‹ De l'électrisation localisée et de son application a la pathologie et a la thérapeutiqueChapitre 70 sur 73 · SPASME FONCTIONNEL ET PARALYSIE MUSCULAIRE FONCTIO.NNELLE · texte numérisé non relu

SPASME FONCTIONNEL ET PARALYSIE MUSCULAIRE FONCTIO.NNELLE

J'appelle spasme fonctionnel et paralijsie musculaire fonctionnelle y une affection caractérisée, soit par des contractions pathologiques continues, douloureuses ou indolentes, soit par des contractions cloniques ou des tremblements, soit enfin par une paralysie; affection qui se manifeste seulement pendant l'exercice de certains mouvements volontaires ou instinctifs, et qui peut siéger dans toutes les régions. C'est ce que je vais démontrer par des faits dans les courtes considérations suivantes.

A. Le spasme fonctionnel peut établir son siège dans toutes les réqions^ ou affecter un grand nombre de mouvements volontaires ou instinctifs. — Le spasme qui est provoqué par l'abus d'une fonction musculaire, et qui ne se montre que pendant l'exercice de

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cette loiiclioli, a re(;ii primitivcnientcii AlleinagiH; le nom daSc/ireiO^'- /trfntij)/', (|\ii si^Miilic crm/tpc dus écrivaiys. C'est sons cette derjiière (lénoniiiiiitioi) (lu'il a ('tr décrit en ri'aiicc. (l(j:>(leux déiK-niiiKitioiis, (loiHHH.'s j)ar tons les iiutenrs ([ui ont ('Ciit snr cette singnlièrc maladie (1), [)i()n\c'nt déjà ((u'elle st; localise sonvenldans les muscles (le la main et snitont dans (îcnx (jni conlribncnt à l'action d'écrire.

Tantôt, en ellct, c'est un des mnsclcs (jni piN'sident aux mouvements partiels des phalanges, qui est aiïecté.

Observations (XXVI et CCXVII. — Ainsi, j'ai observé un a-ent de change chez hupiel les deux dernières [)halan^es de l'index se lléchissaient pendant (|ue la première s'étendait sur le premier métacarpien, dès (pi'il avait écrit (lueUjues mots, .l'ai vu, au contraire, un em[)loyé du ministère (h; la L;uerre dont les deux premiers doigts s(î |)laçaient dans uneattitiide opposée, c'est à-dire cpie la premièi'c phalange était lléclne, tiuidis (pie les deux dernières étaient dans l'extension. Les nouvelles notions électro-musculaires apprennent ([ue, dans le premier cas, l'afléction si(^geait dans les muscles fléchisseurs et (jxtenseurs de l'index, tandis que, dans le second, elle existait dans les interosseux de l'index et du médius. — D'autres fois les muscles ([ui sont atteints, sont ou les supinateurs ou les pronateurs.

Observation CCXVIII. — J'ai observé deux malades dont la main exécutait un mouvement de supination sitôt (ju'ils avaient tracé un mot; de sorte que le bec de leur plume regardait en l'air sans qu'ils pussent s'y opposer.

Ce spasme n'affecte pas seulement la main et les écrivains, comme l'indique son nom ; il peut se montrer dans toutes les régions et atta([ue principalement les mouvements lonclionnels dont on a abusé. J'en ai observé de nombreux exemples dont je ne citerai qu'un petit nombre.

Observation CCXIX. — J'ai traité, en 1855, un tailleur dont le bras tournait violemment en dedans, par la contracture de son sous-scapulaire, d(>s qu'il avait fait quehiues points. Il n'éprouvait jamais ces troubles l'onction nols i)endant l'exercice de tout autre mouvement.

Observation CCXX. — A côté de ce cas j'en placerai un autre analogue. C'était un maître d'armes dont l'humérus, du côté qui

(1) Les aulPiirs qui ont écnl sur coUo affcclion musculaire sont : MM. Albert (denonn'i, lleifolder (de Saint- Pélorsbourg}, Kapp (de Hanau), Cazenave Me Bordeaux), Laugenbeck (de Berlin), et Slromeyer. (Ces dcu\ derniers ont pratiqué la t(?aotomie dans la crampe des écrivains.)

DUCUENNE. 59

<);J0 SPASMKS.

tenait 1 «[h'c, loiiniait en dcditiis sil(')l ((u'il se iin'tl.iil rn j^.irdr. Il m'avait cl»' présente; |»ai' M. Ii«;l)le(l, anci(;n djel' dr (liiii(jiie de M. Uo^lan.

OusiaiVAiioN CCAXI. — Kn janvier ISi) 1, nn onviier ferblaiilier »,'est présenté à nui p()ly(lini(pu; pour .v'y iaii'e traiter d'nne sin{,'Ulière alVeetion .spasnii)di(pre (|ui Tempèeliait de travailler. Lorscju'il vent planer une plaqne (I(î nielal, le dellouhr et le biceps (\\i fiienibrc supérieur «pii lient le marteau s(; contraetuienl (hjulonreuscmtnit. Ce spasme tonc.ti )nnel ne se montre (jue pendant ce •^(îure de travail.

Obseuv.vtion CCXXIL — J'ai vu un tourneur ch(;z le(pH;l les tléchisseurs du pied sur la jambe se eontracturaient dès (pj'il l'appliquait sur la planche pour faire mouvoir son tour, (cependant, ee phénomène n'apparaissait pas dans les mouvements de la marche ou dans les autres mouvements volontaires.

Obskkvation (XXXIII. — M. le professeur Andral m'a dit avoir été consulté, en 1855, par un monsieur de Houen, dont la tète se tourne à droite par la contraction des nmscles rotateurs, lorsqu'il veut lire, jusqu'à ce qu'il ait rejeté son livre. Ce monsieur est également atteint de la crampe des écrivains. Il aime passionnément la lecture et en a abusé toute sa vie.

Obsekv.vtion CGXXIV. — Un savetier éprouvait les mêmes contractures dans les rotateurs droits de la tête, et dans quelques muscles de l'épaule droite et de la face, dès qu'il se mettait au travail. Obseuvation CCXXV. — J'ai été consulté en 1855 par un savant qui avait passé plusieurs années à traduire des manuscrits. Depuis six mois, quand il lisait ou regardait fixement un objet, il éprouvait les accidents suivants : sa vue avait toujours été bonne et n'était nullement troublée, quand son regard était vague ; mais quelques secondes après que ses yeux s'étaient arrêtés sur un objet, il voyait double. Il était facile de constater alors que ce phénomène morbide dépendait de la contracture spasmodique du droit interne de l'œil gauche, contracture qui cessait dès qu'il ne regardait plus fixement.

Observation CCXXVÏ. — Un étudiant de Strasbourg, M. V..., se préparant à passer ses examens pour le baccalauréat, s'était livré à un travail forcé et contiiui. Cette trop grande contention d'esprit et les efforts qu'il faisait pour vaincre le sommeil provoquaient, disait-il, un serrement douloureux dans ses tempes, son front et ses yeux ; ce qui l'avait forcé de discontinuer ses études. Il ne pouvait se livrer à la lecture sans en être empêché, bientôt après, par le retour de ces phénomènes morbides dont il m'a rendu témoin. J'ai

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<îonstat('; (|u'al()rs ses sourcils étaient élevés par la contracture des frontaux, et (jue ses paupières se (eruiaient par la contracture des orl)i(îulaires ; (jue sa lace s'injectait et que ses veines temporales étaient i^onilées. Cet état a duré |)lusieurs années et n'était provoqué que par la lecture. Ce jeune honnne, ([ue je n'ai pu guérir, s'est tui'î de désespoir.

Je rapporterai bientôt l'iiisloire d'un paveur (ohs. CCXXXIV) dont les deux sterno-nia>toidiens se contracturaient i)en(lant la contraction instinctive des muscles qui maintiennent la tète en é(piilibre entre la flexion et l'extension. Cette contrac^ture était telle (jue sa tête se fléchissait avec une force extrême. 11 sulfisait que sa tête fût appuyée pour (pie la contracture cessât. Jamais, en eflét, celle-ci n'apparaissait, lorsqu'il (Hait couché ou renversé, la tét(i appuyée sur le dos d'un fauteuil.

J'ai constaté aussi une contracture fonctionnelle, analogue dans un dessterno-mastoidiens, chez une demoiselle. Mais je reviendrai sur ces deux faits, quand j'en serai à la question thérapeuti(jue.

Voici maintenant un cas de névrose des mouvements inspirateurs (le plus curieux que j'aie observé), (|ui me parait pouvoir être classé seulement dans les spasmes fonctionnels. Je n'en rapporterai que le sommaire.

Observation CCXXVII. — En 1859, j'ai observé chez un curé de campagne les troubles suivants dans le mécanisme de la respiration : A chaque inspiration, tout le côté gauche de son abdomen se tend et se déprime, i)en(lant ([ue du côté gauche l'épigastre est soulevé normalement. M. Gimelle, membre de l'Académie de médecine, qui me l'avait adrcîssé, avait diagnosticpjé une paralysie de la moitié droite du diaphragme, dont j'ai rap[)orté des exemples dans mon mémoire sur les fonctions de ce muscle; mais cette paralysie n'était qu'apparente: ce trouble de la respiration était dû uniquement à la contraction spasmodi(iue et douloureuse des muscles de l'abdomen du côté droit, et surtout du grand oblique. A chacpie inspiration, en effet, on sentait ce nmscle se durcir; on distinguait même, à travers la peau, (jui était très amaigrie, la direction de ses faisceaux contractures. Ce spasme était si violent, que le tronc en éprouvait, à clKupie inspiration, un mouvement de torsion de droite à gauche. Il (Hait douloureux; c'était une V(''ritable crampe (]ui durait tout le tem[)s de l'inspiration. Ce conflit entre les muscles inspirateurs et expirateurs s'o|)posait au développement de l'épigastre et de la partie inférieure du thorax, du côté droit, et conséquemment à l'expansion du poumon. Il en résultait ([ue la respiration était extrêmement gênée et que le malade étouf-

\)?)2 SI' ASM F s.

f'.nl l()njoiii-s Celle iiJVccrKMi «'-lait ;i|.yn''li(ni<'; (•'('•laii niic ii.'viosr (|ui. depuis deux MHS, r<'sistMit ;i loiiles les liK'dicatidiis (1).

Kii r<'siiiii(', les laits (iiic je viens d'exposc r (N'iiioiili'eiit <|iic \(* spasMR' loiicliormcl jx'iit ('tahlir }^(ni siéfic dans nii ^'raiid ii()iMl)rf» de reliions, el alïeclcr les nionveriu'ids vidonlaircs on les fiiouvonieiils iiistiiiclifs.

\\. /.(' s/Kismr fonrtioinif'f lù'sf pas fjntJoKrs inir rriniipn. — On doiiru.' W nom de (•r(tinj)(' à nue eonlraclion ninscnhiirc palli()l(»;^i(ine continue, in\()lontairo et donloureuse. Souvent, il est vrai, le spasnne lonetionnel est une eontraetun; locale, ([ui dure tant (pio le malade n'a pas suspendu le mouvement pendant lequel ce pliénomèiio se l)ro(luit seulement. J'en ai cité jjIus liant plui^ieurs exemples; mais assez IVéïpiemment ce sont des tremblements ou des contractions instantanées, comme clonicjues, plus ou moins fortes, qui troublent la fonction d'écrire, et (pii ne surviennent que pendant rexeicice de cette fonction. J'en possède une dizaine de cas que je regrette de ne pouvoir rapporter tous, faute d'espace. Je n'en relaterai (ju'un seul.

OnsKUVATiON CCXXVIII. — TrernUemont des écinvnins. — M. X..., avocat, âgé de vingt-six ans, grand et de tempérament nerveux, irritable, écrivant environ trois heures par jour, fut pris dans le courant de janvier 1860, de tremblements dans la main droite, avec difficulté dans la formation des lettres. — Après quelque temps d'insistance pour écrire , l'écriture devenait plus facile, et alors M. X... pouvait écrire lisiblement, mais très lentement. — Ce tremblement n'a fait qu'augmenter, au point qu'aujourd'hui, au mois d'août, après sept ou huit mois, il ne peut plus écrire. W éprouve un tremblement irrésistible dans le doigt annulaire et le petit doigt. 11 sent le mouvement commencer par les fléchisseurs de l'avant-bras, envahir la main, et alors toute tentative pour écrire devient infructueuse; et le tremblement augmente avec l'insistance

(t) La faradisation cutanée Ct d'abord disparaître pendant quelques heures ce spasme fonctionnel de la respiration. Mais bientôt ce modiGcateur fut sans action. La faradisation des muscles de l'abdomen du côté opposé produisit un résultat analogue. Je noterai ici que, dès que la contraction artificielle du grand oblique gauche était pratiquée synergiquement avec le spasme de celui du côté droit, Tabdomen était déprimé des deux côtés, et le tronc ne tournait plus de droite à gauche. Mais lorsque le spasme du côté droit avait cessé, la faradisation énergique du grand oblique gauche imprimait au tronc un mouvement de torsiou de gauche à droite. Je dus bientôt renoncer à ce mode de traitement dont l'action modificatrice fut bien vite épuisée. Enfin, la faradisation dirci te et à intermittences rapides des muscles affectés a été également appliquée sans succès.

SPASMK l'DNCTIONNKL l'A' V\\\\L\ME MU.SCUI.AlUli FONCTlONNi:!.!.!:. [):j'S

(ju'il incl il vouloir écrire. L'idée même d'écrire seinljle favoi istr le trc'mbhiiiiciit, (jui aiijj;ment(; aussi lorsqu'on le regarde écrire; la luaiu et l'avaut-hras sont agités d'un uiouvement spasmodicpie, et il est obligé de suspendre son travail. — Aujourd'iiui il lui est impossible d'écrire un seul mot, et cette occu|)ation est poui* lui la source d'une {i^randc exiîitation. — Les moyens propres à fixer la main, la compression, les frictions avec le cblorulornu!, les a[)|)lications de moi'[)lnne sous la peau, n'ont produit aucune amélioration. — Le re[)os le plus absolu observé dei)nis (juatre seujaines n'a [Xis non plus apporté le moimlie clian}^ement, et ce jeune liomme se voit réduit à apprendre à écrire avec la main yauclie. — Le trembl(;ment n'est provoqué i)ar aucun autre usaj^e manuel 4iue celui d'écrire.

C. La douleur n'accoinijugnc pas toujours les trcuOlcs fouclioiintls que je viens de déerire. — Quelquefois la douleur provoquée par la fonction est vue névralgie temporaire.

L Un graïul nombre de malades m'ont dit n'éprouvir aucune .souffrance, aucune sensation comparable à celle de la crampe. Mais tous ont accusé delà Catiguedans le membre alVecté, lorscju'ils ont voulu persister à exécuter les mouvements volontaires ou instinctifs pendant lesquels avait lieu le désordre fonctionnel dont il est question.

IL Non-sculeuient le spasme t'onctlonnel n'est pas toujours ilouloureux, mais, ([uelquefois, la douleur provoquée par l'exercice de la fonction est une sorte de névralgie temporaire. En voici un exemple :

Observation GCXXIX.— Mademoiselle U..., pianiste d'un grand talent (premier prix du Conservatoire), ne i)eut jouer quehjues minutes sans ressentir une douleur des plus vives dans le membre supérieur droit, le bras et Tavant-bras. Voici conmient cette douleur se développe. La force de sa main droite commence à s'a(faiblir, puis il survient une douleur (|ui augmente graduellement, qui parait suivre le trajet du médian et remonte dans fi^paule; douleur enfm qui force mademoiselle U... à abandonner le piano, mais ([ui dure seulement (pielques minutes et ne revient cpie Uirsqu'elle est provocjuée par ce même exercice. Cette douleur fonctionnel le ne siège pas d;nis un nuiscle; je n'ai pas même vu un seul muscle se conlraclurer. Mademoiselle U... avait voulu, disait-elle, se fortifier la main en s'exerçant sur un piano dont les touches étaient très dures. C'e>t à la suite de cet exercice cpi'esl survenue l'alVeclion ([ueje viens de relater, (jui date de plusieurs années et qui, jusqu'à ce jour, a résisté à toutes les médications. ?

9 'Ml s PAS mi: s.

III. //r.rrfc/cc (le icrtdtns nidi/rrt/icnfs lut/diifitircs produit (jurhjnafiiis/u jnirdljjsit' tfinjHnaiif (i un <m d'- plusicuj's des inu%i:lcs <im (unfuurvnt à ces iiuiurcincnts. Celle iKiruhjsic finirhotniel le affecte lis mèiifs muscles que le s/tusnie fouet iunnel. — Voici un lait |)iitli(>l()^M(|iw* <jui (Ifiiionlrc rcxadiliKlc de (M-ttc jn'opositioii.

OiisKuvATioN CCXW. — M. locliaiioino X. .,, secrétaire de mon Rei;:neur l'ôvi^liic (If Nevors, vint me consiillor on 1852 jtour iino alTection nuisculairo (jui lenip^^chait d'ôcrirc, et [)ar conséquent de romfjlir ses fonctions de secrétaire. Je n'exjioserai pas les accidents nerveux, généraux, qu'il éprouva pendant plusieurs aiinée:=. et dont il paraissait, du reste, guéri. J'en viens tout (le suite à l'afTection pour laquelle il recourait à mon expérience spéciale. Il n'avait jamais éprouvé la moindre gêne ou faiblesse dans les mouvements des doigts de la main, de l'avant-bras sur le bras, ni môme de celui-ci sur l'épaule, lorsqu'cn iS'il il conmiença à ressentir de la CaLigue dans l'épaule droite, principalement au niveau de la région scapulaire, lorsqu'il avait dû faire une correspondance un peu longue. (]ette fatigue alla dès lors en augmentant. Il suffisait pour la produire que M . X. .. écrivît quelques lignes ; alors il lui était impossible de continuer sa correspondance. « Lesdoigts, me dit-il, dirigeaient parfaitement la plume : mais dèsque celte fatigue survenait, après avoir écrit un ou plusieurs mots, la main et l'avantbras semblaient cloués au bureau. >= Un certain temps de repos rendait à M. X... la faculté d'écrire quelques lignes; puis bientôt apparaissaient les mêmes Iroubh^s dans les mouvements. M. X... me rendit plusieurs fois témoin de ces phénomènes en écrivant sous mes yeux, et je constatai que^ lorsqu'il avait tracé quelques lignes, il lui était impossible de faire tourner son bras de dedans en dehors, et en conséquence de mouvoir dans la même direction son avant-bras fléchi sur le bras. Aussi devait-il, après chaque mot, tirer de la main gauche le papier de droite à gauche pour écrire le mot suivant.

A la suite de cette obst.Tvation rapportée dans la précédente édition (p. 45), j'ai fait les remarques suivantes: « M. X... était atteint d'une variété de la maladie connue sous le nom de crampe des écrivains, qu'il serait tout aussi juste d'appeler quelquefois pa~ ralysie des écrivains, et dont le siège était, dans ce cas, dans le muscle sous-épineux (1). » Depuis lors, j'ai été consulté par plusieurs malades qui, après avoir tracé quelques mots, se trouvaient arrêtés tout à coup, ne pouvant plus mouvoir les doigts, ils n'éprouvaient cependant ni contracture, ni spasme musculaire.

(I) J"ai expliqué antéricurcniint, le mécanisme des troubles fonctionnels occasionnés par la paralysie du sous-épineux.

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Obskuvation CCXXXI. — J'ai vu aussi un t<iieiir do livres chez qui l'adducteur du pouci; <''lait Irappc d'iiKMlic après avoir «''crit une lij^ne ou deux, au point (jue la plume lui loinhait (l(;s uiauis. Il ne pouvait écrire qu'en plaçant sa plume entre l'index (;t le médius, et en la conduisant d'après la méthode américaine, O.'pendant, ce muscl(! adducteur pouvait se contractcM- énei'^Mcpiement toutes les fois qu'il ne s'aj,MSsait pas de tenii- la plume pour écrire. J'ai i)arfaitemtMit analysé ce phénomène, et j'at'lirme qu'il n'«\i>,iait chez, lui aucun spasme musculaire.

L'existence de la paralysie fonctionnelle est donc incontestable. On s'étonnera que les auteurs qui ont fait une étude spéciale du spasme fonctionnel dit crampe des écrivains, aient méconnu ce phénomène morbide.

B. — Nature de la maladie.

Est-elle périphérique, c'est-à-dire limitée au muscle dans lequel se manifeste le trouble fonctionnel? Les centres nerveux envoientils normalement l'agent nerveux aux muscles, et l'excitabilité ner- Yeuse de ces derniers serait-elle seulement tantôt augmentée et tantôt diminuée ou perdue pendant l'exercice de certains mouvements volontaires ou instinctifs.

Ou bien existe-t-il un point des centres nerveux qui, surexcité ou épuisé par l'exercice souvent répété de certaines fonctions musculaires, tantôt fait une décharge nerveuse trop considérable et produit la contracture de ceriains muscles, tantôt leur envoie la force nerveuse irrégulièrement et occasionne des tremblements et des mouvements convulsifs, tantôt enfin cesse de leur envoyer la force nerveuse, et tout cela seulement pendant l'accomplissement de ces mêmes fonctions musculaires ?

Le mécanisme du trouble fonctionnel que je cherche à expliquer doit être l'un des deux derniers. J'avoue que je ne suis pas actuellement en mesure de résoudre cet important problème. Cependant, rationnellement, je penche pour la seconde hypothèse (celle qui fait dépendre les troubles fonctionnels d'un état morbide quelconque d'un point des centres nerveux). Comment, en effet, admettre qu'un muscle serait plus surexcitable et se contracturerait ou s'agiterait convulsivement, ou qu'il aurait perdu son aptitutle à réagir sous l'intluencede l'excitant nerveux, quand il aurait à remplir certaines fonctions, tandis qu'il se contracterait normalement pour toutes les autres fonctions? Il ne répugne nullement, au contraire, de supposer que la perturbation règne dans l'acte nerveux central. Celte

03() SI'AS.MKS.

liypollit'sc inc j):uiiit |)r(S(iiH' jusliliôc p;ir r(»l)S(;rviilion patliolo- ^'u\\n' Kii cIVcl, i';ii vil (l.'iix sujets (|iii, ii«; pouvant plus «'crirc do la iii.nii (lioilc, à cause d'iiiie coiilracturu existant, dicz l'un dans le rnnd pronalenr, et chez l'autio dans les muscles de l'éininence lliénar, s'étaient exerec'S à <''crire d(! la main j^anclic avec assez d'habileté, niaiscpii, a[)iès un ceilaiii temps, furent atteints «de contracture spasmodiipn.' ducùti* ()j)post''. Chez l'un d'eux, le rond pronateur se contracturait connue celui du coté droit.

Ces laits ne tendent-ils pas à démontrer (pie l'excitation volontaire, souvent répétée par telle fonction, a non-seulement produit, à la longue, un état morbide dans un t)oint donné de la moelle, mais qu'elle a étendu son action sur un point voisin et similaire de la moelle? 11 faut, en outre, admettre, pour le développement de cette maladie comme pour toutes les autres, une t)i'édisposition particulière ; car une foule de yens abusent, par exemple, delà plume, sans être atteints pour cela de ce (jue l'on appelle la cramijc des écrivains.

On ne sait rien encore sur l'anatomie pathologique de celte affection musculaire; mais il est [)robable ([u'elle ne laisse ai)rès elle aucune trace matérielle de son existence.

Eu résumé, les faits et les considérations exposés précédemncient démontrent, comme je l'ai dit au connneucement de cette note, qu'il existe une maladie caractérisée par un spasme douloureux ou indolent (contracture, contractions cloniques, tremblements), ou par une paralysie musculaire; que ces troubles se manifestent seulement pendant l'exercice de certains mouvements volontaires ou instinctifs; enfm, qu'ils peuvent siéger dans des régions fort diverses.

La dénomination de crampe des écrivains donne une idée inexacte et incomplète de cette maladie. Celle de spasme fonctionnel ou de paralysie musculaire fonctionnelle me paraît plus propre à désigner les différentes formes de cette affection, et indique qu'elle est provoquée seulement par l'exercice d'une fonction musculaire quelconque.

Lorsqu'un individu ('prouve quelques troubles fonctionnels en écrivant, on ne manque pas de diagnostiquer une crampe des écrivains. iMais est-ce un spasme ou une paralysie? Dans quels muscles Taftection s'est-elle localisée? C'est ce qu'il importe de reconnaître.

SPASMK FONCTIONNKI, KT l'AUM.YSIi: MrSCir.MUK FONCTIONNEI.I.F. Oli?

On ])eut aHinii(M' (|iie non-sciilenit'iil la tornic paralvlKHic n'a pas (''l('; roconimo, mais encore; (|iie Ut diagnostic local rfa point encore été fait exactement pour les muscles (pii meuvent les plialanges. Il ne pouvait l'être, par cette raison que la physiologie des mouvements de ces phalanges n'était pas connue avant mes rechei'ches électro-pljysiologi(pies sur la main. Avec les notions qui découlent de ces recherches, rien ne sera plus facile à faire dorénavant que le diagnostic local, et l'on en compi'end l'itnportance, (piand il est indi([ué de diriger une action thérapeutique sur les nmscles affectés.

La maladie vient-elle à troubler une autre fonction cpjc celle d'écrire, son diagnostic est moins facile à établir. Elle a été juscju'à présent, dans ces cas, confondue avec des affections d'une antre nature. Je rapporterai bientôt, comme exemples, plusieurs cas de spasmes Ibnctionnels, localisés dans le sterno-mastoidien de deux côtés et d'un seul côté. Les caractères extérieurs de cette affection sont exactement les mêmes que ceux du torticolis ordinaire. Aussi ces alfections, d'une nature si dill'érente, sont-elles iacilement confondues : cela est arrivé dans les cas (|ue j'ai observés; on verra cependant combien leur diagnostic intéresse le pronostic et consé- (juemment le traitement. Le seul signe distinctif cjui empêchera toute erreur, c'est que le spasnie fonctionnel et la paralysie musculaire fonctionnelle se manifestent seulement pendant l'exercice d'une fonction, connue l'indictue le nom que je leur ai donné.

D. — Pronostic et Iraitcnjcnt.

Le pronostic de cette affection est fâcheux, car elle résiste généralement à toute espèce de traitement, et même, je dois le (h'-clarer tout de suite, à la thérapeuti([ue faradique, (juel (pi'en soit le mode d'administration. En effet, sur trente ou trente-cinq cas (pie j'ai soumis à la faradisation localisée, dans l'espace d'une douzaine d'années, je n'ai obtenu que deux succès. Je vais relater ces deux cas heureux.

Observation CCXXXIÏ. — Spasme fonctionnel de Vextenscurde V index chez une (Icuriste, datanl de quatre à cinq mois. — An' sthësie de la main. — Guérison, en quelques séances, de ce spasme, par la faradisation des muscles lésés.

Madame Lorey, âgée de quarante-neuf ans, denunirant à Paris, rue Meslay, 31, cxerçanlla profession do fleuriste, avait éprouvé, en I8;)3, des engourdissements dans les doigts de la main gauche, et avait conservé une

O.iS M'ASMI.S.

ani'slh(''sio inromplôto dos trois proniiors doigts. Kilt» n'en éprouva aucune ;j;6no |K)iir liiiviiillcr ; mais depuis (pielqucs mois, lorsqu'elle vuul.iil rouler uue li^Mî (Mil 10 l(>s doigts pour faire un l}OU(]uet, son index droit se relevait et elle élait forcée de suspendre son travail. Lui ayant fait rouler une lige, j'ai été témoin déco |)hénomène morbide. J'ai eonstalé alors (pje la première phalange était étendue sans (lu'elle pût s'y opposer, et (jue 1 extenseur proj)re de son index était seul contracture; dans ce mouvement dexten-ion, re doigt se portail vers le petit doigl (c'est l'action propre de ce muscle). Elle ne sentait alors ni douleur m crampe ; mais si elle cherchait à travailler malgré ce spasme, elle ne tardait j)as a éf)rouver une fatigue dans tout le membre. La sensibilité de la face dor^ale de la main et do l'avanl-bras était diminuée. Cette femme n'avait jamais eu d'accès hystéri(|ues. Sa force musculaire était normale, ainsi que sa contraclililé électro- musculaire. J'excitai l'extenseur propre de l'index avec un courant d induction rapide, pendanl qualrcî ou cinq minutes, et après celle première séance elle roulait une lige entre l'index et le pouce, sans éprouver de spasme; mais le lendemain ce phénomène morbide apparut de nouveau. Ce ne fut qu'après la troisième séance que l'amélioration se soutint, et à la sixième séance la crampe ne reparut plus. Le traitement avait coumiencé vers la fin de décembre 1854 ; c'est au commencement de lévrier suivant quelle fui assez bien pour reprendre son état. A la fin de décembre 1855, la guérison s était maintenue. J'ai aussi rappelé, en une séance d'excitation électro-cutanée, la sensibililé de sa main.

Voici le second cas do guérison de contracture spasmodique fonctionnelle.

Observation CCXXXITI. — M. X... (de Bordeaux), âgé de vingt-quatre ans, teneur de livres dans la maison de banque de son père, éprouve depuis cinq ans des troubles des sens, de la sensibililé et du mouvement. Ainsi, sa vue s'est affaiblie considérablement à gauche ; ses membres inférieurs ne possèdent plus leur force normale; la sensibililé cutanée du membre supérieur droit est très affaiblie. Sons l'influence des soins de M. Desmarres, la vue a complètement recouvré ses fonctions depuis deux ans. Depuis la même époque, la force est revenue dans les membres inférieurs ; maisl'aneslhésiedu membre supérieur droit a persisté. La diminution de la sensibilité cutanée de la main n'empêchait pas M. X... décrire aussi bien qu'auparavant, lorsqu'il y a un an et demi il s'est aperçu qu'à la fin de chaque mot sa main était agitée d'un mouvement convulsif qui lui faisait prolonger le trait de gauche à droite. Cet état s'aggrava au point qu'il lui fut bientôt impossible de se livrer à ses occupations habituelles. Il mettait un temps considérable à écrire quelques lignes, parce qu'il cherchait à empêcher ces mouvements qui rendaient son écriture illisible.

SPASME FONCTIONNEL ET l'AHAI.YSIE MIÎSCIII.AIHE FONCTION.MM-I.i:. O.'îO

M. X... viril réclamer mes soins en juillet 185."), et je constatai l'existence (les lroul)l(îS fonctionnels que je viens d'exposer. Je vis qu'après avoir écrit quehpies mots assez bien, quoique lenlemenl, la main éprouvait, à la fin des mots, et (juehpiefois après (juelques lettres, un mouvement composé de pronation et d abduction (pii prolonf^eail le trait dans une ion^Mieur de 1 0 à '20 centimètres. Ce mouvement était brusque et produit f)ar un spasme du rond pronaleur et du sous-épineux, (jui faisait tourner l'avant-bras en dehors, le bras lui servant d'axe. Ce spasme fonctionne! n'est et n'a jamais été accompagné de douleur ni de sensation de crampe. Il existait seulement un sentiment de fati^^ue et de brisement dans le membre supérieur droit, après avoir écrit une ou deux lignes, et cela d'autant plus (ju'il avait voulu empêcher les contractions spasmodiques. Je trouvai que la sensibilité tactile était diminuée à la main, à la pulpe des trois derniers doigts et à la région postérieure de l'avant-bras, mais que ia sensibilité au pincement et à l'excitation électro-cutanée était normale. La force musculaire du membre supérieur droit était aussi grande qu'a gauche. M. X... n'éprouvait des mouvements spasmodiques qu'en écrivant; il possédait sa dextérité manuelle pour toute autre chose. Mon pronostic fut tellement grave, pour ce qui a trait à la résistance du spasme fonctionnel à toute espèce de médication, que je témoignai à M. X... ma répugnance à intervenir. Cependant je lui communiquai l'unique cas de guérison (celui qui a été rapporté plus haut) que j'avais obtenu. Il désira tenter cette chance de guérison, et cela d'autant plus que je trouvais indiqué d'agir sur l'anesthésie par l'excitation électro-cutanée. Les deux modes de faradisation (musculaire et cutanée) furent menés de front. Après quatre séances, la sensibilité tactile fut ramenée à son état normal. (On se rappelle que l'anesthésie datait de cinq ans, ce qui gênait l'usage de la main, quand M. X... ne s'aidait pas de la vue). X la huitième, les contractions spasmodiques revenaient si rarement et étaient si faibles, que M. X... avait pu écrire lisiblement une longue lettre à son père. A la seizième les spasmes avaient entièrement disparu. M. X... désira continuer, par précaution, le traitement pendant une quinzaine de jours encore, et retourna dans son pays, parfaitement guéri. J'ai appris que la guérison s'est maintenue.

On remarquera que dans les deux, cas précédents, où la faradisation localisée a triomphé, ralVection était compliquée d'anesthésie cutanée, phénomène que je n'ai rencontré dans aucun des autres cas. Ne pourrait-on pas douter alors ([ue dans ces derniers cas de ^^uérison par la faradisation, et dans les autres cas où cette médication s'est montrée complètement inq)uissaiite, la maladie lût paii'aitement identi(iue?

En regard de ces deux guérisons de spasme fonctionnel de la

main, jamais dû |>('iit-('li'(' lappoitur les insiiccrs U(!.s iioiiibnMix (une lit'iilaiiic au moins) par la na-mt! inj'lliodc de IrailcMm nt a|>|)li- <|UOe à ccllr ;ilV('(li()H liniih'c a la iiaMnr n'';;i()n, ailn dr nu'ltic le pralicirn en j;ai(k' conlr»; les illn:^i<)ns <|n'il poni'rait se laire sur la valenr d(; ce moytMi llj<''ra|)enti<jU(! dans des cas analo^ue.^.

Mais il esl nne antre ré}^i<^)n où il semble (jne l'on doive mieux triompher (In spasme lonctionnel ; il n'en e.->l niallieurcnisement pas toujours ainsi, comme on va le voir.

OusEiivATioN ("A^XXXIV. — Spasme d'S deux slenio-masloidiens pendant la slulion assise ou debout. — Insuccès de la faradisalion.

M.B..., à^é de soixante ans, entrepreneur de jjava^'e, donieuranlà Saint- Germain (ayant été autrefois ouvrier paveur pcutlant quinze ans), duno forte constitution, n'ayanl jamais eu qu'une lluxion dc^ poitrine. Pas de rhumatisme ni de douleurs antérieures. La tète a toujours été, naturellement, plus fléchie en avant qu'à l'état normal. Depuis l âf^e de vingt-cinq à trente ans, il a conservé un tic indolent très lé^'cr de la face. En juillet 1855, il commença à éprouver un mouvement de llexion de la tète, pendant la station debout el assise, et surtout pendant la marche. Cette flexion de la tête était accompagnée de gonilemeut des deux muscles sterno-masloïdiens. sans douleur. Ces phénomènes augmentèrent graduellement, et bientôt M. B... eut de la peine à relever la tète, que les sterno-masloïdiens fussent ou non contractures. Les extenseurs delà tète étaient affaiblis. A la longue, lorsque la tête était restée pendant quelque temps fléchie par la contracture des sterno-masto'idiens, M. B... éprouvait une douleur ou une fatigue douloureuse dans la partie postérieure du cou, de la nuque à la deuxième ou troisième vertèbre dorsale. Vers le 30 août 1 855, le malade me fut adressé par M. le professeur Nélalon, et je constatai les phénomènes suivants : Pendant la station debout ou assise, flexion permanente de la tête avec une telle force, que le menton s'enfonce dans la partie supérieure de la poitrine ; roideur et saillie considérable des sterno-mastoïdiens contractures. La tête est fléchie directement par la contracture synergique des deux sterno-masto'idiens (fait pathologique très rare, car habituellement la contracture est limitée à un seul côté, et alors la tète exécute un mouvement complexe de flexion et de latéralité). Si le malade se renverse et tient sa tête appuyée en arrière, la contracture du sternc-masto'idien cesse à l'instant; mais dès qu'il n'y a plus de point d'appui [)Our la télé, soit que M. B... veuille la retenir ou se placer dans la ^tation, cette contracture reparaît avec une telle énergie, que ma main a une grande peine à l'empêcher.

Al. B. .. ne peut relever en arrière la tète fléchie en avant, ce qui prouve que ses muscles extenseurs ^ont impuissants. Cependant on observe qu'ds ne sont pas entièrement paralysés en le faisant pencher sur le côté ; car

SPASME FONCTIONNEf. F.T PARALYSIE MUSCI'LAIHE FONCTIONNELLE. 0/|l alors, n'ayanl pas i\ vaincro la posLiiitcur de la l^to, il jxMit l'ôlendro après l'avoir llôchicv \m spasme fonclionncl des sleriio-masloïdlens n'est pas douloureux ; mais la llexion forcée, riuand elle dure un certain temps, produit des lirailIemcMils douloureux, surtout au niveau des dernières cervicales et des premières dorsales. Aussi celle attitude de llexion lui était-ell(! devenue tellement intolérable, que M. Nélalon lui avait fait construire un ttileur métallique fixé au tronc par une ceinture, et qui, placé en arrière, s'élevait jusqu'à la hauteur de l'occiput et donniiit attache à une courroie qui, embrassant le front, était destinée à retenir la tôle pendant la station. Mais la compression du front, occasionnée par la force de flexion due à la contracture des sterno-masloïdiens, causa bientôt des douleurs qui ne permirent pas à cet appareil de remplir le but pour lequel il avait été construit. Toutefois M. B... l'a utilisé si bien, qu'il ne peut s'en passer. Il s'est, en effet, apercju qu'en renversant un [)eu sa tôle en arrière, de manière à l'appuyer sur la partie supérieure de son tuteur, qui justement correspond à l'occiput, la contracture n'avait plus lieu; il continua donc à s'en servir comme appui pendant la station debout ou assise. De cette façon il en éprouva un grand soulagement, et il put aller et venir et se livrer à ses affaires. Mais cette attitude, dans laquelle il était forcé de renverser un peu la tête et le tronc, changea les conditions d'équilibre et le fatigua aussi à la longue, de sorte qu'il n'était soulagé que momentanément par son appareil. Aussi voulait-il être débarrassé a tout prix de sa contracture, et demandait-il même qu'on lui coupât les muscles contractures.

Avant d'en venir à une pareille extrémité, dont les résultats étaient certainement douteux (1), M. Nélalon conseilla d'essayer l'application de ma fnéthode de faradisation localisée. Je fis cette tentative, mais en prévenant mon malade que le pronostic était peu favorable, en raison de la nature do Taffection. Le 2 septembre 1855, je pratiquai la faradisation des muscles antagonistes des sterno-masloïdiens (des extenseurs de la tôle), de manière à les exciter vivement, c'est-à-dire avec un courant de premier ordre, à intermittences rapides, et assez intense. La séance dura dix minutes. A la quatrième séance, la force des extenseurs de la tête s'était considérablement accrue, mais le spasme des sterne-mastoïdiens n'était pas modifié. A la quinzième séance, c'est-à-dire trente jours après le commencement du traitement, l'affection spasmodique était toujours dans le même état; cependant la puissance de l'extension de la tête était normale.

Pendanlqueje mesurais la force des extenseurs, en m'opposnnt à l'extension de la tôle, je remarquai que le spasme des sterno-masloïdiens ne se produisait pas, et si, au moment où celui-ci existait dans toute sa force, le malade

(I) Cette opération a été rccemmont pratiquée sans succès dans dos circonstances semblables.

<)/l2 SI'ASMKS.

cherchail à rlciidiii la ItHc, ptMwl.iiit, (pn^ in.i iiiaiii, plarro sur sa iiU(|iio, on em|)(%liaiL l'oxlcnsion, je lo voyais cesser iinmé(ii:ileiiu'nl. (^e n'élaiL pas le résiillat (lo l'éloiigalion des slerno-rnasloïdicns par l'extension de la l6le, puisque jo la maintenais nécliit', pendant que M. il... contractait ses extenseurs. Ce curieux phcnouièni' me parut |)roduil. par la déviation du <ourant nerveux volontaiie, pendant lecpicl le courant nerveux morbide n(; [)()uvait aller exciter le spasme des slcMuo-mastoïdicMis. (^e fut pour moi un trait de lumière. J'avais, en eiïet, observé que la contracture, en général, cessait pendant (jue je dirigeais l'excilation électriijue sur d'autres nuiscles. C'était aussi le courant électrique qui alors dérivait le courant nerveux, spasmodique, et enlevait consctpjcnnnent la contracture. rs"était-il donc pas permis d'espérer qu'on obtiendrait un meilleur résultat thérapeutique en combinant les deux moyens de dérivation, c'est-à-dire par les courants électriques et nerveux volontaires, alternativement dirigés sur les antagonistes des muscles contractures? Voici le procédé de gymnastique localisée que j'ai mis en pratique. Une bande de caoutchouc vulcanisé étant attachée par l'une de ses extrénùtcs à la muraille, et l'autre à la partie antérieure du Iront i)ar l'intermédiaire d'un frontal, je fis exercer à M, B... ôer, mouvements alternatifs de la tête, de manière à tendre, puis à relâcher graduellement celte bande de caoutchouc. Cet exercice, pendant lequel la contracture spasmodique ne se montrait jamais, fut répété plusieurs fois par jour, chaque fois de dix à quinze minutes. Puis, je fis placer à l'extrémité occipitale de son appareil un tampon élastique de caoutchouc vulcanisé, qu'il repoussait légèrement pendant qu'il était dans la station, tantôt d'une manière continue, tantôt par une sorte debalancement antéro-postérieurde la tête. De cette façon M. B... put se promener ou rester debout plusieurs heures, sans être tourmenté par son spasme. Cette sorte de gymnastique, associée à la faradisation localisée, produisit une amélioration telle, en peu de jours, qu'il se crut guéri. Mais ce ne fut que momentané; les spasmes reparurent par moments avec la même force qu'auparavant, lorsque les moyens artificiels furent suspendus. M. B. .. se fatigua d'un traitement qui jusqu'alors n'avait été qu'un palliatif.

Peut-être ce traitement eût-il mieux réussi, s'il avait été continué plus longtemps. Je rapporterai plus loin, en effet, un cas de guérison de spasme fonctionnel.

Il ressort de mes observations que la faradisation localisée, de quelque manière (|ue Je l'aie pratiquée, n'a exercé, en général, aucune influence curative sur le spasme fonctionnel, bien qu'elle ait paru quelquefois améliorer momentanément l'état des malades.

Cet insuccès de la faradisation localisée concourt à confirmer la théorie du spasme fonctionnel, que j'ai exposée précédemment, et

SPASME FONCTIONNEL ET FAI'.ALYSIE MLSCl'LAlUE FONCTIONNELLE. 9't3

<]ui fait dé[)(în(lre ce trouble de la loeoinotion d'une lésion morbide d'un point du centr*; nerveux. On comprend donc ()u»î cette excitîition toute pcriplK'i-iijue et lo(!;disée dans i(; muscle soit incapable de modifier ou de t"aii"(; dis[)ai'aîtie un troubN? loiictioiinel symptomatique de cette lésion nerveuse centrale.

Si, au contraire, le point de départ de la maladie sic-^jeait dans les muscles alFectés par le spa>me fonctionnel, il est piobable (jue la t'aradisation localisée aurait plus de prise contre elle, et aj^irait €ommc dans la contracture idiopalliique. J'ai démontré, en elï(ît, dans l'article précédent, (pie cette; dernière adéction yu(''iit, en général, par la t'aradisation des muscles aiîtaj^onistes. J'ai même rapporté précédenmient (observation CCXIll, p. 923) un cas de L;uérison parce mode de traitement, de contracture du spléniusconi[jli(p)ant une crampe des écrivains, ou plutôt qui avait été provoquée par les «tforts que taisait le malade pour écrire mali-ré cette crampe des écrivains. La t'aradisation, ([ui avait guéri sa contracture, n'avait cependant exercé aucune intluence sur son spasme fonctionnel de la main. Le malade a essayé, en effet, d'écrire une fois avec sa main droite depuis la guérison de sa contracture; ce qu'il n'a pu faire depuis longtemps. Les premières lignes ont été faciles et assez nettes; mais bientôt il a senti revenir la roideur de sa main et puis ses crampes. Voulait-il lutter un instant contre cette difliculté, la contracture musculaire du cou commençait déjà à reparaître. 11 a eu la sagesse de s'arrêter à temps et de ne pas répeter cet essai imprudent, (|ui eût rappelé infailliblemerit la contracture dont il est heureusement guéri. H exerce aujourd'hui un état (pii n'exige qu'une signature à donner à de rares intervalles.

Je me propose (J'ex[)érimenter contre son spasme fonctionnel, rebelle à l'influence thérapeutique de la t'aradisation, des courants continus et constants dont Al. Remak dit avoir tiré de bons résultats dans cette atfection musculaire.

J'ai obtenu la guérison d'un spasme fonctionnel du sterno-mastoïdien par la contraction volontaire et continue des muscles antagonistes, provoquée et entretenue par une résistance élasti([ue, espèce de gymnaLsti{[ue que j'av.iis eu l'idée d'expérimenter dans le cas de spasme fonctionnel relaté dans l'avant-dernièrc observation. Cette affection datait de trois ans et avait été rebelle à une médication active et à la t'aradisation des nmscles antagonistes appliquée pendant six mois ; en voici la relation.

OusEnvATioN CCXXXV. — Il s'agit cl'uno demoiselle d Orléans, âgée de vingt-quatre ans, [)ianisle, qui est venue me consulter en \6'6'6. — Depuis

96^1 H»\SMKS.

trois ;m>, »'H«' '••;>il JifTccIr.» d'un loilicolis (Muilrt» 1p(ju('1 des mrdicjilious lr(*s vjiritM's aviiicnl lonlos ('cIioik' jiisiju'à co jour, l)ii;ri (inellcs cusscnl «'lé proscrites par los homnu's si)(''iiaux les plus habiles, lillo esl luhw restée six mois de riiniiéo IS.'ii dans I élablissement orlhopédi(ju(Ml(î M. IJnuvier, où pend.uit cet e^^pMce de temps ou essaya, concurremment avee les moyens méeanitiuos, la l'aradisalion localisée des anla^M)nisles des slerno-tn-isloïdiens, sans ol)lenir la moindre amélioialion. M. Bouvier était d'autant plus surpris de cet insuccès, qu'il avait été témoin de la guérison obtenue chez d'autres malades au moyen de la faradisation des muscles antagonistes.

Mais je découvris bientôt que celte contracture était un spasme fonctionnel. Elle n'apparaissait, en effet, que pendant la station et cessait dès que la tôle trouvait un point d'appui, soit dans lo dicubilus dorsal, soit lorsqu'elle était renversée sur le dos d'un fauteuil. Je compris alors la raison de sa résistance à une médication qui triomphe habituellement des autres espèces de contractures.

Je fis chez celte malade les mêmes expériences que dans les cas relatés précédemment, et j'oblins des résultats identiques. En effet, au moment où, pendant la station, le spasme se produisit, je lui fis repousser ma main appliquée contre sa nuque, et ce spasme cessa immédiatement. Mais voici un autre phénomène curieux, qui se produisit dans celle expérience : lorsqu'elle était dans la station, elle ne pouvait tourner la tête à droite. Pendimt son séjour à rétablissement d'orthopédie, on n'obtenait les mouvements de latéralité à droite qu'au prix des plus grands efforts, cl encore ces mouvements étaient-ils très limités. Eh bien ! pendant qu'elle s'efforçait de vaincre la résisumce que j'opposais à l'extension de la tôle, elle exécutait ces mouvements de latéralité de la lôte en tous sens et avec la plus grande facilité. La possibilité de faire ces mouvements surprit d'autant plus mademoiselle X..., qu'on lui avait témoigné, disait-elle, la crainte que la difformité des surfaces articulaires et de leurs annexes ne fût la cause réelle de l'obstacle à l'étendue de certains mouvements latéraux de la tête. L'expérience que nous venions de faire, non-seulement nous rassurait sur ce point, mais encore démontrait, comme dans les cas précédents, que la contraction volontaire des antagonistes des muscles contractures faisait cesser instantanément le spasme musculaire.

Je mis à profit la connaissance de ce phénomène dynamique, en conseillant a mademoiselle X... des exercices analogues à ceux que j'avais fait faire à M. B..., et en même temps je pratiquai, pour satisfaire la malade et son médecin, la faradisation localisée des antagonistes du muscle contracture. Une amélioration notable se manifesta après quinze jours de traitement. Je n'en ferai pas les honneurs à l'excitation électro-musculaire, qui, quoique parfaitement appliquée antérieurement, avait échoué complète-

SPASMK FONCTIONNEL KT l'AUALVSII.: MtJsCILAIllE FONCTIONNELf.E. %')

ment. Je crois (|u'eIlo est(lu(> iiniiiuoiiKMit à l"espèce de gvrnnaslique dérivalive qui; j'aviiis prescrite, et |)eul-6(re iiiix deux moyens réunis. Quelques mois après son traitement, M. Bouvier a constaté avec surprise la guérison de son ancienne pensionnaire.

Je n'ai piis la pnHoiilioii (r«''lal)lir sur rc seul fait la valeur de cette espèce de gymnastique ai)pli(jii.'M' au (raitcniciit de certains spasmes ronclionncîls. Je ne la signale (\uv pour engager les praticiens à rexpérimeuter dans le spasnje fonctionnel des muscles moteurs du cou.

Je dois dire, en terminant ce travail, (pie le spasme fonctionnel de la main (la cram[)e des écrivains) s'est montré rebelle à tout exercice de gymnastique, autant qu'à la faradisation localisée. On doit heureusement à M. Cazenave (de Hordeaux) la découverte de moyens prollieti(iues très ingénieux (pii diminuent les inconvénients de l'infirmité occasionnée par la crampe des écrivains. 11 n'entre pas dans mon sujet de décrire ici les appareils protliéti(pjes imaginés par c(;t habile praticien (1).

Ilésumé général. — La fonction musculaire, fréquemment répétée, peut occasionner tcn)|)orairement le spasme ou la paralysie d'un ou de plusieurs des muscles qui concourent h. cette fonction.

Ce spasme fonctionnel est caractérisé tantôt, et ordinairement, par des contractions continues, tantôt par des Irendjleiiîents ou des contractions cloniques; il disparaît avec la suspension de la fonction musculaire (pii l'a provoqué. Il e>t quelquefois indolent, mais plus souvent douloureux. Kréiiuemmcnt il apparaît dans les muscles moteurs de la main. Alors seulement cette forme de spasme fonctionnel pourrait être désignée sous le nom de crampe des écrivains, dénomination qui lui a été donnée par les auteurs, parce qu'il est ordinairement continu et douloureux, parce que l'on a vu qu'il attaquait spécialement les écrivains. Mais je l'ai observi» chez des pianistes, chez une fleuriste, chez des tailleurs, chez des cordonniers, chez de^ maîtres d'armes, etc. Bien plus, il peut régner dans beaucoup d'autres régions que la main. Ainsi je l'ai vu siéger dans les rotateurs de l'humérus, dans le deltoïde, dans les rotateurs dv.-

(I) M. Debout a exposé, dans un excollonl travail iulilulé Coup d'œil sur quelques appareils destinés aux malades affecles de paralysies partielles des membres [Bulletin général de thérapeutique, 1860), renscmble des dilTérents appareils prolhétlques couscillés ou employés dans la pratique contre la crampe des écrivains. On y trouvera la description et les figures de |)!usiours appareils (luejai imaginés dans certaines variétés de ce spasme fonctionnel de la main.

DLCUKNNE. 60

VM) SI' ASM I'. s.

la tri»'; dans les nccliisscur.s de la tclc, pciHlaiil la .^latioii ; dans l''s muscles de la lace; dans les muscles (l(; l'cril, pciidaiil la lecture ou la lixilc du ic-ard (et produire i(î slrahisme); dans les tlécliisseurs du pied sui- l.i jambe; 'chc/ un tourneur); enfin dans l<'S tîxpiratt'urs i)('ii(lanl clKupu; mouvement respiratoire.

La pai-alysic musculaire roMclioniielle uv. se montre é{j;alement (juc pendant l'exercice de la loiiction (jui l'a occasiomn'îe. Elle est beaucoup moins coimnurie ipie le sj)asmiî fonctionnel.

Jusipi'à présent la faradisation m'a paru g«'n<';ralement sans action tliérapeuti(pu; sur \v. spasme lonclionnel. Klle a écboué cornpbîtenient dans les queKjues cas de [)aralysie mtisculaire fonctionnelle «|ue j'ai eu occasion de traiter, tandis ([u'elle gu(''rit en ^^énéral la contracture idiopathiciue.

Le spasme ronctioimel des muscles moteurs de la tète peut j^^uérir sous rinlUience d'un exercice j^ymnastitiuequi consiste a maintenir aussi longtemps (|ue possible les muscles antagonistes de ceux où siège ce spasme dans un état de contraction continue et volontaire, au moyen d'un a[)pareil à résistance élastique.

AUTICLK JIL

ClUMl'ES KT COWULSIONS. — VALEUR DE LA FARADISATION LOCALISÉE. § I. — Crampes.

Ti'Qitemcnt par la fai'adisation de la peau. — Les coiitractions musculaires douloureuses, mais de courte durée, qui surviennent spasmodiquement et auxquelles on a donné le nom de crampes, ou se montrent chez certaines personnes dans l'état de santé, ou sont un des symptômes du choiera. Je les ai vues aussi siéger dans les muscles du tronc et constituer une véritable névrose. Quelle est rinflueuce de la faradisation dans ces différents cas?

A. Les crampes qui surviennent dans l'état de sauté ne sont pas considérées comme une maladie. Aussi n'est-on pas appelé, en général, à les traiter. Cependant j'ai eu l'occasion d'expérimenter l'influence de la faradisation chez des personnes qui en étaient fréquemment tourmentées. Au moment où la crampe apparaissait, j'excitais vivement la sensibilité cutanée, et à l'instant la douleur et la contracture disparaissaient.

B. En 'J8/i9, j'ai étudié l'influence thérapeutique de la faradisation sur la circulation et la respiration des sujets atteints de choléra, comme je lai dit précédemment en traitant de l'influence

CIUMPKS ET CONVULSIONS. 9'|7

•<lc rcxcilalion <'leciro-(;iit;iii«''e dans l'aspliyvio. J'ai reiiiartpK* (jii<^ pendant ces expériences les (:rain[)es ne revenaient jamais, ou <iue si elles existaient an nionuînt on je eonnnençais l'opiTation, elles ('taient enlevées iinuiédiaternent, surtout ipiand elle (Hait pratiquée sur les points correspondants aux inui^cles contractures. Cet cllét était tellement [)rompt et certain, (pie cl^npie malin la faradisation cutan(ie était a[)pli(piée pendant cette épidémie sur un assez ^rand nombre de sujets, dans le seul but de faire cesser les crampes. Il m'a paru aussi que les cranq)es revenaient (Misuite plus rarement.

C. En 1860, j'ai observé chez un(; balayeuse des rues un (!as de névnjse bien curieux (le seul ([ue je (;om)aisse dans ce }^em'e). Cette alfection était caractérisfîe par des contractions très douloureuses qui atta(iuaient partiellement et alternativement un grand nombre des mus(îles du tronc, qui duraient de ciiKj à dix secondes dans chacun des muscles, et produisaient des mouvements singuliers. Ainsi l'on voyait l'un des rhomboïdes se contracturer isolément et l'omoplate i)ren(lre l'attitude spéciale à l'action propre de ce muscle. Après quehjues secondes, cette contracture était remplacée par une autre, par exemple celle de l'un des grands obliques de l'abdomen, puis le grand dentelé, etc. Chaque nouvelle contracture arrachait un cri à la malade. Ces phénomènes ont été observés pendant plusieurs semaines par les confrères qui assistaient à ma polyclini(pie. (>ette alfection spasmodicjue avait résisté depuis cinq ans à des médications variées et éiiergi(|ues. Elle a cédé à la faradisation à intermittences rapides, localisée dans les muscles contractuH's; la faradisation électr()-cntan(3e avait paru n'exercer aucune influence appréciable sur ces crampes. Je regrette d'avoir égaré cette obbcrvation que j'avais recueillie avec soin.

§ II. — Cliorcc.

Traitement jjar lu fnrudisatlini du fraUeincnt ntusmlaire. — La faradisation nmsculaire m'avait troj) bien réussi dans le traitement des contractures [)our ne pas Tessayer dans celui de la chorée. Bien (|ue dans celte dernière allèclion je n'aie pas eu l'occasion de l'expérimenter sur un grand nond)re de sujets (je n'en ai observé que douze cas), je crois, si toutefois, dans l'espèce, il est permis de con- (!lurt; d'uiu; expérimenlation aussi insuflisante, je crois, dis-je, (pie cetle méthode électro-thérapeuti(pie en vaut bien une autre. Je ne compte, en ellèt, (jue deux insiicc('s sur dix guérisons. Ces deux in-

<)/|H SI'VSMI-S.

sii('("«'s |>(>iiv;ii»'iil s'('\pli()ii('i' |);ir riiiicicmictr de l.i clioicc (elle détail (le (lrii\ a trois ans), hicii (|U(' dans les dix f^iiri'isons j)lusi(Mii's l'iissrnl c-alciiiciit niH'iciiiH's. D'aillcins (jucl est l'îii^crït lli('Ta|MUti(|U(' (l(»iit on |)»ns.s(î vanter l'inlaiHihililé?

J'ai('X|)(''iinw'nl('M'onipai"ativ(Mn('nt, dansée lrail(!rn(;nt de laehoiée, la laradisalion musculaire indirecte et directe des muscles alï'ectrs, av(M' intermittences lentes et avec intermittences rapides. Ces procédés divers m'ont donni' des résultats h peu près identirpies. Je donne cependant la préférence aux intermittences lentes, j)arce (ju'elles provocpicnt peu de douleurs, et parce que l'excitation ])ar les intermittences rapides est quelquetois suivie d'une augmentation (les mouvenn.'nts cloniques.

Tniitcrncnt /)ar la faradisation de In /jcou. — Cette métliode de traitement de la cliorée a été ri'cemment instituée et expérimentée par M. Briijuet. Cet habile observateur a pratiqué la laradisalion cutanée tous les jours ou tous les deux jours, en la faisant durer cinq ou six minutes, sur toute la longueur des membres convulsés,, et en s'arrétant principalement sur les membres les plus agités.

Sur huit jeunes filles choréiques qui ont été soumises à ce traitement, la cessation complète des mouvements convulsifs a été obtenue : chez l'une au bout de huit jours, chez une seconde au bout de vingt et un jours, et chez les autres au bout de vingt-quatre, vingt-huit, trente-trois, trente-six et quarante-sept jours; une neuvième malade a quitté la Charité vers le quinzième jour, sans être con)plétement guérie. La plupart de ces malades avaient été traitées, sans aucun résultat, pendant six semaines à trois et quatre mois, par les moyens ordinaires.

De ces faits, M. Briquet a conclu que la faradisation de la peau hâte d'une manière évidente la terminaison de la chorée.

Ces recherches, soumises au jugement de l'Académie de médecine de Paris, ont provoqué un Rapport lu par M. Blache en son nom et au nom de ^IM. Bouvier et Trousseau, dans la séance du 9 décembre 1859, et dans lequel on remarque le passage suivant:

a Peut être les cas observés par M. Briquet étaienl-ils légers et devaientils ne point devenir graves ; peut-être aussi a-t-il tombé sur une série favorable, comme cela se voit de temps en temps; mais toujours est-il que ces faits portent avec eux un grand intérêt, et qu'il est fort désirable que ces recherches soient continuées.

» Une objection que ne s'est point dissimulée M. Briquet, et qui n'est pas sans une certaine valeur, c'est l'excessive douleur occasionnée par la faradisation, douleur telle, qu'il s'est vu plusieurs fois obligé d'avoir recours

CUAMPES ET CONVULSIONS. 9k9

au cliloroforme i)Our en faire cesser les nnj^oisscs, on pour vaincre la resislanue (lu'opposaient les malades a l'emploi do ce moyen.

» Aussi croyons-nous que, sauf dans les cas de cliorée 1res grave ou rebelle au Irailenuiul le plus habituellement efficace, la faradisalion aura peu <le chances d'ÔLre acce|)tée, surtout en ville (I). »

Je partage cnlitTCMneiit l'opinion (orruuU'e par la conuiiis.>iuii académique. En voici la raison :

En principe, toute (piestion de lli(''ra|)enti(jU(; ne p(nit être juj.çée <lélinitivenient (pie par une longue expérimentation. C.cci s'aj>pli(pie surtout à la chorée, qui souvent guérit spontanément, rncnit? ^iprès avoir rcsisté longtemps à toutes les uiédications. Ne |)eut-il <lonc pas arriver, lors(|u'on n'a recueilli ({u'un |)etit nombre de cas, huit par exemple, que l'on soit tombé, comme le dit fort justement 3r. Hlaclie, sur une série favorable, sur une série de cas cpii pour la ^)lupart auraient guéri sans cela?

A l'époque où je publiai la précédente édition de ce livre, en 1855, j'avais obtenu dans la cliorée, par la faradisation musculaire, des résultats analogues à ceux de M. Bri(piet. J'en avais même rapporté antérieurement plusieurs exemples; cependant je ne me suis pas cru alors fondé à eu tirer des conclusions, parce (pje les faits tpie j'avais recueillis ne me paraissaient pas assez nondjreux. Si j'en ai parlé plus liaut, c'était seulement pour déniontrer (jue juscpi'à présent la faradisation musculaire avait tout autant de droit que la faratlisation électro-cutanée à être prise en considération dans le traitement de la cliorée.

Le traitement de la cliorée par l'électricité a été une des |)remières applications médicales de l'électricité staticjue. En 1755, de Haen écrivait même que l'électricité était le remède spécificjue de la plupart des danses de Saint-Guy. L'opération se praticpiait avec la rnacliine électri([ue et avec une pointe métallifjue cpie l'on i)r()ineiiait sur les membres affectés. Or, parce mode d'électrisation, c'est la sensibilité de la peau qui est principalement excitée. Ayant connaissance de ces faits, la pensée d'applic^uer la faradisation cutanée au traitement de la cliorée devait se présenter naturellement a l'esprit des expérimentateurs. Quant à moi, je ne l'ai pas fait, à cause de l'excessive douleur de ce mode de traitement, toujours dillicile à appliquer chez les enfants ou chez les adolescents. Aussi n'y aurais-je jamais recours que dans les cas extrêmes et lorsque la faradisation musculaire aura échoué.

(I) liuUetin de VAcadcmie de médecine f i. X\V, p. 139.

ÇjO .sl'A.sMK.s.

fc> III. — Tic lnfl«>l«>nt «le In fnoc.

Sur une viiij^liiiiu' de cms de tic, ii)(lol<'iit (!<• I;i l'iice (raite:-. piii" la faradisatioii ('lectr()-ciitarï('(; ou museuian'c, j<; do ('(inipte (ju'uii succès par la faradisalioii inusculair(î. Il faut iiotor c('|W'iidaiii (|u«' !(•> prcmièi'cs séances sont toujouis suivies d'une amélioration notable, mais (pii malheui'ensenient ne se soutient ))as.

Los douleurs artlirali;i(|ues p(Mivcut être également fMdevt'-es p.nla l'a l'ad Isa lion cutanée.

Il n'est pas ici (piestion de ces donleurs (pie j'ai ol)seiV(';es dans le rhumatisme articulaire aigu, ni de l'artln'algie saturnine. Je ne veux parler que de ces douleurs articulaires dont la nature se rapproche (lu rhumatisme musculaire, et (pii souvent le coniplifpient et se déclarent isolément, soit sous l'influence des causes (pii j)ro(luisent le rhumatisme musculaire ou le rhumatisme articulaire, soit par s'uite de l'iimnobilité absolue et trop prolongée des membies.

Je ne rajiporterai pas ici, h l'appui de mon assertion, les faits (jue j'ai recueillis et dont on trouvera d'ailleurs plusieurs exemples relatés dans ma préîcédente ('dition (obs. CCXV et C(>XVÏ, p. 89i et 896). L'un d'eux était un cas d'arthralgie cervicale, l'humatismale, rebelle pendant sept mois à toutes les m(Vlicati(jns, et qui a été rapidement enlevée par la faradisation localisée pratiquée loca dolenti ; l'autre était une douleur du genou que l'on pouvait considérer comme la suite d'un rhumatisme articulaire général. Cette douleur était augmentée par la marche et par la station, qu'elle rendait d'ailleurs difficiles, sinon impossibles. La fustigation électro-cutanée a enlevé en quelques séances cette douleur que n'avaient pu guérir des vésicaloires pansés à la morphine et bien d'autres moyens.

J'ai observé des rhumatismes musculaires de l'épaule compliqués parfois d'arthralgie. Dans ce cas, la faradisation cutanée triomphe à la fois de la douleur articulaire et de la douleur nuisculaire. Un des plus grands avantages qui en résultent pour le malade, c'est de pouvoir imprimer des mouvements volontaires ou mécaniques au membre après les opérations. On voit souvent, en effet, se former à la longue, par le fait de l'immobilité absolue du membre, des roideurs articulaires (fausses ankyloses, contractures) qui occasionnent des difformités difficiles à guérir et quelquefois incurables. Ainsi j'ai constaté, cliez la plupart des malades qui avaient dû maintenir les bras immobiles pendant quelques semaines ou

TIIOUBI-ES DE LA SENSIlilI.lTK ET DES SENS. 9")!

(|uelqii('s mois, à cause de la douleur (jue |)rovo(iuiiieut les mouvements; j'ai vu, dis-je, ('liez ces malades, une fausse aid^ylosr ou la contracture du j^rand rond et du ^rand p('(t(jral limitant le mouvement (réhnalion, lois même que la douleur rhumatismale ou arthralj^ique avait (H»'; dissipée pai' la laradisation cutanée. Alors il devenait nécessaiie , après avoir ^u»''ii h; iliumatisme ou l'arthralgie, de vaincre graduellement les o])stacles p|jy>i(pies aux mouvements de l'humérus sur le scapulum à l'aide de mouvevements mécani(jues imprimés au membn;. Ces manœuvres ne sont pas sans danger ; car on conçoit (|ue ces ankyloses plus ou moins complètes, et qui sont occasionnées, sans doute, par des hjides formées entre les surfaces articulaires, ne peuvent être vaiiKMies brusquement, sans qu'il en résulte une inflammation articulaire (1). Puisque ces ankyloses ou contractures constituent à elles seules une affection grave, il serait sage de les prévenir en imprimant chaque jour des mouvements mécaniques en tous sens aux articulations où siège le rhumatisme ou l'arlhralgie. Ces mouvements commuinqués ne sont pas douloureux comme les mouveiïients volontaires, quand on a le soin de les pratiquer lentement et sans bruscjuerie.

CIÏAPITUE XXI.

TROUBLES DK LA SKNSIBILITK KT DES SENS. TRAITÉS PAR LA FARADISATION LOCALISÉE.

Ce chapitre est consacré à l'exposition des recherches thérapeutiques que j'ai faites sur la valeur de la laradisation localisée appliquée au traitement de certains troubles de la sensibilité ou des sens, q.ue l'on rencontre dans des affections nerveuses ou rhumatismales. La plupart de ces recherches ont été faites sur une grande échelle et publi(iuement ; elles datent déjà d'un assez grand nond)re d'années; elles ont été reproduites, il y a cinq ans, dans la précédente édition. Ces recherches ayant été contiimées depuis lors par moi et par un grand nombre d'autres expérimentateurs, l'exactitude des faits thérapeuti(iues que j'avais annoncée s'est trouvée vérifiée en

(I) .l'ai cmijjoyé, dans un cas, avec un succès constant , la force (Mastique continue et modérée de la manière suivante : à on bracelet fixé au poiunel était attachée une corde qui passait dans une poulie fixée au plancher, et à rextrémilé de laquelle était attaché un poids (|ue l'on augmentait graduellement de manière à placer le membre supérieur dans rextensiou.

952 iiKH lu.i'S i)i: i.v sinsibiiiik i;r dks skns.

^«'•lU'ial. I',ii (•niis(''(|iicii((', j<' im' lais luj devoir d'cîxpoM'r de ikuivcaii les ronllat^ de ces i'ccIk.'i'cIics, iiial;;n'; les réscivcs (pic l'on duil loujouis laiic dans toutes (|uosti()ns tliérapeiili(iiies, el.^urlout ilaiis celles (pii sont aussi conjectiirales, (pii iw; reposent (pie sur rexpérimciilalioii einpiricpie, et (pii écliapp(!iit à toute cspi-ce d'exl)lieation. Je })uis uie lroiiij)er dans l'interprétation des faits (pie je vais exposer, mais pcrsiunu! ne doutera de leur exactitude.

Oiiell*' inlluenee tliérapeuticpie la faradisalion localisée exereet-elle sur les névral^^ies, sur certaines névroses, comme angine de poitrine, sur l'iiypcreslliésie et sur l'anestliésie cutanées et musculaires, de cause hystérifpie et rhumatismale, sur certains états nerveux des sens, et en particulier sur la surdité acquise et congénitale? Telles sont les questions thérapeutiques qui feront le sujet de ce chapitre.

ARTICLE PREMIER

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