette paralysie de l'enfance, et surtout quand la fièvre annonce un état inflammatoire bien caractérisé. Alors il faut seulement recourir aux moyens antiphlogistiques généraux, appropriés à l'âge du sujet. Cette médication doit être dirigée en vue de l'existence d'une lésion de la moelle ou d'un point de la moelle. En conséquence, c'est dans son voisinage et sur son trajet que doivent être ap[)li([ués les ventouses sèches ou scarifiées, les vésicatoires, etc.
IL Mais quand la période d'acuité est écoulée (en général après trois ou quatre semaines), il faut faire intervenir l'excitation musculaire localisée, en continuant encore pendant un certain temps la médication générale: les révulsifs à la peau et sur le tube digestif, le calomel à l'intérieur, selon la méthode de Kennedy, les excitants directs des centres nerveux, la strychnine, etc.
J'ai démontré que, par ses symptômes et sa marche, cette affection musculaire spontanée de l'enfance se rapproche de la paralysie consécutive à la lésion traumatique des nerfs spinaux ou de la
•iUH PARALYSIE AÏKOPIIIOI'K (;UAISSK11SK DK I. BNKANCK.
nuK'ile. On a vu, en «iVct, qu'au (Ichut de ces paralysies un ^raiid iioinbiv (le iiiusclrs soûl (''^al»'in«'iit. ;illr(l«'s (l;ius l(;ur ruotilitô vo- Unitairc, iuai.->(iiU' i>arnn ces uius(îles il (;u est <|ui rc'(umvn;ut assez rapidciMcut l(uus luouveiiKîiils sans s'atrophier, ou du moins sans (pie la nutrition soit en soulîranee; qu'il en est d'autres, dans lescpiels les mouvements ne reviennent qu'après un tem[)s plus ou moins long, et ([ui restent plus ou ujoins atrophiés; ([U(! parmi CCS muscles, enfin, il en est dans les(piels non-seulement la paralysie persiste, mais (jui dtîviennent graisseux. On a vu aussi que, par l'exploration électro-nnisculair(\ on distinj^ue ceux dans les- (piels les mouvements doivent revenir plus vite, de ceux qui seront paralysés plus longtemps et souiVriront davantage dans leur nutrition. Eh bien! n'esl-il pas permis (Taltendre de l'application de la l'aradisation localisée une influence thérapeutique aussi heureuse dans la paralysie atrophique graisseuse de l'enfance que dans la paralysie consécutive aux lésions traumatiques des nerfs et de la moelle. Ainsi, il arrive quelquefois que, chez certains sujets, des muscles dont l'influx nerveux éprouve un faible obstacle dans sa marche du centre à la périphérie, par suite d'un degré léger delà lésion du point de la moelle d'où émane cet influx, recouvrent cependant tardivement leur molilité. J'ai cité des cas dans lesquels les mouvements n'étaient revenus qu'après plusieurs mois, bien que les muscles eussent très peu souff'ert dans leur nutrition; ce qui indique qu'alors la lésion nerveuse était peu intense. Dans des cas de paralysie atrophique graisseuse analogue où l'exploration électro-musculaire aurait pu faire reconnaître que les muscles sont légèrement lésés, l'excitation électro-musculaire hâterait probablement le retour des mouvements. Je n'ai pas besoin de faire ressortir riraportance de ce rétablissement plus prompt de la molilité à une époque de la vie où la nutrition est si active, où les membres peuvent éprouver un arrêt de développement, par suite de leur immobilité absolue.
Jadis, lorsque je formulai ces préceptes, je ne pouvais m'appuyer sur une expérimentation suffisante ; je prévoyais seulement que leur application devait être couronnée de succès. Aujourd'hui cette question est jugée, car toutes les paralysies de l'enfance qui se sont présentées à moi, et dans lesquelles la contractilité électro-musculaire était seulement diminuée, ont guéri complètement assez rapidement et sans atrophie ni déformation des membres, quand la faradisation localisée a été appliquée peu de mois après leur début. Les paralysies de l'enfance de même espèce, qui dataient de six mois, d'un an et même de deux ans, dans lesquelles la contractilité électro-
ACTION TnÉKAPElITIQUE DE LA FARADISATION I.OCAMSKF. 299
musculuiro n'était [)as plus affaiblie, ont j-uôri ('•fçalement par la (aradisatioii, mais les membres avaient été plus ou moins amai'^ris par la durée de la paralysie, vi (juand elle avait sié*<é dans les muselés moteurs du pied, ce ïn(Mnbre avait vU'. plus ou moins déformé. La faradisation ne pouvait rien contre ces suites de la paralysie.
III. On a de la répugnance à soumettre des entants à de telles excitations, surtout ceux qui ont à peine atteint l'âge d'un an. On (M'aint de réagir sur les centres nei'veux, si irritables à cet âge, et d'aggraver la lésion centrale dont on essaye de réi)arer les désordres, .l'avoue que je me suis laissé aller à ces mêmes appréhensions nées de la réprobation dont l'emploi de l'électricité, chez les jeunes enfants, a été unanimement frappé par les médecins.
Il est incontestable que certaines méthodes d'électrisation, certains procédés opératoires, ne peuvent être appli(|ués sans danger sur les enfants. Ainsi, je voudrais proscrire l'électrisation par action réflexe (méthode dont j'ai exposé la criti{[U€ précédemment), (jui agit à coup sûr sur les centres nerveux; l'électro-puncture, l'excitation électro-cutanée, la faradisation à intermittences rapides, la galvanisation par courants continus, parce que ces procédés ou ces méthodes provoquent de vives douleurs, ou peuvent produire une surexcitation fâcheuse.
Mais j'affirme aujourd'hui qu'on peut pratiquer sans aucun danger la faradisation musculaire localisée chez de très jeunes enfants, pendant un temps assez long (un ou deux mois) et à une dose assez forte, pourvu que les intermittences du courant soient suffisamment éloignées. Je me fonde, en ceci, sur des expériences nombreuses faites dans ces derniers temps. J'ai excité les muscles de beaucoup d'enfants âgés de trois mois à un an, de manière à obtenir des contractions énergiques. Ces enfants, en général, n'ont témoigné aucune douleur, lorsque j'ai eu la précaution de les habituer, en agissant graduellement, à la sensation étrange, mais non douloureuse, qui accompagne la contraction électrique des nmscles. L'opération ne tarde même pas habituellement à les amuser. Ouelques-uns d'entre eux, d'après la remarque des parents, conservent vers la fm du traitement (après une cure d'une trentaine de séances) plus de gaieté et de vivacité, et sont moins disposés à dormir. Alors il est sage de suspendre la cure pendant quelques semaines pour y revenir quand il y a lieu.
J'ai à regretter de n'avoir pas connu plutôt cette innocuité de la faradisation musculaire localisée, à intermittences éloignées, sur l'état général des enfants, car, dominé par le préjugé général, il inest
;u)0 l'Au.vi.YsiK AiuoiMiioiiK <;hai.ssi:usk uk lknkanck.
arrive Irop soiivcnl (l'en l'cruscr rapplicalinii, dans des conditions
on flic amail pn ('Iit mile.
IV. Les nius(-|t's dont la (',(mlra('lilil<'' (!st tics allaiblic doiv(;iit rester longtemps paralysés ot s'atrophier considcrahleincnt. lîien (pic l'on n'en pnisse enipèclKT l'ati-opliie, la laïadisMlion localisée ne laisse pas celte dernière arriver à un de^rc aussi avancé, et il est permis d'espérer, par ce traitement, conserver aux muscles assez de libres pour rem|)lir leurs l'onctions.
V. Les muscles dont on ne peut plus |)rovo(juer la contraction par la t'aradisation localisi'c à uik; (''poquf! voisiiu^ du (h'^but de cette paralysie de rentance s atr()j)hient coinpIfHemeiil ; ce sont ceux-là (jui, à la longue, doivent se transformer, partielleuicnt ou en totalité, en tissu graisseux. Mais ces muscles sont-ils infailliblement condamnés à mourir? il m'est permis d'espérer qu'il n'en sera pas toujours ainsi, en raisonnant par analogie. En effet, cette abolition delà contractilité électro-musculaire, dans la paralysie traumatique des nerfs ou de la moelle, annonce, comme je l'ai démontré, un arrêt complet de l'influx nerveux. Or on a vu que, dans cette dernière affection, la farad isation localisée a rappelé la nutrition et les mouvements dans les muscles, bien qu'ils fussent arrivés aux dernières limites de l'atrophie, lorsqu'elle a été appliquée en temps opportun, c'est-à-dire après la guérison de la lésion nerveuse. Il en doit être de même dans la paralysie atropliique graisseuse de l'enfance: ainsi, lorsque la lésion spinale étant guérie, la force nerveuse revient aux muscles, la faradisation localisée peut, on doit du moins l'espérer, rappeler la nutrition et prévenir la transformation graisseuse, qui tôt ou tard aurait lieu, comme on le voit dans la paralysie consécutive à la destruction d'un nerf, quand elle n'a pas été traitée à temps par l'électrisation.
VL Mais à quelle époque doit-on soumettre au traitement électrique un muscle qui, dans cette espèce de paralysie de l'enfance, a perdu la faculté de se contracter par l'excitation électrique? Ou bien, en d'autres termes, à quelle époque l'influx nerveux central revient-il aux muscles paralysés? J'ai établi par l'expérimentation (chapitre V), que dans la paralysie traumatique des nerfs, l'application de la faradisation, faite même régulièrement dès le début, n'empêche pas les muscles dans lesquels l'irritabilité est abolie de s'atrophier à peu près complètement pendant six, huit à dix mois, et que ce n'est qu'après ce laps de temps, que la lésion nerveuse étant guérie et la force nerveuse revenant aux muscles, la faradisation peut non-seulement les sauver d'une destruction complète, mais encore rappeler leur nutrition et leur motilité.
ACTtON THEnAPElITIOUE DE LA FAUADISATION LOCALISKF. 301
J'ai écrit dans l'c'dilioii [)r(''('é(l('ntc' :« Il serait iiiipi-iidciit d'alt(!n(lre aussi longtemps avuîit de sournetlre (X's muscles à nu liaiteinent élccfri(|iic régulier et surfisaiiiiiieiit coiitimié; car, après six mois de maladie, j'ai eu l'oceasioii de constater, chez un entant, (|ue plusieurs muscles avaient déjà (Jispiiru. et (juel(|ue effort que j'aie fait, j(î n'ai pu les rappeler à la vie. 11 n'y aurait l'ien (rtHonnant (jue sous l'intluence d'une cause analoj^^ue (d'un état patliologicjue de la moelle), la transformation graisseuse arrivât plus vite chez l'enfant que chez l'adulte; et comme le moment du retour de l'influx nerveux, ou, en d'autres termes, de la guérison de la lésion nerveuse, n'est pas encore et sera peut-être difficilement déterminé dans ces paralysies de l'enfance, je conseille de traiter le plus tôt possible par la faradisation les muscles qui ont pjrdu leur contractilité. En agissant de la sorte, sauvera-t-on plus souvent les muscles d'une destruction complète? C'est ce que l'on est en droit d'espérer, mais l'avenir seul en décidera. » Voici maintenant ce ((ue l'expérience m'a appris depuis que j'ai écrit ces lignes. Des enfants m'ont été adresssés deux à trois mois après l'invasion de la paralysie atrophi(jue graisseuse. Bon nombre de leurs muscles pai'alysés ne réagissaient plus à l'excitation électrique la plus énergique. Quelques-uns de ces derniers ont été quelquefois sauvés d'une entière destruction. Eh bien ! il est des muscles dont l'utilité est encore très grande, quelque faibles qu'ils soient, et ce sont ceux que l'on doit s'appliquer à redresser.
Vil. Consécutivement à la perte d'un muscle, le membre, obéissant à la puissance toni([ue de ses antagonistes dont l'action exagérée n'est plus modérée, est entraîné à la longue dans la direction de ces derniers. De là des difformités, des déformations des surfaces articulaires, des attitudes vicieuses (pii peuvent occasionner de grands troubles dans les fonctions. J'ai fait connaître le mode de développement et le mécanisme de ces difformités, quand elles se produisent aux membres supérieurs et inférieurs. On peut prévoir, par exemple, tjuelle est l'espèce de déformation qui surviendra con- S(''cutivenient à la destruction de tel ou tel muscle.
J'entre dansées détails pour faire comprendre qu'on ne doit pas seulement essayer de rappeler la nutrition dans les muscles menacés de périr, mais (ju'il faut aussi prévenir, surtout pour l'es membres inférieurs, les difformités qui résultent nécessairement de la contracture et de la rétraction des muscles antagonistes. J'ai eu recours, dans C(î but, à une espèce d'ortho})édie physiologicpie dont il sera (pieslion par la suite. Cette orthopédie ne peut être éclairée que par l'exploration électro-musculaire, qui seule fait recoimaître quek sont les nuiscles nienacés de destruction.
;i(i2 PARAI, v>iK \Tuopmon: ciwissi-rsii dh i/enfance.
B. — A une (''poinic Ir^s (éloignée du début.
(IVsl pi'csquc loiijours a une iktIocIc tics aviiiict'-c (l(! celte paralysie (l(î l'ciilanee, alors (|U(^ l'on a ('puisi' vaiiicmcnt, tous les genres (!(• trailciiKMit, ((u'oii soiij^c, c.omiiK! à uih; (icinièrti ressource, ;i r»'m[)lol (le relectricité. (^et aycnt lliérapeutique peut encore rendre alors de grands services; mais on conçoit (|ue ses chances do succès sont d'aulanl moins j^M'andes, (pi'il est appliqu(* jjIus tard.
I. Les muscles [Kiralyscs (pii, au début de la maladie, possèdent intactes leur coiitractilité et leur sensibilité électriques, recouvrent rapidement, ai-je dit, leur contractilitc volontaire, sans soullVir considérablement dans leur nutrition; mais souvent ils restent longtemps alVaiblis et notablement amaigris. Il ne faut pas négliger de faradiser ces nmscles, après ((u'ils ont recouvré leur motilité. Une excitation courte, et à un courant modéré, suffit pour développer leur force en peu de temps, et activer leur nutrition. C'est ce que j'ai observé chez la plupart des petits malades ({ui m'ont été présentés à une époque très éloignée du début.
II. Les muscles dans lesquels la contractilité électrique est plus ou moins affaiblie pendant la période d'acuité recouvrent à la longue cette dernière propriété, ainsi (jue leurs mouvements volontaires; mais ceux-ci se font quelquefois trop longtemps attendre. La faradisation localisée rétablit ces mouvements, quand toutes les autres médications ont échoué. Comme preuve, je n'en citerai qu'un exemple. On se rappelle que chez le jeune Piquefeu dont il a été question précédemment (obs. XXXIX), l'extension de la jambe sur la cuisse ne se faisait pas encore du côté gauche à l'époque où je l'examinai pour la première fois, c'est-à-dire après quatre ans de durée de la paralysie, et que les muscles qui exécutent ce mouvement se contractaient normalement sous l'influence du courant électrique. Ces muscles étaient peu atrophiés, ce qui indique, d'après mes recherches, que, dans la période d'acuité, leur contractilité électrique ou leur innervation n'avait pas dû être profondément lésée. En peu de temps (après un mois de traitement faradique), cet enfant commençait à faire l'extension de la jambe. A dater de ce moment, la force et l'étendue de ce mouvement augmentèrent graduellement, à tel point qu'après plusieurs mois il put se tenir dans la station sur ce membre, et marcher à l'aide d'une béquille. D'autres muscles, qui étaient plus atrophiés, et dont la paralysie avait persisté malgré le retour de la contractilité électrique, ont également recouvré leurs mouvements par la farad isation.
ACTION ÏUÉRAI'tUïIQ[IE DK LA FARADl.SATlOiN LOCALISÉE. 'MVA
m. Ceux (les muscles atrophiés qui, après un mois ou un an de maladie (je ne saurais encore en déterminer exactement l'époque), sont encore complètement privés de leur contraetililé et de leur sensibilité électriques , sont très pi'obahlement j^raisseux. Quand cette altération de nutrition a détruit complètement la libre nmsculaire, on ne peut pas espérer de la régénérer, quelcpie médication que l'on emploie. Mais la substitution graisseuse est souvent irrégulière, comme le prouve l'exploration électro-musculaire, d'accord, en cela, avec l'examen microscopique. Dans ce cas, la fibre musculaire saine peut devenir le noyau de nouveaux laisceaux musculaires, et même d'un nouveau muscle, sous l'intluence de la faradisation localisée. On voit, en effet, des fibres musculaires de nouvelle formation se développer autour de cette fibre musculaire intacte. Dans un muscle graisseux, il peut rester encore un assez grand nombre de fibres saines; on les retrouve facilement par l'exploration électrique; mais si ces fibres saines sont plus rares, elles sont perdues dans le tissu adipeux, et tellement enveloppées par lui, qu'on ne les voit plus se contracter quand on explore l'état des muscles. En consé(iuence, bien que l'absence de la contractilité électrique, à une période très avancée de la paralysie atropliique graisseuse, soit un signe qui annonce l'état graisseux d'un muscle, il est permis, quand ce signe se présente, d'espérer qu'il existe encore assez de fibres musculaires saines masquées par la graisse, pour former le noyau de faisceaux ou muscles futurs qu'on pourra développer par la faradisation localisée. Je ne croyais pas à la possibilité d'obtenir un tel résultat, avant (jne j'en eusse acquis la certitude par l'expérimentation.
Or.3EnvATiON XLVI. — Paralysie alrophique graisseuse du membre supé^ rieur gauche précédée de trois jours de fièvre. — Guérison par la faradisation localisée appliquée dans la période d\i(rophie^ quatre ans après le début.
X..., clgé de sept ans et demi, d'une bonne constitution, avait toujours été bien portant, lorsqu'à l'âge d'un an, en juin 1847, il fut pris tout à coup, et sans cause connue, d'une lièvre modérée qui dura trois jours, et pendant laquelle, ne donnant aucun signe de douleur et ne faisant aucun mouvement appréciable, il resta plongé dans un profond assoupissement. Après ces trois jours de fièvre, laquelle ne fut accompagnée ou suivie ni d'éruption cutanée, ni de convulsions, ni de contracture, l'enfant paraissait revenu à son état de santé habituel; mais on s'aperçut qu'il avait complètement perdu l'usage du membre supérieur gauche. Quatre ou cinq jours plus tard, apparut un léuer mouvement de llexion des doigts, qui augmenta graduel-
.TO/i PAUAi.v.siK ATiKUMiiori: (;iiAis>Kii>i; in; i.'knfance.
IciiH'iit ri ln'> Iciilcmciil, cl dt'viiil coniijlcL <m un mois. L■^•\l(•n^i()n des doigts fui iiiif iiiuu'e à roveiiir. Les iiiouvemonls du pouci; «.'l du poigiuiL ne furent réudilis (ju'après ceux des doigls. Kniin, le mouvement de tlexion de l'avant-bras sur le bras n'apparut (jue deux années après ceux de la main. Tous ces mouvements étaient très faibles. L'amaigrissement du metnbro paralysé commença dans le premier mois de la paralysie et marcha rapidemont. En février 4 852, cet enfant me fut adressé par nion collègue de la Sociéléde médecine de Paris, M. Camus, et je constatai au membre supérieur droit les phénomènes suivants :
Épaule. — Absence complète de relief du deltoïde ; la peau j)araU appliquée immédiatement sur la tête de l'humérus et sur l'acroniion. Saillie considérable de l'acromion, au-dessous duquel existe une dépression demi-circulaire indiquant que la tôte de l'humérus n'est pas en rapport avec la cavité glénoïde. (Le moignon de l'épaule droite représenté diins les figures 42 et oO, dessinées d'après deux autres sujets qui étaient alteinls d'une affection musculaire analogue, donne une idée assez exacte de la difformité (lue je décris.) La tête de l'humérus, qui se dessine parfaitement sous la peau, et qui repose habituellement sur la partie inférieure du rebord de la cavité glénoïde, peut être luxée complètement, et facilement en arrière ou en avant. A l'exploration éleclio-musculaire, je constate l'existence de quelques fibres musculaires dans la portion la plus interne du tiers antérieur du deltoïde ; je n'en retrouve plus dans les autres portions de ce muscle. Les pectoraux et les grands dorsaux sont très atrophiés. Il en est résulté une contracture de l'élévateur de l'épaule (le tiers moyen du trapèze), et conséquemnient l'élévation du moignon et du scapulum, comme dans la figure oO.
Le bras est à peu près d'un tiers moins volumineux que celui du côté opposé. Le tissu cellulaire adipeux sous-cutané est très abondant. Ainsi, lorsqu'on saisit la peau entre les doigts, on constate. une diderence d'épaisseur de plusieurs centimètres entre le côté malade et le côté sain. Il en résulte qu'on ne peut juger du volume des muscles par le volume du bras. On sent, en effet, à travers la peau, qu'il reste très peu de tissu appartenant à ces muscles. J'obtiens une faible contraction électrique à la partie inférieure du biceps. Quant au triceps, il paraît avoir complètement disparu.
A Vavanl'bras, je ne retrouve plus le long supinateur ni le premier radial, par l'exploration électrique.
Main. — L'éminence thénar est atrophiée, je ne puis y faire contracter que le court abducteur du pouce.
Le petit malade peut écarter le bras légèrement en avant, et l'on sent alors se contracter quelques fibres internes du tiers antérieur du deltoïde ; tous les autres mouvements du bras sur l'épaule sont perdus, La flexion de
ACTION TUÉRAPEllTIQUE DE LA PARADISATiON LOCALISÉE. 305
l'avant-hriis sur lo bras esl j)ossiblo, mais ollu n'a lieu qu'avec de grands efforts, et l'enfant lu; peut soulever le plus Jéger poids. L'extension de l'avant-bras n'est produite que par la pesanteur de ce membre. Le poignet est habituellement dans une attitude d'adduction, et si l'on veut le placer dans l'abduction, on éprouve une résistance invincible (\m paraît opposée par des ligaments qui unissent le carpe à lavant-bras. On voit que la surface articulaire formée par l'extrémité inférieure du radius et du cubitus est oblique de dehors en dedans et de bas en haut. L'impossibilité de placer la main dans l'abduction occasionne chez cet enfant une grande gône dans les usages de cette main. Le pouce ne peut être opposé qu'a l'index, et ce mouvement est très faible ; de là aussi le peu de dextérité de la main. Les os de l'épaule, du bras, de l'avant-bras et de la main, sont moins développés que ceux du côté opposé. Enfin, la température y est habituellement moins élevée.
Tel était l'état de cet enfant, lorsque je commençai lo traitement ; la maladie datait de quatre ans. Chacun des muscles atrophiés fut faradisé trois fois par semaine avec un courant aussi intense et avec des intermittences aussi rapprochées que possible, c'est-à-dire proportionnellement au degré d'excitabilité et de sensibilité de l'enfant. Dans l'intervalle des séances, je fis pratiquer la gymnastique localisée selon la méthode de Ling, associée à la gymnastique nerveuse pour les muscles qui avaient perdu leur action. Ce traitement a été suivi régulièrement depuis deux ans ; la faradisation n'a été suspendue que pendant plusieurs mois de l'été.. H en est résulté une amélioration progressive, quoique très lente. Les fibres de la partie interne du tiers antérieur du deltoïde, qui s'étaient contractées par l'excitation électrique, sont devenues autant de faisceaux qui ont grossi peu à peu; d'autres fibres ont apparu ensuite dans toute la moitié antérieure de ce muscle, et sont devenues le centre de nouveaux faisceaux musculaires, mais il ne s'en est pas montré dans la moitié postérieure.
La figure 49, dessinée d'après nature, représente l'état actuel du moignon de l'épaule gauche du jeune X... On voit le relief de la moitié antérieure de son deltoïde ; le moignon, bien arrondi, forme un contraste frappant avec l'épaule disloquée d'une jeune nlloqui e^t représentée dans la figure 42 (p. 282) et qui peut donner une idée de l'état
dans lequel se trouvait lo moignon de l'épaulo de notre malade avant le traitement.
DUCHENNE. 20
iMG. 49.
."»nf1 f*«il.VsiK AfnfinflK)! E (;iuissi:i sK dk i.'i-npanck.
Avec hi milritioii tiiusciihiinî, les hioiivciimmiIs sont ('^aNitiionl rcvonus clioz ccl t'iifiiiit. Ia's principales fdiuMiotïs du dt'lloiflo sont onliéremenl rélnlili(*s l"!li cHct, l'rl(''valion des bta-; en avant on en fictiors est complète, l/absonce de la moitié posttMietiro du dclloide rcmpAclio seiiloment de poflch facilement la main à la parlic latérale et postérieure dn tronc ; il (lérhit on élend lavant-bras sur le bras ; ces mouvements, il est vrai, se font avec un peu de force. L attitude d adduction do la main est be.uiconp moins exagérée (piavant le traitement, le jeune malade porte facilement les doigts sur Ions les points de la face et de la partie antérieure dn tronc ; enfin, il peut opposer le pouce à tous les doigts de la main. La nutrition générale du membre est améliorée : ainsi la calorlRcation y est normale, la peau plus injectée, et le tissu cellulaire sous-cutané a diminué d'é[)aisseur. Ce dernier phétiomène, que j'ai vu se reproduire, dans les cas analogues, pendant le traitement faradique, pourrait être interprété défavorablement ; car lorsqu'il se manifeste, la circonférence du membre diminue. Cette fonte du tissu cellulaire sous-cutané est un signe favorable , je l'ai toujours vue coïncider avec un retour de la nutrition nmsculaire.
Ce beau résultat, dû, sans aucun doute à la persévérance apportée dans le Iraitetnent, a été admirablement secondé par les parents du petit malade. Non-seulement ils ne se sont pas laissé rebuter par la longueur du traitement, mais ils ont pratiqué le massage et la gymnastique localisée avec une grande exactitude.
Le l'ait précédent (1) démontre d'une manière incontestable que là iiiême où l'absence de la contractilité électro-musculaire laisse craindre que le tissu musculaire ne soit devenu entièrement graisseux, on peut espérer 'qu'il restera encore quelques fibres saines cachées, autour desquelles il sera possible d'en développer d'autres qui, par leur réunion, formeront bientôt des faisceaux musculaires, des portions de nmscles et même des muscles entiers. Mais il faut que l'ort sache qu'un tel résultat ne peut être obtenu qu'au prix d'un traitement très long, et qu'il serait inutile d'en commencer un semblable, si l'on ne se sentait assez de force de volonté pour le continuer pendant une année ou deux et même davantage, comme je l'ai fait pour quelques-uns des enfants dont jai rapporté l'observation.
Si l'on était certain d'obtenir toujours un résultat heureux, le médecin ne reculerait jamais devant les ennuis inséparables d'un traitement aussi long, et les familles devant les frais et les dérange-
(l) Depuis la publication de ce fait, j'en ai obtenu un assez bon nombre non moins heureux par la faradisalion localisée. Je ne puis les relater sans sortir des limites que je dois m'imposer.
ACKUN TIIKKAPKIJlinrK I)K I \ I \U aDISA 1 lO.N I.OCaLI.^KK. oI)7
nieiils (ju'il k'Ui' ('îiiihc. Mais on ik; pciil iiiallu'iii'cusomciit rioii jnometln;. Je ne citeriii (|ii'im <!xernple (|ni luodjM'era l'esfxjir exagrre que pourrait inspirer le résultai obtenu (Ian^ le cas pn'cédent.
(liiez la jeune iille repiésenlée (Ian>> la ih^yim U'2, un an et denii de traitement n'a pas produit une seule libre nniseulaire dans le deltoïde. Il est vrai que dans ce cas le deltoïde était complètement graisseux, ce ((ue je n'ai pu reconnaître (pi'après celte expérience. On a dû remarquer aussi que le traitement t'aradiquea ét«'; appliijué tro}) lartlivement (huit ans a[)rès le début).
Tout espoir de sauver les muscles d'une destruction complète fût-il perdu, la faradisation serait encore utile et, dans certains cas, nécessaire au déveloplpement (Ju système osseux. J'ai dit que la maladie dont je traite n'attécle pas seulement les muscles, comme son nom semblerait l'indiquer. Les os en subissent aussi un arrèl de développement proportionnellement au degré de la lésion nerveuse. Si l'attéction siège alors dans l'un des membres inférieurs, il en résulte un raccourcissement qui peut causer un trouble considérable dans la marche. J'ai observé chez une jeune fille de neuf ans, consécutivement à une paralysie atrophique datant de l'âge de deux ans, un raccourcissement du membie inférieur de 6 centimètres; chez une autre, âgée de quinze ans, le raccourcissement allait jus- (|u'a 9 centimètres. Ce raccourcissement cau.sait une telle claudication, que l'on devait égaliser la longueur des membres à l'aide d'une chaussure dont la semelle avait une hauteur égale à la différence de longueur des membres inférieurs. Cette chaussure, on le conçoit, ne pouvait être dissinmlee, ce qui était très disgracieux, et elle fatiguait, en raison de cette hauteur, les articulations du pied <lont les muscles moteurs étaient presque tous atrophiés. On ne pourrait s'y prendre tro[) tôt [mur prévenir, autant que possible une aussi grande dillerence dans la longueur des membres. Je ne connais pas d'agent qui [)uisse, dans ce cas. aider à la nutrition des os à l'égal de la faradisation. Je sais combien il faut être circonspect dans toute question thérapeuticpie, combien il est facile alors de se taire illusion. .Mais je puis aftirni'r, autant qu'il est permis de concluie d'une longue ex[)ôrimentation, que sous l'influence de la faradisation les os, dans cette alVection, croissent considérablement en longueur et en grosseur, et que par ce traitement expérimente sur (les eidants pauvres pendant plusieuis années sans discontinuer, je n'ai eu (ju un raccourcissement de 2 à 3 centimètres dans des cas ou, abandonne a lui-même, le mend)re aliophii^ eût été prob ibl<'nient plus court de 5 à 8 centimètres.
308 I'AIIAI,Y>IKS SAil IIMNKS KT VK(ii:TAI.KS.
Un mot M'ulcmciit sur le Irailciiiciit d-'s parai ysios alropliicjuos j;raisst'US('S do rcnraiicc par l(!s coui'ants ;^alvaiii(jii(!S conliims. I.cs essais (pu; j'en ai lails iiic l'ont craindre (pi'il.^ soient iiiapiilicahh's, chez les eiiranls, à cause (l(!S doulcui's pi()\()(pi(< s par les rlicopliores. Ceux (pu* j'ai voulu S()Uin(;tti-e à l'action des courants continus provenant «Tune pile de 10 à 12 (''l<Mnenls de l)ani(;ll, ont poussé des cris alliunix, et après (piehpies séances les pai'ents n'ont plus voulu jjeiMnettre de conliniier ce Iraitenienl.
CIlAPlTiU: VIII.
1>AIIALVSII:S SATIRNINKS ET VKGÉTALKS.
Je réunis tians le même chapitre l'étude électro-pathologique et thérapeutique des i)aralysies saturnines et des paralysies consécutives aux coTupies dites végétales, de Madrid, etc., parce (pi'à l'exploration électri(|ue elles oll'rent les mêmes caractères, et parce qu'elles marchent de la même manière, comme si la cause qui les a produites était identifjue.
ARTICLE PREMIER
ÉLECTRO-I'ATIIOLOGIE.
§ I. — Paralysie saturnine.
J'ai étudié l'état des propriétés musculaires, à l'aide de la faradisation localisée, daus plus d'une centaine de cas de paralysie saturnine. Tous, sans exception, ont présenté, à des degrés variés, les phénomènes que j'exposerai dans les observations qui seront rapportées dans ce paragraphe.
La paralysie saturnine est, en général, limitée aux membres supérieurs ; quelquefois cependant elle débute d'emblée d'une manière générale.
A. — Paralysie saturnine localisée dans les membres supérieurs. Observation XL"VII. — Paralysie saturnine des deux avant-bras.
Charité, salle Saint-Félix, n^ 4, service de M. Andral, fait provisoirement par M. Pidoux. — Gervais, fondeur en caractères depuis 1835, eut pour ja première fois, en novembre 1845, une constipation opiniâtre, avec vomissements et fièvre. Deux applications de sangsues furent pratiquées sur la
ÉLKCTKO-rATllOLOC.It;. 309
région épigiislrii|uo, el la conslipatinn no cô-la (ju'cm» dix-sept jours à des lavements purgjtifs. Un mois après, ïiiulicitlcur et le pouce de la main droito so fléchirent, sans qu'il fût possible au maiadti do les étendre. Cette paralysie disparut trois mois plus tard, sons l'inlluence de quelques bains. En novembre 1846, nouvelle constipalioii moins opimàtre que la [)remière, et suivie d'un affaiblissement musculaire dans les membres supérieurs, sans paralysie ni flexion des doigts, ni chute du poignet. En quatre mois, le malade vit revenir ses forces, sous lintluence des bains sulfureux. En 1847, douleurs vives siégeant dans la région anlibrachiale postérieure, et augmentant à la pression, surtout au niveau du quart inférieur du radius. Il entra alors à la Charité, dans la salle Saint-Louis, n" 16, et en sortit guéri de ses douleurs quinze jours après. Il s'aperçut bientôt que le médius et l'annulaire de la main droite se fléchissaient, et qu'il ne pouvait plus les étendre. Il n'en continua pas moins de travailler, bien que les autres doigts de la même main se paralysassent à leur tour. L'affaiblissement des muscles de la région antérieure s'ajouta à la paralysie des muscles de la région postérieure. En janvier 1849, la paralysie frappa le médius et l'annulaire du côté gauche. En avril i 849, douleurs dans les deux bras, suivies de la paralysie des auU^es muscles de la région poslérieure de l'avanl-bras gauche, à f exception des longs extenseur et abducteur du pouce, de l'extenseur du petit doigt et des supinateurs. Il fut alors admis à la Charité, au n"4 de la salle Saint- Félix. Pendant les trois premières semaines, il fut traité dans ce service, sans aucun résultat appréciable, par les vésicatoires, les bains sulfureux, par la strychnine à l'intérieur et par la méthode endermique. Ce dernier médicament occasionnant des accidents, on dut songer à la faradisation localisée.
A son entrée à l'hôpital, je constate les phénomènes suivants : A droite^ flexion forcée du poignet et des doigts sans extension volontaire possible ; mais lorsqu'on maintient les premières phalanges relevées, l'extension des deux dernières phalanges est possible (1); adduction du poignet et mouvement de supination conservés ; atrophie considérable des muscles de la région postérieure de l'avant- bras. (Le relief musculaire de la région postérieure de lavant-bras a presque entièrement disparu, on y voit une sorte d'enfoncement entre le radius et le cubitus). — A gauche, chute du poignet, qui peut cependant être relevé un peu avec de grands efforts; flexion et |)aralysie des trois premiers doigts; adduction du poignet et mouvements du pouce et du petit doigt conservés ; les autres muscles de la région antérieure sont moins paralysés qu'à droite.
Sous l'influence de la faradisalion localisée dans chacun des muscles de
(1) On doit comprendre le mécanisme de ce i)heuomènc depuis que j'ai démontré les fonctions et les usages des interosseux.
.'ilO PAi<M.N>u'^ >\ii;umm:.s ki m';(.i;tai.k.>.
rii\;iiil-l)rii>. je iiolc li'S s\ niploint's hiiiviiiils : A droite, l't'Xloiibeur comnmii (it»s ildi^ls, l'cxloiiseur du piMil doi^l, le lorif^ (ixloiihiMir du poucu, les r;idi;iu\, iifnticnl pas en conlraclion ;iv(»c- les rliéophorcîs huinidos, l'ajipartMl claiil lir-idiié niiiximnm. Uiu^uiLMiillc («lanl enfoncée dans ces muscle» (l'éleiln) puncture) ne provoiiiio (juimIcs contrariions (il)tillaires, inônifi à un courant intenso. I.e long abducleur du pouco se contracte encore, bien qu'il lit perdu un tiers à peu près dosa contraclilité olectro-niusculaire. Les autres muscles do l'avant-bras jouissent de leur contraclilité électrique. — A (jnuche, l'extenseur commun des doigts et le long extenseur du pouce n'ont pas plus de contraclilité électrique qu'à droite ; les radiaux ont perdu la moitié à peu près de leur contraclilité normale. Les autres muscles de ravant-bras et de la main joinssem de touti; leur irritabilité. Bien que les muscles ne se contractent pas sous rinfluence de la faradisation localisée, le malade éprouve une sensation analogue à celle qui accompagne la contraction des muscles sains; mais cette sensation a diminué notablement dans les muscles lésés dans leur contraclilité.
Observation XLVIH. Paralysie naluruine du membre supérieur gauche {^Charité, salle Saint-Félix, n'* \, service de M. Andral), survenue graduellement chez un peintre qui a eu plusieurs coliques saturnines, et datant de frets semaines.
Le poignet tombe à angle droit sur l'avant-bras; les doigts sont fléchis dans la paume de la main , le bras peut à peine être écarté du tronc ; l'extension et la flexion de l'avant-bras sur le bras sont seuls possibles ; amaigrissement général du membre ; diminution du relief des muscles de la région postérieure de l'avant-bras ; atrophie assez considérable du deltoïde.
Je constate à l'aide du faradisme : 1° que l'extenseur commun des doigts et les radiaux ne se contractent pas à un courant intense; 2° que les autres muscles du bras et de Tavant-bras possèdent leur contraclilité électrique ; que les faisceaux moyens du deltoïde ne se contractent pas au maximum du courant, tandis que du côté sain le deltoïde se contracte énergiquement à un courant faible; 3" que la sensibilité électro-musculaire n'est que faiblement diminuée dans les muscles qui ne se contractent pas sous l'influence de la faradisation, et qu'elle est normale dans ceux qui ont conservé leur contraclilité électrique.
Réflexions. — Bien q\ie j'aieà faire connaître prochainement l'influence thérapeutique du faradisme dans ces paralysies, je dois dire, dès à présent, qu'en peu de séances (trois ou quatre séances), les muscles qui avaient conservé leur contraclilité électrique ont recouvré, chez ces deux malades, toute leur force, tandis qu'au con-
ÉI^KCTUO-PATHOLOfilK. 311
traire, la giK'rison des muscles lésés dans cette propritHe a (lemauilé un temps assez oonsidériible.
Je vais rapi)f)i'ter l'analyse de roh^ervalioii d'im malade «pie je n'ai pas traité par le farad isme, mais chez ie(piel j'ai pu constater l'état de la contractilité électro-musculaire, avant et aprè's son tiaiteiTient par la strychnine.
Observation XLIX, — Paralysie saturnine des deux membres supérieurs consécutive à des coliques saturnines chez un peintre [Charité, salle Saint- Michel, n" 9, décembre 1 847, service de M. Bayer) .
Paralysie corrplète et amaigrissement général des membres supérieurs; atrophie considérable des muscles des régions postérieures de l'avant-bras et du bras, et du muscle deltoïde des deux côtés; chute des poignets; flexion continue des doigts; pas de contracture. Par le faradisme, je constate la perte presque complète de la contractilité électro-musculaire dans les muscles de la région postérieure de l'avant-bras, excepté dans l'anconé, les supinateurs, le long abducteur du pouce, et le cubital [)Ostérieur; diminution très notable de la contractilité électrique dans le triceps et le del-r toïde. Les muscles lésés dans leur contractilité électrique ont i)erdu une partie assez notable de leur sensibilité électrique.
Dans ces trois cas, la sensibilité de la peau était normale sur tous les points.
Je ne rapporterai pas les autres observations de paralysie saturnine (jue j'ai réunies, parce qu'elles [)résentent toutes, sans exception, à peu près les mêmes symptômes et les mêmes phénomènes éIectro-pathologi((nes.
liéflexions générales mr les observations pri'cédentes. — Dans les observations précédentes, on est frappé d'un phénomène fort bizarre: c'est que la lésion de la contractilitt' électro-musculaire semble toujours se porter de préférence sur certains muscles, alors mêmeqije le membre entier est frappé de paralysie.
Si l'on éturiie, en effet, la marche de celte lésion dynamique, et l'ordre dans lequel les muscles sont successivement atteints, on remarque que l'extenseur commun des doigts, et après eux les extenseurs propres de l'index et du petit doigt, puis le long extenseur du pouce, sont les premiers atteints dans leur contractilité électrique (voy. obs. XLVH).
Lorsque l'extenseur comnum est seul paralysé, le sujet perd la faculté d'étendre la première phalange du médius et de l'annulaire, l'index et le petit doigt conservant ce mouvement affaibli, il est vrai, grâce à l'hitégrité de leurs extenseurs propres.
312 PMlAI.VSirS S.MIUMMiS V.l VKrJKlAl.ES.
Alors aussi rjiflL'clioii peut îi;:ii' iiir^alcincnt ou is()l(''inci)t, iionseulcuiciit sur chacun do ces (;xt(.'nsi;urs, mais aussi sur cliacun des faisceaux de l'extenseur commun des doigts. Ainsi, chez un malade qui prf'sculait une paralysie partielle de la main (('liarité, salle Saint -Vincent, n° 11, servi(;(Mle M. Andral, I8/16}, j'ai observé une diminution assez considérable de la contraetilit»'; éle(îtrique seulement dans l'extenseur propre de l'index et dans le ioii^' exteriseur du pouce; la Ibrce musculaire était gj'iK'ralement un |)eu allaiblie dans les muscles de l'avant-bras. D'autres Ibis l'extenseur propre du petit doigt jouit de sa contractilité électricpie normale, même (juand les autres extenseurs de Tavant-bras ont perdu cette propriété musculaire en tout ou en partie (voy. obs. XLVli).
Des muscb^s extenseurs de l'avant-bras, la lésion de la contractilité électro-nmscidaire [s'<Hend aux muscles radiaux. Les deux radiaux peuvent être affectés à la lois ou isolément. Dans ce dernier cas (phénomène constant jusqu'à présent), c'est le second radial qui est atteint le premier ; et lorsqu'étaut lésés simultanément, ils le sont d'une manière inégale, c'est encore le second radial qui est le plus malade.
Enfin, le cubital postérieur, le long abducteur et le court extenseur du pouce, sont presque toujours les derniers muscles de la région postérieure de l'avant-bras qui perdent la propriété de se contracter sous l'intluence de la faradisation (voy. obs. XLVIII).
Chez tous mes malades, les supinateurs et Tanconé ont conservé la contractilité électrique dans toute son intégrité. Je n'essayerai pas d'expliquer celte sorte d'inmiunité de ces muscles, qui, comme les autres cependant, sont sous la dépendance du nerf radial.
Dans ces paralysies saturnines, les muscles de la région antibrachiale antérieure, ceux de la paume de la main, et les interosseux palmaires conservent leur contractilité électrique à l'état normal (voy. obs. XLVII, XLVIII et XLIX). On sait cependant que ces muscles sont affectés aussi à un faible degré dans leur contractilité volontaire.
Je viens de dire que les muscles de la main ne sont pas ordinairement atteints par le poison. ;Cependant j'ai vu deux ou trois fois les muscles de l'éminence thénar considérablement atrophiés du côté droit, chez des peintres atteints de paralysie saturnine. Ces muscles, quand ils ne sont pas entièrement atrophiés, conservent, en partie, leur contractilité électrique. J'attribuais autrefois cette atrophie à la compression exercée par le manche de la brosse, et non à l'influence toxique du plomb. 11 m'est démontré aujourd'hui que cette explication n'est pas exacte, et que les muscles de l'émi-
Kr,KCTI\0-P\THOLO(;iE. •") 1 3
licncc tliénar sont assez souvent atteints par rintoxiealion sMliiriiine.
La lésion de la conlractililé éleclrique n'est pas toujours Tunitée à certains muscles de la région antibracliiale posti'rieure; elle att(;int souvent le deltoïde, en laissant intacts les muscles du bras (voy. obs. XLIX).
Enfin au bras, le triceps est plus souvent lésé dans sa conlractilité électri(|ue que le biceps.
Dans la paralysie saturnine générale du membre supérieur, outre les supinateurs et les muscles de la région antérieure de l'avantbras, j'ai toujours vu le grand pectoral, le trapèze et les muscles qui s'insèrent dans la fosse sous-épineuse conserver leur aptitude à se contracter sous l'influence de la faradisation.
Tel est l'ordre dans lequel on voit les muscles atteints successivement dans leur contractilité électrique chez les sujets atteints de paralysie saturnine du muscle supérieur.
Le muscle deltoïde se paralyse quelquefois primitivement. Je vais en citer un exemple :
Observation L. — Au numéro 13 de la salle Saint-Ferdinand, service de M. Cruveilhier, j'ai observé, en 1 849, un malade atteint d'une paralysie du deltoïde du côté droit, consécutive à plusieurs coliques saturnines. Chez cet homme, les fibres moyennes avaient complètement perdu leur contractilité électrique, qui cependant existait encore, mais à un très faible degré, dans les fibres antérieures et postérieures. Je ferai remarquer toutefois que l'extension volontaire des doigts ne me paraissait pas complète.
La perte ou la diminution de la contractilité électro-musculaire précède-t-elle ou suit-elle la perte de la contractilité volontaire? Je ne possède pas encore les éléments nécessaires à la solution de cette intéressante question.
Cependant j'ai toujours remarqué, dans les paralysies même récentes, que la lésion de la contractilité électro-musculaire était arrivée au maximum qu'elle doit atteindre, car jamais je ne l'ai vue augmenter progressivement, ainsi qu'on l'observe dans d'autres paralysies.
Bien que, dans la paralysie saturnine, les muscles aient perdu en tout ou en partie leur contractilité électrique, ceux-ci n'en conservent pas moins une grande partie de leur sensibilité. Il me parait prouvé, en conséquence, que la sensation qui accompagne la contraction électro-musculaire n'est pas le produit de cette dernière, mais bien le résultat de l'action directe du faradisme sur la sensibilité musculaire.
'i\k PAUMYSIIS .SATI'HMNES Kl VK(;KTAI.KS.
(il iiicînhrc rr;i|»|tt' de pMi'iilysic siihiriiiiir psI {iônériilriiM nt amaigri ; mais il f.sl i'(iiiar()ual)lc ^\\\^^ rali'()|ilii<î s'alla(|ii(' priinipa- Iciiu'iil aux iiiiiscics (jiii oui soiilVcrt dans leur coiiIiîk lililé éli'ctriqiic. Je iiic crois fonde à dire (|iie ('.<'s dci'niors imusc.Uîs sont l<*s scids (|iii, en i-calitc, aient subi l'inflnence délétère de l'intoxicution satiii'nine. .l'ai vu, en ellèt, i\uv, les autres muscles du membre l)aralysé, non-seul(Mnent souiïrent [)(;u dans leur imtritioFi , mais qu'ils recouvi'enl lies vite leur force et leurs mouvements volontaires^ sous rinlbience du traitement.
L'îinatomie })athol()f;i(|ue est venue (!onlirmer lassertiou précédente, comme le prouver le lait suivant :
Observation L1. -- Au luiniéro 15 de la salle Sfnnt-Lonis (Charité, service de M. Briquet), est mort en IS.Sl un homme qui, pendant une vingtaine d'années, avait conservé une paralysie saturnine double de quelques muscles de la région postérieure de lavant-bras. Javais constaté, pendant sa vie, que ces derniers muscles ne se contractaient pas par lexcitation électriiiue, tandis que ceux de la partie antérieure de lavant-bras jouissaient de toutes leurs propriétés; mais leur force était très affaiblie: ils étaient considérablement atrophiés, à un degré infiniment moindre, il est vrai, que les muscles paralysés. — A l'autopsie, les muscles dans lesquels la conlractilité électrique n'existait plus pendant la vie étaient d'un jaune pâle; examinés au microscope, ils furent trouvés en partie transformés en graisse; les muscles de la région antérieure, au contraire, étaient restés à l'état normal.
Ce n'est qu'après plusieurs années que les muscles paraissent commencer à s'altérer dans leur texture; car j'ai eu l'occasion de voir les muscles d'un sujet qui succomba à une fièvre grave, ayant eu une paralysie saturnine datant de six à sept mois, et limitée aux deux avant-bras. Ces muscles, dans lesquels j'avais constaté la diminution considérable de la contractilité électrique, et qui étaient très atrophiés, offraient cependant à l'examen microscopique des fibres parfaitement pures.
Le diagnostic différentiel de la paralysie saturnine, limitée au membre supérieur, sera discuté à l'occasion de la paralysie rhumatismale de l'avant-bras (chapitre X).
B, — Paralysie saturnine généralisée.
La paralysie saturnine trappe quelquefois d'emblée tout le système musculaire. J'ai vu dans ces cas le diaphragme également
tl.ECTUO-PATllOi.OiilE, 31 5
atteint. J'en ra[)[)()iterai des exemples ei| traitant de; la paralysie (lu diaphragme.
Quand je lis mes reolierches sur l'élat de la contractilité électromuseulaire dans la paralysie saturnine du jnend)re supérieur, je ne négligeai pas d'étudier aussi l'état de cette propriété Hiusculaire dans la paralysie saturnine généralisée, et je découvris (ju'alors même que la lésion des mouvements volontaires s'était étendue à tout le système musculaire, la l(*sion de la contractilité éleclro-nuisculaire avait aussi son siège d'élection, (!omme lorscpie la jiaralysie saturnine est localisée dans le membre supérieur.
Observation LU. — Ce phénomène singulier que j'avais vu dès 1847, sans en ôlre frappé d'abord el sans en tirer de déductions, je l'observai de nouveau chez un nommé Schraeder, menuisier, qui, se trouvant tout à coup privé do travail, en 1849, fut forcé d'en aller demander à la fabrique de blanc de céruse de Clichy. Il y était à peine employé depuis dix jours qu'il éprouva des coliques de plomb et des douleurs dans tous les membres ; il dut alors se faire transporter à la Charité (salle Saint-Ferdinand, n*" 16), service de M. Cruveilhier, où je le vis quelques jours après son entrée. Il était alors frappé de paralysie générale et n'avait conservé que les mouvements de la face. Son système musculaire, qui était assez développé avant sa maladie, s'était atrophié avec une grande rapidité. J'explorai alors, sous les yeux de jM. Cruveilhier, l'élat de la contractilité électro-musculaire, et je constatai : 1" Aux membres supérieurs, la perte de la contractilité électro-musculaire dans les extenseurs des doigts, dans les radiaux, dans les extenseurs du pouce, dans les cubitaux, et la diminution de cette propriété dans le long abducteur du pouce. Les supinateurs et les muscles de la région antérieure de l'avant-bras et de la main possédaient leur contractilité électrique normale. Les muscles du bras étaient intacts, mais les deltoïdes ressentaient très peu l'action du courant. 2" Aux membres inférieurs, les extenseurs de la jambe sur la cuisse et les extenseurs des orteils se contractaient moins bien qu'à l'état normal par l'excitation électrique. 3" Au tronc, les grands pectoraux et les muscles droits de l'abdomen avaient perdu une faible partie de leur contractilité électri(pie. Après cinq à six semaines de traitement par les bains sulfureux, les muscles des membres inférieurs, du tronc et du cou avaient recouvré leurs mouvements volontaires, mais aux membres supérieurs les muscles qui avaient perdu leur contractilité électrique étaient restés paralysés et atrophiés. M. Cruveilhier me livra alors ce malade pour être traité par la faradisalion localisée. Ce dernier offrit, après sa guérison, ce phénomène remarquable qui sera l'objet d'une note à la fin de ce chapitre, à savoir, que ses muscles étaient encore privés de leur contractilité électrique, tandis qu'ils se contractaient par l'excitation volontaire.
;;Ui PAHAITSIKS SATdHNINKS V.V VKCiKTAl.KS.
OiiSKnvATiON LUI. — J'ai eu l'occasion d'oxamiiior (Kmix autres sujets exerçant l'état do pointro, cl (jui, après avoir eu des colicjues saturnines, avai(Mitélc frappés do paralysie ^^éiicralo. L'un d'eux était miré à la (",liaritô, on 1852 (sallo Sainl-Jean-do-Dieu, n" 1, servic(! de M. Bouillaud). L'autre, en 1851, à la Pilié (sallo Saint-F(M(iinand, n" 10, service provisoire do M. Aran). Jo constatai que cliez ces deux malades la lésion de la coniractilité électro-musculaire avait établi son siège d élection dans certains muscles des membres supérieurs et inférieurs, comme dans l'observation précédente. Je ferai remarquer encore que chez ces deux malades les mouvements volontaires revinrent assez vite dans les'muscles qui n'avaient pas été atteints dans leur contraclilité électrique, et (pie la paralysie persista longtemps, ainsi que l'atrophie, dans les muscles de la région postérieure de l'avanl-bras, qui avaient perdu la faculté de se contracter par l'excitation électrique.
En résumé, lorsque l'intoxication saturnine trappe en masse et d'emblée tout le système musculaire de paralysie, la contraclilité électrique n'est diminuée ou abolie que dans certains muscles d'élection.
On remarquera aussi que les muscles, qui dans ces cas ont conservL' leur contractilité électrique, recouvrent en général rapidement leur motilité, tandis que la paralysie et l'atrophie persistent longtemps dans les muscles qui ont perdu cette propriété.
Je me réserve d'exposer le diagnostic différentiel de la paralysie saturnine généralisée d'avec les autres affections musculaires générales,[dans le chapitre consacrera l'étude de l'atrophie musculaire graisseuse progressive.
§ II. •— Paralysies consécutives ù. la colique dite végétale, de Madrid^ etc.
Rien ne ressemble à la paralysie saturnine comme la paralysie dite végétale, quant aux phénomènes électro-pathologiques qu'on observe dans certains muscles de la région postérieure de l'avant-bras.
C'est du moins ce qui ressort des faits suivants.
Observation LïV. — Paralysie de cei'tains muscles des membres supérieurs, consécuti\'>e à des coliques dites végétales^ chez un cuisinier de navire du commerce. — Lésion de la conlraclilité et de la sensibilité électromusculaires des mêmes muscles que dans la paralysie saturnine.
Vachier (Hippolyte), cuisinier, âgé de trente ans, entré à LHôtel-Dieu le 9 juin 1853, salle Sainte-Jeanne, n° 36, service de M. Louis.
ÉLECTUO-PATnOLOGIE. .'il7
Cet homme, d'une bonne constitution, est liabituellement bien portant ;
il se nourrit bien, no fait aucun excès. Né à la Martinique, il exerce depuis
dix-sept ans la profession de cuisinier à bord des bâtiments de commerce
pour la traversée de son pays en France.
Il s'était toujours bien porté, lorsqu'en 1848, passant sous la ligne, il éprouva pour la première fois des coliques très vives pendant plusieurs semaines, avec constipation opiniâtre. De 1848 à 1853 il fut repris cinq ou bix fois des mêmes accidents pendant la traversée. Le 10 avril 1853, Vachier quitta la Martinique pour revenir en France, monté sur un navire à cuisine distillatoire ; il était alors très bien portant. Vers le 1 0 mai, il eut quelques vomissements verdâtres, des coliques de médiocre intensité, avec constipation. Ces accidents cessèrent, sans que le malade fît aucun traitement. Le 19 mai, il avait travaillé comme d'habitude et croyait avoir recouvré sa bonne santô habituelle, lorsque le lendemain, à son réveil, il remarqua qu'il ne pouvait plus faire usage de ses mains. Celles-ci étaient fortement fléchies sur les avant-bras; il pouvait à peine étendre les avantbras sur les bras; l'élévation du bras elle-même était à peu près impossible. En même temps, il éprouvait des douleurs assez vives dans les membres paralysés. La perte du mouvement et des douleurs étaient plus prononcées du côté droit. Quelques jours après, il ressenti!, à la région cervicale et entre les deux épaules, une sensation douloureuse qu'il compare à celle d'un fer chaud. Peu à peu les membres supérieurs éprouvèrent une véritable diminution de volume ; l'état général resta excellent, à part quelques maux de tête auxquels le malade était d'ailleurs sujet. Après une traversée de quarante-cinq jours, il débarqua au Havre et vint à Paris le 3 juin. Il n'avait fait d'autre traitement que des frictions avec du baume opodeldoch et de l'alcool camphré.
Le9juin, jour del'entrée du maladeà l'Hôtel- Dieu, on le trouva dans l'état suivant : Face naturelle ; pouls, 64 à 66 ; pas de chaleur à la peau ; langue humide et rosée; appétit , pas de douleurs de ventre, qui est souple et bien conformé; gencives couvertes d'un liséré grisâtre, ainsi que le collet des dents (surtout les supérieures). Une garderobe assez facile tous les jours ou tous les deux jours. Rien du côté des organes de la respiration ; pas de céphalée, pas de douleurs à la région cervicale. La peau du membre n'a pas éprouvé de perte de sensibilité. Les membres supérieurs ont subi une diminution de volume considérable.
Au niveau du deltoïde, dépression transversale remplaçant la saillie du moignon de l'épaule; les muscles du bras sont flasques et d'un très petit volume. Les muscles extenseurs de l'avant-bras semblent avoir à peu près complètement disparu et sont presque appliqués contre la région interosseuse. Le long supinateur et les radiaux sont diminués de volume, atrophiés, flasques, mous comme ceux du bras ; il en est de môme des fléchis-
SlH PMIVI.YSIKS ««ATl'ttNIlKS HT VfldKTAlES.
StMir? : innis {•(» sont ces ileriiiiMs (lui ont slihi h» moins d'alltTalion. A hi iiinin, l(^^('r pfTacomenl dos éminciices Ihéiiar et liypnlliénar ; aplalissemcut (In ctiMix ptlinairo.
M. Louis, (iaiis lo service duquel co maladcî était entré, eut l'obligeance do m'eni^aper à explorer l'état do soa muscles, et Je constatai les phénomènes précédents et ceux que je vais exposer : De charpi" côté, la main était fléchie à aiif^io droit sur lavant-bras el ne pouvait être relevée par le malade. Les mouvements de latéralité du poignet étaient perdus adroite, mais à gauche l'abduction était en partie conservée. Les premières phalanges restaient constaniinenl lléchies sur le métacarpien, sans pouvoir 6lre étendues ; mais si on les maintenait redressées , le malade pouvait étendre ses deux dernières j)halanges, alors même qu'on renversait le poignet sur l'avant-bias. La niiiin étant posée sur un plan horizontal, les doigts pouvaient être écartés ou rapprochés les uns des autres. Le pouce et son métacarpien étaient portés en dedans dans la paume delà main, sans qu'il pût être ramené en dehors par le malade : mais si l'on portail le pouce en dehors, le malade pouvait le placer en dedans. La flexion de la dernière phalange était conservée: mais son extension était perdue. La flexion des doigts paraissait très atîaiblie; cependant, si l'on maintenait solidement son poignet dans l'extension, on voyait que les muscles possédaient toute leur force. Il en était de même des fléchisseurs du poignet sur lavant-bras. Les mouvements de lavant-bras sur le bras étaient intacts, mais l'élévation du bras était perdue. Par l'exploration électro-musculaire, je constatai la perte complète de la conlracliliié électrique dans les radiaux, les extenseurs des doigts, les extenseurs et 1 abducteur du pouce, et dans le cubital postérieur à gauche ; les supinateurs avaient conservé leur contractilité électrique. Enfin, cette dernière propriété était seulement affaiblie dans les delto'ides et le triceps brachial.
,1e pourrais faire suivre cette observation d'une douzaine (l'ol)seivatioiis semblables, et dans lesquelles j'ai constate des phénomènes électro-pathologiques analogues. Les sujets de ces observations étaient aussi pour la plupart cuisiniers de navires du commerce ou de l'Etat. Voici ie sommaire de trois de ces observations qui ont été relatées dans la précédente édition.
Observation LV. — Le premier était entré à la Charité en 1847, au n" 20 de la salle Saint-Charles, service de M. Fouquier. 11 arrivait de la Martinique, avait eu des coliques avec constipation pendant la traversée ; puis ses bras s étaient paralysés. J'explorai l'étal de la contractilité électrique de ses muscles de lavant-bras en présence de M. Erard, alors chef de clinique de M. Fouquier et maintenant médecin des hôpitaux. Nous con-
KLKCTRO-rATIlOLOUlK. .*)1 9
slalûmes alors oiispinl)lo (\[u\ la lôsiori des mouvciufiits voloiitainî"; et de la contraclililô 6le(iri(|ue avait établi son siège d'élection dans les mômes muscles que dans la paralysie salurnine.
Observation LVI. — i.e second était un marchand de journaux qui stalioiinail en 1849 dans le voisinage de la Charité ; il avait longtemps exercé létal de cuisinier sur un navire marchand qui faisait le voyage des Antilles. Mais ayant été paralysé do ses deux mains à la suite de coliques qu'il essuya pendant la traversée en passant sous la ligne, il dut abandonner sa profession. Je retrouvai encore chez ce malade les signes électro-pathologiques qui sont propres à la paralysie saturnine.
Observation LVII. — Le troisième, enfin, était aussi un cuisinier de la marine de l'Étal, nommé Brebion, qui était entré en 1852 à la Cliarilé, dans la salle Sainl-Charles, n" 18. Il avait eu égalemeni des coliques en passant sous la ligne et avait été frappé consécutivement de la paraly.-ie de certains muscles dans la région postérieure de l'avant-bras avec perte de la contractililé électrique et diminution de la sensibilité dans les muscles paralysés. On remarquait aussi chez lui le liséré des gencives qui existe chez ceux qui ont subi l'intoxication saturnine.
Je pourrais encore rapprocher des quatre faits précédents un fait de paralysie générale qui sera rapporté dans ce chapitre, survenu chez un homme qui avait eu aussi antérieurement des coliques végétales avec un grand nombre d'hommes de l'équipage, alors qu'il passait sous la ligne. Les signes tirés de l'état de la contractililé électro-musculaire de ses muscles me firent diagnostiquer chez lui l'existence d'une paralysie saturnine ou végétale générale, ainsi qu'on le verra par la suite.
La similitude parfaite qui existe entre les phénomènes électromusculaires observés dans les cas précédents, et ceux (pii caractérisent la paralysie saturnine, est un nouvel et puissant argument en faveur de l'opinion de ceux (pii ont fait remonter la paralysie végétale et la paralysie satm'nine à une origine commune, à l'intoxication par le i)loml) (je rappellerai, en outre, (pie ces malades offiaient sur le collet des dents le liséré caractéristique de l'intoxication saturnine). On sait (pie cette opinion a été repousS(îe par la majorité des cliirurgicns de la marine, et qu'elle a été combattue avec beaucoup de talent dans ces dm'niers temps par M. Fonssagrives, cliiriugien de première classe de la marine (1). Cependant je crois (pi il y
(I) Voyez son travail iulitulé : Mémoire pour servir à l'histoire de la colique nerveuse endcmique [Arch. gén. de 7néd.^ t. XXIX). — A M. Fonssagrivcs je puis opposer le travail très remarquable d'un de ses collè};ues de la marine, M. le docteur lofèvre, qui profosse une opinion toute cniitraire à la sienne, appuyée
820 l'AHAl.YSIKS SATHUNINKS KT VK(.l':TAI.KS.
aurait lieu (rc\;iiiiiii('r si parmi les coliiiiics cl les paralysies vég»;lales (lues iiicoiilrslaMciiicnt, dans ccrlaiiis cas, à l'rmaiiatioii (rct'Iluvcs palu(l(!Oiis, il ne s'en Inmvo pas uii'cerfaiii uoiiibn* (pi'on jxuii rail alliibiicr avec just(3 raison il l'action du i)loinl). Je ferai rcinanpici", en elVet, (jue les sujets tle ces observations étaient des cuisiiiiers (pii , continuellement exj)osés à l.i chaleur du roy(;r, doivent être plus altérés et boire une plus f,Mande (juantité d'eau. Or, l'eau (pi'ils buvaient étaient de l'eau distillée par des ai)pareils dont les serpentins sont de plomb, et qui était conduite de; l'appareil au réservoir par un long conduit de plond). Comme il paraît <|ue plus l'eau est pure, plus elle décompose facilement le [)londj avec lecpiel elle est en contact, n'est-il pas ])ossible (jue l'eau distillée à bord des navires contienne des sels de plomb dans des proportions toxi- (|ues pour certaines personnes? J'ajouterai que ces malades ont été atteints par la colique dite végétale, alors qu'ils n'avaient pas été exposes aux émanations paludéennes (en passant sous la ligne). C'est une question d'bygiène importante à étudi(,'r.
Quoi qu'il on soit, on ne saurait nier, si toutes les paralysies végétales ressemblent cà celles (pie j'ai eu l'occasion d'observer, (ju'il existe, cpiant aux symptômes, une parfaite identité entre la paralysie végétale et la paralysie saturnine.
ARTICLE IL
VALEUR DE LA FARADISATION LOCALISÉE DA\S LE TRAITEMEM DES PARALYSIES SATURNINES ET VÉGÉTALES.
H est des paralysies saturnines qui guérissent assez vite par les moyens les plus simples et quelquefois spontanément; d'auties au contraire présentent aux médications diverses qu'on leur oppose une grande résistance.
Lorsque les muscles paralysés n'ont perdu qu'une faible partie de leur contractilité électrique, on peut être certain qu'ils recouvreront rapidement et facilement leurs mouvements.
Malheureusement, ce signe ne peut servir à établir sûrement le pronostic pour la paralysie saturnine, comme pour la paralysie traumatique des nerfs; car j'ai vu des saturnins qui, après avoir perdu complètement leur contractilité électro-musculaire, n'en ont pas moins recouvré vite et facilement leurs mouvements et leur force musculaire. Je citerai comme exemple un sujet dont il a déjà
par de nombreuses observations (voyez Recherches sur les causes de la colique sèche observée sur les navires de guerre français^ particulièrement dans les régions équatoriales, Paris, 1859).
VALhLU iUÉKAI'KUilUUE UE l.A KAHAblsAliUiN LOCAM^tE. ii'il
cUî (|UL'stioii, (jt (|iii, iii)it;b plusieurs rechutes, {^uéiit, la dernière lois, aussi vite qua les lois précMMleutes, [)ar (!(.' simples bains sulfureux, bien qu'il eût perdu sa contractilité electro-inusculaire. On lemarquera toutefois que ses muscles, bien que paralyser et [)rivés de leur contractilité <''lcctri(jue, étaient très peu atrophiés, et sentaient l'excitation électri([ue presque autant ([ue les muscles sains.
Je crois donc pouvoir poser en principe, (pie tout saturnin dont les muscles, privés compléteni(;nt de leur contractilité électrique, ont également perdu une grande partie de leur sensibilité électrique et sont très atrophiés, que ce saturnin, dis-je, guérira diflicilenient de sa paralysie.
C'est dans ces dernières conditions que j'ai voulu expérimenter l'action thérapeutique de la taradisation localisée, et presque toujours après qu'il avait été bien constaté que les autres médications (bains sulfureux, vésicatoires, strychnine à l'intérieur et par la méthode endermique) avaient été impuissantes contre la paralysie. Il était évident que ce mode d'expérimentation devait être décisif. Eh bien, malgré les conditions désavantageuses où elle se trouvait placée, la faradisation localisée a presque toujours trioniphé là où j'avais vu échouer les traitements les plus énergiques. A l'appui de ce que j'avance, je pourrais rapporter, comme je l'ai fait pour les paralysies traumatiquesdes nerfs, les observations nombreuses que j'ai recueillies depuis une dizaine d'années ; je me bornerai à en rappeler quelques-unes.
Le cas le plus remarquable est assurément celui de M. X... qui, depuis deux ans, avait vu échouer successivement les bains sulfureux, les vésicatoires et la strychnine, à laquelle il avait dû renoncer à cause des accidents quelle avait occasionnés. Quand il vint me consulter, ses bras pendaient le long du tronc, sans qu'il pùl les écarter; il tlécliissait avec beaucoup de peine l'avant-bras sur le bras, l'usage de la main était entièrement perdu. On était obligé de rhabiller, de lui porteries aliments a la bouche; ses deltoïdes étaient atrophiés ; la face postérieure de l'avantbras était tellement atrophiée, que la peau était littéralement collée aux os. tnlin, M. X... en était arrivé à désespérer de sa guérison, et voulait abandonner son commerce. — Je le faradisai chaque jour, pendant trois semaines; je portai l'excitation principalement sur les muscles de la région postérieure de l'avant-bras et sur le deltoïde. Je ne négligeai pas de faradiser les autres nmscles du men)bre supérieur dont la force était atî'aiblie, et dont la nutrition avait évidemment soutîért, bien quils possédassent leur contractilité électrique normale. Après trois semaines de traitement, l'élé-
DUCHliiNM;. ^1
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vallon (iu l)ra>, l.i lli'xion cl l'oxl'.MJïiion de l'avant -bras >ur le l)ras «Haiciil fnlioremoiit rôlablifs. Les flécliissourî^ dos doi^^s ni les iiilcrosseux avaicjnl plus de lorco, k' mombro paraissait mioiix nourri; mais les extenseurs du poignet, des doigts et du pouce étaient restés dans le mftine état. Il ne fallut pas moins de six mois de trailemenl, les séances ayant lieu jour a autre, pour obtenir la guérison, et encore lexlension du pouce n'est-elio jamais entièrement revenue.
Que Ton parcoure les ol)servatioiîs de paralysie saturnine (jue je rapporterai bientôt à un autre point de vue, on verra que Pastoli (obs. LX, p. 331) n'a été guéri complètement (ju'à la vingt-deuxième séance (ces séances étaient pratiquées trois lois par semaine) ; que Guillemart (obs. LXI, p. 333) ne s'est senti assez fort pour reprendre son état qu'à la cincjuantième séance (ces séances avaient également lieu trois t'ois par semaine) ; que chez Gervais, fondeur eu caractères (obs. XLVli, p. 308), qui, pendant les trois premières semaines de son séjour à la Charité, avait été traité par les vésicatoires, les bains sulfureux et la strychnine à l'intérieur et par la méthode endermique, la guérison n'a été complète qu'à la quarantecinquième séance.
Dans le traitement de la paralysie saturnine, la faradisation doit être pratiquée de manière à exciter des sensations douloureuses, j'en dirai bientôt la raison; il en résulte qu'on est forcé quelquefois d'en éloigner les applications, sous peine de provoquer la courbature électrique. C'est pourquoi ce traitement est en général très long, et n'exige pas moins de trente à cent séances. Voici un cas rebelle, qui cependant a guéri assez vite en rapprochant les séances.
Observation LVIIl. — Paralysie saturnine limitée à l'avant-bras droit.
Doré (Joseph), cinquante et un ans, peintre en bâtiments, demeurant
rue Saint- Séverin, 6, d'une constitution moyenne, n'a jamais eu d'autre maladie que celle pour laquelle il est entré à la Charité. Depuis trente-deux ans il exerce lélat de peintre; il éprouve souvent des coliques avec constipation. En juillet 1 850, ayant des coliques plus vives que d'habitude, avec une constipation opiniâtre, et de plus la main droite s'étant paralysée, il s'est décidé à entrer à la Charité, dans la salle Saint-Charles (service de M. Fouquier). Ses coliques ayant été guéries par le traitement de la Charité, sa paralysie a été traitée par les bains sulfureux et par des vésicatoires pansés avec la strychnine. N'ayant obtenu aucune amélioration par ces moyens, M. Fouquier m'engagea à le soumettre à la faradisation localisée. Je constatai alors que du côté droit la contractilité était perdue et la sensi-
VALEl'R THÉIUI'EIJTIOUE DE LA FAKADISATION LOCALISÉE. 323
bilité considérablement diminuée dans les faisceaux extenseurs du médius et de l'annulaire et dans lo second radial, et que ces muscles étaient arrivés aux dernières limites de l'atrophie Les autres muscles del'avant-bras et de la main jouissant de leur contractilité normale, les mouvements volontaires étaient seulement perdus dans les muscles dont la contractilité électrique était lésée. Après six semaines d'excitation faradique pratiquée journellement à haute dose et à intermittences rapides , ce malade recouvra ses mouvements volontaires, mais non sa contractilité électrique. Depuis lors, jusqu'en juillet 1862, il put travailler et ne se ressentit plus de son ancienne paralysie, bien qu'il eût de temps en temps quelques coliques. Mais au commencement de juillet 18o2, de nouvelles coliques beaucoup plus fortes le reprirent avec un affaiblissement graduel des mouvements do la main. Le 30 juillet de la même année, il se décida à entrer à la Charité, salle Saint- Louis, n» 1 7 (service de M. Briquet), ou, après avoir été guéri rapidement de ses coliques, il fut soumis de nouveau à la faradisation localisée. Alors je constatai que la paralysie existait encore du même côté (côté droit) qu'en 1830, et que les mêmes muscles ou faisceaux musculaires avaient perdu leur contractilité électrique et volontaire, avec cette différence que les faisceaux extenseurs de l'index du petit doigt paraissaient cette fois un peu paralysés. Il guérit comme la première fois en cinq à six semaines.
Ce malade a dû être soumis comme les autres à une cinquantaine de séances, mais comme elles ont pu être plus rapprochées, sa guérison a été plus rapide.
La plupart de ces malheureux ouvriers atteints de paralysie saturnine ne sont pas plutôt guéris qu'ils reprennent l'état qui les expose à de nouvelles intoxications ; aussi les rechutes sont-elles fréquentes parmi eux. Ces rechutes cependant n'apparaissent qu'après une nouvelle intoxication et après de nouvelles coliques, comme chez le sujet de l'observation précédente.
La paralysie saturnine compromet d'autant plus les usages de la main, que ses extenseurs sont plus profondément lésés. Aussi importe-t-il de diagnostiquer exactement l'état de chacun de ces extenseurs qui, sans compter les extenseurs des doigts, sont, on le sait, au nombre de trois : le premier radial, le second radial et le cubital postérieur. L'exploration électro-musculaire est le meilleur moyen de constater leur état exact, mais je préfère indi(|uer d'autres signes tout aussi sûrs, et (pii, ne nécessitant pas l'usage d'un appareil, sont d'une application plus pratique. Pour bien saisir la valeur de ces signes et la gravité plus ou moins grande, pour les usages de la main, de la paralysie de ses extenseurs, il faut connaître bien exactement l'action individuelle de ces muscles. Je suis
y2fi \'\\\\\.\>\l:S .NAllHMNKS Kl VEciKTAI.KS.
(il)li^«' ici lie lairc une courte excursion dans le cliainp de l'electro- |)liysii)lo^ie.
Si l'on fait contracter altcrnalivcnicnt le premier radial, le second radial et le cul)ital postérieur, voici (îe (ju'on ohseive: le premier radial elevcî le poignet sur ravaiit-l)ras en h; portant dans l'abduction ; kî second radial élève directement hîpoij^net sans lui imi)rimer de mouvement latéral, et le cubital postérieur produit, mais faiblement, l'extension de la main (pi'il entraine dans l'adduction. — Si, ayant placé la main dans l'adduction, on fait contracter le i)remier radial en s'opposant à l'extension de la main, on voit celle-ci exécuter un grand mouvement latéral jusqu'à c^ qu'elle soit arrivée au maximum d'abduction. Si alors on fait contracter le cubital postérieur en s'opposant également à l'extension du poignet, celui-ci exécute un grand mouvement latéral en sens contraire. Ainsi , le premier radial est extenseur abducteur, le cubital postérieur extenseur adducteur, et le second radial extenseur direct.
Voici maintenant ce qu'on observe quand ces muscles viennent à être paralysés ensemble ou partiellement. Les trois muscles précédents sont-ils paralysés simultanément, le poignet tombe dans la flexion sans que le malade puisse le relever, quelque effort qu'il tasse et de quelque manière qu'il s'y prenne. — Si le cubital postérieur est intact, alors que les deux radiaux sont paralysés, le poignet reste constamment fléchi sur l'avant-bras, comme dans le cas précédent, mais de plus il est tiré dans l'adduction; de sorte que le cinquième métacarpien tait avec le cubitus un angle rentrant beaucoup plus prononcé que dans l'état normal. Avec les données électro-physiologiques exposées ci-dessus, on doit comprendre le mécanisme de cette attitude du poignet : l'action adductrice du cubital postérieur n'étant plus modérée par celle du premier radial, son antagoniste pour le mouvement latéral, elle doit nécessairement changer l'attitude normale du poignet en le plaçant dans une adduction forcée. — La paralysie du second radial occasionne aussi la chute du poignet sur l'avaut-bras, mais le sujet peut, en fermant la main, c'est-à-dire en neutralisant l'antagonisme des fléchisseurs des doigts ainsi placés dans le raccourcissement, relever le poignet que le plus léger effort d'extension des doigts ferait retomber à l'instant.— Si la paralysie du second radial est compliquée par celle du cubital postérieur, le premier radial, qui n'est plus modéré par son antagoniste latéral direct, maintient le poignet dans l'adduction forcée.
Il n'est sans doute pas besoin d'insister pour faire saisir l'importance des signes diagnostiques qu'on peut tirer de la connais-
VALEUR THÈHAPEUTIQUR DR L\ FAUADI>ATION I.OCAUSKE. r>2;)
sancft (le ces phénomènes ('lectro-pliysiologiques (d )Kitljol(tgi(|U(s. La première fois que j'ai à examiner une paralysie salurninc limitée aux avant-bras, j'engage toujours le malade à porter en avant ses deux membres supérieurs, et à la seule attitude de ses poignets, je juge si tous les extenseurs du poignet sont ])aralysés ou s'ils ne Ir; sont que partiellement. 1" S'il ne peut relever son poignet, et que celui-ci ne soit pas plus dans l'abduction (ju'à l'état normal, je suis certain que ses radiaux et son cubital postérieur sont paralysés. 2" Si le poignet, ne pouvant être relevé par le malade, se trouve entraîné dans l'adduction, j'en conclus à l'intégrité du cubital postérieur et à la paralysie des deux radiaux. 3" Quand le malade peut relever son poignet seulement après avoir fermé le poing, pour moi la paralysie est limitée au second radial, si alors le poignet est élevé directement sur l'avant-bras. /i" Enfin si, pendant ce mouvement d'élévation, le poignet est entré dans l'abduction, c'est que le cubital postérieur est paralysé, ainsi que le second radial. Je donne ces signes comme certains, car ils ne m'ont jamais trompé.
La connaissance exacte du degré de lésion des muscles dans la paralysie saturnine importe d'autant plus que l'excitation électrique doit être portée dans chacun d'eux à une dose d'autant plus forte, et pendant un temps d'autant plus long, qu'ils sont plus profondément lésés.
Les radiaux sont les muscles qui guérissent les premiers sous l'influence du traitement faradique. C'est fort heureux, car sans eux les usages de la main sont à peu près perdus. Ainsi les fléchisseurs des doigts n'ont de force qu'à la condition que les tuteurs du poignet (les extenseurs et les fléchisseurs du poignet) le maintiennent solidement immobile comme s'il faisait corps avec l'avant-bras. Parmi eux, c'est le premier radial qui guérit le premier, et presque toujours longtemps avant le second radial. J'ai même vu des cas dans lesquels le second radial conservait une très grande faiblesse. Il eût été fâcheux que ce fût le premier radial qui se montrât plus accessible à l'action toxique du plomb et plus rebelle à l'action thérapeutique de la farad isation localisée, car ce muscle sert beaucoup plus que le second aux usages de la main. J'en citerai un exemple : Le jeune X..., dont le membre supérieur est représenté dans la figure ^9 (obs. XLVI), a été longtemps privé de son premier radial, sans le secours duquel il pouvait cependant faire l'extension du poignet avec son second radial, son extenseur et son cubital postérieur; mais alors son poignet se portait tellement dans l'adduction, que certains usages de la main en étaient très gênés. Ainsi, quand il voulait porter les doigts à la bouche ou à l'oreille
:V2(\ PAUALYSIES SATURNINES HT VÉGÉTALES.
(lu (ùtr oppos(% la inniii contrariait ses mouvements en s'incliiiaiil sur le nibiliis.
Les malados ont à peint; rcrouvir les mouvements (l'extension du poip:net, qu'ils reprennent, pour la plupart, leurs oerupations habituelles, mal^^M-é la persistance de la paralysie des extenseurs des doigts et de l'extenseur du pouce. Ainsi, ils écrivent assez facilement, pourvu que le court extenseur du pouce ne soit pas ])aralysé; les peintres tiennent solidement leur brosse. Comme il a fallu déjà un temps assez long pour obtenir ce résultat, les chefs de service des hôpitaux perdent patience et renvoient les malades avant que leur guérison soit complète. Ces malades sont forcés de reprendre leur travail; mais, n'ayant pas encore la force et l'habileté nécessaires, ils ne tardent pas à rechuter. Aussi ai-je fait venir dans mon cabinet ceux d'entre eux que j'ai pu décider à renoncer à la profession qui les exposait à l'intoxication par le plomb, pour leur rendre l'usage de leur main. J'ai suivi ces malades depuis leur guérison, et j'ai eu la satisfaction de constater que n'étant plus exposés à l'intoxication saturnine, ils n'ont pas essuyé de rechute.
J'ai toujours vu, dans la paralysie saturnine, le muscle deltoïde opposer très peu de résistance à l'action thérapeutique de la faradisation localisée. Un malade dont l'observation sera rapportée par la suite, qui, depuis deux ans, était privé de l'élévation des bras, avait déjà recouvré à peu près entièrement cette fonction après une dizaine de séances. J'en puis dire autant de ceux que j'ai eu l'occasion d'observer dans les mêmes conditions que lui.
J'ai démontré que, lors même que la paralysie saturnine s'est généralisée, cette affection spéciale conserve encore son caractère distinctif en privant de leur contractilité électrique les muscles dans lesquels elle établit son siège d'élection. Dans ces paralysies générales, les mouvements et la nutrition reviennent assez vite dans les muscles qui ne sont pas le siège habituel de la paralysie saturnine partielle. Ainsi, les trois malades atteints de paralysie saturnine générale que j'ai observés ont recouvré rapidement et sans l'intervention de la faradisation localisée, tous leurs mouvements, à l'exception de ceux du deltoïde et de certains muscles de la région postérieure de l'avant-bras; il a fallu un temps assez long, et même recourir à la faradisation localisée, pour rappeler les mouvements et la nutrition dans ces derniers muscles.
J'ai eu l'occasion de traiter trois paralysies consécutives à la colique dite végétale par la faradisation localisée, et j'ai constaté que cette médication se comporte dans ces cas comme dans la paralysie
VALEUli THKRAPErTIQUE DE I.A FARADISATION LOCALISKF. 327
saturnine, c'est-à-dire qu'elle exerce son action thérapeutiquf* d'abord sur la nutrition et sur la tonicité musculaire, puis sur les inouvoments volontaires, et qu'elle obtient la guérison de ces paralysies, lors même qu'elles se sont montrées rebelles aux autres traitements. Je n'en rapporterai qu'un exemple.
Observation LIX. — Paralysie végétale des avant-hras et de/i mains, avec atrophie considérable des muscles paralysés^ datant de six mois, guérie par la faradisation localisée.
Brebion (François), trente-deux ans, salle Saint-Charles, 18, cuisinier sur un navire de l'État, fit un voyage à la Guadeloupe en 1851 . Arrivé à la Basse-Terre, séjour du gouverneur, et après avoir eu un refroidissennent étant en sueur, il eut une courbature. Le troisième jour, des coliques se déclarèrent avec tous les phénomènes qui caractérisent la colique sèche végétale. Ces coliques durèrent cinq mois avec des intervalles d'un jour ou deux. Quatre mois après l'apparition des coliques sèches, tremblement dans les bras pendant deux jours, puis paralysie complète des membres supérieurs. Revenu en France en mai 1852, il entra à l'hôpital Saint-Antoine, où il prit des bains sulfureux. Après trois mois de ce traitement, les mouvements de l'avant-bras sur le bras et des bras sur l'omoplate étaient revenus, mais les mouvements de la main et des doigts étaient restés paralysés. — Entré à la Charité dans la salle Saint-Charles, je constatai chez lui les phénomènes suivants : la région postérieure de l'avant-bras est tellement atrophiée de chaque côté, que la peau est littéralement appliquée sur les os ; les poignets sont constamment dans la llexion ; les premières phalanges sont fléchies sur les métacarpiens ; lorsqu'on les soutient relevées, le malade peut étendre ses deux dernières phalanges; le pouce a perdu tous ses mouvements. Aucun des muscles de la région postérieure de lavant-bras, à l'exception des supinateurs, ne répond à l'excitation électrique, et le malade témoigne peu de sensibilité lorsque je les faradise. Les muscles des éminences thénar sont atrophiés surtout à gauche.
La faradisation localisée fut pratiquée trois ou quatre fois par semaine, avec un courant intense et rapide. En trois semaines, la nutrition apparut d'une manière notable dans les muscles paralysés, puis les mouvements revinrent dans les radiaux et dans le cubital postérieur; l'extension dos premières phalanges et les mouvements d'abduction et d'extension du pouce se firent un peu plus longtemps attendre. — Le 26 mai, Brebion se crut capable de prendre le service de valet de chambre, et je constatai avant sa sortie de l'hôpital que la masse musculaire des avant-bras était très développée, que l'extension du poignet, des doigts et du pouce se faisait normalement, mais avec peu de force. Les petits muscles des éminences lliénar commençaient à se développer, mais ils n'exécutaient pas encore complé-
:\1H PVll\I.YsIF>i S\Ti:nNINFS F.T V^CKTAI.ES.
îenipnt lopposiiion. ('.««l homme, ayant abusé de ses forces, dut rentrer ii la «.luirité, où il est vomi rnmpirler sa ^nièrison.
\r mode (!«' fanKlisaliou (\\w j'ai cinployf'î avec le jihis d'avanlago dans le ti'aitcincnt de la paralysie saturniiu! (^st à peu près celui (jue j'ai ai)pli(pié clans les paralysies consécutives nu\ lésions trauniati(jues des nerfs mixtes. Ainsi, on devra se servir du courant de la j)reinière liélice, à intermittences rapides et aussi intense que possible, dirigé principalement sur les mus(des dont la ('ontractilité et la sensibilité électriques sont les plus alïaiblis. (Le courant de la première lit'lice à intermittences rapides est, on le sait, celui ([ui agit le plus puissanmient sur la sensibilité et la nutrition nmsculaires, en même temps (pi'il rappelle le mouvement volontaire.) ï^es séances ne dureront pas plus de dix minutes; plus longues, elles pourraient occasionner des courbatures, être suivies de douleurs et produire l'effet contraire k celui que l'on voudrait obtenir. Les malades que j'ai guéris se sont bien trouvés des séances répétées de deux jours l'un. Ils ont été traités seulement par la faradisation localisée. Cependant l'association des bains sulfureux, de la strychnine à l'intérieur, de la gymnastique nerveuse et des différentes pratiques du massage, ne peut que hâter leur guérison.
M. Remak a écrit : « L'obligeance de plusieurs de mes confrères me fournit bientôt l'occasion de traiter un certain nombre de malades, et me convainquit pleinement de l'insuffisance du courant induit dans beaucoup d'états morbides, surtout dans les paralysies rhumatismales et saturnines qui^ selon M. Duchenne, doivent en être guéries (1). »
Les faits qui viennent d'être exposés dans cet article, et qui depuis leur publication, déjà ancienne, s'appuient sur de nouveaux faits thérapeutiques que je ne puis plus compter, et sur une vaste expérimentation électro-thérapeutique répétée par de nombreux observateurs, tous ces faits, dis-je, incontestables et publiquement recueillis, permettent d'apprécier, comme elles le méritent, l'assertion étrange et contradictoire de M. Remak.
Il est vrai que cet expérimentateur s'est proposé de préconiser la supériorité thérapeutique du courant continu qu'il dit guérir merveilleusement la paralysie saturnine. Au moment où j'écris ces lignes, j'ai déjà expérimenté ce procédé de galvanisation sur quelques sujets, affectés de paralysie. Sur quatre malades, deux se sont
(1) Galvaiwthérapie, ou de l'application du courant galvanique constant au traitement des maladies nerveuses et musculaires. Paris, 1860, p. 4.
PARALYSIE DR LA r.ONTRACrir.ITÉ KLECTRO-MITSCLLAIRR. ?t19
tati^ués (l(^ Ci' lrail(M]ient douloureux, qui, après trois semaines, n'avait pas encore produit d'ainr-lioratiou. Un troisième me supplie d'employer la f'aradisation localisée ([u'il a vu appli(iner avec succès chez plusieurs (h; ses (camarades. Le (juatrième, (jui jusqu'à présent n'a pas été plus heureux que les trois autres, veut bien se laisser appliquer encore le courant continu pendiint unr» (piinzaine de jours.
Certes un tel résultat ne me téra pas chanter les merveilles du courant continu dans le traitement de la paralysie saturnine. Espérons, toutefois, qu'une expérimentation nouvelle et plus longue réhabilitera la valeur, tant vantée par le guérisseur allemand, du courant continu appliqué au traitement de cette affection.
CKAPITRE IX.