‹ De l'électrisation localisée et de son application a la pathologie et a la thérapeutiqueChapitre 56 sur 73 · DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC

dans l'article précndont. N'u-t-on pas vu, en ciïct, qiio la paralysie d(! ruii (les muscles moteurs de l'œil s(; montre (;onnne un des phénomènes initiaux de l'atuxie locomotrice progressive? Ce seul signe m'a suffi qu(;U|uerois pour annoncer, plusieurs années d'avance, l'iniminence de cette terrible aHeelion. N'a-t-on pas vu aussi, dans le chapitre précédent, la [)aralysie de la sixième paire précéder la paralysie alterne?

Cependant il me paraît (j(; l'ai déjà reconnu précédemment) que la paralysie des muscles moteurs de l'œil peut exister parfaitement isolée et limitée à l'un des nerfs de l'œil, que la cause en soit rhumatismale ou syphilitique ou ((u'elle soit même essentielle. Combien de livres, de brochures, de journaux, fourmillent de guérisons de ces espèces de paralysies locales ! Moi-même je crois en avoir obtenu un certain nombre et j'en rapporterai bientôt plusieurs cas. Mais aussi quelle est la valeur réelle de ces guérisons?

Lorsque je sais que la plupart des sujets atteints d'ataxie locomotrice progressive, — et ils sont nombreux, — ont passé par les mains des oculistes; qu'un certain nombre d'entre eux a été guéri, pendant un temps plus ou moins long, de la paralysie locale des nerfs moteurs de l'œil, paralysie qui n'était qu'un phénomène initial de cette maladie, paralysie qui revient tôt ou tard, combien je dois apporter de réserves, quand je dis ou quand je crois avoir, guéri une paralysie de l'un des nerfs moteurs de l'œil! J'ai rapporté, en eliet, un cas d'ataxie (obs. CXXII) dans lequel la paralysie de la sixième paire a guéri ou plutôt disparu temporairement (pendant plusieurs mois) jusque chi(| fois, pour se fixer définitivement. Et chaque fois que cette paralysie disparaissait, le malade en rapportait tout l'honneur à son oculiste! J'ai vu d'autres ataxiques qui se croyaient guéris depuis plusieurs années de leur slral)isme, et qui ne tardaient pas à en être de nouveau affectés pendant que je leur donnais des soins : exemple, un malade d'Anvers auprès duquel j'ai été appelé en consultation avec mes amis MM. Pidoux et Trousseau.

Si au moins il existait quelque signe qui permit de distinguer, à coup sûr, une paralysie purement locale des nerfs moteurs de l'œil? A l'époque où je publiais dans les Archives générales de médecine mon mémoire sur l'ataxie musculaire progressive, je croyais que tout strabisme ([ui appartenait au début de cette dernière maladie devait être compliqué d'amblyopie ou d'amaurose, et j'en avais fait un signe diagnostique différentiel du strabisme simple. 11 me faut, hélas ! renoncer aujourd'hui à ce signe diagnostique.

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OiisKRVATioN C-I. XVIII. — \'.n isno, j'ai vu un consiiilaliorj avec M. TroiisstMu, ruo (lauinarlin, ii" 23, un lliis-c, alleint depuis liuil ans d'une ulaxie progressive parfailonient (■araclûrisiu», cl dont la vue ôlail encoro exrollenlo dans cliarpje d'il, bien qu'il eût présenté au déhul de cette maladie une paralysie de la troisième paire droite, dont il avait été, disail-il, guéri depuis six uns par un liabile oculiste. Son strabisme, (juand il existait, n'était pas comi)liqué d'and)lyopie.

OusKRVATioN CLXIX. — M. Sée, médecin de l'hôpital des Enfants, m'a fait ai)peler, enISGO, chez un sujet affecté depuis six ans d'une alaxio musculaire progressive à sa troisième période, et (jui, au début, avait eu une paralysie de la troisième paire, dont il avait été, disait- il, guéri après six mois de traitement. Il lui était resté seulement un peu de faiblesse dans réiévation de la paupière supérieure. Mais il n'avait jamais eu d'amblyopie, et sa vue était encore très bonne au moment où j'étais appelé à lui donner des soins.

Aujourd'liui que l'on sait (jue les filets originels des nerls moteurs (le l'œil remontent assez haut dans la protubérance où ils s'entrecroisent, qui pourrait assurer qu'une paralysie bien localisée dans un de ces nerfs, et simple en apparence, n'est pas le début d'une paralysie qui plus tard s'étendra aux membres, soit du même côté, soit du côté opposé (paralysie alterne)?

En résumé, les faits et les considérations que je viens d'exposer démontrent qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de distinguer la paralysie simple ou parfaitement locale des nerfs moteurs de l'œil de celle qui est symptomatique d'une autre affection musculaire grave.

B. — Valeur thérapeutique de la faradisation localisée.

I. La faradisation localisée est quelcjuefois contre-indiquée dans le traitement des paralysies des nerfs moteurs de l'œil, bien qu'elle puisse être aussi, dans certains cas, d'une utilité incontestable.

Il est évident que personne ne la conseillera lorsque l'on aura quelque raison pour attribuer la paralysie à un travail hypérémi(jue, comme un ramollissement ou une hémorrhagie siégeant dans un point de la protubérance.

Si la paralysie est présumée ou reconnue de cause syphilitique, c'est-à-dire produite par une compression exercée sur le nerf, par une exostose ou par une tumeur, etc., c'est la médication spécifique qui, avant tout, est indiquée. Quelques cas de guérison de certaines paralysies syphilitiques par l'iodure de potassium ont été

VALErn TnÉRAPEUTIQUE DE LA FARADISATION LOCALISÉE. 697

piihlij^ dans ces (lernifTs lL'm[)s par les journaux do médecine. M. J.-Cli. Heyran a écrit une note inlén-ssanle sur la paralysie sypliililiipie de la sixiènxî [)aire. Il en rapporte six cas de guérisoii par l'iodure dv, potassium (1). Mais il jxMit ariiver (pie le traitement spécifique soit insid'lisant, (pi'il faille recourir alors à la faradisation pour obtenir la ^Miéiison, aiii^i cpie j'ai eu l'occasion de r()l)scrv<;r, outre autres, die/ un jualade (pii me fut adressé en 1856 par M. Gibort, médecin à rii(")pilal Saint-Louis. Alors la paralysie est analogue à une paralysie traumatique des nerfs, dans laquelle on voit, après la lésion do ces nerfs par compressi(m, par contusion, et lorsque celle-ci n'existe [)lus, la paralysie persister cependant, el guérir ensuite par la taradisalion localisée.

Dans un bon nombre de cas j'ai obtenu, parla t'aradisation localisée et en (luinzeà vingt séances, la guérison de paralysies des nerfs moteurs de l'œil dont la cause était restée inconnue et qui me paraissait simple. Je n'en fais pas la relation, parce que, ayant encore à traiter d'un grand nombre de matières, je suis forcé de me resserrer pour que mon livre ne soit pas trop volumineux. J'en rapporterai seulement brièvement une assez récente, et qui m'a été présentée par M. Dubois, doyen de la Faculté de médecine de Paris.

Observation CLXX. — Une demoiselle ôgée de vingt-quatre ans, d'une bonne santé habituelle, avait seulement des migraines depuis plusieurs années, et avait éprouvé tout à coup et sans cause appréciable, une diplopie, d'abord légère, et qui avait augmenté graduellement pendant quelques jours. En même temps son œil se tournait en dedans sans qu'il lui fût possible de le mouvoir en dehors. Des sangsues appliquées à la tempe et derrière l'oreille du côté paralysé, des vésicatoires promenés sur ces mômes régions, des purgatifs, enfin le sulfate de strychnine par la méthode enderntique, furent employés successivement sans produire aucune modification dans l'état de la paralysie. Trois mois après le début de cette paralysie, la famille se décida à la conduire à Paris, où iM. Dubois, consulté d'abord, me fit appeler à lui donner des .soins. Je constatai alors une paralysie de la sixième paire, et nous arrêtâmes, M. Dubois et moi, que la faradisation localisée serait immédiatement appliquée. Les résultats de ce traitement furent immédiats, mais progressits: en une vingtaine de séances, la guérison fut complète ; elle s'est maintenue jusqu'à ce jour.

C'est incontestablement à la faradisation localisée que Ton doit attribuer la guérison de cette [)aralysie, comme dans toutes les para-

(1) Union médicale j 7 et 21 juillet 1860.

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lysii's ilos licrls moteurs (U? rtril où je l'ai vue a^'ir de la même manière. Mais pourrais-je aflirmer que celte {^niérisoii est (h'îfiuitivc;, (jU(M()Ul est iini ; (jm^ (Uitte ^MK'rison n'a pas été un plieiiomè'ne initial d'une autre alTection musculaire et surtout de l'ataxie locomotrice pro^'rcssive? Hélas ! les faits pathologiques (pie j'ai exposés dans ce livre ne me permettent plus d'(!n répondrf!.

Procédé opératoire. — Quelques mots seulement sur le procédé opératoire. Une petite tige métallique (d'argent ou do maillochort) longue de 5 à 6 centimètres, d'un demi-miHim(;tre de diamètre, isolée par une couche de gutla-])ercha ou de gomme laque jusqu'à un centimètre de ses extrémités, dont l'une est terminée par une olive d'un millimètre de diamètre, destinée à être introduite sous l'une ou l'autre paupière, et l'autre par un bouton à vis (jui est mis en communication avec l'undes électrodes de l'appareil. — Tel est le rhéophore dont jemesuis toujours servi pour la faradisation localisée des muscles moteurs de l'œil (1). Le contact du bord libre des paupières avec tout corps étranger est tellement sensible, qu'il en provoque pres(|U(.' toujours des spasmes. Pour éviter ce contact avec le rhéophore, il sultit d'écarter la paupière du globe oculaire, en tirant sur la peau qui la recouvre et (|ue l'on pince entre le pouce et l'index, puis d'introduire sous la paupière ainsi soulevée et dont on évite de toucher le bord, l'extrémité olivaire du rhéophore, la concavité de ce dernier regardant le globe de l'œil. Alors on place ce rhéophore dans la direction du muscle à exciter en l'appuyant sur la surface de ce dernier. Je préviens l'opérateur que les commissures des paupières sont très sensibles au moindre contact, et que l'on doit éviter d'introduire le rhéophore par les angles interne et externe de l'œil, lorsque l'on veut porter le rhéophore sur les muscles droit interne ou droit externe. Le rhéophore, ainsi introduit sous la partie moyenne de la paupière, peut arriver jusqu'aux muscles quan.d il est dirigé obliquement d'avant en arrière, soit en dedans, soit en dehors. L'excitabilité de la région sur laquelle on opère commande la plus grande circonspection. Ainsi l'intensité du courant faible d'abord est augmentée graduellementet sans aller jusqu'à provoquer delà douleur; les intermittences du courant doivent être éloignées chacune d'une demi-seconde. Enfin le courant de la première hélice mérite la préférence, en raison de son action excitante sur la rétine.

(1) J'avais primitivement terminé ce rhéophore par une petite éponge, mais j'ai remarqué que ses aspérités irritaient la conjonctive plus que la surface polie delà petite olive; et d'ailleurs cette petite éponge est, dans ce cas, inutile.

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