C. — Paralysie de la septième paire
Personne ne confondra la paralysie de l'orbiculaire dès lèvres, qui est un des symptômes de la maladie que je décris ici, avec l'hémiplégie faciale ; car la distorsion des traits, signe caractéristique de cette tlerniere, n'existe pas dans l'autre, Cjui atlècle toujours également les deux côtes des lèvres.
Cette erreur de diagnostic serait possible seulement, s'il existait
biAGNOstir,. 6:j9
une paralysie double de la sepliènie paire, en admettant toutefois que, dans ce cas, elUj puisse être lirnit«'e à l'orbiculaire des lèvres; ce dont il n'existe pas un seul excnjple dans la science.
L'intégrité de la contractilité électrique du muscle orbiculaire des lèvres (listingu(; ralVection dont j'expose l'ctude diat;nostique de la paralysie de la septième [)aire, (pii, ainsi que je l'ai démontré ailleurs, est caractérisée par l'aiïailjlissernent ou par la ])erte de cette propriété musculaire. Ce signe distiuctif m'a servi dans l'un des cas rapportés précédemment (obs. CXLV), et qui, on se le rappelle, avait débuté exceptioimellement par la paralysie de l'orbiculaire des lèvres.
La malade ne pouvait froncer les lèvres ni les rapprocher fortement, et articulait très mal les labiales. On croyait à un conmiencement de paralysie double de la septième paire. Mais ayant trouvé la contractilité électro-musculaire normale, ce diagnostic ne m'a pas paru admissible. J'ai pressenti alors qu(; cette paralysie des lèvres, complicjuee d'une paralysie du voile du palais, et (jui me rappelait un cas antérieur analogue, était peut-être le symptôme d'une affection très grave. On sait qu'en effet la paralysie s'est étendue plus tard à la langue, et ([ue la malade a été enlevée fatalement par une syncope.
D. — Alrophie de la langue, dans l'atrophie musculaire graisseuse progressive.
La paralysie atropliicjue de la langue, du voile du palais et de l'orbiculaire des lèvres, pourrait être prise pour le début de l'atrophie musculaire graisseuse progressive; ou vice verm, l'atrophie de la langue (;t des lèvres ([U(; l'on obseive (piel([uefois dans celte dernière allection pourrait être confondue avec la première.
Sur 159 cas d'atrophie musculaire graisseuse piogressive que j'ai observés, je n'ai point vu une seule fois la langue atteinte par l'atrophie, au début ou dans la première période de cette affection. Vax conséquence, si, chez un sujet (jui n'offre sur les membres ou sur le tronc; aucune trace de l'atrophie nmsculaire graisseuse progressive, on rencontre des (roubles dans la prononciation (\{i^ consonnes et dans la déglutition, il est très probable qu'ils ne dépendent pas de cette maladie. Je dis seulement (jue cela est probable, car de ce que je ne l'ai jamais vue et ([u'il n'en existe aucun exemple authenticpu! dans la science, je ne veux pas encore en conclure que l'atrophie des nuiscies de la langue et des lèvres ne se présentera jamais au début ou dans la première période de l'atrophie musculaire graisseuse progressive.
(\hO l'\U. Mise. l'IUtCll. \)V. I.A r.ANOUi:, Dll von. F, du PM,\IS et des I.fcVRES.
Adiiicltunt (loue, (jiuî, dans (iiu.'lijUL'.s cas inliniiiicnl l'arcs, l'ati'opliic (h' la langui' et des lèvres se soit préseulée dans les premiers le(M|»s de ralropliie musculaire graisseuse progressive, voici l(;s signes (|ui dis(iiigU(!raient alors celte atrophie de la paralyNi(î progressive de la langue, du voile du palais et des lèvics, dont nous agitons ici le diagnostic diir'''renti(îl.
l/une est une paialysic; sans atroi)liie ; l'autre, au contraire, est une alro[)liie sans jjaralysie. Les deux faits suivants, choisis comme exemples parmi les derniers (jue j'ai observés, d(''inoiitrent l'exactitude et l'importance tle cette distinction.
Observation CXLYI. — Paralysie viusculdirc progressive de la langue, du voile du palais cl des lèvras.
Je donne actuellement des soins à une femme ôgée de quarante-sept ans (madame B. . . , ()iqueuse de bottines, rue Rochechouart, 14), dont les muscles de la langue, du voile du palais et de l'orbiculaire des lèvres se «ont paralysés progressivement, Yoici son histoire. D'une bonne santé habituelle et d'une forte constitution, bien réglée, elle éprouve, en octobre 1 859, un peu de difficulté en parlant et en avalant, sans douleur aucune et sans fièvre ni trouble dans la santé générale. Elle n'a jamais eu de maux de gorge; ses amygdales ont un volume normal. Elle ne se préoccupait pas de son état, dit-elle, parce qu'elle ne souffrait pas. Cependant sa gêne dans la déglutition et dans la prononciation va croissant, et bientôt elle ne peut plus détacher nettement les palatales et les dentales, les consonnes t, d, sont prononcées comme le c/», et les labiales p et 6 sont les seules consonnes qui soient articulées. Elle commence à avaler difficilement sa salive, qui s'accumule dans sa bouche et devient visqueuse. Un mois après le début de sa maladie (en novembre 1 859), sa voix devient nasonnée, et souvent les boissons repassent en partie par les narines. A dater de ce moment, la déglutition des liquides et des solides, et conséquemment l'alimentation, sont de plus en plus difficiles.
Plus tard (en janvier 1 860), la malade éprouve quelque peine à froncer les lèvres, a les rapprocher fortement lune de l'autre ; les labiales, qu'elle articulait moins nettement depuis que la voix était nasonnée, se font à peine entendre: par exemple le p est prononcé avec peine et faiblement. Enfin, vers la même époque, elle a de temps à autre des étouffements, surtout lorsqu'elle marche; elle dit aussi qu'elle a quelquefois des étourdissements et des éblouissements, Son appétit a toujours été bon ; elle goûte parfaitement les aliments. Le 20 avril 1 860, je constate tous les troubles fonctionnels qui caractérisent la paralysie delà langue, du voile du palais et de l'orbiculaire des lèvres. Ces troubles sont considérables : la malade ne fait plus entendre que des sons inarticulés ; la déglutition est difficile ; l'alimenta-
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['m\ L'iiinl in.suflisiinlt\ olle on est loinbùc dans un ^'rjnd Jiffuiblisseineiil. I.a salive, qui lu; peut plus ùlre avalée, s'écoule conslaniinenl au dehors. La contraclilité éleclro-nuisculaire est normale (l;ins tous les muscles paralysés. Le voile du |.>alais lonibe. ainsi que la luelle. (jui est déviée à gauclie. La sensibilité d(; la iiiucpicuse du piiarynx, de la bouche et de la langue, esta peu près normale; la liliiialion delà luette ou des autres points du voile du palais et du pharynx provoque la contraction de tous les muscles de cette région et des nausées. Les lèvres ne peuvent être froncées ni arrondies pour prononcer o, it , elles sont ra|»prochées difficilemcjnt. La langue est à peu près immobile ; la malade la porte seulement un peu en avant ou latéralement, mais il lui est complètement iujpossible d'en relever la pointe ni d'en élever le dos ou la bast;. Kli bien, quoique celle \Hirahji>ie date de plus de six mois, la lanijue est larijmunU développée ; ses bords sont lisses, et ses muscles ne présentent pas le plus léger siijne d\Urophie.
Les facultés affectives sont très surexcitées chez celte malade depuis qu'elle a perdu, il y a deux ans, une fille de quatorze ans, et dont le souvenir la poursuit toujours. La moindre allusion à sa maladie la fait également pleurer. Ce qui l'atrecte le plus, c'est de ne pouvoir parler ; c'est aussi son état désespéré. Malgré cette surexcitabilité de la sensibilité, son intelligence est intacte. — Enfin, depuis une quinzaine de jours, aujourd'hui :20 octobre 4 8G0, elle est presque aphone. Sa lin est prochaine.
On voit, en somme, dans cette observation, que dès h; début Li langue a été frappée de paralysie ; que cette paralysie a augmenté progressivement, en s'étendant au voile du palais et à l'orbiculaire des lèvres; qu'après six mois de durée, alors qu'elle était à son maximum, la langue cependant a conservé toute son ampleur, et qu(; les nmscles ne se sont pas atrophiés.
C'est ce que j'ai toujours observé. Une lois, clie/ un sujet dont l'observation a été relatée précédemment (obs. CXLI), j'avais été trompé par les ai)parences. J'ai dit, en effet, que dans ce cas la langue, complètement innnobile, était abaissée sur le plancher de la bouche; qu'elle était un peu plissée longiludinalement et en apparence un peu atrophiée. Mais on a vu (pi'en deux séances de • faradisation, cette langue s'était relevée et (ju'elle s'était largement développée, en acquérant un peu plus de mobilité. Cela ne serait certes pas arrivé pres(jue instantanément (en deux séances), si les muscles avaient été atrophiés, (!ar il faut toujours un tem[)s assez long pour exercer sur la nutrition une action tlh'ra[)euli(iue appréciable.
Je vais maiiileiiant montrer, dans le cas suivant, (juc, dans l'atrophie nuisculaire graisseuse progressive, les phénomènes
DliCHENNK. 41
i'ifi^l l'Mi. Ml >f. l'iuMiii. i»i: I A I ANc.rK. iic voiii; 1)1 i'\: \i^ rr i)i:s i.KvnFS. syiiipl<)iii;ili(|U(S Ac r;ili()|»liir de lu Iuii^ikm!) soiiI hicli dillV'rculs.
OnsF.nvATioN CALVil. — lui 1859, j'ai él6 appeler h soigner, (-onnurreinnuMi t. il vcc MM. Trousseau ot Vosseur, M. F..., do Barrelonc, affecté depuis doux ans dune alropliie musculain» graisseuse qui était déjà généralisée, et qui depuis (luehjues semaines avait atteint les muscles moteurs do In langue (il a déjà été question de ce sujet dans ce chapitre, [)age 453, observation XCIX); sa prononciation était un peu gênée, et la langue me semblait avoir un peu diminué de volume. J'ai suivi pendant près d'une année les progrès de celte atrophie de la langue, qui, en mai 1860, était considérablement amincie, et dont la longueur et la largeur avaient diminué proportionnellement. Eh bien, cette langue si atrophiée pouvait cependant se mouvoir en tous sens ; la force de ses mouvements était seulement affaiblie, et il en résultait que la prononciation et la déglutition étaient devenues de plus en plus difficiles ; la parole était lente et pénible ; l'articulation des consonnes était moins nette, moins bien détachée, mais elle ne ressemblait nullement à celle que l'on entend dans la paralysie progressive de la langue, du voile du palais et des lèvres, et qui est produite principalement par l'impossibilité d'élever l'extrémité antérieure ou le dos de la langue pour les appliquer contre la voûte palatine. La gêne de la déglutition obligeait M. F... à faire un effort et à avaler lentement, mais elle n'allait pas jusqu'à l'empêcher de déglutir des aliments solides, sa boisson ou sa salive. Enfin M. F... éprouvait aussi, comme la malade de l'observation précédente (obs. CXLVI), des troubles de la respiration, mais ils étaient occasionnés uniquement par l'atrophie incomplète du diaphragme et des intercostaux ; ce qui produisait une grande perturbation dans le mécanisme de la respiration. (J'ai décrit ces phénomènes pathologiques dans mes Recherches éleclro- physiologiques et pathologiques sur le diaphragme.)
Il ressort donc des deux faits précédents, qui ne sont relatés ici que comme types des deux espèces morbides différentes (la paralysie progressive de la langue, du voile du palais et des lèvres d'une pari, et de l'autre l'atrophie musculaire graisseuse progressive): 1° que, dans la première, les troubles de la prononciation et de la dégluti- • tion sont produits par la paralysie de la langue, sans atrophie de cet organe, tandis (jue, dans la seconde, ils ne sont causés que par 1 atrophie de la langue, qui jouit de tous ses mouvements, affaiblis seulement en raison directe de la diminution de la quantité et du
(1) Phénomènes exactement semblables à ceux que j'ai notés dans huit cas d'atrophie musculaire graisseuse progressive.
volume (Je ses laisceaux musculaires; 2" que; les situes symptomali(iues (jue l'on observe clans ces cas permettent d'établir le (liagiioblic «lidérenlicl de ces deux inaladies.
E. — Maladies associées.
La paralysie progressive; de la langue, du voile du palais et des lèvres, peut exister coïncidennnent avec une autre affection musculaire. 11 en résulte (pic l'observateur, s'il n'a pas eu l'occasion d'étudier chacune de ces alléctions isolées, et surtout s'il ne possède pas de connaissance suffisante sur ces deux espèces morbides, est exposé à no voir dans leur association accidentelle qu'une seule et même maladie. J'ai été exposé moi-même à conmiettre cette erreur de diagnostic, dans un cas d'atrophie musculaire graisseuse progressive, coïncidant avec une paralysie progressive de la langue.
Ohservation CXLVill. — Paralysie procjressive de la langue^ du voile du palais et des lèvres ^ coïncidant avec l'atrophie musculaire graisseuse progressive limitée à quelques muscles des membres supérieurs .
Un employé (lu niont-de-piété, M. X..., vient, en mars 1858, réclamer mes soins pour une affection musculaire (Jes membres supérieurs, qui le gène dans 1 exercice de sa profession. 11 dit que depuis près de deux mois il voit sa main droite s'amaigrir progressivement, ainsi que son avant-bras de ce côté, et que la maladie a commencé par la diminution du relief qui, dans la paume de la main, se trouve au-dessus de l'origine du pouce (du relief de l'éminence thénar); (ju à partir de ce moment, l'usage de sa main est devenu de plus en plus diKicile. Ainsi il a de la peine à écrire quelques mois; il ne peut plus faire ni défaire les paquets qui sont apportés au montde-piété. 11 ajoute que sa main droite a commencé à s'amaigrir et à s'affaiblir également depuis quelques mois. 11 n'a jamais éprouvé de douleurs, et il ne sait à quelle cause attribuer sa maladie. Telle est l'histoire qu'il me rapporte, et je constate en effet chez lui l'étal suivant : A droite, l'éminence Ihénar a presque entièrement dis[)aru, les espaces interosseux sont profondément creusés, l'opposition du pouce est perdue, la (lexion et l'extension de sa dernière phalange sont seules exécutées ; quand il veut ouvrir la main, ses premières phalanges s'étendent d'une manièreexagérée el ses deux dernières phalanges sont un peu inlléchies sur les premières phalanges. Cette griffe de la main est cependant inégale dans chaque doigt ; ainsi elle est plus prononcée dans l'index. La Hexion des doigts el les mouvements en tous sens du poignet sont exécutés, mais sans force. A gauche, je trouve l'éminence thenar légèrement aplatie el l'absence des mouvements propres au conrt abducteur du pouce. A l'exploration éiectro-musciilaire du
(>/i/i l'vu Mi'x'.. l'iiiH.ii. i)i: i.v i.vM.ri:, di; noii.i: m i'ai.m^ i.i hi:-. i.kvuks. rôl6 droit, lt'> imisclrs di' rcinmcMirclliciKir cl les inlerosscux de lindcx ikî réagissent plus: les autres inlerossiMix rrpondciii a peine ù cetlo exciiatij)r» ; !(»s iniisidt's dd iavanl-bras .^e conttactciit norinaleinonl, bien (pi'ils soient déjà très atrophiés. Cot état palholo;,'i(iue cxplifpiail les troiibUîs fonctionnels accusés |)ar co niaiadn. Mais, poussant plus loin mes inv(;.sli;,'alions, je découvris (pio l'atrophie musculaire avait fait d'autres ravages, ce dont il ne se doutait j)as. Ainsi je ne retrouvai plus le tiers inférieur des trapèzes ; le long supinatetir du côt^gauche, et plusieurs autres muscles étaient atrophiés inégalement et par portions sur le tronc et aux membres supérieurs, sans être toutefois détruits, c'est-à-dire qu'ils répondaient à l'excitation volontaire et électrique. Fnfin, on voyait la peau soulevée par des contractions fibrillairesdans un grand nombre de régions.
Je trouvais donc chez ce sujet les signes patliognonioni(|ucs de l'alropliic musculaire graisseuse progressive. Cette affectii)n, dont j'avais déjà recueilli un si gi'and nombre d'exemples, n'excitait plus vivement mon intérêt ; mon attention était plutôt attirée par un trouble de la prononciation qui rendait sa })arole prescjuc inintelligible, et (jui avait un caractère qne je n'avais jamais rencontr«> dans l'atropine musculaire graisseuse pi'ogressive. vSon origine remontait seulement à six semaines à peu près; cependant le malade ne m'en avait pas entretenu, parce que, disait-il, la perte de l'usage de ses mains le préoccupait seule, (^e trouble de la prononciation était-il produit par l'atrophie des muscles de la langue? (>'(''tait ma première pensée. Sur cent cinquante-neuf cas d'atrophie musculaire graisseuse progressive, j'avais vu treize fois la langue atteinte par l'atrophie, mais n une période beaucoup plus avancée, alors que la maladie était généralisée. Cette considération, et le mode d'articulation tout particulier, chez ce malade, que je n'avais jamais entendu que dans la paralysie de la langue, m'inspirèrent quelques doutes; et, poussant plus loin mon examen, voici ce que j'observai :
La langue, loin d'être atrophiée, était largement développée et unie à sa surface; elle était conime fixée au plancher de la bouche : le malade nen pouvait relever ni la pointe ni le dos pour l'appliquer contre la voiàte palatine ; il la portait seulement un peu en avant, ou latéralement. Sa bouche était remplie d'une salive épaisse, fdante, qu'il avalait difficilement et incomplètement. La déglutition était considérablement gênée; cependant son voile du palais n'était pas paralysé et sa voix n'était pas nasonnée. Il ne pouvait froncer les lèvres ni arrondir l'ouverture buccale. Il articulait mal toutes les consonnes et de la même manière que dans la paralysie de la langue et de l'orbiculaire des lèvres. J'ai suivi ce malade pendant un mois et
DlAliNOSl'IC. 6/i5
(Jojni, cL j'ai \u la paralysio sclondre aux muscler du voile du paiaià, ol. augmenlanl progrossi vemenl, occasionner des Iroubles fonctionnels de plus en plus graves dans la déglutition et dans la prononciation, bien que la langue eût conservé son volume normal. Il conjmeiice à éprouver de temps à autres des étouffements, et cependant les muscles (jui président au mécanisme de la respiration n'élaient pas atteints par l'atrophie musculaire. Après un mois de traitement sans résultat appréciable, cet homme n'est plus revenu me voir, et. j'ignore comment s'est terminée sa double affection.
Il est de toute évidence (jue le sujet dont je viens de rappoiler l'observation avait deux maladies difFérentes : l'une, l'atrophie musculaire graisseuse progr(!ssive, avait détruit les muscles de sa main, et atropliié à des degrés divers un assez grand nombre d'autres muscles, sans paralyser toutefois les mouvements, qui n'étaient plus exécutés ((ue l()rs(ju'il n'y avait plus démuselés, ou qui étaient seulement affaiblis en raison de la diminution de la quantité des faisceaux musculaires; l'autre, au contraire, la paralysie progressive de la langue, du voile du palais et des lèvres, avait aboli d'emblée les mouvements, sans léser la nutrition musculaire. Le hasard seul, une simple coïncidence, comme cela peut arriver dans toutes les maladies, avait réuni ces deux espèces morbides distinctes, et que l'on voit, en général, naître, marcher et se terminer isolément et indépendamment.
La paralysie progressive de la langue, du voile du palais et des lèvres est irdininient plus grave que l'atrophie musculaire graisseuse progressive, parce qu'elle donne la mort dans un temps très court (six mois à trois ans), tandis qu'en général l'atrophie musculaire graisseuse progressive marche lentement, ou reste longtemps stationnaire, ou s'arrête définitivement, après avoir détruit proportionnellement plus ou tnoins de muscles. Dans les cas même où cette dernière affection a atteint les muscles de la langue, les troubles de la prononciation et de la déglutition ne deviennent considérables que lorsque l'altération graisseuse a détruit ces muscles, ce ([ui n'a lieu que très lentement et tardivement. Ainsi, M. F..., de Barcelone, atteint d'une atrophie musculaire généralisée, et dont il a été (piestion précédemment (obs. CXLVH), avait déjà la langue un peu atrophiée, quand je l'ai vu pour la première fois. Un an après, sa langue avait perdu les deux tiers de son volume, et elle jouissait encore de tous ses mouvements, (juoicju'ils fussent affaiblis pro[)ortionnellement à l'atrophie. Chez un autre malade que j'ai vu succomber à l'atrophie musculaire généralisée, l'atrophie avait mis deux aimées a dt'truire les muscles de la langue.
(v'ifi rvu. Mi'sc v\uu.\\. Di: i.\ i.vnciik, nr von.K H!' ivm ais kt dksi-KVRES.
Os laits et cfs coiisidr'i'atioiis diMnonlrcut ("oimImcm il est important (le no. pasponlniidn! ces doux afTcrlioiis |)arrail(!iii(iit distinctes et indt''p('ndaiil('s l'inie de raiiti'c.
Hii j)rali('i('ri dislin^Mié, M. U; docteur Dnrnesnil, a pnhji»; (1) nn fait postérieni'ernont o])serV('' à eoini (jue j'ai relali- ei-dessus (obs. CXLVUI), et qui a nnojjjrande rcsseinblanee avcr lui. (^ost aussi un ras d'atrophie musculaire graisseuse progressive limitée au membre supéi'itîur, i-t associée à une paralysie progressive de la langue, du pharynx et des lèvres.
Cette dernière affection musculaire dont je recueille des faits depuis 1852, n'ayant pas encore été décrite comme espèce morbide distincte, on s'expliquera facilement que M. Dumesnil, observateur sagacc, ait pu, dans les savantes considérations anatomiques dont il a fait suivre l'exposé de son observation, confondre cette affection avec l'atrophie musculaire graisseuse progressive, en rapportant à une seule et même maladie l'atrophie musculaire limitée à l'un des membres supérieurs, et la paralysie^ sans atrophie^ de la langue et de quelques muscles de la face, lésions musculaires qu'il a vues réunies chez son malade.
« Parmi les observations déjà si nombreuses d'atro[)hie des racines antérieures des nerfs rachidiens, écrit M. Dumesnil, nous n'en connaissons aucune dans laquelle l'altération se soit étendue aux nerfs céphaliques, et cette particularité nous a paru introduire dans l'histoire de cette affection un élément assez important pour que nous nous empressions de la signaler (2). » Il esta regretter que cet observateur n'ait pas été plus au courant de l'histoire de l'atrophie musculaire graisseuse progressive (paralysie atrophique de M. Cruveilhier), et qu'il n'ait pas su que, dans cette affection, les muscles de la langue ont été atteints par l'atrophie, dans plusieurs cas' dont j'ai exposé la relation, et que, dans l'un de ces cas, M. Cruveilhier, « a vu le tissu musculaire presque entièrement transformé en tissu adipeux, et la substance nerveuse proprement dite (du grand hypoglosse) réduite à des proportions qui ne dépassaient pas la sixième partie. Plusieurs divisions de ce nerf étaient même réduites au névrilème ; d'autres ne présentaient qu'un filament nerveux très délié, moins blanc que de coutume. Mais, ce qui rendait l'atrophie du nerf grand hypoglosse plus frappante encore, c'était la comparaison de ce nerf avec le nerf lingual, qui avait conservé son volume normal et dont les gros filets nerveux, bien
(1) Gazette hebdomadaire, imn iS^9, p. 390.
(2) Ces faits ne sont pas si nombreux; il nçn existait alors que trois, qui d'ailleurs se trouvaient en contradit^tion avec trois autres cas négatifs.
CATSES, SIÈGE, NATIHE. 6.(l7
blancs ot bien nourris, contrastaient avec r«!xi^Mnt(' du tronc et des divisions du nerf grand liypoglosse (1). »
J'ai vu chez Lecointe, dont M. (^ruveilliier ra[)[)orte ci-dessus l'autopsie, la langue diminuer de volume progressivement pendant deux ans, et j'at'linne (pi'il a pu faini mouvoir sa langue jusqu'à ce que les muscles en lussent entièrement détruits, avec d'autant moins de force, bien entendu, que la langue était plus atrophit-e.
Si M. Dumesnil avait eu connaissan(;e de ce fait, // aurait senti qu'il 11 y a pas de ra/)j)(>/-t en/re son cas de paralysie coinidète delà langue dont il a trourc, à l'autopsie^ les mmcles sains^ possédant leur volume normal, et l'atrophie graisseuse de la langue^ que l'on observe quelquefois dans la période ultime de r atrophie musculaire graisseuse progressive.
§ IV. — Causes, siège, nature et traitement.
Pour compléter l'étude pathologique de la paralysie progressive de la langue, du voile du palais et des lèvres, il faudrait connaître ses causes, le siège et la nature de sa lésion centrale; j'avoue que sur ces différentes questions je ne possède que des données ou obscures, ou insuffisantes, pour ne pas dire nulles.
I. J'ai recherché avec le plus grand soin, inais vainement, les causes possibles de cette affection. Une fois (obs. CXLVI) elle paraissait s'être développée sous l'influence de profonds chagrins. Dans deux autres casque je n'ai pas relatés, il existait, chez l'un, des accidents syphiliti(iues tertiaires, chez l'autre, un état rhumatismal, qui se traduisait depuis plusieurs armées par des douleurs rhumatoides générales. Dans aucun des autres cas, il ne m'a été possible de découvrir la moindre cause appréciable. La maladie est venue, d'une manière insidieuse, surprendre i)our ainsi dire les malades dans des conditions de santé qui présageaient une existence longue et heureuse. Qu'il me suffise d'en rappeler ici plusieurs exemples choisis parmi les observations qui ont été rapportées dans
le cours de ce travail. M. le comte de X (obs. CXLII) arrive à
l'âge de cinquante-six ans, sans avoir eu de maladies. Doué d'une forte et belle constitution, d'une force musculaire peu commune, il ne se rappelle même pas avoir eu la plus légère indisposition; son existence s'est écoulée heureuse jusqu'au moment où, sans souffrance et sans cause connue, il est surpris par cette terrible maladie. L'histoire des autres malades est à peu près la même. M. P
(I) Archives gniéralcs de mcdecindy 18*13, t. ï, p. 590,
().'i8 l'AK. Ml'. c. l'Ui'uii. 1)1, i,\ I vN(,i i:, i»r \(iii i: di i'm m i.i m- i,i;\iu;^. ((»l)s. ('\LI), ;»\iuil l()iij(nir> joui d'uiic lionne suite et diiiie ricluî (•i»n>>litiilii'ii, se i cliic des iillaii'es à l'à^<; de (iiiaraiit(j-c.in(j ufis, (îsprlant jouir de la Idrtimc considérahlc (ju'il a aiMass«''e. (Ve^t alors (|u'il est atteiiil, sans cansc; appi'éc.iahie, (l(^ rcUo nialadi»; dont personne n'a sonproiuu' la ^l'avile, et dont la terniinaison est talalenuMit prochaine, an moment on ](; snis a|>p('lé aui)r('S de* lui. D'un caractùrc lienreux, aimant la vie, h; vin, la hoimo chère, et f,'ontant tout ce cpii touche au palais, il pleure toujours de ne pouvoir avaler, (pioifju'il ait toujours l'aiu) et soif; il pleure de ne plus jujuvoir jiarler ; il pleure eu presseutaut sa fin prochaine, se sentant mourir, dit-il, seulement de faim.
La paralysie projjjressive delà langue, du voile du palais, est une mala(lie de l'âge adulte, du moins je ne l'ai observée que de quarante à soixanttf ans.
Cette maladie me paraît assez IVéquente, car j'en ai observé quinze cas dont sept en moins d'une année. Depuis la publication de mon nK'moire, dejiuis deux m.ois, quatorze nouveaux cas m'ont été communiqués par des confrères; ce qui fait un total de dix-neuf cas de paralysie de la langue, du voile du palais et de l'orbiculaire des lèvres.
11. Le siège périphérique de cette maladie est facile à connaître pour ce qui a trait aux troubles musculaires. J'ai démontré, dans l'étude des symptômes, ([u'ellcse localise dans les muscles moteurs de la langue, du voile du palais et de l'orbiculaire des lèvres, sans nier qu'elle s'éteiule quelquefois à quelques muscles voisins de ce dernier.
MaUieureusement il ne m'a pas été permis jusqu'à ce jour de faire une seule nécropsie dans cette maladie, les sujets que j'en ai vus mourir ayant appartenu à la pratique civile. Cette question reste donc à élucider. Elle ne peut tarder à l'être, car, ainsi que je l'ai dit plus haut, la paralysie progressive delà langue, du voile du palais, n'est pas rare, et, après la description que j'en ai faite, le diagnostic en sera lacile.
Tout le monde comprend qu'il faut, avant tout, étudier les cas simples : c'est pourquoi je ne tiens aucun compte du cas de nécropsie complexe recueilli par iM.Dumesnil, et dont il a été question dans le paragraphe précédent (§ lll). Ce fait, pour le moment, ne peut que jeter de l'obscurité sur cette question d'anatomie pathologique.
Peut-il exister une lésion anatomique centrale, soit anatomique, soithypérémique, soit dynamique quelconque, ([ui rende raison de la localisation des troubles fonctionnels périphériques ? Il faudrait pour cela que, dans cette espèce morbide, la même et unique lésion
IIUliRMKM V\n I.A FAUADISVTION. Q^f
iiitôressàt loiiioiirs à leiii' oiij^iiic, et cola sans s'«'U'iidie aux iierls ou aux filots : 1° le ^raiid liypo'.'lossc ; 2" les fibres niotriecs du voile du palais, qui provieiinciil (h; la bi'aiiclje motrice de la cinquième paire; ?)" les lilets moteurs de rorhiciilaire des lèvres et peut-être le piieumo^'astri(pj(; il est certes diliicile d'admettre une pareille localisation patliologicpic dans un point du centre nerveux.
Admettant cependant (pie la lésion morbide sié«:,'e réellement dans ces nerfs ou fil(;ts nerveux, comment expliquer (jue les muscles, animés par ces derniers, puissent être paralysés sans perdre leur contraclilitc'; ('lectricpie, tandis (pie, par exemple, ainsi (pie j(; l'ai démontr»', il suffit di; la i)his b'f^ere altération des nerfs mixtes et de lii septi(Mntî i)aire pour affail)lir ou abolir cette même contraction électro-musculaire? lu puis, pour quelle raison, dans cette espèce morbide, la h'sion anatomique affecte-t-ellctoujouis lesmuscl(is (jui président à l'articulation des mots et la déglutition? Toutes ces consi(l(''ralions font entrevoir les difficultés de la question anatomique à r(''sou(lre.
Quelle est la nature de cette maladie? Dans quelle classe de paralysie doit-elle être placée? Si elle n'offre pas de lésion anatomique, doit-on la ranger dans les névroses? Ce sont des problèmes dont la solution se fera peut-être longtemps attendre.
Traitement par la faradisation.
Ce n'est pas lorsque l'étude (^linicpie d'une maladie vient à peine de naître ([u'il est [)ossiblede porter un jugement sur la valeur de sa médication, quelle qu'elle soit. Toutefois, m'appuyant sur l'expérience déjà acquise, la faradisation (l(;s muscles afTectés, applitjuéeà temps, me paraît être un des meilleuis moyens à opposer à l'affection dont nous nous occupons. Les sujets auprès desquels j'ai été appelé en ont en effet éprouvé une amélioration plus ou moins grande, bien qu'ils se trouvassent alors dans une période très avancée de la maladie. Sous l'influence de cette médication locale, la parole est devenue rapidement plus facile, et ([uelquefois même la déglutition s'est améliorée. Ainsi la malheureuse femme dont l'observation a été rapportée ])récédemment (obs. CXLYI) ne pouvait, avant que la faradisation lui frtt appliquée, prononcer la moindre articulation ; elle avalait dilTicilement les liquides et les aliments solides. Après quelques séances, son état s'était amélioré au i)oint qu'elle articulait (piehjues mots ass(V- distinclement, (iuoi(iue avec infiniment de t>eine, et qu'elle avalait des aliments solides, des viandes
«iJO l'AlUI.^SIi; I)K I.A >^KI*TIKMK l'AllU;.
rrtlirs. ('.('lloaliiiieiil;ili<tii ri( lie cl solide ;ivait an^Inelll^'' ses lurces. Mais, liflas! il est tiop lard, a cm» jii^tM- par les laits ant('*ii('iirs : (;etl(; nialliciircnsc est voiuk; à inic mort ((U'iaiiic : dans (jiichjin's s<Mnaiiics sans doute elle [xh'ira, comme I(js autres, dans une syncope.
Appli(pié(iau début ou à une «''prxjue voisim; du début, la l'arafbsation i<U(''rira-t-elle cette maladie ou en arrètera-t-elle la marche ?Bi(Mi ([ue je n'ose res[)('!rer,cela n'est certes pas imi)ossiblc. Je ne conseillerai cependant pas de s'en tenir à ce moyen. Je crois au C{)ntrair(; (juc, même dès le début, on doit lui associer une autre médication énergicpie. Mais (juelle doit être cette UK-dication? c'est ce qu'il faudra rechercher, mémeempiriciuement.
CHAPITUE XVIII.
PARALYSIES MUSCULAIRES PARTIELLES DE LA TÊTE , DES ORGANES THORACIQUES, ABDOMINAUX ET GÉNITAUX.
J'exposerai dans ce chapitre les recherches électro-pathologiques et thérapeutiques (jue j'ai faites sur quelques paralysies musculaires partielles de la tète et des organes qui président à la phonation, à la respiration, à la défécation, à la miction et aux fonctions génitales de l'homme. Ces paralysies diverses feront le sujet de plusieurs articles sous les titres de : 1° paralysie de la septième paire; T paralysie des muscles moteurs de l'œil ; 3° paralysie du voile du palais, du pharynx, de l'œsophage et du larynx; U° paralysie du diaphragme; 5° paralysies du rectum, de la vessie et des organes génitaux de l'homme.
Je les ai réunies dans un même chapitre, parce que pour la plupart elles ne constituent pas, comme les paralysies décrites dans le chapitre précédent, des espèces morbides distinctes, parce qu'elles peuvent être symptomatiques de maladies différentes.
ARTICLE PREMIER