‹ De l'électrisation localisée et de son application a la pathologie et a la thérapeutiqueChapitre 62 sur 73 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

paralysiks pautiklî.es des membres.

Considérations générales.

Je me propose d'exposer dans ce chapitre l'étude des paralysies partielles des muscles moteurs de l'épaule, de la main et du pied, quelle qu'en soit la cause ou à quelque espèce morbide qu'elles appartiennent.

CONSIDKUATIONS (;i;m;iiai.es. 7r)9

La comiaissaiice exacte* du l'acliuii iiHlividucllo et dos fonctions des muscles (|ui meuvent les nieml)res, connaissance qui découle (U; mes reclierches électro-physioloj^'icjues, jette un grand jour sur les mouvements pallioloyi(|ues et sur le mécanisme des dilVormités si nondjreuses et si diverses que l'on observe consécutivement à la paralysie ou à l'atrophie de ces nmscles.

Je vais essayer de l'aire ressortir l'utilité de ces recherches, en les appliquant à l'étude du diagnostic de ces mouvements pathologi([ues et de ces dill'ormités.

Bien (pie les faits de j)aralysies partielles rapportés par les auteurs aient une valeur incontt'slable, et qu'ils aient déjà jeté (pjelque jour sur leur étude, on ne peut nier qu'il règne encore une grande obscurité sur le diagnostic dijlérentiel de ces affections ; j'oserai même dire (ju'un certain nombre d'entre elles sont encore inconnues ou mal détinies.

Loin de moi la pensée d'accuser ici Te talent de ces observateurs qui, pour la plupart, se sont fait un nom célèbre dans la pathologie musculaire; mais il leur manquait le critérium dont je me suis .^ervi pour arriver à la connaissance exacte de ces maladies. On comprend que je veux parler de l'exploration électro-musculaire, de ce moyen qui permet de connaître l'état de chacun des muscles presque aussi sûrement ({u'avec le scalpel.

On n'attend pas de moi une description complète des alfections musculaires des membres, ce serait sortir des limites que je dois m'imposer. Je me propose seulement d'exposer rapidement les signes diagnostiques principaux qui peuvent servir à établir leur existence et à les dilférencier les unes des autres.

Je passerai en revue, dans ce chapitre, la i)lupart des paralysies ou atrophies de chacun tie ces muscli's et de chacune de leurs portions nmsculaires, quand celles-ci jouiront de fonctions spéciales, ce (^ui, au point de vue physiologiipie et i)athologi(pie, devrait les faire considérer comme autant de nmscles dilferents.

De même (ju'il ressort de mes recherches électro-physiologi(|Ues, qu'on ne peut conclure de la connaissance de l'action isolée d'un nmscle à la connaissance })art"aite de la fonction (ju'il est aj)pele a renq)lir (la fonction musculaire elant toujours le résultat d'une synergie d'actions musculaires), de uième, la connaissance de l'action isolée d'un muscle \w sullit i)as jjour établir les signes diagnosticpies de sa [>aralysie ou de son atrophie. Je iii'ii citerai tju'un exenq)le : le grand dentelé, dans son action iioli'e, eleve. on le sait, le moignon de re[)aule en lai.sanl tourner le scapulum sur .M)n angle interne; il porte aussi le scapulum en masse en avant. Qu'on

7r>() i'\iui,vs!is pvnriKii r.> r)i:s mi-miiufs.

cil (Icci-ivc (lotir l;i p:iralysi(' on rati'opliic d'aïu-rs la roïiiiaissniiro (le CCS pliciioiiMMics ! On vrrra Iticiit*'»! (lu'il laut îiu'llrf* s\ iirr;,'i(jiiemnit m iu lion ce nuisclc et le dclhudc, en t'iiisanl «'Icx* r le hras, j)oiir i\\\v. son (Idaut d'action se; dc'cclc. Je ponri'ais clioi>ii- d'antros c\cn)i)l('s dans les nmsclcs luotcnrs de la rnain on dn pied. Ayant ete a nièine d'oh^ei-ver nn 1res i;rand iioiiihn^ de paralysies ou d'atrophies locales de ces nuiscles, j'en ai cornpi'is 1(î jn"canisnie, •;ràee à mes recherches électi'o-pljysiolo^itpies. ('/est de la connaissance de ces tails piilholo^iipics seulemeiil (]ue je tirerai les signes (li;ii;iiosti(pies des paralysies et des atro})hies locales (l(,'s nienilTres. Qu'un mouvement n'ait pas lieu, ou ])ar suite de la dcstiuction du muscle «jui |)i'ési(le à ce mouvement, ou p;ir suite de sa paralysie, le résultat est toujours le même. En coiiS('Hpienco, les trouhles tonclionnels (pi'ou observe dans les difTérents mouvements des membres, serviront é^'alement à la si-méiologie des atropliies ou des paralysies des muscles (pii les meuvent. Miiis je dois dire rpi'il n'en est plus toujours de mè:nc pour les difformités occasiouFiées ])ar l'altération (h; la contractilité tonique, soit dans l'atrophie, soit dans la paralysie. Il ressort en effet do ])lusieurs faits bien ('l)servés, cpic dans la paralysie sans altération de nutrition, la contractilité tonique des muscles paralysés, bien que dimirmée, est encore assez grande pour maintenir le membre dans sa position normale. En voici la preuve: un malade avait perdu les mouvements de tous les muscles (jui meuvent l'épaule sur le tronc et le bras sur l'épaule ; mais après six mois de maladie, ils étaient à peu près aussi développés que du côté opposé. Eh bien ! ces mômes muscles n'avaient pas perdu leur force tonique, qui maintenait l'épaule dans son attitude presque normale; le côté malade était seulement plus abaissé en masse que le côté sain, par le fait de la pesanteur du bras. Rapprocliez ce cas de ces atrophies qui portent également sur un grand nombre de muscles qui meuvent et fixent l'épaule, et vous verrez que, dans ces derniers cas, ratro[)hie du trapèze occasionne, outre la chute du moignon de l'épaule, un écartement de 10 centimètres du bord spinal du scapulum, et un mouvement de bascule de cet os, qui porte l'angle inférieur en dedans et en haut en le faisant saillir sous la peau ; que l'atrophie du rhomboïde détache du thorax tout le bord spinal du scapulum. N'est-il pas permis de conclure de ces considérations que, s'il est vrai que la paralysie et l'atrophie des muscles de l'épaule occasionnent les mêmes troubles fonctionnels dans les mouvements volontaires, il faut bien reconnaître aussi que l'atrophie musculaire ou la perte de la tonicité produit, en outre, des attitudes vicieuses du

r.ONSlDl'HAÏlONS (.l;\KUAt.FS. 7()l

scai)iiliim |)cn(l;iiit l(! r<'i)()s mu.-ciilaiic. Ces misons nron.^a^îont à lie clioisii" alors j)()m' sujet (l(! mes desci'iplions (|iie des atrophies musculaires en i;(''ii(''ral, et siiitoiit pour les rimsclcs moteurs de l't^paule. Les similis dia^Miostiipies tirés de l'attitude des metnbres, à l'état de repos, seront piiiicipalemeut applicables à l'atrophie musculaire, et ceux (pii sont fournis par la perle des mouvements volontaires se rappoiieront ('f^'alenient à cetl(; (h'rnièi'e alïéclion et î\ la paralysie sim|)le sans :iti'ophi(».

Ce cliapitre sera (livis('' en ii'ois aitieles: le premier sera consacré aux paralysies ries muscles moteurs de l'épaule sur le tronc et du bras sur l'épaule, le second aux paralysies des muscles moteurs de la main et le troisième aux paralysies des muscles moteurs du pied. Forcé de me resserrer, je présenterai ces études sous forme de résum(\ sacrifiant les faits patholo-^ifiues nond3reux et des plus intéressants (pii en forment la base.

Dans l'exposition de ces études patliolo^icjues, je rappellei'ai toujours les faits physiol()gi(jues fondamentaux mis en lumière par mes recherches électro patholoj^iques, et sans lescpiels on ne saurait comprendre les troubles fonctionnels, o'jcasionnés par les paralysies partielles des membres et les difformités qui en sont la conséquence.

La lliérapeuti(pie de ces paralysies partielles ayant été exposée dans les chapitres consacrés aux différentes espèces morbides qui produisent ces paralysies partielles, je n'aurai plus à y revenir.

Possédant exactrment le mécanisme des mouvements pathologiques et des déformations consécutives ii ces paralysies ou à ces atrophies, il m'a été permis d'imaginer des moyens prothétiques nouveaux qui, en rétablissant l'écpiilibre des forces tonirjues deS(iuelles dépend la conformation ou l'attitude normale des membres, préviennent les déformations et en n.éme temps viennent en aide au traitement de la lésion musculaire et principalement à la faradisation localisée. Les appareils dans Icsipielsje me sers de la force élasticpie, employée bien avant moi dans la pratique, sont construits d'ai)rès les données fournies par mes recherches électro-physiologi(p]es sur l'action propre des muscles; c'est seulement ce (|ui en constitue la nouveauté. J'en ferai connaître les principes elles applicationsdans un appendice intitulé : Prothèse musculnirc^ après avoir exposé l'étude des [taralysies partielles des membres.

/'*»- ATlUMMIIi: Kl P.Ml.M.YSII-; DKS MISCI.KS DK I 'il' AlIE.

Ainicij-: i>iU':>iii<:h.

ATROPiriE ET l'AI'.ALYSIE DKS MUSC.LKS MOTKL'RS 1)K 1/kI'AULE SUR LE rnONC ET DU IIRAS SUR l/ÉPAUI,E (1).

§ i. — Atrophie ot parnl^^Mic du trapèze.

A. — Portion claviciilnirc (lu Ir.-ipèzc.

Les signes (li;ii;ii()sli(ni('s de la |).»raly>i(; de la poilioii claviculaire sont lacilcs à recoiniaîlre. 11 snllit de provofiucr un cllort d'élévation volontaire des épaules ou une grande ins[)iration pour le voir entrer en conlraelion.

La portion elaviculaire (respiratrice) du tia|)éy.e peut [)erdre la laeulté de se mouvoir sous lintluence de la volonté, alors (pi'elh; conserve encore celle de se contracter instinctivement dans les grandes inspirations.

(lette proposition ressort de laits patliologicpies dans lescjuels j'ai observé consécutivement à la lésion des plexus cervical et biacliial, l'impossibilité d'élever directement les épaules, tandis cjne la j)ortion elaviculaire du trapèze se contractait «'iiergicpiement pendant les grands efforts d'inspiration.

J'ai constaté, au contraire, que, dans ceilains cas, la i)ortion respiratrice du trapèze ne se contracte plus instinctivement pendant les grands mouvements inspiratoires, alors même (ju'elle se contracte sous l'inlluence de la volonté.

D'autres lois, enfin, j'ai vu à la suite d'une plaie contuse du cou qui avait intéressé quelques filets nerveux, la portion elaviculaire du trapèze ne se contracter ni pendant l'élévation volontaire de l'épaule ni pendant les fortes inspirations.

J'en ai conclu, que pour que la portion elaviculaire du trapèze soit entièrement paralysée, il faut que les deux nerfs qui l'animent (le nerf propre du trapèzeet la branche externe du spinal) nelui apportent plus l'aliment nerveux.

B. — Portion élévatrice (tiers moyen) du trapèze.

Le premier signe de la paralysie ou de l'atrophie de la portion moyenne du trapèze, c'est l'abaissement du moignon de l'épaule pendant le repos musculaire. Pour que le parallélisme normal du bord spinal du scapulum soit dérangé, comme dans la figure 99, il

(1) En 1853, j'ai présenté aux Académies des sciences et de médecine de Paris un mémoire intitulé : Recherches éleclro-phijiiologicjues el pathologiques sur les muscles de l'épaule. Ce mémoire a été publié dans la première édition d2ce[livre. Paris, 18oo, p. 275 et suiv.

AinoPllIE ET PAUALYSIK DU TUAPÈ/.E. 763

jaiit (lue la portion uioytniiL' du trapèze et surtout le laisceau qui s'attache à l'acroniioii soient coiiipléteineiit détruits. Ce niouvenient de bascule est plus {^rand , lors(|ue la portion inlérieure de ce muscle, qui retient, on le sait, Tanj^de interne du scapuluni abaissé, est également atro[)liiée. C'est ce cjui était arrivé chez le sujet représenté par la ligure 99. IV-ndant le repos musculaire, et lorsque ses bi'as ton)bent sur les côtés du tronc, le moignon de l'épaule du côté malade est plus abaissé, l'angle intérieur B tlu scapulum est plus élevé et plus rapproché de la ligne médiane, le bord spinal de cet os est oblique de dedans en dehors et de bas en liant. Le mécanisme de cette dillormité a été exposé dans les études physiologie) ues. Je rappellerai seulement qu'alors le scapulum est pour ainsi dire suspendu par son angle interne A, auquel s'attache l'angulaire, comme un triangle par son sommet. L'élévation volontaire de l'épaule est encore possible, mais elle est limitée et se lait avec moins de force. Alors la portion inspiratrice du trapèze se contracte avec plus d'énergie et semble vouloir remplacer le

tiers moyen du trapèze, sa portion élévatricc, qui est atrophiée ; elle est aidée dans cette action par l'angulaire de l'omoplate. Quand l'élévation volontaire de l'épaule rencontre de la résistance, elle se lait encore avec assez d'énergie, malgré l'atrophie de la portion élévatricc du trapèze, grâce au concours puissant du tiers supérieur du grand pectoral.

L'attitude du scapulum, consécutivement à l'atrophie complète de la portion elévatrice du trapèze, ollre (luehjue analogie avec la contracture du rhomboïde. J'exposerai \yAV la suite le diagnostic diflérentiel de ces deux alléclions nuisculaires (chap. XVlil).

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