‹ De l'électrisation localisée et de son application a la pathologie et a la thérapeutiqueChapitre 69 sur 73 · DIS SPASMES · texte numérisé non relu

DIS SPASMES

S II — ¥nl«*iii' (!<' I<> fiiriidisfitii»!! l«i«>:ili«»i'M' ilnns Iv trnltviuvnt <|4* I» «•c»iilriictiir<'- l<li<>|iiiflii(|ii«-.

L;i cnutriiclnrc accoiiHKignc (jiichiiicrois le iliumati.siiK; iniisculaiic. J'ai vu la (aradisat'Kni culaDéc, j)rati([n(''c iocu dolenti. Taire (lisparailre cette contrac^tun? en nièiiuî t{'tn|)s (jik; la doulenr. Aussi eoMscilIcrai-je son aj)[)!i('ati()n dans les torticolis par cauî^e rliumalisniale, même pondant la période d'a(;nité.

C'est snrtoMt lorsquj.' la eonlraetnrc se pr(''sente avec un caractère ambulant, et peut menacer la vie en se poi'tant sur des organes essentiels à la vie, (pu; la farad isalion cutanée, énerj^i(picni('iit prati(]uee, ]ieut rendre de grands services. Ainsi, dans le cas observé par M. Valette, et dont j'ai exposé l'observation, page /i89, la contracture s'était jetée sur le diat)hragme, après s'être promenée sui' diverses régions du corps. On sait (pi'uncî asphyxie prompte a été la conse(pience de cette contracture. Eli bien ! dans un cas pareil, la faradisation cutanée, qui, en quelques secondes, enlève au moins })ourun certain temps le rhumatisme musculaire, sauverait probablement le uialade, si elle était pratiijuée énergi(iuement à l'épigastre et sur la base de la poitrine.

Lorsque la contracture idiopathique d'un muscle est arrivée à une période moyenne entre l'état aigu et l'état cbronique, c'est-àdire, lorsque le muscle n'est pas encore rétracté, on peut espérer d'en obtenir la guérison, en plaçant ses antagonistes dans un état de contracture artificielle, au moyen de la faradisation localisée, prati(iuée avec des intermittences rapides. C'est principalement dans le torticolis de l'épaule et du cou que j'ai appliqué ce traitement avec succès.

On se rappelle que dans un cas de contracture de la face, rapporté précédemment (obs. CXI.VII, p. 692), j'ai rétabli l'harmonie entreles deux c(Més du visage en coiitracturant les muscles du 'côté sain au même degré (jue du côté malade. La possibilité d'obtenir la contracture artificielle d'un muscle sain par la faradisation, possibilité démontrée par cette expérience, fit naître dans mon esprit l'idée d'opposer, dans le torticolis, la contracture artificielle, obtenue par le même moyen, à la contracture pathologique, et de faire disparaître les difformités produites par la contracture en rétablissant l'équilibre des muscles qui meuvent l'épaule.

A. Cette idée fut appliquée pour la première fois chez la jeune fille affectée de contracture des muscles rhomboïde et angulaire dont j'ai rapporté l'observation, page 880. (La figure 176, dans

THAITKMKNT DE LA CONTll VCTCUE PAU L\ lAllADISATloN LOCAI.ISK i;. 919

la(|uolle on voit l'altitude vicieuse du srapnlum produite par la contracture du rlioniboide, rappellera ce lait vt la ([ueslioii de dia- ^'uostic dilVcicnticI à larpielleil a donné lieu.)

Observation CCXI. — Guth-isun d'une conlraclnrc dn rhomboïde dntanl dr deux 'ins, par la furadisatiun à intcrmillvnces ra/)/tirs du faisceau radié du grand dentelé.

Voici commenl jo fis celte expérience on présence fie M. Bouvier. Me proposant de ramener l'angle inférieur D, figure 174, au niveau de celui du côlé sain, je dirigeai le courant d'induction sur le faisceau radié du grand dentelé, muscle antagoniste du rhomboïde, et bientôt le scapulum reprit son altitude normale.

Alors nous vîmes, M. Bouvier et moi, disparaître la tumeur B. qui sié-

FiG. I7i. — Avant le traitement.

FiG. 175. — Après le traitement.

geait en dedans et au-dessus du bord spinal de cet os; le toucher n'y sentait plus aucune dureté. La séance dura huit à dix minutes. Sitôt que j'interrompis le courant, la difTormilé reparut sans avoir été modifiée. Je renouvelai pendant un mois, trois fois par semaine, cette excitation localisée dans le grand donlelé, sans obtenir le moindre résultat. J'allais renoncer à ce traitement, quand il me vint à la pensée de changer le mode d'application au(iuel j'avais eu recours jusqu'alors. En etTet, pour éviler à

920 SPASMKS.

1.1 |u'lilt' m.ilailc (1«'S sciisalioiis (loulourcii-os, j'avais cxcilt'î son ;:ran(l dcnlelé avec un courant à inlrrniillenccs assez éloi^^'néos (nno ou deux luUtvmillonccs par soconde), tandis (pio c'était avec un courant très rapide, comme je l'ai déjà dit, (pic j'avais réussi anlérieuremenl à produire la con- Iracliire arliliciellc d'un muscle. Je dirigeai donc un courant d'induction très rapide sur lo grand dentelé dAglaé; cette opération fut très douloureuse; mais après la séance, (pii fut très courte (cpjatre ou cinfj minutes), une amélioration sensible se manifesta; langle inférieur du scapulum, (jui avait été ramené à sa position normale, remonta moins vivement, et resta environ 2 centiniètres plus bas (pie précédemment.

Lo lendemain, Tamélioration obtenue la veille s'était soutenue, et après une nouvelle excitation plus longue, avec un courant aussi raj)ide et aussi intense, l'omoplate descendit encore d'un demi-centimètre.

Ces résultats ont été si rapides et si imprévus, que j'en ai été presque contrarié ; car je voulais présenter cette malade à la Société de médecine avec sa ditformilé complète (1).

La figure 175, dessinée d'après nature immédiatement après le traitement, représente l'attitude des épaules d'Aglaé: on voit que la guérison a été complète. La guérison s'est parfaitement maintenue.

Ce tait démontre de la manière la plus complète que l'on peut guérir la contracture d'un muscle en lui opposant la contracture artificielle de son antagoniste, produite à l'yide d'un courant à intermittences rapides et dirigé sur son tissu. Le muscle dont on a augmenté ainsi artificiellement la puissance tonirjue agit à la manière

(1) Cette jeune Glle offrait aussi depuis une année un chapelet de ganglions légèrement engorgés dans la région cervicale. Je les Os disparaître à l'aide de la faradisatiou cutanée sur celle région. En 1851, je préconisais déjà, comme excellent moyen de faciliter la résorption de certaines adénites rebelles, ce mode de traitement que j'avais expérinr.enlé avec succès. Je citai même plusieurs cas d'engorgements sous-maxillaires rebelles, assez volumineux, que javais guéris par Texcitation électro-cutanée. J'avais fait ces expériences dans les services de MM. Andral et Martin-Solon [Archives générales de médecine, t. XXV, p. 304). Pour pratiquer celle faradisatiou cutanée, je recomposais les courants à la surface de répiderme, au moyen de rhéophores métalliques secs, ou à surface plane, ou terminés eu pointes, ou sous forme de fils. Dans ces divers procédés, les courants qui se recomposent entre le rhéophore et l'épiderme sont dérivés en plus ou moins grand nombre, et plus ils sont divisés, par exemple comme avec les rhéophores métalliques à larges surfaces, moins ils sont douloureux. Les recherches que M. Boulu a faites sur ce sujet dans ces derniers temps, et dont il a communiqué les résultats aux Académies des sciences et de médecine, ne sont que la conûrmalion des faits que j'ai annonces eu 1851.

TRAITEMI'NT I)K LA CONTRACTUUE 4'AU l.\ I AllADISATION LOCALISÉE. 921

il'iiii appareil ortliopiullipie «pic l'on placerait au inenibi'c iiilViriciir pour s'opposer à une (léCoriiiatioii occasioniKn; par une contraction musculaire. On ("Otiçoit (pie clie/ notre jeun(; malade, aucun appareil n'aurait pu ramener le scapulum à son altitude normale.

Voici, en résumé, la relation dune seconde ex[)érience (jue je fis dans un nouveau cas de contracture du rhomboïde, et (jui se termina aussi par une «^'uérison rapide. (J'ai c()mnjuni([U('3 ce fait à la Société de médecine de Paris, en octobre 1852.)

Observation CCXII. — Conlraclure du rhomboïde occasionnant une nllitude vicieuse du scapulum. — Guérison par la faradisalion à inlermitlences rapides du faisceau radié du grand dentelé.

Louise Henry, âgée do treize ans, d'une bonne conslilulion, n'a en aucune maladie grave dans son enfance. Jamais elle n'a éprouvé de douleurs, ni dans le cou, ni dans le dos. Cependant un médecin qui, en 4 850, l'a soignée pour une bronchite, remarqua, d'après le dire de la mère, que lépaule droite ne présentait pas une conformation normale, et prédit que, si Ion n'y prenait garde, la jeune fille resterait difforme. La mère n'y fit aucune attention, et ce n'est que vers le mois d'octobre 1 852 que, voyant la difformité beaucoup plus prononcée, elle commença à s'en inquiéter et conduisit sa fille à l'hôpital des Enfants. M. Guersant conseilla de recourir à l'emploi de la gymnastique, qui fut appliquée pendant un mois sous la direction de M. Laine. La mère, ne voyant aucune amélioration se produire sous l'influence de ce traitement, alla consulter M. Bouvier, qui reconnut une difformité semblable à celle du cas précédent, produite également par la contracture du rhomboïde. Cet honorable confrère, en m'adressant celte jeune malade, me fournit l'occasion de mettre à l'épreuve la nouvelle méthode de traitement qu'il avait vue si bien réussir. Je reU'ouvai alors chez elle les phénomènes qui caractérisent la contracture du rhomboïde et qui la dislinguent de la paralysie du grand dentelé, phénomènes qui étaient exactement les mêmes que ceux quo j'avais observés chez la jeune Agiaé (voyez leur description et la discussion du diagnostic différentiel de cette difformité, de la page 880 à la page 896). L'attitude de son scapulum était à peu près la même que dans la figure 156, seulement l'angle inférieur était un peu moins élevé.

Je dirigeai un courant à intermittences rapides sur le faisceau radié du grand dentelé, et l'omoplate reprit immédiatement sa position normale.

Pendant tout le temps que durait l'excitation du muscle grand dentelé, le toucher constatait la disparition des saillies dues à la contracture du rhomboïde et de l'angulaire; on sentait distinctement, à travers 1 épaisseur de la

9'J2 srAS!»i+:s.

prnu, (1M(^ les f.ii^^cc.iMx de ces imi^cli'S (Miiicuil rclAcIn'-n. I/opriMlion diin» do Iniit il dix miimlcs, nprcs l<»S(jii('INv>^ l'oinoplnlo rc|)riL son ancirniio allitndc, avec (•<*t!(« diiït'Mcncc, lotilrfois, (pic l'anode iniïMiciir dévi»' icrnfinla un (•(Milir!i(Mr(' moins liiiiit qn'avaiil la laradisalioti ; celte séance avail licii lo '20 déccmbro. Le londeiiiaiii, (•(•ttc améliorai ion s'élait mainleniie, et, iipros une seconde opération, l'ani^dc; iniï^rieiir dc^sccndil encore d'un cenlim«Mn>; enlin, ai>re'i une troisième séance, qui eut li(;u h; 22, roinoplale avail rei)ris son altitude normale. Ainsi, trois jours ont encore; suffi pour amener la guérison dans ce nouveau cas. — La jeune liile a élé revue deux ans après, la ^'uérison s'élait parfaitement maintenue.

On a compris, sans doute, (|U(; ce n'est pas ccniine un exemple de contracture conséeiitivc à un rhumatisme niusciilaire (|uej'ai rapporté cotte observation, })uis(|ue la cause de la contracture est restée incoimue. .le l'ai rapprochée de la précédente, seulement pour mieux (Hahlir la vaUnir de la nouvelle méthode de traitement qui consiste à t'aradiser les muscles anta^j^onistes des muscles contractures.

Depuis la ]>ublication de ces deux faits, j'ai obtenu, par la mémo méthode de laradisation, trois nouvelles ^uérisons de contracture du rhomboïde, l'une con.sécutive à une chorée, l'autre produite par un refroidissement, et la troisième de cause et de nature incommes. Ces contractures étaient assez anciennes et avaient résisté aux médications ordinaires.

B. A l'époipie où je venais d'obtenir par cette méthode de traitement les deux premières guérisons de contracture du rhomboïde ci-dessus relatées, j'eus l'occasion de l'appliquer au torticolis par contracture de la portion claviculaire du trapèze, représenté dans la tigure 160, p. 891.

J'ai démontré, on se le rappelle, que, dans ce cas, l'attitude vicieuse de la télé et l'impossibililé de la faire tourner de gauche à droite dépendaient delà contracture de la portion claviculaire du trapè^.e, dont on voyait la corde tendue et dont on sentait la résistance. En présence de cet état local, alors que tous les moyens si variés avaient échoué jusque-là, j'essayai démettre le faisceau musculaire antagoniste de la portion claviculaire contraclurée dans un état de contracture artificielle, en dirijzeant sur lui un courant d'induction à intermittences rapides. Ce n'était certainement pas le sternocléido-mastoïdien gauche qui pouvait vaincre la résistance de la portion claviculaire du trapèze droit. On sait, d'ailleurs, que le père de la jeune fille l'avait vainement excité, et qu'il n'avait obtenu de cette tentative qu'un peu plus de flexion eu avant. Je dirigeai alors un courant à dose modérée sur

THAITKMKM I)K I.A COMUACmiK PAU I.A KAHADIS ATION I.()(;aI.I>KI;. 02.';

le faisceau ( laviculaiiti du Irjiptvo sain, c'est-à-dire du côté ;:aucJie, et j'ol)lins à l'instant un mouvement de rotation assez considérahlo de la lôte de gauche à droite. L'attitude plus normale de la tête, qui résulta de celle opération, ne se maintint pas; néanmoins ses mouvements de latéralité furent possil)les dès les premiers jours, et, après quelques nouvelles excitations électriques, (Jirigées de la môme manièie, les mouvements de rotation de la tète devinrent do plus on plus étendus, et son altitude fut pins satisfaisante. Aujourd'hui, la verticale de la tète se rapproche davantaire de celle du tronc. On comprend que celte verticale ne pourra reprendre sa direction normale qu'avec le temps ; car le corps des vertèbres a dû éprouver une certaine dépression latéralement et dans le sens de rinflexion de la portion cervicale.

C'est en 1852 que j'ai coiimiuni(jU(' ce fait à la Société de médecine de Paris; depuis lors la contracture n'a pas reparu.

C. J'ai obtenu dans trois cas la j^uérison de la contracture de l'un des splénius par la faradisation à courants rapides du splénius opposé. Je vais en rapporter un exemple remar(|uable.

Observation CCXflI. — Contracture du splénius et de l'cuKjulaire de Vowoplate du côté droit, datant de l8o2, consécutive à un spasme fonctionnel dit cram[)e des écrivains. — Guérison de la contracture par la faradisation du muscle antagoniste, et persistance de la crampe des écrivains.

Guérin (Matthieu), soixante-deux ans, caissier, rue do N'erneuil, .'i.3, est bien |)orlant habituellement. Il aeu seulement une fièvie typhoïde en I8lt. Il n'a jamais eu d affection rhumatismale ni de douleurs rluimatoïdes. En 4 852, il commence à éprouver âvs crampes dans la main droite, chaque fois qu'il a écrit pendant un certain temps (une ou deux heures). L'écriture était alors moins neile et moins rapide. De la douleur et de la fatigue se faisaient sentir dans le pouce et l'index, ce qui le forçait à serrer fortement la i)lume, et alors la fatigue s'étendait dans tout le bras. Ces contractures n'étaient pas provoquées par les autres usages de la main. Six vésicatoires ont été appliqués successivement sur le bras, du poignet à l'épaule, et ensuite des douches de vapeurs aromatiques ont été données, et tout cela sans résultat. Malgré la difficulté qu'il éprouvait en écrivant, il n'en a pas moins continué son état de caissier, qui nécessitait une correspondance très active. Les crampes ne revenaiei\t pas lorsqu'il n'écrivait pas.

En 1854, impossibilité de maintenir la i)lume de la main droite; elle lui échappait des doigts, et, s'il voulait la retenir, les crampes len empêchaient. Depuis lors, il n'a plus écrit que de la main gauche. C'est à celte époque qu'il a commencé à éprouver des spasmes dans l'épaule droite et dans le cou,

y-J/l SPASMES.

avor (li)uIiMirs (jiii survenaient d'iilioid (]Uiin(l il écriviiit, (jui (inl ini^'incnlù |)ro;;irssivenu'nl, cl qui soiiUdcveiuiiis c.onlinucs. Peiidanl la inarclio ou la station, i(v^ conliiicturos se sont exaspérées. \u\ \ Soi, il a été forcé de cesser ses fonctions d'écrivain et de caissier.

En décembre 1859, il so présente à la cliniiiue de M. Néhilon, f|iii mo la adressé.

Voici co que j'ai alors constaté (voy. la figure 176). La tôlo est inclinée on arrière et à droite ; en même temps elle a tourné sur son axe. L'épaule droite est un peu plus haute. Le tronc est un peu penché en avant. Lo splénius droit est gonflé et dur, ainsi que l'angulaire de l'omoplate.

Bien que la contracture de ces muscles existe d'une manière continue depuis 1 854, le sujet ressent de temps à autre des spasmes dans quelques autres muscles moteurs de la tôte et de l'épaule, spasmos (jui augmentent pendant la station et la marche, au point qu'il est forcé alors de soutenir sa tête avec la main. Quelque effort qu'il fasse, il ne peut tourner la tête de droite à gauche, ni l'incliner en avant. Cependant je puis faire exécuter mécaniquement ces mouvements de la tête, mais d'une manière incomplète. Si je lui fais repousser de droite à gauche ma main appliquée sur le côté gauche de sa tète, sa contracture cesse, et il recouvre en partie les mouvements de sa tète. Les muscles contractures et les parties voisines sont le siège dune douleur constante. Pas de saillie des muscles sterno-cléidomastoïdiens, ni d'autres reliefs musculaires indi(iuant l'existence d'autres contractures.

Trailemenl. — Le 1 2 décembre 1859, j'ai faradisé avec un courant à intermittences rapides le splénius gauche (antagoniste du muscle contracture), en plaçant un rhéophore humide un peu au-dessous de son attache supérieure, ayant soin d'éviter la portion claviculaire du trapèze, le second rhéophore étant appliqué au niveau de son extrémité inférieure (dans ce point le trapèze qui recouvre le splénius est aponévrotique, de telle sorte que le courant qui traverse cette aponévrose arrive directement au tissu de ce dernier muscle). Après quelques minutes de cette excitation, la contracture disparaît progressivement, et la tête tourne peu à peu de droite à gauche. Cette première séance n'a duré que huit minutes, et le malade a pu tourner immédiatement la tête à gauche et l'incliner en avant et à gauche ; mais ces mouvements étaient très limités. Le sentiment de roideur douloureuse qui existait à droite, au-dessous de la nuque, avait presque entièrement disparu ; mais cette amélioration n'a duré que quelques heures. La seconde séance a été suivie du même résultat, et le mouvement de rotation de ia tête avait encore gagné en étendue.

Après la cinquième séance, la contracture n'est plus revenue, la tête s'est redressée ; la marche et la station n'ont plus provoqué de temps à autre que de faibles spasmes dans les muscles auparavant contractures. Cepen-

TRAITEMENT DE I-A CONTRACTIUK l'Ail [.A l'MlADISATIoN I.OCAI.lSKK. 025 dont lus niouvumciils de rotiilion cl d'inclin.'iison hilnido cl gauclio do la lôte ne jouissent pas encore do leur étendue normale, et il est évident que l'obstacle à ces niouvenienls no dé[)end plus d'une résistance musculaire. Je fais alors porter l'appareil à extension élastique suivant (voy. la fif?. 1 76) : une bande lar^(; de quatre travers de doigt est fixée soliiJeinent au front ; à ce frontal sont attachées, par leurs extrémilés supérieures, deux autres bandes terminées en bas par deux forts ressorts de bretelles, l'une en avant et à gauche, et l'autre en arrière et à gauche, de manière qu'en tirant sur ces deux bandes à la fois, mais un peu plus sur celle qui est attachée en avant, la UHe est inclinée latéralement et en arrière, en mémo temps qu'elle tourne de droite à gauche. Alors leurs extrémités inférieures sont fixées au côté gauche du pantalon, à l'aide de boutonnières espacées de telle sorte que l'on puisse régler l'action de chacune d'elles. Grâce à cet appareil, dont la tension a été augmentée graduellement, les

mouvements do la tôle à gauche et en avant sont devenus de j)lus en plus étendus. La faradisation, pratiquée deux fois par semaine, a été continuer pour combattre les légers spasmes du splénius et de l'angulaire, qui reviennent de temps à autre. Aujourd'hui, après la quinzième séance, le malade peut ôlre considéré comme guéri.

En somme, la guérison d'iino contracture ancienne (datant de cinq ans) des muscles splénius et angulaire de l'omoplate, consécutive à une crampe des écrivains, a été obtenue par la laradi.-atinn à intermittences rapides des muscles antajjjonistes. Un appar(Ml à forces élasti(iues, agissant en sens contraire des muscles contractures, a complété la guérison, en allongeant progressivement les brides qui étaient dues à la longue attitude vicieuse de la tète.

Quant à la crampe des écrivains, elle n'a subi aucune modilication sous rinlluence de la faradisation.

926 M'ASMKS.

Kii résume, il est drinontn' |>;ii* les fails (|iii vimiuMit <l'»Hre ex- |H)srs, i\\n' la laïadisalion à iiiUMiiiillciiccs liipidcs, loiialisj'c dans les imisclcs ;iiiliif;()ni.stc'> de cimix <|in sont conlrattlun'S, a ^Micri la (■niiliMcdirc idi()|iatln({iic rliutiiatoidc ou i\r <-aus(; iiicoiiiiut;, alors iin'iiK' (|U«'11(; «'lait anivc'c ii la période de cliioiiicité et ({u'elU; avait lu'sislt' à d autres inédic.atioiis.

Le temps seul et une expérimentatiou laite sur une plus lari^e eelielle, nous ap[)rendront au juste dans «jnelle proportion cette méthode de traitement peut guérir la contracture i(iioi)atirK|ue. Je puis dire, toutefois, d'après ma propre expérience, (ju'elle j^uerit souvent, car je n'ai eu (juiî trois insuccès sur une vin^^taine d<; cas, et à ceux-là je pourrais ajouter plusieurs autres guérisons obtenues par M. Debout, et qui ont rU' i)ul)li(''es dans le IJiiU':tin de tltérapeutique.

La méthode de traitement que je viens d'exposer (la iaradisation des muscles antagonistes) n'a pas produit, en général, de modilication appréciable dans les contractures hystériques, où je l'ai expérimentée; qucikpielois même elle les a aggravées.

L'excitation eleclro-cutanée praticjuée au niveau des muscles contractures m'a paru préférable dans cette espèce de contracture. Voici, en résumé, un exemple remarquable de guérison rapide de contracture hystéri(iue des masséters datant de deux ans.

OnsERVATioN (XXIV. — Une demoiselle anglaise, âgée de dix-liuit ans, chloro-aiiémique, mal réglée, hystérique, affectée d'une coniraclure des massélers, m'a été présentée en 1859 par M. le docteur Campbell, ancien chef de clinique de la Faculté. Celte coniraclure avait apparu deux ans auparavant sans aulre cause appréciable qu'un état hystérique. Comme elle rendait l'alimentation difficile, on lui avait fait construire un appareil qui lui maintenait les mâchoires légèrement écartées et qu'elle devait conserver constamment pendant la contracture, pour faciliter son alimentation avec des bouillons ou avec des potages. La chloroformisation faisait disparaître le spasme, qui revenait aussitôt après ; aussi n'y avait-on recours que pour placer l'appareil qui permettait ralimcntation. La contracture avait disparu plusieurs fois spontanément pendant plusieurs semaines et avait reparu de même ; mais elle durait depuis plus de six mois, lorsque cette jeune personne me fut présentée. Elle n'était pas douloureuse et n'occasionnait que de la fatigue dans les mâchoires. Enfin cette contracture s'était montrée rebelle aux différents traitements conseillés par MM. Campbell et Nélaton. J'ai pratiqué la faradisation cutanée au niveau des masséters contractures pendant quelques minutes, et cette contracture, qui n'avait pas cessé un

TUAIIKMENT DE LA (!( )M IIACI IIU; l'Ail LA lAU Abl.-A llO.N LOCALISÉE. 927

seul instant depuis plus do six mois, di>piMut immc'diiilL'ineiil sous l'itillueiicfc de l'excitation ûlectro-culance, vl ensuite lu maladie put prendre (ies aliments solides. Mais le surlendemain la contracture des ma-^éters reparut et fut do nouveau eide\é(î par la laradisation cutanée. Dejuiis lors la contracture des masséters n'a plus reparu.

Une autre niélliode, la yalvanisalion des muscles contractures par courants continus, a clé préconisée dans ces derniers temps par iM. Keinak. Cet observateur a adressé à l'Académie des sciences de France une note sur ce sujet intéressant. Voici comment j'ai a[)précié ce travail en 185() (1), et comment je le juge eiu^ore aujour- <riiui :

« Je suis heureux d'avoir à reconnaître que les recherches de .M. Hemak sur l'action des courants continus applicpu'^s au traitement des contractures sont jdeines d'intérêt et d'avenir. xMais il est à craindre que ces recherches ne soient compromises par les exagérations de l'auteur, comme cela lui est arrivé dans les expériences qu'il a répétées récemment en présence de la commission de notre Académie des sciences, expériences qu il me paraît avoir faites sans aucun discernement. Jusqu'à ce jour, xM. Kemak ne s'était fait connaître dans la science qus par ses travaux en physiologie et en micrographie. Son début prouve qu'il ne possède aucune connaissance pratique en pathologie, condition essentielle pour atteindre sûrement un but thérapeutiipie quelconque. Ainsi, il est évident pour le médecin ^ue toutes les espèces de contractures ne peuvent être modifiées par les courants continus. Il serait absurde, par exemple, de prétendre guérir ces contractures que l'on observe consécutivement a certaines hémiplégies, et qui sont symplomatiques d'une lésion analomique du cerveau. Il importe donc de poser, avant tout, le diagnostic exact de cliaque espèce de contracture, (juand on veut apprécier la valeur d'un nouveau moyen thérapeutique proposé pour les combattre. Or, c'est ce (jue n'a pas fait M. Remak, qui, s'il avait appris à distinguer les cas dans lesquels les courants continus sont inapplicables, ne se serait pas exposé au cruel désappointement qu'il vient d'éprouver devant l'Académie de France (2). »

Depuis (piehiucs mois seulement j'ai conimiMice ces recherches expérimentales sur l'application dcscoui'anls continus aux contrac-

(1) Revue médicale. Pin\s, 13 (lécombro is:i(;.

(2) A l'ocrasiou du traitement delà |)ar,il}.sie cons(^rulivp à riiéinorrhapie r^rcbrale, j'ai fait ressortir le danger et l'iiuililitc do l'emploi des couraiils routinus dans le traitement des contractures qui compliquent celte espèce de paralysie (voy. p. 372\ C'est sculcnicnl dans les contractures idiopafhiciues que les courants font applicables.

92S SPASMIS.

turcs i(li()|);illi'M|ms, <'l jiis(|ii'à prrsciit elles n'ont pas cncorr' justilié nies t-spérances. ,\v. nreinprcssi' toulclois «le «lir<! (jue mon ami IM. Araii, (pii ^U' son enté etiulie à riy")pital Saint-Ant(»ine r;i(li()M tliêraïK'Uticpio des romanis eontinns (il se sert d'une \n\v- composée de iS à 12 j;rands éléments de Daniell), a j^uéri j)ar eell<* inélliodiî de galvanisation une conliacture assez. aMcii-niie du ^'land pectoral. Je crois (pie ce cas aurait i)u également guérii- |)ar la métlioile (pie je préconise (la faradisalion des muscles antagonistes convenablement appli(iuéeet avec un bon appareil). J'ai, en efiet, obteim un résultat sendjlable dans un cas analogue et bien plus ancien.

Observation CCXV. — Un jeune garçon de quatorze ans avait depuis deux ans el demi le bras collé au corps et (Jans la rotation en dedans, par la contracture des muscles grand pectoral, grand dorsal et sous-scapulaire. Cette contracture continue, qui était douloureuse, a été guérie par la faradisalion à intermittences rapides du deltoïde el du sous-épineux.

Admettant, ce que je n'ose pas espérer d'après mes propres expériences, que les contractures guérissent ausbi bien par les courants continus (jue par la laradisation des muscles antagonistes, cette dernière méthode me parait encore préférable à la première, parce qu'elle est plus commode pour la pratique, en raison de la simplicité des appareils de faradisalion comparativement aiix piles (de Daniell ou de Marié Davy) nécessaires à l'application des courants continus.

ARTICLE II

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