CHAPITRE XIV
PAH.\LVSIK DE L\ CONSCIENCE MUSCLL.\IIU:.
J'ai eu l'occasion d'observer des sujets privés de la sensibilité de la peau, des muscles, des os, des nerfs, chez lesquels, en un mot, il était impossible de provoquer artificiellement la moindre sensation.
Ces anesthésies profondes, souvent limitées à un seul membre ou à une région du corps, étaient cependant quelquefois générales et affectaient en même temps, dans certains cas, un ou plusieurs sens (la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût). Bien que j'aie vu cette insensibilité se développer chez l'homme sous l'influence de causes rhumatismales, c'est principalement dans l'hystérie que je l'ai observée plus fréquemment ; j'en ai rapporté plusieurs exemples dans une série de mémoires publiés ou présentés depuis ]SU^) à nos Académies des
l'AUAKVSlK I)K l,\ CMNSCIENCI' MISCILAIHK. Vil")
sciences et (h; in»''(lo(;iiie. .l'ai (lit alors comment il m'avait ét«'; possible de constater dans ces cas, au moyen de la laradisation localisée, (juc chacun des organes ('tait frappé d'insensibilité. On m'a vu ramen(;r, dans ces cas, la sensibilité, tantôt dans la peau, en laissant les organes qu'elle recouvre dans leur état d'insensibilité, et tantôt dans les muscles, les os, etc., sans rappeler la sensibilité cutanée. Si je me suis borné, h cette épocpie, à relater ces faits pathologiques et ces expériences électro-pathologicpies, sans parler de l'influence que ces diiïérenls états de la sensibilité nmsculaire avaient exercée sur la contractilité volontaire, c'est (jue ces laits m'avaient offert un ordre de phénomèmes étranges, })eu en harmonie avec les idées reçues en physiologie, et (pjc je voulais multiplier mes expériences et mes observations avant d'en publier les résultats. Aujourd'hui, elles sont assez nombreuses et mûries [)ar le temps et la réflexion ; je vais en exposer le résumé.
Les sujets ((ui n'ont perdu que la sensibilité cutanée sont analgésiques ou anesthésiques, c'est-à-dire qu'ils ont perdu toute espèce de sensibilité tactile, et qu'ils ne sentent pas la douleur provo(|uée par la piqûre, la brûlure (1) ou par l'excitatien électro-cutanée ; mais ils ressentent la pression ou le pincement de leurs muscles, les coups portés sur leurs membres; ils perçoivent les mouvements mécanicjues qu'on leur imprime, l'étendue des mouvements qu'ils exécutent eux-mêmes, la résistance que l'on oppose à ces mouvements, la pesanteur ; chez eux, enfin, la contractilité volontaire n'éprouve aucun trouble dans son action physiologique.
Si à la perte de la sensibilité de la peau s'ajoute celle des organes (des muscles, des os, des nerfs) placés au-dessous d'elle, on observe, non-seulement les troubles exposés plus haut, mais encore les phénomènes suivants : les coups les plus violents, portés sur les masses musculaires du membre anesthésié, ne sont pas ressentis par le malade ; quand il est dans l'obscurité, ou si on l'empêche de voir, il ne perçoit pas la position de ce membre, ni les mouvements les plus bruscjucs qu'on lui imprime ou qu'il exerce lui-même. Il a perdu le sens musculaire de Cli. Bell. L'excitation électrique directe de ces nmscles, de ses nerfs, ne provoque aucune sensation, (|uelque intense et rapide (jucsoit le courant d'induction, et quoicjue les muscles se contractent avec une grande énergie, sous son influence (2). J'ai relaté tous ces faits dans les mémoires précités.
(1) Esf-il nécessaire de rappeler que l'on doit à M. Beau la découvorte de ces deux espèces de sensibilité cutanée ?
(2) On reconnaît dans l'ensemble de ces phénomènes pathologiques le résumé
626 l'\HM V-ll. I»l l.\ CONMlll.NCi; MCsCII-MIlK.
M;\\> il existe mic iiiilic s«'i'i«* (!<' itln-iioiiMMics iinnbidcs (|iii lut' |»iu'iiiss('iii (Ij'iiKnilrrr l'cxistciicr (riiiic propriflé iinisculiiin; <|iu' i'j»p|H'II('iiii roHsriciH'f musrulfdra, cl servant i\ l'accoiiiplissoinciit (les m(Hiv('iiuMits volniitaircs. (ics plu'noinèiK's oui une liaiilc p(»rt(''t', an point (Icviu; physiolof;i(pie, surtout (piaiid on les souiiicl nu <(>iitrôl('<l('s «'xpt'ric'iR'i's clcctro-patliologitiucs i\\w. j'ai à ex[)oscr. Ia'UV ('ludc fera le sujet de ce cliaijitre.
IJiK? seule ohjeeliou iuv.diderail, si elle etail lond/'e, ces lails et les (ixp(''rieii('es(pii voul suivre ; je dois doue la pr('*venir. Ou poui-rail craindre, en eHet. (pie lessujcsls (h; ces observations aient ^iniuN'; riusensihililé. Pour l't'îpondre à eetl(; objection, je dirai (pie je nie suis terni en ^arde eonti'(; cette cause d'erreur, et (pie, avant d'admettre la vérité des plK'uoiiKîiies (pi'ils accusaient, je n'ai jamais néglijif'' défaire subir aux malades l'épreuve de l'excitation ('dectrocutaiR'c ou musculaire, épreuve (pi'on rend au besoin plus sensible que celle du t'en. Sur ce point, l'erreur n'a donc jias été possible. J'ajouterai cpie, dans tous les cas analogues recueillis par moi, les pbénonu'iies ont été identi(pies. Quant aux illusions auxcpielles j'aurais pu me laisser entraîner, j'espère avoir ol'iert toutes les garanties possibles en expérimentant publi(pu'ment et en présence de savants confrères dont le nom seul est une autorité.
Je me propose d'exposer d'abord les observations qui forment la base de ces recherclies et je les ferai suivre de considérations qui ont trait au sujet de ce cliapitre ; puis je résumerai, dans des conclusions générales, les faits principaux qui en découlent.
Observation XCVI. — Vers la fin de 18 48, un malade d'environ une quarantaine d'années se présente à ma consultation pour se faire traiter de très anciennes douleurs qu'il éprouvait dans les membres inférieurs. Il en avait aussi ressenti jadis dans les membres supérieurs, dans le cou et dans le dos; la peau de ces régions était aussi, disait-il, très sensible au toucher et au frottement de la chemise. Depuis plusieurs mois, ces douleurs avaient disparu et avaient fait place à une insensibilité complète des membres supérieurs. Aux pieds comme aux mains, il avait perdu la sensibilité tactile. Il avaitconservé lintégritéde ses mouvements, bien qu'il éprouvAt une grande gêne pour marcher à cause de l'insensibilité de ses pieds. Mais pendant la nuit, disait-il, // était paralysé du membre supérieur droit. Le caractère intermittent de cette paralysie locale avait paru indiquer l'emploi du sulfate de quinine, qui lui fut ordonné par son médecin, sans que son état en fût
de l'étude eiposée dans l'avaut-dernier chapitre sur la paralysie de la sensibilité musculaire. Il faut les avoir bien présents à Tesprit pour comprendre combien ils ditîèrent des phénomènes spéciaux que je vais décrire.
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modilié. Enfin, il ultrihuait sa maladio a son étal de jardinier, (|ui l'oblige d'avoir presque continuellement les pieds et les mains diins l'eau. Telle esl l'histoire qu'il me raconta.
Je constatai alors (pio lo membre supérieur droit était (uUièremcnt anesthésié, quelque moyen que j'employasse pour exciter la peau ou les tissus sous-jacents, voire même l'excilalion électro-culanéela plus intense. Je vis aussi que la sensibilité était considérablement diminuée dans le membre supérieur gauche, ainsi que dans les pieds, mais qu'elle n'y était pas entièrement perdue, que sa marche était mal assurée, bien (juil se sentit fort et pût faire sans fatigue do longues marches. Les membres supérieurs avaient conservé tous leurs mouvements ; leur force était égale des deux côtés : mais il ne savait plus distinguer les corps lourds des corps légers, lorsqu'il se servait de celui du côté droit. Tels sont les faits que j'observai d'abord. Il en est un autre que je dois mentionner, malgré sa bizarrerie, parce qu'il me mit surin voie d'un nouvel ordre de phénomènes jusqu'alors inconnus dans la science. Le malade, qui gesliculait beaucoup en me parlant, mainlenail cependant son bras droit immobile le long du. corps. Quand je lui en fis l'observation, il se mit à le mouvoir, mais en le regardant, et ses gestes n'étaient pas naturels. Alors, je lui dis de me donner la main, en le priant de fixer son regard du côté opposé. A mon grand étonnement, le membre ne bougea pas, bien que le malade crût m'avoir donné la main, et en regardant de ce côté, il me la présenta vivement et serra fortement la mienne.
Ce fait m'impressionna; cependant, comme si mon esprit se fût révolté contre sa bizarrerie, je ne poussai pas plus loin mon examen, et ne songeai plus qu'à débarrasser mon malade de ses douleurs, savû service qu'il attendît de moi.
Je n'entendis plus parler de ce malade dont j'avais négligé de [)r('n(lre le nom et l'adresse ; j(i l'avais même entièrement oublié, lorsqu'un second fait vint me le rappeler quelques mois après.
Obskrvation XCVII. — C'était une paraplégie qui survenait seulement dans l'obscurité chez une femme dont les membres inférieurs étaient com- [)lét.ement insensibles. Ain^i, disait-elle, elle ne pouvait se relever de sa chaise lorsqu'elle était surprise par la nuit. Étant couchée, il lui était impossible de mouvoir ses membres inférieurs. Et cependant elle marchait assez bien le jour, et restait longtemps debout sans se fatiguer. Je constatai encore chez ellequ'e//c ne pouvait mouvoir les membres inférieurs qu'à la condition de tes regarder.
L'excitation électro-cutanée et musculaire fit disparaître assez vite ces troubles de la motilité et de la sensibilité.
/jC'S l'AUAI.VMK 1)1 l.\ (■(•NSCII-NCK MIX.I I.MIU;
liicli «Hir I»' ll'cil.ssc piis saisi (l'al)()r(l IdIiI»' riliipoiMaiicr (1rs i|rii\ laits (loiil jr viens (l'exposer l'aiialysc, <îl (jiic jiî les eusse observes l(trl je^eietiieiil, il iiK' parut eu ressoilir (pie, (laiis ccrlaiin^ ('(jii- ,lili,,ii, les mouvements voloiilaii-es ne pouvaient s'elTcc-tuer sans W. seecuHs (l(î la vue, et (pn; cvXU- rondition était pfMit-ètre l'arifstlK'sieeompièto dos nuimbrcs. Je me mis dès lors à ohservcM', dans ('ett(î direction, tous les aneMlie-i(pies <pi(; je l'encontrai dans les hôpitaux. J'en vis un bon nouthrc dimt la snisthilité êtnit ntutjjlfitfnicnt a/jolir, et qui ee i tendant [mumient mouvoir leurs membres sans les regarder.
J'ai rapi)orté des observations de ce i^Qwvo. dans plusieurs de mes mémoires; mais parmi ces anestliesi(iues, il yen eut (pieUjues-uns chez lesquels la conlractililé voloutan-e était plus on moins complètement enrayée par la privation de la vue. Je n'exposerai pas ces derniers faits et les e\péri(!nces très variées aux(juelles ils donnèrent lieu, parce qu'ils se résument dans l'observation suivante que je vais rapporter av(!C détail.
Orservation XCVIU. — Pelletier (Désii-ée), Agée de dix-huit ans, brodeuse, denieuranl rue Saint-Jacques, n" 175, d'une bonne constitution, d'un tempérament lymphatique, réglée à quatorze ans, mais peu abondamment et irrégulièrement. Sa mère est morte paralysée des membres inférieurs à quarante et un ans. Elle dit avoir eu, à l'âge de sept ans, la fièvre typhoïde, dont elle fut entièrement rétablie après six mois. A onze ans, en 1848, ayant été maltraitée par les maîtres chez lesquels elle était en apprentissage, elle eut pour la première fois une attaque d'hystérie qui dura vingt-quatre heures. Cet accès ne fut suivi d'aucun dérangement dans sa santé. Quand la menstruation apparut pour la première fois (à l'âge de quatorze ans), elle eut une deuxième attaque d'hystérie. Depuis lors, ces accès revenaient fréquemment (à peu près tous les huit jours) et duraient peu de temps (dix minutes à un quart d'heure). Ils étaient caractérisés seulement par de l'étouiïement, des envies de pleurer, quelques mouvements nerveux, sans perte de connaissance. Sa santé était du reste excellente, à l'exception de douleurs à l'épigastre et dans le côté gauche, au niveau du scapulum. La menstruation revenait irrégulièrement, à des intervalles de deux à trois mois, peu abondamment et durait un ou deux jours ; pas de perte en blanc.
En juillet 18ol , se promenant en canot avec sa maîtresse, elle tomba à l'eau et en fut retirée immédiatement, mais elle perdit connaissance pendant deux heures. A la suite de cet accident, ses accès n'en devinrent pas plus fréquents.
En mai 1852, les accès hystériques se rapprochant et durant deux ou
l'AHAI.V^Il'; I)i; I.A CO.NXIIKNCF MISCILMUK. !l'2{)
trois lu3ures, avec perle de C'onniiis?anc,e, elle (lui enlrer i\ la Pilié au n" 20 delà salle du Hosaire (service de M. Gendrin). La sensibilité delà peauélail alors seuleinenl perdue aux membres supérieurs, excepté à la pulpe des doigts, mais elle n'éprouvait aucun trouble dans ses mouvements. Elle fut traitée par (les bains froids, prolongés pendant deux heures et quotidiens, par l'opium à haute dose et par l'élher.
Après seize mois de ce traitement, elle n'avait encore éprouvé aucune amélioration; roi)ium et l'élher furent alors suspendus. A dater de ce moment, dit la malade, les attaques s'éloignèrent peu à peu et devinrent de plus en plus courtes. Désirée n'ayant pas éprouvé un seul accès pendant deux mois, elle se crut en étal de sortir de la Pitié le 17 novembre ISo.'î. Mais huit jours ne sétaient pas écoulés depuis sa sortie de l'iKjpital, que des attaques nouvelles, très fortes et très longues, reparurent tous les deux ou trois jours et furent bientôt suivies d'insensibilité générale. Elle était très maladroite de ses mains, ne [)ouvait marcher qu'en regardant ses membres inférieurs. Elle se sentait cependant assez forte et pouvait rester debout sans fatigue; mais après un certain temps, ses jambes tremblaient. La nuit elle ne pouvait remuer dans son lit, et au jour elle se retrouvait dans la même position oi^i elle s'était placée en se couchant ; alors seulement il lui était possible de se mettre sur les côtés, de se lever et de marcher. Une nuit, ayant eu une courte attaque, elle fut jetée de son lit sur le parquet, et dut, quand elle revint à elle, rester dans une position très gênante jusqu'à ce que lejour vînt lui j)ermettre de se relever. Elle se fit conduire alors à l'hôpital de la Charité où elle est entrée le 2 décembre 1853, au n" 40 de la salle Sainte-Marthe. Quelques jours après son entrée, M. Briquet eut l'obliyeance de minviler à examiner ce cas, qui lui paraissait offrir, (piant aux troubles de la sensibilité, beaucoup d'analogie avec ceux que nous observions journellement dans son service. Ainsi, M. Briquet avait constaté que Désirée avait perdu la sensibilité tactile et la sensibilité à la douleur sur toute la surface du corps, qu'elle ne sentait même pas l'excitation électro-cutanée ; que les tissus placés sous la peau (muscles ou os, ou troncs nerveux) étaient aussi insensibles que la peau, excepté dans un point limité du côté gauche du thorax où la pression était douloureuse, et dans lequel se faisaient sentir môme souvent des douleurs spontanées; que la face était également insensible à toutes les excitations; que lOdorat était perdu, et enfin que la vue était très affaiblie à gauche. Quant aux mouvements, nous avions retrouvé les phénomènes que nous avions déjà notés sur les malades frappés, comme elle, d'insensibilité générale et profonde Lui donnait-on la main, par exemple, elle la serrait avec assez de force; (jlle lléchissail ou étendait de même l'avant-bras sur le bras, etc.; mais elle ne pouvait modérer ses contraciions musculaires, de sorle qu'elle serrait toujours avec la même forcer si on lui disait de prendre légèremenl la main qu'on lui offrait ; elle ne pouvait
/i30 pauai.^sik dk (a consciknck misci i.muk.
;i(>/i jiliis fitii !■ (le (lifjircncc cuire iiii cor/i.s' h^(jcr ri un corjis pcmnil : rllr iic sfitliiil iKis 1(1 rrsisttinci- ijii'nn opposiiil 'i ses conlracUons muscithiir.'s ; phéunvHiii'squi cdructcriscnl la pdntlysle du sois inusculdirr ilc (h. Util. I)t'|)iiis son entr(^o, la force imiscuhirc avait oncorc; diininin; daii-^ les mL'riihr.s inférieurs, (io sorlo (iiTclh' ne pouvait so tenir debout sati.-^ ticnibler. Ktilin, il estencore un autre [)hùi;oiiiètie (]ue nous avions observé, M. Hri(iuel et moi, dans ces cas d'insensibilité générale et profonde, et qui existait, chez elhî : c'est qu'on j)0uvait frapper violeunnenl ses nienibies, les agiter, les secouer fortement, les changer do place, sans qu'elle en eût la ronsciencc ; jiuis, comme elle ne sentait pas le lit dans lequel <dle reposait, elle éprouvait des saisissements continuels au moment de son réveil, en se croyant menacée d'une chute, et elle n'était complétcinent rassurée que lorsqu'elle se voyait réellement couchée dans son lit.
En me livrant à l'examcMi de celte malade, j'avais découvert qu'elle présentait au plus haut degré» le phénomène; (jui lait l'objel spécial de ce chapitre. Ainsi, nintant penrhf' de manière à Cnnjjrchcr de voir sa main au moment oh je lui disais de la fci'inpr, cette main était restée immobile .bien quelle crût C avoir fermée ; ensuite pendant que je lui avais fait étendre et fléchir l'avant-bros sur le bras, ayant détourné son re(jar<l de ce membre, le mouvement s'était arrêté tout ci coup, et le membre était resté dans cette position comme s'il eût été tétanisé. J'ajouterai que la malade, que je voyais pour la première fois, ignorait ce que je cherchais à constater. Je me décidai alors à livrer à l'observation publique ces phénomènes que j'avais vusassez souvent se reproduire de la même manière depuis plusieurs années, pour être bien certain de leur réalité. Je fis donc constater par les personnes présentes à la visite ce que je venais d'observer chez Désirée, et j'essayai de rendre même ces phénomènes plus saillants en variant les expériences.
1'' Après avoir masqué la vue de cette malade, lui disait-on de fléchir l'avant-bras sur le bras ou de l'étendre, quand on l'avait placé dans la flexion, de fermer ou d'ouvrir hi main, le membre restait immobile à droite comme à gauche ; on voyait seulement quelques mouvements irréguliers et limités du membre, qui annonçaient les efforts auxquels elle se livrait pour faire les mouvements qu'on lui couimandait. Elle croyait les avoir exécutés, et manifestait un étonnement mêlé de chagrin, lorsqu'on lui laissait voir que son membre était resté dans l'inertie. Je variai ces expériences aux membres inférieurs comme aux membres supérieurs, jusqu'à ce qu'il fût bien établi que chez cette malade la contraction
I'AUALY>IK DE I.A CONSCIKNCE MUSCIIAIKE. tï''>\
volontdirc iic pDurait si> fdivc sans le sccdid's (h- la vw, si/inpfniii/'S prvprefi n la parai if^'u; da la consrùnicf aiuiiculaire.
V Voici une antre expôricnca qui montra, en oafrc, que l'action de la volante unie au concours de la rue était nt'ceasairc à la cessation de la contraction une fois produite. Si, iipi'rs sT'trc tait serrer la main, ou l'oinpèohait de voir, et (|u'oii lui dit de eesser tout elTort, ou sentait que la contraction de ses tléclnsseurs continuait, et il fallait employer une taraude force pour lui ouvrir la main; ou bien si, après lui avoir fait tlécliir l'avant-hias, ou rempèeliait de voir, l'avantbras restait dans la ilexion. et résistait également aux «'tforts d'extension que l'on exerçait sur lui (on se rappel N' (jue la malade, privée de toute sensibilité, n'a pas la conscience des mouvements qu'on imprime à ses membres).
L'expérience suivante établit (ju'?7 ne suffit pas que le sujet voie pour que ses nwuvemcnts soient obtenus, mais qu'il faut encore que son attention soit rdors fixée sur le membre à mettre en mouvement . Ayant placî' les mains de la malade assez rapprocliées l'une de lautre pour (ju'elle put les voir également bien, je l'invitai à les fermer et les ouvrir toutes les deux à la fois. La tlexion des doigts se tit, mais alternativement de chaque côté, et il en fut de même pour leur extension. Quelque effort (pi'elle fît pour obtenir ce résultat, elle ne put faire contracter à la fois les muscles homologues. On voyait que pendant les contractions, elle fixait alternativement son regard sur la main qui entrait en mouvement. Il ne lui fui pas plus possible de fléchir ou d'étendre simultanément ses avant-bras sur les bras.
r>" Cette espèce de suspension de Taclion motrice volontaire dépendait-elle d'un état pathologique des centres nerveux, ou des organes périphéri([ues? Dans cette dernière liypothèse, était-elle l'edeld'un état morbide de la sensibilité cutanée ou des propriétés musculaires? Voici les expériences que je lis pour juger ces diverses questions.
J'essayai de rétablir la sensibilité de la peau de l'avant-bras et de la main })ar la faradisatiori cutanée. Pendant les premières minutes, Désirée n'éprouva aucune sensation dans les points excités, bien que le courant fût intense et rapide. Mais bientôt après elle accusa d'abord un chatouillement, puis une sensation de pi(|ûre et de brûlure qui alla croissant et lui arracha des cris, au t)oint (pie je lus forcé de diminuer l'intensité du courant. At)rès (pielques minutes de cette excitation, la sensibilité de la peau était en [)artie revenue dans le point faradisé, mais elle n'en franchissait t)as les limites. ]v. \n\)menai de la même manière l'excitation électro-cutanée sur tous les
'l.TJ l'\HM V.Nli; U\: I A (ON.sCII.NCK Ml .S(.l I.A llll. .
poiiiU (le l;i l'i'i^ioii iiiili'iiciirc ri posicriciii'c de ravMiit l)ia> et de la iiiaiii, cl sur la imlpr des doi^^ls. Aprc^ celte; ojx'rahon, la malade sciilait vivement les plus lé|^ers |)iii(;c'meiits de la peau, et lorscprcjle pfomciiail ses (l()i;4'> sur les (Iraj)s de s<iu lil, <'!le eu aj)préciait l>ieu les iiu'^alités; enliii, elle (listiu';uait les corps chauds des eoi'ps lioids. La sensibilité tactile et douloureuses étant ainsi lappelée en partie, jeconnnandai à Désirée de mouvoir la main ou les doiji;ts sans les regarder, mais elle ne remua pas [)lus cprauparavant, bien (jue je stimulasse sa sensibilité cutanée en frottant ou en pinçant la peau de son avant-bras et en frappant sur la pulpe de ses doigts, ce qui l'afiectait désagréablement. // vt'éluit démontré par cette expérience que Insensibilité de la peau ne pouvait remplacer chez elle le sens de la vue dans la /)roduction des mouvements volontaires.
Je dirigeai ensuite l'excitation électrique sur les muscles de l'avant-bras et de la main du côté opposé (du côté droit), commençant par les interosseux de la face dorsale de la main, de manière que la malade ne pût voir les mouvements partiels de ses doigts. La contraclilité électro-musculaire était parfaitement normale, mais Désirée ne commença à ressentir l'excitation (|u'après trois ou (juatre; minutes. La sensation (ju'elle comparait d'abord à une pulsation devint bientôt presque douloureuse. Cessant alors l'excitation musculaire, je lui commandai de faire un mouvement quelconque de sa main droite, que je ne lui laissai pas regarder (bien entendu), et je vis très distinctement ses doigts exécuter seulement les mouvements qui apport iennent il l'action propre des interosseux , c'est-à-dire que ses premières phalanges se tléchirent pendant que les deux dernières s'étendaient ; mais le pouce resta immobile. Plusieurs fois de suite elle fit ce même mouvement, après que je lui avais placé les doigts dans différentes positions. (Si l'on venait à m'objecter que j'ai été la dupe de quelques supercheries, ce que les expériences déjà faites sur la malade ne me permettaient pas de craindre, je répondrais seulement en rappelant cette dernière expérience, à moins cependant qu'on ne suppose que Désirée- connaissait faction de ces muscles.) Je localisai successivement l'excitation électrique dans les muscles du pouce, quelle put contracter à leur tour, puis dans les extenseurs et les fléchisseurs des doigts et du poignet, de sorte qu'elle recouvra successivement à ma volonté tous les mouvements de la main.
J'avais eu soin d'humecter largement la peau de manière à ne pas l'exciter; c'est pourquoi cette peau était restée aussi insensible qu'avant l'excitation musculaire. Ainsi, je pouvais la pincer, la piquer, la brûler, sans que la malade en eût la conscience. Mais si
l'AUAI.VMK DK I.A C( tNSClK.NCK Ml'Sn rAIHK . U''>')
je coiiipriiiiiiis le l)i;i>, >i je le rrîi|)|tMis, elle «'proiiviiit mie sciisiition prolniidc! (|iu; je poiiViiis jxutcr jii^(|u'ii la douh in*.
Je (lois noter ici (|ue souvent la malade apeidn, parde nouvelles atta([ues, ce qu'elle avait gagné la veille, de sorte qu'il m'a été possible de renouveler ('ha(|ue jour ces (ixpériences. Elles ont été faites en présence d'un grand nombre d'observateurs, parmi lesquels j'en pourrais citer qui jouissent d'une grande autorité. J'ajouterai enfin (]ue, pendant qu(î je rap[)elais la sensii)ilittM:utan<''e au membn; supéi'ienr gauche, M. Tulipiet la rai)p(.'lait au mend)re intV'rieiir du même côté avec les sinapisnies et l'IniiU; de croton tifiliun» ; (jue le retour de la sensibilité cutant-e aux membres inférieurs n'avait pas plusmodilié l'état des mouvements (ju'au mendjre supérieur de ce côté, tandis que l'excitation musculairedu membre inférieur droity avait, comme au mend)re supérieur do ce côté, rappelé en partie l'aptitude aux mouvements volontaires sans le secours de la vue.
Puisque dans cette dernière expérience, la farad isation musculaire a rendu aux muscles la faculté de se contracter volontairement, sans l'aiilede la vue, puiscpie le rétablissement de cettefaculté a été parfaitement limité à chacun des muscles qui avaient reçu cette excitation directement, il est permis d'en conclure que cette espèce de faculté motrice indépendante de la vue, siège dans les muscles, à moins que l'on dise que l'excitation faradique, quoique localisée dans le muscle, a exercé par l'intermédiaire de son nerf propre, une action sur un i)oint du centre nerveux qui envoie le mouvement à ce muscle. Mais de ces deux hypothèses, la |»remière me paraît la plus vraisemblable.
On a reiviarqué que la faradisation nmsculaire a rétabli, à la lois, et la sensibilité musculaire et la contractilité volontaire, indépendante de la vue. Il semblerait alois rationnel, au premier abord, d'en conclure ipie la sensibilité musculaire (ou sens nmsculaire de ('h. Hell) et ([ue l'aptitude que possède le muscle à se contracter volontairement et indépendamment de la vue (la conscience musculaire), sont absolument identi(iues, et (jue la paralysie de la seconde est seulement un degré plus avancé de la première. C'est une objection qui m'a été laite. Il me sera facile de démontrer qu'elle n'est que spécieuse. On n'a pas oublié, en effet, que des sujets privés complètement de sensibilité (ni le feu, ni la faradisation, ni les coups, ni les mouvements les plus violents, inq>rimes à leur membres, ne provoipient la moindre sensation et s'ils ont alors les yeux fermés, ils ne perçoivent pas les violences exercées sur ces membres), ([ue ces sujets, dis-je, peuvent cependant exécuter, même avec force, toute espèce de mouvements dans l'obscurité. Ils eut
lUT.IlKNNK. 28
/i:>^i p\u\iNsi!; 1)1 i\ (oNciiNii; Mi'H n viiu:.
sculcirciil piidii ;il(iiv> lii >c!is;ili(iii (l'iidiMlc !l:(l^(•lll;li|•('. le sdls Minsciihiirc ilc ( li. Itt'll. ('.(Hiscfjiiciiiiiiciil >\ leurs iiinnluTS viciilU'iil cnsiillc il <'li'<' lrîi|>|»(''s de paralysie iil)>(»liie, par le seul liiil (l<; la suspension de la vue, il sérail irrationnel, pour ne pas dire al»sui'de, (!<• ratlrii)nei' h un plus haut de^'rt' de paralysie de la sonsilMlilc' musculaire?
On doit donc seulement concluro (\v. celte dernieic expérience (pie la laradisalion musculaire (|ui a modifie l'étal de l.i paralysie de la sensiltilité (les muscles, a modilieen même temj)s 1 «Uat de paralysie de l'espèce d'aptitude; motrice (pie j'ai a[)pelee ronscicucc. musculaire.
Quelle critique acerl)e m'a déjà value cette dernière dénomination î Examinons donc si elle; était nécessaire et si elle est juste.
1" A tout plién mène nouveau ou inconnu dans la science, il faut une tlénomination nouvelle, sinon, comment le désigner, dans le discours ou dans le langage, autrement que par une définition ou une circonlocution?
Or, le plit'uomènc; t)hysi()l()gique et |)alliologi(pje (jui fait l'objet de ce paragraphe est incontestable, il a déjà subi ré[)reuve du temps et de l'observation cliniipie; cai", depuis la publication de mon premier travail sur celte question (depuis 18J6j, des laits nouveaux sont venus corroborer mes premières observations. L'un d'eux a été recueilli a l'impital de la Charité, je l'ai publié dans mon mémoire sur l'ataxie loconiotnce progressive (1). Un second (ait, recueilli à rHôlel-Dieu, service de M. Jobert (de Lamballe), a fait le sujet d'une note intéressante publiée dans la Gazette médicale (1856) par M. le docteur 3Iarlin Magron, (jui l'a interprété, au point de vue physiologique, dans un sens favorable à l'existence réelle de celte propriété musculaire (dont il a critiqué, peut-être avec raison, je l'avoue, la dénomination que je lui ai donnée) (1).
Non-seulement ce phénomène est incontestable, mais il est nouveau dans la science. Ce fait est reconnu par tout le monde, même par celui qui a le plus puissamment combattu les déductions que j'en ai tirées (2).
Donc, le phénomène physiologique et pathologique dont je défends l'existence étant incontestable et nouveau dans la science, il lui fallait une dénomination distinctive.
2" La dénomination que j'aie choisie (conscience musculaire) est-
(1) Archives générales de me lecine, 1859.
(2) Voici en quels termes il a reconnu l'existence réelle du phénomène dont il est question : « Il paraîtrait même que dans certains ras ils (le> malades dont
l'AllAl.VsIi; 1)1. I.A C.ON.-CIKNCK MISCI I.AIUE. hoî)
clic juslc? La iiicillciircî (Iciioiniiialion est, à mon sens, toujours attaquahic, et je .savais ([uc j'allais prêter le liane à la critique eu (lounaut uu nom au plK'uomciie musculaire dout je venais (h; découvrir rexislenc(;. (^omme elle a été attaquée, je dois dire i)our(juoi je l'ai adoptée, l)i<jn «lue je sois prêt i» en l'aire le sacrifice, si l'on «n trouve un autie (jui soit plusjuslc.
Donner le ikjui île sens nmsculaii'e de CI). l»(;ll on de sentiment d'activité musculaiie à ces j)liénomènes, c'était soutenir, contrairement à lOUtt; lo^i(|ue, V id'-ntitr dc^ faits /jdt/iolot/ifji'rs (i(nis lesquels, imr le fait de la suspension de la vue, la luotilité est eompléteiueut (djn • lie, et de ceux dmis lesquels les mouuenients peuueut (ou jours être exèrufés sans l'aide de la vue.
J'aurais j)u apj)eler c(; [)li(''n()m(:ne aptitude uadric'' iiidrprudan/e de In viu\ puisipie, dans les faits patliologicpies (pii l'ont mis cm lumière, les malades avaient perdu cct!e propriété. OjUc dénomination, qui n'est (pie l'expression du lait, eût été irn'procliabh», mallieureusement elle était troj) longue, et je n'ai pas lroiiv('' un mol simt)le qui pût remplacer cette circonlocution. Alors je lui ai pr«''- {■('ré une dénomination courte qui rai)t)elle la théorie de ce i)licnomène musculaire.
•le vais dire comment j'en comprends la mécanique. Il est évident ([ue chez tous les sujets (jui ont ('té atteints de rair<u'ti()n (pic j'ai appelée paralysie de la conscience musculaire, la volonté' n'avait le pouvoir de mettre k;s muscles en contraction (ju'a une seule condition : c'était (pi'elle l'ùt éclairée par la vue. On savait déjà (pie le sens de la vue exerce une i;randc inlluencesur la motilité. Tout le monde connaît l'extiérience curieuse de M. Chevreul (pii dt'montre c(3tte influence de la vue sur le mouvement. On connaissait aussi,
j'ai rapporté les observations) [jcrdciit la faciillc de se mouvoir, lorsqu'on les prive de la vue... C'est à M. Duchenuc {de Boulogne) qu'est due la dccnuvole de celle particularité inléressanle. Je u'ai pas eu Tocrnsion d'observer ce fait aussi nettement (juc M. Ducheune. // est cependant impossible de le nier, en présence des détails si précis fournis par cet observateur. n [Moniteur des hûpilau.v, IS:\S, p. 1 198.)
Comment, après cet aveu, comprendre que ce même auUur soit venu soutenir, dans le travail même où il publie la note précédente, (jne mes faits sont identiques avec ceu\ (ju'il a publiés en 1853 (loc. cit.)? Pourquoi donc, faisant g;éniir la presse de ses lamentations, a-t-il crié au plagiaire dans un iangaiio tjui a affligé tous les amis de la science, et qui ne ma pas permis de le suivre sur ce terrain? Pourquoi aussi ces réclamations de priorité pour les faits qu'il a publiés en 1853, et qui se trouvent être, sans qu'il s'en doute (je veux bien le croire) la reproduction publiée |)ar Ch. Rell'.'
fi'M\ PVIUI.V^IK l)i; I \ CONSCIRNCK MIISCI'I-AIHK.
depuis les rcclw relies de (îli. U(*il, le concours im|M)it:iiit (jue la vij(î |n'iil apporter a la lacullé coordiiialrice des inoiiveFiieiits, jiuiscpie celle laculle, (pn n<! piîut s'exercer dan^ l'obscuriu* cpiand la seiisibilile rmisculaire est paralysée, recouvie toute sa liberté d'action par le seul concours de la vue. iMais ou if^uorait (piti le pouvoir du sens (le 1.1 vue put aller jiis(ju'à relai)lir iul<'^'ralenieut la contractilité volontaire alors (jue, dans certaines conditions patliolofçiques, elle était complètement suspenduf!.
La patlioloi-ie nous montre donc (pjc; la me(^ani(|ue des mouvements volontaires n'est pas aussi simple (pj'on le croyait en ]»liysiologie. Klle nous apprcmd (jue pour cpie la volonté puisse produire un mouvement, il ne sullit pas (pie le c(Mveau. l'organe moteur, ait conservé la propriété de faiie osciller ou vibrer la matière impondérable (le iluide nerveux) qui provoque la contraction musculaire, qu'il ne suffit ])as (pie la moelle, les nerls et les muscles jouissent de leur excitabilité; mais (pi'il faut, pour (jue les ordres moteurs (le la volonté soient exécutés, (jue le cerveau soit encore éclairé ou par la vue ou |)ar une autre l'acuité spéciale (jui puisse au besoin suppléer le sens de la vue.
Il ressort en eti'et des faits pathologiques ([ue j' li rapportés que sans cette dernii-re l'acuité ou sens (comme on voudra l'appeler), nous ne pouvons pas nous mouvoir dans l'obscurité, que nous ne pouvons exécuter le moindre mouvement sans que le regard se fixe sur le membre et même sur la partie d un membre à mettre en mouvement, à tel point qu'il serait impossible, par exemple, de fermer ou d'ouvrir les deux mains à la fois, et que ces deux mouvements ne referaient qu'alternativement et nécessairement avec le concours du regard et de l'attention.
Ce sens qui paraît résider dans le muscle (puisqu'on peut le rappeler, par la faradisation de ce muscle, (|uand il est abolie) qui n'est pas la sensibilité musculaire, qui établit une relation intime entre le muscle et ie cerveau, qui enfin permet à celui-ci de provoquer le mouvement sans l'intervention de la vue, j'ai cru bien l'exprimer par le nom de conscience nntsculairc. Mais liélas! cette dénomination, comme je l'ai déjà reconnu, ne repose que sur une théorie. Si celle-ci n'est pas exacte (ce que l'avenir jugera), qu'on cherche une autre dénomination, je fais bon marché de la mienne. Je défends seulement ici le fait physiogique et pathologique (jue je crois acquis à la science.
Conclusions. — 1. Il paraît exister un sens qui siège dans le muscle et qui sert à l'accomplissement de la contraction musculaire volontaire, qui, dans l'absence de la vue, éclaire, pour ainsi dire,
ATHOlMIll- MIÎSCIJLMIIE (iU AISSK (ISK l'IUM.lUv^SlVE. ^37
I(i cerveau, a\;ml (jiiccc dcriiii'r, olxMssaiit aux oi'dresdii la voloulô, l)r()V()(|ue la coutraclion nuisciilairo.
II. Il ne faut [)as ccjulondre la conscience mur^culaire, (jui, dans l'acte (les mouvements volontaires, seml)le précéder et déterminer la contraction, avec la sensation ([ui donne le sentiment de la pesanteur, de la résistaïu^e, etc., et ((ui a été appel<*e sens musculaire par Gh. Bell, et sensation d'activité musculaire par M. Gerdy. Cette dernière sensation est le r(''sultat ou le [)ro(luit dtj la contraction musculaire.
III. La conscience musculaire peut exister indé|)cn(lamin('nt de la sensation d'activité musculaire.
IV. Elle est nécessaire à la contraction musculaire volontaire et à la cessation de cette contraction. Gependant le sens de la vue est l'auxiliaire de la conscience musculaire (ju'il peut suppléer.
V. La perte de la conscience musculaire et du sens de la vue produit nécessairement la paralysie des mouvements volontaires (1).